‹ Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques [electronic resource]Chapitre 39 sur 234 · ALIÉNATION MENTALE. (129) ALIENATION MENTALE · texte numérisé non relu

ALIÉNATION MENTALE. (129) ALIENATION MENTALE

tenir compte de raugmeiitation générale de la population, des améliorations si grandes introduites dans les maisons d'aliénés, des progrès de la science dans l'étude de la folie, et d'autres circonstances encore, par suite desquelles beaucoup d'aliénés , qui autrefois seraient restés dans leurs familles ou bien auraient été enfermés dans des couvens, dans des prisons , sont actuellement confiés aux soins de la médecine dans des établissemens publics ou particuliers, et figurent ainsi sur les relevés qu'ils grossissent.

Beaucoup de ceux qui deviennent aliénés ont eu toute leur vie un caractère singulier : tantôt c'est une imagination déréglée que rien ne peut fixer, une présomption ridicule , une ambition démesurée qui n'est soutenue par aucune force d'esprit, aucune persévérance. Enfin, on voit devenir aliénés des hommes qui n'ont jamais présenté de particulier que l'extrême régularité de leur conduite, leur attachement scrupuleux à remplir tous leurs devoirs, leur éloiguement pour les plaisirs et les distractions les plus licites.

Pinel et M. Esquirol ont signalé des cas d'éducations vicieuses qui ont conduit à la folie : ces cas ne sont pas très-rares. Des enfans habitués à faire toutes leurs volontés , à maîtriser leurs parens et leurs supérieurs , ne peuvent guèrcs manquer de rencontrer , dès leur entrée dans le monde , des obstacles qu'ils ne peuvent surmonter; leur vanité s'irrite , leur faible raison s'égare.

Causes excitantes. — Des coups , des chutes sur la tête, l'exposition de cette partie à l'ardeur du soleil ont souvent déterminé l'aliénation. La suppression des règles , des lochies chez les femmes , celle des hémorrhoïdes , des dartres dans les deux se.xes, sont des causes assez communes de folie.

Diverses maladies du cerveau, la méningite, l'hystérie, l'épilepsie surtout dégénèrent souvent en maladies mentales. Il est vrai de dire, avec Georgct , que l'aliénation causée par l'épilepsie offre quelque chose de particulier , de plus grave ; la raison est toujours très-compromise ; les maniaques ont moins de connaissance ; la fureur est plus aveugle , etc. Mais les causes existantes les plus ordinaires des maladies mentales sont, sans aucun doute , les affections morales. Frappé de leur fréquence, Georgct , dans son premier ouvrage sur la folie , avait avancé que la part accordée par les auteurs aux causes physiques, dans la production de l'aliénation mentale, était fondée sur des apparences trompeuses ; que l'influence seule des causes morales n'était pas équivoque. J'ai cherché à réfuter cette proposition avec mon ami Délaye dans un Mémoire sur les causes de la folie, publié dans le Nouveau Journal de Médecine, octobre 1821. Je ne reviendrai pas sur ce qu'elle a d'exagéré.

Ce serait une entreprise téméraire de vouloir tracer un tableau complet des causes morales de la folie. Il n'y a peut-être pas de circonstance dans la vie qui ne soit devenue pour quelques-uns une cause d'aliénation. Les plus fréquentes sont les émotions vives , la terreur , les chagrins profonds , etc. ; on a divisé ces causes en excitantes et en débilitantes. Le chagrin, la cause la plus ordinaire des folies , a été considéré comme cause débilitante.

Il est certain que les affections tristes prolongées amènent une débilité générale; mais tous les organes participent-ils à celle débilité ? n'ya-t-il pas au contraire excitation violente de celui qui devient malade? Prenons l'exemple d'un père de famille réduit à la misère par des événemens imprévus, celui d'une mère qui vient de perdre son fils unique. Ces malheureux, concentrés sur une idée désespérante , n'en conçoivent aucune autre qui ne s'y rattache; jour et nuit ils y pensent, les besoins les plus pressans ne se font pas sentir, les senli- [mens les plus doux sont éteints dans leur cœur; le sommeil ne répare pas leurs souffrances, ou, s'ils succombent un instant à la fatigue , des songes affreux les poursuivent; ils se réveillent haletans , couverts de sueur, et se retrouvent en face du désespoir. Cependant les forces s'épuisent, leurs joues se flétrissent, les irides de leur front montrent en même temps la peine de leur âme et leur fai- Ifclesse physique; mais aussi, la chaleur de la tète , l'opiniâtre insomnie . leurs ^eux sanglans attestent la violente excitation du cerveau ; ils succombent enfin pus le poids du malheur; la folie succède à leur long désespoir. Voilà un de ces cas de folie produite par une cause débilitante, et, dans ces cas , tout concourt à prouver l'irritation excessive du cerveau; la chaleur de la tête , l'insomnie , rexercice continuel et forcé de l'organe de la pensée n'en sont-ils pas des preuves irrécusables ? Beaucoup des autres causes de la folie agissant de la Imême manière, sont vraiment des causes excitantes au moins du cerveau. L'injsolation, les coups sur la tête, la suppression des règles , des hémorrhoïdes, des parties, sont des causes e.-jcitantes, des causes d'inflammation, tandis que quelîques autres , des maladies longues , des couches laborieuses , la privation d'alimens , etc. , peuvent être regardées comme causes débilitantes. Ainsi on jpeut établir que la plupart des causes de la folie agissent en excitant le erveau.

Invasion , marche de l'aliénation mentale. — L'ahénation mentale est idiopahique , sympathique et symptomatique.

C'est surtout pendant la grossesse, à la suite des couches, que l'alicnalion ympathique se manifeste.

Si l'on veut appeler aliénation mentale l'oblitération lente et graduelle de intelligence, à mesure qu'une tumeur accidentelle se développe et comprime e cerveau, cette aliénation est symptomatique.

On a vu quelquefois l'aliénation régner d'une manière épidémiquc. Dans es ditterens exemples d'épidémies de ce genre, c'était k l'action d'une cause

orale qui avait agi sur un grand nombre de-sujets qu'était due la maladie. |L aliénation accidentelle offre dans son développement, dans sa marche , ïaans ses terminaisons, des phénomènes importans à connaître. Dans le plus p-and nombre de cas, elle n'éclate qu'après une série de changemens qui composent ce qu on appelle la période d'incubation de la folie. Quelques soms bien dirigés, appliqués à cette époque , peuvent suffire pour DiCT. DE Médecine et de Chiruiigie pratiques.

prévenir le développement de la maladie ; il est donc bien important de Cou* naître les signes qui annoncent l'imminence d'une maladie mentale.

La très-grande majorité des sujets qui deviennent aliénés éprouvent , avant de l'être , de la céphalalgie , de l'insomnie , de la chaleur, de la tension dans la tête , un mouvement fébrile plus marqué le soir et la nuit que dans le jour; de la soif, de la constipation, etc.

Le caractère est altéré ; quelques-uns deviennent ind'fférens , prennent du dégoût pour leurs occupations ordinaires; ils sont d'une susceptibilité extrême avec leurs parens et leurs amis , repoussent avec aigreur les questions les plus innocentes , éprouvent des accès de colère à la moindre occasion.

Il arrive souvent que les individus chez lesquels ces changemens se manifestent s'en étonnent, croient et disent qu'ils vont perdre la tcte. Ils interrogent avidement les yeux des autres pour y lire ce qu'ils pensent de leur état. Ils recherchent la solitude , sont disposés k commettre des excès de tout genre pour faire diversion k leurs idées pénibles.

Cette période d'incubation dure un temps variable, quelques jours, un ou deux mois ; assez souvent , ces premiers phénomènes disparaissent quelque temps, reviennent avec plus d'intensité, et enfin le délire éclate plus souvent la nuit que le jour , k moins qu'une cause excitante , l'intempérance , un accès de colère , une querelle ne précipitent ce fatal moment.

Chez quelques malades, l'invasion de la folie succède brusquement à l'action d'une cause excitante; chez d'autres, un abattement profond, une stupeur léthargique , une somnolence continuelle , précèdent les désordres de l'esprit ; mais cette dernière forme est infiniment plus rare que l'insomnie.

Enfin , il en est chez lesquels il est impossible de signaler l'époque précise de l'invasion : les désordres intellectuels se sont fondus d'une manière si insensible avec des défauts naturels du caractère, qu'on n'en reconnaît l'existence que lorsqu'ils sont arrivés k leur plus grande intensité. Ainsi un jeune homme très-orgueilleux a de la peine k se fixer sur le choix d'un état; toutes les propositions que des parens éclairés lui adressent lui paraissent peu dignes de son mérite ; il recherche la carrière qui doit lui procurer le plus d'illustration et d'importance ; il l'abandonne bientôt; il n'avance pas assez rapidement au gré de son ambition ; un second , un troisième essai ne le mènent pas plus loin; moins il est avancé , plus le sentiment de son mérite s'exalte, il s'indigne en secret de l'aveuglement des hommes qui ne savent pas mieux lui rendre justice ; mais il va se faire connaître par quelque production remarquable.

Capable de tout perfectionner , il compose un Mémoire sur les améliorations k faire dans la ville qu'il habite ; mais c'est un sujet trop étroit pour son génie. Il va proposer aux gouvernemens les projets les plus vastes; il ne s'agit de rien moins que de réformer les empires. Mon génie , mes lumières, voilà mon état dit - il dans ses écrits; mon âme, comme un océan de feu, va éclairer et embraser l'univers.

De pareils exemples ne sont pas rares , surtout lorsqu'à l'existence d'un amour-propre déréglé se joignent des habitudes fimestes. Ces exemples prouvent combien l'exaltation de certains défauts de caractère nous rapproche de l'égarement complet de la raison, et combien , dans ces cas , il est difficile de fixer avec précision le début de l'aliénation mentale.

On peut dire d'une manière générale que la marche et le caractère propre de la folie sont en rapport avec la promptitude de son développement ; la période d'incubation de la manie est ordinairement plus courte que celle de la mélancolie; il faut convenir aussi qu'il est impossible de méconnaître la première aussitôt qu'elle est déclarée, tandis que la seconde peut durer des mois, des années avant que les parens du malade s'en aperçoivent ; il faut quelque scène affligeante pour leur ouvrir.les yeux.

Toutes les espèces de folie, l'idiotie et la démence consécutive exceptées, peuvent offrir une marche continue ou intermittente. C'est surtout dans les manies, les monomanies et quelquefois aussi dans la démence aiguë qu'on observe des intermittences complètes. Je ne parle pas de ces momens lucides passagers que les mêmes maladies offrent à différentes époques de leur cours et qui durent quelques heures ou même quelques jours, mais pendant lesquels la chaleur de la tète, l'état des yeux, une certaine exaltation montrent bien que ce n'est qu'un soulagement passager; dans les intermittences réelles, tout est rentré dans l'état normal ; la température de la tête , l'état des yeux sont naturels; la raison est aussi saine, le jugement aussi fort, le sentiment des convenances aussi sûr que dans l'état parfait de santé.

La manie offre souvent cette marche périodique; on pourrait citer beaucoup de personnes qui tous les ans à la même époque éprouvent un accès de manie dont la durée est ordinairement la même , si la maladie reste abandonnée aux efforts de la nature. Les monomaniaques , et parmi eux les mélancoliques sont moins sujets aux intermittences que les maniaques ; et enfin les démences aiguës offrent plus rarement cette marche, quoique, dans un certain nombre de cas, elles offrent les intermittences les plus complètes.

J'ai vu pendant plusieurs années , à la Salpêtrière , dans le service de M. Esquirol , une jeune fille qui passait une quinzaine de jours dans un état profond de démence, quinze autres jours dans un état parfait de raison; elle était alors d'une vivacité extrême et d'une application soutenue au travail : les accès revenaient toujours par des éclats de rire prolongés ; enfin elle tombait dans un engourdissement profond, ne pouvait plus dire un mot, regardait d'un air stupide les personnes qui lui parlaient. Tous les moyens employés pour prévenir le retour de ses accès , quinquina , sulfate de quinine , saignées , purgatifs, bains, n'ont jamais procuré un soulagement durable. Une autre femme de la Salpêtrière passait plusieurs mois presque immobile, et dans une insensibilité complète en apparence; placée sur une chaise à son lever, elle

ALIÉNATION MENTALE,

restait toute la journée dans la même position , se laissait pincer, piquer sans se plaindre; on l'aurait brûlée qu''èUe n'eût pas changé de place. Après plusieurs mois passe's dans cet état, elle était prise d'une salivation abondante, et revenait aussitôt à un état parfait de raison. Elle pouvait rendre compte alors de tout ce qu'elle avait éprouvé dans son accès ; elle se plaignait que quelques personnes l'avaient pincée sans ménageniens, pour explorer sa sensibilité; elle souffrait beaucoup de ces essais, disait-elle, mais était empêchée, par une force insurmontable , de se plaindre et de se soustraire à la douleur. Un pareil état n'appartient-il pas autant à la catalepsie qu'à la démence?

Chaque accès d'une folie intermittente présente le plus souvent ( comme une folie continue ) les périodes d'accroissement , de diminution d'intensité des symptômes, et enfin de retour graduel à la raison.

Il ne faut pas confondre avec les folies intermittentes celles qui reviennent souvent dans le cours de la vie sous l'influence des mêmes causes excitantes. On reçoit chaque année, dans tous les établissemens d'aliénés, des ivrognes qui reviennent à la raison aussitôt qu'ils abandonnent leur excès, et qui ne retomberaient pas malades s'ils renonçaient à leur pernicieuse habitude. Rush considère comme aliénés tous les ivrognes de profession , quand même ils n'offrent aucun autre dérangement dans leur conduite. Il voudrait qu'ils fussent renfermés dans un hôpital. On pourrait confondre avec ceux que l'ivrognerie fait souvent retomber fous, des sujets vraiment affectés de folie intermittente, et qui, habituellement sobres, éprouvent, pour premiers symptômes de leurs accès, un besoin irrésistible d'alcooliques; mais dans ces cas particuliers , la marche ultérieure de la maladie n'est pas la même que celle des accès réellement occasionés par l'ivrognerie. Il ne suffit pas d'un régime régulier pour que les accidens se dissipent.

La plupart des folies offrent dans leur cours des rémissions passagères , marquées seulement par la diminution d'intensité du délire ou le retour brusque et subit de toutes les apparences de la raison , sans coïncidence de phénomènes critiques ; (!es lueurs passagères, qui n'ont rien de régulier dans leur retour, leur durée, ne doivent pas être confondues avec les intermittences véritables; on les a nommées intert^alles lucides.

Dans les aliénations continues, les symptômes diminuant ordinairement d'intensité après un ou deux septénaires à partir de l'invasion, reviennent ensuite plus intenses et suivent une marche assez uniforme, exaspérée quelquefois par des sortes de paroxysmes irréguliers , ou tempérée par des rémissions incomplètes ou de vrais intervalles lucides qui n'offrent pas de régularité dans les époques de leur apparition; enfin l'agitation s'apaise, le délire s'affaiblit peu à peu, et la raison, reprenant par degrés plus de force, recoavre enfin tout son empire. C'est ainsi graduellement que s'opère le plus grand nombre de guérisons.

Très-souvent on observe successivement, dans le cours de la même maladie mentale , l'ensemble des caractères donnés comme propres à la manie , à la monomanie , à la démence. Ainsi , dit M. Esquirol , « un aliéné passe trois mois » dans la mélancolie , trois mois dans la manie , et enfin trois mois dans la n démence , et ainsi successivement, tantôt d'une manière régulière, tantôt » avec de grandes variations. » Souvent ces différences correspondent aux changemens des saisons ou à des causes excitantes particulières. J'ai déjà parlé de ces changemens pour montrer l'insuffisance des distinctions principales déduites de quelques formes symptomatiques, et , dans bien des cas de ce genre , le passage de la monomanie à la manie n'est qu'un surcroît d'agitation, et la démence qui succède un affaissement déterminé par l'agitation précédente.

Quelquefois l'agitation des aliénés ne subit pas de diminution depuis le moment de son invasion jusqu'à celui de la guérison : dans ces cas, la guérison coïncide avec l'apparition de phénomènes particuliers appelés critiques. Tantôt c'est une salivation abondante, l'apparition d'une parotide, le développement d'une énorme quantité de furoncles à la surface du corps, le retour d'un écoulement hémorrhoïdal , celui des règles , un dévoiement abondant , des sueurs copieuses. M. Esquirol a publié un certain nombre d'observations de ce genre : tous ceux qui observent de près les aliénés en rencontrent assez souvent d'ana» logues. / Après ces faits, que personne ne peut contester, je ne conçois pas quels scrupules ont pu porter MM. Ramon et Georget à révoquer en doute les phénomènes critiques dans la folie.

Lorsqu'on voit une femme pendant six mois immobile, muette, étrangère à tout ce qui se passe autour d'elle, sortir tout à coup de sa léthargie , manifester la raison la plus saine en même temps qu'une salivation abondante s'établit, peut-on s'empêcher de regarder cette salivation comme critique? Lorsqu'on voit une aliénée qui a passé plusieurs mois dans une agitation continuelle, être prise d'une sueur abondante , fétide, pendant quelques heures de sommeil, se réveiller avec toute sa raison , peut-on révoquer en doute la réalité d'une crise? Enfin, lorsque le développement d'innombrables furoncles à la surface du corps se manifeste, qu'en même temps le délire s'apaise et que la suppuration de tous ces furoncles est suivie du retour complet de la raison, n'est-on pas encore fondé à considérer ces furoncles comme critiques ? Est- il possible, dans ces différens cas , d'attribuer la guérison à autre chose qu'aux phénomènes qui ont coïncide avec elle ? Ne doit-on pas par conséquent les regarder comme de véritables crises ?

Lorsque l'aliénation mentale ne se termine pas parle retour à la raison , on s'apeiçoit, à mesure que l'agitation s'apaise, que la mémoire diminue; en même temps , le délire n'a plus d'activité ni d'énergie ; ce sont les premiers signes du passage à la démence , compliquée ou non de ceux de la paralysie générale ; il y a, par rapport à l'époque où se manifestent les premiers indices

de cette terminaison fâcheuse , des différences extrêmes puisqu'on a vu des âliénés guérir après dix , vingt, trente ans de maladie, tandis que chez d'autres ies caractères de la démence et de l'incurabilité se prononcent dès le principe. La durée de la folie doit être examinée dans les cas de guérison et dans les cas j incurables : dans ces derniers, il n'y a pas d'époque précise à fixer ; beaucoup | d'aliénés incurables n'ont pas moins de chances de poursuivre une longue carrière que les autres hommes. On a vu des individus mourir très-vieux , après avoir été attaqués d'aliénation dans l'âge consistant et même dans la jeunesse. Tous les cas chroniques compliqués de paralysie générale doivent être exceptés de cette longue durée possible. M. Calmeil , d'après ceux de ce genre qu'il ai observés, estime que la durée moyenne des folies compliquées de paralysie générale est de treize mois ; M. Bayle la porte d'un an à un an et demi. Le docteur Délaye, dans sa Dissertation inaugurale , regarde cette durée comme trèsvariable. Quelques malades, dit-il, succorribent au bout d'un an, d'autres vivent encore dix et même quinze ans. Le plus grand nombre des aliénés paralytiques que j'ai vus mourir sont restés paralytiques pendant plus d'une année; quelques-uns le sont depuis plusieurs , et ne semblent pas menacés d'une fin prochaine. Je suis porté, d'après mes résultats particuliers, à penser que, dans des localités salubres , la durée moyenne des cas compliqués de paralysie générale est plus longue de plusieurs mois que ne l'ont dit MM. Bayle et Calmeil.

Quant à la durée moyenne du traitement dans les aliénations qui guérissent, elle a été estimée différemment par les auteurs ; les uns ont pris la moyenne de la durée de tous les cas particuliers de guérison ajoutés et divisés par le nom bre des malades guéris. On conçoit l'inexactitude à laquelle conduit cette méthode ; que sur vingt guérisons dix soient obtenues dans les trois premiers mois et que , sur les dix autres, une , deux ne soient arrivées qu'après cinq, dix ans la moyenne obtenue, en divisant par vingt la somme du temps de traitemen de tous les malades guéris , sera beaucoup plus considérable que trois mois terme dans lequel la guérison de la moitié des malades avait été obtenue. Il mi semble donc plus convenable de fixer l'époque à laquelle la moitié des guéri sons se trouve obtenue. « C^est souvent , dit M. Esquirol , dans le premier moi: » qu'on obtient le plus grand nombre de guérisons ; c'est ce que confirme ur » Méuioire lu à l'Institut , par le respectable Pinel , en 1806. Le terme moyei « de la durée de la folie a été fixé , dans ce Mémoire , entre cinq et six moi»,' n M. Pinel n'a compris , dans les relevés qui l'ont conduit à ce résultat , qu« » les aliénés qui n'avaient subi ailleurs aucun traitement.

» Le docteur Tuck donne une extension plus grande à la durée de la folii » dans le compte qu'il rend de la maison de retraite près d'York.

» Les données de M. Esquirol le forcent à se ranger de l'avis du doctem » anglais. Il a été conduit à cette opinion en faisant le relevé des femmei « aliénées, admises à la Salpêtrière pendant dix ans. Sur ce nombre, six ceo » quatre ont été guéries dans la premièi-e année , cinq cent deux dans 1 il seconde , quatre-vingt-six dans la troisième , quarante et une dans les sep 51 années suivantes; d'où l'on doit conclure 1» que l'on obtient le plus gran) « nombre de guérisons possible dans les deux premières années ; 2° que l( » terme moyen des guérisons est d'un peu moins d'un an; 3" que , passé! » troisième année, la probabilité des guérisons n'est plus que d'un trentième. ■

Les résultats obtenus dans l'asile des aliénés de la Seine-Inférieure ni portent pas sur des quantités assez fortes pour avoir une valeur décisive ; j les produirai néanmoins tels que je les ai offerts au conseil général du dépan tement, à sou assemblée du mois d'août 1827. Pendant deux ans jusqu'à cett époque, l'asile des aliénés avait reçu quatre-vingt-onze malades jugés suscep tibles du traitement. A la même époque, sur ce nombre, cinquante et uu guérisons avaient été obtenues aux époques ci-indiquées : dans le premier mois huit; dans le deuxième, douze; dans le troisième , onze ; dans le quatrième deux; dans le cinquième, deux; dans le sixième , sept; dans le huitième, deuj dans le neuvième , trois ; dans le onzième , une ; dans le douzième , une ; dans i quinzième , une , et enfin dans le vingtième , une ; c'est-à-dire qu'un sixièm des guérisons avait été obtenu dans le premier mois, les deux cinquièmes dai le second, et enfin les trois cinquièmes ou plus de moitié dans le troisièmi"

Il Le plus grand nombre des guérisons s'obtient au printemps et à l'automne î) l'âge le plus favorable est depuis vingt jusqu'à trente ans; passé cinquan « ans les guérisons sont rares. » (Esquirol.)

Les rechutes ont assez souvent lieu dans les maladies mentales. Il est ass( difficile d'en apprécier l'exacte proportion ; quelques médecins ne comptei pas parmi les rechutes les nouveaux accès de folies intermittentes; les autresn disent rien du nombre d'aliénés guéris et retombés malades. Dans le compl rendu par M. Desportes au conseil général des hôpitaux et hospices civils d Paris, sur le service des aliénés traités dans les hospices de la vieillesse (homnii et femmes), Bicêtre et la Salpêtrière, pendant les années 1822, 23 et 24, : proportion des rechutes était d'un cinquième.

L'existence de l'asile des aliénés de la Seine- Inférieure est encore tro récente pour que les résultats que je pourrais fournir à cet égard eussent I moindre valeur. Deux rechutes seulement avaient eu lieu sur nos cinquante < un malades guéris à l'époque où j'ai fait le relevé précédemment cité.

La mortalité des aliénés a varié beaucoup aux différentes époques où on 1' examinée.

En 1749, Raymond l'établissait d'un à quatorze. Tenon, en 1786, la fiï d'un à onze. (Esquirol. )

M. Pinel , faisant abstraction des démences séniles , la porte d'un à vingl et même d'un à vingt-trois. M. Esquirol la croit plus forte ; mais , pour fourn: des idées plus précises , il la considère dans les divws genres de folie. Voici c que lui ont fourni ses relevés :

ALIÉNATION MENTALE

ALIÉNATION MENTALE

Mortalité de la manie : est d'un sur vingt-cinq ; Mortalité de la monomanie : est d'un sur seize ; Mortalité de la démence : est d'un sur trois.

La proportion des décès dans les hôpitaux de Paris , d'après l'extrait que j'ai cité plus haut, a été , dans les trois années qu'il comprend, d'un huitième. Sur la totalité de population de l'asile de la Seine-Inferieure , sur laquelle j'ai fait le rapport cité plus haut , la mortalité totale était d'un douzième , et sur les malades en traitement elle était d'un vingt-troisième. La cause première de ces proportions plus favorables dans l'asile des aliénés de la Seine-Inférieure est sans contredit la salubrité de ses localités. C'est aux hommes dont la carrière a été consacrée à l'amélioration du sort des fous, à Pinel, à M. Esquirol, qui a fourni les plans de l'asile départemental de la Seine-Inférieure , aux administrateurs qui ont su faire tourner au profit des malades les méditations de ces médecins illustres, qu'il faut rendre hommage de ces résultats consolans pour l'humanité.

Il est rare que les fous meurent de leur maladie cérébrale ; le plus gi and i nombre succombe à des affections variées de la poitrine ou du bas-ventre, i Presque tous ceux qui sont susceptibles de guérison et qui meurent d'une I affection de poitrine ou de bas-ventre, ont recouvré la raison avant de mourir; ceux même qui sont atteints d'une démence incurable offrent souvent, avant leur mort , des idées plus saines et plus nombreuses qu'ils ne semblaient I capables d'en produire. Ceci , d'ailleurs , correspond à l'observation que nous avons faite en parlant de l'influence des maladies accidentelles sur les I maladies mentales.

i Anatomie pathologique. — Les symptômes essentiels de l'aliénation mentale sont des troubles de l'intelligence , compliqués ou non de dérangemens dans les sensations et dans les mouvemens volontaires.

Les manifestations de l'intelligence dépendent de l'action du cerveau ; c'est à cet organe qu'aboutissent les sensations; c'est de lui que part l'influence qui dirige les mouvemens volontaires. C'est donc en lui qu'on doit supposer les désordres d'où résultent tous les symptômes de l'aliénation mentale.

Cette conjecture , formée dès la plus haute antiquité , n'a pas reçu de démonstration tant que l'anatomie pathologique est restée dans son enfance. Cependant il y a toujours eu des hommes qui ont recherché dans le cerveau la cause de l'aliénation mentale ; ceux même qui regardaient le foie , la rate ou les intestins comme le siège primitif de la maladie, pensaient que les désordres intellectuels n'avaient lieu que par le transport au cerveau de la bile, de l'atrabile ou des autres humeurs altérées.

Cependant quelques esprits ont cherché à détourner de la recherche des causes matérielles organiques de la folie, se fondant sur ce que cette maladie n'est pas une maladie physique , une maladie matérielle , mais bien une maladie de l'âme.

Celte proposition singulière est de toute évidence une absurde profession de matérialisme : n'est-ce pas en effet dépouiller l'âme de ses plus nobles attributs, la dégrader et la ravaler au niveau de la matière, que de la supposer susceptible d'altération?

L'âme doit rester é'trangère à nos recherches ; mais , considérant le cerveau comme l'instrument matériel de ses manifestations , comme l'organe de l'intelligence , nous chercherons dans cet organe la cause des dérangemens survenus dans ses fonctions.

Les altérations observées dans le cerveau des aliénés sont de plusieurs espèces , afifectent différens sièges , ne sont pas les mêmes suivant l'état de simplicité ou de complication de la maladie.

Ces considérations peuveikt expliquer la différence des résultats obtenus par des hommes qui n'ont souvent eu qu'un petit nombre d'occasions de répéter leurs recherches.

Morgagni a noté l'endurcissement du cerveau, sa mollesse, des épanchera ens séreux dans les ventricules ou dans les réseaux de la pie-mère , l'adhérence des membranes à la surface de l'organe , le ramollissement de la voûte à trois piliers , l'injection des méninges et des plexus choroïdes.

Greding a signalé l'épaisseur partielle ou générale du crâne , la fétidité , la ■mollesse du cerveau , l'atrophie des couches optiques, l'abondance ou l'absence de sérosité dans les ventricules, l'afiFaissement des tubercules quadrijumeaux, la présence de concrétions osseuses dans le cervelet.

Haslam a remarqué l'adhérence solide ou lâche du péricrâne et de la dure-mère aux os du crâne , l'épaisseur de ces os, l'état opposé, la fermeté, la mollesse du cerveau, des collections séreuses dans les ventricules ou les méninges.

Prost s'est efforcé de prouver que la folie est l'effet d'une maladie des intestins.

Rush place la cause de la folie dans les vaisseaux sanguins du cerveau, et pense qu'elle consiste dans la même espèce d'action morbide et irrégulière qui constitue les autres maladies artérielles. Il comprend par l'action morbide et irrégulière des vaisseaux sanguins dans les maladies artérielles, le travail particulier de ces vaisseaux dans les phlegmasies.

M. Esquirol a signalé, parmi de nombreuses ouvertures de corps, des crânes épais ou minces, compactes ou éburnés , poreux ou diploïques , injectés ou exsangues, un assez grand nombre de crânes irréguliers; l'épaississement , l'injection des méninges, l'ossification des artères basilaires; des cerveaux denses , des cerveaux mous , des kystes séreux dans les plexus choroïdes. Aucune de ces altérations ne lui a paru constante. M. Esquirol a rencontré quelquefois des tumeurs accidentelles. Ce médecin possède une riche collection de crânes d'aliénés , amassés dans le but de vérifier si les formes du crâne correspondent aux données du système physiologique de Gall. De toutes les altérations qu'il a observées, M. Esquirol conclut que chacune d'elles en parti-

culier, ayant été rencontrée aussi dans des cas étrangers à l'aliénation, n'a pas rapport à la production du délire des aliénés.

Beaucoup d'autres médecins rejettent tout-'a-fait les résultats de l'anatomie pathologique appliquée à l'aliénation mentale. Un de leurs grands argumens est que ces résultats sont différens suivant les sujets , qu'on ne peut par conséquent rien conclure.

J'avoue que les différens résultats que j'ai passés en revue me semblent trop vagues pour qu'on en puisse rien conclure de précis ; cependant, Haslam, Rush Lawrence, regardaient déjà tous les changemens qu'ils ont observés comme consécutifs à un travail inflammatoire.

Mais si les résultats de l'anatomie pathologique sont encore aussi vagues, n'est-il pas permis de chercher si l'on a convenablement étudié les altérations du cerveau des aliénés dans la majorité des cas ; si l'on a toujours mis dans des recherches aussi délicates, aussi importantes, tout le soin qu'elles méritent, pour être fondé à dire que l'anatomie pathologique n'appi-end rien sur la nature organique de la folie? Non sans doute : des médecins profondément versés dans l'étude de l'anatomie pathologique, des hommes dont les travaux ont puissamment contribué aux progrès de cette belle partie de la science, ont souvent apporté , dans les recherches relatives aux lésions cérébrales, une négligence incompréhensible. J'ai vu faire l'examen pathologique du cerveau avec une fourchette et un couteau grossier ; on enfonçait profondément la fourchette à travers les membranes dans la masse cérébrale, on divisait assez profondément l'organe pour pénétrer dans les ventricules; et après avoir regardé s'ils contenaient une quantité notable de sérosité , l'examen était terminé, à moins qu'on ne jugeât convenable de faire encore quelques larges incisions dans sa substance.

En procédant ainsi , on aura toujours raison d'assurer que les recherches de ce genre n'apprennent rien, ou du moins bien peu de choses. Ne faut-il pas autant de soins pour reconnaître les conditions morbides d'un organe que pour apprécier ses conditions normales ? Or , est-on généralement d'accord sur la véritable structure du cerveau? n'y a-t-il pas encore des hommes du premier mérite qui ont nié sa structure fibreuse, quoique depuis , Wilîis, Malpighi, Fracassali , Vieussens, tous ceux qui ont voulu se donner la peine d'interroger convenablement sa nature, ont reconnu positivement cette structure?

Comment donc serait-on d'accord sur des apparences morbides si délicates, lorsqu'on ne l'est pas encore sur les conditions normales de l'organe altéré ?

Depuis le temps où j'ai commencé à étudier les altérations organiques des aliénés, c'est-à-dire depuis l'année 1820, je me suis appliqué à tenir compte , dans les ouvertures de corps, des circonstances symptomatiques les plus importantes , telles que complication de paralysie générale , etc. Mes premières recherches ont été faites en commun avec mon collègue et ami Délaye , dans le service des aliénés de la Salpêtrière , alors confié aux soins de M. Esquirol. La plupart des résultats que je produirai appartiennent donc autant au docteur Délaye qu'à moi-même. Le docteur Granchamp , notre ami , s'est ensuite associé à nous quelque temps, pour des recherches sur d'autres points des maladies cérébrales qui se rapportent à nos premières données. Enfin , éloigné depuis plusieui's années des secours et des lumières de mes deux amis , j'ai poursuivi seul ce genre de recherches, faisant tous mes efforts pour tirer partie des riches matériaux que le bel établissement des aliénés de la Seine- Inférieure mettait à ma disposition.

Pour apprécier avec le plus d'exactitude possible les changemens survenus dans le cerveau des aliénés , pour les faire mieux ressortir, nous avons , autant qu'il nous a été possible, rapproché et examiné concurremment des cerveaux d'individus morts sans aucun dérangement des fonctions intellectuelles.

On ne saurait croire combien il y a d'avantage à s'aider , lorsqu'on le peut , de ce secours : des altérations d'une intensité médiocre et que des yeux peu exercés pourraient révoquer en doute , ressortent alors de manière à ne laisser aucune équivoque.

Pour mettre quelque ordre dans l'exposition des résultats de nos recherches, je parlerai successivement !<> des altérations de la substance corticale; 2» des altérations de la substance blanche ou fibreuse; 3° des altérations des nerfs des sens ; 4o j'exposerai ensuite les changemens qui se présentent dans les méninges; S» les os du crâne, le cuir chevelu; 6° enfin, je terminerai cette partie de mon travail par la description des altérations observées chez les idiots.

l". Les altérations de la substance grise sont aiguës et chroniques. Il est naturel de commencer par l'exposition des premières.

Altérations aiguës. — Dans les cas les plus aigus , aussitôt qu'on a enlevé les membranes qui recouvrent les circonvolutions , la substance corticale présente une couleur rouge très-intense, approchant de celle d'un érysipèle; cette couleur est encore plus prononcée dans l'épaisseur de la substance corticale.

Quelquefois la superficie des circonvolutions dépouillées de leurs membranes peut sembler peu différente de l'état normal ; mais si l'on pratique de légères excisions de la substance corticale , si l'on en sépare dans plusieurs points des couches assez minces pour ne pas mettre à découvert la substance blanche, on remarque alors une teinte rouge plus ou moins foncée , quelquefois uniforme et très-intense, mais plus ordinairement inégale, offrant l'aspect de marbrures nombreuses , dont la couleur propre varie du rouge de sang artériel au rouge lilas. De petits points plus foncés, des sortes de piquetures de sang se rencontrent très-souvent au milieu de ces marbrures, et donnent l'idée d'épanchemens sanguins d'un très-faible volume ; le plus ordinairement la consistance de cette substance semble augmentée à la surface , diminuée dans son épaisseur. C'est toujours dans son épaisseur que j'ai vu l'altération de couleur et la diminution de consistance plus prononcées.

ALIÉNATION MENTALE

ALIÉNATION MENTALE

Les régions frontales des hémisphères sont celles où l'altération que je décris se trouve le plus prononcée; viennent ensuite les lobes temporaux, puis les régions supérieures, et enfin les régions postérieures du cerveau.

J'ai vu quelquefois , dans des cas très-aigus d'aliénation mentale , des épanchemens du volume d'une petite tète d'épingle parsemer la substance grise des circonvolutions.

Il ari'ive souvent que les vaisseaux si ténus qui , dans l'ëtat sain , pénètrent la substance corticale, ont acquis un volume assez considérable pour qu'une section bien nette laisse voir béaus des canaux nombreux, dans lesquels pourrait pénétrer sans effort une épingle ordinaire. Quelquefois aussi la consistance de ces vaisseaux semble augmentée en raison inverse de celle de la substance corticale elle-même, et le bistouri qui la divise pousse devant lui ces vaisseaux , qui se laissent plus facilement déraciner que diviser. C'est à peu près à cela que se bornent les altérations que j'ai observées dans les cas les plus aigus de maladies mentales : couleur rouge, uniforme, très-intense; marbrures nombreuses, variant du rouge vif au rouge violacé, piquetures sanguines, petits épanchemens de sang; diminution de consistance de l'épaisseur de la substance corticale , coïncidant le plus souvent avec une légère augmentation de consistance delà surface, dilatation des vaisseaux, résistance de leurs parois.

Dans les cas d'altérations aiguës, je n'ai jamais observé d'adhérences des membranes à la substance corticale.

Nous verrons plus loin que ces adhérences sont très-communes dans les cas d'affections chroniques. Celte différence mérite sans doute d'être signalée ; elle peut faire penser que l'altération qui coïncide avec les aliénations aiguës est en elle même assez légère comme désordre organique , et peut être ensuite line raison qui explique l'incurabilité si ordinaire des cas chroniques de maladie mentale.

Altérations chroniques de la substance corticale. — La plus constante de ces altérations est à mon avis la suivante : La partie la plus superficielle de la substance corticale a acquis , dans une épaisseur uniforme et peu considérable, une consistance sensiblement plus forte que dans l'état sain : en même temps , la consistance des parties les plus profondes de la même substance est diminuée , de sorte qu'il est facile d'enlever à la surface une sorte de membrane d'une épaisseur uniforme, lisse en dehors, toraenteuse en dedans, d'une couleur plus pâle qu'à l'état sain. Les parties qui restent au-dessous sont, au contraire, beaucoup plus rouges, mamelonnées, molles, et représentent, s'il est permis d'employer une comparaison très-grossière, la surface d'une plaie , les bourgeons charnus , sur lesquels serait appliquée une sorte d'épiderme.

Si l'on racle avec le tranchant du bistouri la surface de la substance grise non entamée , on éprouve une certaine résistance ; et lorsque cette résistapce est vaincue, le bistouri pousse devant lui un lambeau de la partie endurcie : il en résulte une sorte d'écorehure. Si l'on racle à la surface de cette écorchure, on enlève avec la plus grande facilité la substance grise , ramollie, et sans plus de cohésion que la pulpe d'un fruit cuit. Ainsi des caractères bien tranchés distinguent en deux parties la substance corticale, dans ces cas. L'espèce de membrane dont j'ai parlé est-elle une production nouvelle? est-elle un simple changement dans la texture des parties? est-elle enfin seulement l'exagération d'une disposition normale? La première supposition ne peut résister h un examen attentif, qui fait bien voir que la partie ainsi endurcie, quel que soit le degré de consistance qu'elle ait pu acquérir, conserve encore assez des caractères propres à la substance corticale pour n'être pas regardée comme une pseudo-membrane accidentelle.

La seconde supposition me parait la plus vraisemblable; car- dans l'état normal , chez l'homme, je n'ai jamais vu la substance corticale des circonvolutions bornée en dehors par une pellicule de cette espèce. Tout ce que je puis présenter en faveur de la dernière supposition, c'est que quelques cerveaux d'animaux m'ont offert une disposition analogue : mais il n'est pas incontestable qu'elle soit normale chez eux. Je possède un cerveau d'hyène morte en captivité , dans lequel celte petite membrane existe très-prononcée. Je l'ai trouvée aussi dans un cerveau de blaireau mort en captivité. Cette hyène , ce blaireau , étaient-ils atteints d'une maladie chronique du cerveau? Je n'entreprendrai pas de le déterminer d'après un si petit nombre de faits. Au reste , on reconnaîtrait cette disposition comme normale chez quelques animaux, qu'il n'en resterait pas moins constant que chez l'homme elle est tellement rudiraentaire , si elle existe, que dans l'état sain on n'en découvre pas la moindre apparence, même avec une forte loupe.

Toutes les fois que j"ai remarqué cette espèce de membrane, elle offrait une couleur plus claire que les autres parties de la substance corticale; jl n'est pas rare que cette altération dans la couleur soit assez prononcée pour que quelques parties naturellement grises soient devenues tout-à-fait blanjches. Dans ces cas, la surface générale des circonvolutions présente une nuance argentée; les couches grises interposées aux pédoncules cérébraux, les lames de même substance situées derrière la commissure des nerfs optiques et bornant dans cet endroit le troisième ventricule , les deux larges circonvolutions symétriques qui correspondent à la grosse extrémité de la corne d'Ammon , sont devenues toul-à-fait blanches. Il est très-ordinaire de trouver, dans l'état normal , ces deux circonvolutions plus pâl es que les autres, et de remarquer à leur surface plusieurs points blancs , comme si de petits faisceaux fibreux s'y terminaient; ce n'est pas cet état que je veux indiquer, mais bien réellement une couleur uniforme d'un blanc sale, qu'on n'observe jamais dans l'état naturel , et qui alors est très-prononcée et constamment accompagnée d'tine sugmentation variable de consistance toujours bornée à une sorte de pellicule

particulière. Assez souvent la surface des circonvolutions a perdu cet aspect lisse qu'elle offre dans l'état sain, et est devenue rugueuse, chagrinée dans une certaine étendue. Un examen attentif fait alors voir une multitude de grains de volume variable, d'une saillie différente , d'un blanc sale ou jaunâtre. Cet état ressemble assez bien, eu plus petit, à la surface de certains foies dont les grains glanduleux sont devenus çà et là plus gros et plus jaunes que dans l'état naturel.

Concurremment avec cette altération , le volunie des circonvolutions a "pu rester naturel ou diminuer ; cette diminution , quand elle arrive, produit, dans la forme naturelle des circonvolutions, des changemens variés qu'il faut décrire. Ce sont quelquefois des dépressions linéaires, des enfoncemens irrégulier» qui laissent dans leurs intervalles des bosselures de différens volumes. Tl n'est pas rare, dans les cas où la surface des circonvolutions est ainsi bosselée, de trouver dans l'épaisseur de la substance corticale une multitude de petites lacunes jaunâtres remplies d'une sérosité de même couleur; il est bien probable' que ces petites lacunes ont succédé aux épanchemens sanguins miliaires que nous avons signalés en parlant des altérations aiguës.

D'autres fois la diminution de volume , l'atrophie des circonvolutions, a eu lieu surtout vers leurs sommets : elles se terminent alors par une extrémité anguleuse qui semble avoir été pincée entre les doigts ; ou bien c'est surtout vers leur base que la perte de substance s'est fait sentir , et elles paraissent pédiculées. Dans tous ces cas , les intervalles des circonvolutions sont agrandis î et peuvent avoir acquis une largeur plus considérable que le diamètre des ! circonvolutions elles-mêmes. Cette altération correspond sans doute à ce que] ]MM. Gall et Desmoulins ont décrit sous le nom d'atrophie des circonvolutions. | C'est en effet une véritable atrophie quelquefois si avancée qu'on ne voit plus ! que de faibles vestiges de plusieurs circonvolutions. '

Cette altération est très-fréquente dans les régions frontales des hémisphères. '

Chose digne de remarque, elle occupe souvent d'une manière symétrique trois à quatre circonvolutions situées de chaque côté de la suture sagittale en dedans de la bosse pariétale; on trouve à leur place une vaste lacune remplie de sérosité.

C'est à peu près au même niveau que commence l'espèce d'atrophie des os du crâne dans laquelle le diploé disparaissant , la lame compacte externe s'approche de l'interne de manière qu'il existe en dehors un enfoncement trèssensible. Y aurait-il quelque correspondance entre ces deux phénomènes? tiendraient-ils l'un et l'autre à ce que les points où ils arrivent le plus souvent sont les plus éloignés de l'origine des vaisseaux nourriciers ? Dans bien des cas; d'atrophie des circonvolutions, la diminution de leur volume tient surtout à la substance grise ; si l'on coupe en travers une circonvolution, on ne trouve plus quelquefois qu'une lame excessivement mince de cette substance ; il n'est pas rare même, avant d'avoir pratiqué aucune division, de voir la substanee grise manquer presque entièrement au fond des circonvolutions.

Dans ces cas d'atrophie , ce qui reste de substance grise est généralementi; plus ferme que dans l'état naturel; sa couleur est en même temps profondément altérée; tantôt elle est si pâle que ses limites précises avec la substance blanche sont difficiles à déterminer ; tantôt elle offre à l'extérieur une teinte fauve , claire, et au-dessous une légère nuance rosée. Cette nuance rose suit tous les contours des circonvolutions; il semble alors, quand on coupe en travers la substance grise , qu'elle est composée de deux membranes de couleurs différentes appliquées l'une sur l'autre et plissées parallèlement. Quelquefois toute l'épaisseur de la substance grise est endurcie d'une manière sensible. Dans ces cas, si Ton écarte l'une de l'autre, en commençant par la base, les deux moitiés de la substance fibreuse d'une circonvolution, et qu'on poursuive cette séparation jusqu'à ce que la substance corticale elle-même soit déchirée, elle offre une apparence fibreuse très-manifeste, comme cela arrive après la coction du cerveau dans l'huile ou son immersion prolongée dans l'alcool.

Un autre état de la substance corticale dans les cas d'aliénation chronique est son ramollissement. J'ai dit précédemment qu'au-dessous de la membrane endurcie de la surface se montrait souvent une diminution très-sensible de consistance qu'on peut bien appeler, si l'on veut, une espèce de ramollissement : ce que je vais décrire est d'un tout autre genre. Toute l'épaisseur de la substance grise est également altérée dans ces cas; la surface des circonvolutions boursouflée , gorgée de sucs séreux , plus brune que dans l'état naturel , est tellement molle, qu'elle s'attache au doigt qui la touche, et que le linge appliqué pour en absorber l'humidité en emporte une partie.

J'ai observé cette altération au plus haut degré d'intensité chez un jeune homme d'une constitution détériorée par des excès de tout genre; une émotion vive détermina chez lui l'explosion d'une aliénation mentale compliquée , dès son début, de paralysie générale; quelques semaines suflirent pour porter au plus haut point la dégradation morale et physique. Dans les derniers temps de la vie , la maigreur, déjà très-prononcée, fît de nouveaux progrès si rapides ^ qu'en trois jours les globes oculaires étaient véritablement retirés au fond des orbites, tandis que les paupières étaient restées tendues demi-ouvertes, quelques lignes au-devant des yeux. La substance corticale des circonvolutions, très brune, très-humide, d'une mollesse diflluente, cédait au plus léger contact. La perte de substance , les inégalités produites par l'apparition des doigts ou d'un linge disparaissaient en un instant comme cela aurait lieu à la surface d'un corps qui entrerait eu fusion. D'ailleurs , chez ce malade , la substance blanche était elle-même profondément altérée d'une manière analogue à la grise.

Cette mollesse extrême et générale de la substance corticale n'accompagne

ALIENATION MENTALE.

ALIÉNATION MENTALE

pas nécessairement un état analogue de la substance blanche ; il coïncide quel- ' quefois avec son endurcissement. La substance grise des circonvolutions s'en- ' lève alors avec la plus grande facilité; des lotions à grande eau suffisent pour celaj il ne reste plus , après celte opération , que la tige fibreuse des circonvolutions dont l'ensemble rappelle la disposition du mésentère dépouillé des intestins et l'analogie remarquée par Malpighi entre ces différentes parties.

Chez une aliénée de la Salpètrière , morte dans le dernier degré de démence, de paralysie générale et de marasme, l'ouverture du corps, faite vingt-quatre heures après la mort, dans un temps assez chaud, me fit rencontrer la substance corticale ramollie, dilîluente, verte et comme putréfiée dans une grande partie de son étendue , au sommet des circonvolutions comme dans le fond de leurs î intervalles , tandis que la substance fibreuse avait conservé sa couleumaturelle I et présentait une résistance voisine de celle du fibro-cartilage. : Cette espèce de ramollissement de la substance corticale n'est pas toujours aussi général ; il se trouve quelquefois circonscrit dans une étendue peu considérable et brusquement limitée.

Dans ces cas, le lavage fait écouler la portion ramollie, il reste à la place un enfoncement de la profondeur de la substance grise et dont le fond est la substance blanche.

Je crois qu'il faut considérer comme suite de ramollissemens partiels de celte espèce une altération que j'ai rencontrée quatre ou cinq fois , et qui consiste dans l'absence complète de la substance grise dans une étendue circulaire variable de la grandeur d'un demi-pouce à un pouce. Les bords de cette perte de substance sont taillés presque à pic ; le fond en est lisse, blanc, ferme, et ne semble pas autre chose que la portion fibreuse de la circonvolution. La membrane celluleuse qui la tapisse est aussi transparente, aussi fine que celle des ventricules. M. Calmeil , dans son ouvrage sur la paralysie des aliénés, rapporte deux cas de ce genre.

Les altérations de la substance grise des renflemens centraux du cerveau , de couche optique et du corps strié, sont, chez les aliénés , beaucoup moins communes que celles de la substance corticale des circonvolutions , et l'injection de ces parties , leurs marbrures violacées coïncident plus souvent avec les altérations de la substance fibreuse qu'avec celles de la couche corticale extérieure.

Il n'en est pas de même de la corne d'Ammon : la substance corticale de cette partie est malade , rouge , ramollie dans un grand nombre d'aliénations chroniques; on trouve , en outre, très-souvent la grosse extrémité d'une dureté squirreuse ; dans ces cas , les différentes couleurs qu'on aperçoit ordinairement entre les couches superposées de la corne d'Ammon ont disparu ; partout c'est une couleur grisâtre uniforme.

2°. Altérations de la substance blanche. — Les altérations que la substance blanche ou fibreuse présente chez les aliénés sont relatives à sa couleur, à sa densité, à sa texture; quelques changemens morbides, pour ctre appréciés , exigent les mêmes préparations particulières qui sont indispensables pour comprendre quelques circonstances de la structure normale de cet organe. Souvent chez les aliénés , la substance blanche est le siège d'injections sanguines. Dans quelques cas, cette injection occupe surtout des vaisseaux d'un certain volume. Il en résulte à la surface des sections pratiquées dans l'organe une multitude de points rouges qui produisent ce qu'on appelle un aspect sablé.

On observe quelquefois un autre genre d'injection qui appartient surtout aux ramifications vasculaires les plus fines de l'organe. Dans ces cas, ce n'est plus l'aspect sablé qu'offre la surface des sections , mais des marbrures d'un rouge vif ou d'un rouge foncé, obscur, violacé, assez analogues aux marbrures de quelques espèces de savon. Le sang paraît combiné, dans ces cas, avec la substance même de l'organe ; la coloration qu'il produit ressemble, au premier coup d'œil, à celle qui résulterait de l'imbibition d'un liquide coloré. Cependant un examen attentif à l'oeil nu, et mieux à la loupe, montre qu'elle résulte d'une injèclion très-fine des dernières ramifications vasculaires.

Ces injections de la substance fibreuse ne coïncident pas nécessairement avec une injection égale de la substance corticale pe'riphérique; il peut exister sous ce rapport une différence inverse et réciproque , quoiqu'en général une très-forte injection de l'une d'elles n'ait pas lieu sans que l'autre y participe, mais souvent à un degré moindre.

Il n'est pas rare de rencontrer, chez les aliénés , la substance fibreuse d'un blanc resplendissant, sans aucune injection vasculaire sensible. Cet aspect particulier correspond d'ordinaire à l'augmentation de consistance des parties.

Ce dernier état, l'endurcissement, ou, pour se servir d'un terme plus général, l'augmentation de résistance de la substance fibreuse, est une altération assez commune.

Il est difficile, lorsqu'on n'a pas eu l'occasion d'en observer quelque exemple, de se faire une idée du degré qu'elle peut atteindre. C'est trop dire que de la comparer à celle du fibro-cartilage ; quelquefois , néanmoins , elle n'en est pas éloignée; souvent elle surpasse la consistance naturelle de muscles bien frais. On se rappelle que c'est l'altération qui a le plus souvent frappé Morgagni dans les ouvertures de fous qu'il a faites.

Cette augmentation de consistance coïncide souvent avec la couleur blanche resplendissante dont j'ai parlé; assez souvent une teinte jaunâtre, une teinte légère gris de plomb a envahi tout l'organe. Quoi qu'il en soit de ces changemens de couleur , l'altération que j'indique se présente sous plusieurs formes.

Tantôt l'augmentation de consistance est très-sensible au toucher, à la vue même , pour ainsi dire , attendu que le cerveau qui en est atteint , placé sur un plan horizontal, conserve parfaitement sa forme , ne s'affaisse nullement.

D'autres fois cet organe est plus flasque qu'à l'ordinaire ; il se déforme , s'aplatit aisément; mais il résiste beaucoup au bistouri, et lorsqu'on en a enlevé

DlCT. DE MÉDECINE ET DE ChIRUHGIE PRATIQUES.

une couche très-mince et qu'on la tire en sens opposé , elle ne se déchire qu'après un effort assez grand. Si on ne poursuit pas la traction jusqu'à produire la déchirure , le morceau de cerveau , abandonne à lui-même , reprend ses premières dimensions par un retour élastique.

Ce dernier état de flaccidité et de résistance considérable , je ne l'ai observé que dans les cas où l'organe avait perdu une grande partie de son volume; à l'extérieur, les circonvolutions amincies laissaient entre elles de vastes intervalles; d'un autre côté les ventricules étaient très-dilatés , et les hémisphères réduits aux deux tiers, à la moitié, au quart même de leur épaisseur normale. Au contraire, l'augmentation de fermeté dont j'ai parlé d'abord, celle qu'on peut préjuger à la forme vigoureuse que conserve le cerveau retiré du crâne , se rencontre tous les jours dans des cerveaux dont les membranes et les ventricules ne contiennent pas plus de sérosité que dans l'état normal, dont le volume , par conséquent, n'a subi aucune diminution.

Dans ces différens cas , une section pratiquée avec un bistouri qui n'agit pas en sciant, mais seulement en pressant, peut être bien plane, bien régulière , si l'instrument a été pressé perpendiculairement à la direction des fibres cérébrales, tandis que s'il a agi obliquement par rapport à leur direction, la division ne s'est opérée que par saccades ; sa surface est irrégulière et sillonnée.

La résistance éprouvée en coupant un cerveau ainsi endurci est difficile à exprimer; la plupart des personnes qui l'éprouvent la comparent à celle du caout-chouc; elle ressemble mieux quelquefois à celle qu'on sentirait en coupant plusieurs morceaux de peau superposés.

Il ne faut pas croire, comme on l'a dit, que la structure fibreuse du cerveau soit plus manifeste dans ces cas ; bien au contraire, quelque considérable que soit la consistance acquise par l'organe, il est très-difficile, pour ne pas dire impossible, d'en séparer les fibres ; il semble, si l'on peut se permettre cette conjecture , que chaque fibre cérébrale a contracté des adhérences morbides avec les fibres voisines, de manière à rendre impossible leur séparation.

Je ne donne pas cette idée comme simple conjecture pour les plans fibreux principaux, qu'on peut très-aisément séparer sur des cerveaux sains; cette séparation est de toute impossibilité , dans tous les genres d'induration dont je viens de parler ; mais comme elle existe aussi dans des cas où il n'y a pas d'augmentation de consistance , dans des cas même où la consistance des parties est évidemment diminuée , il convient d'en parler à part : une courte digression sur la structure du cerveau est indispensable pour faire compi-endre en quoi consiste cette altération.

Je crois avoir démontré que la substance blanche du cerveau, la masse fibreuse des hémisphères , résulte de la superposition de plusieurs plans distincts, différemment contournés dans la masse commune du cerveau , appliqués les uns sur les autres, et réunis au moyen d'un tissu cellulaire très-fin. Des manœuvres bien dirigées en produisent aisément la séparation avec une parfaite netteté. Ce n'est pas ici le lieu de décrire ces plans, d'en étudier les rapports ; faute de pouvoir, dès à présent, renvoyer à un ouvrage sur l'anatomie du cerveau, dans lequel ces dispositions seront soigneusement décrites, je ren" voie les médecins qui n'eu ont pas connaissance aux rapports de M. de Blainville , à l'Académie des sciences, et du professeur Andral , à l'Académie de médecine.

Les différens plans du cerveau faciles à séparer l'un de l'autre dans l'état sain, ne peuvent plus l'être chez beaucoup d'aliénés ; tous les efforts qu'on peut faire à cet égard n'aboutissent qu'à leur déchirure ; c'est à peu près de la même manière que, dans des adhérences très-solides des plèvres, il est plus aisé de séparer la plèvre costale des côtes , la plèvre pulmonaire des poumons, que de désunir les deux surfaces pathologiquement réunies.

C'est entre le plan que j'ai appelé du corps calleux et celui de l'hémisphère, que cette adhérence morbide se montre le plus souvent.

Parmi les aliénés affectés de paralysie générale , dont j'ai fait l'examen anatomique depuis trois ans , je n'ai observé que deux fois l'absence de ces adhérences entre les plans du cerveau , et dans ces deux cas exceptionnels , les nerfs dits cérébraux , la protubérance annulaire et la moelle alongée offraient une dureté excessive. Je dois ajouter que j'ai trouvé la même altération dans le cerveau de plusieurs vieillards dont les mouvemens étaient devenus incertains, vaciilans , à peu près comme ceux des aliénés affectés de paralysie générale ; d'ailleurs je n'ai jamais observé la même altération chez les aliénés dont les mouvemens étaient restés libres jusqu'à la mort.

Il me semble d'autant plus important de répéter ces recherches , qu'il suffit , dans bien des cas , de se borner à pratiquer des coupes , pour juger sain un cerveau dans lequel un autre mode d'investigation eût montré des traces évidentes de maladie.

Le cerveau de certains aliénés est tellement gorgé de sucs séreux , qu'on voit couler une sérosité abondante à la surface des incisions; qu'on peut, en pressant l'organe , en exprimer une grande quantité.

J'ai trouvé quelquefois l'infiltration séreuse assez abondante pour qu'il fût permis d'appeler du nom d'œdème cérébrale ces cas particuliers.

Une autre altération plus rare , que M. Esquirol a déjà remarquée, est la présence dans le cerveau d'une multitude de petites cavités capables de loger un grain de millet, de chenevis, quelquefois même une noisette.

Dans tous les cas de cette espèce que j'ai rencontres, le liquide contenu était aussi limpide que de l'eau, et les parois de ces petites cavités parfaitement lisses et blanches.

Une section pratiquée dans un cerveau ainsi altéré, présente une grande ressemblance arec l'aspect de certains fromages (je ne puis trouver une compa-

ALIENATION MENTALE.

raison plus juste). Je n'ai pu parvenir à séparer des parois de ces cavite's une membrane distincte, quoiqu'on en puisse raisonnablement supposer l'existence.

Ces petites cavités , ces petites collections séreuses , ont-elles succédé à de nombreux épanchemens sanguins ? Cela est possible ; mais jamais elles ne m'ont offert cette couleur jaunâtre , rouille-clair, que les kystes apoplectiques , même anciens, offrent si souvent.

Je ne dois pas parler ici des altérations que les aliénés peuvent présenter, aussi bien que ceux qui ne le sont pas, telles que l'hémorrhagie cérébrale , le ramollissement; quant aux productions qui n'ont pas d'analogues dans l'état normal, les tubercules, les masses encéphaloïdes, les-entozoaires , les hydatides iicéphalocystes , etc., je n'en ai jamais vu beaucoup d'exemples chez eux.

Il convient de dire , sans entrer dans aucun détail au sujet de ces différentes altérations, qu'une tumeur accidentelle, comprimant les deux hémisphères, qu'un épanchement sanguin considérable dans chacun d'eux , peut produire tous les symptômes de la démence, et faire conduire dans une maison de fous des individus qui ne l'ont jamais été; assurément on doit tâcher, dans l'intérêt des familles, d'éviter de semblables méprises.

Une femme dont l'intelligence s'était graduellement oblitérée , et dont les deux jambes avaient perdu en même temps la faculté de se mouvoir, fut amenée à la Salpêtrière; la paraplégie était complèie alors, aussi bien que l'oblitération intellectuelle ; elle mourut bientôt.

Les deux lobes antérieurs du cerveau étaient traversés par une tumeur encéphaloïde d'une forme alongée , irrégulière , ayant deux pouces et demi de long , et un pouce à peu près d'épaisseur. Cette tumeur, très-voisine de la superficie, avait déformé les circonvolutions supérieures du lobe frontal; un épanchement sanguin de date re'cente existait supérieurement entre elle et la substance corticale du côté droit; le reste du cerveau , le cervelet, la protubérance et la moelle étaient dans l'état sain. Assurément cette femme n'était pas aliénée, pas plus que ne le sont des apoplectiques que des attaques réitérées d'hémorrhagie cérébrale privent de toutes leurs facultés intellectuelles.

Chez une autre femme envoyée dans la division des aliéne'es de la Salpêtrière , dans un état comateu.x profond , le lobe antérieur de l'hémisphère droit était traversé de bas en haut par une exostose d'un pouce et demi de long , d'une épaisseur moyenne de quatre à cinq lignes, très-irrégulière et raboteuse, développée sur la voûte orbitaire.

Cette exostose était entoure'e de portions cérébrales ramollies ; tout le reste du cerveau était d'un rouge intense par places. Cette femme encore était-elle véritablement aliénée?

Je ne multiplierai pas davantage les exemples de ce genre ; je passe aux altérations des nerfs dits cérébraux.

3°. Altéi^ations des nerfs. — Ce genre de désordres a été fort peu étudié jusqu'à présent , et par conséquent fort peu connu. Il est vraisemblable que beaucoup de ces altérations sont peu accessibles à nos moyens d'investigation ; plusieurs aussi sont tellement évidentes de leur nature qu'elles peuvent frapper tous les yeux.

J'ai trouvé plusieurs fois les nerfs olfactifs durs , coriaces et en même temps aussi transparens que la gélatine.

J'ai trouvé , il y a quelques mois, chez une aliénée tourmentée jusqu'aux derniers momens de sa vie par d'horribles hallucinations de la vue, les nerfs optiques, durs , derai-transparens dans la plus grande partie de leur épaisseur; à travers cette masse demi-transparente se dessinaient des tractus blancs , très-distincts ; deux de ces principaux tractus , les plus intérieurs , s'entrecroisaient dans le chiasma , tandis que les autres passaient au-delà de la commissure sans changer de côté. Après avoir remarqué cette altération dans la portion crânienne des nerfs optiques, je voulus voir l'état du nerf dans l'intérieur de l'orbite, il était exactement le même jusqu'à son passage dans l'œil.

L'œil , chez cette femme , n'avait présenté d'autres changemens pendant la vie, que la contraction marquée des pupilles.

Je ne parlerai pas à part des altérations du cervelet qui . plus rares que celles du cerveau, sont d'ailleurs les mêmes.

4». Altérations des méninges. — Les altérations des méninges sont assez communes dans l'aliénation mentale pour que plusieurs personnes leur aient attribué tous les phénomènes propres à cette maladie.

Cette opinion ne me semble pas fondée , mais l'examen attentif de l'état des membranes, de la position des vaisseaux que l'une d'elles sert à propager, l'appréciation des effets qui doivent résulter dans certaines circonstances de la position de ces vaisseaux , me semblent d'une haute importance.

Les altérations des méninges ne m'ont jamais paru exister sans celles du cerveau chez les aliénés , tandis que le contraire se rencontre assez souvent. Quoi qu'il en soit , je vais exposer ce que les recherches d'anatomie pathologique ont appris déplus positif sur l'état des méninges, dans les cas d'aliénation mentale.

Dans les cas aigus, on ne trouve autre chose , le plus souvent, que l'injection de la pie-mère. Cette injection est ordinairement proportionnée au degré d'inflammation de la substance corticale des circonvolutions ; les innombrables petits vaisseaux, qui plongent avec la pie-mère dans les anfractuosités cérébrales, ceux qui se contournent avec elle sur la convexité des circonvolutions pénétrées de sang d'un rouge vif, forment des arborisations qui rappellent les injections les plus heureuses; les veines qui serpentent suivant la sinuosité des sillons cérébraux sont tendues et gorgées d'un sang noir. L'arachnoïde a conservé son aspect naturel.

Voilà tout ce que présentent les membranes dans la plupart des cas d'aliénation mentale d'une acuité ordinaire. Dans quelques cas d'une acuité extrême.

l'injection capillaire de la pie-mère domine dans les anfractuosités cérébrales, et se trouve moindre à la convexité des circonvolutions qui ont perdu leur couleur et présentent une surface plane terminée par deux angles droits. Cet état est accompagné d'un engorgement veineux remarquable; au lieu de quelques grosses veines allant çà et là gagner les sinus de la dure-mère, on voit un réseau veineux très-étendu, suivant exactement tous les contours des anfractuosités , en offrant çà et là , au niveau des anfractuosités les plus larges , une dilatation comme variqueuse, preuve évidente que la turgescence du cerveau , la compression exercée par suite sur les membranes a gêné la circulation veineuse. On peut croire que la résolution n'est pas facile dans ces cas.

C'est à des altérations de ce degré de violence qu'on doit rapporter , à mon avis , la plupart des prétendus exemples d'hypertrophie du cerveau , etc.

On concevra aisément l'altération que je veux indiquer en se rappelant l'état des membranes, leur compression, leur sécheresse, l'absence de sang dans leurs vaisseaux à la surface des hémisphères devenus le siège d'une hémorrhagie.

Dans le plus grand nombre des ouvertures d'aliénation mentale aiguë, on ne rencontre pas la preuve matérielle d'une compression de ce genre; mais si l'on réfléchit à la diminution de volume que la mort f.iit éprouver aux parties enflammées, si l'on se rappelle que peu d'aliénés , susceptibles de guérison, meurent sans avoir recouvré à peu près toute leur raison, on sera disposé à croire que , pendant la vie, celte compression doit exister jusqu'à un certain point dans la plupart des cas aigus. Cette remarque peut contribuer à expliquer 1.1 difficulté de la résolution des maladies mentales , et faire entrevoir les différences de la folie et du délire aigu causé par l'inflammation des membranes et l'irritation concomitante du cerveau lui-même. C'est sans doute à la même cause qu'il faut rapporter les adhérences si fréquentes de la convexité du cerveau aux membranes , tandis que l'adhérence des parties profondes des circonvolutions sont beaucoup plus rares , quoiqu'on en trouve des exemples bien positifs.

Je passe aux altérations chroniques des membranes.

Ces altérations consistent le plus souvent dans l'opacité , l'augmentation de consistance, d'épaisseur de l'arachnoïde, la formation de granulations, de pseudo-membranes à sa surface, et enfin l'épanchement de sérosité dans le tissu cellulaire de la pie mère et des ventricules.

Souvent les membranes ainsi affectées sont devenues adhérentes à la sub"stance corticale. L'opacité de l'arachnoïde qui contracte dans ces cas une teinte lactescente ou gris de perle, peut occuper presque toute l'étendue de la portion viscérale de cette membrane ou bien être bornée à quelques points de sa surface. Cette altération se manifeste le plus souvent sur le bord supérieur des hémisphères , le long du sinus longitudinal , sur les portions de cette membrane tendues au-devant de la scissure de Sylvius, en arrière de la com missure des nerfs optiques et en arrière du quatrième ventricule; de ces différons points , elle s'étend aux autres parties de la membrane , suivant ordinairement le trajet des veines placées au-dessous d'elles , et se fond insen siblement dans les parties dont la couleur n'est pas altérée.

Je n'ai jamais vu cette opacité exister sans épaississement , au moins en apparence ; car l'augmentation d'épaisseur m'a toujours paru la suite du dépôt de couches albumineuses sur la face adhérente de la membrane.

C'est surtout dans les portions où l'arachnoïde n'a aucune contiguité avec la pie-mère , en arrière du quatrième ventricule des nerfs optiques, qu'on peut bien apprécier cet effet. J'ai vu souvent, dans ces points, l'opacité et l'épaissis sèment de l'arachnoïde former en quelque sorte de petits nuages pommelés qui, examinés à la loupe du côté viscéral de la membrane , semblaient évidemment déposés sur cette face , tandis que l'autre face n'offrait aucune inégalité J'ai pu quelquefois enlever de petits lambeaux de ces dépôts albumineux. Si j'ai bien observé ce fait , on peut comprendre pourquoi la surface libre de l'arachnoïde conserve dans ces cas l'aspect lisse et poli qui lui est naturel.

Dans les cas où l'arachnoïde est épaissie et opaque , on cherchera en vain à la détacher de la pie-mère, dans les endroits où ces membranes sont naturellement contiguës. J'ai plusieurs fois essayé de le faire , jamais je n'ai réussi ; ceci fortifie l'opinion d'une exhalation albumineuse à la surface adhérente de l'arachnoïde. C'est cette exhalation qui unit et confond les deux membranes. On conçoit d'après cela pourquoi il est si facile, dans ces cas, de dépouiller le cerveau tout entier de ses membranes, d'enlever celles-ci d'une seule pièce, si l'on procède avec quelque patience. Lorsque les membranes sont enlevées , il est difficile, même en raclant avec un bistouri, de détacher la pie-mère de l'arachnoïde.

La consistance de ces parties peut être augmentée d'une manière extraordinaire ; leur adhérence au sommet des cii'convolutions est une circonstance très-commune.

Ces adhérences ont lieu presque toujours avec la convexité des circonvolutions dont la substance corticale, dans presque tous les cas que j'ai examinés, avait subi l'altération que j'ai décrite précédemment, et qui consiste dans l'endurcissement et la pâleur de sa couche la plus superficielle. J'ai vu aussi quelquefois ces adhérences prolongées jusqu'au fond des anfractuosités^ quoique, dans ces endroits, la pie mère soit réduite à une bien faible épaisseur- Ceci prouve que ces adhérences n'ont pas lieu avec l'arachnoïde qui ne pénètre pas dans les profondeurs des circonvolutions , et permet de penser que la compression résultant de la turgescence inflammatoire du cerveau favorise surtout les adhérences aux sommets des circonvolutrons , parties les plus exposées aux effets immédiats de cette action.

Si 'on ajoute qu'il faut une certaine épaisseur pour favoriser ces adhérences,

ALIÉNATION MENTALE

ALIENATION MENTALE.

lu'au sommet des circonvolutions l'arachnoïde en doublant la pie-mère fournit >ette condition , tandis que , dans les anfractuosités , les vaisseaux cpars de la aie-mère, écartés encore parla sérosité qui s'y trouve , ne la présentent pas, >t que néanmoins les adhérences y existent quelquefois , on sera pleinement ïonvaincu que ces adhérences ne sont pas de simples effets de l'inflammation le l'arachnoïde.

On trouve quelquefois une grande abondance de sérosité épanchée dans le issu cellulaire sous-arachnoïdien ; le plus souvent cette sérosité est claire , incolore ; d'autres fois elle offre une légère teinte jaunâtre et peut présenter une orte de consistance gélatineuse.

C'est dans ces cas d'épanchement séreiTX abondant qu'on a souvent trouvé es circonvolutions amincies, comme atrophiées, etc.

Faut-il croire que l'amincissement des circonvolutions est alors un effet mé- :anique, résultant delà compression exercée par l'épanchement séreux, comme m voit le poumon réduit à un petit volume par un épanchement dans la cavité le la plèvre ?

Faut-il penser, au contraire , que l'épanchement séreux s'est opéré k mesure fue les parties intégrantes des circonvolutions ont été résorbées partiellement lar un travail morbide ? Je penche davantage vers cette dernière opinion d'après es motifs suivans.

Cette atrophie n'est jamais générale , elle est toujours bornée à quelques ■égions du cerveau. Très-souvent deux ou trois circonvolutions voisines sont •éduites à une minceur extrême et ont presque disparu ; les circonvolutions ;orrespondantes , symétriques , de l'autre hémisphère , ont subi la même alté- ■ation; les autres circonvolutions ont conservé leur volume naturel. Enfin si 'on ajoute que dans ces cas d'atrophie des circonvolutions, le crâne est presque toujours revenu sur lui-même , ainsi que l'a vu M. Gall et que je l'ai souvent jbservé moi-même, chose dont ne permet pas de douter la rentrée ordinairenent symétrique des os de cette cavité, leur surface convexe et rugueuse en Icdans , sans aucune trace de ces impressions et de ces saillies qu'on regarde :omme moulées sur le cerveau, on croira bien que ce n'est pas à la compression :xercée par l'épanchement séreux qu'est due l'atrophie du cerveau. En effet , ;i cette force était plus puissante que la résistance du cerveau, elle soutiendrait lu moins aussi bien que lui son enveloppe osseuse. Si la compression exei'cée lar l'épanchement séreux était la cause de cette atrophie , pourquoi serait elle lans bien des cas bornée à quelques circonvolutions symétriques?

Il faut donc croire que dans la majorité des cas d'atrophie cérébrale, l'épan- ;hement séreux est un effet consécutif.

Je veux dire quelques mots de la présence de gaz entre l'arachnoïde et la jie-mère , circonstance que quelques personnes ont notée comme une alté- •ation , et qui me semble un simple accident postérieur à la mort dans la grande majorité des cas.

Toutes les fois qu'il existe une certaine quantité de sérosité dans le tissu celjulaire sous-arachnoïdien, et que l'arachnoïde s'est trouvée entamée pendant l'ablation de la voûte du crâne , de manière à laisser écouler une certaine quanité de sérosité , il entre de l'air à la place de cette sérosité ; on en voit alors lous la membrane des bulles plus ou moins nombreuses. Cet effet arrive surtout ponstamment si l'on a séparé la tête du tronc avant d'en faire l'ouverture ; la iérosité s'est écoulée librement par le rachis , l'air est entré, et, soit dit en !)assant, c'est ainsi peut-être que l'on a souvent noté l'existence du gaz sous l'arachnoïde spinale. Si on fait précéder l'ouverture du rachis de celle du crâne, ti on enlève le cerveau avant d'examiner la moelle, le liquide cérébro spinal 'écoule, l'air prend sa place en partie; ceci arrive surtout si, pour ménager la moelle, on laisse le cervelet en place; la portion d'arachnoïde tendue derière le quatrième ventricule ne peut s'appliquer aux parois de cette cavité orsque la sérosité s'en écoule , l'air y pénètre aisément et s'infiltre ensuite usqu'à l'extrémité de la moelle.

On observe souvent une augmentation de volume, des granulations blanchâ- ,res répandues le long du sinus longitudinal supérieur. Souvent aussi , on ob-

erve aux surfaces de la membrane séreuse qui tapisse les ventricules latéraux

t le quatrième ventricule , des granulations d'un volume variable , d'une cou-

eur de cartilage , rares ou agglomérées en grand nombre. Quelquefois on trouve sur la surface libre de l'arachnoïde des pseudo-mem-

ranes faciles à séparer.

J'ai vu aussi , mais bien rarement , des collections purulentes dans une aartie de cette cavité , assez considérables pour avoir enfoncé et déformé le ^erveau.

I Ces dernières altérations dépendent d'une complication d'arachnoïdite , et ne loivent pas être ici l'objet d'une description particulière; on les trouve presque ionstamment chez les aliénés paralytiques sujets à tomber de leur lit , à se rapper la tête. Les parties qui ont reçu le choc dans ces chutes montrent une ;cchymose du cuir chevelu , l'injection du péricrâne dont l'adhérence est affaijlie , enfin une teinte jaune-sale de la face libre de la dure-mère et de la surface le l'arachnoïde qui la tapisse , une pseudo-membrane albumineuse ordinairement très-mince.

Cette observation a été faite par M. Esquii-ol; j'ai eu occasion de la répéter ouvent.

La dure-mère a été quelquefois affectée de fongus. Cette altération encore trangère à l'aliénation proprement dite, ne doit pas nous occuper ici (vojrez OKGUs CE LA dube-mère ) ; enfin les os du crâne sont très-souvent altérés. 5». Altérations des os du crâne. — Greding, MM. Gall et Spurzheim et tous :enx qui ont fixé leur attention sur ce point ont noté «es altérations. Elles ônsistent tantôt dans l'épaississement des os devenus compactes, éburnés, etc.

Quelquefois les os sont excessivement amincis et presque réduits à leurs deux lames compactes.

Quelquefois, au contraire, le tissu aréolaire prédomine ; il est injecté d'une grande quantité de sang. Ces os, qui ressemblent assez au tissu des côtes, sont enfoncés par un coup de marteau , au lieu d'être brisés en éclats.

Il n'est pas vrai que l'épaississement et la compacité du crâne , son passage à l'état éburné, coïncident avec le penchant au suicide. Cet état est trèsfréquent chez les aliénés en démence , chez les idiots , les imbéciles , etc. , et les aliénés avec penchant au suicide ont quelquefois présenté des os trèsminces ou à l'état normal. 'Le péricrâne est souvent très-peu adhérent aux os du crâne; ceci existe surtout avec le passage des os à l'état compacte et éburné. Il semble alors qu'aucun vaisseau , qu'aucun prolongement fibreux n'unissent le péricrâne au crâne. On peut le faire glisser sur les os avec la plus grande facilité.

J'ai vu plusieurs fois le cuir chevelu réduit à une minceur extrême; il était en même temps très-lâche et très-mou.

J'ai vu cet état chez des individus qui , loin d'être réduits au marasme , avaient les chairs encore bien fermes et bien nourries. Au contraire, le cuir chevelu est d'une épaisseur extraordinaire, doublé d'une couche de graisse de plusieurs ligues chez beaucoup de sujets. Je ne dois pas oublier de faire remarquer , avant de passer à l'exposition des altérations propres aux aliénations congéniales , que dans certaines maladies mentales accidentelles , principalement dans celles qui succèdent à des causes débilitantes, comme couches, etc., on ne trouve dans le cerveau rien de plus frappant que sa pâleur extrême et générale ; on remarque bien encore dans ces cas quelques marbrures d'un rose clair, dans la substance corticale; mais cette altération est trop peu prononcée pour qu'il soit permis, je crois, de la considérer comme idiopathique. Dans le très-petit nombre de cas de cette espèce que j'ai pu examiner, l'altération cérébrale m'a paru symptomatique d'un désordre plus profond de l'utérus ou de quelque autre organe du bas-ventre.

6". Idiots. — J'ai cru devoir rapporter à part les altérations rencontrées chez les idiots, craignant la confusion en les incorporant à celles qu'on observe dans les aliénations accidentelles.

Les altérations observées chez les idiots peuvent être rapportés I» à des vices de conformation, 2" a des altérations de texture.

Vices de conformation. — Chez beaucoup d'idiots, le volume de Ja tête et du cerveau est très-peu considérable. Des idiots adultes n'ont pas un volume de tète plus fort que des enfans bien conformés , âgés de quelques mois , un ou deux ans. La petitesse des parties n'est pas leur seul vice ; on trouve souvent en outre , dans ces cas , le crâne épais , très-dense , éburné ; le cerveau assez dur, les circonvolutions très-minces, séparées par de larges intervalles. On a vu même les circonvolutions manquer dans une étendue considérable.

En 1825, M. Payen, alors interne à l'hôpital des enfans, a trouvé un cerveau d'idiot dont les circonvolutions inférieures étaient seules développées. Dans les régions supérieures , la substance grise très-mince formait, comme chez les rongeurs , une membrane parallèle à la courbure de la voûte du crâne.

On se rappelle qu'à une époque de la formation du fœtus , le cerveau n'offre pas de circonvolutions. L'altération dont je parle ici pourrait à juste titre être regardée comme la persistance de cet état, en d'autres termes , un arrêt , une suspension de développement. Du reste , il n'y avait dans l'apparence de la substance grise ou de la blanche aucune altération. La petitesse remarquable du cerveau , et surtout l'absence complète de ses circonvolutions dans une étendue considérable , ne pouvaient être que des vices de conformation. Les autres altérations que je vais indiquer sont, au contraire, des maladies accidentelles , survenues dans le sein de la mère ou dans les premiers temps de la vie extra-utérine.

Altérations de texture. — Quelquefois on ne trouve chez les idiots et les imbéciles que l'adhérence générale des membranes à la substance corticale des circonvolutions. J'ai vu plusieurs cas où cette adhérence était si intime et si générale qu'après l'ablation des membranes, le cerveau se trouvait véritablement dépouillé de sa substance corticale.

D'autres fois , sans que les membranes soient adhérentes , il existe une destruction trés-étendue de la substance corticale extérieure ; d'où il résulte que les circonvolutions, au lieu de leur aspect ordinaire, ne présentent qu'une surface irrégulièrement frisée , comme la feuille de certains végétaux. Dans quelques endroits , on trouve encore des fragmens qui ont assez bien l'aspect normal ; mais la plus grande partie de la surface des hémisphères n'offre que de petites végétations jaunâtres, dures, coriaces, granulées.

Dans plusieurs cas de cette espèce que j'ai examinés , les circonvolutions de la base du cerveau n'avaient point participé à l'altération; elles étaient petites, leurs anfractuosités peu profondes ; mais leur substance ne semblait nullement altérée, tandis que les traces de circonvolutions qui restaient dans les régions supérieures n'avaient plus rien des caractères propres k l'état normal; les végétations, les petites tumeurs agglomérées ou distinctes qu'on remarque dans ces parties étaient différentes de volume, de forme : les unes, polygonées tl'une étendue de cinq k six lignes ; les autres , mamelonnées et dégénérant de la grosseur d'un pois k celle d'un grain de millet , offraient une couleur jaunâtre, qui, dans les plus grosses, se rapprochait un peu du gris ordinaire de la substance corticale, et, dans les plus petites;, se confondait avec celle de la substance blanche. Il semblait qu'un réseau celluleux général recouvrait cette altération; du moins la consistance des parties, la résistance qu'éprouvait la pointe d'un scalpel promené k leur surface, pouvaient en donner l'idée. Je n'ai pu néanmoins, dans ces cas simples, séparer une membrane celluleuse évidente.

A.LIENATI01V MENTALE.

ALIENATION MENTALE.

Quelquefois cette altération est bornée à la substance corticale ; d'autres fois elle fait partie d'une altération plus profonde, que M. Esquirol a nommée atrophie du ceiveau , laquelle correspond constamment à quelque atrophie des membres.

Dans ces cas d'atrophie des membres, assez communs parmi les idiots, et dont on trouve quelques exemples chez des individus qui ne le sont pas , la substance grise présente, dans une étendue quelquefois très-considérable, d'autres fois très-petite , l'altération que je viens d'indiquer. Cette altération forme le contour d'un trou plus ou moins vaste , pratiqué aux dépens de la substance blanche, s'avançant assez souvent jusqu'au ventricule latéral. Une membrane celluleuse bien distincte , parfaitement organisée , sépare ce trou du ventricule d'un côté , le ferme à la surface du cerveau de l'autre côté , tapisse ses parois et se perd insensiblement sur les portions de substance corticale altérée. La perte de substance ne s'étend pas toujours jusqu'au ventricule. J'ai fait , avec mon collègue Délaye, dans le service de M. Esquirol à la Salpêtrière, l'ouverture d'une idiote dont les membres étaient arrivés au plus haut degré d'atrophie, contournés dans tous les sens , incapables d'aucun mouvement; chez elle le cerveau avait subi cette altération dans une grande partie de sa masse; il ne restait qu'une portion de la base de l'organe et quelques fragmens irréguliers , qui s'élevaient dans différentes poches celluleuses , remplies de sérosité. On ne reconnaissait ni couche optique, ni corps strié. Le cas le plus intéressant de ce genre que j'aie vu , est celui d'une idiote qui mourut pendant la durée du cours de clinique de M. Esquirol, en 1823 , et dont l'autopsie fut vue de tous les élèves qui suivaient ce cours.

Chez elle il n'y avait qu'un côté du corps, le droit, qui fût atrophié. Les deux membres de ce côte' , réduits en quelque sorte à leurs os , à leur enveloppe , étaient plus courts de beaucoup que ceux du côté opposé, incapables du moindre mouvement. Les membres du côté gauche, au contraire, avaient un développement convenable et jouissaient de tous leurs mouvemens.

Le volume delà tète était petit; les os du crâne n'offraient rien de particulier.

La plus grande partie de la substance corticale de la convexité des deux hémisphères offrait l'altération que j'ai décrite tout à l'heure. Au lieu de circonvolutions, on ne voyait que de petites granulations irrégulières, dures, jaunâtres , plus volumineuses à la circonférence de l'altération , et diminuant assez régulièrement en s'approchant de son centre. Cette altération existait seule à la surface de l'hémisphère droit; dans le gauche, au milieu d'une semblable altération de la substance corticale, existait une lacune considérable dans la substance blanche, en dehors et un peu au-dessus du corps strié et de la couche optique. Une membrane celluleuse assez ferme tapissait celte cavité et la fermait de manière à constituer une poche assez considérable, remplie d,'un fluide demi-transparent.

Toutes les autres parties du cerveau avaient leur aspect normal.

Si la substance corticale des circonvolutions jouissait d'une influence indispensable dans la production des mouvemens , les membres du côté gauche n'auraient-ils pas dû aussi présenter chez cette idiote une altération proportionnée à celle de la substance corticale?

Il est probable que des altérations de ce genre sont la suite de quelque travail morbide aigu , d'un ramollissement, par exemple, développé à une époque où le peu de résistance des os du crâne a pu céder assez au développement inflammatoire , pour prévenir une compression mortelle , et où la grande activité de l'absorption a pu enlever et élipaîner les parties ramollies et détruites. Cette explication , que je trouve très-vraisemblable , est déjà donnée par M. Rostan dans son ouvrage sur le ramollissement; mais si l'on peut rattacher à des maladies connues de pareils désordres , il en est d'autres qui me semblent peu susceptibles d'explication.

M. le docteur Payen , lorsqu'il était élève interne à l'hôpital des enfans , m'a montré le cerveau d'une idiote dont les circonvolutions avaient la forme , le volume et la couleur ordinaires ; mais en passant la main à leur surface , on était frappé de rencontrer dans plusieurs places une résistance énorme.

Cette résistance était la même qu'auraient pu produire de gros tubercules crus placés très-près de la superficie des circonvolutions ; et cependant une incision pratiquée à travers ces parties si dures ne montrait rien de particulier dans leur couleur , ni dans leur texture.

Cet endurcissement cessait brusquement; immédiatement à côté, la substance cérébrale avait la consistance ordinaire.

Le cerveau de cet idiot contenait un grand nombre de portions ainsi endurcies ; on aurait façonné et appliqué avec art des circonvolutions de carton , qu'on aurait produit au toucher un effet très-analogue à celui qu'il présentait.

Quelques idiots sont hydrocéphales; cette altération n'offre pas toujours chez eux des différences essentielles à noter ; l'un d'eux, dont M. Belhomme a rapporté l'observation dans sa thèsÊ , avait les deux membses du côté droit atrophiés , la couche optique et le corps strié n'existaient pas dans l'hémisphère gauche ; sans doute ils avaient été détruits par un travail morbide.

Telles sont sommairement les altérations principales que l'anatomie pathologique a permis de constater chez les idiots.

On peut dire d'eux comme des aliénés, que très-rarement ils succombent à leur affection cérébrale; la phlhisie pulmonaire, les gastro-entérites chroniques , ou des maladies aiguës variées les emportent le plus souvent,

La proportion d'hypertrophies du cœur qu'on rencontre chez les aliénés est vraiment prodigieuse. Les cinq sixièmes de ceux dont j'ai fait l'examen anatomique depuis trois ans , offraient quelque affection organique du cœur ou des gros vaisseaux.

J'ai dit en signalant cette circonstance, à l'occasion des causes de l'aliénation,

qu'elle était aussi souvent, k mon avis , un phénomène consécutif des cris, des mouvemens violens , de l'agitation continuelle de ces malades , qu'une cause prédisposante. Une altération fort rare, en général, s'est souvent offerte k mon observation, en ouvrant le corps des aliénés qui avaient long-temps séjourne dans les quartiers réservés à ceux qui ne sentent plus leurs besoins et dont les déjections sont involontaires; quels que soient les soins de propreté pris à l'égard de ces malades, ils séjournent une partie de la nuit dans la fange, et respirent presque continuellement un air chargé d'exhalaisons fétides. Ils meurent tous avec des escarres gangreneuses au sacrum.

Chez plusieurs de ceux qui sont morts dans ces quartiers, j'ai trouvé de petites cavités gangreneuses dans les poumons , surtout au bord antérieur de la base de ces organes ; aucun symptôme ne les avait fait soupçonner pendant la vie. Y a-t-il quelques rapports entre la production de ces altérations et les circonstances au milieu desquelles ceux qui les ont présentées ont terminé leur carrière ? Serait-ce , au contraire, le transport et le dépôt dans le poumon d'une partie du fluide qui baigne les escarres du siège? Les faits contenus dans la dissertation du docteur Maréchal me font pencher davantage pour cette dernière explication.

Quoi qu'il en soit, toutes ces altérations sont étrangères k la maladie principale; ce sont les changemens organiques observés dans le cerveau qu'il convient de méditer pour pouvoir apprécier leur nature, leur influence sur la production des ordres principaux, de symptômes des aliénations mentales.

Les altérations que nous venons de passer en revue présentent beaucoup des caractères anatomiques de l'inflammation : rougeur intense , générale ■ disséminée , gonflement dans bien des cas, et enfin, en passant à l'état chronique , formation d'adhérences entre la substance corticale des circonvolutions et les merabranescontiguës; plus, adhérence des différens plans du cerveau entre eux dans un certain nombre de cas.

Si la simple rougeur , la tuméfaction sensible , si les ramollissemens généraux et partiels, l'augmentation de résistance que nous avons notés dans les casaigus, laissaient des doutes sur la véritable nature du désordre organique, les adhérences obsei'vées si souvent dans les cas chroniques , n'en peuvent laisser aucun, et l'on est forcé en les reconnaissant d'admettre qu'il a existé un état véritablement inflammatoire , k moins qu'on ne cesse de regarder les adhérences accidentelles de nos organes comme des traces irrécusables d'inflammation , k moins que les adhérences des plèvres du péritoine, du péricarde, etc. , ne soient plus des preuves de pleurésie , de péritonite, de péricardite, etc.

Comme ces différentes traces de phlegmasie sont plus constantes dans le cerveau que dans les membranes , il faudra conclure encore que l'altération essentielle a lieu dans le cerveau, et que l'altération des membranes est une complication accidentelle. Cette complication est très-fréquente , parce qu'il existe entre le cerveau et les membranes les connexions les plus étroites, parce qu{ les vaisseaux qui animent le cerveau sont aussi ceux de ses membranes; que Is plupart de ces vaisseaux ne parviennent dans le cerveau qu'après s'être déjf ramifiés dans l'une de ses enveloppes.

C'est pour ces raisons que l'inflammation du cerveau, et surtout de 1; substance corticale des circonvolutions , co'incide si souvent avec quelque altération des membranes , et , réciproquement , que , dans les phlegmasies de: membranes, les symptômes de l'inflammation de la substance corticale de: circonvolutions se présentent si fréquemment; mais néanmoins cette coïuci dence n'est pas nécessaire. On rencontre des cas de méningite avec suppuration ( i^oj-es Morgagni , édit. Chaussier, tom. le'',pag. 87 et 344) ; j'ai moi même rencontré des cas de ce genre , sans qu'il ait existé aucun trouble de fonctions cérébrales , et sans qu'à l'ouverture du corps on trouve la moindn altération dans le cerveau ; on trouve plus souvent encore des altérations de parties superficielles du cerveau, sans aucune altération des membranes.

Malgré ces faits, il règne beaucoup de confusion dans les données des auteurs Ceux qui ont pris les maladies des méninges pour objet spécial de leurs rechei ches n'ont pas hésité k rapporter k ces altérations tous les symptômes qui si manifestaient dans leur cours ; ceux qui se sont occupés surtout des affection du cerveau , ont revendiqué , comme appartenant k cet organe , les symptôme attribués k la méningite.

On ne peut étudier tout-k-fait k part les maladies du cerveau et des mé ninges. Il faut reconnaître qu'il existe entre les phénomènes pathologiques d ces deux genres d'affection des connexions aussi étroites que celles qui existen entre les vaisseaux de la pie-mère et les vaisseaux cérébraux. Or , comme C' sont les mêmes vaisseaux, que ces vaisseaux sont spécialement affectés dan les maladies inflammatoires , il y aura presque constamment k la fois altératio analogue dans le cerveau et ses membranes ; seulement les caractères anato miques et physiologiques de l'inflammation prédomineront dans le cerveau o dans les membranes , suivant que l'un ou les autres auront été le point d départ des accidens.

Je crois donc qu'on doit admettre pour premier fait, que c'est aux dilll rentes altérations du cerveau précédemment décrites , que correspondent 1 symptômes variés de l'aliénation mentale. Ceci n'exclut pas l'influence d phlegmasies méningiennes sur l'état du cerveau et par suite sur ses fonctions mais il me semble contraire aux données les plus précises de la physiologie de mettre en première ligne cette altération des membranes, de lui rapporte le délire, la paralysie des aliénés, et enfin, d'appeler du nom de méningit aiguë ou chronique les maladies mentales.

Quant k chacun des principaux ordres de symptômes de l'aliénation meti taie, peut-il être physiologique de les rapporter k une seule et même altératio d'une partie du cerveau , lorsque l'observation les montre si souvent distinct

ALIENATION MENTALE.

ALIENATION MENTALE.

et isolés pendant la vie; lorsque l'anatomie pathologique montre des altérations bien distinctes les unes des autres, dont chacune coïncide toujours avec les mêmes phénomènes symptomatiques?

Parmi les desordres anatomiques du cerveau , les altérations variées de la substance corticale sont sans contredit les plus constantes, comme les symptômes les plus constans sont les dérangemens intellectuels. Quelles que soient la réserve que M. Calmeil , dans son ouvrage sur la paralysie des aliénés, apporte dans l'appréciation des altérations organiques, et leur influence spéciale sur les symptômes distincts de la maladie , il incline manifestement à rapporter aux altérations de la substance corticale des circonvolutions , la paralysie qu'il a prise pour objet particulier de ses recherches. Cette opinion de M. Calmeil pourrait sembler raisonnable, si les sujets de ses observations eussent été seulement paralytiques , mais il n'aurait pas fallu oublier qu'avant tout ils étaient aliénés, que depuis le début jusqu'à la fin de la maladie l'aliénation mentale avait existé, et réclamait bien aussi sa part d'attention dans l'appréciation des désordres organiques.

Que devient cette opinion , que l'altération de la substance corticale des circonvolutions est la cause de la paralysie , dans les cas si nombreux d'altération de cette substance corticale, sans la moindre altération des mouvemens ?

Je ne parlerai pas seulement de plusieurs centaines d'observations de ce genre que j'ai pu faire seul ou avec mes collègues et amis Délaye et Pinel- Grandchamp, et dans lesquelles l'altération delà substance corticale ne correspondait à d'autres phénomènes qu'à des troubles intellectuels ; mais déjà Morgagni a publié des observations de ce genre; M. Bouillaud, dans son Traité de l'encéphalite , en a rassemblé un certain nombre , tandis que d'un autre côté les cas de paralysie sans (rouble intellectuel, correspondant à des altérations situées dans la substance blanche ou les renflemens gris centraux du cerveau, fourmillent dans les auteurs.

Chez tous les aliénés affectés de paralysie générale que j'ai observés depuis trois ans , et dont j'ai fait l'examen anatomique, j'ai toujours trouvé, outre l'altération de la sifbstance corticale , une altération variable , endurcissement, infiltration, ramollissement delà substance blanche, et presque toujours, en outre, l'adhérence des principaux plans cérébraux entre eux. Enfin l'observation si remarquable de cette idiote qui avait un côté du corps atrophié, l'autre sain , jouissant de tous ses mouvemens, tandis que la substance corticale du cerveau était afrophiée dans les deux hémisphères, et la substance blanche seulement d'un côté, ne confirme-t-elle pas qu'une profonde altération, que r.itrophie, l'absence d'une grande partie de la substance corticale , n'ont pas d'effet sur les mouvemens, tandis que les altérations de la substance fibreuse entraînent nécessairement la perte ou l'affaiblissement des mouvemens volontaires?

j Je n'entrerai pas ici dans de plus longs développemens à ce sujet; je résilierai seulement mes conclusions sur les effets des altérations distinctes tojservées dans le cerveau des aliènes, en disant que :

1°. Les altérations de la substance corticale sont directement liées aux érangemens intellectuels ;

2o. Les altérations de la substance blanche sont directement liées aux altéations des mouvemens.

j La substance corticale est donc la partie essentielle du cerveau; la substance [blanche ou fibreuse n'est, au contraire , dans le cerveau que ce qu'elle est jjdans les pédoncules, dans la moelle épinière et sans doute aussi dans les nerfs , ' |conductrice de l'infliience nerveuse , et enfin , s'il m'était permis de rappeler Jes'conclusions auxquelles j'avais été conduit par mes recherches anatomiques. Les parties centrales du cerveau, couches optiques, corps striés, etc., ne eraient qu'une prolongation développée de la moelle ; la vaste membrane îorticale des circonvolutions serait la partie essentiellement active du cerveau, ;t le grand plan de substance fibreuse , étendu de cette substance corticale »ux parties centrales (corps striés, couches optiques, prolongeraens de la pioelle épinière), serait l'analogue des nerfs de la moelle épinière, le vrai moyen de communication de la substance corticale périphérique avec les parties centrales et réciproquement.

Diagnostic. — Le diagnostic de la folie n'est pas toujours exempt de diUipultés. Lorsque le délire de l'insensé est intense et général, personne ne peut s'y méprendre ; mais il y a des cas de monomanie avec penchans pervers d'une pxtrème difficulté à reconnaître. Le malade dans ces cas conserve assez de ngement pour comprendre , quoique ses pensées et sa conduite lui semblent très-raisonnables , que les autres hommes les jugent autrement, et qu'il est de son intérêt de cacher le véritable état de son esprit. C'est alors qu'on peut le .voir déployer toutes les ressources d'une logique étonnante pour éloigner l'imputation de la folie , et conserver sa liberté et tous ses droits civils ; ce ne sera qu'à l'aide d'une observation soutenue, d'une observation de tous les momens, qu'on pourra surprendre des preuves de l'égarement partiel de sa raison. D'autres fois la folie est simulée: un malfaiteur, pour se soustraire m glaive de la justice, tâchera de se faire regarder comme fou ; ces cas peuvent encore présenter quelque difficulté , leur examen est d'un assez haut intérêt pour être fait avec tous les détails et les développemens qu'il comporte. C'est un des points importans de la médecine légale qu'on ne peut traiter avec assez d'étendue dans un article de généralités sur l'aliénation mentale.

Pronostic. — Le pronostic de la folie doit être établi sur l'examen des causes, des symptômes, de la durée de la maladie, du sexe, de la constitution des sujets. Toutes choses égales d'ailleurs , les folies qui ne reconnaissent pas au jnombre de leurs causes une prédisposition héréditaire sont moins graves que ces dernières;

DiCT. DE MÉDECItfE ET DE CHIRURGIE PRATIQUES.

Celles qui sont provoquées par des causes physiques , moins graves que celles qui reconnaissent une cause morale.

Parmi les dernières, les affections tristes long-temps prolongées sont plus fatales que des émotions vives et subites.

Il guérit plus de femmes, proportion gardée, que d'hommes.

Les folies de notre première classe, caractérisées par le désordre des fonctions intellectuelles exclusivement, sont moins fâcheuses que celles de la seconde classe, qui comprennent en outre les désordres des sensations; et enfin celles de la troisième , qui offrent en même temps le désordre des mouvemens, sont plus fatales que les deux précédentes.

Dans chacune des deux premières classes la manie guérit plus souvent que la monomanie; la démence aiguë peut être mise sur la même ligne que la monomanie. L'idiotie est toujours incurable.

Parmi les malades de la seconde classe , ceux qui n'éprouvent de fausses sensations que par l'efl'et d'un dérangement dans les organes des sens ou dans les autres organes, sont plus faciles à guérir que ceux chez lesquels l'altération qui est cause de ces désordres est plus profondément située. Dans cette série , ceux qui , par suite de leur sensibilité lésée , éprouvent du goût pour les substances les plus sales , sont les plus difficiles à guérir.

Il y a plus de chances d'une terminaison heureuse chez un sujet bien constitué, bien portant, que chez un individu débile, lymphatique dont la poitrine ou le bas-ventre est le siège de quelque travail chronique.

Une conformation régulière du crâne , un développement convenable en tout sens, sont plus convenables qu'un crâne irrégulier , qu'un crâne évidemment défectueux dans quelqu'une de ses principales régions.

Les têtes très-petites ou très-grosses sont moins favorables à la résolution que celles d'un développement moyen.

Il y a plus d'espérance de guérison solide à une première attaque , cfu'à une seconde, qu'à une troisième, etc. ; en même temps, il y a plus de probabilité de voir terminé par le retour à la raison un accès de folie intermittente, fût-il le vingtième , qu'une première attaque de maladie mentale.

Il est extrêmement rare de voir radicalement guérie une maladie intermittente qui a déjà offert plusieurs accès.

L'hypertrophie du cœur qui a précédé l'invasion de la maladie mentale, est une circonstance fâcheuse , si elle est portée à un certain degré d'intensité.

On peut tirer un augure favorable de l'influence marquée du traitement. Les malades dont aucun moyen ne calme ou au moins ne modifie les accidens laissent peu de chances de guérison.

Un certain amaigrissement pendant la période d'intensité est un bon signe ; le retour de l'embonpoint, la disparition des symptômes fébriles sans amélioration de l'intelligence, annoncent le passage de la maladie aiguë à une démence presque toujours incurable. Il n'est pas nécessaire de rappeler que la diminution marquée de la mémoire est un indice presque constant de démence commençante.

On ne saurait trop répéter que rien n'aggrave plus les maladies mentales que le retard du traitement; le médecin devra donc, dans tous les cas où il sera consulté , faire tous ses efforts pour hâter l'administration des soins convenables.

TRAITEMEKT.

Le traitement de l'aliénation mentale a subi toutes les vicissitudes des théories médicales. Les saignées ont été prodiguées par le grand nombre de ceux qui ont considéré comme cause principale des désordres intellectuels le transport du sang au cerveau. Les humoristes ont voulu , à force d'évacuans, éliminer la bile, l'atrabile , source de tous les désordres; l'empirisme a prescrit tour à tour ces deux genres de moyens , plus les bains de surprise, les bains froids, etc.

On serait tenté d'attribuer à la plus brutale ignorance l'habitude de frapper les fous , de les charger de chaînes , de chercher à les dompter à force de souffrances , si l'on ne trouvait ces conseils incorporés à un système de traitement médical dans les ouvrages de Celse. Cette routine barbare a traversé les siècles'et n'est pas encore partout abolie.

Je crois que c'est dans une maison fondée par les quakers aux environs d'York, qu'on a tenté pour la première fois dans ces temps modernes l'influence d'un traiteuient plus humain. Les succès obtenus par les estimables fondateurs de cet établissement montrèrent que la douceur était plus puissante que les fers. Toutefois les aliénés étaient encore généralement traités avec la dernière brutalité, quand l'illustre Pinel éleva la voix en leur faveur : soa éloquence fit tomber leurs chaînes. Les administrations, éclairées par les écrits de ce "rand homme , secondèrent de tous leurs efforts ses généreux desseins; les grands établissemens de la capitale sentirent les premiers effets de cette révolution salutaire.

L 'heureuse impulsion donnée par Pinel et continuée par M. Esquirol opère tous les jours de nouveaux bienfaits : sur tous les points de la France on voit s'élever de nouveaux établissemens pour les insensés. Un des plus beaux de ce genre, le plus parfait peut-être par ses localités, l'asile départemental de la Seine-Inférieure a été construit d'après les plans de M. Esquirol. C'est aux lumières de ce médecin qu'ont voulu s'adresser les sages administrateurs dont l'humanité n'a d'ailleurs ménagé aucun sacrifice.

Le temps est donc arrivé enfin où , dans tous les établissemens spéciaux, le traitement de l'aliénation dirigé avec douceur par des médecins formés à l'école des hommes les plus célèbres dans cette partie de la science, ne peut manque de s'enrichir de précieux résultats.

ALIENATION MENTALJE.

L'aiiatomie pathologique et l'étude de la structure du cerveau cultivées concurremment se fourniront sans doute des lumières réciproques ; des expériences thérapeutiques sagement pratiquées pourront faire connaître quelques nouveaux moyens de combattre cette déplorable affection , ou du moins confirmer la supériorité de ceux qui, déjà connus et employés à diverses époques, en différens lieux, sont pourtant encore un objet de controverse.

Ce n'est plus une question de savoir s'il convient de traiter un aliéné chez lui, ou de l'isoler de sa famille , de ses habitudes. L'expérience a prouvé combien d'inconve'niens sont attachés au premier mode, et combien d'avantages résultent du second; je me dispenserai donc de reproduire en détail les raisons développées par M. Esquirol à ce sujet. (Voyez Dict. des se. méd. , art. Folie.)

C'est dans un établissement spécial'qu'on doit traiter ces malades. Un établissement de ce genre bien organisé doit offrir des quartiers distincts assez nombreux pour que les malades turbulens soient séparés des tranquilles , ceux en traitement des incurables , les convalescens de tous les autres; les épileptiques surtout, lorsqu'on ne peut s'empêcher d'en admettre , doivent être soigneusement écartés.

Rien ne peut être plus pernicieux que de les entasser pêle-mêle avec les aliénés. Toutes les fois qu'on introduira ce fâcheux mélange, l'établissement le mieux conçu dans ses localités pourra devenir fort mauvais pour les malades. Outre ces divisions principales , il sera utile d'avoir des dortoirs séparés pour les malades qui ne sentent plus leurs besoins , salissent leurs lits ; de réserver quelques chambres très-fortes pour les plus furieux, et un quartier distinct pour les jeunes filles. C'est assez pour elles d'avoir perdu la raison; qu'elles ne soient pas exposées à être infectées des vices dégoûtans dont une réunion nombreuse d'aliénés offre toujours le hideux spectacle ; qu'elles puissent au moins reporter dans leurs familles leur pudeur et leur innocence.

Les moyens qu'on a proposé d'employer dans le traitement de l'aliénation sont de deux genres :

Les uns tendent à modifier l'organe malade par l'exercice même de ses fonctions , et composent ce qu'on a appelé le traitement moral ;

Les autres tendent à modifier l'organe malade par leur action directe sur nos parties ; leur ensemble constitue le traitement médical , physique, pharmaceutique , etc.

Je parlerai d'abord du traitement médical.

On peut réduire aux moyens suivans ceux qui ont jusqu'à présent composé le traitement médical :

1°. Saignées.

2». Bains.

3o. Purgatifs.

Page 1