P. JOLLY
AIR, s. m. , aer. On nomme communément ainsi le fluide au milieu duquel nous vivons. Cependant l'atmosphère , c'est-à-dire la réunion de tous les fluides , de toutes les vapeurs qui environnent le globe , contient, outre l'air , du calorique, de l'eau, du fluide électrique, de la lumière, et peut contenir enfin toute matière susceptible de se volatiliser. L'air de l'atmosphère, ou l'air atmosphérique environne notre globe jusqu'à une distance de quinze à seize lieues; mais l'air ne se rencontre pas seulement h la surface du globe; on trouve aussi de l'air dans les lieux souterrains et dans les fissures de plusieurs minéraux. L'air parfaitement pur est fluide, invisible lorsqu'il est en ])etites masses, visible lorsqu'il est accumulé en grande quantité, comme dans cette masse bleue répandue dans l'espace et que nous appelons le ciel. Suivant quelques auteurs, la couleur bleue de l'espace n'est pas produite par l'air, mais dépend de la réflexion du rayon lumineux bleu par les vapeurs atmosphériques. L'air est pesant, compressible , élastique, permanent, sans odeur ni saveur. Il est composé de vingt-une parties de gaz oxygène, et de soixantedix-neuf de gaz azote. La très-petite quantité (un ou deux centièmes) de gaz acide carbonique qu'il contient presque toujours , quelle que soit sa pureté , ne fait pas partie des principes qui le constituent.
L'air est l'excitant fonctionnel du poumon , l'aliment de la respiration. Bien plus immédiatement indispensable encore à l'entretien de la vie que les alimens proprement dits, il devient, comme tous les excitans naturels de nos organes, une source de maladies , un moyen de guérison, une cause de mort, suivant les variations qu'éprouvent naturellement ses qualités, suivant les modifications que l'art est parvenu à leur faire subir, enfin suivant les altérations délétères qu'il peut éprouver. 11 est donc très-important pour la médecine pratique d'examiner : 1° l'influence sur nos organes des diverses propriétés et qualités de l'air ; 2» les moyens que l'on possède pour modifier ces propriétés et ces qualités, pour en faire un moyen préservatif ou curatif de maladies ; 3° les altérations délétères que peut subir l'air , et les moyens de les prévenir ou d'y remédier.
Article i<î"-. — Effets de la pesanteur de l'air. — Si au moyen de la machine pneumatique ( pompe à air) on enlève l'air placé sous une cloche de verre , celle-ci adhère fortement au plateau. Ce phénomène a lieu parce que l'air ne presse plus de tout son poids que la surface extérieure de la cloche. Si l'on fait une ouverture à celle-ci , l'air y entre avec force , quel que soit le lieu où ait été faite l'ouverture; alors la cloche est enlevée avec facilité de dessus le plateau. Ce second phénomène prouve que la pression de l'air s'exerce sur les corps en tous sens, de côté et de bas en haut, comme de haut en bas.
Si l'on remplit de mercure un tube de verre, long de trente et quelques pouces, hermétiquement scellé par une extrémité ; qu'on le renverse, eu ayant soin de tenir le pouce sur l'ouverture pour empêcher le métal de s'écouler; qu'on plonge cette extrémité, ainsi bouchée , dans une cuve pleine de même métal , et qu'on retire le doigt, le mercure du tube , au lieu de s'écouler en totalité dans la cuve pour se mêlera l'autre et se mettre de niveau avec lui, ne s'écoule qu'en petite «(uantilé, oscille et s'arrête à peu près 'a la hauteur de vingt-huit pouces audessus du niveau du vase. Ce phénomène est dû à ce que l'air, par la pression qu'il exerce sur le mercure de la cuve , fait équilibre avec les vingt-huit pouces de mercure du tube. Le poids d'une colonne d'air qui pèse sur un corps quelconque égale donc, terme moyen, dans les lieux qui sont au niveau de l'Océan, le poids d'une colonne de vingt-huit pouces 2 lignes L de mercure , de même diamètre que celui de la colonne d'air. Ce poids diminue à mesure qu'on s'élève au-dessus du niveau de la mer , et augmente au contraire à mesure qu'on descend dans des mines plus ou moins profondes. Le baromètre ne s'élève plus qu'à vingt-un pouces ausommetdu mont Saint-Bernard; il s'élève encore moins nu sommet du Mont-Blanc ; cela vient de ce qu'à mesure qu'on s'élève , la cuve do mercure se trouve déchargée du poids des couches inférieures de l'air. On .1 observé qu'tnie ligne de diminution dans la colonne de mercure répond à une
différence de douze toises et demie en hauteur verticale. D'après ces observations , on voit qu'il est facile de mesurer avec le baromètre , qui n'est que le tube de mercure dont nous parlons , l'élévation des lieux. C'est à l'aide de ces expériences et de beaucoup d'autres, qu'on a découvert, qu'on prouve et qu'on mesure la pesanteur de l'air, dont nous allons présenter les effets après avoir énoné encore quelques faits indispensables à l'interprétation de ce qui suit.
La pesanteur spécifique de l'air , à la température de 10 degrés au-dessus de 0, thermomètre de Réaumur, est 811 fois et demie moindre que celle de l'eau. L'air , à poids égal , occupe donc un espace 811 fois et demie plus grand que celui qu'occupe l'eau. A la température de la glace fondante , la pesanteur spécifique de l'air est à celle de l'eau comme 1 est à 760. Ceci prouve , par anticipation à ce que nous allons dire en parlant de la température de l'air, que ce fluide, comme tous les corps, se dilate et se raréfie par le calorique, se contracte et se condense par le froid. Observons que cette cause (la présence ou l'absence du calorique ) ne produit ni diminution ni augmentation dans la pesanteur absolue de l'air; le poids de la colonne de ce fluide , que supporte la surface d'un homme de moyenne taille, a été évalué à 33,600 livres. Pour se rendre compte de la possibilité de supporter ce poids énorme , et de la faculté que nous avons de nous y mouvoir, il faut se rappeler 1° que toutes les parties du corps de l'homme, même ses os , sont remplies de liquides incompressibles , capables de supporter cette pression atmosphérique ou d'air aussi élastique que celui du dehors et propre à contrebalancer son poids ; 2° que cette masse d'air atmosphérique presse de toutes parts , par-dessus, par-dessous, à droite et à gauche, de façon que la pression se contrebalance elle-même et ne s'oppose pas à nos mouvemens. Tout ce qu'ont d'étonnant ces faits disparait si nous songeons, que plongés au fond d'un fleuve, nous ne nous apercevons aucunement du pouls de l'eau que nous supportons , et que la pellicule la plus mince , placée au fond des mers , supporterait , sans se rompre , un poids bien autrement considérable que celui qui résulte pour nous de la colonne d'air.
Les poumons ef le reste de l'économie sont sensibles aux variations de la pesanteur de l'atmosphère. Le poids d'une forte colonne d'air procure une res'piration facile, grande , abondante en principe réparateur, et communique par suite à l'économie les avantages qui résultent de l'énergie de cette fonction, c est-a-dire une aptitude à soutenir des exercices violens et continus, une répa-i ration prompte du sang artériel dépensé , une vigueur remarquable de tous les organes dont ce fluide est le stimulant commun.
On ne peut guères observer les effets d'une colonne d'air plus pesante que. celle qui fait monter le mercure de vingt-huit pouces quelques lignes; car, cette colonne d'air ne pouvant se rencontrer que dans des lieux fort au-dessous du niveau de la mer, et que dans des mines profondes, les effets qui en devraient résulter pour les poumons, c'est-à-dire une plus abondante quantité d'air sous un même volume, ou plutôt un air plus dense, plus comprimé, des inspirations moins renouvelées, etc. , ces effets, dis-jc, seraient bientôt annihilés dans de pareils lieux par la prompte altération de l'air respirable.
Sous la pression d'une colonne d'air un peu moindre que celle du niveau des mers, de celle, par exemple, qui repose sur des montagnes d'une hauteui moyenne, la respiration, sans être moins ample, devient plus fréquente, la circulation plus rapide ; les mouvemens sont plus prompts , l'embonpoint est moins considérable , le visage plus coloré , l'appétit plus vif et la digestion plus facile. Les habitans de pareils pays sont généralement plus remuans que cens des basses terres, dont ils semblent dédaigner l'apathie. Ils sont disposés auj hémoptysies et aux inflammations de poitrine.
Cette supériorité de vigueur du montagnard sur l'habitant de la plaine non; porte à regarder comme illusoire le désavantage produit par la diminution de la pesanteur de l'air, diminution qui résulte de l'élévation où se trouve I( premier ; car si, d'un côté, la colonne d'air est moins haute pour le montagnard, ce désavantage est plus que compensé par un air plus dénué de calorique et de matières étrangères , conséquemment plus dense et plus pur; di sorte que, tout balancé, l'habitant des montagnes de hauteur moyenne mij semble respirer , malgré son élévation, une masse plus considérable d'air qui' l'habitant de la plaine. Je ne parle que de la cause de vigueur puisée dans L respiration , dans la quantité et la qualité de l'air inspiré; il existe beaucou) d'autres causes , telles que l'exercice plus violent, etc., etc. ; mais je ne doi pas m'en occuper ici. ( F ojez les mots Exercice , Gymnastique , Somascb i