ÉRECTILE (TISSU
lÉRECTILE (TISSU).
dans les ramifications veineuses qui lui succèdent? s'épanche-t-il même dans les aréoles si nombreuses et si amples de l'organe? Ces questions sont difficiles à résoudre, bien que nous soyons cependant portés à admettre les deux dernières explications plutôt que la première. Quoi qu'il en soit, lorsque la stimulation est épuisée, ou que l'organe a rempli sa fonction, les vaisseaux de retour l'emportent sur ceux d'affluence, le liquide accumulé dans la partie reprend sa route , le tissu tuméfié se vide et revient aux caractères que nous lui avons d'abord assignés.
Les propriétés anatomiques, et jusqu'à un certain pointles phénomènes physiologiques dont il vient d être question, se rencontrent dans les corps érectiles anormaux. Ceux-ci ont été décrits sous le nom de fongus liématodes , à'inflamnation spongieuse , de cancer mou , de fongus saii^nant , de sarcome médullaire, A'anémsme par anastomose , dans les écrits de Hey , de S. Cooper, d'Abernethy , de John Kell , de MM. Boyer , Breschet et autres.
Ces dénominations , variées selon le caprice des observateurs , plutôt que fondées sur la structure des parties altérées , ne sont propres qu'à jeter de la confusion dans les esprits , et à faire réunir, comme analogues, des affections très-dissemblables. M. Maunoir , un des premiers, établit, une distinction judicieuse entre le fongus hématode ou sanguin , et le fongus médullaire ou cancer fongueux, distinction que M. Hervez de Chégoin a reproduite dans un excellent Mémoire (Journal hebdomadaire de Médecine pratique, t. 2 ), mais en réservant le mot de fongus hématode pour désigner la variété concéreuse de la maladie , et en donnant aux productions simplement vasculaires le nom de tumeurs fongueuses sanguines.
Quant à nous , prenant pour point de départ la similitude organique, et rapprochant, autant que possible, les tissus anormaux ou morbides de leurs analogues dans l'état de santé , nous conservons aux productions dont il s'agit le nom de tumeurs érectiles, parce que, entre tous ceux qu'on a tenté de leur donner, il est celui qui retrace l'idée la plus exacte de la structure du tissu qui les forme. Elles se composent, efTeclivement, d'un réseau vasculaire, développé à l'excès , et qui semble avoir pris la place des autres élémens organiques déposés dans la trame celluleuse de nos tissus, comme la fibrine pour les muscles, la gélatine pour les tendons, les aponévroses ou les os , l'albumine pour le cerveau, etc. Quel que soit le degré d'extension que ces tumeurs acquièrent, jamais elles ne renferment de matière étrangère au système capillaire sanguin. On n'y rencontre , en aucun cas , ni tissu fibreux , ni substances squirreuse ou cérébriforme , et, par ce fait seul, elles se distingueut de la manière la plus tranchée du fongus médullaire (Maunoir), et du fongus hématode ( Hervez de Chégoin ), qui ne sont que des cancers mous , avec prédominance des vaisseaux sanguins dans leur texture, et disposition aux hémorrhagies à leur surface. Dans les tumeurs érectiles , l'organisation est simple , et seulement vasculaire ; dans les fongus cancéreux , elle est compliquée, en ce sens, que les vaisseaux capillaires sont ramifiés dans une substance molle, pulpeuse , jaunâtre, évidemment cérébriforme. ( Foyez Cancer et Fongus.)
Les tumeurs érectiles sont susceptibles de se développer dans tous les tissus qui constituent l'organisme animal. On les observe plus souvent, toutefois, à la peau, dans le tissu cellulaire sous-cutané, et la substance spongieuse des extrémités des os longs, que partout ailleurs. A la peau, elles sont fréquemment con. géniales , et forment ces plaques si variées de formes et de coloration, que l'on connaît sous le nom de ncei'i materni.
Lorsqu'elles existent dans le tissu cutané, les productions érectiles présentent ordinairement des tumeurs , tantôt saillantes comme la fraise ou la mûre , tantôt à peine élevées au-dessus du niveau des parties voisines, rougeàtres-ou brunâtres à leur surface , presque toujours granulées comme les fruits dont il vient d'être question , et dans beaucoup de cas recouvertes ou hérissées de poils plus ou moins nombreux et rudes. Leur base occupe toute l'épaisseur du derme, dont la texture normale ne peut être retrouvée dans les endroits qu'elles occupent; quelquefois elles pénètrent dans le tissu cellulaire sous-cutané , ou même plus profondément encore. Elles sont, en général, peu consistantes , s'affaissent sur le doigt qui les presse , et reprennent incontinent leur premier volume, lorsqu'on cesse de les comprimer. Souvent , elles offrent des mouvemens alternatifs d'expension et de retraite , isochrones aux pulsations artérielles , et qui sont en rapport avec la quantité de sang rouge qu'elles reçoivent ou avec la disposition plus ou moins artérielle ou veineuse des capillaires qu'elles contiennent. Si l'on incise leur tissu sur le sujet vivant , il s'en écoule , en nappe , un sang rouge, abondant , difficile à arrêter. Il n'est pas rare , après ces incisions , accidentelles ou faites à dessein , de voir se former sur la plaie un caillot solide, qui augmente graduellement de volume , s'organise, refoule et renverse les bords de la division, et devient lui-même le siège d'hémorragies incessauiment renouvelées. Au dessous des tumeurs érectiles, saillantes et circonscrites, on trouve presque toujours iin cordon vasculaire volumineux , qui les alimente et dont l'artère se ramifie bientôt à l'infini dans leur tissu. Les plaques étendues sont habituellement entourées d'un cercle artériel dilaté, dontles branches les pénètrent par divers points de leur circonférence. Enfin , examinées après ]a mort, les productions qui nous occupent présentent un tissu rouge, spongieux , aréolaire , plus ou moins gorgé de sang.
Les tumeurs érectiles sous-cutanées forment toujours un relief assez marqué ; elles soulèvent la peau, l'amincissent graduellement, présentent une couleur rose, rouge ou foncée, et quelquefois une sorte de transparence. Leur surface est presque toujours lisse, unie etde'pourvue des productions pileuses indiquées plus haut. 11 est rare qu'elles ne soient pas circonscrites, et assez faciles à déliminer d'avec les tissus voisins. Comme les tumeurs cutanées proprement dites, elles sont alimentées , ou par une grosse artère qui pénètre leur base, ou par un
réseau ou cercle artériel qui entoure leur circonférence. On a observé des tumeurs de ce genre à la joue , à la nuque , dans la fosse temporale , à l'épaule et sur diverses autres parties du corps.
Les tumeurs érectiles des extrémités des os longs se présentent sous la forme d'un gonflement plus ou moins considérable, irrégulier, bosselé; la tumeur offre ordinairement des points solides et des points plus mous , que la pression peut affaisser , et à travers lesquels on sent assez souvent des pulsations manifestes , isochrones aux mouvemens des artères. Dans un cas , observé par M. Lallemand , de Montpellier , le doigt pouvait être enfoncé jusqu'à une grand profondeur , en déplaçant les lames externes de l'os qui faissaient un bruit semblable à celui que détermine le froissement du parchemin. Examinés après la mort , les os ainsi altérés avaient leur extrémité articulaire élargie , raréfiée pour ainsi dire , et contenant dans son intérieur un tissu spongieux et vasculaire érectile, semblable à celui qui constitue , dans d'autres organes , les tumeurs du même genre. Seulement , ce tissu était çà et là coupé par des lames ou débris de cloisons osseuses non encore détruites ; ses aréoles étaient ordinairement plus larges que dans les productions sous-cutanées et surtout que dans celles dont la peau est le siège ; enfin il était contenu et renfermé dans une sorte de coque fragile , presque toujours ouverte en divers endroits , et formée par la couche compacte , mince , superficielle et dilatée de la portion d'os malade. Tels sont les caractères observés par MM. Dupuytren , Marjolin, Lallemand et autres. On a rencontré des tumeurs de ce genre dans l'extrémité supérieure du tibia , dans la partie supérieure du fémur, à l'humérus, dans les os du tarse , dans les ligamens articulaixes et jusque dans le tissu diplo'ique des os plats du crâne.
Le diagnostic des tumeurs érectiles cutanées est toujours facile. On a le mal sous les yeux , et l'on ne peut que rarement se mépendre sur ses véritables caractères. Mais il n'en est pas de même lorsque la production morbide est recouverte par la peau encore saine , et surtout lorsqu'elle a son siège dans la substance spongieuse des os. Si alors aucune pulsation ne se fait sentir dans la tumeur , il devient souvent difficile de la distinguer du cancer mou et fongueux. Cependant , l'absence de douleurs lancinantes dans son tissu , la fluctuation incertaine qu'on y développe par la pression alternative des doigts , la diminution de son volume sous l'influence des agens compressifs , la coloration fraîche au sujet et la non-existence des symptômes caractéristiques de la cachexie cancéreuse, sont autant de circonstances susceptibles de conduire au diagnostic de la maladie. Celui-ci n'offre plus d'obscurité lorsque, d'une part , la tumeur est agitée de mouvemens isochrones à ceux du pouls, et que de l'autre elle reste immobile , se ramollit et diminue de volume par la compression de l'artère principale du membre ou des branches qui pénètrent dans sa substance.
Le pronostic des tumeurs érectiles est toujours grave, surtout lorsqu'elles sont accidentelles , soit que des contusions , des piqûres , des distensions ou d'autres violences externes analogues aient provoqué leur développement, siot qu'elles aient apparu spontanément ou sans cause déterminante appréciable , à une époque plus ou moins avancée de la vie du sujet. On assure que celles de ces tumeurs qui sont cutanées et congéniales restent constamment stalionnaires , donnant lieu, par leur saillie et par leur coloration, à des difformités toujours désagréables et quelquefois hideuses , mais sans s'accroître et sans compromettre en aucun temps l'existence des individus. Malgré l'autorité des personnes qui professent cette opinion, il serait téméraire peut-être de l'adopter dans son acception générale et absolue. La règle ici ne nous semble pas plus qu'ailleurs à l'abri des exceptions.
Quoi qu'il en soit, après être demeurées stalionnaires pendant un temps variable, les tumeurs érectiles superficielles , à l'occasion de nouvelles stimulations , ou sans cause connue , deviennent le siège d'un prurit incommode ou d'un fourmillement intérieur, souvent comparé parles malades à la sensation que produirait la marche d'un insecte. Sous l'influence de cet état d'excitation, la tumeur rougit, se gonfle et s'accroît ; après un temps plus ou moins long, la pellicule qui la recouvre s'amincit, se déchire, et du sang s'en écoule. Il est à remarquer que les extensions du tissu morbide ont lieu par paroxysmes souvent très-distincts , et sont précédés d'un éréthisme local qui annonce à l'avance l'afflux sanguin qui se prépare. La tumeur augmente , tantôt en envahissant graduellement les parties voisines auxquelles elle communique en quelque sorte sa propre organisation, tantôt en les refoulant, au contraire , et en restant parfaitement distincte au milieu d'elles. Enfin, arrive une époque où le tissu érectile, développé outre mesure, se gerce profondément, et où les hérnonhagies qu'il fournit se rapprochent , deviennent de plus en plus difficiles à arrêter , affaiblissent le malade et entraînent graduellement l'extinction des mouvemens vitaux.
Lorsque les tumeurs érectiles sont profondément situées , comme dans l'épaisseur des membres, dans les ligamens articulaires, dans les extrémités spongieuses des os, elles se rapprochent, en augementant de volume, de la peau qu'elles soulèvent, qu'elles amincissent , qui prend une teinte livide et bleuâtre en s'appliquant sur elle. Cette membrane finit alors par se laisser entrouvrir ou déchirer, et par livrer passage au corps anormal qui la distend, et qui devient, dès cette époque , le siège d hémorrhagies plus ou moins rapidement mortelles.
C'est donc par la perte du sang, par la débilité générale, i)icessamment augmentée, qui en résulte , bien plus que par la désorgasation des parties affectées , que sont menacés de périr les sujets atteints de tumeurs érectiles. Il est utile de noter, toutefois , que , lorsque ces tumeurs existent pendant long-temps, qu'on les irrite à diverses reprises, qu'on multiplie d'infructeuses tentatives
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pour les détruire ; il est utile , disons-nous , de faire remarquer qu alors la matière cancéreuse semble s'y développer , s'ajouter graduellement au tissu vasculaire primitif, et compliquer la maladie principale en augmentant les dangers qu'elle fait naiire. C'est ainsi que, sur un ofiicier soumis à notre observalion, nous avons vu un nœi'us maleinus congénital, d'abord culané, silué sur la tubérosité interne du libia gauche, et manifestement de nature éreclile, se reproduire plusieurs l'ois, nécessiter l'amputation de la cuisse, et renaître dans le moignon, alors qu'il était presque cicatrisé , en présentant les caractères du fongus cancéreux. Au début de la maladie, lorsque la tumeur, qui ressemblait à une framboise aplatie , commença à s'accroître, l'examen pendant la vie et la dissection après la première extirpation , démontrèrent qu'elle était exclusivement composée de tissu érectile simple. Et cependant, plus tard, elle se compliqua de matière cancéreuse. Ce fait n'expliqnerait-il pas la confusion laissée par les ob.iîervateurs entre ces deux modes d'altération, n'établit-il point d'une manière satisfaisante le point de contact qui les unit en quelque sorte l un à l'autre ?
Divers moyens opératoire.*: ont été opposés aux tumeurs érectiles. On s'est efforcé d'aboni de les affaisser , de borner l'expansion de leur tissu , de déterminer l'oblitération des capillaires qui les forment et l'adhérence ties parois de leurs aréoles. Mais , si exacte , si prolongée , si ingénieuse dans son application que la compression ait été, elle n'a presque jamais réussi. Les tumeurs peu saillantes, peu étendues , faiblement colorées , lorsqu'elles afTeclent des portions de peau placées sur des os plats, susceptibles de fournir un point d'appui solide à la compression , sont les seules qui puissent céder à ce moyen. Les autres jouissent d'une énergie organique trop considéiable pour ne pas résister efficacement à l'efiort compressif. 11 ne faut donc pas compter sur ce procédé : en irritant les parties , il a , dans plusieurs cas , été plus nuisible qu'utile!
La ligature a été employée avec succès contre les nœfi materni saiWans , pédiculés , implantés seulement à la surface de la peau , et faciles à soulever, de manière à permettre aux fds d'étreindre les parties saines derrière eux. Dans l'absence de ces dispositions favorables , on a vu la tumeur se reproduire et donner lieu à des hcraorrhagies consécutives. M. Boyer rapporte le cas d'un jeune enfant de huit mois à qui la ligature d'un petit corps érectile, placé sur la poitrine, fut ainsi faite, et qui succomba, épuisé par les hémorrhagies qui succédèrent à la chute de la tumeur et des fils. Tout le tissu altéré n'avait pas sans doute été isolé par la ligature.
Lorsque les tumeurs sont plus volumineuses , que leur base est large et profonde, bien qu'elle soit encore cependant facile à reconnaître et à déltminer d'avec les parties saines, on a proposé de modifier la ligature de la manière suivante : la tumeur étant saisie et soulevée autant que possible, une aiguille, armée d'un double (il ciré très-fort, a été enfonce'eau dessous d'elle, en la laissant parfaitement intacte; les deux fils, noués ensuite de chaque côté, ont achevé de la cerner par leur double ligature, et ont déterminé sa chute. Ce procédé, auquel Scarpa donne de justes éloges, a plusieurs fois réussi. Lawrence, While entre autres , lont employé avec succès contre des corps érectiles du cou, de l'épaule et du front. Ici encore, ainsi qu'on le conçoit aisément, le succès est entièrement subordonné à la possibiblité de faire porter la ligature sur des tissus sains , et sur les vaisseaux avant l'endroit où ils commencent à présenter la disposition anormale qui provoque et entretientla tumeur.
Les caustiques doivent être proscrits du traitement des corps érectiles: ils ne sont propres qu'a y produire de l'irritation, "a hâter leurs progrès, à déterminer leur complication cancéreuse.
La ligature , isolée des artères nourricières du tissu érectile , n'a presque jamais été suivie de résultats favorables : les tumeurs ont alors reçu par d'autres voies , à l'aide des anastomoses, le sang dont elles avaient besoin. M. Houx, cependant, a affaissé et fait disparaître une tumeur érectile de la lèvre et de la joue en liant les artères labiale et sous-obitaire correspondantes. Mais ces heureux exemples sont fort rares. D.ins un cas de corps érectile placé à l'extrémité de l'indicateur droit, et qui avait résisté à la ligature des artères radiale et cubitale, M. Lawrence divisa circulairement toutes les parties molles du doigt, et par ce moyen seul jjarvint à tarir les sources de l'alimentation de la tumeur.
La li"alure des troncs artériels principaux de la tête ou des membres a beaucoup mieux réussi que les opérations précédentes, et de nombreux succès en ont couronné la pratique. MM. Travers, Dalrymple , et tout rrcemment encore, M. Roux, dans des cas de corps érectile de l'orbite , ont lié l'artère carotide , et les malades ont guéri. Dans un cas d'envahissement de toute l'étendue de la conque de l'oreille , jiar la dégénérescence érectile, maladie qui avait résisté à la ligature successive des artères occipitales et auriculaires, M. Dupuytren obtint une notable diminution dans le volume de la tumeur. Chez plusieurs sujets atteints de tumeurs érectiles des os , et notamment de la partie supérieure du tibia , la ligature de l'artère fémorale a été suivie des résultats les plus heureux. M. Lallemand guérit, par ce procédé, liiidividu dont il a été question plus haut. Dans un cas semblable , M. Dupuytren obtint , en liant l'artère crurale , un succès temporaire; la maladie ne se reproduisit que plusieurs années après, et il fallut recourir à l'amputatioi de la cuisse. Il est digne de remarque que la ligature de la carotide n'a réussi dans aucun des cas où elle a été employée par Pelletan , M. Mussey de Damsouth, et, tout récemment encore , par M. 'Willaume , de Metz, pour des tumeurs érectiles de la fosse temporale. On ne devrait donc y recourir dans ces cas qu'avec beaucoup de réserve.
L'extirpation des corps érectiles a été suivie de résultats très variés. A la j
DlCT. DE MÉDECI^■E ET DE ChIRCKGIE PDATIQUES.
tête, elle a souvent réussi. M. Maunoir,par exemple , a amputé avec succès un corps érectile sous cutané, placé sous le menton et dont le volume était si considérable que plusieurs chirurgiens avaient refusé d'y loucher M. Hédor a enlevé une tumeur accidentelle du même genre , située sur le derme chevelu , et provoquée par la piqûre d'une dent de peigne ; la guérison eut lieu presque immédiatement, par la réunion dé la plaie. Ces extirpations , toutefois , ne sont pas sans danger, surfout chez les jeunes enfans , à raison de l'écoulement considérable de sang qui les accompagne presque toujours. M. Warcop vit périr entre ses mains un enfant de dix jours, auquel il enlevait une tumeur sanguine à la nuque. Un autre enfant, un peu plus âgé, opéré par M. Houx pour une production semblable à la face , éprouva une syncope si prolongée que l'on désespéra de sa vie. M. Hervez de Chégoin , qui rapporte ces faits , ne fut pas moine vivement alarmé pour une jeune fille de trois ans , à qui il avait emporté une production éreclile de la joue. L'hémorrhagie résista au cautère actuel, appliqué à trois reprises, et ne s'arrêta que sous l'effort d'une compression méthodique et prolongée.
Aux membres , l'ablation des tumeurs érectiles implantées au dessous de la peau, et pénétrant dans les interstices musculaires, a presque constamment été suivie de la récidive. M. Maunoir rapporte cependant I exemple d'un nœvus malei nus du coude , qu'il amputa avec succès , chez une jeune personne ; mais quoiqu'il présente cette tumeur comme sous-cutanée , la base n'en était cependant pas profonde, puisque son ablation n exigea pas la lésion de l'aponévrose brachiale. Les productions congénitales, exclusivement cutanées, faciles à soulever et à cerner exactement, sont les seules que l'on guérisse avec une certitude presque entière, en les exlirpanl , aux membres et sur les diverses parties du tronc. Celles qui sont sous-cutanées , profondes, et surtout accidentelles, résistent à peu près constamment au contraire à l'emploi de tous les procédés chirurgicaux de destruction. Elles se leproduisent avec une incroyable persévérance , alors même que l'on a apporté la plus grande atlcniion h enlever tout le tissu malade , et même à cautériser fortement avec le fer rouge la partie d'où elles prenaient naissance. Les faits parlent ici plus haut que la théorie, et détruisent les espérances dont on ne peut ordinairement se defeiiilre , en considérant le volume, souvent peu considérable , de la maladie , et l'apparente facilité d'en emporter toutes les racines. Tout récemment encore, M. Gérard, d Etains , rapportait , dans le Journal liebclom<iduire , l'exemple d'une dame affectée de production érectile accidentelle à l'épaule, qu'il avait enlevée k plusieurs reprises avec l'instrument tranchant et la cautérisation, et qui toujours se renouvelait lorsque la cicatrisation tendait à s effectuer.
L'amputation seule, pratiquée assez loin de la maladie, et surtout sur une division du membre qui lui était supérieur, a réussi et mis définitivement les sujets à l'abri de la récidive. Mais il est rare que ce moyen extrême puisse être proposé aux malades et accepté par eux, avant que l'on ait essayé inlructueusement l'emploi de quelques-uns des procédés indiqués plus haut; procédés parmi lesquels la ligature, lorsqu'elle est appliquable , nous semble mériter la préférence. Les tumeurs érectiles de la substance des os ont cependant quelquefois résisté à i amputation , et se sont renouvelées dans le membre sur li.'(|uel l'ablation avait été pratiquée.
En résumé, lorsque les nœvi inalerni sous-cutanés, congéniaux ou accitlentels, ne sont que difformes . indolens ou seulement médiocrement douloureux, sans tendance à s'accroitre , il faut les respecter et se borner à écarter d'eux toutes les causes possibles d'excitation. Celle conduite négative est spécialement commandée aux membres. Dans les circonstances opposées , c'est-à-dire lorsqu'il y a de la douleur, de l'augmentation de volume, îles hémorrhagies qui compromettent l'existence de 1 individu, il faut, si leur situation à l'épaule, à l'aine ou sur le tronc ne permet pas de recourir à l'amputation ou à la ligature des troncs artériels, les enlever à l'aide de l'ablation, de la ligature et la cautérisation des parties sous-jacentes si elle semble nécessaire. Ces opérations ne sont, il est vrai, presque jamais suivies d'un succès durtible; mais elles prolongent la vie des sujets de tout le temps qui s'écoule entre leur pratique et la reproduction du mal. Et comme on a constamment remarqué que cette reproduction n'a lieu qu'à l'époque de l'achèvement de la cicatrice, peut-être pourrait-on la relarder en entretenant, par des topiques convenables , la suppuration dans la plaie et en s'opposant à sa consolidation.
Enfin, lorsque les tumeurs qui nous occupent sont tellement situées que la ligature tIes ai tères principales, tpie l'extirpation , que l'amputation même , peuvent leur être opposées , on doit recourir à ces procédés suivant l'ordre dans lequel ils sont indiqués ici. (L.-J Bégik.)
ERGOT, s. m. On nomme ainsi, et plus ordinairement seis^le erg'tié , un un grain île seigle, violet ou brunâtre, un peu recourbé et allongé, qui se développe sur les épis de ce graminée, et offre quelque ressemblance par son mode d implantation et sa forme avec 1 ergot du coq. Cette production végétale est connue sous une foule d'autres noms dont voici les principaux : ergot, blé aforté i blé cornu, bLéJiirnuche, blé have ^ blé rac,hili(jue , chainhucle, clou de seigle , ébrun , faux seigle, mu ne , mère de seigle, seigle cornu, seigle corrompu , seigle à éperon , seigle ergoLisé , seigle ifte, seigle noir; calcar , clafus filiginis , clavus seculiitus , secalis malei-, sccale iuxurians , secale cornutum , sclerotium clavus. On rencontre l'ergot sur plusieurs plantes ; mais nous ne nous occuperons ici que de celui du seigle, le seul dont les propriétés thérapeutiques et toxiques aient été bien conslatces.
Agent énergique et dangereux , médicament efficace et fidèle , le seigle ergoté réclame à ce double titre une sérieuse attention. C'est une de ces substances qui , se mêlant aux alimens de l'homme , empoisonnent la vie dans sa source et
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sèment l'épouvante et le deuil au milieu des populations qu'elles déciment ; mais c'est aussi une de ces conquêtes hardies dont la thérapeutique s'enrichit tous les jours en convertissant des agens de maladie et de mort en agens de salut et de vie. Comme poison, comme remède , étudions-le donc avec soin.
L'ergot du seigle est , comme je viens de le dire , d'un violet tirant sur le brun; sa forme est allongée, cylindrique, recourbée aux extrémités , lesquelles sont ordinairement obtuses, mais quelquefois un peu effilées; deux ou trois sillons réguliers se remarquent dans toute sa longueur; il a ordinairement de six à dix lignes de long sur une ligne à peu près de diamètre. Sa surface, presque toujours lisse, présente quelquefois des gerçures attribuées à la sécheresse , ou des petites criblures produites , dit-on , par des piqûres d'insectes. Tous ces caractères ne sont pas constans : ainsi , on trouve des grains d'ergot d'une telle petitesse, qu'on les aperçoit à peine dans les balles, et d'autres d une longueur de dix-huit à vingt lignes, et gros à proportion; on en rencontre qui ne sont recourbés qu'à Tune de leurs extrémités, d'autres qui sont tout-à-fait droits ; quelques-uns sont contournés ; enfin , on en voit qui n'ont aucune forme régulière.
La cassure de l'ergot produit un léger bruit , semblable h celui d'une amande sèche; il se brise net, transversalement, et laisse voir une partie corticale très-mince , linéaire , colorée comme la surface du grain , et intimement unie, ou plutôt confondue (car l ébullition ne l'en sépare même pas ) avec la partie centrale , laquelle est d'un hlanc terne ou d'un violet clair. Cette différence de couleur de la substance même de l'ergot n'a pas assez fixé, ce me semble , l'attention des thérapeutisles ; elle indique peut-être une dilTérence dans les propriétés de cet agent, et servirait à expliquer en partie les résultats contradictoires qu'on en a obtenus. Ce qu'il y a de certain , c'est que j'ai toujours employé l'ergot à cassure violette, et que je ne l'ai presque jamais trouvé infid'ele. La poudre du premier est d'un gris cendré, celle du second est d"un brun violacé. Je possède des échantillons de l'un et de l'autre , et j'ai peine à croire qu'ils jouissent au même degré des mêmes propriétés, mais je ne les ai pas expérimentés comparativement.
L'ergot du seigle possède une odeur désagréable et nauséabonde lorsqu'il est frais* il la perd en se desséchant; sa saveur est légèrement âcre , amère analogue à celle du blé pourri. Lorsqu'il est réduit en poudre , il attire l'humidité , fermente ets'allère; aussi doit-on le conserver en grain et dans des vases bien fermés ; j'en ai cependant gardé en poudre pendant plusieurs mois, sans qu il ait rien perdu de ses propriétés, mais il était soigneusement enveloppé dans du papier , et renfermé en outre dans un flacon bien bouché. Son analyse chimique n'a jusqu'à présent jeté aucun jour sur la cause de ses propriétés vénéneuses et médicamenteuses. Vauquelin la trouvé formé d'une matière colorante d'un jaune fauve, d'une matière huileuse blanche, d'une matière coloranle violette, insoluble dans l'alcool, d'un acide libre, qui est en partie phosphorique , d une matière vcgéto-auimale très-abondante et très-disposée à la putréfaction , qui fournit beaucoup d huile épaisse et d'ammoniaque à la distdiation, enfin, d'une petite quantité d'ammoniaque libre qu'on peut obtenir à la température de l'eau bouillante. Petlehnofl'er croit que l'ergot contient de la morphine ; TNI. Combes y a trouvé de l'amidon ; enfin , suivant M. Maas de Hambourg, il renferme du gluten, de l'ammoniaque ou un alcali particulier, de l'acide acétique, une matière coloranle violette, une résine, tme huile grasse , un acétate alcalin , mais il ne contient, d'après ce chimiste, ni amidon, ni acide hydrocyanique . ni narcotine , ni acide phosphorique.
Plusieurs hypothèses ont été imaginées sur les causes da la formation de l'ergot. Attribué tour à tour à de mauvais sucs nourriciers, à une substance mielleuse qui pénètre le grain avec la rosée , à de mauvais engrais ,à la gelée blanche, aux pluies abondantes , à la piqûre de certains insectes { soit pour se nourrir , soit j)0ur déposer leurs œufs, soit enfin pour inoculer une humeur irritante c|ui fait dégénérer le grain), à des animalcules microscopiques, à une fermentation putride , à l'altération et à la faiblesse de l'écorce du grain , à un défaut de fécondation dont le résultat serait une sorte de môle , à une excroissance vicieuse , etc. , l'ergot de seigle a été regardé par M. de Candolle comme un champignon parasite auquel il a donné le nom de sclerotium clavus. Mais des recherches récentes et plus précises, faites par M. Léveilic neveu, sont venues jeter un nouveau jour sur cette matière, et semblent avoir enfin résolu le problème.
Ce jeune médecin pense avec Geoffroy , de Jussieu , Aymen et Béguillet , que l'ergot n'est autre chose que l'ovaire non fécondé , mais qui n'en a pas moins végété. La cause qui, suivant lui, s'oppose à cette fécondation , consiste en un véritable champignon auquel il donne le nom de sphacelia segpium , lequel prend naissance dans lintérijur des glumes et peut-être dans le germe même. Il commence par n'être qu'une goutte visqueuse, fétide et irrégulière en raison de la compression qu elle éprouve. Cette goutte, d'un blanc jaunâtre, s'allonge, et au bout de quelques jours, sous l'influence de l'air, elle prend plus de consistance ; elle recouvre l'ovaire et s'oppose à sa fécondation en empêchant le pollen d'arriver jusqu'à lui. Cependant l'ovaire végète, il sort des balles en poussant devant lui le cliampignon , « lequel se montre à l'extré- « mité de l'ergot sous forme d'un corps jaun.ître, conique , de volume varia- » ble , inégal, parsemé d'ondulations irrégulières très-petites, assez sembla- » bles aux circonvolutions cérébrales. La base, divisée en quatre ou cinq « parties, embrasse de toutes parts I extrémité externe de l'ovaire ergoté. Le » sommet est arrondi ou tuberculeux, et présente quelquefois des poils qui )i sont étrangers h sa composition, n
Je n'entrerai pas dans de plus longs détails sur celte espèce de champi-
gnon ; je renvoie ceux qui seraient curieux de les connaître au mémoire même de l'auteur. Je dirai seulement , d après lui, que lorsque la sphacélie est développée, elle laisse écouler un liquide de consistance oléagineuse , qui entraîne ses sporules ou semences, se desséche sur l'ergot, y forme une croûte mince d'un jaune sale , laquelle se fendille et se détache par la suite en écailles. Petit à petit la sphacélie diminue de volume, se dessèche , se ride, et se sépare avec la plus grande facilité de l'ovaire ergoté. Lorsque le temps est pluvieux à
I époque du grand développement de ce champignon , il est lavé , le suc qui s'en écoule est mêlé , entraîné avec l'eau , et il ne reste sur l'ergot aucune trace de son existence. Souvent la sphacélie elle-même est entraînée ; d'autres fois elle est réduite à un très-petit volume.
M. Bdudelocque, auteur d'une note très-intéressante sur les effets du seigle ergoté dans le travail de l'accouchement, se demande, avec M. Léveillé dont il rapporte les curieuses recherches , si les propriétés de l'ergot résident dans ce grain lui-même ou dans la sphacélie, et si les insuccès dprouvés par divers particiens de l'emploi de cet agent , ne tiendraient pas à l'absence du champignon ou du suc qui s'en écoule. Il propose ensuite d'expérimenter séparément les deux substances , mais avec la précaution de n'administrer la spacélie qu'à la dose de quatre ou cinq grains , en raison de l'énergie problable de ses propriétés. Ces expériences n'ont pas encore été tentées. Tout ce qui va suivre sur l'action de l'ergot devra donc s'entendre de cette substance telle que nous l'avons décrite au commencement de cet article.
Les propriétés dangereuses du seigle ergoté sont depuis long-temps connues; elles ont été signalées pour la première fois par Sigebert de Gremblour, en l'année 1096, au dire de Mézeray, et suivant d'autres écrivains , en 1596 seulement , par Wendelin-Thalius. C'est à des épidémies meurtrières que l'on en doit la première connaissance. Ses effets consistent en des vertiges, des spasmes , des convulsions, la gangrène ou le sphacèle des extrémités , et s'il faut en croire l'abbé Tessier , M. Baudelocque et M. Courhaut , en des avortemens ; mais ce dernier effet est loin d'être bien prouvé. Plusieurs auteurs , parmi lesquels je citerai Model, Paulet, Schleger et Parmentier , ont cependant nié que ces graves accidens fussent dus à l'ergot, et les ont attribués aux vicissitudes atmosphériques; mais des expériences nombreuses tentées par Réad , Salerne et l'abbé Tessier, ne permettent aucun doute à cet égard. En soumettant des animaux pendant un certain temps à l'usage du seigle ergoté , ces expérimentateurs ont produit à volonté les pernicieux effets que nous avons indiqués; et suivant les doses qu'ils en ont fait prendre, ils ont donné lieu à des vertiges , à des convulsions , ou à des gangrènes plus ou moins étendues.
II n'est doue plus possible aujourd'hui de contester les qualités délétères et vénéneuses du seigle ergoté. C'est à la présence de cet agent dans le pain , qui fait la basse principale de la nourriture des habitans de la campagne , que l'on s'accorde généralement à attribuer les épidémies de 1596 dans la Hesse , de 1648 et 1649 en Saxe et en Suède , de 1676 aux environs de Blois et de Montargis , de 1709 dans le Blaizois et le Dauphiné, de 1715 et 1716 dans les cantons les Zurich et de Berne, de 1936 dans le Wurtemberg et la Bohême, de 1749 en Flandre et dans l'Artois, de 1764 autour d'Arras et de Douai, de 1709, 1747 et 1772 en Sologne, de 1816 en Bourgogne, etc. , etc. On désigne tous les effets morbides de l'ergot par le nom d'ergotisme ; c'est a ce mot par conséquent que j'en renvoie la description et le traitement , et je passe de suite aux propriétés médicales et à l'emploi thérapeutique du seigle ej'goté.
11 est peu de médicamens, parmi ceux qui possèdent des propriétés spéciales, dont l'utilité soit plus certaine et les effets plus constans. L'action qu'il exerce sur l'utérus est certainement aussi incontestable, aussi sûre que celle de l'opium sur le cerveau , de la digitale sur le cœur, du nitrate de potasse sur les reins , etc. Il réveille les contractions de cet organe frappé d'inertie , soit pendant soit après l'accoiichement , il accélère par conséquent l'accomplissement de cet acte important, et fait cesser les hémorrhagies effrayantes qui lui succèdent quelquefois ; il convertit fréquemment les douleurs dites de reins en douleurs utérines et expultrices ; il provoque l'expulsion du placenta quand elle se fait trop attendre; il diminue l'écoulement des lochies trop abondantes , il arrête quelques leucorrhées. On l'a encore conseillé pour chasser les gaz qui s'accumulent dans l'utérus et le distendent ; enfin , on s'en est servi pour faciliter la sortie complète des polypes utérins, ou pour les rendre du moins plus accessibles h l'emploi des ligatures ou des insirumens. De toutes ces propriétés , la mieux établie est celle d'accélérer le travail de la parturition et d'arrêter les hémorrhagies utérines par inertie , en provoquant les contractions de la matrice. Des milliers de faits bien constatés la mettent hors de doute, et ces faits ont été recueillis par un grand nombre de praticiens dans des contrées diverses : en Allemagne , en Amérique , en Angleierre, en France et en Italie. Parmi ces médecins je citerai Camérarius , qui, dit-on, a la premier signalé la propriété obstétricale de l'ergot; M. Desgranges , de Lyon, auquel nous devons l'appréciation des circonstances qui permettent de l'employer avec sécurité, et de celles qui le contre-indiquent ; Dewees , Prescôt, Chapman , Stearns , Clark, Davies , Bordot , Goupil , Clievreul , 'Villeneuve , Balardini , Bigeschi . qui tous y ont eu recours avec succès. Pour ma part , je l'ai employé plus d'une centaine de fois , et je l'ai très-rarement trouvé infidèle.
L'action de ce médicament est prompte et se reconnait à des signes certains. Dix à quinze minutes au plus après l'administration de vingt-quatre grains de seigle ergoté en poudre , en infusion ou tout simplement délayé dans un peu d'eau tiède , on voit les contractions utérines devenir plus fréquentes et plus énergiques si elles étaient lentes et faibles, se réveiller si elles étaient suspendues. Ces résultats ont été obtenus tant de fois , ils se reproduisent avec une telle con-
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slance, qu'on ne peut plus raisonnablement les attribuer au liasard , et n'y voir qu'un simple fait de coïncidence avec l'ingestion du médicament, ainsi que l'ont pensé et le disent encore quelques médecins. Une pareille objection ne peut plus être faite aujourd hui que par des accoucheurs qui n'auront pas expérimenté le médicament, ou ne l'auront juge que sur deux ou trois essais infructueux et probablement mal dirigés ; car il n'est pas possible de se méprendre au caractère des douleurs que provoque le seigle ergolé quand on les a une fois bien observées. En effet, aussitôt que l'action du seigle ergoté se fait sentir; les contractions de l'utérus n'alternent plus avec des intervalles de relâchement et de repos comme dans l'accouchement ordinaire ; elles deviennent permanentes , et , en appliquant la main sur l abdomen , on sent constamment l'utérus dur et contracte. Les douleurs ne se suspendent par conséquent pas non plus, elles sont continuelles ; et bien que l'on remarque encore ces momens d'exacerbation pendant lesquels la femme pousse des cris et fait des efforts , et des momens de calme , comme dans l'accouchement non provoqué , cependant il n'y a vraiment pas cessation de la douleur , elle est seulement moins forte, mais la femme se plaint de ne pas avoir un instant de repos. Ajoutons à ces caractères incontestables de l'action du seigle ergolé, que les femmes elles-mêmes reconnaissent une grande différence entre les douleurs qu'il excite et celles qu'elles éprouvaient auparavant ou qu'elles ont ressenties dans d'autres accouchemens j en général, elles les supportent plus impatiemment, elles se plaignent surtout , comme je l'ai déjà dit, de n'avoir pas de relâche ; quelque-unes s'écrient qu'elles accouchent malgré elles ^ par force. L'accouchement se termine ordinairement une heure, une heure et demie après l'administration du seigle, lorsque toutefois il a été donné dans des conditions favorables. Au delà de ce terme, l'action du médicament décroît et ne tarde pas à cesser de se faire sentir; il faut alors en répéter la dose.
L'introduction du seigle ergolé dans la pratique de l'art des accouchcmens rendra de jour en jour plus rare l'emploi du forceps: car, en faisant cesser l'inertie de l'utérus, il remédie à la cause qui nécessite dans le plus grand nombre des cas le recours à cet instrument. Mais ce n'est pas là le seul service qu'il soit appelé à rendie à cet art. Aucun agent , aucun moyen ne l'emporte sur lui en efficacité pour faire cesser les hémorrhagies utérines qui succèdent à l'accouchement; et cela devait être, puisqu'il réveille les contractions utérines, et que ces hémorrhagies sont presque toutes produites par l inertiede l'organe. Les observations de Prescot et Chapman en Amérique, de MM. Bordot, Goupil et Laroche en France, de Bigeschi et Cabini en Italie , et celles de beaucoup d'autres observateurs en Angleterre et en Allemagne, ne laissent aucun doute à cet égard. Je n'ai pas eu une seule fois l'occasion de l'employer dans ce cas, et je le dois peut-être à la grande facilité avec laquelle je me suis jusqu'à ce jour décidé à l'administrer pour accélérer l'accouchement, mais je crois avoir prévenu une hémorihagie utérine, en l'administrant pendant le travail de l'enfantement, chez une dame qui avait eu des pertes, chaque fois plus abondantes , dans quatre accouchemens antérieurs. Comme les hémorrhagies uléi ines , qui succèdent à l'accouchement sont souvent tellement rapides qu'elles laissent à peine le temps d'y remédier, je regarde comme une précaution indispensable pour tout accoucheur , d'être toujours muni de quelques doses de seigle ergoté lorsqu'il est appelé auprès d'une femme en travail ; je n'y manque jamais en pareil cas, bien que jusqu'à ce jour cette précaution m'ait été superflue.
On prescrit encore avec succès le seigle ergoté lorsque des caillots de sang se sont accumulés dans l'utérus; il n'est pas moins utile dans les cas où, le placenta tardant trop à sortir de cet organe , le cordon ombilical a été rompu ou qu'il est trop mince pour qu'on puisse exercer sur lui des tractions efficaces , ainsi qu'il arrive presque toujours après les avortemens à une époque peu avancée de la grossesse ; dans les cas aussi où le resserrement du col utérin ne permet pas d'introduire la main pour aller chercher ce corps; enfin, lorsqu'on a inutilement tenté , pour en provoquer l'expulsion, les frictions hypogastriques , et les injections d'eau vinaigrée par le cordon. On y a eu recours avec avantage , ainsi que je l'ai déjà dit, pour exciter l'utérus à se débarrasser de môles, de polypes , d'hydatides , ou de gaz qui le distendaient. Enfin , je l'ai donné dans un cas où des convulsions accompagnaient les douleurs de renfantement , et le travail , qui ne faisait aucun progrès, a marché dès lors d'une manière rapide; l'accouchement était terminé cinq quarts d'heure après l'ingestion du médicament. Chapman et Stearns en avaient conseillé l'usage dans ce cas ; Walerhouse et Brinkie l'avaient administré avec succès avant moi. Tous ces cas se ressemblent ; tous présentent une même indication , celle d'activer les contractions utérines : le seigle ergoté ne devait donc pas s'y montrer moins efficace que dans les circonstances précédentes.
Telles sont les propriétés incontestables du seigle ergoté. Mais ce ne sont pas les seules qu'on lui attribue. Ainsi, Baiihin , James, Hosack et Stearns l'ont préconisé contre l'écoulement immoaéré des lochies ; Beckm;inn et Béclard de Strasbourg , contre l'aménorrhée ; Lonicère , comme auli-hysiérique ; Marhall- Hall et Bazzoni , contre la leucorrhée; Slout, dans quelques diarrhées muqueuses rebelles ; M. Courhaut pense qu'il dissipe les infiltrations ou engorgemens des extrémités inférieures ; enfin Melilhausen l'a conseillé contre les fièvres intermittentes. Je ne prétends pas contester toutes ces nouvelles propriétés au seigle ergolé ; je sais qu'il n'appartient qu'à l'expérience de décider les questions de ce genre, et je n'ai essayé ce médicament dans aucun des cas que je viens d'énnmérer (excepté une seule fois, contre la leucorrhée, sans succès); mais je ne puis m'empêcher de faire la remarque, que tous les Biédicamens doués de propriétés énergiques sont, aussitôt leur introduction dans
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la thérapeutique, essayés dans une foule de maladies diverses d'après les idées particulières que chaque médecin se fait de leur manière d'agir, et bientôt érigés en panacées avec une légèreté inconcevable. Le seigle ergoté devait donc subir cette loi ; le temps et l'expérience nous apprendront ce qu'il y a de réel dans les nombreuses vertus dont on le décore. Toutefois on conçoit que le voyant doué de la propriété de stimuler vivement l'utérus , on s'en soit promis d'excellens effets dans toutes les maladies de cet organe réputées astliéniques. La théorie a donc dû conduire tout d'abord à l'essayer dans l'aménorrhée , puis contre l'écoulement immodéré des lochies, et enfin contre la leucorrhée prenant sa source dans l'utérus , bien que ces maladies ne dépendent pas toujours d'un état d'asthénie de l'utérus. Mais d'après quelles idées l'a-t-on conseillé dans l'hystérie qu'il paraîtrait devoir aggraver, dans les diarrhées muqueuses rebelles, dans les fièvres intermittentes ? L'empirisme a pu seul inspirer de pareils essais , et l'empirisme est un guide aveugle et bien dangereux.
Nous voici parvenus au point le plus important de la question de thérapeutique qui nous occupe. A quel moment et dans quelles circonstances du travail delà parturition peut-on sans crainte et doit-on administrer le seigle ergoté? Dans quels cas faut-il s'en abstenir? L'usage d'un moyen aussi puissant ne saurait être impunément livré à l'arbitraire. Médicament précieux s il est convenablement appliqué, il peut produire des accidens funestes si on l'administre dans des conditions défavorables. C'est au reste un inconvénient qu'il partage avec tous les agens un peu énergiques de la matière médicale; et ce serait certainement un ouvrage fort utile que celui qui traiterait de l'opportunité dans f emploi des moyens thérapeutiques.
Si le bassin de la femme est bien conformé, si les parties molles de la génération n'offrent aucune particularité qui puisse apporter de l'obstacle à la progression et à la sortie du fœtus si celui-ci présente la tête, si le col utérin est mou , souple, et déjà entrouvert, si la poche des eaux est rompue, enfin si la femme a déjà eu un ou plusieurs enfans et qu'elle soit peu irritable , toutes les conditions favorables à l'emploi du seigle ergolé se ti ouvent réunies ; et alors, si les contractions utérinfes se sont beaucoup aflaiblies ou tout-à-fait suspendues depuis un certain temps, ou bien si les douleurs ont leur siège dans les \ombes { douleurs de reins) , et restent sans résultat , et , dans l'un et l'autre cas , si la femme a beaucoup perdu de ses forces , on ne doit pas hésiter à lui faire prendre ce médicament. Dans les cas contraires, il faut s'en abstenir.
On comprend aisément les motifs de chaque partie de ce précepte. Provoquer des contractions utérines quand le bassin ou les parties molles ne peuvent livrer un libre passage à l'enfant, ce serait faire épuiser la femme en efforts impuissans, et exposer lu matrice à se rompre; les exciter lorsque la position de l'enfant n'est pas connue, à plus forte raison lorsqu'elle est défavorable à sa sortie ou la rend même impossible sans le secours de l'art, ce serait encore courir les mêmes chances que dans le cas précédent , ou tout au moins augmenter considérablement les difficultés de l'introduction de la main et celles de la manœuvre destinée à ramener le fœtus dans une bonne position ou à terminer l'accouchement: administrer le seigle ergoté lorsque le col utérin est dur et résistant, ce serait courir le risque de la déchirure de cette partie , et même encore de la rupture de l'organe; le prescrire avant que le col ne fût entrouvert et la poche des eaux déchirée, ce serait , d'une part , agir souvent en aveugle, puisqu il est toujours difficile en pareil cas de constater la véritable position du fœtus , et s'exposer en conséquence aux inconvéniens précédemment signalés, et d'une autre part , faire naître des douleurs inutiles si l'heure du travail n'était pas encore arrivée; enfin, le donner aux femmes primipares , chez lesquelles le travail de l'eufantement est onlinairement plus douloureux et plus long, ce serait so;ivent ajouter à leurs souffrances sans résultat , mais ce serait surtout les exposer à la déchirure du périnée pour peu que l'accouchement fût rapide, en raison de la résistance plus grande de cette partie tant que la femme n'a pas eu d'enfans. Ajoutons que chez les femmes très -irritables, le seigle ergoté cause souvent un état d'agacement nerveux qui les force à s'agiter sans cesse, et une impatience extrême qui va quelquefois jusqu'à la fureur; il faut donc en général s'en abstenir chez ces femmes. On doit aussi éviter de l'administrer lorsque , avec la dureté et la rigidité du col utérin et des douleurs vives sans progrès dans le travail, il existe un état de congestion vers la tête, caractérisé par la coloration et la turgescence du visage , l'injection des yeux, la céphalalgie, l'assoupissement, la plénitude et la dureté du pouls; en un mot, dans tous les cas où la saignée est nécessaire. Enfin , il y aurait une haute imprudence à la prescrire aux femmes dont la matrice, douée dune vive sensibilité, est habituellement le siège de douleurs et d'un état d in itation, et à celles qui, dans une couche précédente , auraient été affectées d'une inflammation de cetorsane. Les motifs de ces nouvelles prohibitions se déduisent d'eux-mêmes.
Que l'on n'aille pas croire cependant que le seigle ergoté doive être proscrit d'une manière absolue dans toutes les circonstances que nous venons de signaler. Excepté dans les cas de mauvaise conformation du bassin ou des jjartie» molles, et de position vicieuse de l'enfant, cas dans lesquels on ne doit jamais l'employer, il est souvent sans danger et quelquelbis indispensable d'y avoir recours dans tous les autres. Je l'ai souvent fait prendre avant la rupture de la poche des eaux, chez des primipares, quelquefois chez des femmes très -irritables , une fois dans un cas où la congestion vers la tête était Irès forte et accompagnée de convulsions, chaque fois sans inconvénient. Ai-je besoin d'ajouter que dans tous ces cas , toutes les conditions les plus favorables à un accouchement facile et rapide se trouvaient réunies. La plupart des accoucheurs qui ont fait un usage fréquent du seigle ergorlé ont sans doute des faits semblables à citer.
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M. Desgranges en rapporte un qui prouve que l'on peut quelquefois, avec avantage, prescrire ce médicament avant mpme que le travail ne soit commencé, tt Une femme , dit-il, ayant beaucoup souffert dans trois accouchemens précé- » dens , et arrivée au terme de sa quatrième grossesse, prit du seigle ergoté » avant que le travail fut commencé : l orifice de l utcrus n'était point dilaté» » ses bords conservaient leur épaisseur et leur dureté , et n'étaient point hu- » mectés. Au bout d'une demi-heure l'enfant était venu au monde. >' Ainsi donc, il ne faut pas rejeter entièrement l'emploi du seigle ergoté dans les cas difficiles précédemment indiqués; on doit seulement s'en servir avec beaucoup de prudence et de circonspection. Règle générale : quand les conditions qui en favorisent l'action l'emporlent en nombre et en importance sur celles qui lui sont défavorables , on peut l'administrer sans crainte ; quand le contraire a lieu, il faut y renoncer; enfin, quand elles se compensent, la prudence conseille encore de s'en abstenir.
Le seigle ergoté a subi le sort de tous les médicamens qui jouissent d une grande efficacité ; vanté outre mesure par quelques médecins , il a été par d'autres déclaré inerte; par plusieurs, dangereux, et indigne de figurer dans la matière médicale. L'exagération s'est surtout fait remarquer parmi les adversaires de cette substance; et, par une singularité fort étrange , les attaques les plus fortes dont elle ait été l'objet lui sont toujours venues des accoucheurs qui s'étaient le moins livrés aux expériences propres h en constater les effets. 11 suffirait peut-être d'opposer aux médecins qui considèrent le seigle ergoté comme une substance inerte l'opinion de ceux qui le regardent comme dangereux , et à ceux-ci l'opinion de ceux-là, pour détruire l une par l'autre ces assertions contradictoires; mais je préfère, pour ne laisser aucune incertitude dans l'esprit de nos lecteurs , attaquer directement les faits et les argumens sur lesquels ces opinions s'appuient ; j'essaierai de le faire en peu de mots.
Et d'abord, c'est d'après un nombre d'exemples d'insuccès infiniment petit comparativement au nombre des cas dans lesquels il a réussi , que l'on a prononcé que le seigle ergoté était sans action. Il a presque toujours suffi à chaque expérimentateur, d'un à deux essais infructueux pour décider à ses yeux la question sans appel. Qui ne voit de suite combien cette manière d'expérimenter est incomplète , et combien est faible la valeur des conséquences que l'on s'est empressé d'en déduire? Le médicament cciiouàt-il souvent, ce qui n'est pas, on ne serait pas en droit d'en conclure qu'il est inefficace , s'il réussit plus fréquemment encore , et c'est ce qui a lieu. Dans les cas rares où il reste sans effet^ il faut donc admettre, ou que l'individu était réfractaire à son aclioir, ou que l'ergot dont on a fait usage était altéré ou de mauvaise qualité : logiquement, ce sont les deux seules suppositions possibles ; eu fait , ce sont les deu.x seules causes de son inefficacité. La première , l'insensibilité de certaines organisations à l'action du seigle ergoté, n'a rien qui puisse surprendre les praticiens habitués à voir nos plus puissnns médicamens ne produireaucun effet chez quelques individus; ce fait, pour être inexplicable , n'en est pas moins vrai. La seconde est tout aussi réelle, il paraît aujourd'hui bien démontré que le seigle ergoté en poudre attire 1 humidité et s'altère avec le temps; il se peut même qu'il y ait plusieurs espèces d'ergot : Langius , dès le commencement du siècle dernier, fait déjà la remarque que parmi les grains ergotés , il y en a demalfaisaus et d'autres qui ne le sont pas; Duhamel dit avoir constaté que le seigle ergoté n'est efficace que lorsqu'il est nouveau, et qu'il perd toutes ses propriétés lorsqu'il a sué; M. Balme en a signalé deux espèces, l'une dont la substance intérieure est d'un blanc gris, collante, très-difficile à briser, ayant l'odeur de moisi et une saveur acre , l'autre blanche , farineuse et sans âcrelé ; j'ai déjà dit que l'espèce que j'ai toujours employée avec succès est violette à l'intérieur ; ce qui ferait trois qualités de seigle ergoté , et il se peut bien que l'une- d'elles soit inerte. Enfin , si comme le supposent MM. Léveillé et Baudelocque , la propriété obstétricale de l'ergot résidait tians le petit champignon qui le surmonte (\n sphacélie), on concevrait que dans les années très-pluvieuses, ce champignon et le liquide visqueux et jaunâtre qu'il laisse écouler à la surface du grain venant à être lavés, délayés, entraînés, le seigle ergoté ne possédât plus aucune propriété, ou ne la conservât que très-faible. Dans les années sèches même, ne se pourrait-il pas , demande encore M. Baudelocque, que l'action de battre et de vanner le seigle , eut pour effet , comme les pluies abondantes, de détacher la sphacélie et le suc qu'elle avait fourni , d'autant plus facilement qu'après un temps de sécheresse ces produits sont presque à létat de poussière, ou tout au moins d'écaillés? et alors devrait-on s'étonner que l'ergot soumis à ces opérations eût également perdu toute efficacité? Ce ne sont là, je le sais, que des suppositions , mais elles ont en leur faveur de nombreuses probabilités , et ce n'est pas trop exiger , ce me semble , des adversaires du seigle ergoté , que de les inviter à essayer comparativement l'ergot mis récemment en poudre , l'ergot anciennement pulvérisé et altéré par l'humiilité, l'ergot d'un blanc-gris à l'intérieur, à odeur de moisi et à saveur acre; l'ergot dont la substance intérieure est blanche, farineuse, et sans âcreté, l'eigot d'odeur nauséabonde, au goût acre et amer, dont la cassure est violette , l'ergot surmonté de la sphacélie et recouvert du sue visqueux île ce champignon , enfin l'ergot dépouillé de l'un et de l'autre. S'ils trouvent inefficaces toutes ces qualités ou espèces de seigle ergoté, ils auront gain de cause , mais qu'une seule agisse, et nous avons raison. Or , jusqu'à ce qu'ils aient entrepris et achevé ces expériences comparatives , les exemples d'insuccès de l'ergot qu'ils rapportent ne prouveront rien, les conséquences qu'ils prétendent en déduire n'auront dautre valeur que celle de simples assertions.
Dans leur incrédulité aux propriétés de l'ergot, quelques médecins (MM. Basset, Legouris, Capuron), ont été jusqu'à prétendre que, dans les cas où celte substance a paru réveiller les contractions utérines, le hasard a
toujours voulu qu'on l'ait administré précisément au moment où l'organe allait recouvrer son énergie. Ainsi, tous les accoucheurs qui ont observé les effets du seigle ergoté se seraient mépris , et par une étrange coïncidence, ils auraient toujours fait prendre le médicament précisément dix ou quinze minutes avant le réveil des contractions utérines , ou ayant la conversion des douleurs dites de reins en douleurs de bas-ventre, et cela, non pas une ni cent fois, mais plusieurs milliers de fois. En vérité, je croirais plus volontiers en aveugle à la vertu obstétricale du seigle ergoté que je ne consentiiais à attribuer au simple hasard d'aussi constans résultats. Mais il est une réponse plus péremptoire à faire à nos adversaires , c'est de leur rappeler ou de leur apprendi e, que les contractions utérines provoquées par l'ergot du seigle ont un caractère particulier qui ne permet pas de les confondre avec les contractions naturelles , et que par conséquent la méprise qu'ils supposent avoir eu lieu n'est pas même possible. Enfin, ils ajoutent (|ue les partisans du seigle ergoté ont souvent commis encore une autre méprise , eu attribuant à ce médicament des effets qui étaient dus , suivant eux , aux stimulans auxquels on l'avait associé , tels que le vin , la canelle, l'huile essentielle de menthe, etc. Nouvelle assertion sans fondement, car beaucoup d'accoucheurs administrent le seigle ergoté en infusion ou décoction aqueuse, je ne l'ai moi-même jamais prescrit autrement qu'en infusion dans l'eau chaude , et je ne pense pas que l'on veuille attribuer à ce véhicule les effets presque constans que j'ai obtenus de l'infusion.
On a peine à croire que ce soient les mêmes médecins qui accusent en même temps le seigle ergoté dêtre inerle et dangereux , et cependant rien n'est plus vrai. Une substance inerte qui est pourtant d mgereuse , une substance dangereuse bien qu'elle soit inerte , en vérité cela passe toute croyance. Mais enfin , si l'ergot produit réellement des accidens , nous ne le justifierons pas en prouvant que ces adversaires raisonnent mal: examinons donc les griefs que l'on articule contre lui.
On accuse ce médicament ou plutôt on le suppose capable de produire quelquefois l'inflammation de l'estomac , sa gangrène ou celle de quelque autre partie, la péritonite , la métrite,la fièvre ataxique, le typhus, le squirrhe et le cancer de la matrice , la rupture de cet organe , la déchirure des parties externes de la génération , la mort de la femme et celle de l'enfant. Mais à l'appui de ces assertions on ne cite aucun fait; et comment le pourrait-on quand la plupart d'entre elles sont, il faut bien le dire , absurdes? Comment , en effet , oser prétendre que trente ou quarante grains de seigle ergoté peuvent enflammer l'estomac, ou l'utérus, ou le péritoine , ou bien faire naître des gangrènes, la fièvre ataxique, le typhus, etc., quand tout le monde sait que les habitans de la campagne en mangent quelquefois jusqu'à un tiers en poids dans leur pain , et toujours pendant un assez long temps avant qu'il en résulte des incouvéniens , quand on connaît les expériences de Parraentier qui, pendant huit jours de suite, a pu prendre impunément un demi-gros de seigle ergoté en poudre tous les matins à jeun, et qui a mangé et fait manger à des animaux, sans aucuu inconvénient , du pain dans lequel la farine d'ergot entrait pour un quart , et , enfin , quand on a lu les expériences analogues faites par Maier, Erskineet autres? Que si l'on observe parfois quelques-uns de ces accidens à la suite de l'emploi de l'ergot, il faudrait, avant de pouvoir les attribuera cette substance , prouver qu'ils sont plus fréquens dans ce cas qu'après les accoucheraeiis spontanés: or je puis attester, d'après mon expérience propre, que cela n'est pas. Il en est de même de la mort de l'enfant, qui ne m'a pas paru plus fréquente dans les cas où j'ai employé l'ergot que dans ceux où je n'y ai pas eu recours : Chapman, Valler , M. Villeneuve et une foule d'autres ont fait la même remarque. Quant à la mort de la mère que l'on dit aussi pouvoir être produite par le médicament , je n'en ai pas vu un seul exemple, et je regarde cette assertion sans base comme indigne d'une réfutation sérieuse.
De tous les reproches que l'on a dirigés contre l'emploi obstétrical du seigle ergoté, le seul grave, le seul fondé en raison est donc celui de pouvoir déterminer la rupture de l'utérus. Mais cet accident ne pouvant arriver que dans les cas où un vice de conformation du bassin ou des parties molles, ou bien la mauvaise position du fœtus , rendraient inutiles les contractions utérines , l'accoucheur sera toujours maître de I éviter en ne donnant jamais le médicament dans de pareilles circonstances. Reste enfin la déchirure du périnée : l'ergot peut, en effet, l'entraîner en provoquant un accouchement trop rapide, surtout chez les primipares. Les moyens de parer à ce danger sont indiqués dans ce Dictionnaire aux articles relatifs à l'art des accouchemens : je n'ai donc pas à m'en occuper ici. Je ne pense pas qu'il faille répondre sérieusement aux médecins qui regardent comme un des graves incouvéniens de l'ergot de donner lieu à des contractions morbides de l'utérus, au lieu des contractions physiologiques que cet organe doit seules éprouver; ne sont-ce donc pas aussi des contractions morbides que l émétique et les purgatifs produisent, et s'est-on jamais avisé d'en faire un titre de prosciiption contre ces médicamens?
A voir la promptitude et l'énergie de l'action obstétricale de l'ergot du seigle, on est tout naturellement porté à penser que ce médicament doit être un puissant abortif, et cependant il est très-douteux qu'il possède cette propriété. Ainsi , on n'a pas remarqué que l'avortement frit plus fréquent dans les pays où le pain des habitans contient presque toujours du seigle ergoté, dans les années où cette substance abonde, ni même pendant les épidémies qu'elle produit. Aucun des observateurs de ces épidémies ne parle de cet accident, assez remarquable cependant pour qu'on en eût tenu compte s'il se fût montré un peu fré» quent. Bien plus, Stearns fait mention de tentatives d'avortement au moyen d'une décoction de plusieurs onces de seigle ergoté prises pendant un certain temps , qui toutes ont échoué ; Michell et Davies l'ont administré dans ce but
ERGOT
ÈRGOTISME.
sans succès; enfin, une jeune dame m'a avoué en avoir pris plusieurs gros pour se faire avorter, sans pouvoir réussir. Toutefois , à côté de ces faits , il en existe quelques autres qui feraient croire à la propriété abortive de l'ergot; Tessicr, par exemple, dans son Traité de la maladie des u^rains , parle en passant d'avortemens produits par celte substance; et Waller en cite un exemple qui parait incontestable. La question n'est donc pas encore résolue.
Je laisse à de plus habiles le soin d'expliquer la manière d'agir du seigle ergoté. Est-ce par absorption ou par sympathie que s'exerce son influence? La dei-nière opinion me paraît la plus plausible. Mais qu'importe à des praticiens ? L'essentiel pour eux est de connaître les projiriétés d'un médicament, de savoir à c{uel degré il les possède , dans quelles circonstances il faut le prescrire ou s'en abstenir, enlin sous quelles formes et à quelles doses on doit l'administrer. De toutes ces parties de l'histoire thérapeutique du seigle ergoté , il ne nous reste plus à traiter que de la dernière , c'ost-.i-dire de son mode d'administration ; nous allons nous en occuper iaimédialement.
On peut administrer le seigle ergoté en poudre , en infusion , en décoction , sous forme d'extrait aqueux , d'extrait ou de teinture alcoolique, de teintiue éthérée, et de sirop. Mais de toutes ces j)réparations , la plus simple, la plus commode et la plus généralement employée , c'est la poudre , en infusion , ou tout simplement délayée , dans de l'eau , pure ou rougie avec un peu de bon vin ou sucrée, ou dans une infusion de menthe, ou de tilleul et de feuilles d'oranger, etc. Balardini a remarqué que , délayé dans du vin blanc , le médicament était toujours mieux supporté par l'estomac. La dose varie depuis six à dix grains jusqu'à un et deux gros; la moyenne est de vingt-quatre grains ; c'est toujours à cette dose , en infusion dans un demi-verre d'eau chaude , et en une seule fois , que je le fais prendre. Chez les femmes jeurtes , nerveuses , et trèsirritables, il faut le donner aux plus faibles doses , si mieux ne vaut s'abstenir ; chez les femmes molles, lympliatiques, et peu irritables, au contraire, on peut sans crainte en donner trente h quarante grains , et même un gros de prime abord ; cependant vingt-quatre suffisent en général comme première dose chez les femmes les plus molles et les moins excitables ; et je conseille de ne jamais commencer par une quantité plus considérable. Cette dose peut ensuite être répétée jusqu'à deux et trois fois dans le cours du travail, parce que l'action du médicament s'épuise ordinairement en une ou deux heures au plus. Quelques accoucheurs associent le seigle ergoté au musc , au gérofle , à l'huile essentielle de menthe , à celle de muscade , à l'opium ; et alors ils l'administrent presque toujours dans une potion , par cuillerées de dix en dix minutes. Chacun peut varier ces préparations à son gré ou au goût des femmes; il faut se rappeler seulement que l'on ajoute à l'action du seigle ergoté en l'associant avec la plupart des agens indiqués ci-dessus. La poudre de seigle ergoté est designée par quelques auteurs sous les noms de pidvis partm-iens (poudre cjui accouche! ! !) pulvis ad parlum ; jjuhis pai tum accelerans, pondre obstétricale , poudre ocyoticjue ; les sages-femmes américaines en appellent l'infusion thé de seigle noirci. Le sirop a reçu de M. Desgranges le nom de sirop de calcar. ^'flnierfiriw^ . De usiilagine frumeDii . Tuliinfjai, 1709, in-4"'.
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Depuis quelques années on a publié dans les divers journaux de médecine français et étrangers un assez grand nombre d'observations favorables à l'emploi du seigle ergolé , soit pour accélérer l'accouchement , soit pour arrêter les pertes utérines qui lui succèdent quelquefois. Je n'ai pas pensé qu'il fut nécessaire d'allonger celle notice bibliographique du titre de toutes ces obscrv.itions et de celui des recueils dans lesquels elles ont élé insérées. Ces faits se multipl'ent tellement tous les jouis , que la lisle seule en serait interminable.
(L.Ch. Roche.)
ERGOTISME, s. m. On désigne par ce nom la maladie que fait naître l'usage alimentaire du seigle ergoté. Pendant long-temps on l'a observée sans en soupçonner la véritable cause ; il paraît que ce fut en 1596 que, pour la première fois , à l'occasion d'une épidémie qui régna dans la Hesse et les contrées voisines , la faculté de Marbourg , observant une des formes de celte maladie , reconnut que , sous cette forme , elle était produite par l'ergot du seigle, et que ce fut beaucoup plus tard encore (en 1630 ) qu'on l'attribua sous son autre forme à la même cause. Jusqu'alors signalée par les noms àejeu sacré et de fou Saint-Antoine ; confondue avec. le mal des ardens , véritable peste d Orient qui ravagea la France à différentes époques; elle était attribuée vaguement, tantôt à l'humidité ou à certains brouillards , tantôt à la mauvaise nourriture , et le plus souvent à la vengeance divine.
L'ergotisme se montre à l'observation sous deux aspects bien différens ; tantôt il se manifeste par des vertiges , des spasmes et des convulsions , et tantôt par des symptômes de gangrène sèche attaquant principalement les membres. De là deux variétés de cette maladie , connues sous les noms d'ergotisme con\^uhif ou spasmodique , et ergotisme gangreneux : la première est encore désignée dans les auteurs par les dénominations de convulsio cerealis , raphania ( Linnée ) , confulsio ah ustilagine ("Wepfer), convulsion de Sologne; et la seconde par celles de necrosis ustilaginea (Sauvages ), gangrène des Solognois.
Ces deux ordres de symptômes n'annoncent pas deux maladies de nature différente ; ils indiquent seulement deux degrés de la même. C'est ce qui résulte évidemment des expériences nombreuses faites sur les animaux par Thuillier, Salerne, Read, Tessier. Des canards , des poules , des chiens , des lapins , des cochons , auxquels ils ont fait manger du seigle ergoté mêlé en proportions diverses avec d'autres alimens , ont presque tous commencé par éprouver des accidens convulsifs , et ont tous fini par la gangrène dans difiFérentes parties du corps, telles que la queue, les oreilles, les pieds chez les quadrupèdes, le bec des oiseaux. Les symptômes convulsifs appartiennent donc au premier degré de la maladie , et la gangrène au second degré ; quand le .seigle ergoté est pris en petite quantité ou que l'usage en est peu prolongé, ce sont les accidens spasmodiques qui se manifestent; dans le cas contraire , c'est la gangrène. Cette opinion me paraît aujourd'hui hors de doute. Cependant Linnée et quelques autres médecins ne la partagent pas , et ils attribuent la maladie conyulsive au raphanistriim qui dans certaines années croit en abondance parmi l'orge. Linnée a même fait quelques expériences qui tendraient à confirmer celte mi.uière de voir :
ERGOTISME.
ERGOTISME.
ayant fait manger de cette graine à des poules , il les a vues bientôt attaquées de contractions spasmodiques aux pattes ; une poule d'Inde et un paon ont éprouvé les mêmes effets. Mais ces expériences ne sauraient détruire celles qui ont été faites avec le seigle ergoté ; elles prouvent bien que le rapli'tnistrum produit des accidens convulsifs , mais non que le seigle ergoté n'en puisse pas provoquer. D'autres auteurs ont été plus loin que Linnée ; ils ont mis en doute les etrels délétères de l'ergot. Camerarius, Schlegel, Moeller, Model et Pai mentier sont de ce nombre. Les trois derniers ont même tenté quelques expériences dans ce but ; mais ils n'ont pas fait prendre une assez grande quantité d'ergot aux animaux, soumis à leurs essais , ils n'eu ont pas assez long-temps prolonge l'usage , pour donner la moindre valeur à leurs conclusions.
Les occasions d'observer ïergotisine convulsif ionV assez rares. On cite cependant plusieurs épidémies qui paraissent appartenir à cette affection : celle de 1,596 dans la Hesse ; celle de 1648 , 1649 et 1675 en Voigtland ; celle de 1661 à Londres et dans toute l'Angleterre ; celle de 1702 dans le Fribourg; celles de 1716 et 1717 , en Lusace , en Saxe et en Suède ; celle de 1722 en Silésie ; celle de 1736 dans le Wurtemberg; et enfin, celle de 1741 dans la Nouvelle-Marche. N'ayant jamais vu celte maladie , j'en emprunte la description à quelques-uns des historiens de ces épidémies.
Schmieder raconte que dans l'épidémie de 1716 et 1717, qui fut déterminée par une mauvaise récolte de seigle contenant, dit-il , un tiers d'ergot, les malades étaient attaqués de spasmes, de convulsions, et surtout de douleurs inouïes, comparées par eux à celles que produiraient de violens efforts ayant pour but de séparer les membres dans leurs articulations. Ces douleurs revenaient par accès, séparés par des intervalles de calme souvent complet et durant jusqu'à deu.x et trois jours. Après les accès, quelques malades étaient pris d une faim dévorante et périssaient souvent d'indigestion s'ils venaient à la satisfaire ; d'autres restaient plongés dans un état de léthargie déplus ou moins longue durée et h laquelle succédait un état de langueur , d hébétude et une sorte d'ivresse. Il n'était pas rare même qu'après la disparition complète des accès , les malades conservassent pendant quelque temps encore des vertiges , des tintouins, des éblouissemens , de la raideur dans les membres et une faiblesse extrême. A l'ouverture des cadavres, on trouvait du sang extravasé dans la poitrine, et des traces d'inflammation dans les poumons ; le cœur offrait un état de flaccidité remarquable ; les ventricules étaient vides de sang; les vaisseaux sanguins ne paraissaient charrier que de la bile ; on remarquait quelques taches gangréneuses sur le foie et sur la rate. Ces lésions sont exactement les mêmes que celles que les expérimentateurs ont toujours rencontrées sur les cadavres des animaux qu'ils avaient soumis a l'usage du seigle ergoté.
Mais c'est à Serine que nous devons surtout la description la plus détaillée des symptômes de cette maladie. Dans l'épidémie de 1736, ce médecin ^it à lui seul cinq cents individus affectés d'ergotisme convulsif. Voici le récit qu'il nous en a laissé. La maladie commence par une sensation incommode aux pieds, une sorte de titillation ou de fourmillement : bientôt l'estomac est tourmenté d'une violente cardialgie ; de là , le mal se porte aux mains , et successivement à la tête. Les doigts sont contractés avec une telle force que l'homme le plus robuste peut à peine surmonter leur contraction , et que les articulations paraissent comme luxées ; en même temps , le tronc est renversé en arrière comme dans l'opisthotonos ; souvent la langue est déchirée par les dents pendant les mouvemens convulsifs; quelquefois elle est tellement tuméfiée qu'elle remplit la bouche et intercepte la voix , et dans ce cas , il s'écoule incessamment une grande quantité de salive. Mais on observe r.irement cet état d'intumescence de la langue; le plus ordinairement cet organe est seulement déchiré parles dents, et alors une écume presque sanguinolente ou jaune, ou verdàtre , couvre les lèvres. Les malades jettent les hauts cris; ils se plaignent d'un feu dévorant (jui parcourt leurs pieds et leurs mains ; à la fin de l'accès , le corps est inondé de sueur. L'accès terminé , la tête reste pendante; les malades éprouvent des vertiges ; ils voient double ou confusément , ou ne voient pas du tout ; ils sont maniaques ou mélancoliques , ou stupides; ils chancellent en marchant comme s'ils étaient ivres ; quelques-uns sont jetés dans un état comateux ; d'autres sont calmes comme dans l'état de santé , et tourmentés par une faim insatiable. Serine ajoute à cette description que , chez aucun malade , le pouls n'éprouva la moindre altération ; que chez la plupart la raideur des membres succédait aux spasmes ; que ceux qui , après le fourmillement des mains et des pieds , ilevenaient raides de froid , éprouvaient moins de distension dans ces parties ; enfin la majeure partie de ceux qui eurent des symptômes épileptiformes succombèrent. Un de ses malades eut au cou des abcès; ils contenaient un pus jaune , dont la sortie fut accompagnée de douleurs atroces et brûlantes; un autre eut la peau des pieds couverte de taches semblables à des piqûres de puces qui ne disparurent qu'au bout de deux mois ; quelques-uns enfin eurent des taches semblables sur la figure. La durée de la maladie était de quinze jours à trois mois , avec des intervalles de repos. Sur cinq cents malades , il en périt trois cents au dessous de l'âge de quinze ans.
Je ne reproduirai pas la description donnée par Burghard de l'épidémie de Silésie ; je ne ferais , pour ainsi dire , que répéter ce qui précède ; j'indiquerai seulement quelques particularités signalées par ce médecin. Il a remarqué que les malades auxquels il survenait une fièvre presque continue et d'abondantes sueurs après Içs accès de spasmes, guérissaient plus promptement. Dans l'épidémie observée par Serine, aucun malade n'eut de fièvre. On lui doit encore celte remarque , qu'avant de succomber , les malades éprouvaient une sorte de paralysie des membres (c'est la résolution des membres qui succède ordinairement aux violens mouvemens spasmodiques lorsque la mort approche), et sem-
blhient frappés d'apoplexie. Enfin, il a observé que la maladie était en général plus longue chez les femmes, et qu'à l'approche des époques menstruelles, elles éprouvaient un accroissement considérable de leurs souffrances.
En résumé : un sentiment de fourmillement dans les membres, bientôt suivi de chaleur brûlante, de mouvemens convulsifs, et de douleurs aiguës, la pesanteur de tête , des vertiges , un état d'ivresse , le trouble des facultés intellectuelles , et principalement une sorte tie stupidité, enfin, le retour de ces accidens par accès , tels sont les signes caractéristiques de l'ergotisme convulsif. On les a vus se développer immédiatement après l'ingestion d'une certainequantilé de pain chaudcontenantduseigle ergoté, cèqui ne permet pas de douter de leurnature.
C est presque toujours aussi d une manière épidémique que se montre Veri;atisine gangreneux. Il est probable que le/eu sacré ou mal des ardens qui fit périr tant de monde à Paris et aux environs dans l'année 9i5, dans la haute et la basse Lorraine , en 1090; dans le comté de Namur , le Dauphiné el une grande partie de la France en 1096 , et les autres épidémies du même mal des années 1099, 1109, 1128; il problable, dis-je , que ces maladies n'étaient autre chose que l'ergotisme gangréneux. Mais le manque absolu de détails dans les récits de ces fléaux ne permet pas de rien aliirmer à cet égard. Cependant les expressions de gnngrène , de membres qui se séparent s/joiUanément du corps , qu'on rencontre partout dans ces récits, autorisent cette conjecture , tandis que l'on ne peut pas rapporter à la même maladie les épidémies observées en France en 994, 996, 1130, 1140 , 1234 et 1373 , qui , bien que décrites sous les dénominations dc/é(( sacré, mal des ardens el feuSainl-Aaloine , paraissent avoir été formées par la peste d'Orient. Mais c'est de 1630 seulement que datent les premières notions précises que nous possédions en France sur cette maladie et sur sa cause, et c'est le docteur Thuillier qui, le premier dans notre pays , atlribua la gangrène sèche spontanée au seigle ergoté. Nous avons dit en commençant que la Faculté de médecine de Marhourg avait la première reconnu que l'ergotisme convulsif était l'eti'et de cet agent. Depuis lors, le rapport de Perrault à l Académie des sciences en 1672 , l'épidémie de 1674 à Montargis , sur laquelle Dodarl fut chargé de recueillir des faits , les observations de Noël sur l epidémie de l'Orléanais et du Blésois en 1709 , celles de Langius en Suisse dans les années 1715 et 1716 ; le Mémoire de Duhamel , fait d'après la relation de Mulcaille sur l'épidémie de 1747 en Sologne ; les observations sur la même épidétuie, et les expériences de Salerne ; celles de Read sur l'épidémie d'Arras el de Do Liai en 1^64, les expériences de l'abbé Teissier eu 1780, et les laits publies par M. Janson en 1818, ont successivement jeté quelques lumières sur celte maladie. Voyons en quoi elle consiste.
L'ergotisme gangréneux débute souvent pardes vertiges, de l'assoupissement, de 1 hébétude , de légers mouvemens convulsifs ; en un mot , par les principaux symptômes de l'ergotisme convulsif. Mais il n'est pas rare de ne le voir précédé par aucun de ces phénomènes morbides. Il commence alors par un sentiment de lassitude extraordinaire dans les extrémités inférieures , bientôt suivi de douleurs vives et profondes dans ces parties , douleurs que la chaleur exaspère et dont les exacerbations ont princi|)alement lieu la nuit. Elles persistent jusqu'à ce que la gangrène se manifeste, ce qui n'a souvent lieu qu'au bout de quinze jours et plus; et tantôt un léger gonflement des membres, mais sans rougeur , les accompagne ; tantôt , au contraire , on dirait que les parties aff'ectées sont diminuées de volume; elles paraissent ridées. Dans l'un et l'autre cas , le froid ne tarde pas à s'en emparer , et c'est alors surtout qu'elles commencent à diminuer sensiblement de grosseur; la peau qui les couvre se décolore, elle est d'un froid glacial au toucher ; elle a perdu toute sensibilité, et cependant les douleurs profondes des membres , qui étaient devenues continues depuis le refroidissement des parties , se font quelquefois encore sentir. Bientôt il se forme des pldyctènes; la peau devient violette , livide , noire , non pas dans toute l'étendue des membres affectés , mais d'abord aux orteils , puis au pied' à la jambe , etc. En général , la gangrène semble se propager du centre à la circonférence ; elle marche avec beaucoup de lenteur; elle poursuit ses ravages jusqu'au tronc , et alors les malades succombent , ou bien elle s'arrête, et un cercle inflammatoire s'établit entre le mort et le vif. Dans ce point , il s'établit une suppuration abondante et très-fétide. Toutes les parties frappées par la gangrène sont desséchées , racornies , dures et comme charbonnées ; quelquefois un membre entier se détache sans qu'il s'écoule une seule goutte de sang, et ordinairement un bruit , un craquement particulier se fait entendre au moment de la séparation. Lorsque l'on ampute les membres , bien que l'on coupe dans le vif, il n'y a ordinairement pas non plus d'hémorrhagie. Souvent la gangrène se reproduit après l'opération.
Cette série de symptômes a été divisée par les auteurs en quatre périodes. A la première appartiennent les vertiges , l'insomnie, l'hébétude , les mouvemens spasmodiques , etc. ; à la seconde , la pesanteur et l'engourdissement des membres , et les douleurs violentes qui en parcourent la longueur , etc. ; à la troisième, le refroidissement , la perle du sentiment et du mouvement des parties affectées , et la formation de la gangrène; enfin , à la quatrième , la mort complète des membres malades , la limitation de la gangrène , le décollement des escharres , la chute d'un membre , etc. , etc. La marche de chacune de ces périodes est plus ou moins rapide et très-vaiiable ; le mal peut s'arrêter à la première ou à la seconde.
Quelle est la nature de la maladie qui nous occupe ? ou mieux : comment agit le seigle ergoté pour donner lieu aux accidens dont nous venons de tracer le tableau ? Nous manquons de recherches suffisantes d'anatomie pathologique et d'expériences pour décider cette question. Mais peut-être est-il possible de la résoudre par voie d'induction et d analogie ! Essayons.
ERGOTISME. (
Il existe une malailie qui , comme l'ergotisme gangreneux , compte au nombre de ses symptômes précurseurs des vertiges , de l'insomnie , l'apathie et l'aflaibli^sement des sensations. Ces symptômes durent quelquefois assez long-temps, comme dans l'ergotisme gangreneux , avant que d'autres accidens se déclarent. Mais tôt ou tard un sentiment de pesanteur et de lassitude extrême se manifeste dans un membre, et le plus communément dans une extrémité inférieure. A celte sensation succèdent bientôt des douleurs vives , profondes, lancinantes dans la partie, qui ne tarde pas à se refroidir, à se décolorer , à perdre plus ou moins complètement la faculté locomotrice , et tantôt se gontle , tautôt con- ■serve son volume ordinaire. La gangrène s'empare de cette partie ; mais , de même que dans l'ergotisme gangréneux, elle semble procéder de l'intérieur à l'extérieur ; elle attaque d abord quelques orteils , ne fait que des progrès trèslents , gagne successivement le pied, la jambe, puis s'arrête et se circonscrit par un cercle inflammatoire, ou bien se propage et emporte les malades lorsqu'elle gagne le tronc. Les membres gangréiiés se séparent quelquefois spontanément et sans hèmorrhagie, comme dans l'ergotisme; et, lorsqu'on les ampute , il n'y a souvent encore aucune artère à lier. Enfin , la saignée du bras est le meilleur moyen d'arrêter les progrès de cette gangrène, et nous verrons plus loin que c'est aussi le plus efficace contre l'ergotisme. Cette maladie , qui offre une telle ressemblance avec l ergotisrae gangréneux , c'est la gangrène dite sénile.
Or , je crois avoir prouvé ailleurs ( Nouveaux Eléniens de pathologie médicochirurgicale , tom. 1 , p. 217 et suiv., deuxième édit. ) que la gangrène sénile est l'effet de Vartérile. D'une part , ai-je dit, cette maladie se développe sous l'influence de l'abus des liqueurs spiritueuses , des mets trop excitans , etc. , sub- , stances éminemment pro])res à donner au sang des qualités irritantes. En second lieu , la gangrène y est toujours précédée de douleurs locales plus ou moins fortes , et souvent accompagnée de symptômes généraux de réaction qui annoncent un travail morbide actif. Troisièmement, le traitement antiphlogislique , et en particulier la saignée générale , est d'une grande elficacité contre cette maladie. Quatrièmement , on trouve presque constamment des traces d'inflammation dans les artères des membres qui ont été frappés de cette gangrène. Enfin , ce qui prouve que l'inflammation artérielle est bien la cause et non l'efltt de la gangrène, et ce qui achève en même temps la solution de tout le problème , ce sont les expériences intéressantes de M. Cruveilhier , desquelles il résulte que l'injection d'une substance irritante dans les artères des membres d'un animal , détermine l'inflammalioii de la tunique interne de ces artères , et par suite la gangrène des parties auxquelles elles se distribuent. Donc l'analogie entre la gangrène sénile et l'ergotisme gangréneux étant parfaite , et la plupart des preuves qui démontrent la nature de la première, étant applicables à celui-ci, je conclus que l'ergotisme gangreneux est l'effet d'une artérite par empoisonnement du sang.
Mais l'ergotisme cnnvnlsif , me dira-t on , dépend-il donc aussi d'une inflammation artérielle ? Si ce n'est que le premier degré de la maladie , sa nature ne saurait différer ; et cependant comment se rendre compte dans cette opinion des symptômes cérébraux qui le caractérisent ? , Je pourrais répondre que l'ergot se composant de deux parties , savoir l'ergot proprement dit ou l'ovaire du grain de seigle avorté , et le champignon que M. Léveillé neveu nomme sphacelia segetuni , il se peut que l une des deux substances agisse plus spécialement sur le cerveau et l'autre sur les artères. Je pourrais dire encore que le seigle ergoté a peut-être une double action, l'une sur les centres nerveux , l'autre sur les tuniques artérielles : ce ne serait pas le seul poison qui fut dans ce cas; mais je pense que la principale action de l'ergot s'exerce directement sur le sang. Aux preuves d'analogie que j'en ai déjà données , je puis ajouter quelques preuves plus directes. Dans toutes les expériences que Ton a tentées avec cette substance sur les animaux, ainsi que dans les ouvertures de cadavres faites par Schraeider, les désordres graves se sont toujours montrés dans les gros faisceaux vasculaires , les poumons, le foie et la rate. Lorsqu'on a ouvert les vaisseaux sanguins , on les a trouvés remplis d'un liquide semblable à la bile , enfin , le cœur était d'une flaccidité remarquable. Je ne serais donc pas éloigné de croire que l'ergot n'agit sur le cerveau que par l'intermédiaire du sang qui lui sert de véhicule. Lorsque ce fluide en est peu imprégné , il deviendrait seulement irritant au même degré à peu près que lorsqu'il est chargé d'alcool , et alors les symptômes cérébraux se manifesteraient ; lorsqu'il en est en quelque sorte saturé , il enflammerait les parois mêmes de ses canaux, et de la les accidens gangréneux. Mais toutes ces explications , je l'avoue , ne me satisfont moi-même qu'incomplètement. Je laisse à d'autres le soin d'en trouver de meilleures.
Traitement. Le traitement interne de l'ergotisme s'est ressenti de l'incertitude qui a , jusqu'à ce jour, ijégné sur la nature de cette maladie. La gangrène en formant le symptôme le plus grave , c'est à la prévenir ou à la combattre que les médecins se sont surtout appliqués , et à cet effet, ils ont presque toujours eu recours aux antiseptiques , aux cordiaux et aux sudorifiques. On commençait d'abord par débarrasser les premières voies , au moyen de l'ipécacuanha ou par un purgatif, on prescrivait ensuite des infusions de fleurs de sureau ou de camomille , quelquefois un peu de vin blanc , et tous 'es jours un gros de thériaque ; puis à une époque plus avancée , lorsque les membres devenaient engourdis et que la gangrène était imminente ( deuxième période ) , on conseillait l'emploi des sudorifiques les plus actifs , tels que l'ammoniaque liquide, le carbonate et I hydrochlorate d'ammoniaque ; on purgeait de nouveau , et quelques praticiens faisaient appliquer des vésicatoires sur les parties malades. Dans la troisième période , lorsque la gangrène était déclarée , on recomman-
911 ) ERGOTISME.
; dait d'insister sur les sudorifiques précédens , et d'y joindre l'emploi de la j poudre tempérante de Stahl , l'antimoine diaphorétique et la thériaque. Par I cette médication , on se proposait d'entretenir la vie dans toutes les parties du 1 corps, surtout aux extrémités , de préserver des atteintes du ma! celles qui étaient intactes , et de donner au sang la ténuité , la fluidité et la liberté nécesj saires ; enfin , d'éliminer par les sueurs le vice, virus ou principe gangréneux, ; cause de tout le désordre.
; Mais si l'ergotisme consiste dans une inflammation des artères, ainsi que je ; crois l'avoir démontré , que peut-on attendre de la médication qui précède ? Ne i serait-il pas préférable d'avoir recours à la saignée générale, si eflicace entre ! les mains de M. Dupuytren contre la gangrène dite sénile? Je le crois. Déjà plusieurs auteurs en ont depuis long-temps conseillé l'emploi. Tissot, sans i avoir, il est vrai, observé la maladie, propose de débuter par la saignée du bras ; en même temps il recommande de n'user de ce moyen qu'avec circon- I spection. Read pense qu'on doit la pratitpier, lorsque le pouls en indique le I besoin, et recommande aussi beaucoup de réserve dans son emploi. Mais les ; savans auteurs des Recherches sur le feu Saint-Antoine , insérées dans les Mémoires de la Société royale de Médecine ( tom. 1 , pag. 260 et suiv. ) , MM. de 1 Jussieu , Paulet, Saillant et l'abbé Tessier , n'hésitent pas à indiquer ce moyen i comme un des plus utiles. « Quant à la saignée, disent-ils, l'expérience a I « prouvé qu'on en retirait des avantages dans le premier et second temps, j « Ordinairement deux saignées suffisent; elles font presque toujours disparaître j » totalement les douleurs. Il est même étonnant qu'un secours si efficace n'ait. \ » pas été employé plus souvent dans une maladie gangréneuse semblable , qui ! « suppose lin état inflammatoire qui a précédé , accompagnée des plus vives n douleurs, et offrant un sang constamment couenneux. « Quelques pages i auparavant, ils avaient dit que le sang que l'on tire aux malades dans la sei conde période, c'est-à dire , avant l'apparition de la gangrène, et'Iorsque les ! douleurs sont très-violenles , est noirâtre , visqueux , sec , d'une ténacité quelj quefois si forte, qu'on a autant de peine à le couper qu'une chair durcie, enfin, : constamment couenneux et d'une épaisseur extrême. L'expérience avait donc I déjà démontré les bons effets de la saignée dans l'ergotisme, long-temps avant ' que la nature de la maladie fut connue, et que cette connaissance en justifiât l'emploi ; et nul doute que ce ne soient les idées théoriques , généralement admises sur la gangrène , et qui la faisaient considérer clans tous les cas comme l'eflet d'un agent seplique , délétère , putride , asthénique , qui ont empêché les praticiens d'employer les évacuations sanguines contre les effets de l'ergot, avec la hardiesse convenable.
' Je n'hésite donc pas à placer la saignée en tête des moyens propres à combattre l'ergotisme ; elle a ce double effet, de détruire l'inflammation artérielle, ; et de débarrasser le torrent circulatoire de l'agent dangereux qu'il promène I dans toute l'économie; car on sait, pour s'en être convaincu par des expé- ; riences directes, que dans tous les empoisonnemens du sang, miasmatiques i ou autres, la saignée est encore le moyen le plus sûr et le plus prompt de faire ! cesser les accidens. Dès le début je conseille d'y avoir recours , et je ne doute j ])as qu'en le répétant sans crainte, on arrêtera promptement les accidens de { 1 ergotisme convuisif dans la plupart des cas; on pré\ieiulra souvent le déve- ; loppement de la gangrène , et on en restreindra considérablement les ravages, î II sera bon d'en seconder les effets par l'administration de l'opium à l'extérieur , j à la dose de trois à quatre grains par jour. MM. Boucher et Janson de Lyon ont ! constamment vu se calmer les douleurs et les pouls se relever sous l influence ! de ce médicament ; chez tous ceux de leurs malades qui en on fait usage, la ■ gangrène s'est bornée, et chez aucun elle ne s'est reproiluite après la chute des ! escharres. En même temps , ou mettra les malades à l'usage des boissons aci- I dules très-abondantes ; et s'ils sont sans fièvre et que l'appétit les tourmente, ! comme cela n'est que trop ordinaire, on les nourrira avec îles aliraens doux et j de facile digestion, tels que le lait, les fécules et les légumes. Par cette médi- ! cation simple , on obtiendra, sans aucun doute, des guérisons beaucoup plus nombreuses que par la méthode excitante des anciens. Toutefois, elle n'est plus applicable lorsque toute douleur a cessé et que la gangrène est établie; on doit la remplacer alors par quelques-uns des antiseptiques connus, tels que le ' quinquina , le camphre, la thériaque , le vin vieux , etc., tant que la gangrène
n'est pas développée.
! Le traitement externe de l'ergotisme consiste dans l'application de linges î trempés dans une décoction de plantes aromatiques, ou de cataplasmes faits I avec les fleurs de sureau , la décoction de quinquina , autour des membres dou- 1 loureux ou engourdis. On rend ces topiques plus excitans par l'addition du ! camphre, de l'hvdro-chlorate d'ammoniaque , de l'eau-de-vie même , lorsque I la sensibilité et le mouvement diminuent dans les parties malades , et que le 1 froid s'en empare. Quand la gangrène se manifeste , on ajoute à leur emploi celui du chlorure d'oxide de sodium de Labarraque. Enfin , lorsque la gangrène est arrêtée, il ne reste plus qu'à faciliter la chute des escharres par des. pansenément.
mens convenablement dirigés {noyez Gangrène) si la mortification est peu considérable, ou à opérer la séparation des membres morts au moj^en de l'amputation, ou bien enfin k attendre que celte séparation se fasse sponla- La plupart des médecins qui ont observé l'ergotisme gangréneux regardent '• l'amputation comme dangereuse , dans la majorité des cas. Presque toujours ils i ont vu la gangrène se reproduire dans le moignon , quoiqu'on eût attendu j qu'elle fût bornée pour amputer ; et le petit nombre de malades chez lesquels 1 cette récidive n'avait pas lieu périrent, pour la plupart , des suites de l'opéra- ' tion. Il est cependant des cas où il semble que l'on ne puisse se dispenser de la
ERYSIPELE.
ERYSÎPELE.
pratiquer ; celui , par exemple , d'une suppuration excessive qui épuise les malades. Mais quelque pressantes qu'en soient les indications, il ne faut passe laisser entraîner par elles, et l'on ne doit s'y résoudre qu'après s'être bien assuré que la circulation n'est pas interceptée dans la principale artère du membre au-dessus des parties mortes. En effet, si les batlemens de cet artère ne se font plus sentir , l'amputation ne présente aucune chance de succès , et ne peut que hâter la mort des malades ; je conseille donc de s'en abstenir malgré les indications les plus positives d'y avoir recours. Que si au contraire, on sent les pulsations artérielles à une hauteur qui permette encore d'amputer, on peut pratiquer cette opération en ayant soin de iwrter l'instrument à peu de distance du point où le mouvement ciiculatoire fait battre l'artère. C'est, à n'en pas douter, à l'inobservance de ces précautions qu'il faut attribuer les nombieux revers de nos prédécesseurs dans ce cas. Mais on ne saurait sans injustice leur en faire un reproche; ignorant complètement la nature de la maladie, ils ne pouvaient pas se conformer .î des préceptes qui n'existaient pas encore.
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L.-Cli. Roche. Lettre au rédacteur du Journal hebdomadaire (juin 1830 ). Après quelques considérations générales sur la gangrène spontanée , j'indique dans cette lettre les circonstances dans lesquelles on doit pratiquer l'ampu lation ou s'en abstenir.
( L.-Ch. Roche. )
ERYSIPELE , s. m. ; erjsîpelas , fehris erjsipclatodes. Le mol érjsipèle , suivant quelques-uns, a été formé du verbe f^w, j'attire et de î-=-)ik5, proche; cette maladie s étendant facilement à la peau environnante. D'autres , avec plus de raison, le font dériver d'yu^ijcj, rouge , et de màoç, , peau , rougeur de la peau: l'érysipèle est en effet une inflammation exanthémateuse , extensive, non contagieuse, caractérisée par lane teinte rouge de la peau avec gonflement du tissu cellulaire sous-cutane' , se terminant ordinairement par résolution , quelquefois par suppuration et rarement par gangrène.
§ I. L érysipèle se développe quelquefois sous l'influence de causes appréciables, telles que la malpropreté, les frottemens durs et réitérés, une chaleur vive, l'attouchement de plantes vénéneuses, le contact de certains insectes ou des humeurs qui s'échappent de leur corps; l'application de topiques irritans , les piqi'ires d'instrumens imprégnés d'humeurs animales en putréfaction, une plaie contuse, une opération chirurgicale, l'inoculation de la vaccine^ delà variole, etc. Il faut aussi compter parmi les causes dont l'influence est bien établie certaines influences du système nerveux provoquées par les affections vives de l'ame, par un chagrin profond, un accès violent de colère. Quant aux alimens grossiers, au:^ vjandes putréfiées , aux assaisonnemens très-épice's, à l'abus des liqueurs spirilueiises , aux excès de table, ils peuvent certainement donner lieu au développementde l'érysipèle; mais rien'ne prouve qu'ils le provoquent plus fréquemment qu'une autre maladie. Peut-être observe-t-on un plus grand nombre d'érysipries dont l'étioiogie est enveloppée de la plus complète obscurité. Ainsi, s'il est constant que le développement de quelques érysipèles coïncide avec un état couenneux du sang, analogue à celui qu'on observe dans le rhumatisme aigu; s'il n'est pas moins vrai que chez quelques malades, épuisés par des inflammations chroniques, un érysipèle diffus et mobile est le présage d'une mort prochaine ; l'observateur constate ces faits sans en entrevoir la cause. D'autres faits ne se prêtent également à aucune explication rigoureuse. Il est des années, m'écrivait M. Calmeil , en 1828 , où les érysipèles se multil plient h l'infini chez les aliénés. Pendant un temps plus ou moins long il faut suspendre les médications révulsives qui font pour ainsi dire la base du traite^ ment de l'aliénation mentale. L'application d'un séton , d'un moxa , d'un vési^ caloire est suivie d'une inflammation érysipélateuse ; une plaie superficielle de la peau a le même inconvénient ; le plus léger coup, l'ouverture d'une veine, une application de sangsues occasionnent des érysipèles. Cette année ( 1828),
sous ce rapport, a été singulièrement remarquable: depuis six mois les infirmeries sont encombrées d'aliénés érysipélateux. La maladie se manifeste siir un point quelconque du corps , quelquefois sur partie saine de la peau , le plu« souvent dans le voisinage d'un cautère. Après 5 ou f> jours de traitement elle se propage aux régions voisines , et dans un espace de 20 , 30 , liO , 50 jours , elle a parcouru toute ou presque toute la surface du corps. La méthode de la compression , lorsqu'elle a pu être faite , n'a produit aucun bien. Les piqûres des sangsues devenaient le centre d'un nouvel érysipèle : plusieurs sujets ont été dans un état déses|)éré ; quelques-uns ont succombé. J'ai vu , les années précédentes, dans la maison de Charenton, des constitutions atmosphérù/ues analogues , mais moins graves. Ajouterai-je que des faits du même genre ont été observés à Bicêtre , à la Salpêtrière , à l'hôpital Saint-Louis , à la Charité , etc. •> dans certaines saisons et à certaines époques, où les érysipèles se sont montrés en tel nombre que cette maladie était véritablement épidémique.
Quelques médecins ont dit que l'érysipèle pouvait se transmettre d'un individu à un autre par contagion. Cette erreur, nouvellement reproduite par 'Weathered et le docteur Wells , est née de ce que plusieurs individus exposés aux mêmes influences ont successivement ou simultanément été atteints de cette maladie. L'érysipèle est plus fréquent au printemps et en automne que dans toute autre saison. Il peut apparaître sur un même individu à des époques déterminées, plus ou moins rapprochées. L'érysipèle attaque de préférence les personnes dont la peau est fine et délicate. Il eu est qui, chaque année, ont une ou plusieurs attaques d'érysipèle ; comme on voit l'eczéma et le lichen se , montrer fréquemment chez quelques autres. Dans l'aménorrhée, l'érysipèlj revient quelquefois périodiquement aux époques auxquelles les règles devraient avoir lieu (Hoffmann). On observe aussi, mais plus rarement, chez 1 homme cette marche et ces récidii/es de l'érysipèle.
§ II. Toutes les fois que l'érysipèle a été produit par des causes qui ont agi sur d'autres organes que la peau , on observe presque constamment, avant le développement de cette phlegmasie , quelques phénomènes morbides communs à plusieurs maladies aigués : douleur à l'épigastre, nausées, bouche amère , constipation, langue sale, lassitude spontanée , malaise général , frissons passagers, dureté et fréquence du pouls, etc. Vers le deuxième ou le troisième jour de ce mouvement fébrile Vérj-sipèle simple s'annonce avec les caractères suivans : tuméfaction légère, inégalement circonscrite dans une partie des ^ fégumens, le plus souvent au visage ; rougeur de la peau plus ou moins vive , tirant un peu sur le jaune et quelquefois sur le livide, disparaissant par la pression, se reproduisant immédiatement lorsqu'elle a cessé; douleurs vives et piquantes dans le point affecté, accompagnées de cuisson et d'un sentiment de chaleur sèche et ardente. Ces accidens et le mouvement fébrile qui les accompagne , augmentent d'intensité jusqu'aux troisième et quatrième jours , et pe'rsistent à peu près autant de temps au même degré. La peau enflammée is^ couvre quelquefois de vésicules analogues à celles de l'eczéma [érysipèle miliaire). Souvent aussi {érysipèle phlj cténoide ) des bulles apparaissent siir plusieurs points de la surface de rérysi|ièle. Ces bulles isole'es ou confluentes ressemblent quelquefois pour leur volume aux ampoules produites par les vés^ catoires ou la brûlure; elles se rompent dès le premier jour de leur apparitio^' et le plus souvent vers le cinquième ou le sixième jour de la maladie ; l'humeui qu'elles contiennent se dessèche et forme des croûtes dures et flavescentes, qi deviennent brunes ou noirâtres , d'une ou plusieurs lignes d'épaisseur. (. .^^
La terminaison la plus favorable de cette inflammation est la résolution; on juge qu'elle aura lieu lorsque les symptômes , après avoir subsisté dans toute leur force pendant trois ou quatre jours , commencent à diminuer d'intensité; on est assuré que la résolution est opérée lorsque la rougeur , la douleur chaleur et la tuméfaction sont dissipées : l'épiderme tombe par écailles , leî croûtes se détachent, et bientôt il ne reste qu'un léger empâtement qui ne tarde pas k disparaître. De toutes les inflammations des tégumens, l'érysipèle est celle qui a le plus de tendance à se terminer brusquement par résolution. Cette disparition subite de l'érysipèle est quelquefois suivie de son apparitionv sur une autre région du corps ( érysipèle ambulant ou erratique ) , ou du dévej. loppement d'une phlegmasie d'un organe plus ou moins important (érjsipèl^ métaslatique). Ainsi , on l'a vu se manifester d'abord au cuir chevelu , au frontj à la face; puis s'étendre successivement au col , ensuite aux épaules , tandis que la face et le cuir chevelu en étaient délivrés ; ou bien apparaître momenta| nément au visage, être remplacé par une phlegmasie intestinale à laquelle succédait rapidemisnt ui)e affection mortelle du cerveau ou de ses membranes. ,
Lafièvre, la chaleur, l'insomnie , l'embarras gastrique, suivent ordinairement la marche et les progrès de l'érysipèle; plus prononcés à mesure que l'inflammation fait des progrès , ils décroissent dans la même proportion que cette dernière , yers le septième ou huitième jour de l'éruption. Cette terrninaison est quelquefois anoncée par des urines sédimenteuses , des évacuations alvines ou une légère héraorrhagie.
2° 'L'crysxp'eAe phlegmoneux f comme son nom l'indique , participe à la fois de l'érysipèle et du phlegmon; la peau et le tissu cellulaire sous-cutané peuvent être seuls affectés, ou bien l'inflammation peut gagner le tissu cellulaire sousaponévrotique , prodiiire de grancls désordres et mettre la vie du malade en danger, s'il n'est secouru à temps et d'une manière convenable. On peut, avec M. Pâtissier , rattacher les nuances multipliées de cette espèce d'érysipèle à trois degrés principaux, d'après l'intensité des phénomènes morbides. — Premier degré. Au début , anxiétés suivies de picotemens et de rougeurs sur la région du corps qui va être le siège de l'érysipèle; bientôt sentiment debruhire dans le point enflamméj teinte )Drillaute , rouge, animée delapegu, dimi-
krtsipÈle.
s'mplc. La partie des téguo^ens lËctoe > ' ''^"^ l'érysipèle
cellulaire sous-cutané , lor J ^e ^ul'^r 7 !^ ^^^^f-''-" du tLu
devient pongitive, la Chaleur b d nre îe"''' . T P*""'""''*^' ^-'«^- -Ht, et un .cuvèrent fébrile ci" éV 1 if 'u^sV^'l^'^"^^ s-pe jour, on voit la peau nao.ns rou^e et n . ""ï"'^"^ °"
Wuracées , et le tissu cellulaire sous^cuttn Te " H ' '^''''''''^ l'erysipèle phlegmoneux se terminer '«^P'^^dre son volume primitif,
f osité -ra\-ésfrbée au bou iT auela" ''^ P^"" '
dev.entpulsalive, on ne ZLt Z l^T ' '^"""■-' e , la douleur Ces abcès, ouverts spol «éTent ouT"" '"^"'^ ^'^ "'PP"-
u"pus de bonne nature , et se cicatrisent" ^ ' ^
L erysipèle phlegmoneul occupe une T '^^ ^
'eur, les souffra^es et la fi rT ont o ? .-'1^ rougeur, la cl-
l'mflamn.atiou est abandonnée" elfe - "euvième jour,
Çà et là sous la peau et mêle e^e ,e t. '"î"' '
gangrenés du tfssu cellulite !o enl " ' ' '''' '""^""^^
clapiers, des trajets fistu e L ^ bVis:::t !: f""''^^^ suppuration j des
'etule Quelquefois la peau cléc 1 e L Lie T"'T'- '^'^"'■^""^ en dedans des bords des ulcérations T '. ^"'^'''^ ^' contourne
de l'intestin s'enflamme e tttsso-^^^^^ l'estomac et
diarrhée et par la su^p r t on ahn ! 7 — «^ent , épuisés par I
'espace de deux à trois our P J ' P'"^ '°*'^^"^es. Dans !
^due, l.sse et brillani "s't 27. "'^T' ^'"^ '"'^S^ ' P-", |
, ^P'-ession du doigt. Les déTordrës .r"'^'. ''' '""'""'^ '"^'-^ '
et dur, douleurs v olentes a j f, " ^'^'^S-v^
b:^!!----'-^".sr::i;:r"- '^'---^^ 'edoubiie..
ÉR YSIPÈlE
les incisions pratiauées snr I, ./ P'^'*^" confuses C/,.~ V/ causes les plus fréquentes T. 7 f '^«""«"^ du crâne ' ''"^"^^'^
pointnrite,etqudauefoi I obnairement dan ? ^es
t^.e ; inflammat,on «d.ma.luse 2 tgum '^^Tt— 'de, pu" ^ fluc,uat,on molle et pâteuse. La peau d'. ro le ' P^-^^enV , sous la pression du doigt, conserve long-te.s ce fe f'"' ^'^''^^^t, «'e.fo ce que lentement sa coule., et son niveauVrb fs le n/''':"'^^ ' velle ou accroît les souffrances rn.i ' P'"s léger cor