‹ Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques [electronic resource]Chapitre 32 sur 234 · III · texte numérisé non relu

III

AIR

abondante alimentation aux poumons , développe ces organes , et procure :onomie une constitution riche de sang artériel , des muscles colorés , des nés athlétiques , en un mot, les attributs du tempérament sanguin. Iiématose abondante qui résulte d'un air dense par une température froide :he n'est pas la seule cause de la pléthore et de l'augmentation de la force ;ulaire ; il faut encore tenir compte de la diminution de la transpiration , 1 plus grande fréquence des mouvemens , de l'appétit plus vif , de la digesplus prompte , des excrétions alvines moins répétées , etc. Cependant rjues excrétions se manifestent plus abondamment pendant une température e: ce sont les exhalations des membranes muqueuses, principalement de asale et de la bronchique, et l'excrétion rénale. Notre collaborateur, îégin, a observé chez deux marins venant des Antilles la sécrétion urinaire lenter considérablement, puis amener des maladies du rein. On sait que irgane fournit une urine beaucoup plus abondante et plus claire pendant :empérature froide que pendant une température chaude. )ur que le froid sec produise des effets toniques, il ne faut pas qu'il soit s considérable pour empêcher les organes de réagir vivement et énergiquet contre l'impression débilitante qu'il commence par déterminer ; sans cela I impression serait persistante, et le froid serait débilitant , comme cela a chez les individus d'une constitution lymphatique nerveuse, chez les pères affaiblies par l'âge ou les maladies, chez les nouveau-nés ; il est nuisible us ces individus.

i température froide et sèche prédispose aux congestions sanguines de toute ce, aux phlegmasies de poitrine, aux hémorrhagies, etc. Pendant cette Dérature, il y a pléthore réelle de tous les organes intérieurs, parce que lertes sont moindres, et les matériaux réparateurs plus abondamment introi; peut-être aussi parce qu'il existe une diminution presque permanente du )re des vaisseaux intérieurs; pendant les chaleurs, au contraire, la pléthore ; que factice et résulte d'un sang plus dilaté, mais moins abondant. La contion atmosphérique froide et sèche est nuisible dans les maladies aiguës. !S modifications qu'éprouve la peau par le froid sont les suivantes : ressecant , ridement, manifestation d'une espèce de rugosité passagère, si bien jnée sous le nom de chair de poule ; admission de moins de sang dans les leaux capillaires de la peau, et par conséquent décoloration de son tissu; inution de volume des parties sous-jacentes les plus éloignées des grands rs organiques de la chaleur et de la vie. C'est cette diminution de volume fait qu'on met des gants et qu'on chausse des souliers qui eussent été trop its par une température chaude. La sensibilité des parties externes diminue idérablement ; il se manifeste dans le système musculaire un eugourdisset plus ou moins considérable , qui rend les mouvemens pénibles ; la transtion est supprimée et remplacée par une plus abondante excrétion de l'urine 3S produits de l'exhalation pulmonaire. Si la personne qui éprouve ces effets louée d'énergie, la réaction se manifeste; les organes intérieurs, surchargés, puis m'exprimer ainsi , de calorique, de sang et de vie, se débattent et !nt violemment contre la puissance destructive qui tend à les anéantir ; un vement centrifuge se manifeste, la chaleur et les liquides sont renvoyés à la 1 ; celle-ci se colore de nouveau , plus qu'elle ne l'était avant l'action du 1. L'équilibre est rétabli ; quelquefois il se rompt dans un sens contraire , et 1 excitation , reportée rapidement à la peau , y devient morbide ; il existe 5 ce qu'on appelle engelure.

3 qui vient d'être exposé prouve qu'on peut tirer parti, dans certaines affec- 3, du froid, soitcomme contre-stimulant, soit comme stimulant. Le froid, ;-temps et continuellement applique, remplit la première indication; le ;1 , appliqué peu de temps , remplit la seconde.

est inexact d'attribuer à la faculté peu conductrice de la graisse l'insenité que montrent à l'égard du froid les personnes très - grasses. Elles ent moins vivement le froid , comme elles sentent moins vivement toute ression physique ou morale.

e froid , considéré maintenant comme sensation , détermine d'autres phénoles qui sont plus ou moins prononcés , suivant l'impression plus ou moins igréable que reçoivent les nerfs cutanés. Ainsi , le cerveau ne paraît frappé de l'impression pénible que cause le froid; il est étranger à toute sensation, it cette impression désagréable qui s'oppose à l'arrivée du sommeil lors- )n n'est |5as assez couvert, et qu'on a froid aux pieds.

i le froid est très-intense, et qu'on y soit exposé plus long-temps, la iation pénible qu'il détermine paraît engourdir' le cerveau; l'individu ient insensible à ce qui l'entoure, et bientôt il cède au perfide attrait 1 sommeil dont il ne se réveillera plus , si une main secourable ne l'arrache mpteraent à cet état. Que de braves, dans les champs glacés de la Moscovie, ont endormis ainsi pour ne se réveiller jamais ! Heureusement le froid donne ;ment naissance à de si terribles effets. Il faut, pour qu'il les produise, il y ait sensation douloureuse ; il faut que cette sensation douloureuse dure g-temps et soit portée à un haut degré ; enfin , il faut que le cerveau , g-temps excité , tombe dans un collapsus , et n'en soit pas retiré. Bien plus inairement le froid produit les bienfaisans effets que nous avons précédemnt exposes; mais il faut , pour cela, qu'il ne fasse naître aucune sensation agréable; alors toutes les fonctions s'exécutent avec plus d'énergie; le veau de certaines personnes est même , pendant les temps froids , entière lit délivré des affections tristes qui les poursuivaient pendant les chaleurs, ir obtenir ces heureux effets, il faut être constamment couvert de vêtemens uds , nourri d'alimens propres à développer de la chaleur , user en un mot moyens précédemment indiqués.

1°. Température froide et humide.— L'air froid et humide , qui a sur toute

l'économie et même sur les organes respiratoires une influence si marquée , exerce principalement cette influence par l'interfaédiaire de la peau qu'il affecte, soit en modifiant ses fonctions sécrétoires, c'est-à-dire l'ordre des fonctions de cette membrane , appelé organique, soit en produisant sur elle une impression perçue douloureusement , c'est-à-dire , en agissant sur tes fonctions animales , en agissant par sensation.

Les effets du froid humide agissant comme modificateur des fondions organiques de la peau, sont les suivans : l'humidité est absorbée en grande quantité , les urines sont plus abondantes que d'ordinaire , et les évacuations alvines moins sèches ; cependant, en résultat , le poids du corps augmente. Si cet état pei'siste , l'économie acquiert cette complexion riche de sucs blancs qui nous frappe chez l'habitant de la Hollande.

Le froid humide , agissant par mode de sensation , rend plus intenses les impressions que nous avons vu qu'éprouve la peau par l'action du froid sec. Ainsi , le froid humide détermine une sensation de froid beaucoup plus considérable que celle que produirait le froid sec au même degré de température, parce que l'eau , plus dense que l'air, enlève plus complètement au corps le calorique.

Les maladies déterminées parle froid humide , lorsqu'il n'a lieu que pendant un certain temps, sont les rhumatismes, les inflammations des membranes muqueuses, celles des poumons, du gros intestin, etc. Si la température froide et humide règne habituellement, elle détermine des maladies du système lymphatique. Je n'ai pas lu un seul article d'hygiène , qui n'avançât d'une manière absolue que le froid humide est nuisible à tous les individus sans exception; cette assertion est inexacte. Il est beaucoup de personnes, et je suis dans ce cas , qui ne se portent jamais mieux que par un froid humide. Elles éprouvent, lorsque la température, à quelques degrés au-dessous de zéro, laisse précipiter un brouillard épais, un bien-être physique et moral indicible, qui , en peu de jours , donne à leur teint de la coloration , à leurs mouvemens de la vigueur, et modifie avantageusement leur constitution. Cet effet n'a lieu que chez les individus doués d'une grande vigueur, chez les bilieux secs qui dégagent beaucoup de calorique , dont les muscles sont fermes, dont la peau est brûlante , dont les voies aériennes ne sont nullement disposées à l'inflammation. Le froid humide est contraire dans les circonstances opposées : il cause aux personnes d'un tempérament sanguin, dont la poitrine est irritable, de violentes pneumonies; il entrelient et perpétue les catarrhes bronchiques, détermine des aphthes et des maux de gorge. Les hommes très-musculeflx sont, pendant cette température qui règne souvent à Paris, tourmentés de rhumatismes qui ne leur laissent aucun repos. Beaucoup de personnes ne peuvent rester exposées un instant à l'humidité sans tousser aussitôt. I;e froid humide est donc nuisible à tous les individus, quelle que soit leur force, dont les organes thoraciques ou locomoteurs sont irritables. Les bilieux ardens sont les seuls qui le supportent sans inconvénient, eC même qui peuvent éprouver son influence avec quelque avantage.

On évite les inconvéniens du froid humide : l» par le choix des vêtemens ( vojez ce mot) ; 2o en usant des alimens , des assaisonnemens et des boissons qui développent beaucoup de réaction, et qui sont signalés comme convenables aux lymphatiques et aux habitans des climats froids et humides. ( Fojez les articles Alimeks , Assaisonnemens , Boissons. )

Article IV. — Effets des vicissitudes atmosphériques. — Ces vicissitudes, quelles qu'elles soient , frappent en premier lieu la peau , et ce n'est que par cette voie qu'elles agissent secondairement sur le poumon ou sur les autres organes. Il serait sans doute possible que le passage du chaud au froid affectât le poumon par une action directe , mais je ne crois pas qu'il existe beaucoup d'exemples de ce cas , survenus chez les personnes en santé. Si un homme passe rapidement d'un lieu très-chaud dans un lieu très-froid, et que sa peau, couverte d'épais vêtemens , reste chaude , continue ses fonctions , et n'éprouve aucune espèce d'impression , il est bien rare , quelque considérable que soit le froid , qu'il se fasse sentir au poumon et qu'il y détermine la plus légère affection.

Les dangers causés par le passage brusque d'une température à une autre, qui lui est extrêmement opposée , viennent de ce que l'organisme n'a pas eu le temps de proportionner ses moyens d'échauffement ou de refroidissement aux influences extérieures. Si le froid succède au chaud , il surprend l'économie dans le travail propre à résister à la chaleur , c'est-à-dire versant avec profusion , pour se débarrasse? du calorique , les liquides perspiratoires ; il trouve inactives les sources de la chaleur animale , dont le travail serait à la vérité superflu. De -tout cela il résulte une agression contre laquelle l'économie n'a pu préparer de résistance. Or cette agression est profonde , la sensation du froid est beaucoup plus douloureuse, les autres effets qu'il produit sont beaucoup plus marqués que si l'économie eût été disposée à cette résistance , c'est-à-dire , que si les sources de la calorification eussent été en pleine activité, et que celles qui procurent le refroidissement eussent été en repos. La même chose a lieu pour la vicissitude opposée.

lo. Vicissitude du cliaud au froid. — Le passage subit du chaud au froid supprime le plus ordinairement les fonctions sécrétoires de la peau , et augmente celles de la muqueuse pulmonaire et du rein ; il occasione des inflammations, principalement dans les membranes muqueuses n.-isale, pharyngienne, laryngienne , bronchique et intestinale , dans les membranes séreuses , telles que la plèvre et les synoviales articulaires , dans le système musculaire ; d'autres fois dans le parenchyme du poumon , et quelquefois même dans le cerveau.

Le mode d'action du froid dans la production de ces maladies est différemment présenté. Les gens étrangers à la médecine s'imaginent que c'est l'humeur

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même de la transpiration, qui, brusquement réperculée de l'extérieur l intérieur , va irriter les organes par une âcrele particulière. En conse'quence , pour soulager les organes intérieurs enflammés à l'occasion du froid , ils ne veulent entendre parler d'aucun autre moyen que du rappel de la transpiration. Or, comme celle-ci n'est pas disposée à reparaître tant qu'un organe intérieur est violemment enflammé , il en résulte toujours, si l'inflammation est grave, que le malade expire plutôt que de suer. La plupart des physiologistes , appliquant au coi'ps humain la manière d'agir du froid sur les corps inanimés, considèrent le froid comme une force astringente , rétrécissant le calibre des vaisseaux capillaires extérieurs , refoulant le sang vers le centre , de telle sorte que ee fluide surprend et surcharge les organes intérieurs , les irrite par sa présence subite , et les enflamme. Georget explique le mode d'action du froid , dans la production de quelques-unes des maladies précitées , par la sensation qu'il produit. « Le « froid, dit-il , prédispose à l'apoplexie , non pas en refoulant le sang à l'in- >) térieur , mais en excitant plus ou moins le centre sensitif. « ( Phj s. du syst. neiv. ) Nous croyons qu'on peut admettre les deux dernières manières d'agir du froid ; et nous devons ajouter que , quelque brusque que soit la suppression de l'action cutanée, elle ne donne lieu à l'inflammation d'un organe intérieur, que parce que cet organe , ayant été plus excité que les autres , est plus dispose à admettre, à attirer même, le sang qui surabonde dans les vaisseaux, et conséquemment k s'enflammer. Ensuite il peut bien arriver que ce ne soit pas plutôt le froid que toute autre cause , qui ait excité l'organe ; car si un homme qui a stimulé préalablement son intestin gagne la diarrhée par une vicissitude du chaud au froid, qui a supprimé l'action de la peau , certainetnent , dans ce cas , aucune sensation de froid n'a été perçue dans l'intestin.

2". Vicissitude du froid au chaud. — Le passage brusque du froid au chaud produit des accidens moins graves que la vicissitude opposée , à moins pourtant que l'intervalle qui sépare ces températures ne soit marqué par un grand nombre de degrés. Quand l'intervalle qui sépare le froid de la chaleur n'est marqué que par un petit nombre de degrés , les phénomènes qui surviennent se bornent à une légère expansion des fluides , particulièrement du sang. Ce liquide distend les vaisseaux, et bientôt la sueur ruisselle de la surface de la peau , et débarrasse l'économie du calorique excédant.

Si l'intervalle qui sépare le froid de la chaleur est plus considérable , alors surviennent tous les phénomènes énumérés en parlant de l'excessive chaleur : dilTiculté de respirer, sentiment d'oppression , d'angoisse; imminence de siifi"ocation , évanouissement, et souvent apoplexie. Si l'estomac est chargé d'alimens, la digestion est troublée, ceux-ci sont rejetés, et ce sont souvent les efforts déterminés par ce rejet qui produisent la congestion cérébrale. D'autres fois les accidens consistent dans un saignement de nez, un crachement de sang, uu mal de tète intense. Ces accidens surviennent ordinairement lorsque , après lui ample diuer , par un temps de gelée, on va s'enfermer dans une salle de spectacle ou dans tout autre lieu échauffé par des poêles et par la présence d'un grand nombre d'individus. Cependant ces accidens ne sont pas seulement produits par une température artificielle : une variation brusque dans la température naturelle de l'atmosphère y peut aussi donner lieu ; il suffit pour cela, dans uue contrée méridionale, de descendre d'une montagne dans une vallée , et, dans une heure de marche, la différence de température peut se trouver être d'un assez grand nombre de degrés , pour donner lieu à tous les accidens précités.

Si le passage du froid au chaud n'est que local, comme, par exemple, cela a lieu lorsque , pendant l'hiver , on approche du foyer d'un appartement où la température n'est pas échauffée, les parties du corps les plus sujettes à se refroidir , comme les pieds et les mains, il survient des engelures à ces parties.

Si l'intervalle du froid an chaud est marqué par un plus grand nombre de degrés , comme lorsqu'un individu trouvé gelé à la suite d'un froid considérable, est tout à coup rapproché d'un foyer, les parties du corps que frappe la chaleur tombent en gangrène ; des membres entiers sont frappés de sphacèle , et souvent l'infortuné n'a été rappelé à la vie que pour la perdre d'une manière beaucoup plus douloureuse. Dans ce cas , les liquides dilatés ont rompu leurs canaux , se sont extravasés, l'organisation a été détruite, et tout cela s'est passé sans que la sensation y ait eu aucune part, puisque les principaux foyers de la vie étaient éteints; enfin l'action a été tout-à-fait physique, puisque les parties sur lesquelles le calorique agissait , étaient séparées de la vie. Ce qui précède montre, pour le dire en passant, combien il est dangereux, lorsqu'on donne des soins à des individus trouvés engourdis par le froid, de chercher à rétablir la chaleur (le la périphérie du coi ps. C'est sur le centre que doivent être dirigés les moyens (le produire la chaleur ; mais la peau doit en être préservée avec des applications de neige et d'eau froide.

Quelque graves que soient les accidens auxquels donnent souvent lieu les changemens naturels de température, il n'en reste pas moins constant que ces cliangemens sont inévitables. 11 y a plus , ils sont nécessaires pour l'économie. Un état atmosphérique permanent imprimerait aux individus une conslituliou particulière exagérée , qui disposerait certainement à une affection quelconque, l.indis que les changemens de température rétablissent en quelque sorte l'équilibre. Ainsi les fluides blancs accumulés dans nos organes par une atmosphère humide el froide, et rendant imminentes les hydropisies et autres afléctions du système lymphatique, seront dissipés par une atmosphère chaude et sèche; ci vice versd , la sécheresse de la constitution et l'irritabilité du foie, du cerveau , etc., dues à une atmosphère sèche et élevée, diminueront dans une atmosnhère humide et froide , qui imprimera une langueur h toutes les fonctions, rendra de l'embonpoint à toute l économie , et calmera l'irritabilité des organes précités.

Lorsqu'il s'agit d'endurcir l'homme contre les vicissitudes naturelles de len)-

pératures , il faudra toujours avoir présent à l'esprit que ce n'est pas contre la douleur ou les sensations désagréables qu'on doit endurcir l'homme , mais seulement contre les causes qui produisent la douleur ou les sensations désagréables. En entendant bien ce principe on procédera toujours avec gradation , et l'on devra s'arrêter aussitôt qu'une sensation désagréable sera éprouvée; l'on ira, par ce moyen, beaucoup plus loin qu'en bravant la douleur , car on ne la brave jamais impunément.

Le nouveau-né sera tenu chaudement, parce que toute impression de froid frappe douloureusement une peau à peine couverte d'épiderme , et qui sort d'un liquide d'une température de 20 à 30 degrés. Il sera donc défendu soigneusement , pendant les six premières semaines de la vie , contre les vicissitudes naturelles , c'est-à dire celles qui ont lieu le soir et le matin, et contre toutes les vicissitudes accidentelles.

Après ce temps il faudra l'habituer peu à peu à l'air , car il viendra une époque où, moins assidûment surveillé, il pourra souvent rester exposé au froid. Alors on sent combien il est utile qu'il soit, pour cette époque, formé à braver impunément toutes les impressions atmosphériques. C'est le seul moyen de lui épargner tous les maux qui affligent, à l'occasion de la moindre négli« gence ou du moindre changement dans l'air, les enfans habituellement bien vêtus , trop bien garantis contre toute influence extérieure, élevés , comme l'oii dit , dans du coton- L'enfant endurci de bonne heure n'aura pas à redouter les accidens qui surviennent à l'époque de la dentition, ou du moins sera plus ei| état de leur résister. Si cette époque arrive avant qu'on ait pris le soin d'endurcir l'enfant à l'air , il ne faut rien entreprendre jusqu'à ce qu'elle soit passée , et continuer de garantir l'enfant contre le froid.

Lorsque l'époque de la première dentition sera passée , on habituera peu î( peu l'enfant à rester tête nue ; on le couvrira de vêtemens que l'on rendra de plus en plus légers ; on le tiendra toujours éloigné du feu ; on le nettoiera avec de l'eau , qui, d'abord tiède, sera par gradation rendue froide. Par ces pratiques , répiderme s'endurcira ; les papilles nerveuses se feront à l'impression du froid; mais, il faut aller par gradation, et si l'enfant éprouve un impression assez désagréable pour lui faire pousser des cris violens , c'est une preuve qu'on aura été trop vite. Une fois ces habitudes acquises, elles doivent être continuées pendant toute la vie ; elles sont le plus sûr garant de sa santé. Elle» sont une espèce de fonds mis en réserve pour lutter avantageusement contre les, maladies dont les causes n'auront pu être éloignées. 1

Ainsi arrivé à l'âge adulte , l'homme , pour ne pas perdre la précieuse fa-« culté de résister aux impressions de froid et de chaud, ne devra jamais, dans les pays froids , ou pendant les saisons froides , s'habituer à rester dans des appartemens bien fermés et bien échauffés. Par la même raison, dans les pays chauds, ou pendant l'été , il ne devra pas s'habituera rester enfermé dans des appar-^ temens très-frais , et se soustraire constamment et entièrement à la chaleurj

Si l'homme a négligé de s'endurcir contre les vicissitudes atmosphériques,! il ne lui reste plus d'autres moyens que de s'y soustraire. Il devra être sur sej gardes à l'époque du changement des saisons, user de grandes précaution» lorsqu'il s'agira de changer la nature de ses vêtemens, etc. Nous reviendrons sur ee sujet (voj'ez 'Vêtement). On usera de semblables précautions dans Itj cas de maladie.

Quant aux changemens brusques qui sont produits par des tempc'ratures a tifîcielles, on devra toujours s'en garantir, d'abord parce qu'il n'y a pas d nécessité à les supporter , ensuite parce qu'ils sont plus pernicieux que les vi-i; cissitudes naturelles. ]

Article v. — Effet de l'état électrique de l'air. — Tous les corps, à des deJ grés variables , selon leur nature , sont pénétrés de fluide électrique. Le globe terrestre est une source inépuisable de ce fluide ; c'est pour cela que toutes les fois qu'on le fait intervenir (lans l'explication des phénomènes électriques, oe l'appelle réservoir commun. D'après Dufay, le fluide électrique est composé de deux élémens désignés sous les noms de fluide vitré et àe fluide résineux, parc( que le frottement développe le premier sur les substances vitreuses, et le se cond sur les résines. Ces deux élémens , combinés ensemble dans l'état ordi-; naire et dans des proportions exactes, ne se manifestent par aucun phénomènf sensible. La matière électrique ne développe ses propriétés que lorsqu'un dei deux élémens est accumulé au-delà des proportions nécessaires à une combinaison complète. La chaleur et le frottement favorisent cette accumulation, il, ne font pas naître les électricités , mais ils les dégagent de la combinaison dam laquelle ils se trouvent, et rendent chacune des électricités sensible en la sépa rant de l'autre; voilà sans doute pourquoi le corps frottant et le corps frottiîi manifestent des électricités contraires. Mis h l'état de liberté , les élémens élec i' triques de même nature se repoussent , et ceux de nature opposée s'attirent' Un corps électrisé mis en contact avec un autre corps, lui communique um partie de son électricité. Les métaux, beaucoup de substances animales , le nerfs surtout , tous les liquides , excepte l'huile , sont bons conducteurs de l'é lectricité; le verre, les résines, la soie, l'air sec, sont mauvais conducteurs deci | fluide. Les corps dans lesquels se trouve développée l'électricité sont dits isolé \ quand ils n'ont aucune communication directe avec un corps conducteur i

Quand l'équilibre est parfait entre le fluide électrique du globe et celui d. I l'atmosphère, l'on n'aperçoit aucun phénomène électrique; mais quand il exist I une différence entre les proportions de l'électricité du globe et celle des corp; I atmosphériques, elle se manifeste par des signes plus ou moins sensibles , e| j qui font sur l'homme une impression plus ou moins forte , à moins pourtant qu' i i l'air ne soit très-sec et très-isolant , et les corps atmosphériques placés à un"' i très-griiude distance du globe. Dans ce cas , la communication est interceptée | ( et, malgré ce défaut d'équilibre, il ne se manifeste aucun phénomène éicctri ; I

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que. Si ce cas n'a pas lieu, l'équilibre se rétablit; il se rétablit sans secousse , si l'air acquiert des propriétés conductrices dans une grande étendue, comme lorsqu'il survient un brouillard épais, une forte rosée; mais si l'air reste sec , et que des nuages abondamment chargés d'électricité avoi.îinent le globe, le âuide électrique n'est plus doucement conduit vers la terre , et l'équilibre ne se rétablit que par de violentes explosions avec production de lumière qui donnent lieu à ce qu'on appelle tonnerre, éclairs. Quand l'orage consiste en des roulemens sans éclat, la scène se passe entre les nuées dont les plus surchargées d'électricilé se déchargent sur celles qui en sont le moins chargées. Quand la décharge électrique se fait de la nuée à la terre, on dit vulgairement que le tonnerre tombe ; on dit que la foudre sillonne l'air, quand, dans cette prétendue chute , on aperçoit l'étincelle électrique passer à travers l'atmosphère.

On conçoit maintenant que l'homme, placé au milieu de ces influences , doive en recevoir un efiet quelconque. C'est aussi ce qui a lieu des deux manières suivantes :

Si les nuées chargées d'électricilé restent quelque temps sans se décharger sur le globe, soit parce qu'elles ne contiennent pas encore assez de fluide pour que l'explosion ait lieu , soit parce qu'elles se bornent à s'équilibrer entre elles, les personnes nerveuses éprouvent un accablement singulier, qui leur fait prévoir l'orage avant que celui-ci ne se soit annoncé par aucun signe. Cet accablement est accompagné d'une agitation intérieure ,' d'un malaise particulier , de Iremblemens dans les membres , d'un sentiment d'oppression , de gêne dans la respiration, d'une anxiété pénible. D'autres personnes éprouvent des troubles dans la digestion, et surtout des borborygmes, quelquefois la diarrhée , des vomissemens, et même des accès de convolsious. D'autres ressentent des douleurs vagues dans les articulations, sur les cicatrices d'anciennes blessures, aux moignons des membres amputés et aux cors des pieds, lorsque cesdurcissemens delà peau sont anciens. Ceseffets disparaissent quandl'équilibrc commence à se rétablir et après les premières détonnations : ils font place au calme. La frayeur peut en augmenter l'intensité, peut donner lieu à quelques-uns d'entre eux; mais certainement la majeure partie ne sont pas dus à cette cause, etsurviennent à l'instant où l'on n'a encoi e aucune espèce de pressentiment de l'orage , surviennent chez des hommes qui sont au-dessus de la crainte du tonnerre, surviennent chez les animaux, chez les fous, etc. Ces effets qui ont lieu quand 1 homme se trouve, par son voisinage avec les nuages très électi isés, dans une sorte d'atmosphère électriqae , sont-ils dus à une sorte de dilatalion des molécules de l'organisme, produite par l'introduction d'une certaine quantité de fluide électrique, ou sont-ils le résultat de la décomposition de nos électricités naturelles, de telle sorte que celle des électricités de notre corps qui est opposée au nuage nous abandonnerait , et qu'il y aurait introduction de celle du dehors? Quoi qu'il en soit de cette explication, on s'endurcira contre ces premiers effets produits par l'électricité atmosphérique , d'abord par les moyens généraux qui détruisent la susceptibilité nerveuse , tels que les exercices musculaires, le sommeil, l'absence des stimulans fonctionnels du cerveau, les bains, l'habitation à la campagne, etc. On préviendra les effets qui dépendent de la peur par une éducation morale appropriée ( vojez le mot Courage ). Ensuite on diminuera l'intensité de ces effets, au moment de l'orage, en s'abstenant de se charger l'estomac de trop d'alimens, et d'alimens de pro- -priétés opposées, en aidant la digestion par une conversation agréable, une promenade dans un appartement très-frais, etc.

Venons maintenant à l'autre effet du fluide électrique. Si l'homme se trouve sur le passage du fluide électrique au moment où s'opère le brusque rétablissement de l'équilibre entre le nuage et le globe, il reçoit la foudroyante décharge. La commotion peut être bornée à un ébranlement général très-fort, qui laisse quelquefois des traces plus ou moins durables. Les plus ordinaires sont des brûlures et des contusions. D'autres fois , la commotion est assez violente pour donner instantanément la mort. Dans ce cas , le fluide électrique agit en désorganisant les parties ; et celte désorganisation parait avoir lieu par ( l'écartement brusque des molécules dont elles sont composées; mais celte jj désorganisation frappe, de préférence, les parties nerveuses , que l'on sait Ij rivaliser d'énergie avec les métaux pour conduire le fluide électrique. Les I globules qui composent ces parties sont à l'instant désunies. On conçoit main- ) tenant pourquoi l'homme , frappé par la foudre , perd à l'instant le mouvement dont il est doué ; pourquoi , chez lui , la vitalité est perdue sans retour ; pourquoi la lésion organique . qui a causé la mort, est si peu sensible à nos investigations ; enfin pourquoi le sang du foudroyé ne se coagule pas.

Pour prévenir les dangers qui résultent des décharges électriques , il faut user de quelques précautions. La première, et la plus sure de toutes , est de I faire mettre un paratonnerre sur la maison que l'on habite, et de s'y tenir enfermé pendant l'orage. Voici les principes sur lesquels est fondée la construction des paratonnerres. La résistance que mettent les corps électrisés à céder leur électricité est d'autant moindre, que les conducteurs qu'on présente a ces corps sont terminés par des pointes plus aiguës. Ces conducteurs ne se chargent point de l'électricité, ou plutôt ne la conservent pas quand ils ne sont point isolés, quand ils communiquent avec le globe , qui est le réseri'oir commun. Un paratonnerre n'est donc autre chose qu'un conducteur métallique , qui soustrait au nuage l'électricité, qui ne la conserve point, qui ne s environne point d'une atmosphère électrique , mais qui transmet de suite et à mesure qu'il le reçoit le fluide électrique k la terre. ( ^oyez Habi-

TATIOK. )

D'autres précautions résultent encore des principes généraux précédemment émis sur le fluide électrique. Ainsi, il faut fuir , pendant les orages , les maisons et. les lieux très-élevés et terminés en pointe; se garder de chercher dans les DiCT. DE IVIedecike et de Chirtjrgie pratiques.

( 113 ) AIRIGNE.

églises ou sous les arbres , quand même ceii.x-ei seraient résineux , un abri contre l'orage; s'abstenir d'établir des courans d'air, soit en ouvrant les portes ou les fenêtres des appavtemens pour regarder le temps , soit en accélérant sa marche ou celle de son cheval , car il parait que le fluide électrique suit souvent, en se précipitant sur le globe , la direction des courans d'air. L'amusement du cerf-volant est très-dangereux par un temps d'orage, car si la corde devient humide elle peut servir de conducteur h l'électricité pour la porter du nuage à la terre.

Si ce que nous venons de dire ne suffit pas pour faire sentir, lo combien est absurde et dangereuse la coutume de faire sonner les cloches des tours pour conjurer les orages, et d'exposer un malheureux aux effets réunis de l'action attractive des pointes et de celle du courant d'air établi par le mouvement imprimé à la cloche; 2° combien il y a de danger de rester pendant l'orage dans les églises, même lorsqu'on ne sonne pas , nous ajouterons que, pendant la nuit du 14 au 15 d'avril 1718, le tonnerre tomba en Basse-Bretagne, dans l'espace qui sépare Landernau de Saint - Paul - de - Léon , sur vingt- quatre clochers, et de préférence sur ceux dans lesquels on sonnait pour l'écarter; que le 11 de juillet 1819, tandis qu'on sonnait dans le village de Château- Vieux, à l'occasion d'une cérémonie funèbre , la foudre fondit sur l'église , tua neuf personnes sur la place et en blessa quatre-vingt-deux ; que le 15 mai 1828 , tandis que toute la population était renfermée dans l'église de Maisoucelle-le- Jourdan , dans le Calvados , pour l'oflice du matin , la fou.dre tombée sur le clocher renversa tous les assistans, tua treize personnes, dont six sur le coup, et en blessa cent cinquante; qu'à Biéville , dans le même département et dans la nuit du 15 au 16 juin de la même année, la foudre ravagea un clocher dans lequel on ne sonnait point; enfin, pour terminer cescilations que nous pourrions multiplier à l'infini, qu'en Allemagne ,j pendant les trente-trois dernières années du IS« siècle, la foudre a frappé trois cent quatre-vingt-six clochers et tué cent vingt-un sonneurs. Comment se fait-il que, malgré ces résultats, et qu'en contravention avec les lois des 22 juillet 1791 , arlicle 46; 22 septembre 1792, article 484; 18 germinal an x, article 48 , comment se fait-il, dis-je , que des administrateurs insensés permettent encore de sonner les cloches pendant l'orage ? Comment se fait il qu'il n'y ait pas en France un seul clocher surmonté de son paratonnerre, tandis qu'il n'existe pas une seule maison royale , une seule chapelle féodale, un seul hôtel de ministre qui n'en soit pourvu? Est-ce que , par hasard, en inspirant à Franklin son immortelle découverte, le maître des humains aurait défendu que l'abri tutélaire qu'elle devait accorder aux hauts et puissans seigneurs s'étendît jusqu'à l'humble prière de celle tourbe pour laquelle sont faites les églises ?

Il nous resterait, pour traiter des principaux fluides répandus dans l'atmosphère , à parler de la lumière; mais un arlicle spécial est destiné à cet objet. ( oyez Lumière. )

Article vi. — ■ Décomposition qu'éprouve l'air agissant sur la peau. — Il résulte des expériences de Lavoisier, de Jurine, de Spallanzani, qu'à la surface de la peau, une portion de l'oxygène de l'air, disparait et est remplacée par line portion correspondante d'acide carbonique. Les proportions d'azole ne paraissent pas changer. Les inductions qu'on peut tirer des expériences de Jurine sont, suivant Hallé et Nysten , les suivantes : 1° la quantité de l'acide carbonique, provenant de l'action de l'air sur -la peau , est en raison de la vigueur et de l'activité de l'individu; 2o l'exercice musculaire augmente la quantité de cet acide; 3° elle est au contraire diminuée par toute cause qui diminue l'activité des mouvemens et celle des fonctions de la peau. On voit par ce qui précède , combien sont accrus , soit par l'action de la peau , soit par celle d'un autre ordre d'organes , mais toujours par l'intermédiaire de celte membrane, les dangers produits par l'air non renouvelé. Je dis par l'action de la peau ou par celle d'une autre classe d'organes , parce qu'on ne sait pas encore si c'est à la surface de la peau , ainsi que le pense Jurine , qu'est formé l'acide carbonique, ou si , comme le jjcnse Spallanzani , l'oxygène est absorbé par la peau , et l'acide carbonique seulement excrété par cette membrane.

Nous croyons devoir renvoyer à l'article Respiration, les effets que déterminent les propriétés chimiques de l'air en contact avec le poumon , et renvoyer tout ce qui a trait aux différentes altérations et variations de l'air aux articles Asphyxie. ^ (Ch. Lokde.)

AIRIGNE , AIRINE ou ERINE, s. f. C'est un instrument pointu et fortement recourbé à son extrémité, véritable crochet avec lequel les chirurgiens ou les anatomistes retiennent ou tiraillent les parties molles dont ils veulent faire la dissection.

Différens métaux sont employés à la confection des airignes , l'acier, l'or et l'argent. L'acier est le plus convenable , c'est celui qui présente le moins de flexibilité ; pour des raisons inverses , les airignes en argent sont de toutes les moins bonnes.

La forme des airignes varie beaucoup. Les unes sont simples, les autres sont doubles; les premières ne présentent qu'un seul crochet; les secondes, au contraire , en ont deux, placés de front. Quelquefois on combine ensemble deux airignes doubles, on les réunit K la manière de branches de ciseaux, et l'on fait croiser leurs mords ; on appelle cet instrument airigne-pince. L'instrument de Museux est de ce genre.

Les airignes peuvent être plus ou moins longues, mais toujours elles se composent de trois parties, le crochet, la tige etle manche. Déjà nous avons indiqué les principales manières d'être du crochet; ajoutons seulement que dans quelquesunes , celles des trousses , on peut rapprocher ou écarter l'un de l'autre les crochets, au moyen d'une virole mobile, de manière à en faire à volonté une airigne simple ou une airigne double. La tige des airignes est tantôt ronde et cyliudri-

ALBINIË.

( lli )

ALBUGINITE.

que, tantôt elle est aplatie. Le manche est la pièce la moins constante sous le rapport des caractères; c'est la partie par laquelle on porte ces instrumens. Dans certaines airignes , le manche est fait en bois , il est taillé à pans et reuûé à son extrémité libre ; dans d'autres , il est du même métal que le reste de l'instrument et se termine par une curette ( airigne des trousses). Quelquefois le manche est remplacé par une chaînette que termine un crochet à ses deux extrémités ; souvent encore plusieurs chaînettes partent d'un centre commun, d'un anneau , et portent chacune un crochet terminal; on rencontre des airignes dont Je manche est métallique , aplati et terminé à ses deux bouts par un crochet. Ces dernières espèces d'airignes, celles qui ont des crochets aux diverses extrémités, sont réservées exclusivement pour les dissections anatomiques. Enfin M. Marjolin a imaginé , pour l'excision des amygdales , une espèce d'airignc que l'on peut appeler airigne à repoussoir ; c'est tout simplement une airigne double ordinaire, sur le manche de laquelle a été ajouté un repoussoir à double pointe, et qui peut, suivant les cas, être rapproché ou éloigné des crochets.

Les airignes sont d'un fréquent usage en chirurgie et pour les recherches anatomiques. Dans les opérations on les emploie pour saisir, attirer, et retenir fortement des parties profondément placées. Les. auatomisles s'en servent dans le même but ; elles leur sont aussi d'une grande utilité pour fixer les parties sur lesquelles ils font une préparatiou minutieuse. Le plus ordinairement les anatomistes emploient les airignes à crochets opposés, à chaînettes ou à manche aplati ; en effet , avec elles il n'est pas besoin d'une main étrangère pour tenir l'instrument. Les airignes servent comme des pinces; mais elles tiennent mieux qu'elles , et surtout elles sont plus faciles h fixer. Les airignes cependant déchirent peut-être plus facilement les tissus un peu mous. Les airignes doubles tiennent mieux que les simples; l'airigne piuce , à Son tour , l'emporte sur ces dernières sous ce rapport, mais elle a l'inconvénient de lâcher prise plus difficilement. L'airigne à repoussoir de M. Marjolin tient aussi bien que l'airignepince; elle lâche mieux. ( Fréd. BLAumN. )

ALBIWIE, s. f. {albus, blanc) , venant iValbino , mot portugais. Nous désignons par là une maladie caractérisée par la coloration blanche de la peau et des cheveux, et l'absence du pigmentum de la choroïde.

Les individus affectés de celte maladie sont connus aussi sous le nom de blafards , nègres blancs ; selon les voyageurs ils sont appelés dondos à Loango , bedhas à l'île de Ceylan , et chacrclas à Java. Cette dénomination est un terme de mépris , désignant une espèce de blattes qui se tient dans l'obscurité : en latin œthiopes albicantes, leucœthiopes. De ce mot on a aussi appelé la maladie leucœthiopie (hvy.ài;, KtSicf].

Caractères anatomiques. — Aujourd'hui que l'anatomie a clairement constaté la structure de la peau, il n'est point permis de douter que l'altération n'existe dans le réseau muqueux ou réticulaire de Malpighi; mais le pigmentum contenu dans cette partie vient-il à manquer tout-à-fait par \m défaut de sécrétion , comme le prétend Blumenbach, ou bien a-t-il subi une altération dans sa couleur qui le rend encore plus difficile à découvrir, et qui l'a soustrait aux investigations du petit nombre d'anatomistes qui ont examiné la peau des albinos? Pour moi , l'opinion de Blumenbach me paraît la plus probable, d'autant plus que cette absence de pigmentum est évidente pour la choroïde dans l'albinie; ce dernier fait de la décoloration simultanée de la peau, des poils et (.le la choroïde vient directement à l'appui des hautes considérations que M. Blainville a présentées sur la structure et les usages de la peau, en la considérant comme le siège de tous les sens, et en ne voyant dans les organes spéciaux de sensation que des modifications de cet organe essentiel appropriées à un agent physique. Ainsi se trouve agrandi et résolu le problème posé il y a plus de deux mille ans par Aristote : la couleur des yeux, est-elle en rapport avec la couleur du restedu corps? (Problem. phjrs. , xv.)

Nous avons cru devoir ranger l'albinie au nombre des maladies , avec Blumenbach , qui l'appelle une maladie congéniale , incurable , héréditaire. Jefferson, au contraire, a prétendu que tous les individus albinos qu'il avait vus étaient bien conformés , forts et bien portans, et qu'ils n'étaient qu'une variété accidentelle dans l'espèce humaine. Cette dernière opinion , quoique admise par Béclard , me paraît aussi contraire k la vérité que celle qui voulait faire admettre des populations d'albinos en Afrique, en Asie et eu Amérique. Il est vrai qu'on a rencontré moins d'albinos en Europe que sous la zone torride , à Loango , à Java , à Sumatra, à Ceylan, à l isthme de Darien ; mais ils sont épais et non réunis dans tous ces lieux. Quand Pline ( liv. v , chap. 8 ) et Pomponius Mêla ( 1-4 ) parlent des Leucœthiopes , ils appliquent cette dénomination aux tribus basanées de l'intérieur de l'Afrique , qui existent non loin des populations entièrement noires. Quant aux récits des voyageurs à ce sujet, si on les examine avec quelque attention , on les trouve tellement exagérés qu'ils ne méritent aucune croyance.

Les albinos ne furent pas inconnus aux anciens ; on lit dans les Fragmens de Ctésias : » Les Indiens sont noirs naturellement, et non par l'influence du soleil; mais j'ai vu deux femmes et cinq hommes qui étaient entièrement blancs. » Cinq siècles plus lard, Pline le naturaliste s'explique clairement à ce sujet : i, En Albanie (province d'Asie située au pied du Caucase), il se rencontre des individus dont les yeux sont glauques , et qui , blancs dès leur naissance , voient mieux la nuit que le jour, n Cette affection paraît avoir été indiquée comme maladie par les anciens auteurs de médecine ; et si le passage du iv» livre des Rois , egressus est ab eo leprosus quasi nix ; si la leuce d'Hippocrate se rapporte plus spécialement à la lèpre blanche dont les noirs sont souvent atteints , on ne peut cependant méconnaître l'analogie qui existe entre l'albinie et la maladie décrite par l'auteur de Vlsagoga : Leuce habel quiddain siinilc vililigiiii albic ,

sed inagis colore terram albissimam fei't ; à leprâ variât <juo lenior hic cutis minùsque aspera quàm in illd sit { Isagog. , pag. 114, 11). Et dans Celse, lib. V , sect. 27 : Leuce habet quiddam simile alpho , sed mugis albida est et altiùs descendit , in edque albi piLi sunt et lanugini similes.

Les causes de l'albinie sont inconnues. Il est impossible de rapporter, avec Lecat, cette affection de la peau à l'action de la chaleur; mais l'analogie conduit à la rapprocher de la dégénérescence qu'éprouvent les plantes qui, dans l'obscurité et l'humidité , s'étiolent, de l'albinie qui atteint les races abâtardies d'animaux domestiques condamnés 'a se multiplier dans les ténèbres et l'esclavage. Remarquons que c'est à l'isthme de Darien , une des contrées de la terre les plus humides , que se rencontrent le plus grand nombre d'albinos ; remarquons , en outre , combien certaines affections généralement reconnues comme morbides, les scrophules , par exemple , ont de l'influence sur la coloration de la peau.

Certes , la meilleure preuve que celte affection est une véritable cachexie , une maladie constitutionnelle, c'est l'état misérable dans lequel vivent les albinos, objets de mépris et de persécution , ou d'un culte stupide parmi les nègres , objets de pitié parmi les blancs. Leur peau blafarde et d'un blanc de lait est couverte d'un duvet laineu.x et blanchâtre. Leur barbe , leurs sourcils ainsi que les poils des différentes parties du corps, ont la finesse de la soie et la couleur du coton. Leurs yeux , privés de ce pigmentum qui, plus intense chez les habilans du midi , semble destiné à amortir les rayons lumineux, laissent apercevoir les vaisseaux sanguins qui traversent le globe oculaire et ne peuvent supporter la lumière; s'y trouvent-ils exposés ? un clignotement continuel agite les paupières , des oscillations rapides font varier l'ouverture de la pupille , et des larmes abondantes s'écoulent an-dehors. Aussi, l'albinos se dérobe-t-il à l'influence du jour, et le temps de la vision est borné pour lui au crépuscule et aux instans où la nuit est faiblement éclairée par la lune. Cet état est accompagné d'un idiotisme plus ou moins complet. On a dit aussi que les albinos ne vivaient guères au-delà de quarante ans et qu'ils étaient incapables d'engendrer. Toutefois un de mes amis m'a récemment assuré qu'il existe à Choisy-le-Roi une famille entière d'albinos. L'albinos qui existe encore à présent à Bicêtre est né de parens blancs , bien conformés ; il a maintenant quarante -quatre ans , et présente des organes de la génération bien développés.

Outre cette albinie générale , il est aussi une albinie partielle qui frappe telle ou telle partie du corps. Les nègres atteints de cette singulière affection portent dans les colonies le nom de nègres pies. Elle se rencontre aussi chez des blancs qui de naissance portent des touffes de cheveux blancs au milieu de cheveux entièrement noirs. ( V oyez Lucien , Prometk. )

Nous n'avons point à présenter de traitement contre l'albinie générale; elle descend trop profondément , comme dit Celse , elle est trop évidemment liée à un état général de l'économie pour n'être pas entièrement au-dessus des efforts de l'art. L'humanité seule peut adoucir le sort misérable des individus qui en sont atteints.

Quant à l'albinie partielle, quelques personnes ont proposé de chercher à modifier la peau qui en est affectée par des excitans , mais ces moyens nous semblent tout-à-fait inutiles ; ils échoueraient bien certainement , et l'affection est trop peu grave en elle-même pour qu'il ne vaille pas mieux l'abandonner que la combattre sans succès.

Mauperiuis ( Pierre Louis , Moreau de). Dissertation physique à l'occasion d'un nègre hlanc , Leyde , 1744 , in-S».

Rey ( Guillaume ). Dissertation sur un nègre Liane , Leyde, 1744.

Haller. Eleraenta pliysiologiœ , Lausanne , 1763 , t. 5, p. 24 , 492, in-4».

Buffon. Histoire naturelle, Paris, 1769, t. 5 , p. 40-53, 66-192 , in-12.

T^oltaire. Essai sur les Mœurs, oli. 1 .

Blumenbach (Jean Frédéric). Codmeutatio de oculis Leucœtliiopum et iridis motu , Gœttingue, 1786, in-4».

Idem. De generis humani varielale nalivâ , Gœttingue, 1795 , p. 150-164 170 , 274 , in-12.

Rayer. Traité des maladies de la peau. ( Fréd. Ph. BlANDIN. )

ALBUGIWITE, s. f. , de albuginé (fibre, lissu), et de la désinence ùe universellement admise aujourd'hui pour exprimer l'état inflammatoire dc: tissus ou des organes. C'est sous cette dénomination que nous désignons 1 phlegmasie aiguë ou chronique d'une partie ou de la totalité du tissu fibreux c'est-à-dire des aponévroses, des tendons, des membranes, des gaines, de capsules fibreuses , etc. Le tissu albuginé n'étant doué qu'à un faible degn de propriétés vitales est en général peu susceptible d'inflammation; mais il peu recevoir de certains états physiologiques et pathologiques un surcroît de sensi bilité qui le rend apte à contracter l'état inflammatoire même le plus aigu; 1. circonstance d'un accouchement récent ou de l'allaitement , une plus grand activité de la circulation, le mouvement fébrile en général , des fatigues mus culaires excessives, peuvent développer dans ce tissu une irritabilité, et pa suite une inflammation qui se manifeste avec toute l'acuité que l'on observ' dans les phlegmasies des tissus les plus éminemment doués de vitalité.

L'albuginite peut être locale ou générale : dans le premier cas , elle résuit 1 ordinairement de causes physiques ou mécaniques qui ont porté directemen'l leur action sur la partie du corps devenue le siège de l'affection ; ainsi l'im pression du froid au moment où cette partie est en sueur, des coups, de chutes, de fortes distensions ou des exercices violons, des blessures, peuven' devenir autant de causes de cette espèce d'albuginite. Lorqu'elle se manifesl sous une influence physiologique ou pathologique quelconque , elle affecte e général plusieurs ou même toutes les articulations. Les tempéramens dil sanguin et lymphatique favorisent en général le développement de celf espèce de maladie ; mais une de ses causes les plus fréquentes est l'hypei trophie du ventricule gauche ; il semble que dans ce cas le sang, lancé ave

ALBUGO. ( ,1

une force d'impulsion insolite vers toutes les extrémités vasculaires, pénètre | jusqu'aux capillaires les plus ténus des tissus blancs pour y porter une cause d'excitation habituelle qui les prédispose tout naturellement à contracter l'état inflammatoire pour peu que de nouvelles causes extérieures le déterminent. Du moins j'ai presque toujours rencontre cette coïncidence d'hypertrophie du ventricule gauche sans rétrécissement, chez les sujets que j'ai vus atteints de rhumatisme aigu. D'autres causes générales ou spécifiques , telles que les maladies syphilitiques , scrophuleuses , etc. , peuvent également donner lieu à l'albuginite; mais l'inflammation qu'elles déterminent est en général moins aiguë et offre des symptômes générau.v; moins intenses , quoique ! plus rebelles aux traitemens les plus méthodiques; tel est le cas de beaucoup de phlegmasies des articulations , du périoste , de la sclérotique , ctc . i Un des caractères les plus généraux , les plus remarquables de l'albuginite duc à une cause générale , physiologique ou pathologique , est la mobilité de cette phlegmasie, en même temps que la simultanéité d'affection de la plupart des régions auxquelles le tissu fibreux appartient. C'est ainsi que l'on voit alors non-seuleuient tous les tissus libreu.x des articulations compromis , mais encore la plupart des autres organes qui participent plus ou moins de la nature des tissus fibreux, tels que le péritoine , la plèvre, la dure-mère , le péricarde , etc.

Le tissu fibreux se trouvant recouvert par d'autres tissus (la sclérotique fait seule exception à cette règle), il n'est pas facile d'observer les caractères ianatomico-physiologiques qui constituent l'état inflammatoire de ce tissu , en sorte que ce ne peut être que par des signes fonctionnels généraux que l'on peut apprécier son état pathologique. En général , la chaleur ne s'y développe que sous l'influence d'une vive inflammation. Il en est de même de la rougeur qui ne s'y observe que dans le cas de phlegmasie aiguë , et lorsqu'elle s'est communiquée aux parties voisines, comme dans le cas de rhumatisme aigu , de diastasis , de rupture des tendons, etc. La douleur qui l'accompagne est lancinante, pongitive, lacérante.

Les liaisons qui unissent le tissu fibreux au tissu musculaire , celles qui par l'intervention du système nerveux établissent des relations sympathiques entre ce tissu et le cœur, l'estomac et le cerveau, font souvent naitre , indépendamment des phénomènes locaux , des symptômes généraux plus ou moins graves. Ainsi, la piqûre d'un tendon, d'une aponévrose, du périoste , peut donner lieu à des douleurs qui soient ressenties par la totalité de la membrane dont un seul point a été lésé. Les convulsions peuvent être la suite de la lésion d'une membrane fibreuse par une esquille , comme cela a lieu quelquefois pour la dure-mère dans les fractures des os du crâne. Une blessure de la Isclérotique , faite par une aiguille à cataracte, détermine fréquemment des ivomissemens. On a vu également la luxation de l'astragale déterminer le tétanos.

L'albuginite, comme toutes les phlegmasies des autres tissus, peut se terminer par résolution , par délitescence, par suppuration et même par gangrène; on ne connaît toutefois qu'un petit nombre d'exemples de ces deux dernières terminaisons. Elle peut aussi passer à l'état chronique et donner lieu à des affections secondaires plus ou moins graves, telles qu'une tumeur blanche, îune ankylose , un ostéosarcome , etc.

Les altérations anatomico-pathologiques les plus ordinaires à la suite de l'albuginite sont des épanchemens de matière gélatiniforme , des dégénérescences lardacées , des encroûtemens calcaires , etc. Celte maladie peut amener à la longue l'endurcissement du tissu qu'elle affecte et lui donner l'aspect i cartilagineux ou osseux. On remarque aussi par suite de cette inflammation ! des kystes fibreux, des tumeurs dures , rénitentes , désignées sous le titre de tumeurs gommeuses, de fongus, etc. Quand la maladie se termine par suppuration, ce qui est extrêmement rare, celle-ci n'a lieu que par suite de l'inflammation des parties voisines et en raison de la contiguïté des tissus affectés par ! l'intermédiaire du tissu cellulaire qui établit les rapports les plus intimes jentreles diverses parties où on le rencontre. C'est ainsi que dans le panaris jon voit les tendons et les aponévroses se transformer en suppuration', et que dans les rhumatismes articulaires , on a vu quelquefois tous les tissus convertis en pus.

Chaque espèce d'albuginite a d'ailleurs ses caractères anatoraiques et physio- I logiques propres variables , comme son traitement , suivant les causes générales 1 ou spécifiques qui peuvent y donner lieu, suivant les parties qu'elle affecte, etc. I ( V ojrez Arthrite , Goutte , Rhumatisme , Sclérotite , etc. ) ( P. Jollt. )

ALBUGO, s. m. (albus , blanc), en grec «y/^T/x. Mot latin par lequel on désigne , dans le langage médical, une tache blanche , opaque, occupant en partie , et même quelquefois en totalité, la cornée transparente.

Cette maladie est confondue vulgairement, sous le nom commun de taie, avec le nuage et le leucoma; ces trois variétés d'une même affection senties seules qui maintenant soient généralement adoptées. On trouve cette division déjà indiquée dans Hippocrate (Prarf. n adjin.). Ce mot albugo ne se rencontre pas dans Celse, qui ne désigne point celte affection clairement, quoiqu'il présente avec assez de détails les autres maladies de l'œil; mais on le trouve très fréquemment dans Pline, et il est peu de maladies contre lesquelles ce grand compilateur de remèdes ait réuni autant d'agens thérapeutiques.

L'albugo se développe presque toujours à la suite d'une ophthalmie violente, sous l'influence de laquelle la sérosité qui humecte les lames de la cornée s'épaissit et se concrète. On dit l'avoir vu se développer sans cause appréciable chez des individus déjà atteints de scrophules , de syphilis ou de dartres. L'albugo apparaît sous forme d'une tache irrégulière, plus ou moins étendue, plus dense à son centre qu'à sa circonférence, d'un blanc opaque lorsqu'il est

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