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DIVISIONS DE L'ALIÉNATION MENTALE

sans lésion de la sensibilité ni dos mouvemens. . . .

es O

àvèc lésion des organes des sens et compliquant.

relative aux sensations spéciales.

Manie.

Monomanie.

DÉMENCE

Idiotie.

avec lésion de la sensibilité

relative à la sensibilité spéciale. . .

avec lésion des mouvemens.

! Manie.

Monomanie . Démence.

Idiotie.

avec lésion des parties aux- 4 MANIE, quelles elle se rapporte et / MoNOMANIE.

compliquant j DÉMENCE.

\ Idiotie.

f Manie.

Monomanie.

DÉMENCE

Idiotie.

Manie.

paralysie générale compli- 1 Monomanie.

quant ^ DÉMENCE.

Idiotie.

épilepsie compliquant.

Manie.

Monomanie .

DÉMENCE

Idiotie.

On objectera peut-être que , dans cette distribution des maladies mentales, des cas différens se trouvent rapprochés , et des cas analogues éloignés les uns des autres ; qu'une manie , par exemple , figure successivement à côté de la monomanie, de la démence , et se trouve séparée d'autres cas de manie, parce qu'un ordre de symptômes en plus ou en moins , le trouble des sensations ou celui des mouvemens , se sera offert à l'observateur. Mais c'est à mon avis de la présence ou de l'absence de ces symptômes relatifs aux sensations et aux mouvemens , que résultent les différences capitales j les distinctions fondées sur les limites ou l'étendue du délire me semblent à côté d'une importance médiocre.

Qui pourrait assurer d'ailleurs que chaque forme principale du délire , la monomanie, la manie, qui se succèdent si souvent chez le même individu, qui sont si rares dans leur ét£ t de simplicité , la monomanie surtout , que je n'en ai jamais vu trois exemples bien caractérisés ; qui pourrait assurer, dis-je , que ces différentes formes du délire ne sont pas plutôt en rapport avec le caractère particulier de l'insensé, avec ses dispositions du moment, qu'ils ne sont en euxmêmes des maladies distinctes ?

Que deux hommes d'un tempérament différent , l'un sanguin , nerveux , trèssensible , très-emporté , l'autre du tempérament dit mélancolique , d'un caractère froid et concentré, reçoivent en même temps une grave insulte : le premier entre de suite en colère, s'en prend à tout ce qui l'entoure, renverse et détruit ce qui s'offre à lui , etc., etc. ; le second sent péniblement son offense, en calcule les fâcheux effets ; mais aucune action violente n'exprime sa souffrance.

Que deux aliénés offrent les mêmes différences de tempérament, de caractère, éprouvent la même insulte par suite d'une fausse sensation, ou que, sans éprouver une fausse sensation, ils se croient tous deux insultés de la même ma-

nière, l'un va présenter tous les symptômes d'un violent accès de manie , l'autre va rester concentré sur son idée pénible : c'est un monomaniaque.

Ces comparaisons ne paraîtront pas forcées quand on se rappellera qu'il existe une analogie assez constante entre le tempérament des insensés et la forme particulière de leur délire; que le tempérament sanguin nerveux est surtout commun dans la manie, le tempérament dit mélancolique fréqueut dans la mélancolie ( vojez Esquirol, Dict. des sciences médic. ); enfin si l'on ajoute que dans la grande majorité des cas appelés du nom commun de monomanie , le délire est plutôt remarquable parce qu'une idée dominante revient sans cesse se présenter à l'esprit du malade que parce qu'il ne déraisonne que sur une seule idée , on verra bien que les caractères de ces différentes espèces se fondent les uns dans les autres et ne peuvent suffire pour établir des divisions principales. On peut donc croire que les formes différentes du délire dans ce cju'on appelle manie, monomanie, etc., ne sont peut-être que les expressions propres aux tempéramens et aux caractères différens des malades aliénés.

Enfin , que cette opinion soit exacte ou qu'elle soit forcée , la classification que j'adopte ne détruit pas ces divisions ; seulement ces différens états constituent, dans mon travail, des variétés de la même classe et non pas des classes à part.

A. Première division de l'aliénation mentale. — - Désordres intellectuels, moraux, affectifs. — Dans tous les cas qui composent cette classe, il existe des désordres intellectuels , sans complication de désordres dans les sensations ou les mouvemens ; mais , suivant les formes particulières du dérangement de l'intelligence, on peut établir des subdivisions assez distinctes. On sent bien que, dans la description générale que je trace , je dois plutôt me borner à une définition de chacun de ces états particuliers , que chercher à en tracer une description complète.

La première de ces subdivisions est la manie , dans laquelle le délire est général, les accès de fureur assez communs, l'agitation physique constante , l'insomnie fréquente , surtout au début.

La physionomie des maniaques offre toujours une expression forte , leurs yeux sont brillans , mobiles, leur figure animée, leur cou gonflé, leurs jugulaires distendues. Cet état du cou et des jugulaires est la suite de vociférations de ces malades. Pour peu que la maladie ait duré quelque temps, la voix des maniaques devient enrouée, voilée ; on a souvent de la peine à l'entendre.

Le pouls est fébrile, fréquent; la peau chaude , sèche ou humide : la température du corps est souvent inverse à la tête et aux extrémités inférieures; cellesci sont froides, lorsque la tête est brûlante.

L'appétit est ordinairement perdu dans les premiers temps de la manie, la soif intense, la langue sèche et couverte d'un enduit blanchâtre peu épais, la constipation opiniâtre. Au bout d'un ou deux septénaires de durée , ces symptômes de dérangement des organes digestifs disparaissent , l'appétit redevient assez naturel ; assez souvent même la voracité est extrême : les malades mangent et digèrent en proportion de la force et de la multiplicité des mouvemens de toute espèce auxquels ils se livrent.

La manie offre souvent des intervalle? d'une, espèce de calme ; les malades , pendant ce temps, s'occupent plus spécialement d'une série d'idées rélatives à leurs affaires , à leurs affections. Les paroxysmes d'une violente agitation succèdent ordinairement à ces périodes de calme.

La manie est souvent intermittente; les intervalles de santé durent quelques jours, quelques mois, une année. Plusieurs maniaques retombent malades constamment aux mêmes époques de l'année.

La manie se termine par résolution , par un état chronique , par la démence , que nous étudierons bientôt ; elle est souvent , dans son cours , compliquée de dérangemens dans les sensations ou de désordres musculaires , et rentre alors dans la deuxième ou la troisième division que nous avons établie.

La monomanie consiste dans un délire partiel ou circonscrit à un petit nom'bre d'objets. La monomanie dans son état le plus simple est excessivement rare ; le nombre des malades qui ne délirent que sur un seul objet est infiniment petit, à côté du nombre de ceux que l'on appelle monomaniaques. On confond souvent dans cette dénomination tous les insensés qui ont une idée dominante habituelle. Je n'ai vu que deux monomaniaques qui méritassent rigoureusement ce nom, et encore ces deux malades éprouvaient par intervalles un délire plus ou moins étendu.

Tous les auteurs qui ont parlé de la monomanie l'ont distinguée suivant que l'idée dominante du délire était une idée gaie, excitante (aménomanie de Rush, monomanie proprement dite de M. Esquirol), ou bien une idée désespérante (tristimanie de Rush, lypémanie de M. Esquirol). Le délire des premiers est en général plus vif, plus turbulent ; celui des derniers plus sombre, plus concentré. Les monomaniaques du premier genre se rapprochent beaucoup des maniaques. Leur délire consiste en idées excitantes ; ils sont puissans, riches , élevés au-dessus des autres hommes : ce sont les dieux, les rois des maisons de fous. Les lypémaniaques , ou tristimaniaques , au contraire , en proie à des idées tristes, sont craintifs, soupçonneux, recherchent la solitude; ils croient avoir perdu leur fortune , leur honneur , leur réputation.

Beaucoup de symptômes propres à la monomanie et surtout à la lypémanie ou tristimanie ont été long-temps regardés comme constituant la maladie désignée sous le nom d'hypochondrie.

Ces deux formes principales de monomanie se succèdent souvent l'une à l'autre , se confondent quelquefois avec la manie.

La marche de la monomanie est active ou lente; la mouomanie proprement dite se rapproche delà manie par la fréquence des paroxysmes, par la tendance "a se terminer assez promptcment par laguérison, etc., etc. La lypémanie

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lu contraire , est en général assez lente ; c'est peut-être de toutes les formes de Maladies mentales, celle qui peut persister le plus long-temps sans devenuncurable.

La démence n'est autre chose que l'oblitération de l'intelligence , survenue rrraduellement, lorsqu'elle succède à la manie ou à la mônomanie, et alors presque toujours incurable, ou débutant d'emblée , démence aigue , et susceptible le guérison.

Chez la plupart des individus en démence, les fonctions organiques deviennent d'autant plus actives, que les fonctions intellectuelles le sont moins. Ces insensés ont beaucoup de disposition a l'obésité; ils sont sales; beaucoup ne sentent pas leurs besoins , et doivent être soignés comme des enfans.

L'idiotie consiste, comme la démence, dans l'oblitération, la destruction plus ou moins complète de l'intelligence; elle en diffère , en ce que cette oblitération est primitive, congéniale chez l'idiot, tandis qu'elle est accidentelle , consécutive chez l'individu en démence.

Il e.Kiste encore celte différence entre l'idiotie et la démence , que le travail morbide d'où résulte la première est arrêté depuis long-temps , tandis que le travail morbide qui constitue la démence n'est, pour ainsi dire , jamais arrêté complètement, et tend sans cesse à faire de nouveaux progrès.

Quelques auteurs, Geoiget entre autres, ne comprennent pas l'idiotie dans l'aliénation mentale , se fondant sur ce que cette maladie est congéniale et dépend le plus souvent d'un vice de conformation du cerveau. Ces raisons me semblent insuffisantes. Est-ce que la cataracte congéniale, parce qu'elle est congéniale, ne doit pas être étudiée avec la cataracte accidentelle, etc.? Est-ce que le bec de lièvre , le spina-bifida , ne doivent pas, chacun, trouver leur place dans une distribution méthodique des maladies des lèvres et du rachis, parce qu'ils sont des vices de conformation?

M. Esquirol divise les idiots en idiots proprement dits et en imbéciles: les idiots sont ceux chez lesquels l oblitération intellectuelle est portée au plus haut point d'intensité. Il y a plusieurs dégrés d'idiotie : quelques idiots n'ont pas assez d'idée pour porter à leur bouche les substances alimentaires, mais il isuflit d'introduire ces substances dans la bouche pour que l'idiot en exécute la mastication et la déglutition ; tandis que dans les degrés les plus prononcés d'idiotie cela ne suffit pas encore : il faut pousser jusque dans le pharynx le bol Alimentaire, qui , soumis alors aux contractions musculaires de la vie organique, (st conduit dans l'estomac.

Les imbéciles sont ceux qui, sans avoir assez d'intelligence pour remplir es fonctions ordinaires de la société, sont néanmoins susceptibles d'une sorte iréducation.

Tels sont très-sommairement les différens genres d'aliénation mentale qui omposent notre première classe.

B. Dans la seconde caractérisée par la complication de désordres dans las pereptions et dans les facultés intellectuelles, de nouveaux symptômes apparaissent.

Que le délire soit général ou partiel , qu'il soit marque par la force , la vaiélé des idées, ou que déjà la froide démence ait imprimé sur le front du naïade son ineffaçable empreinte , tous les insensés qui éprouvent de fausses perceptions ne sont pas, dans leur délire , seulement en rapport avec le monde xtérieur; mais sollicites par des voix dont ils ne découvrent pas les auteurs, ar des objets effrayans qui s'offrent à leur vue , tourmentés d'odeurs infectes, entant le poison dans leur bouche, ils réagissent chacun , suivant le nombre et i force des idées qu'il possède , contre ces fausses sensations, a. La fureur du lauiaque et du monomaniaque ne connaît plus de bornes ; les tribunaux, le ■r , le feu sont invoqués pour punir la barbarie de leurs secrets persécuteurs ; n en voit mettre le feu à leur maison pour brûler les sorciers qui l'habitent; 'autres massacrent les personnes qui les approchent , et qu'ils prennent pour •iii s ennemis. Rien n'est plus commun que d'en voir parmi ces malheureux s'en rendre à la magie, à la physique , enfin à tous les moyens dont les mystères cuvent leur expliquer comment ils entendent, voient, sentent, goûtent, ms apercevoir personne qui leur parle , sans que d'autres qu'eux voient , nitent et goûtent comme eux. On pourrait remplir bien des volumes , des ;ènes tragiques que réalisent si souvent les maniaques poursuivis de fausses insations. b. Mais lorsque la sensibilité diminuée du malade a émoussé les senitions vraies ou fausses , lorsque jla dégradation profonde de son intelligence 3 lui permet plus d'activés combinaisons de la pensée , vous le voyez mururant sourdement ses plaintes , ou s'entretenant à voix basse avec les voix qui i parlent. L'intensité de la réaction et du délire , provoqué , alimenté ou spéalisé parla nature particulière des fausses sensations, est toujours en rapport ec le degré d'activité intellectuelle et de force physique du malade, c. Je ne is si jamais on a observé de désordres dans les sensations des idiots , je n'en ai mais rencontré ni lu d'exemples , et je pense que cette altération ne pourrait rvenir dans l'idiotie que par l'effet d'un travail morbide accidentel et étranger l'affection primitive.

C. Troisième classe des aliénations , compliquées de désordres muscu- ■ires. — C'est dans cette classe que viennent se fondre et disparaître la plupart 'S symptômes caractéristiques des divisions en manie , monomanie ,etc. L'iinirme démence caractérise le plus grand nombre des insensés devenus paraly- [ues; ou si, dans le principe de ces affections , il ressort quelquefois des aprences de délire partiel , on peut toujours y reconnaître le cachet de la menée profondément imprimé. Telle n'est pas l'opinion de M. Bayle , qui, gardant la paralysie dont nous parlons comme un symptôme de méningite ronique , assigne comme phénomènes propres aux différentes époques de cette ération méningienne une période de monomanie . une période de manie , et 'fin une période de démence. Les raisoiinemens de M. Bayle, pour étabhr

ALIÉNATION MENTALE

la solidité de ces distinctions , n'empêchent pas que dans ions les cas caractérisés par la complication de paralysie générale , il n'y ait jamais, pour ainsi dire , de monomanie , de manie caractérisées; c'est la démence qui domine dès le principe. Le délire de ces malades , analogue à une rêvasserie sénile, activé quelquefois par un mouvement de fièvre, est toujours marqué par l'incohérence , la succession désordonnée et l'avortement des idées ; c'est d'un bout à l'autre un songe sans suite, mais jamais je n'ai observé dans ce cas la fermeté de conviction, l'opiniâtreté , les arguties des monomaniaques ; jamais la violence , l'activité , la succession rapide d'idées d'un maniaque. Le paralytique pleure plus souvent qu'il ne se croit un grand personnage ; et si quelquefois l'idée de richesses , d'honneurs , lui passe dans la tête (ce que je ne veux pas nier , car les exemples n'en sont pas rares) , il l'exprime comme un homme en démence , et non comme un monomaniaque.

Les assertions de M. Bayle, à cet égard, me semblent très-exagérées , et fournissent, à mon avis , une preuve de plus de l'inconvénient de prendre pour bases de division les manifestations symptomatiques les plus inconstantes et les j)his fugaces. . .

Je crois que tous ceux qui voudront observer sans prévention les aliénés paralytiques s'accorderont à dire que le délire , chez eux , est dix-neuf fois sur vingt celui de la démence ; que jamais , pour ainsi dire, les périodes monomanie , manie , démence , ne s'enchaînent avec la moindre régularité , quoiqu'il soit vrai qu'un assez grand nombre de ces malades disent, par momens , qu'ils sont riches , qu'ils ont des places, des titres , etc.

Les médecins ont généralement étudié avec d'autant plus d'attention les causes des maladies mentales , que , privés de données exactes sur la nature et le siège organique de la maladie, ils espéraient déduire de la connaissance exacte de ses causes , des inductions utiles , et que certaines formes de folie semblaient , par leur nature , pouvoir être des conséquences d'une suite d'impressions analogues aux idées dominantes des malades.

Il est sans doute fort important de remonter à la source des circonstances qui peuvent occasioner les maladies mentales. Cette connaissance peut fournir des données utiles pour obtenir la guérison et en prévenir le retour.

Les causes des maladies mentales ont été distinguées en prédisposantes et en excitantes.

Causes prédisposantes . — Les climats chauds produisent moins de fous que les climats tempérés, et cependant nous voyons plus de folies éclater dans l'été que dans l'hiver. Il résulte de relevés faits sur un nombre considérable d'aliénés , que dans nos contrées, les mois de mai , juin, juillet et août sont ceux qui produisent le plus de maladies mentales; lès mois de janvier, février, mars, ceux qui en produisent le moins. ( Esquirol. )

Plusieurs maladies mentales intermittentes reviennent constamment dans les mêmes circonstances atmosphériques. Les saisons influent aussi sur le genre particulier de la maladie ; les manies sont plus fréquentes dans les saisons chaudes, et la mélancolie dans les saisons humides et brumeuses. On en pourrait dire autant des climats. M. Esquirol m'a parlé d'un riche habitant des Pays-Bas, sujet à une folie intermittente , dont les accès revenaient régulièrement à l'automne; M. Esquirol lui conseilla de faire pendant quelques années, aux approches de cette saison et pendant sa durée, un voyage'en Italie. Ce moyen réussit complètement, et procura une guérison solide.

L'influence de la lune a long-temps été regardée comme très-puissante dans la productiot} des accès de maladie mentale , et surtout dans le retour périodique des accès ; on n'y croit plus guères aujourd'hui. Il est certain , néanmoins , qu'à certaines époques , on remarque dans les établissemens d'aliénés une agitation générale et insolite. Les malades de différens quartiers trop éloignés les uns des autres pour s'entendre, éprouvent en même temps une exacerbation marquée. Plusieurs de ceux qui ont du penchant au suicide sont plus tourmentés que de coutume. Dans ces mêmes jours, on voit un grand nombre d'épileptiques pris de leurs accès. J'ai vu quelquefois cette exacerbation générale correspondre à la nouvelle lune, mais plus souvent arriver à toute autre époque. S'il faut en croire M. Gall, c'est surtoutavec les deux époques de chaque mois où l'on voit le plus grand nombre de femmes réglées que cette agitation générale coïncide. Cette opinion ne semble pas plus exacte, quoiqu'il soit bien vrai que la plupart des femmes aliénées sont plus agitées à leurs époques menstruelles ; mais pour ce qui regarde l'agitation générale dont il est question, )'ai vu souvent plus d'un mois se passer sans qu'elle se renouvelât , d'autres fois son retour avait lieu plusieurs fois dans une quinzaine.

On observe réciproquement des jours où tout est tranquille dans une maison d'aliénés : on est frappé du calme, du silence qui régnent dans les quartiers peuplés de malades ordinairement très-agités. L'état particulier de l'atmosphère m'a semblé la cause la plus ordinaire de ces différences, qu'on voit survenir tantôt avec un ciel pur, une chaleur intense, tantôt dans les temps orageux, dans les temps de tempêtes. Le froid intense, ainsi que l'a observé M. Esquirol, commence par agiter les malades , et ne tarde pas à les calmer pour peu qu'il continue. Quoi qu'il en soit , la durée de celte agitation ou de ce calme accidentel varie d'une demi-journée à un , trois ou quatre jours.

Tous les âges ne sont pas également exposés au développement de l'aliénation mentale; toutes les espèces de folie ne sont pas propres à tous les âges.

L'enfance est l'âge de l'idiotie , de l'imbécillité ; les imbéciles et les idiots sont tels en effet , soit par suite d'une conformation vicieuse de l'organe de l'intelligence , soit par suite d'une altération accidentelle profonde survenue dans le sein de la mère , ou dans es premiers temps de la vie extra-utérine. Les alié-

ALIENATION MENTALE.

ALIENATION MENTALE.

nations accidentelles, au contraire, sont très-rares chez les enfans. M. Esquirol en CKC trois exemples. J'en ai tu moi-même, chez un enfant do dix ans , que la lecture assidue des romans de chevalerie avait conduit à se croire un des héros de ces ouvrages. Il passait des journées entières à se battre contre les arbres, les murailles, qu'il prenait pour des infidèles. Enfin, nous avons reçu, il y a quelques jours, une petite tille de sept ans et demi, aliénée depuis dix-huit mois à la suite de la rougeole.

La vieillesse se rapproche de l'enfance en cela que les maladies mentales aiguës y sont rares , quoique plus communes que dans l'enfance , tandis qu'elle présente souvent cette dégradation lente et graduelle de l'intelligence, qu'on nomme démence, état si analogue , pour ses symptômes, à l'idiotie, que M . Pinel ne les distinguait l'une de l'autre que par les épithètes de congéniale et d'acquise.

C'est depuis la puberté jusqu'à l'âge de soixante ans que se développe le plus grand nombre des maladies mentales. Suivant M. Esquirol , pendant cette longue période, k 1» L'aliénation est plus fréquente de vingt-cinq à trente- 31 cinq ans dans les deux sexes et dans toutes les conditions de la vie ; 2° de cin- « quante à soixante ans, la proportion est plus forte que dans les quinze années » antérieures et dans celles qui suivent; 3" chez les hommes , un quinzième des )i aliénés le devient depuis la naissance jusqu'à l'âge de vingt ans , tandis que n chez les femmes, il y en a plus d'un sixième avant l'âge de vingt ans , et chez >■> les riches un peu plus d'un quart le devient avant cette époque; 4» la pro- » portion de folie est plus forte chez les femmes que chez les hommes , avant Il l'âge de vingt ans et après cinquante ans. n

En France , la proportion des femmes aliénées est supérieure d'un quart ou d'un tiers à celle des hommes. On dit qu'en Angleterre, en Italie, en Espagne, il n'y a pas une différence aussi grande , et qu'enfin , dans quelques contrées de l'Allemagne, la proportion des femmes a été trouvée beaucoup moindre que celle des hommes. On a cherché dans les mœurs , dans les vices de l'éducation de nos femmes, la source de ces différences ; mais avant de chercher l'explication de ces faits , il faudrait bien constater leur exactitude ; et si nous avons , pour ce qui concerne la France , des données assez exactes , nous sommes loin de les posséder pour les pays que nous comparons au nôtre sous ce rapport. Et si l'on trouvait partout une supériorité proportionnelle des femmes aliénées , on serait bien fondé à penser que cette supériorité tient plutôt à la constitution particulière de la femme , à l'influence souvent fatale pour sa raison de la suppression des règles et des lochies , aux affections morales si profondes, si fréquentes que les mères, les épouses, sont exposées à éprouver, etc. 11 serait, je crois , plus physiologique et plus exact d'invoquer l'action de ces causes que de s'en prendre à l'éducation , aux mœurs des femmes , qui , sans être irréprochables , ne sont peut-être pas plus mauvaises et plus négligées en France que partout ailleurs. En outre , s'il est vrai que dans quelques endroits il y ait plus d'hommes aliénés que de femmes, on peut croire que cela tient à quelque cause générale cjui agit sur les premiers, comme le fanatisme religieux ou politique, etc., auxquels les hommes se laissent plus entraîner que les femmes.

Tempérament. ■— Les tempéramens paraissent avoir quelque influence sur la forme particulière des maladies mentales. Le tempérament sanguin est commun chez les maniaques, et ce qu'on appelle tempérament bilieux ou mélancolique se montre souvent chez les raonomauiaques ; enfin , le tempérament dit lymphatique est propre à beaucoup d'idiots et d'imbéciles.

Quelques médecins ont attaché de l'importance aux couleurs dominantes des yeux. Je n'ai pas vu , parmi les malades confiés à mes soins , de différence avec les habitans du pays, pour la proportion de telle ou telle couleur de ces organes; mais une chose cpi m'a frappé , c'est de rencontrer un certain nombre d'aliénés qui n'ont pas les deux yeux de la même couleur. Cette particularité si rare, en général, je l'ai observée chez plusieurs aliénées de la Salpêtrière. Elle existe sur quelques-uns des malades actuellement confiés à mes soins. Peut-être cette coloration différente des deux côtés , indique-t-elle une inégalité correspondante dans l'influence nerveuse que chacun reçoit.

« On rencontre chez les fous les mêmes formes de tête que chez les gens 1-1 sensés , » a dit Georget. Celte assertion n'est pas tout-à-fait exacte ; on rencontre bien ç'a et là, chez les aliénés, les conformations de tête les plus régulières , les plus harmonieuses ; mais il est sûr qu'on trouve parmi la population d'une maison de fous beaucoup plus de conformations vicieuses du crâne qu'on n'en observe sur un nombre égal d'hommes pris au hasard. Il existe plus de cinquante conformations vicieuses du crâne sur les trois cent trente aliénés que je soigne ; celle qui domine le plus est rétrécissement circulaire de cette partie suivant une ligne qui , partant de la région supérieure du frontal , se terminerait au-dessous de la protubérance occipitale en passant à droite et à gauclie au-dessus de la conque de l'oreille.

Cet enfoncement circulaire est surtout prononcé au sommet du frontal et sur ses côtés. Peut-être ce vice de conformation résulte-t-il de l'habitude générale dans le pays, d'entourer la tête des nouveau-nés de ce qu'on appelle ua bandeau, morceau de toile triangulaire au grand bord duquel on fait un pli de deux travers de doigt qu'on applique et qu'on serre précisément sur la ligue que j'ai indiquée comme siège de cet étrécisscment.

L'étroitesse extrême du frontal, son inclinaison très-forte en arrière, se rencontrent aussi fréquemment,

Les maladies du cœur sont tres-commuues chez les aliénés; parmi ceux qui ont succombé depuis trois ans dans l'asile départemental de la Seine-Inférieure, plus des cinq sixièmes offraient quelque altération de cet organe. Cette maladie du cœur est-elle une des causes de l'aliénation? Est-elle , au contraire , un effet de cette affection? Ces deux propositions me seuiblent également vraies. Il

n'est pas douteux que souvent l'hypertrophie du ventricule gauche ne favorise le développement de la folie, comme elle favorise celui de la congestion et de rhémorrhagie cérébrale; mais il arrive aussi, dans bien des cas, que les cris continuels, la violence, l'agitation désordonnées des malades, leurs mouvemens forcés dans le cours de la folie , deviennent des causes d'altération organique du cœur.

Il n'y a pas de maladies dans lesquelles l'influence héréditaire soit mieux prouvée que dans l'aliénation ; la moitié à peu près des individus qui deviennent fous ont eu des alie'nés dans leur famille. Cette influence est plus active s'il y a eu des aliénés du côté paternel. Elle l'est moins lorsqu'il n'y a eu des aliénés que d'un côté. Dans quelques cas , le plus grand nombre des enfans de la même famille deviennent aliénés au même âge que l'ont été leurs parens.

Quelquefois l'aliénation se manifeste chez les enfans avant d'avoir frappé leurs pères. J'ai observé un jeune homme devenu aliéné à la suite de libertinage et de traitemens mercuriels répétés sans direction de médecin. Le frère aîné de ce jeune homme avait déjà été aliéné. Le père et la mère, âgés de 60 à 65 ans , n'avaient jusque là présenté aucune atteinte de folie : dans une même année, la mère succomba à une attaque d'apoplexie précédée des symptômes d'une mélancolie profonde ; le père , après quelques jours d'une monomanie bien caractérisée , trouva' le moyen de se donner la mort.

On ne pouvait, dans ce cas, avant la maladie du père et de la mére , soupçonner aucune influence héréditaire. Il est vraisemblable pourtant que la même prédisposition existait chez les parens et les enfans; elle fut de bonne heure favorisée chez ceux-ci par des causes excitantes, qui avaient respecté leurs parens jusqu'à une époque avancée de leur carrière.

Il y a parmi les fous plus de célibataires que de personnes mariées.

L'influence des professions sur la production de la folie est très-obscure, sinon peut-être celle des professions qui exposent à respirer des vapeurs mal-' faisantes , celles du charbon, par exemple ; aussi trouve-t-on toujours une forte proportion de cuisiniers , de repasseuses dans les hôpitaux de foUs.

Relativement aux autres professions , on peut dire d'une manière générait) que celles qui sont le plus propres à exciter fortement l'ambition , à nous exposer aux vicissitudes de la fortune, fournissent le plus de fous ; mais dans toutes ces circonstances encore, on reconnaît souvent que le caractère ambitieux, l'esprit aventureux de celui qui devient fou, ont eu plus de part que la nature même de ses occupations habituelles dans la production de h maladie.

Les travaux intellectuels excessifs ont été accusés de produire souvent l'aliénation mentale. Il n'y a rien d'absolu à cet égard. Un individu d'une intelli gence médiocre, qui, sollicité par une passion violente , se livre sans suite sans mesure, sans régularité , à un travail supérieur à ses forces , celui-là cour grand risque de perdre la raison; mais un homme bien organisé peut , san: danger, supporter des travaux intellectuels long-temps soutenus. Combiet n'a-t-on pas vu de savans poursuivre une longue carrière dont chaque jour étai marqué par une application nouvelle au travail, et conserver jusqu'à leur: derniers momens une force d'esprit remarquable!

Le passage d'une vie active à une vie inoccupée a été, chez beaucoup d( négocians devenus riches , chez beaucoup de militaires retirés du service, un« cause puissante de maladie mentale, lorsqu'ils n'ont pas su introduire dam leur nouveau genre de vie des occupations nouvelles assez fortes pour déi tourner les tristes effets de l'oisiveté.

La folie est plus fréquente dans les pays dont la civilisation est le plu; avancée; est-ce, comme on l'a dit, parce que les mœurs sont plus dépravéei dans ces pays? N'est-ce pas plutôt la conséquence de l'activité plus grande di la vie intellectuelle, des revers de fortune si fréquens au milieu des mouvemem rapides d'une civilisation avancée , et si rares au milieu des sociétés jeunei encore, et dans lesquelles, les besoins physiques satisfaits, l'homme , insoui ciant comme l'animal, dort d'un profond somm-eil , jusqu'à ce que de nouveaux besoins se fassent sentir? Cette raison n'est-elle pas aussi plausible que celh d'une démoralisation qui n'est pas du tout prouvée , et que beaucoup d'auteui; de tous les temps ont prise pour texte commun de leurs déclamations? passage suivant de l'illustre Pinel ne s'accorde guères avec l'opinion que la dé moralisation est une cause si puissante de folie. « Les personnes de l'un et ( » l'autre sexe, douées d'une imagination ardente et d'une sensibilité profonde it celles qui sont susceptibles des passions les plus fortes et les plus énergiques; « ont une disposition plus prochaine à la folie, à moins qu'une raison saine » active et pleine d'énergie , n'ait appris à contrebalancer cette fougue impé 1) tueuse ; réflexion triste , mais constamment vraie, et bien propre à intéresse >i en faveur des malheureux aliénés. Je dois sans doute faire des exceptions, e 11 reconnaître qu'il existe quelquefois dans les hospices de malheureuses vie* « times de la débauche , de l'inconduite et d'une extrême perversité de mœurs n mais je ne puis en général que rendre un témoignage éclatant aux vertuii « pures et aux principes sévères qui se manifestent souvent à la guérison « Nulle part, excepté dans les romans, je n'ai vu des époux plus dignes d'ètt « chéris .des pères et mères plus tendres, des amans plus passionnés , des pei i> sonnes plus attachées à leurs devoirs, que la plupart des aliénés heureu )i sèment amenés à l'époque de la convalescence, n

Quoi qu'il en soit, il suflit d'avoir constate que le nombre des fous est da tous les pays, en raison directe de la civilisation, pour résoudre par l'affîrmatiw une question débattue depuis quelques années , savoir , si le nombre de fous esi augmenté en France depuis la révolution. Mais il faut bien remarquer avei M. Esquirol que cette augmentation n'est pas aussi considérable que pourraien le faire croire les relevés des établissemens publics et particuliers ; il fau

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