‹ Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques [electronic resource]Chapitre 35 sur 234 · RÉACTIFS. EFFETS PRODUITS · texte numérisé non relu

RÉACTIFS. EFFETS PRODUITS

San de chaux. Rien.

Chlore .■ Flocons blancs qui disparaissent en parlie

par un excès de chlore.

Acide suif urique. Précipité soluble dans l'albumine , insoluble

dans un e.xcès d'acide.

— hydrochlorique Idem.

— nitrique Idem. Le précipité jaunit quand l'acide est

concentré .

— phosphorique Une très-petite quantité produit un préci-

pité floconneux, qui se redissout par une nouvelle addition d'acide.

— acétique Rien.

— oxalique Rien.

Noix de galle Précipité fauve sans consistance.

Sulfate de fer Gelée rougeâtre.

de cuivre Précipité verdàtre.

Chlorure d'or Précipité jaune soluble dans un excès d'albumine ; liqueur jaune transparente.

Nitrate d'argent. Précipité blanc soluble dans l'ammoniaque.

Proto-nitrate de mercure Précipité gris-noirâtr e.

Deuto-nitrate de mercure Précipité blanc , caséeux ou gélatiniformc.

Deuto-chlorure de mercure. . . . Pi écipité blanc.

De tous ces réactifs, c'est le dernier qui est le plus sensible pour indiquer la présence de l'albumine , puisque , d'après le docteur Bostock, une seule goutte de sa dissolution saturée suffit pour former un précipité appréciable dans un liquide qui ne contient que 0,0005 de son poids d'albumine. Réciproquement l'albumine est un excellent moyen pour précipiter jusqu'aux dernières portions de deuto-chlorure de mercure dissous dans l'eau, et c'est sur cette propriété qu'est fondé l'emploi du blanc d'œuf délayé dans l'eau , contre l'empoisonnement par le sublimé corrosif.

Si l'albumine est un des matériaux les plus abondans des animaux , elle n'est guères moins répandue peut-être dans les végétaux non qu'on puisse affirmer qu'elle soit identique dans tous , et eacore moins que tous les précipités insolubles , formés par l'ébullition dans les sucs végétaux, soient de l'albumine; mais le suc d'un grand nombre de végétaux contient une substance coagulable par la chaleur , qui brûle avec une odeur de corne et production de carbonate d'ammoniaque ; soluble dans les alcalis , et formant des composés insolubles avec la plupart des acides et des sels métalliques ; tels sont les sucs de choux , de cochléaria , de bourrache, de belladone, de fumeterre , de mercuriale, d'ortie grièclie , etc.

D'autres parties végétales contiennent un principe qui , en raison de son union avec une matière grasse , se rapproche davantage de celte variété d'albumine ou de fibrine animale, qui a été nommée caséum , telles sont toutes les semences dites èmulsives , l'amande du cocotier, etc. Enfin , il existe des végétaux dont le suc est tellement animalisé que l'albumine y présente jusqu'aux caract'eres de la fibrine dd chyle et du sang ; au point que M. Vauqueliu a pu le comparer à du sang qui serait privé de matière colorante. Ces végétaux sont le papayer de l'ile de France ( carica papaya] , et Varbre à la vache des Caraccas dont le lait offre une nourriture substantielle aux habitans de cette contrée. ( Foyez aussi les articles Caséum et Fibrine. ) ( Guibodrt. )

ALBUMINE ( Toxicologie). Voyez Contrepoison.

ALBUMINEUX ( Hygiène). Foyez Aliment.

ALCALI ou ALKALI. Nom donné primitivement au sel fixe retiré par la combustion d'une plante maritime nommée kali, et étendu ensuite à d'autres substances qui jouissaient, comme la première, d'une certaine solubilité dans l'eau , jointe à une saveur acre et urineuse , et à la propriété de saturer les acides, avec ou sans effervescence. Ainsi considérés , les alcalis comprenaient la soutle , la potasse et l'ammoniaque , pures ou carbonatées , et la chaux calcinée. Cette espèce de confusion subsista même encore après que Black eut découvert la différence qui existait entre les alcalis purs ou caustiques , et ceux

( il6)

ALCOOL

qui faisaient effervescence avec les acides; et c'est Lavoisier qui établit le pre mier une distinction précise entre ces corps , en rangeant les derniers parmi lé sels , et ne considérant plus comme alcalis que la potasse , la soude et l'ammo; niaque privées d'acide carbonique. Plus tard, on y joignit la baryte , la stron tiane et la chaux; enfin , plus récemment encore, on a donné le nom d'alcali végétaux ou d'alcalis organiques à des principes tirés des végétaux , qui jouis sent, comme les premiers , de la faculté de neutraliser les acides , mais qui n'on guères que ce point de ressemblance avec eux; telles sont la brucine, la eincho nine , la morphine , la quinine , la strychnine , la vératrine , etc.

Les alcalis minéraux sont tous solubles dans l'eau , sont âcres et caustiques verdissent fortement le sirop de violettes , rougissent le curcuma , bleuisseri l'hématine , ramènent au bleu le tournesol rougi par les acides, saponifient le huiles, enfin neutralisent complètement de 52 à 233 pour 100 d'acide sulfiv rique anhydre. Les alcalis végétaux ne sont qu'amers , sont à peine solublei dans 1 eau , ne verdissent pas la teinture de violettes, ne saponifient pas lej huiles : seulement ils ramènent au bleu le tournesol rougi par un acide, et neutralisent de 6 à 13 pour 100 d'acide sulfurique sec. ( Gmbourt. ) ALCALI VOLATIL CONCRET. Foyez Carbonate d'ammoniaque. ALCALI VOLATIL FLUOR. Foyez Ammoniaque liquide. ' ALCALINITE { Ckim. pharm. ). Qualité de ce qui est alcalin. Ce mot a un( application beaucoup plus étendue que celui d'alcali. En effet, ce dernier non n'est donné qu'aux bases salifiables qui ont la propriété de neutraliser entièrement les acides; tandis que l'alcalinité s'entend de tout ce qui est opposé à l'acidité, et se dit tout aussi bien d'un sel qui conserve quelques-uns des caractères de la base, par exemple, le borate, le phosphate ou le cat-bonate de soude , que des bases qui ne neutralisent pas complètement les acides : tels sont les oxyde; de plomb, de mercure, d'argent, etc. Ou dit également l'alcalinité du sang, de la bile, du fluide spermatique, du liquide albumineux de l'œuf, etc. Ces différentes humeurs réagissent en effet sur les couleurs végétales , comme si elle; contenaient une certaine quantité d'alcali libre. ( Guibourt. )

ALCALINITÉ ( Pathologie ). Il est dans l'état de santé et de maladie des fluides qui présentent un certain degré d'alcalinité, comme il en est qui offrent dans les mêmes circonstances des propriétés manifestement acides. Nous avons vu, en parlant de l'acidité des différens produits sécrétoires de l'économie, quels étaientles fluides qui affectent principalement cette propriété, ainsi que les circonstances physiologiques etpalhologiques sous l'influence desquelles elle semble s'acquérir ou s'exaspérer. Or, l'observation prouve également que certaines humeurs sont naturellement douées de propriétés alcalines, à des degrés variables, suivant l'âge, le tempérament et l'état morbide. Nous ignorons complètement les rapports de cause et d'effet qui existent entre l'action normale ou morbide des organes de sécrétion, et le phénomène d'acidité ou d'alcalinité des humeursj, mais une circonstance qu'il importe de noter ici , et sur laquelle il pourrait être permis d'appeler l'attention des praticiens , c'est qu'en général l'acidité sel manifeste dans les fluides dits excrémentitiels , tels que la sueur , les urines , la lait , etc. , tandis que l'alcalinité est un des caractères chimiques des humeurs dites excrémcnto-récrémentitielles , telles que la salive , la bile, la synovie , lef sérum du sang, le fluide spermatique , etc. if L'alcalinité, comme l'acidité des humeurs en circulation a été considéréeti autrefois comme la cause prochaine d'un grand nombre de maladies; maisl'unei et l'autre ont subi le même sort, et sont à peu près tombées en désuétude. ( ^oj eçj Acidité , Acrimonie , Doctrine , Systèmes. ) ( P. Jolly. ) !

ALCOOL. L'alcool est un des produits de la fermentation vineuse ou alcoolique. Tous les liquides qui ont éprouvé cette fermentation contiennent et peuvent donner de l'alcool par la distillation. Le vin est celui qui en fournit le plus et de meilleure qualité ; on en relire également du cidre , de la bière, du raisin, des merises et d'autres fruits fermentés, de la mélasse, du riz, de.la pomme de terre, des fécules, etc. Ces dernières substances , qui sont seulement amylacées, demandent à être préalablement converties en sucre, à l'aide de l'acide sulfurique très-affaibli, et sont ensuite soumises k la fermentation^ alcoolique, comme celles qui sont naturellement sucrées. i Les alcools qui proviennent de ces différentes sources ont chacun un goûi| particulier qui les fait reconnaître et difléremment estimer. On leur donne er; général le nom d'eau-de-vie de telle ou telle substance, lorsqu'ils ne dépassent,! pas 20 ou 22 degrés de l'aréomètre de Baumé; on les nomme eaux-de-vie double:'\ quand ils marquent de 26 à 28 degrés, et enfin esprits, lorsqu'ils sont audessous de 30 degrés. On nomme particulièrement AiricAe/zwaiie/' l'eau-de-vit de merises, rum owtajia celle de mélasse ou de sucre, rack celle de riz, etc.

L'alcool du commerce, même l'esprit de vin de Montpellier, qui est 1< plus estimé et qui marque 33 degrés à l'aréomètre, n'est jamais pur, et con tient un peu d'huile de vin , et de la matière colorante enlevée aux futailles qu servent à le contenir. Pour le purifier, on remplit aux •§ le bain-marie d'ui alambic , on y adapte le chapiteau et le serpentin , et l'on distille à feu modén I les de l'alcool employé. Le produit se nomme alcool rectifié ; il marque 3( j ou 38 degrés, est incolore, d'une saveur chaude et piquante, et d'une odeu; | suave; il s'enflamme très-facilement par l'approche d'un corps en ignition , e brûle sans produire de fumée et sans résidu ; il se volatilise promptement dan 1 le creux de la main , sans y laisser d'odeur; il conserve son odeur agréable I quoique trcs-étcndu d'eau ; enfin , il ne se colore pas par son mélange avec parlii | égale d'acide sulfurique.

Il y a des opérations pour lesquelles il ne suffit pas d'avoir de l'alcool purifii ( par une seule rectification , qui ne le prive que d'une petite partie de l'eau qu'i j contient Pour le dessécher davantage, on le distille de nouveau sur quelcjiii substance trcs-avidc d'eau , telles sont la chaux vive et la potasse caustique

ALCOOL

ALCOOL

mais comme ces alcalis agissent sur les élémens mêmes de l'alcool et en décomposent une petite partie , il est préférable d'employer le chlorure de calcium , ou muriute de chaux fondu, dont l'affinité pour l'eau est aussi très-considérable. En rectifiant l'alcool sur moitié de son poids de ce sel , on l'obtient à 42 ou 44 degrés de l'aréomètre. Cette opération , répétée une fois , donne enfin de l'alcool entièrement déphlegmé , dont la pesanteur spécifique est de 0,797 , à la température de 12 degrés 5 centigrades (46 degrés 8 de Baumé) , et qui bout à celle de 78 degrés 41 , sous la pression moyenne de l'atmosphère.

L'alcool, à ces diflPérens degrés, est très-employé par les pharmaciens, comme excipient des teintures et des esprits aromatiques , et pour préparer les éthers. Il sert au chimiste dans ses analyses , ayant la propriété de dissoudre certains corps à l'exclusion d'autres : tels sont, parmi les minéraux, les sels déliquescens , et parmi les substances organiques , les huiles volatiles , les résines , quelques huiles fixes , tous les alcalis végétaux , beaucoup d'acides et de principes colorans , etc.

Arnold de Villeneuve, qui professait la médecine à Montpellier au commencement du xive siècle , paraît être le premier qui ait décrit le moyen d'obtenir l'alcool par la distillation du vin , et qui l'ait applique à la composition des médicamens. Depuis lui jusqu'en 1800, on s'était presque borné à faire cette distillation dans un alambic ordinaire, et l'on n'obtenait ainsi que de l'eau-de-vie à 19 degrés que l'on était obligé de rectifier deux fois pour la convertir en alcool à 33 degrés.

En 1800 , Édouard Adam conçut l'idée de chauffer successivement plusieurs vases contenant du vin , avec la vapeur provenant d'une seule chaudière , remplie elle-même avec du vin déjà échauffé dans les serpentins. Les avantages de ce procédé, qui a reçu de grandes améliorations en peu d'années , sont d'utihser toute la chaleur produite par le combustible , d'obtenir des produits entièrement privés d'empyreume , et de les amener à 36ou38 degrés par une seule distillation.

Les anciens chimistes n'avaient aucune idée précise sur la composition de l'alcool : Macquer l'a regardé comme formé d'eau et d'un composé d'huileux; Lavoisier a prouvé le premier qu'il l'était d'oxygène , d'hydrogène et de carbone; enfin, M. Théodore de Saussure a déterminé les proportions de ces trois corps , qui sont de

carbone, 52,28, oxygène, 3J,70, hydrogène, 13,02.

tôô;

Cette composition est telle qu'en ajoutant au carbone et à l'oxygène la quantité d'hydrogène propre à les transformer en hydrogène bi-carboné et en eau , on trouve l'alcool formé de volumes égaux de ces deux corps, réduits à l'état gazeux. ' (GniBOBRT. )

ALCOOL {Propriétés médicales del'). Pour apprécier l'action de l'alcool sur l'économie , il convient d'en étudier les effets sous le triple rapport physiologique , pathologique et thérapeutique.

1°. Effets physiologiques. — L'alcool produit des effets différens, suivant son mode d'administration ,son degré de concentration , sa quantité, l'habitude , etc. Il peut agir sur nos organes à l'état de vapeur, et, dans ce cas, les membranes pituitaire , conjonctive et pulmonaire , ainsi que la peau , en reçoivent la première impression ; mais c'est spécialement sur la membrane olfactive, et vraisemblablement sur les papilles nerveuses qui s'y épanouissent , que se passent alors les premiers phénomènes qui résultent de son emploi. Son évaporation .prolongée peut devenir ainsi un puissant excitant du cerveau , faire éprouver des vertiges , de la céphalalgie , et souvent un commencement d'ivresse , comme ^on l'a observé quelquefois chez des individus qui avaient transvasé des f , ou simplement des eaux-de-vie a 22 degrés.

Employé en friction, l'alcool stimule, échauffe, rougit les parties sur lesquelles on l'applique.

Pris à l'intérieur, à petite dose , et mitigé par une certaine quantité d'eau , il avive les surfaces avec lesquelles il est en contact ; il en réveille la sensibilité et en augmente immédiatement l'exhalation. En même temps l'on voit naître des phénomènes qui sont évidemment le résultat de l'excitation céré- Ibrale : ainsi les sensations sont plus promptes, et l'intelligence plus active ; les [passions s'exaltent, et s'expriment avec plus de liberté; les yeux s'animent, la pupille se contracte , la physionomie devient plus expressive , les mouvemens plus vifs, la loquacité extrême , et , suivant le caractère propre à chaque individu, l'on voit des actes de gaîté , de franchise , de générosité , de tendresse, ^de vengeance , etc. Si l'ivresse succède à cette excitation première , on observe alors les phénomènes suivans ; la vue est trouble, les idées confuses, la prononciation embarrassée ; les mouvemens se ralentissent ; la tête devient pesante , les yeux fixes , la bouche béante ; il y a tendance au sommeil ; les veines pu cou se gonflent , les carotides battent avec force ; la respiration est gênée , courte , suspirieuse ; le pouls , d'abord plein , dur , se ralentit ; une sueur glulineuse couvre souvent le corps de l'homme ivre , dont la tête penchée, les k'eux saillaus , la figure bouffie , l'air hébété , les mouvemens vacillans , présentent le tableau d'une sorte de dégradation.

Quelle que soit la manière dont elle survient, l'ivresse est constamment accompagnée de symptômes d'excitation, de congestion, et peut même être feuivie d'hémorrhagie cérébrale. Ces effets sont d'autant plus prompts, que l'alcool ingéré est plus concentré, pris en plus grande quantité , et que celui qui jen use en a moins l'habitude.

I Pris en boisson , dans l'état de santé . l'alcool , sous quelque forme qu'on le [déguise , convient principalement aux individus lymphatiques, ou à ceux qui se trouvent affaiblis , épuisés par de grandes fatigues ; et , dans ce dernier cas

DlCT. DE MÉDECISE ET DE CpiRURGlE PRATIQUES.

même , il importe de ne pas confondre l'état d'affaiblissement réel avec celui qui n'est qu'apparent , et qui tient plutôt à un genre d'excitation des organes qui en contre-indiquerait alors l'emploi.

On fait quelquefois usage de l'alcool pour réveiller l'action de certains organes. Quelques gouttes , versées dans le creux de la main et présentées devant les yeux, produisent , en s'évâporant, une stimulation qui paraît les soulager de leur fatigue.

On emploie pour la toilette un grand nombre de préparations alcooliques, dont les principales propriétés se tirent de leur excipient,

2". Effets pathologiques. — L'alcool agit-il sur les surfaces avec lesquelles on le met en contact? On ne peut à cet égard établir le moindre doute. Ingéré dans l'estomac , il y occasione presque instantanément un sentiment de chaleur plus ou moins vive, avec afflux d'humeurs plus ou moins considérable, suivant la quantité ou le degré de concentration du liquide. Cette sorte de phlogose passagère prend quelquefois un caractère plus tranché , c'est-à-dire que l'injection de la muqueuse est plus profonde , plus persistante, et s'étend souvent aux intestins. Outre l'action très-prononcée de l'alcool sur la muqueuse gastrique , il en exerce une autre non moins sensible sur l'encéphale; c'est ce que constatent les expériences de MM. Brodie et Orfila, qui ont vu constamment des phénomènes nerveux accompagner la lésion plus ou moins profonde des muqueuses gastrique et intestinale. Toutefois la rapidité avec laquelle s'opèrent ces phénomènes nerveux ne permet guères d'admettre qu'ils soient le résultat nécessaire de l'absorption de l'alcool; il nous paraît beaucoup plus probable qu'ils sont dus à l'action directe de cette substance sur les extrémités nerveuses ellesmêmes, qui se chargent de la transmettre au cerveau dans la production de l'ivresse. D'après quelques expériences que M. Rayer a tentées à ce sujet , l'alcool injecté dans le péritoine des lapins les fait périr en moins d'une minute; et l'alcoolat d'aconit opère le même effet il'urie manière encore plus rapide (vojez Acomit). Il est donc permis de conclure de ce fait que les nerfs peuvent servir de moyen de transmission à certaines médications , comme ils servent d'instrumens aux sensations naturelles ou accidentelles. Les agens dits excitans et sédatifs du système nerveux nous paraissent surtout opérer leur action de cette manière ; c'est ainsi que nous avons constaté que les affusions froides, les opiacés , etc. , agissent de la même manière sur le centre ou sur les extrémités nerveuses {voyez Affdsion ). Toutefois une remarque que toutle monde a pu faire, c'est que l'ivresse qui survient subitement après l'ingestion d'une quantité plus ou moins considérable de liqueurs spiritueuses , peut cesser instantanément, si l'estomac rejette le liquide ingéré avant qu'il y ait eu action secondaire de l'alcool, c'est-à-dire absorption.

On voit quelquefois l'ivresse par l'alcool amener la dilatation des pupilles, l'insensibilité, le coma, déterminer des convulsions, et quelquefois l'apoplexie, la paralysie et même la mort. D'autres fois l'alcool concentré détermine un véritable empoisonnement dû à une inflammation aiguë, à une sorte de corrosion des muqueuses gastrique ou intestinale , etc.

L'usage prolonge des spiritueux peut déterminer des inflammations chroniques , des indurations , des dégénérescences , des squirres , des ramoUissemens , etc. Sous l'influence de cet agent, l'estomac se rétrécit, se resserre, ses fonctions se ralentissent, et l'amaigrissement survient, etc. M. Barbier, d'Amiens , dit avoir souvent observé ces accidens chez des ouvriers qui , le matin à jeun , ont pour habitude de boire de l'eau-de-vie. Les cancers de l'estomac et de l'orifice pylorique reconnaissent très-ordinairement pour cause l'usage des liqueurs alcooliques.

L'action continue de ce liquide sur l'encéphale en ralentit les fonctions et en affaiblit les facultés; la figure prend un air hébété, et la paralysie, l'imbécillité, la mort enfin, en peuvent être la conséquence.

Les individus qui usent habituellement de liqueurs alcooliques en sont comme imbibés , et tout leur corps en exhale une odeur pénétrante. C'est alors qu'ils sont exposés à être atteints de combustion spontanée ( voyez ce mot). 11 n'est presque pomt de maladie qui ne puisse naître sous l'influence de cet agent excitant.

3o. Effets thérapeutiques. — Nous avons vu quelles étaient les modifications que l'alcool déterminait dans l'économie, dans l'état physiologique ; il doit nous en rester cette conviction, que l'alcool est un excitant des plus actifs , et que son emploi donne à tous les tissus , à tous los systèmes organiques, une énergie nouvelle. On a cru aussi pouvoir utiliser sa propriété enivrante, soit pour opérer un relâchement général , favorable à la réduction d'une luxation , soit pour jeter l'économie dans un état de torpeur qui puisse permettre de pratiquer quelque opération douloureuse.

L'alcool pur ou étendu peut s'employer, à l'état de vapeur , en frictions, en boisson, en injections, etc. A l'état de vapeur , on s'en sert dans certaines maladies nerveuses, dans quelques névralgies , dans la syncope, la faiblesse ou la fatigue des yeux, dans le catarrhe chronique des bronches, etc.

En frictions , il sert encore à réveiller l'action cérébrale, celle du cœur, ou bien encore les contractions de la matrice , soit dans l'instant de l'accouchement, soit pendant une perte; on en frictionne les membres affaiblis, paralysés, engorgés, etc. On peut aussi employer l'alcool, comme légèrement astringent, pour modérer la sueur des pieds , des aisselles : il augmente l'activité des absorbans; aussi son emploi est-il fréquent dans les contusions, les épancheniens sous-cutanés ; il est fort rarement employé en injections ; cependant on pourrait y avoir recours dans le cas de perte utérine, par défaut de tonicité, etc.

Eu boisson , et c'est sous cette forme qu'on en use le plus ordinairement , l'alcool sert, soit pour satisfaire simplement le sens du goût, soit comme médication. Une petite quantité d'eau-de-vie , déposée dans la bouche pendant

ALCOOLATS.

alÈze.

quelques instaiis , suffit pour procurer un sentiment de bien-être, après des travaux fatigans , qui ont diminué Tinnervatiou. Depuis quelque temps, on fait distribuer aux soldats , au lieu de vinaigre pour mêler à leur eau , une certaine qu3ntité d'eau-de-vie , ce qui remplace avec avantage Toxycrat, qui avait des iuconvéniens que nous ne devons pas signaler en ce moment.

Dans tous les cas où la faiblesse est le résultat de l'épuisement de la sensibilité, ou du manque de stimulation, l'alcool plus ou moins étendu peut produire de bons effets; mais ses propriétés sont généralement trop fugitives pour qu'il puisse suffire dans les cas où l'on a besoin d'une action tonique, persistante, comme dans les fièvres intermittentes, le scrophule , etc.; dans ce cas , il peut tout au plus devenir un auxiliaire utile , un excipient précieux. L'alcool produit encore de bons effets dans certaines douleurs stomacales , ^testinales, en changeant alors le cours de l'innervation, en stupéfiant les nerfs qui en sont les conducteurs , et en changeant le mode de vitalité de la surface douloureuse. Quelle que soit sa manière d'agir, toujours est-il vrai qu'il procure du soulagement, comme cela arrive encore dans certaines caries des dents, dont il calme la douleur. L'alcool, sous quelque forme qu'on l'administre, ne saurait convenir dans les cas d'inflammations aiguës ou chroniques, dans la pyrexie , et généralement toutes les fois qu'un organe , ou un tissu organique , est dans un état de pbIogo.se. ( P. Jolly. )

ALCOOLATS {Pharmacie). Médicamens qui résultent de la distillation de l'alcool sur une ou plusieurs substances aromatiques. Ceux qui ne participent des propriétés que d'un seul aromate sont simples , et portent encore généralement le nom d'esprits; ceux que l'on prépare avec plusieurs ingrédiens sont dits composés, et portaient autrefois un assez grand nombre de noms, tels que ceux A'esprits, d'eaux, de baumes, d'essences , etc. (exemples : esprit carminatif de Sj-lt^ius , eau tliériacale, baume de Fioraventi , essence anti-hystérique . etc.). Ces dénominations seront encore long-temps usitées dans la pratique ; mais dans un traité où l'on fonde les genres de médicamens sur leur excipient, elles ne doivent plus être placées qu'en seconde ligne, et le seul nom générique que l'on puisse adopter est celui d'alcoolat, que l'on doit à la sagacité de Chaussier. Nous donnerons pour exemples les alcoolats les plus usités :

Alcoolat d'anis [esprit d'anis).- Prenez : semences d'anis vert, l partie; alcool à 22 degrés, 8 parties. Distillez au bain-marie après deux jours de macération.

On prépare de même les alcoolats ou les esprits de fenouil, de coriandre et d'autres fruits d'ombellifères.

Alcoolat de cannelle [esprit de cannelle). Prenez: cannelle fine concassée , 1 partie; alcool à 32 degrés, 8 parties. Distillez après plusieurs jours de macération.

On prépare de même les alcoolats ou esprits d'acore odorant , de girofles , de muscades , etc.

Alcoolat de citrons [esprit de citrons). Prenez : zestes de citrons récens ,

1 partie; alcool à 32 degrés, 6 parties. Distillez au bain-marie après quatre jours de macération.

On prépare de même l'alcoolat ou l'esprit d'écorce d'orange, et celui de fleur d'oranger, avec les pétales récens.

Alcoolat de romarin [eau de la reine de Hongrie). Prenez : feuilles et sommités récentes de romarin, 1 partie; alcool à 36 degrés, 2 parties. Distillez après plusieurs jours de macération.

On prépare de même les alcoolats ou esprits de lavande , de menthe poivrée et des autres labiées.

Alcoolats composés.

Alcoolat ammoniacal aromatique ( esprit volatil huileux et aromatique de Sylvius). Prenez : zestes récens d'oranges et de citrons, de chaque 12 gros; vanille et macis, de chaque 4 gros; cannelle, 2 gros ; giroflf>s, I gros ; alcool à 36 degrés, et eau distillée de cannelle, de chaque 8 onces ; faites digérer pendant deux jours; ajoutez : hydrochlorate d'ammoniaque et carbonate de potasse, de chaque 8 onces ; distillez dans une cornue pour retirer dix onces de liqueur.

Dans cette opération , le carbonate de potasse décompose l'hydrochlorate d'ammoniaque, et forme du carbonate d'ammoniaque qui se volatilise et se dissout en partie dans la liqueur distillée. Ce liquide est incolore, lorsqu'il vient d'être fait; mais il se colore promptement, surtout lorsqu'il a le contact de la lumière. Il exhale une odeur ammoniacale et aromatique qui devient très-suave lorsque la première s'est dissipée. Il est sudorifique et usité contre la paralysie ; la dose est de 6 à 36 gouttes dans un liquide approprié.

La partie de carbonate d'ammoniaque qui ne se dissout pas dans la liqueur distillée , est conservée à part et prescrite sous le nom de sel volatil, aromatique huileux de Sylvius.

Alcoolat de citrons composé [eau de Cologne). Prenez ; huiles volatiles de bergamote, de citron, de limette, d'orange et de petit grain, de chacune

2 onces; huiles vol. de cédrat' et de romarin, de chaque 1 once; huiles vol. de lavande et de fleurs d'oranger, de chaque 4 gros; huile de cannelle , 2 gros; alcool à 32 degrés, 12 livres. Distillez au bain-marie; ajoutez au produit distillé: alcoolat de mélisse composé, 3 livres; alcoolat de romarin, 8 onces ; mêlez.

Alcoolat de cochléaria composé [esprit ardent de cochléaria). Prenez : feuilles de cochléaria , 6 livres; racine de raifort, 2 livres ; alcool à 32 degrés , G livres. Pilez le cochléaria et le raifort ; mettez-les promptement avec l'alcool dans un bain-marie ; distillez après deux jours de macération.

Alcoolat des labiées composé [eau vulnéraire et spirilueuse , eau d'nrquebusade). Prenez : fleurs de lavande iccentes , sommités récentes de basilic , de

calament, d'hysope, de marjolaine , de mélisse , de menthe poivrée , d'origan, de romarin , de sariette , de sauge , de thym , de serpolet , d'absinthe , de tanaisie ; feuille» d'angélique, de fenouil, de rue, de chacune de ces substances, quatre onces; alcool k 32 degrés, 8 livres. Distillez après deux jours de macération.

Alcoolat de mélisse composé [eau de mélisse spiritueuse). Prenez: mélisse récente, en fleurs 24 onces; zestes de citrons récens, 4 onces; cannelle fine, girofles, muscades, de chaque 2 onces; coriandre sèche , racine d'angélique sèche, de chaque 1 once; alcool à 32 degrés , 8 livres. Distillez après quatre joui's de digestion.

Alcoolat de térébenthine composé [baume de Fioraventi). Prenez : térébenthine fine, 16 onces; baies de laurier récentes, 4 onces; galbanum, myrrhe , élémi , tacamaque , succin , styrax liquide , de chaque 3 onces ; racines de galanga, de gingembre, de zédoaire, cannelle fine, girofles, muscades, de chaque 1 once ^; faites digérer dans l'alcool, et distillez au bainmarie jusqu'à siccité.

Autrefois on distillait le baume de Fioraventi dans une cornue au bain de cendres , et après en avoir retiré toute la partie spiritueuse , on augmentait le feu, de manière à obtenir un liquide huileux , d'une couleur citrine , que l'on nommait baume de Fiorave?iti huileux ; enfin, en poussant la chaleur jusqu'à brûler en partie le résidu, on obtenait de l'eau et une huile brune nommée baume de Fioraventi noir. Ces deux produits ne sont plus usités.

( GulBODRT. )

ALCOOLATS [Thérapeutique). L'alcool, en se chargeant des principes volatils des substances aromatiques, acquiert des propriétés nouvelles, et partant une nouvelle énergie ; à leur tour les substances sur lesquelles on le distille deviennent, par leur incorporation à un corps diffusible , susceptibles de pénétrer plus intimement nos tissus , plus ahsorbables en un mot, et vont agir sur des organes qui n'eussent que difficilement ressenti leurs atteintes sous toute autre forme. Les alcoolats , plus stimulans encore que l'alcool pur, sont principalement employés dans les syncopes, les maladies nerveuses, les flatuosités , les hémicranies, les contusions , les douleurs stomacales et intestinales , la carie des dents , etc. On voit qu'ici s'appliquent les mêmes considérations qu'à l'alcool, si ce n'est qu'en raison de leur surcroît d'activité , les alcoolats conviennent encore moins dans tous les cas de phlogose. Les alcoolats jouissent en outre de quelques propriétés spéciales, qui tiennent à la nature des principes médicamenteux des substances qui entrent dans leur composition.

, (P. Jolly.)

ALCOOLES. Les alcoolés sont des médicamens qui résultent de l'action dissolvante de l'alcool sur diverses substances. Ils diffèrent des alcoolats en ce qu'ils sont préparés par solution ou digestion , tandis que les alcoolats le sont par distillation. On peut les diviser en quatre sections , à savoir : 1° les alcoolés proprement dits , ou les teintures alcooliques ; 2° les alcoolés ammoniacaux ou les teintures ammoniaco - alcooliques ; 3° les alcoolés acides ou les acides alcoolisés ; 4" les alcoolés sucrés , qui sont généralement nommés élixirs et ratafias.

Quelque partisans que nous soyons de cette nouvelle nomenclature , cependant, comme les noms qui en dérivent sont encore peu connus , et que les anciens s'appliquent d'ailleurs à des modifications de composition assez tranchées, nous continuerons de les employer dans ce Dictionnaire, et nous renvoyons en conséquence, k traiter des alcoolés , aux mots Teintures alcooliques , Teintures ammoniaco-alcooliques , Élixirs et Ratafias. Les alcoolés acides suivront l'ordre des acides qui les caractérisent. ( Guibourt. )

ALEZE , ALESE , ou ALAISE , s. f. , linteum ; pièce de toile pliée en' plusieurs doubles, destinée k être placée sous les malades , ou sous les parties atteintes de lésions diverses , afin de recevoir le pus , la sanie , ou les matières excrémenlitielles , dont l'épanchement et l'accumulation souilleraient les lits et pourraient occasioner des foyers dangereux d'infection. Les alèzes constituent des objets éminemment utiles à l'entretien de la propreté , qu'il est si urgent! de maintenir autour des malades et des blessés dans les établisscmens publics;! leur emploi est fondé sur la facilité avec laquelle on les change, de manièreà éviter, soit les frais attachés à la purification des couvertures , des matelas] et des autres objets qui environnent les malades , soit les déplacemens , souvent difficiles , qu'entraîneraient pour eux le renouvellement fréquemment réitéré , | de tout ce qui compose leur lit.

Autrefois, les alèzes étaient formées d'une sorte de petit drap, simple composé d'un seul lé de toile, qu'on plaçait sur tout ce qui était susceptibh, de se trouver sali. Mais l'utilité d'un pareil préservatif n'était que médiocre les liquides de toute nature l'avaient bientôt traversé , et les portions les plu essentielles des lits se trouvaient exposées presque sans défense à l'action de' matières nuisibles. Un drap ordinaire , plié en plusieurs doubles , estaujoui' d'hui généralement préféré comme aléze, parce que ses nombreux feuillets lii ; permettent de se mieux imbiber des substances infectes , et de préserver plu efficacement de leur atteinte les matériaux plus importans qu'il recouvre. Ll toile qu'on emploie k cet usage doit être douce, à demi usée, blanche de lessive exempte de coutures saillantes et de pièces grossièrement cousues. De vicu" draps encore entiers conviennent parfaitement pour les former.

Une alcze doit être placée sous le malade , toutes les fois que, durant 1( lésions graves des viscères, les matières excrémenlitielles s'écoulent involonlai rement. A mesure que les feuillets les plus superficiels du drap qui la form' sont salis , on les replie , en les abaissant , de manière à en présenter toujoui' de secs et de propres aux organes, jusqu'à ce que, enfin, la totalité del'épaisseu: du linge soit épuisée. L'économie prescrit cette conduite. Lorsque l'alèz*) <

ALGALIE.

ALGALIE.

tière est sale , et qu'il de vient indispensable de la renouveler , il faut plier de même façon l'alèze nouvelle , introduire une de ses extrémités entre les plis de l'ancienne, l'y fixer à l'aide de quelques épingles, et ensuite faire •er sur le bout opposé du drap sale , de manière à ce que , glissant en travers us le malade et entraînant à sa suite le drap nouveau, celui-ci lui soit substitué Qs difficulté et sans efforts. La tête des épingles doit être placée du côté vers juel les alézes sont tirées , afin d'éviter que le malade ne soit piqué ou blessé r elles. Le nouveau drap étant placé , il ne s'agit plus que d'effacer ses plis, : rendre unie la surface qu'il présente, et d'étendre convenablement la émise du malade par-dessus , de manière à ce que le plan sur lequel repose corps n'offre aucune inégalité susceptible de le rendre incommode. Lorsqu'un membre seul est malade , c'est entre lui et les oreillers ou les cousis de balle d'avoine sur lesquels il repose que les alèzes doivent être placées. On i renouvelle ordinairement à chaque pansement, lorsque la suppuration est londante. Quelquefois, cependant, on peut se contenter de les replier en d'autres nsjou de les retourner de manière à offrir d'autres surfaces aux liquides expulsés. Dans tous les cas , si les matières rendues sont tellement abondantes qu'elles ondent la couche du malade et pénètrent avec trop de rapidité les alèzes les ieux disposées, il faut placer au-dessous de celles-ci un morceau de taffetas immé ou de toile cirée , qui garantisse plus sûrement le lit du malade. Cette èce additionnelle devra être enlevée en même temps que l'alèze , et changée, i du moins lavée et essuyée toutes les fois qu'on remplacera cette dernière, ms celte précaution elle retiendrait à sa surface des substances qui, en se icomposant, infecteraient la couche du malade , et rendraient ainsi illusoires 5 précautions prises pour entretenir autour de lui une propreté sans laquelle iccroîlraient debeaucoup les dangers attachés h son état.

Durant la plupart des opérations , des alèzes sont placées soit au-dessous des alades lorsqu'ils restent dans leur lit pendant qu'on les soumet à l'action des sfrumens , soit sur eux ou autour de leur corps, dans les cas , plus rares , où sont tenus assis sur des chaises ou des fauteuils. C'est ainsi que l'on garnit les s d'alèzes avant les opérations de la taille , de la hernie étranglée, des anéismes des membres abdominaux, de la paracentèse, de la fistule à l'anus, etc. est ainsi encore qu'avant les opérations qu'on pratique sur la tête, le cou , les embres abdominaux ou le sommet de 1h poitrine, en entoure le malade, resté sis, d'alèzes destinées à la fois à le préserver de toute souillure, et en même mps à contenir ses bras , qu'on enveloppe , en même temps que le tronc luiême, dans leurs larges replis.

Règle générale : les alèzes sont d'autant plus indispensables autour des malades le plus d'humidilé les environne, que des matières liquides plus abondantes s baignent, et tendent à se décomposer autour d'eux. C'est ainsi que ces linges e'servatéurs doivent être prodigués lorsque les parties lésées sont couvertes ; médicamens liquides tels que les fomentations ; c'est ainsi que , dans les panmens où beaucoup d'eau est nécessaire, il faut préserver l'alèze permanente, core propre et dépourvue de souillure, par une alèze temporaire , destinée ulement à recevoir les liquides et les matières qui vont s'écouler, de manière laisser ensuite les parties dans un état de propreté et de sécheresse favorable leur prompte guérison.

Ce n'est que par: une analogie forcée que le nom d'alèze a été donné soit aux rviettes destinées , avant les opérations , à couvrir et à dérober aux yeux des alades les instrumens et les pièces d'appareil dont on va faire usage ; soit aux tiges, sous lesquels on place ou dont on enveloppe les pièces d'anatomie nouîllement préparées , afin de les préserver du contact de l'air, de l'atteinte des isectes ou de l'action des corps étrangers. L'alèze est exclusivement destinée IX malades , et constitue un des moyens les plus importans de l'hygiène des Icssés ou des opérés. C'est sous ce point de vue qu'il convient de la considérer iclusivement , et d'établir les règles relatives ;i son emploi. ( L. J. Bégin. )

ALGALIE , s f., mot d'origine arabe , qui sert à désigner une sorte de tube ("lindrique , destiné à être introduit par l'urètre jusque dans la vessie, le plus rdiuaii'ement afin d'évacuer l'urine accumulée dans cet organe , et quelquefois ans l'intention , soit d'explorer sa cavité , soit de dilater des rétrécissemens de e canal extérieur, soit, enfin, de déterminer la cicatrisation de certaines fisiles urinaires.

Relativement à la matière avec laquelle on les construit , les algalies sont de eux espèces principales : les unes , métalliques , solides et inflexibles ; les utres molles , au contraire, susceptibles d'être recourbées à volonté , ou d'acuérir une rigidité égale aux précédentes, à l'aide d'un mandrin introduit ans toute l'étendue de leur canal , et formées d'un tissu particulier, enduit de aoutchouc , ou de quelque substance propre à le remplacer.

Les algalies métalliques ordinaires sont faites en argent. L'or, et surtout le latine , ont cependant été par quelques personnes , employés à les construire ; e platine avait pour objet de permettre de donner une solidité suffisante à des ondes fines , dont le calibre pouvait être très-large , relativement à l'exiguite' le leur diamètre extérieur, et à l'aide desquelles on se proposait d'agir avec me grande force sur l'urètre. Longues de sept à onze pouces environ, et d'un liamètre qui varie depuis une ligne et demie jusqu'à trois et même quatre ignés , les algalies dont on fait le plus communément usage se terminent , d'un :ôté , par une extrémité mousse , arrondie , formée en cul-de-sac, et qui a reçu e nom de bec. L'extrémité opposée au pavillon est libre, légèrement évasée, ;t garnie sur ses côtés de deux petits anneaux, destinés à recevoir les liens à 'aide desquels on fixe quelquefois l'instrument dans l'urètre, et qui, dans tous es cas, servent à le tenir et à le diriger avec plus de sûreté. A quelques lignes lu bec , existent deux ouvertures , percées sur les côtés de l'instrument , et à )eu de distance l'une de l'autre : on les nomme les yeux; elles servent à recevoir

l'urine, qui, de la vessie, doit être transmise au-dehors. Toute la surface externe de l'algalie doit être parfaiteovent lisse , polie; et quelquefois, afin de diminuer encore l'impression désagréable qu'elle produit sur l'urètre , on est obligéde lui donner, avant de l'introduire, et bien qu'elle soit enduite d'un corps gras , une température égale à celle du corps.

Les algalies flexibles ont eu d'abord pour base un fil d'argent , contourné en spirale, et revêtu à ses deux surfaces d'une peau fine et lisse, maintenue en place à l'aide d'une matière adhésive. Après de longs essais, on arriva à fabriquer ces instrumens , en roulant autour d'un mandrin une toile résistante ou du drap solide, qu'on enduisait ensuite de couches successives d'huile de lin destinée à donner aux parois de l'algalie la consistance et le poli dont elles avaient besoin; mais ces sondes, prétendues en gomme élastique, étaient friables, à parois épaisses, disposées h se rompre dans toutes leurs parties , et spécialement à l'endroit des yeux, qu'on y perçait après coup, au moyen d'un fer incandescent. Leurs imperfections ont successivement disparu, grâce à l'habileté de feu Féburier , qui a trouve dans M. Verdier un digne successeur.

Les algalies flexibles , qu'on préfère aujourd'hui , sont formées d'abord d'un canevas serre , de soie fine , solide et résistante. Les yeux doivent être d'abord ouverts en points d'œillet, afin d'éviter que l'instrument ne soit affaibli par leur présence; et on le renforce à l'extrémité du bec , pour que le mandrin ne le perce pas aussi facilement. Une tige de cuivre sert de moule à l'instrument, et lui donne la forme et les dimensions qu'il doit conserver. Le caoutchouc, ou gomme élastique , dissous en proportion convenable dans un menstrue approprié, est ensuite étendu à diverses reprises sur le canevas de l'algalie , qu'il pénètre , et auquel , en se desséchant , il communique une certaine solidité. Après chaque couche, l'instrument est placé dans l'étuve , puis passé à la pierre ponce, afin que, d'une part, la pénétration soit plus complète, et que, de l'autre, sa surface demeure plus lisse et plus polie. Les bonnes algalies ont un poli plutôt doux que brillant ; leur souplesse doit être telle , qu'on puisse les reployer dans tous les sens , et même nouer leurs extrémités , sans les gercer ni les rompre. 11 importe que leurs parois , sans être trop' dures, présentent assez de force pour résister à la pression des tuniques de l'urètre , et pour les maintenir écartées. Si , à ces qualités , elles réunissent l'avantage de présenter un tissu peu épais , et un canal central considérable , en proportion de leur grosseur, elles ne laissent presque rien à désirer.

11 est à remarquer, toutefois , qu'à raison de la difficulté attachée à la dissolution, et surtout à la dessiccation du caoutchouc, plus sans doute qu'à cause du prix de cette substance, quelques ouvriers en sont trop avares, et n'en placent que des couches trop minces et insuflisantes à la surface des algalies. Cette parcimonie a pour effet de laisser le tissu sous-jacent trop à nu, et de l'exposer à être trop promptement attaqué par l'urine et par les principes qu'elle contient. Lne fabrication mieux entendue et plus consciencieuse produirait des instrumens mieux polis , plus durables, plus élastiques; et cet objet est assez important pour que , dans le cas même où les sondes ainsi construites s'élèveraient, comme celles des Anglais , à un prix fort élevé , les fabricans en trouvassent, près des chirurgiens habiles , un débit assuré.

Les mandrins qu'on introduit dans les algalies flexibles afin de leur donner une résistance sans laquelle il serait souvent difficile de les introduire , sont ordinairement en fer. Ils se couvrent avec facilité de couches d'oxyde , qui les rendent rugueux , difficiles à faire entrer ou sortir , et susceptibles d'érailler le tissu de l'instrument qui les reçoit. On évite ces inconvéniens en n'employant que des mandrins revêtus à la filière d'une couche d'argent , qui les préserve de toute atteinte, et dont M. Verdier a répandu l'usage dans les hôpitaux aussi bien que dans la pratique civile.

Jusque dans ces derniers temps , la graduation des sondes en gomme élastique ne reposait sur aucun principe fixe. Féburier , un des premiers , mesura leurs diamètres avec exactitude, et les gradua par numéros , de quart de ligne en quart de ligne , depuis le no l , qui n'a qu'une ligne de diamètre , jusqu'au no 13 , qui en a 4. Cet exemple fut généralement imité. En se servant de canevas de soie très-fine, on peut, comme le fait M. 'Verdier , donner aux nos | et 2 un calibre intérieur égal à celui des n»' 3 et 4; ce qui est , en beaucoup de circonstances , d'un très- grand avantage.

Deux objets principaux doivent, après ceux dont nous venons de parler, fixer l'attention du praticien. Le premier est relatif à la direction que doit avoir l'algalie; et le second , au nombre ainsi qu'à la disposition des ouvertures pratiquées près de son bec.

Le caprice des chirurgiens , plutôt que des connaissances anatomiques exactes , a fait varier presque à l'infini l'étendue et l'intensité de la courbure des algalies. J. L. Petit ayant observé que, par leur séjour dans l'urètre, ceux de ces instrumens qui sont métalliques , contondent, enflamment et quelquefois font tomber en gangrène^la portion de ce canal qui correspond au scrotum , imagina de leur imprimer en avant une seconde courbure, opposée à celle de leur bec , et de les replier en forme d'iS". De cette manière , la verge devait être ramenée entre les cuisses; et, le pavillon se trouvant plus pesant que le reste de l'instrument , celui-ci devait, par cela seul, et sans liens extérieurs , être maintenu dans la vessie. Mais les algalies métalliques n'étant jamais destinées qu'à être momentanément placées dans l'urètre, et les praticiens ne plaçant à demeure que des instrumens élastiques et fle.xibles , la double courbure de J. L. Petit est devenue sans objet, et a été abandonnée.

Depuis que la direction de l'urètre a été mieux connue , les algalies dont on fait le plus communément usage sont droites dans les trois quarts antérieurs de leur étendue, et ne présentent , à partir de trois pouces environ du bec, ! qu'une courbure médiocrement alongée, et qui augmente d'intensité à mesure

ALGALIE.

ALIENATION MENTALE.

qu'elle approche de l'extrémité de l'instrument. Cette courbure , modele'e sur celle de la partie sous-pubierine du canal, rend , dans les cas ordinaires , le cathétérisme plus facile et moins douloureux pour le malade. Il est k remarquer que le bec doit être plus relevé chez les enfans que chez les adultes, à raison de l'élévation plus grande de la vessie durant les premiers âges. Il convient également d'augmenter la courbure des algalies , pour les vieillards dont la prostate est tuméfiée et a souvent relevé le col en l'éloignant du rectum.

Ce n'est pas qu'on ne puisse, dans presque tous les cas et chez le plus grand nombre des sujets, parvenir dans la vessie, à l'aide d'algalies parfaitement droites. L'expérience des anciens, et les travaux récens, qui ont eu la lilhotritie pour résultat, démontrent l'exactitude de ce fait. Mais ce n'est jamais, quoi qu'on en ait dit , sans exercer sur l'urètre une certaine violence , qu'on redresse la courbure de sa portion sous-pubienne. L'instrument droit tiraille alors le ligament suspenseur de la verge qu'on est obligé d'abaisser fortement. Pendant ce temps, le bec de l'algalie , parvenu au bulbe appuie sur la paroi inférieure du canal, la froisse, la refoule devant lui en panier de pigeon, et s'arrête facilement, soit au bord antérieur de la prostate, soit au col de la vessie , et quelquefois y opère des fausses routes , en glissant vers le rectum. Si ces parties profondes du canal sont irritées, le cathétérisme avec l'algalie droite devient excessivement douloureux, ou raêmenepeut être exécuté, à raison des contractions spasmodiques qu'il détermine dans les muscles qui les environnent. Les algalies de ce genre n'ont de supériorité réelle que pour franchir les obstacles situés dans la pOrlion libre et droite du canal. Ceux qui sont situés au- delà réclament l'emploi d'instrnmens courbes.

.Quant aux algalies à parois épaisses , à bec conique et construites en platine, elles sont généralement abandonnées. Le cathétérisme forcé, auquel elles étaient destinées , est, comme nous le verrons, une opération trop hasardeuse et qui expose à de trop graves accidens , pour faire partie d'une pratique sage et prudente.

La direction des algalies en gomme élastique ne doit pas moins fixer l'attention que celle des sondes métalliques , les instrumens de ce genre qu'on a courbés sur le mandrin, à l'aide duquel on les place, tendant toujours, après l'extraction de ce tuteur, à reprendre la forme droite. Dès lors aussi, ils fatiguent souvent l'urètre , excitent de la gêne, sont portés au-dehors, et sortent avec une grande facilité. Les Anglais font usage de sondes en gomme élastique, fabriquées sur des tiges métalliques courbes , et qui conservent toujours cette direction. Il est à regretter que ces instrumens ne soient pas plus répandus en France. Une fois introduits dans la vessie , ils y tiennent, pour aiiisi dire , d'eux-mêmes , n'exigent l'emploi d'aucun moyen contentif, et ne sont exposées , ni à s'oblitérer en s'affaissant à l'endroit des courbures urétrales, ni k se casser aussi aisément que les autres. Les malades , d'ailleurs , supportent beaucoup mieux et plus long-temps leur présence sans en être fatigués. Sous tous ces rapports, la différence entre elles et les algalies ordinaires est énorme. Remarquez encore que lorsqu'une algalie droite , quoique flexible , échappe du col de la vessie , les malades ne peuvent la faire rentrer, parce que , se retlressant, son bec arc-boute contre le rebord saillant que forme en bas le repli de la membrane muqueuse , auquel on a donné le nom de sphincter vésical. Les sondes fabriquées courbes, au contraire, conservent leur courbure , et le plus léger effort suffit pour les replacer , parce que leur bec glisse sans effort sur l'obstacle qui retient celui des autres.

Les deux yeu.x. dont la plupart des algalies sont pourvues présentent cet inconvénient grave, que, pour les faire plonger tous deux dans la vessie, il est indispensable d'enfoncer le bec île plus d'un pouce au-delà du col; ce qui expose les parois vésicales à être fatiguées, irritées, et quelquefois ulcérées par son contact. Si , au contraire , on laisse une des deux ouvertures dans l'urètre, elle n'est plus d'aucune utilité pour évacuer l'urine de la vessie, et, en permettant à ce liquide de sortir de l'instrument et de filtrer entre sa surface et les parois du canal, peut contribuer à entretenir le suintement de certaines fistules, et à s'opposer à leur cicatrisation. Un seul œil aux algalies suffit donc pour tous les cas ; on doit le placer trés-près du bec ; et comme il est unique , ses dimensions peuvent être rendues , sans craindre d'affaiblir l'instrument, plus considérables que celles des ouvertures ordinaires.

Dans quelques cas, au lieu d'j^eux latéraux, on coupe les algalies perpendiculairement à leur extrémité , de manière qu'elles ne présentent qu'une ouverture centrale unique. Les instrumens ainsi disposés sont destinés à être slissès sur des bougies plus minces , au delà des rétrécissemens qu'on vient de franchir, et n'ont pas besoin, pour donner issue à l'urine , de pénétrer jusque dans la vessie. Toutes les fois qu'elles doivent aller jusque là , les sondes pourvues d'un seul œil sont aussi avantageuses et plus faciles à introduire.

Lorsque, par l'usage continué d'algalies laissées à demeure dans l'urètre, on se propose de ne dilater qu'une partie limitée de ce canal , les sondes dites à ventre, présentent de grands avantages s\ir celles qui ont dans toute leur longueur le même diamètre. Ces algalies sont faites selon le même procédé que celles dont il a été jusqu'ici question , à l'exceplion qu'on ajoute , dans le canevas primitif, de nouvelles quantités de soie à l'endroit où le renflement doit se trouver. De cette manière, les parties de l'urètre qui doivent être élargies sont convenablement distendues , tandis qu'en avant et en arrière d'elles , aucune dilatation susceptible de les fatiguer n'-cst exercée par l'instrument. La graduation des sondes à ventre se mesure par le diamètre de leur renflement. Il convient d'en avoir où celui-ci soit placé à des distances variables du bec ou de l'extrémité opposée, afin de pouvoir , avec elles . agir à volonté sur toutes les parties coarctées du conduit.

De quelque genre d'algalies qu'on ait fait usage , il faut , lorsqu'on se propose

de laisser ces instrumens à demeure , veiller à ce que leur bec ne dépasse que le moins possible le niveau du col de la vessie. Pour cela , l'urine s'écoulant par la cavité de la sonde , on retire celle-ci jusqu'à ce que le liquide cesse de sortir; puis , on l'enfonce de nouveau , avec précaution , et l'on s'arrête à l'instant où l'écoulement reparaît. C'est à ce point que l'instrument doit être fixé. Alors , en effet , son œil dépasse le niveau du col, et peut recevoir l'urine, mais son bec n'est pas plongé assez avant pour exercer sur les parois vésieales aucune action défavorable.

Divers moyens ont été employés pour fixer lés algalies ; un de ceux dont on fait le plus communément usage consiste à placer à la racine de la verge un bourrelet en gomme élastique , fixé lui-même , à l'aide de cordonnets et de souscuisses, à une ceinture que porte le malade. A ce bourrelet, viennent s'attacher les extrémités de deu.x. cordonnets noués fortement, par leur partie moyenne à l'extrémité de la sonde. Mais de cette manière, le pénis , étant libre, se recourbe parfois, et l'instrument tend à sortir ; les cordons, d'ailleurs, étant dépourvus d'élasticité, ne se prêtent point à Talongement de l'organe durant l'érection, et il peut en résulter de la gêne pour le malade. Ce moyen , toutefois, est un de ceux qu'on emploie avec le plus d'avantage. Cependant , quelques personnes préfèrent encore se servir du cordonnet de coton ; elles prennent une mèche de cette substance , longue d'un pied , du volume d'une plume à écrire, la fixent par sa partie moyenne , à l'aide d'un double nœud , sur la sonde , à six lignes , environ , de l'extrémité du gland ; les deux chefs du cordon sont ramenés ensuite en arrière etnoués au-delà de la face dorsale du gland , que l'on a préalablement recouvert en ramenant sur lui le prépuce. Après ce nœud , les deux extrémités de la mèche contournent l'organe , et sont une seconde fois noués, à sa face intérieure , en passant deux fois l'un d'eux dans l'anse formée par l'autre , ainsi qu'on le pratiquait autrefois pour la ligature des vaisseaux. Ils sont ensuite reporte's vers l'algalie, sur laquelle on les arrête, au-dessus du premier nœud, en entourant plusieurs fois l'instrument, et en les attachant fortement ensemble. De cette manière , la sonde est solidement fixée ; aucune déviation ne saurait provoquer sa sortie; et comme le nœud inférieur n'est formé que d'une double anse de coton , il cède durant l'érection du pénis , ce < qui évite l'étranglement de cet organe. Enfin, le volume de la mèche ellemême s'oppose à ce qu'elle blesse les parties qu'elle embrasse. Si le malade, est obligé de garder le lit, on peut laisser à l'algalie sa longueur primitive, afin qu'elle s'adapte mieux à l'urinoire, et que le linge et le lit soient maintenus plus secs et plus propres. Si , au contraire , le malade se lève, on peut couper l'algalie à quelques lignes au-delà du nœud formé par les liens qui la retiennent, ce qui rend sa présence moins embarrassante. Dans l'un comme dans l'autre cas, il convient de fermer l'extrémité de l'instrument à l'aide d'un obturateur convenable, afin d'e'viter que l'urine ne s'écoule continuellement, et que l'air, en pénétrant incessamment dans la cavité de l'organe , ne détermine une inflam. mation plus ou moins vive de la membrane muqueuse, {l^oj-ez Cathktérisme et les articles relatifs aux maladies des voies urinaires. )

( BÉGiN et Lallemand. )

ALGIDE , adj., algidus , glacé ^Jîèvre algide. Quelques auteurs ont donné If nom de Jièure intermittente pernicieuse algide , aux maladies intermittentes offrant pour principal symptôme le froid glacial de la peau et des membres Mais ce symptôme pouvant se présenter dans plusieurs maladies, n'est pai conséquent propre à en caractériser aucune. On l'observe en effet au début des, accès de toutes les maladies intermittentes accompagnées d'une violente douleur, soit dans la région du cœur, soit dans celle do l'estomac , et il persiste quelquefois pendant tout l'accès lorsque la douleur elle-même ne diminue pas. En général , toute douleur violente et subite , dans un organe important intermittente ou non , en est accompagnée. On l'observe aussi quelquefois ei l'absence de cette douleur , lorsqu'une congestion forte et brusque vien à s'opérer sur un organe principal.

Ces motifs suffiraient donc déjà pour faire répudier du langage de la scienci l'expression de fièvre algide , si une raison plus puissante encore n'en com mandait le rejet. 11 n'est plus permis aujourd'hui de dénommer une maladie pa ses symptômes, quelque importans et constans qu'ils soient ; c'est de son siège e de sa nature qu'elle doit tirer son nom. S'il est encore des affections qu se dérobent à cétte nomenclature , il ne faut pas en augmenter le nombre san nécessité; tous les efforts doivent tendre au contraire à le restreindre.

Nous pourrions ajouter que le simple bon sens repousse l'alliance des mol Jièure elalgide, puisque, traduils littéralement, ils sign\Renl chaleur glacée , c qui est absurde; mais ce qui précède suffit pour faire sentir la nécessité di| renoncer entièrement à leur emploi.

Le froid glacial de la peau des membres peut réclamer l'emploi de quelque moyens spéciaux propres à le faire cesser, quelle que soit la mal.idie dont dépende; ainsi il est presque toujours avantageux de le combattre par det frictions sèches ou alcooliques et aromatiques, et par l'application, sur toutl" corps, de linges chauds, de flanelle et de taffetas gommé; mais il ne faui jamais perdre de vue la maladie qui le provoque, ni oublier que le meilleui moyen de le faire cesser est de la combattre et de la détruire.

( L. Ch. Roche. )

ALIENATION MENTALE (Folie) , vésanie de quelques auteurs, stultitù vesania , furor, morhi mentales , alienatio mentis , est un terme générique comprend plusieurs états particuliers, dont les symptômes principaux sontdi dérangemens dans l'exercice des facultés intellectuelles, morales et affective!^ A ces symptômes se joint, dans un grand nombre de cas, une altératiol variable des sensations , des perceptions et des mouvemens volontaires.

En d'autres termes , les phénomènes essentiels observés dans l'aliénalioj

ALIÉNATION MENTALE

ALIÉNATION MENTALE

mentale portent sur les principales fonctions du système nerveux, l'intelligence , la sensibilité et les mouvemens.

Le désordre des mêmes fonctions se rencontre souvent porté au plus haut degré de violence , dans un certain nombre de phlegmasies qu'on a distinguées des maladies mentales, la méningite , V encéphalite ; il est possible que la principale différence consiste dans l'intensité des symptômes et la gravité des altérations qui causent ces dernières.

Il est certain que souvent ces affections si graves , si aiguës dans le principe, se modèrent bientôt et dégénèrent en véritable aliénation dont elles ont formé la première période.

Quelques fièvres dont la véritable nature n'est pas encore fixée offrent aussi parmi leurs symptômes le désordre de la sensibilité, de l'intelligence et des mouvemens volontaires ; elles diffèrent essentiellement de la folie par l'altération profonde des fonctions organiques. Personne ne confondra ce qu'on appelle fièvre ataxique avec l'aliénation mentale ; il arrive pourtant quelquefois encore que les symptômes généraux les plus alarmans de ces fièvres étant dissipés, elles se transforment ou se terminent en véritable aliénation mentale.

Ce qui caractérise donc essentiellement l'aliénation mentale , c'est le trouble des facultés intellectuelles , compliqué ou non de celui des sensations et des mouvemens, sans altération profonde et durable des fonctions organiques.

Des recherches historiques sur l'aliénation montrent que son étude a longtemps été influencée par les préjugés. Plus souvent que la plupart des autres maladies , elle a été attribuée à des influences surnaturelles ; on retrouve d'ailleurs dans les travaux publiés à diverses époques sur l'aliénation les deux caractères principaux qu'on remarque dans tous les écrits sur la médecine; tes uns dictés par l'esprit d'observation nous offrent des tableaux exacts, et qui ne pourront cesser de l'être que lorsque la nature ne sera plus constante à ses lois : l'utilité de ces ouvrages ne peut périr ; les autres , au contraire , tristes fruits de l'esprit de système , contiennent toutes les folies qu'il peut réaliser , et qui , à l'honneur de notre siècle , ne pourraient être rappelées aujourd'hui sans provoquer le rire ou la pitié.

Que penser , en effet , de la couleur noire ou au moins très-obscure des esprits animaux par suite de laquelle l'âme ne peut plus voir à travers eux , comme à travers une eau limpide ou une glace bien polie? Que dire de l'altération de ces mêmes esprits passés à l'aigre ou devenus aussi acres que les eaux du Styx? bien entendu que ces eaux contiennent du nitre , du vitriol, de l'arsenic et du vert de gris. Quel fruit tirer des travaux qui expliquent comment ^es parties salino-acides du sang s'échauffent au point de contracter les proriétés de la poudre à canon , d'où l'explosion du délire ?

Le seul' avantage véritable qu'on puisse tirer de ces tristes monumens de 'esprit de système , est de se surveiller avec la plus sévère attention pour s'en arantir, de se borner à décrire ce qu'on voit et de n'obéir qu'avec une xtrême réserve à l'envie d'expliquer : on pourrait eu y cédant imaginer des ilhéories mieux conformes aux idées du temps , aux progrès de la science ; leur itilité n'en serait pas plus grande.

Dans la description que je vais tracer , je m'en tiendrai rigoureusement à ce pe démontre l'observation.

J'exposerai les symptômes de la folie, les divisions détruites de ces sympjômes , les formes particulières et diverses de cette maladie , ces causes , sa marche , ses terminaisons ; la proportion des guérisons , des cas incurables et [le la mortalité; l'histoire des altérations observées chez les fous, ou l'anatomie Pathologique de l'aliénation, son diagnostic, ses pronostics, son traitement; t si j'essaie dans le cours de ce travail de montrer le rapport qui existe entre es désordres fonctionnels et l'altération des organes, ce ne sera pas certaiuc- :scnt pour expliquer ce qui sera sans doute toujours inexplicable, le mécaisme du délire.

Ce travail devant être surtout pratique , je ne traiterai pas avec le même jeveloppement tous les articles que je viens d'énumérer ; j'accorderai plus 'importance et d'extension à ceux qui me semblent d'une application plus nmédiale au traitement.

Symptômes de l'aliénation mentale. — Toutes les divisions de l'aliénation fentale en classes, espèces, etc., etc., proposées jusqu'à présent, portent tclusivement sur les formes symptomatiques; dans tout établissement spécial ; classement des aliénés , objet de première importance pour le bon ordre et is ! succès du traitement, doit être fixé d'après l'espèce de l'aliénation ; l'étude ( ■ es symptômes de cette maladie est donc un objet de première importance It (jour le classement et le traitement des malades.

IPour mettre quelque ordre dans cette étude , je parlerai séparément , ' des symptômes fournis parla sensibilité, c'est-à-dire, relatifs aux impresons , aux sensations et aux perceptions ; 2° des symptômes relatifs aux cultés intellectuelles , morales et affectives ; 3» enfin des symptômes fournis >r l'appareil locomoteur.

i PREMIER ORDRE DE STMPTÔMES FOURNIS PAR LA SEKSIBILITB.

1 Ces symptômes très-nombreux et très-variables consistent le plus souvent en ;rceptions fausses ; mais tantôt ces fausses perceptions dépendent d'un arran- ;meut dans les organes affectés à recevoir les impressions , tantôt ces organes lut anatomiquement et physiologiquement dans leurs conditions normales; lais les nerfs conducteurs des impressions, les parties plus profondes destinées ïes percevoir ont subi un dérangement en vertu duquel, sans l'action d'aucun citant extérieur, de fausses perceptions ont lieu. Il faut encore signaler cette fférence dans les fausses perceptions , qu'elles se rapportent aux sensations éciales , ou bien à la sensibilité générale.

DtCT. DE MÉDECINE ET DE CfllRrRCIE PRATIQUES.

Fausses perceptions relatives aux sensations spéciales. — Les auteurs contiennent des exemples de toutes ces espèces de fausses perceptions ; je parlerai d'abord de celles qui, relatives aux sensations spéciales , dépendent du dérangement des organes affectés à recevoir les impressions.

Fausses perceptions ai'ec altération des organes affectés à recevoir les impressions. — Il n'a fallu dans quelques cas que couvrir les yeux de malade^ qui voyaient des spectres, des monstres , et entraient par suite dans un délire convulsif , pour faire cesser à l'instant même le délire qui reparaissait aussitôt que les yeux étaient ouverts. Reil et M. Esquirol citent des exemples de ce genre. Ils se présentent souvent lorsqu'un organe des sens est le siège de quelque maladie. L'ophthalmie , l'ozène, l'otite en sont bien souvent la principale cause ; néanmoins les perceptions fausses qui arrivent dans ces cas supposent une certaine altération dans l'organe de l'intelligence ou au moins une très-grande susceptibilité à s'altérer sous l'influence d'une cause excitante ; car beaucoup de personnes peuvent, par suite des mêmes maladies des organes des sens, éprouver des impressions fausses, mais elles en reconnaissent aisément l'illusion.

Plusieurs malades qui sont poursuivis de propos injurieux, d'invectives outrageantes, se bouchent d'eux-mêmes les oreilles pour goûter quelque tranquillité. Un de ces malheureux, que j'ai observé, avait fait entrer avec effort dans chaque oreille un gros noyau de prune. Il garda ces corps étrangers pendant plusieurs mois sans se plaindre ; le même aliéné , poursuivi d'odeurs infectes , avait l'habitude de se boucher les narines avec de l'herbe, du linge, des pièces de monnaie.

Lorsqu'il suffit de boucher les yeux , les oreilles , les narines pour faire cesser les perceptions fatigantes qui avaient lieu pendant l'action de ces parties, il est bien évident que c'est aux organes extérieurs de la vue, de l'ouïe, de l'odorat qu'il faut rapporter ces symptômes. 11 n'est pas toujours aussi facile de distinguer si les fausses perceptions relatives à l'organe du goût dépendent ou non de l'organe lui-même : car, lors même que nous ne mettons en contact avec lui aucune substance extérieure , un enduit morbide de la langue , la fongosité des gencives , la carie des dents peuvent nous procurer des sensations bien réelles; cependant, lorsque les dents, les gencives sont en bon état, la langue nette, la poitrine et l'estomac sains, chez un aliéné qui se plaint qu'on lui fait avaler de l'arsenic , du verre pilé, il est difficile de ne pas rapporter ces fausses sensations à celles qui , étrangères aux organes extérieurs des sens, ont lieu sans leur concours et sans celui d'aucun excitant extérieur.

Fausses perceptions sans altération des organes affectés à recevoir les impressions. — Ce second genre de fausses perceptions a été soigneusement étudié et distingué du précédent par M. Esquirol, qui a proposé de lui réserver le nom d'hallucination. Il définit ce mot , sensation perçue alors que nul objet extérieur propre à l'exciter n'est à portée des organes des sens.

Ce second genre de désordres , beaucoup plus commun que le précédent , se présente sous toutes les formes possibles. On a vu plusieurs fois des aveugles, des sourds offrir des hallucinations relatives à l'ouïe , à la vue. La plupart des individus qui ont des hallucinations en souffrent ordinairement plus dans la solitude, dans les ténèbres , au sein du silence, lorsque tous leurs sens sont dans un état complet de repos, que dans les circonstances opposées. Sans doute les distractions, les sensations véritables qu'ils éprouvent dans la société d'autres hommes peuvent modérer ces accidens ; mais les distractions les plus fortes, la convei-sation la plus animée ne diminuent pas toujours leur intensité : l'aliéné qui vous parle s'interrompt , troublé par les hallucinations ; il répond aux voix qui l'interpellent , il contemple un objet qui n'existe pas , cherche à fuir des odeurs, des saveurs importunes ; quelques-uns se sentent frappés de corps invisibles, d'autres sentent fuir de leurs mains un corps qu'ils croyaient y tenir.

Tantôt les hallucinations sont relatives à un seul genre de sensation, tantôt elles en comprennent plusieurs , quelquefois toutes. Les plus communes me semblent celles qui sont relatives au sens de l'ouïe; viennent ensuite celles de la vue, puis celles de l'odorat et du goût, qui se trouvent souvent réunies; enfin celles de l'organe spécial du toucher sont sans contredit les plus rares.

Darwin pense que les hallucinations proviennent de l'inflammation de l'origine du nerf de la sensation. Suivant M. Esquirol, « les prétendues sensa- » fions des hallucinés sont des images , des idées, reproduites par la mémoire , » associées par l'imagination et personnifiées par l'habitude. L'homme donne « alors un corps aux produits de son entendement , il rêve tout éveillé ; mais » chez celui qui rêve , les idées de la veille se continuent pendant le sommeil, » tandis que celui qui est en délire achève son rêve pendant qu'il est éveillé « {Dictionnaire des sciences médicales , Hallucination).» Malgré le respect et la déférence que je professe pour les lumières et l'autorité de M. Esquirol, je ne puis partager cette manière d'envisager les hallucinations. Plusieurs raisons m'empêchent de les considérer comme un travail de l'imagination qui reproduirait des idées anciennes et leur donnerait de la réalité.

lo. Souvent les hallucinations ne fournissent pas de sensations précises et déterminées comme celles que nous rappelle la mémoire : l'halluciné voit seulement des objets confus ; des sons vagues frappent son oreille.

2". Chez beaucoup d'hallucinés , quelles que soient la diversité , la succession rapide des écarts de l'imagination, les hallucinations restent bornées à une seule sensation , se reproduisent constamment les mêmes ; le malade entendra toujours la même voix, verra la même figure, souffrira de la même odeur, etc.

3°. Tout le délire des malades roule exclusivement, dans bien des cas, sur la fausse sensation. Tous les écarts de l'esprit n'en sont que la conséquence ;

ALIÉNATION MENTALE

lorsqu'ils sont guéris, ces malades vous disent : j'ai vu, j'ai entendu aussi distinctement que je vous vois , que je vous entends , tandis qu'en même temps ils savent bien rendre compte des erreurs de leur imagination.

4». Chez quelques aliénés , les hallucinations ont précédé le délire , elles ont été dans le principe reconnues par les malades pour de fausses perceptions ; combinées plus tard avec le dérangement intellectuel, elles ont été regardées comme réelles.

50. Enfin on trouve assez souvent dans les cas d'hallucination une altération du nerf destiné à transmettre les impressions , et quoiqu'on ne puisse concevoir comment l'altération du nerf optique, par exemple, détermine des perceptions fausses çelatives k la vision , pas plus qu'on ne conçoit comment la maladie d'un nerf du mouvement, une névralgie détermine des mouvemens musculaires sans l'influence de la volonté, on peut bien croire que l'altération du nerf est la seule etvéritable cause de l'hallucination, quoique dans l'état sain la volonté soit la seule cause des mouvemens volontaires, comme les excitans extérieurs , les impressions sur les organes des sens sont dans l'état sain et pendant la veille les seules causes naturelles de toute sensation , de toute perception. Il y a encore cette analogie dans ces deux cas , que la névralgie d'un nerf du mouvement n'empêche pas ordinairement l'influence de la volonté sur ce nerf, et par suite sur les muscles , et que l'altération d'un nerf sensitif qui produit les hallucinations n'empêche pas davantage la perception des impressions sensoriales , quoique souvent elle les trouble et les traverse.

Ainsi , pour moi, les hallucinations sont liées à la lésion des parties nerveuses intermédiaires aux organes des sens et au centre de perception, ou à l'altération des parties cérébrales auxquelles aboutissent ces nerfs des sensations. Elles sont chez les aliénés ce qu'elles sont chez quelques personnes qui les éprouvent, quoique jouissant de toute l'intégrité de leurs facultés intellectuelles, des efiets d'une lésion indépendante de l'intelligence ; mais une intelligence saine les apprécie pour ce qu'elles sont , une intelligence malade les confond avec la réalité.

Au reste , quel que soit le point de départ organique des hallucinations , elles sont gaies , tristes , capables d'inspirer des sentimens de bienveillance ou d'armer d'un instrument homicide la main de l'insensé. Leur efifet sur l'esprit de ces malades est tout aussi réel , tout aussi positif que les impressions que nous percevons sous l'influence d'excitans extérieurs.

Un écclésiastique confié à mes soins a des hallucinations de l'ouïe : il entend sans cesse des voix qui le menacent de le chasser de la maison , de le mettre à la porte. Cet homme a reçu une éducation soignée. Il a cultivé les sciences naturelles. Je cherche , en lui rappelant ce qu'il a pu lire sur les erreurs de nos sensations, à lui inspirer des doutes sur la réalité des injures, des menaces 'qu'il croit entendre ; à tout ce que je lui adresse dans ce but , il répond : Hé ! Monsieur , je dois donc douter aussi de tout ce que vous me dites , je dois douter que je vous vois , que je vous entends.

Je ne multiplierai pas les exemples particuliers de ces nombreux désordres; ce que j'ai dit sufllt sans doute pour en donner une idée exacte. Je passe aux fausses perceptions étrangères aux sensations spéciales, et relatives à la sensibilité propre de toutes nos parties.

Fausses perceptions relatives à la sensibilité générale. — Ces désordres , depuis les plus simples et les plus circonscrits jusqu'aux plus compliqués et aux plus généraux, se rencontrent à chaque instant dans des maladies mentales. Sans doute les aliénés qui croient avoir dans la tête , la poitrine , le ventre , un animal qui les dévore , doivent être rangés parmi ceux qui souffrent de perceptions fausses aussi bien que ceux qui croient n'avoir plus de tête , d'estomac , de cœur , et qui éprouvent d'ailleurs les sensations les plus étranges. Sans doute, ceux qui croient avoir le diable dans le corps sont encore victimes de sensations fausses.

Dans bien des cas , ces fausses perceptions résultent évidemment d'un état de souffrance des parties auxquelles elles sont rapportées. Il existe des symptômes locaux du dérangement qui les cause; on trouve à l'ouverture du corps les traces de ce dérangement. Ce sont plutôt alors de faux jugemens sur des perceptions véritables que des perceptions fausses. Il me semble convenable néanmoins d'en parler ici , attendu que sans cet état de douleur de quelques parties, le délire de l'insensé prendrait une autre direction, pourrait plus aisément s'apaiser, et qu'un des moyens les plus puissans d'arriver à ce but est de faire cesser, quand on le peut , les douleurs qui en imposent aux malades.

Dans d'autres cas, ces fausses perceptions ont lieu sans aucun dérangement appréciable dans les parties auxquelles elles sont rapportées, et peuventdépendre , à en juger par analogie , d'une altération dans les nerfs chargés de transmettre les impressions dans les parties qui les perçoivent. L'exemple si connu des douleurs rapportées à une partie enlevée par l'amputation ne laisse pas de doutes à cet égard.

Ainsi , nous diviserons les fausses perceptions relatives à la sensibilité générale comme nous avons divisé celles relatives aux sensations spéciales. Les premières correspondent à une altération des parties auxquelles elles sont rapportées ; les secondes , à l'altération des nerfs chargés de transmettre les impressions.

Fausses perceptions avec altération des parties auxquelles elles sont rapportées. —M.. Esquirol (art. DÉMOMOMAmE du Dict. des se. méd.) rapporte plusieurs cas de cette espèce ; chez une de ces malades , il existe une tension considérable des muscles de l'abdomen, qui lui-même est très-sensible au toucher. ..... Le diable , dit-elle , a placé une corde depuis le pubis jusqu'au sternum ,

ce qui l'empêche de rester debout; le démon est dans son corps, la brûle, la pince , lui mord le cœur , déchire ses entrailles , etc. Parmi les altérations notées

à l'ouverture du cadavre, on remarque : sérosité dans le péricarde, avec lequel adhèrent l'oreillette droite et la pointe du cœur ; épiploon atrophié et parsemé de points noirs ainsi que tout le péritoine. Tous les viscères abdominaux, adhérens fortement entre eux, ne formaient qu'une masse d'un aspect brunâtre , etc. , etc.

Il semble évident que la femme dont il est question dans cette observation ne crut avoir le diable dans le corps , le cœur rongé par lui , une corde tendue du sternum au pubis , que parce que les sensations douloureuses causées par la péritonite, la péricardite se combinant avec son délire dans lequel domine la superstition , elle attribue au diable les douleurs , la tension qui résultent de l'altération chronique du péricarde et surtout du péritoine.

La plupart des observations suivantes du même article offrent des détails d'un haut intérêt. Dans l'une, la démonomaniaque croit qu'elle n'a plus de corps, il a été emporté par le diable ; elle dit qu'elle ne sent plus rien. M. Esquirol a traversé la peau de son bras avec une épingle sans qu'elle parût éprouver de la douleur. Une autre croit que le diable couche avec elle; elle éprouve habituellement des douleurs de matrice. N'est-ce pas l'absence de sensibilité qui persuade à l'une de ces aliénées qu'elle n'a plus de corps ? les douleurs de matrice, les douleurs générales qu'éprouve l'autre, ne sont-elles pas encore les germes des idées particulières qui composent le délire ? C'est de la même manière que nous avons vu précédemment une altération de l'œil, du nez, de l'oreille troubler les impressions relatives à ces organes et déterminer des perceptions fausses. Toutes ces perceptions seraient jugées pour ce qu'elles sont par un homme sain d'esprit; un esprit superstitieux malade les métamorphose en œuvres du diable.

Cet homme n'offi-e-t-il pas un exemple bien remarquable du délire le plus étrange, influencé manifestement par l'absence de sensibilité de la peau, absence ou modification marquée de la sensibilité viscérale?

J'ai sous les yeux un homme qui se croit mort depuis la bataille d'Austerlitz, à laquelle il a assisté et reçu une blessure grave. Son délire est fondé sur ce qu'ilne reconnaît plus , ne sent plus son corps; lorsqu'on lui demande des nouvelles de sa santé, il a coutume de répondre:Vous demandez comment va le père Lambert, mais le père Lambert n'y est plus ; il a été emporté d'un boulet de canon à la bataille d'Austerlitz. Ce que vous voyez là n'est pas lui, c'est une machine qu'ils ont faite à sa ressemblance et qui est bien mal faite ; faites-en donc nne autre. Jamais , en parlant de lui-même , il ne dit moi, mais cela. Cet homme est plusieurs fois tombé dans un état complet d'immobilité et d'insensibilité qui durait plusieurs jours. Les sinapismes , les vésicatoires appliqués contre ces accidens n'ont jamais déterminé le moindre signe de douleur. Souvent il a refusé de manger, disant que ça n'en avait pas besoin , que d'ailleurs ça n'avait pas de ventre.

J'ai souvent exploré la sensibilité de la peau chez cet homme , je lui ai pincé les bras, les jambes sans qu'il manifestât la moindre douleur. Pour être pluS; certain qu'il ne la dissimulait pas , je l'ai fait piquer vivement par-derrière, tandis que je lui parlais ; il ne s'en est pas aperçu.

D'autres lésions de la sensibilité se présentent assez souvent chez les aliénés <> on en voit se déchirer à belles dents , s'entamer les chairs avec les ongles sam manifester la moindre douleur. Quelques-uns mangent leurs excrémens avél avidité, d'autres mangent de la paille, de l'herbe, etc. M. Esquirol cite Texemplfil d'une idiote qui , ayant un bouton à la joue, se mit à le gratter et continua cettri opération jusqu'à ce qu'elle eût troué la joue. Ce trou fait, elle l'agrandissaii en le tiraillant continuellement avec le doigt.

Un de mes malades , plongé dans un état profond de démence , mangeai souvent de la paille ; je le trouvai un jour, l'index profondément introduit dan la bouche et tellement serré entre ses dents qu'il fallut des efforts pour le retirei Ce doigt était mordu jusqu'aux os dans plusieurs places; le malade n'en témoi ' gnait aucune douleur.

C'est ici sans doute qu'il convient de parler de la faculté que possèdent quel ques aliénés de supporter, sans en souffrir, les extrêmes du chaud et du froi( Quelques auteurs l'ont alléguée comme générale aux insensés ; ceci est un erreur : le plus grand nombre n'offre pas sous ce rapport de différence sensib avec les autres hommes. D'autres l'ont niée tout-à-fait; mais il est certain qi plusieurs de ces malades supportent, sans paraître en souffrir et sans en éprouvi le moindre dommage, le froid le plus excessif. Rush cite, d'après le doctei Currie, l'exemple d'une jeune femme qui dormait toute une nuit sur le planch de la chambre par un froid assez intense pour geler l'eau et le lait qui étaie sur la table. J

J'ai vu moi-même un jeune homme d'une fureur aveugle coucher nu sur 1 plancher de la chambre plusieurs nuits de suite par les froids les plus rigo I reux. Jamais il n'a éprouvé la moindre indisposition, pas même un coryj I Plusieurs s'exposent nus aux ardeurs du soleil; on en voit fixer leurs regar m sur cet astre. . , ^ 1

J'ai observé, à des époques différentes, ce dernier phénomène chez de 1 de mes malades ; l'un d'eux se promenait des heures entières sur la longue I d'une cour, les yeux constamment fixés sur le soleil sans les détourner mêi M lorsqu'il était obligé de revenir sur ses pas. La vision n'est nullement affaihljB chez ce malade; immédiatement après avoir fixé le soleil le plus ardent du !&«■ de juillet, il a lu aussi facilement qu'il lui est possible dans un livre imprii*B en caractères très-fins.

La plupart des insensés aiment passionnément le tabac. Ils fument , chiquf et surtout prisent avec fureur. J'ai vu une jeune imbécile prendre tout ce qu voulait lui donner de tabac ; lorsqu'elle ne pouvait plus en introduire dans narines, elle mangeait avec délices ce qui lui restait.

Les fausses perceptions relatives k la sensibilité gcucrale indépeudai .

ALIENATION MENTALE.

ALIIÊNATION MENTALE.

l'une altération des parties auxquelles elles sont rapportées , me semblent plus rares que celles dans lesquelles cette altération existe. Nous avons vu que c'était e contraire pour les fausses perceptions relatives à la sensibilité spéciale.

11 n'est pas rare que ces divers genres de désordres se trouvent réunis chez le même malade. La plupart des aliénés qui éprouvent de fausses perceptions les attribuent , suivant leur degré d'instruction, leurs préjugés, la tournure de leur esprit, les impressions particulières qu'ils peuvent avoir reçues , aux sorciers , au démon , à la police , à la physique , à la chimie.

Un de mes malades , d'un esprit faible , superstitieux , croit avoir le diable dans le ventre ; long-temps il a cherché comment il pouvait y être entré et s'est enfin arrêté à l'idée que son père l'a vendu au diable, par-devant notaire, moyennant la somme de 1,200 francs. 11 est vrai qu'avant de tomber malade ce jeune homme a accompagné son père chez un notaire , où ils trouvèrent un étranger qui remit au père du malade la somme de 1 ,200 fr. et disparut ensuite jen cabriolet. C'était par un temps fort chaud; ce jeune homme prit , en sortant de l'étude du notaire , quelques verres de mauvais cidre , éprouva dans le ventre des douleurs qui ne l'ont pas quitté depuis ; c'est à ce sujet qu'il crut ce que j'ai dit précédemment.

Je n'étendrai pas davantage la description de ces divers désordres; j'ajouterai seulement qu'on ne saurait , à mon avis, dans la pratique des maladies mentales, accorder trop d'importance à l'étude des lésions variées de la sensibilité, faire trop d'attention aux fausses perceptions de toute espèce.

On peut être aisément convaincu en lisant les écrits des meilleurs observateurs, que les aliénés les plus dangereux pour eux-mêmes et pour les personnes qui les soignent sont ceux qui éprouvent quelqu'une de ces fausses perceptions; l'un entend une voix qui lui dit : Tue-le !• tue-les ! Il résiste quelque temps à cette impression, 6nit par croire que c'est un ordre suprême ; il veut y obéir. Un autre n'est porté au suicide que pour se soustraire au supplice de ses hallucinations. Celui-là a entendu Dieu lui-même lui imposer la défense démanger, lil se laisse mourir de faim. Je ne crains pas d'être démenti en affirmant que, itoutes choses égales d'ailleurs, on doit beaucoup plus se défier d'un aliéné qui éprouve de fausses perceptions, et par conséquent exercer sur lui une surveillance plus immédiate et plus constante.

On doit encore tenir compte des accidens pour établir un traitement convenable. On sent de quelle importance il doit être de détruire, s'il est possible , une des causes qui fomentent et fertilisent le délire , qui , dans certains cas , suffit à elle seule pour le déterminer. Par conséquent, toutes les fois qu'un malade éprouvera de fausses perceptions, on devra étudier avec le plus grand soin l'état des organes auxquels il les rapporte et faire tous ses efforts pour remédier aux dérangemens qu'ils peuvent offrir.

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