ÉPONGE
forte d'un côté que de l'autre ; dans ce cas l'écoulement sanguin se fait des deux côtes du nez à la fois, mais il est plus abondant du côté de la tête qui est le plus vivement entrepris. Quelques héuiorrhagies nasales légères ne sont point annoncées par un appareil de symptômes aussi imposans que celui que nous avons tracé, mais toujours cependant il en existe quelques-uns; on conçoit de quelle importance il est d'être parfaitement instruit de ces circonstances : elles empêchent d'employer contre ces accidens une médication qui pourrait avoir les plus funestes résultats, en entravant la marche salutaire de la nature ; en outre, celte notion communique au médecin cette prescience si admirée du vulgaire, et qui fait réellement la gloire et le triomphe de l'art. On sait avec quelle sagacité et quelle certitude le célèbre Galien put, de la sorte, prédire une hémori hagie nasale chez un jeune homme qui était arrivé au cinquième jour d'une maladie aiguë , et comment il s'opposa, d'après ces données , 'a l'emploi d'une saignée du bras, que d'autres médecins avaient eu l'imprudeuue de conseiller.
L"épistaxîs simple et aigu s'arrête ordinairement de lui-même au bout d'un temps assez court , mais il n'en est pas de même lorsqu'il est passif; alors il dure souvent fort long-temps, il amène des syncopes, et pourrait, si l'on n'y portait remède , amener la mort , ou au moins produire un affaiblissement très-voisin de ce terme de toute existence. Les épistaxis de causes externes, et ceux qu'amènent certaines opérations pratiquées dans les fosses nasales, peuvent aussi amener le même résultat , et , pour cette double raison , ils réclament toute l'attention de l'homme de l'art.
Il est inutile de dire que les épistaxis produits par les coups , les chutes, etc., n'ont rien d'avantageux ; ils traduisent seulement à 1 extérieur , en partie , l'espèce de lésion qu'a soufferte la membrane pituitaire; les hémorrhagies passives, comme nous l'avons déjà fait remarquer, n'apportent aucun soulagement au malade ; loin de là , elles l'affaiblissent , et doivent être promptement étanchées ; elles ont de leur nature un caractère remarquable de gravité. Mais il n'en est pas de même des hémorrhagies nasales aiguës ; elles doivent toujours être respectées , dans de certaines limites cependant ; car toujours elles servent de crise à d'autres maladies , le plus souvent à une céphalalgie simple, d'autrefois à une affection plus profonde des organes encéphaliques ; la sensation de bien-être et de soulagement que l'on éprouve dans ces cas , sous l'écoulement du sang, est un indice certain de la nécessité de respecter cette tendance naturelle de l'organisme. La suppression d'un épistaxis, par l'application intempestive de sangsues , ou par l'emploi de la phlébotomie , a plus d'une fois été funeste ; et l'art, qui toujours doit se modeler sur la nature , autant que la chose est possible, non-seulement nous enseigne à nous tenir en garde contre ces erreurs; mais encore il nous apprend à produire artificiellement des épistaxis, soit en irritant la pituitaire , soit en appliquant des sangsues directement sur cette membrane , dans les maladies cérébrales , lorsque l'écoulement sanguin par les narines ne parait pas avoir de la tendance à s'établir.
Au reste , l'anatomie nous fournit , de la manière la plus positive, l'explication de celte eoïncidencenaturelieetsaliitaire de i'épistaxis avecles maladiesdes organes intrà- cràmena ; en effet les principales artères de la membrane pituitaire sont de simples rameaux des troncs qui appartiennent aux premiers, et les veines olfactives, en particulier , se dégorgent dans le sinus longitudinal de la méninge, à i'aide de la veine émissaire du trou borgne, d'où il suit, d'une part que l'engorgement des organes encéphaliques, par l'afflux trop considérable du sang vers eux , entraîne un certain degré d'engorgement analogue de la pituitaire, et d'autre part, que le dégorgement, naturel ou artificiel de la pituitaire, dans un cas de maladie encéphalique , est nécessairement accompagné d'un dégorgement assez prompt des sinus méningiens , un courant sanguin pouvant s'établir un instant, de ces sinus vers la pituitaire, à la faveur de la veine fronto-elhmoïdale , dans laquelle heureusement la nature prévoyante n'a point placé de valvules.
De tout ce que nous venons de dire touchant l'essence . la marche, et le pronostic de I'épistaxis , il est facile de déduire le traitement qui convient à cette maladie; constamment nul ou presque nul lorsque l'écoulement du sang est peu abondant, il devient nécessaire mais simple dans les circonstances inverses : toutefois, pour établir les principes auxquels il est soumis, nous avons besoin de distinguer deux cas : ]o celui d'un épistaxis abondant , mais qui ne ménace pas immédiatement le malade par son abondance; 2" celui d'un épistaxis foudroyant , ou qui , après avoir duré long-temps , a considérablement affaibli le malade, et présage une issue promptement funeste, si l'art ne lui oppose une médication énergique et d'un effet immédiat.
L'abondance de 1 épistaxis , comme nous l'avons fait remarquer, n'implique pas toujours la nécessité de chercher à arrêter I hémorrhagie : au contraire , quelquefois il est nécessaire d'employer tous les moyens propres à l'entretenir^ tels que solutions chaudes sur le nez , inspirations de vapeurs émollientes ' séjour dans un lieu chaud et humide. Il n'est donc question en ce moment que des hemorihagies atoniques ou de celles qui ne paraissent pas être la crise de quelque maladie antérieure. Pour celles-là, il faut placer le malade dans un heu frais, la tête dans une position élevée; appliquer sur le front et les tempes des compresses imbibées d'eau fraîche , froide ou glacée , d'oxicrat ou d'élher , suivant les cas ; entretenir la chaleur des mains et surtout celles des pieds , en les enlourant de hnges chauds ou de cataplasmes sinapisés ; faire boire h la glace de la limonade , végétale ou minérale : rarement I'épistaxis résiste à ces moyens. Lorsque la chose arrive , on peut essayer de faire aspirer au malade une liqueur astringente de la décoction de bistorte, de tormentille, de ratanhia, ou même une solution faible de sulfate de potasse et d'alumine : rarement
aussi il est indiqué de pratiquer une saignée du pied , pour détourner de parties supérieures le molimen hœmoriagicum ; l'état de pléthore considérable autoriserait seul cette médication : et dans tous les cas, lorsque I'épistaxis résiste aux moyens précédemment indiqués , il est plus opportun et plus sûr de recourir au tamponnement, opération qui convient dès le début dans d'autres circonstances.
Dans le second cas que nous avons supposé , c'est-à-dire lorsque l'hémorrhagie menace d'être funeste par son abondance ou sa durée , les secours simplement hygiéniques et médicamenteux ne sont plus suffisans , et le rôle du chirurgien commence. Il faut avoir recours promptement au tamponnement des fosses nasales. Avant de procéder à cette opération , il faut préparer , 1° une sonde élastique très-souple , très-flexible , ou mieux la sonde de Bellocq, qui consiste, comme on sait , en un tube d'argent recourbé à la manière des algalies uréthrales ordinaires , et muni d'un mandrin terminé par un ressort de montre, fermé d'un bouton percé d'un chas; 2° un tampon de charpie du volume d'une très-grosse noix, lié d'un double ruban de fil par le milieu; 3» un second tampon de charpie plus petit que le premier. Pour l'opération le malade sera assis sur une chaise devant une croisée bien éclairée: sa tête sera appuyée sur la poitrine d'un aide placé derrière lui et fixée dans cette position. Le chirurgien , placé en face, glissera avec la main droite la sonde de Bellocq dans la fosse nasale qui sera le siège de I'épistaxis; il lui fera suivre le plancher de cette cavité , et la poussera ainsi dans le pharynx , derrière le voile du palais ; l;i cet instrument sera reçu et guidé par l'index de la main gauche , pen^ dant qu'un aide, appuyant sur son mandrin, le fera sortir sous le bord inférieur du voile du palais vers lequel son ressort et sa courbure le porteront d'ailleurs naturellement : on l'attirera hors de la bouche, et on fixera sur son bouton les deux chefs de l'un des fils liés sur le milieu du gros bourdonnet; aussitôt le mandrin sera retiré dans la sonde, celle-ci elle-même, entraîné par la narine, servira à y ramener le fil qui y aura été fixé ; avec les doigts on portera le bourdonnet dans la bouche et le pharynx, et on l'appliquera contre l'ouverture postérieure des fosses nasales ; une traction forte, exercée sur le fil qui sortira parla narine, maintiendra le tampon dans cette position , alors les deux chefs du fil étant écartés l'un en haut, l'autre en bas de la narine, on y interposera le petit bourdonnet , que l'on fixera , en liant sur lui très-fortement les deux fils précédens; l'autre fil reste en attente dans la bouche, et on fixe son extrémité sur la joue : de la sorte la narine est fermée en avant et en arrière, à l'aide des deux bourdonnets réunis par un même lien traversant la fosse nasale : dès ce moment , le sang qui arrive encore dans cette cavité , s'y coagule , et oppose , par la compression qu'il exerce sur la membrane pituitaire , un obstacle invincible à la continuation de I hémorrhagie.
Le tamponnement des fosses nasales est peu douloureux , mais il est suivi d'un sentiment de gêne et de pesanteur dans toute l'étendue de la cavité olfactive du côté des sinus frontaux et des sinus maxillaires ; quelquefois le sang qui s'épanche dans la narine remonte même par le canal nasal et les conduits lacrymaux , et paraît sur la conjonctive. Nous avons eu occasion d'observer ce phénomène, qui n'empêche pas le tamponnement de produire l'effet désiré.
Tout cet appareil doit être maintenu pendant deux ou trois jours ; après ce temps on coupe les fils qui sont fixés sur le tampon antérieur ; et, à l'aide du fil laissé dans la bouche, on attire de ce côté le tampon postérieur ; avec de l'eau tiède on débarrasse la narine du sang qui l'obstrue , et on emploie les moyens propres à diminuer l'inflammation nasale que le tamponnement détermine toujours. (Ph.-Fréd. Blandim. )
EPITHEME,du grec c-yciT(T(9)j//.(, j'appose, j'applique , mot formant un double emploi, et devant être rejeté du vocabulaire médical, mais que nous devons encore expliquer ici. L'épithême , d'après l'étymologie de ce mot, est tout ce qui s'applique à l'extérieur; ainsi, un cataplasme, un collyre, une fomentation, un emplâtre , sont autant d'épithèmes qui diffèrent entre eux par leur forme et leur consistance. Les anciens ont arbitrairement consacré la dénomination (l'épithême , pour désigner les topiques composés de substances sèches ou pulvérulentes. On emploie peu cette espèce d'application, parce qu'on sait que les substances solides , quel que soit leur degré de téiiuité , se présentent beaucoup moins à l'absorption que les liquides. Autrefois on faisait des épithêmes de toute espèce : émolliens , astringens , narcotiques , etc. On mettait les poudres dans de petits sacs adaptés à la forme des parties auxquelles ils étaient destinés, et appelés, d'après leur configuration, sachels, cucuphes ou capuchons. Lorsque les poudres étaient très-ténues , on les divisait, en les stratifîant avec de la oualte de coton , que l'on piquait de place en place , pour éviter que la poudre ne se rassemblât toute dans un seul endroit. On avait si bien compris l'inconvénient de ces applications sèches, que l'on recommande , en général, de les humecter faiblement avec des liquides appropriés. (F. Rattieh.)
EPONGE , spongia. L'éponge peut être considérée sous le double rapport de l'hygiène, et de la thérapeutique médicale et chirurgicale. Quantaux détails relatifs à sa nature intime , et à la place qu'elle doit occuper dans l'échelle animale, et aux discussions que les savans ont élevées à ce sujet, ils sont totalement étrangers à notre Dictionnaire. 11 nous suffira de rappeler les opinions les plus généralement admises , savoir : que les éponges sont des polypiers communs dans les mers méridionales, de forme et de densité variables; revêtus, au moment où ils sont tirés de la mer, d'une couche muqueuse dont on les débarrasse par les lavages; qu'on les bat fortement pour en ôter les coquillages et autres substances calcaires qui nuiraient à leur souplesse , et pourraient blesser les parties sur lesquelles elles se trouveraient appliquées.
Il y a seulement quelques années , que l'analyse chimique de l'éponge y a
ipULIE.