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TROISIÈME ORDRE DE SYMPTOMES. DESORDRES DU MOUVEMENT

Ces désordres sont de plusieurs espèces : les uns consistent dans une altération passagère et locale, les autres dans une altération générale et persistante des mouvemens volontaires.

Chez beaucoup d'aliénés les mouvemens acquièrent une énergie, une vigueur extraordinaires; un besoin irrésistible de courir, d'agir, de sauter se manifeste; ces phénomènes, produits par l'irritation générale que détermine l'affection du cerveau , ne peuvent, sans doute, être regardés comme une altération importante et spéciale; mais quelquefois, pendant les paroxysmes de l'aliénation, les muscles delà face, ceux d'un bras , d'une jambe, sont agités de mouvemens irréguliers , comme convulsifs , bien distincts pourtant des convulsions qu'on peut observer chez des insensés épilcptiques, hystériques , etc. , lesquels , le plus souvent , agitent l'ensemble du système musculaire; ces désordres sont toujours locaux , ils ressemblent davantage aux convulsions névralgiques. Une femme atteinte d'une aliénation intermittente éprouve constamment, dans ses accès, une agitation singulière du bras gauche : soit qu'elle marche ou qu'elle reste en place, qu'elle soit distraite par des questions ou librement abandonnée à son délire, l'avaut-bras, demi-fléchi sur le bras , est dé temps en temps ramené vivement vers le corps , qu'il frappe de petits coups redoublés ; en même temps la main est pendante. Les accès passés, ce membre n'offre aucune irrégularité de mouvement; il semble donc que son agitation désordonnée soit liée au travail morbide d'où résultent les accès de folie.

Quelque temps après un de ses derniers accès, cette femme a été frappée d'une attaque d'hémorrhagie cérébrale, dont le seul symptôme sur les mouvemens fut la paralysie du bras gauche, siège habituel de l'espèce de convulsion que j'ai indiquée.

J'ai observé des mouvemens analogues chez une jeune fille , toutes les fois qu'elle est reprise de ses accès de folie. Mais ce sont des accidens si rares , qu'ils n'ont peut-être pas été rencontrés par tous les observateurs. Il n'est pas étonnant qu'il n'en soit pas question dans les écrits sur l'aliénation mentale.

Il n'en est pas de même (l'une altération autrement grave et très-commune, espèce de paralysie sur laquelle les auteurs anciens n'ont rien dit, que l'illustre Pinel a entrevue , et que M. Esquirol a étudiée avec beaucoup de soin, en s'appliquant surtout k reconnaître son influence sur la marche ultéi-ieure des maladies mentales. Depuis M. Esquirol, le docteur Délaye, dans sa Thèse inaugurale , MM. Eayle et Calmeil, chacun dans un travail particulier, en ont rapporté de nombreuses observations.

Cette altération désignée par les noms de paralysie des aliénés , paralysie générale, incomplète, consiste dans l'affaiblissement général et graduel des muscles soumis a la volouié.

Elle se manifeste dans son principe par l'embarras des mouvemens de la langue : les malades n'articulent plus distinctement ; ils s'arrêtent long-temps sur quelques syllables qu'ils ne franchissent qu'avec effort, ne peuvent plus prononcer quelques lettres , les R par exemple, ou les font rouler péniblement. Bientôt on observe un trouble analogue dans les mouvemens des jambes , des bras , enfin dans tout le système musculaire.

On a dit que cet état commence le plus souvent parla langue : il est possible qu'il commence aussitôt dans les jambes et dans les bras , et qu'il ne détermine pas encore dans les mouvemens de ces parties de changemens appréciables pour l'observateur , tandis que, aussitôt que les mouvemens de la langue n'ont plus toute leur précision, la prononciation est altérée , et l'attention du médecin fixtfj sur ce désordre.

124 ) ALIÉNATION MENTALE

Il faut de l'habitude pour reconnaître les premiers degrés de cet état i i toutes les maisons d'aliénés contiennent un certain nombre de malades qu \ n'offriraient, pour un homme neuf à les observer, aucun désordre dans le i mouvemens , et qui , pour un médecin exercé , sont bien positivement frappéi i d'un commencement de paralysie générale. ;

Au reste , le diagnostic n'est difficile que dans le principe. Lorsque ci i symptôme a fait quelques progrès, l'embarras de la prononciation est trèsi ' sensible; le malade ne peut parler sans que tous les muscles de la face n'en^ , trent en conti-action : la progression est incertaine , vacillante ; les mouvemens » des bras peu assurés : la main maladroite ne peut conserver une position déi terminée, elle tremble constamment. , Ne'anmoins ce n'est pas encore la force des mouvemens qui est perdue autani I que leur précision. Si on demande à un de ces malades de serrer quelque;! objet, il le serre avec force : mais s'il veut exécuter un travail un peu délicat I tailler une plume, enfiler une aiguille, il n'en viendra pas à bout; il pourr: i même à peine boutonner ses vêtemens. S'il veut courir, chacun des sauts doni/l se compose sa course aura une. étendue assez considérable , mais irrégulière; i i déviera souvent à droite et à gauche avant d'arriver à son but. Il n'a aucune i souplesse lorsqu'il court; son tronc, sa têtp , ses bras sont tendus; il retombe o lourdement sur la plante des pieds : cette tension existe aussi dans les muscle! ' de la face; les paupières sont largement ouvertes, les mâchoires serrées. Ce- ! pendant la sensibilité s'émousse , les irritations exercées sur la peau ne sont ] perçues qu'après un certain temps. On observe quelquefois, au de'but de la paralysie générale, un besoin irrésistible d'agir. Un de mes malades , lorsqu'il s commencé à être attaqué de cette complication , ne pouvait rester en place j il marchait du matin au soir avec une extrême rapidité , et semblait entraîné à cet exercice forcé plutôt par un besoin machinal que par une détermination volontaire ; insensiblement sa marche est devenue plus lente , et enfin , au-i jourd'hui elle est tout-à-fait retardée. La paralysie générale est souvent plus prononcée dans un côté du corps que dans l'autre. Quelquefois même les deux côtés du corps offrent d'un jour à l'autre une différence inverse sous ce rapport.!

Si l'on observe avec attention la marche de complication, on y reconnaît deux périodes bien distinctes; dans la première que j'ai seule indiquée jusqu'ici, les mouvemens, quoique incertains, ont encore une certaine vigueur, peut-êtreplutôt une certaine rigidité, qui fait place au bout d.-3 quelque temps à un relâchement, à un état de résolution, sans cesse augmentée, du système musculaire.

Alors les malades ne sont plus capables d'un effort, les traits de la face tombent, j les paupières s'entr'ouvrent péniblement; l'œil est éteint, les mâchoires écartées,, les lèvres pendantes; alors aussi les déjections deviennent involontaires; ces malheureux , c[ui ne peuvent se transporter qu'avec une fatigue excessive d'un^ lieu à un autre , restent habituellement couchés; bientôt la peau s'excorie de tous côtés , et la mort termine enfin celte longue et déchirante agonie.

Il est très-fréquent d'observer dans le cours de ces désordres des attaques de! congestion cérébrale , suivies de convulsions , de coma, qui durent plusieurs! heures et se répètent fréquemment plusieurs jours de suite. Après ces attaques,; l'affaiblissement intellectuel et l'altération des mouvemens , dont les progrèsi sont ordmairement proportionnels, se montrent plus prononcés. Chez plusieursimalades , des intervalles variables d'un état stationnaire dans la marche des symptômes sont interrompus par des attaques de ce genre, à la suite desquelles! les désordres de toute espèce augmentent considérablement, sans jamais rétrograder, et atteignent enfin le dernier degré d'intensité.

Chez le plus grand nombre des aliénés qui présentent cette triste compli-cation, elle ne s'est montrée qu'à la suite des désordres intellectuels; chezj quelques-uns, le début de ces désordres a été simultané; enfin, chez un pelitl nombre, l'altération musculaire semble avoir précédé celle de l'entendement. Une observation , consignée dans la Dissertation inaugurale du docteur Délaye,, prouve que cette espèce de paralysie peut avoir lieu chez des sujets qui ne sonti pas aliénés.

Sjmptoines accessoires. — Si l'on joint aux trois ordres de symptômes quel nous avons passés en revue , une insomnie opiniâtre, presque constante dans i toutes les aliénations récentes, commune dans les aliénations ancienne? i qui ont conservé de l'acuité et qui revient d'ailleurs dans la plupart des i paroxysmes ou accès de folie, quelles que soient sa forme et son ancienneté, on i aura une idée à peu près complète des symptômes essentiels , des symptômes i cérébraux, si l'on peut ainsi dire, de la maladie.

Ce dernier phénomène , l'insomnie , est quelquefois porté à un degré d'in-j) tensité à peine croyable, on voit des malades passer, sans dormir, des moisj entiers, des années même , au dire de quelques auteurs.

Quant aux symptômes accessoires fournis par l'habitude extérieure du corpa^ et par l'examen des fonctions organiques, ils sont très-variables suivant le^ malades et suivant les époques de la maladie.

Chez la plupart des aliénés , l'expression de la face est en rapport avec laj nature des passions dominantes; elles se peignent avec d'autant plus d'énergieï et de vérité, que rien n'en contrarie la manifestation. i La conjonctive est le siège ordinaire d'une forte injection; la conque dei; oreilles est souvent d'un rouge intense. La coloration des joues n'est pas dans un rapport constant avec celle de ces deux parties; elles peuvent être d'un rouge j ccarlate ou pâles et livides, avec le même degré d'injection de la conjonctive et^ de la conque de l'oreille. La peau est chaude et sèche, ou chaude et humide : c'est j surtout au front que la chaleur est constante ; elle coïncide souvent dans cette-.j partie avec le froid des extrémités. ^ Le pouls est sensiblement accéléré chez le plus grand nombre des insensés, ^ Il est singulier que la plupart des auteurs qui ont parlé de la folie aient dit quo j

ALIENATION MCNTALE.

ALIENATION MENTALE.

celte maladie n'est accompagnée d'aucun dérangement dans l'ëtat du pouls. Chez le plus grand nombre des malades, cette accele'ration existe. Rush a trouvé le pouls accéléré chez les | des malades de son hôpital. J'ai fait compter, avec une montre à secondes , le pouls de 62 malades , hommes et femmes, pris au hasard parmi les plus anciens et les plus récens j aucun de ces malades n'avait d'affection étrangère à la folie. Le nombre des pulsations, par minute , était ,

Chez 5 individus, de 60 à 70,

Chez 18 , de 70 à 80,

Chez 23 , de 80 à 90 ,

Chez 6 , de 90'à 100,

Et enfin, chez 10 , de 100 à 120.

La moyenne de tous ces résultats est à peu près 84 pulsations par minute ; ce qui, sans doute , est supérieur au terme moyen normal des pulsations artérielles.

Ainsi , on peut établir qu'il existe communément une accélération fébrile du pouls chez les insensés. Chez quelques-uns on observe une diminution sensible dans le nombre des pulsations artérielles; chacune d'elles , grande et forte , est séparée des autres par un intervalle considérable.

La plupart des aliénés offrent aussi des altérations remarquables dans les battemens du cœur. Chez plusieurs ils se font sentir très-fort, soulèvent la main ou le cylindre qui les explore ; ils sont tumultueux , intermittens chez un petit nombre ; chez d'autres presque insensibles au toucher et à l'oreille ; enfin , quelques symptômes d'hypertrophie , de dilatation du ventricule gauche ou d'autres altérations organiques de l'organe central de la circulation existent chez le plus grand nombre des malades , et , parmi les autopsies que j'ai faites , surtout depuis trois ans , j'ai reconnu quelque altération de ce genre sur plus des cinq sixièmes des cadavres.

La digestion est ordinairement dérangée dans les premiers temps de l'aliénation , la bouche est pâteuse , la langue couverte d'un enduit blanchâtre , l'appétit nul , la soif intense, la constipation opiniâtre. Ces symptômes se dissipent ordinairement d'eux-mêmes sous l'influence d'un traitement simple au bout de quelques jours , et l'appétit revient à son état naturel , ou bien même le malade mange et digère beaucoup plus que dans son état de santé. La constipation persiste souvent pendant la durée de la maladie. Plusieurs aliénés offrent une sputation, une sorte de salivation habituelle. Diverses affections thoraciques ou abdominales peuvent compliquer l'aliénation.

La coexistence de quelque affection très-grave de ces parties lui imprime quelquefois une marche intermittente. Il n'est pîis rare de voir une phthisie , déclarée pendant le cours de la folie , en suspendre la marche. Le malade revient à lii raison pendant que l'affection des poumons fait des progrès : ces progrès sont-ils suspendus , l'aliénation reparaît; et ces alternatives se succèdent j usqu'à la mort.

Souvent une affection aiguë qui survient dans le cours d'une aliénation mentale en interrompt la marche ; elle reparaît avec tous ses symptômes , lorsque l'affection accidentelle est passe'e. J'ai plus souvent observé cet effet produit par les inflammations aiguës de la poitrine que par celles du bas-ventre. Quelquefois enfin , une affection aiguë , survenant dans le cours d'une aliénation , suspend complètement sa marche et amène une guérison parfaite. Je reviendrai sur ces faits en parlant des terminaisons de la folie.

J'ai passé en revue les symptômes principaux de l'aliénation mentale; les seuls constans sont les troubles intellectuels : ils existent chez des aliénés dont les sensations et les mouvemens s'exercent aussi régulièrement que dans l'état de santé.

D'autres fois, ils se trouvent combinés avec de fausses perceptions : dans quelques-uns de ces cas , les actions , les discours des aliénés sont les mêmes que les actions et les discours d'un homme raisonnable qui éprouverait, par l'effet de circonstances extérieures , les mêmes perceptions qu'éprouve l'aliéné par l'effet du dérangement de ses organes. Le désordre intellectuel ne semble vraiment alors qu'une conséquence de celui des sensations. Il n'en est pas de même des désordres du mouvement volontaire ; il est clair que , s'ils existaient seuls , il n'y aurait pas d'aliénation mentale : par conséquent cet ordre de symptômes est toujours une complication de l'un des autres ou de tous les deux. Il mérite néanmoins dans la pratique de l'aliénation mentale une très-grande attention; en effet , presque toutes les fois qu'il apparaît , le désordre des idées ne consiste plus dans une simple perversion des facultés intellectuelles : il s'est manifesté une altération plus profonde et plus irréparable ; les perceptions sont émoussées , la mémoire perdue ou du moins très-affaiblie ; les associations d'idées , vraies ou fausses , n'ont plus lieu avec vigueur. L'altération intellectuelle est analogue à celle des mouvemens ; s'il est permis de parler ainsi , c'est une sorte de paralysie , tandis que les désordres précédens ressemblaient plutôt à des efforts convulsifs.

D'après les nombreuses observations de M. Esquirol , tout espoir de guérison est perdu lorsque la paralysie générale se manifeste. Si cette proposition a été infirmée dans quelques cas fort rares , on a si souvent eu l'occasion d'en vérifier l'exactitude , que le très-petit nombre d'exceptions ne suffît pas pour la faire modifier.

On peut poser en principe que , toutes choses égales d'ailleurs , l'aliénation dans laquelle on n'observe que des dérangemens relatifs à l'intelligence , aux affections, aux passions, est moins grave que celle qui est compliquée de désordres dans les sensations ; que l'existence de désordres dans les sensations , quoique aggravant la maladie, laisse encore bea ucoup de chances de succès : tandis que la complication de désordres généraux du système musculaire est un caractère presque constant d'incurabilité.

DiCT. DE MÉDECIME ET DE CHIRURGIE PRATIQUES.

D'après un relevé fait sur une population de trois cent trente-quatre aliénés , dont cent quarante-quatre hommes et cent quatre-vingt-dix femmes, j'ai reconnu que deux cent quatorze, dont quatre-vingt-quatorze hommes et cent trente-huit femmes , présentent des désordres intellectuels sans complications ; quatre-vingt-neuf , dont cinquante-cinq femmes et trente-quatre hommes , offrent des désordres variés de la sensibilité ; enfin trente et un , dont vingt-deux hommes et neuf femmes , sont atteints de paralysie générale. On voit par ce relevé que le nombre des malades qui n'offrent ni désordres de la sensibilité ni désordres du mouvement est le plus considérable , que les désordres de la sensibilité sont dans la même proportion dans les deux sexes , et que ceux du mouvement sont beaucoup plus communs chez les hommes.

Divisions DES MALADIES MENTALES.

Dans les divisions des maladies mentales en genres , espèces , etc. , on n'a eu égard, en général, qu'aux formes particulières des dérangemens intellectuels, qu'à un ordre de symptômes par conséquent ; si l'importance que j'ai accordée à l'étude des deux autres ordres n'est pas illusoire , on ne sera pas étonné que j'en tienne grand compte dans la classification que j'adopterai. Mais, avant de la faire connaître, j'exposerai rapidement celles qui se sont succédé jusqu'à nos jours.

Les anciens divisaient l'aliénation mentale en manie et en mélancolie ; ils entendaient par manie un délire général , et par mélancolie un délire partiel.

Cette division est arrivée jusqu'à nous , recevant de temps en temps des modifications qui n'ont pas empêché qu'elle ne soit encore adoptée par des auteurs modernes.

Pinel a divisé l'aliénation mentale en l" manie, qu'il définit un délire général avec agitation, irascibilité, penchant à la fureur; 20 mélancolie , délire exclusif avec abattement, morosité, penchant au désespoir; 3° démence , une débilité particulière des opérations de l'entendement et des actes de la volonté ; 4° idiotisme, une sorte de stupidité plus ou moins prononcée, un cercle très-borné d'idées et une nullité de caractère. B. Rusch , professeur à l'Université de Pensylvanie, dans un excellent traité des Maladies de l'Intelligence, divise ces maladies en partielles et en générales. Les premières sont subdivisées eu tristimanie (hypochondriasis ) ; il désigne par là l'espèce d'aliénation dans laquelle des idées fausses , sur sa personne , ses affaires, sa condition, plongent un malade dans le désespoir : et en aménomanie , celle dans laquelle le délire est gai.

Il subdivise les dérangemens intellectuels généraux en lo manie, délire général, violent, avec penchant à la fureur; 2° manicula , un diminutif de l'état précédent devenu chronique; 3° manalgia , engourdissement général du corps et de l'esprit. Il nomme dissociation l'état appelé démence par M. Pinel , et fatuité l'idiotisme du nosographe français. M. Esquirol a divisé l'aliénation mentale en manie (délire général), et monomanie (délire partiel). Le mot monomanie fournit , sans doute , à l'esprit une idée plus claire et plus applicable h la diversité des cas du délire partiel, que le mot mélancolie. Cet auteur réserve le mot idiotisme ou idiotie à l'oblitération congéniale de l'intelligence, celui de démence à l'oblitération accidentelle.

M. Spurzheim admet quatre formes de folie : l'idiotisme , la démence , l'aliénation et l'irrésistibilité. Gall a cherché surtout à rattacher les délires partiels à la lésion de quelqu'une des facultés qu'il considère comme fondamentales. Le docteur Georget, adoptant les divisions de M. Esquirol, y ajoute un cinquième genre , composé de la démence aiguë , décrite par ce médecin comme une simple variété.

La base commune de toutes ces divisions, la simplicité ou l'étendue du. délire, et son caractère particulier , est-elle solide? Sont-ce véritablement des espèces différentes de maladie , ces états qui se succèdent les uns aux autres, alternent si souvent chez le même individu , et qui, dans bien des cas , ont une physionomie si douteuse, si mobile , qu'ils ne rentrent exactement dans aucune division des auteurs ? Haslam ne leur accorde aucune importance ; frappé de l'insuflisance de la plupart des divisions, delà difficulté d'en créer une meilleure , il n'en suit pour ainsi dire aucune dans ses observations sur la folie et la mélancolie. Il s'abstient aussi de définir la folie parce qu'il trouve très-difficile d'en faire une définition convenable , et que, dit-il, un médecin appelé auprès d'un fou , reconnaît assez bien son état sans avoir besoin de le définir. S'il y a de l'inconvénient à multiplier les divisions , il y en a plus encore, sans doute, à ne rien distinguer : le travail d'Haslam laisse donc beaucoup à désirer sous ce rapport.

La division de M. Esquirol en manie, monomanie, idiotie et démence, est sans doute, parmi celles que j'ai indiquées, la plus complète et la plus conforme aux faits. Cependant les différences propres à chacune de ces espèces me semblent plus convenables pour caractériser des variétés que des espèces.

Si l'on possédait sur les dififérens états organiques qui constituent les maladies mentales des données exactes et complètes , il ferait facile de faire disparaître toutes ces difficultés; mais la science n'est pas encore arrivée à ce degré de perfection. Tout ce qu'on peut demander au point où nous en sommes, c'est que, faute de résulter de données anatomiques , une classification des maladies mentales soit au moins basée sur des considérations physiologiques assez exactes pour nous conduire ensuite plus loin, en dirige int mieux les recherches anatomiques.

Je ne me flatte pas d'avoir réussi dans cette entreprise; mais je puis me rendre celte justice, que , si je me suis un peu écarté de la direction suivie par tous les auteurs , je n'ai eu d'autre motif que de contribuer de ma part d efforts à l'étude d'une classe de maladies si fatales et en même temps si dignes d'intérêt.

ALIÉNATION MENTALE

Trais ordres de phénomènes, sensations, combinaisons intellectuelles, mouvemcns, se succèdent dans l'action du système nerveux.

Trois ordres de symptômes exactement corrcspondans se montrent isolds ou réunis dans les maladies mentales.

En fondant sur l'existence des symptômes d'un seul de ces ordres, et sur l'apparition successive de ceux des deux autres ordres, les divisions principales de l'aliénation mentale, ne peut-on se flatter d'avoir pris une base physiologique de classitîcation? ne peut-on même espérer que cette base est en même temps anatomique , si l'on admet, avec la plupart des auteurs modernes, que la sensibilité , le mouvement , l'intelligence ont chacun leur siège organique à part, quoique dépendant d'un même système?

Comme les désordres intellectuels sont les plus constans , les seuls vraiment essentiels des maladies mentales , les cas particuliers dans lesquels ils se présenteront seuls composeront une première division ; cette première division comprendra la manie , la monomanie , la démence , l'idiotie de M. Esquirol existant sans complication de fausses sensations ou de désordres dans le système musculaire.

Daiis la seconde division se trouveront rangés tous les cas caractérisés par la coïncidence de troubles dans les sensations et de dérangemens intellectuels.

Enfin dans la troisième seront rangés tous ceux qui offriront la lésion particulière du système musculaire à la-quelle les auteurs ont donné le nom de paralysie générale, paralysie des aliénés. Cette troisième classe comprendra aussi les aliénés épileptiques , ainsi que les idiots qui ont des membres atrophiés et paralytiques. Le tableau suivant est destiné à donner une idée de cette classification.

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