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Exutoires

5°. Plusieurs médicamens spéciaux : l'opium , le camphre , la digitale , le quinquina , etc.

La saignée a tour à tour été préconisée comme le plus puissant moyen de guérison de la folie, et proscrite comme le plus pernicieux. Les opinions à cet égard sont encore tellement partagées , qu'il n'est pas permis de se prononcer pour ou contre sans motiver autant que possible sa préférence.

Je ne sais si jamais personne a parlé plus fortement contre l'abus des saignées que Pinel ; mais en examinant les raisons sur lesquelles il s'appuie, on peut croire qu'il est tombé dans un excè.s opposé à celui qu'il voulait combattre.

Suivant ce respectable auteur , la pratique de la saignée est fondée sur des apparences extérieures, telles que : rougeur de visage, yeux brillans, air animé et d'autres signes équivoques d'une surabondance de sang et de son impulsion violente vers la tête. Ou a toujours soin, dit-il, lors de l'admission des aliénés dans l'hospice, d'interroger les parens sur l'article de la saignée, et on demande si elle a été pratiquée, quel en a été le résultat. Les réponses les plus constamment faites attestent que l'état de l'aliéné a toujours empiré immédiatement après.

« Deux jeunes personnes du même âge et d'un tempérament analogue (dit » cet auteur ) arrivent le même jour ; une d'entre elles n'avait pas été saignée , » et la guérison fut opérée en deux mois ; une saignée copieuse ayant été faite « à l'autre, elle était réduite à une sorte d'idiotisme , et ne parvint à recouvrer 0 l'usage de la parole que vers le cinquième mois ; son rétablissement plein et » entier n'a été opéré qu'à la fin de neuvième mois. « Que conclure de ce fait, lorsqu'on sait que la plupart des auteurs fixent la durée moyenne de la folie à plusieurs mois , quelques-uns à plus d'un an? Que conclure de deux autres cas que Pinel invoque contre l'emploi de la saignée ? Dans l'un, il est question d'une jeune fille de di-t-huit ans , forte , présentant des signes de congestion vers la tète , qui fut prise d'une syncope, et dont le pouls descendit de quatrevingts à soixante pulsations , quoiqu'elle n'eût perdu que quatre onces de sang. Dans l'autre, il s'agit d'une fille de trente-six ans , dont les règles avaient été supprimées par une frayeur; elle était dans un état de manie avec cris continuels , face très-rouge, yeux brillans, conjonctives injectées; une saignée modérée de pied est pratiquée , et bientôt après la malade tombe dans un état d'idiotisme dont elle ne guérit qu'au bout de deux ans.

C'est un événement très-rare, et qui, ajoute Pinel, fait époque dans l'hospice des aliénés, qu'une saignée depuis que je dirige le traitement.

M. Esquirol ne s'exprime pas de la même manière sur les dangers de la saignée ; cependant il est loin de regarder ce moyen comme généralement utile. 11 a vu plusieurs fois la folie augmenter après des règles abondantes, après une, deux et même trois saignées. Il a vu, après la saignée , l'état de tristesse passer à la manie, à la fureur : il croit néanmoins que la saignée est indispensable aux sujets pléthoriques , et lorsqu'il y a quelque hémorrhagie ou évacuation

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sanguine habituelle supprimée. « 11 a souvent fait appliquer avec succès de»' » sangsues derrière la tête , aux tempes, à quelques aliénés chez lesquels le'i )i sang se porte tout d'un coup à la tête comme s'il s'élançait d'un piston : »j il faut mettre alors, dit-il, un petit nombre de sangsues à la fois, les renouvelerj de temps en temps , et faire sur la tête des applications froides. j Haslam s'exprime en d'autres termes sur les effets de la saignée. « Quand! 11 le malade est fort , dit-il , d'une habitude pléthorique , quand la maladie est » récente, la saignée est très-avantageuse, et, autant que s'étendent nosj )i observations, c'est le remède le plus puissant qu'on ait employé, ji Dans Ie»( cas de mélancolie , le même mode de traitement a produit les mêmes bienfaits.^ Cet auteur accorde aux ventouses scarifiées appliquées sur le cuir chevel* préalablement rasé la préférence sur la phlébotomie. j Il laisse à la discrétion des praticiens la quantité de sang à tirer, indique; comme quantité moyenne huit à seize onces, et conseille d'y revenir toutesi les fois que l'indication s'en présentera. Haslam a remarqué la couenne inflam-: matoire dans des cas de phlébotomie pratiquée au début de la maladie chez; des aliénés très-violens. '

Le célèbre Rush , surnommé par ses compatriotes le Sydenham des États-i Unis, se prononce beaucoup plus fortement encore en faveur de la saignée,] et donne pour raisons : l" la force et la fréquence du pouls, l'insomnie, l'agi? tation des malades; 2° que l'appétit n'étant pas interrompu chez les insensés^ étant même souvent plus fort'qu'en santé parfaite , la pléthore sanguine surj vient aisément ; 3° l'importance de l'organe malade, la structure délicate dai cerveau qui l'empêche de supporter long-temps un dérangement morbide san^ être exposé à une désorganisation permanente : ce danger, dit-il, est beaucoup^ augmenté par l'insomnie, les cris, les chants et les mouvemens violens des! maniaques ; 4° l'absence d'issue dans le cerveau pour transmettre au-dehors les: résultats ordinaires de l'inflammation , particulièrement la décharge séreuse des vaisseaux sanguins; 5" les cures accidentelles qui ont suivi la perte d'und énorme quantité de sang; il a vu plusieurs insensés qui ont essayé de sel détruire en se coupant la gorge ou en s'ouvrant de gros vaisseaux , guéris par; l'hémorrhagie abondante qui a suivi leurs tentatives; 6° enfin, dit-il, la saignéei est indiquée d'après le succès extraordinaire qu'elle a obtenu aux Etats-Unis,! et particulièrement à l'hôpital des insensés de Pensylvanie.

Rush recommande de saigner largement à la première attaque de la maladie.» Il prescrit de tirer à la fois de vingt à quarante onces de sang, à moins qu'if n'arrive de syncope. Il conseille de saigner le malade debout, s'il est possibleJ;

Les effets des saignées abondantes , pratiquées de bonne heure , sont surpn nans, suivant lui, pour calmer les insensés ; il dispensent souvent d'employi d'autres moyens en guérissant en quelques heures. Il pense que les sangsu et les ventouses scarifiées ne doivent être employées qu'après la réduction pouls au moyen des saignées générales.

Il recommande d'ailleurs un régime ténu , des boissons rafraîchissantes, d bains et des demi-bains tièdes , et en même temps des applications réfr rantes sur la tête.

Il conseille encore d'être plus avare de sang dans les aliénations causées pai l'habitude de l'ivresse que dans tout autre cas.

Dans son ouvrage sur l'irritation et la folie , M. Broussais recommande l'em ploi des mêmes moyens ; seulement il paraît accorder la préférence aux sai gnées locales. Ce plan de traitement, suivant lui , découle nécessairement dé données de la médecine physiologique, et n'a pu être employé que par ceu qui ont été éclairés de son flambeau. Mais , en vérité , il n'y a pas de maladi qui jusqu'à présent ait été étudiée plus indépendamment de l'influence de I médecine physiologique que les maladies mentales, et la plus grande parti des idées actuellement émises par M. Broussais l'avaient été à diverses tp( ques par beaucoup d'autres. Est-ce l'idée dominante de l'auteur : l'irritatic du cerveau, par exemple, qu'a fait découvrir la médecine physiologique mais Cullen regardait la folie comme le résultat d'un excès considérable extraordinaire de Yexcitement du cerveau , et certes cela ressemble bien l'irritation de ce viscère. Est-ce le traitement que prescrit M. Broussais qu fallait attendre de la médecine physiologique ? Mais tous ceux qui ont vu da le cerveau des aliénéd un état inflammatoire, un excès d'excitement, ou, comr Rush, l'action irrcgulière et augmentée des capillaires artériels, ont to prescrit un traitement antiphlogisiique , et il est bien permis de croire que 1 médecins de notre époque, qui se livrent à la pratique des maladies mentale ont pu agir aussi raisonnablement en consultant les bons traités spéciaux s cette maladie , qu'en appliquant la médecine physiologique à l'aliénation m( taie. C'est donc véritablement de l'étude directe de la maladie, des altérafio cadavériques des fous, que tous les médecins ont déduit l'importance d' traitement antiphlogistique très-sagement combiné par plusieurs. Ce sont ( données que la médecine physiologique s'approprie aujourd'hui ; elle pt j avoir raison de les adopter, mais elle a tort d'en revendiquer l'invention. ■ Suivant Rush , les saignées doivent être plus abondantes dans la folie q,i dans toute autre affection aiguë; chez un malade de soixante-huit ans , il a f tirer deux cents onces de sang en moins de deux mois , et quatre cent soixan' ! dix onces, au moyen de quarante-sept saignées, dans l'espace de dix mo , chez un autre malade. J. Franck rapporte le cas d'une jeune fille maniaq i guérie presque instantanément par une saignée de plus de quatre livres. j Sans avoir jamais poussé si loin que Rush et J. Franck l'emploi de la saigm , j'avoue que ce moyen me semble un de ceux sur l'eflicacitc duquel on doit | plus compter.

Pinel, M. Esquirol ont prouvé que la méthode expectante , aidée quelques moyens simples et d'un traitement moral sagement dirigé, réu J

ALIENATION MENTALE,

ALIIÉNATION MENTALE.

ans bien des cas ; mais s'il vaut mieux s'en tenir à l'usage de moyens simples atiemment continués que d'employer une méthode perturbatrice aveugle , > crois que le médecin, livré aux recherches de l'anatomie pathologique, peut irer des résultats qu'elle fournit , comparés à l'observation des symptômes, de alables inductions thérapeutiques, croire à leur efficacité et les conseiller avec ourage lorsque l'expérience lui en aura démontré les bons effets.

Or, les caractères anatomiques les plus constans dans les cas aigus , les adhcence's, si fréquentes dans les cas chroniques, ne sont-ils pas des preuves

évidentes d'inflammation, et dès-lors n'est-on pas autorisé à espérer des avan-

lages de l'emploi des moyens antiphlogistiques ?

ï Si l'on ajoute à cela que sur plusieurs centaines d'aliénés , dont ma position , lepuis près de dix ans , m'a permis de pratiquer l'ouverture , je n'ai jamais rouvé d'adhérences dans les cas aigus, tandis qu'elles sont très-communes dans es cas chroniques ; si l'on rapproche de ces faits les résultats consignés dans es ouvrages de MM. Bayle et Calmeil , on pourra penser, eu voyant ces adhéences si fréquentes dans les cas chroniques, qu'elles sont incompatibles avec "exercice régulier d'un organe aussi déhcat que le cerveau, incompatibles par oiiséquent avec le retour k la raison, et l'on devra , dans tous les cas aigus, iréférer les moyens les plus actifs pour prévenir cette fâcheuse terminaison le la maladie cérébrale.

Telles sont quelques-unes des raisons qui me font penser avec plusieurs nédecins placés dans des circonstances heureuses pour l'observation , que les aignées ne doivent pas être absolument proscrites dans le traitement des naladies mentales.

Ces raisons, toutes fortes qu'elles me paraissent, je les aurais abandonnées :lepuis long-temps , si les résultats particuliers de ma pratique ne m'en avaient ■lémonlré la valeur. Mais avant d'en venir à l'exposition du genre de trai-

cment que j'ai suivi le plus constamment avec succès , je me permettrai jiielqucs réflexions relatives aux effets que doit produire la saignée sur le

crveau.

Chez les animaux qu'on fait périr d'hémoinhagie , on trouve tous les organes ihoraciques et abdominaux pâles, exsangues, tandis que le cerveau contient encore une quantité notable de sang.

Pourquoi cette différence ?

Tous les organes , à l'exception du cerveau , sont renfermés dans des cavités à parois mobiles , et lorsque le sang contenu dans ces organes s'écoule audchors, ces parois se rapprochent et compensent par leur rapprochement la diminution de volume occasionée par le sang soustrait. Pour les poumons , ce n'est pas seulement le rapprochement des parois de la poitrine qui compense Id diminution de volume ; mais les bronches, leurs divisions peuvent se Jilater, admettre plus d'air à mesure que plus de sang s'écoule.

Les organes abdominaux ont ces deux moyens de compenser la soustraction {sanguine; le rapprochement des parois abdominales , qui peut aller très-loin, et|la raréfaction des gaz intestinaux. Il n'eu est pas de même dans le cerveau.

"L'inflexible résistance des os du crâne, les dimensions invariables de sa f.apacité déterminent et limitent le volume des parties contenues.

Par suite, !<> le cerveau ne peut recevoir une quantité de sang plus grande que dans l'état normal sans que l'augmentation de volume qui tend à, être produite par cet afllux extraordinaire ne soit compensée par la diminution correspondante du volume de l'organe, et cette diminution ne peut avoir lieu sans une certaine compression (nous avons vu, dans les résultats d'ouverture , les preuves de cet efi'et) ; 2» un résultat non moins certain par rapport 'a l'efi'et des évacuations sanguines sur le cerveau , c'est que les saignées les plus abondantes ne pourront jamais le dégorger autant que les autres organes. En efi'et, à mesure qu'une certaine quantité de sang s'écoule, la place qu'elle occupait , ne pouvant rester vide , se trouvera remplie , partiellement par le développement des parties comprimées , •partiellement par l'arrivée d'une nouvelle quantité de sang.

Aussitôt que le premier effet, le développement des parties préalablement comprimées, sera opéré aussi complètement que possible, il faudra de toute nécessité qu'il revienne au cerveau une quantité de sang égale à celle qui en part, et si l'on prolonge outre mesure la saignée, dans ce cas , on ne produira plus de bien ; il arrivera même qu'après l'avoir poussée très-loin , le cerveau contenant beaucoup plus de sang proportionnellement que les autres organes , puisqu'une force physique l'empêche de s'en vider aussi complètement qu'eux, son excitation porportionnelle sera toujours la même ; peut-être même, sera-telle augmentée. On ne voit pas sans surprise, dit Georget, « des malades pâles, » défaits et furieux en même temps , après avoir été saignés plusieurs fois de » suite avec abondance ; « c'est le dernier effet dont je viens de parler qu'on a produit sur eux.

Si les réflexions précédentes sont justes , on trouvera très-déterminante l'indication de la saignée dans la folie , toutes les fois qu'il existera des signes de turgescence sanguine et que les malades seront forts; on trouvera aussi puissantes, d'un autre côté , les raisons de ne pas porter à l'extrême les évacuations sanguines dans ce genre de maladies ; que si l'on objectait, à l'exactitude dé cette espèce de théorie de la circulation cérébrale, l'expérience, dans laquelle un animal saigné jusqu'à la syncope reprend et perd tour à tour connaissance, suivant qu'on met alternativement sa tête en haut ou en bas, on peut expliquer cet effet sans croire que l'animal n'ait plus de sang dans le cerveau ; il suflit pour se convaincre du contraire d'examiner les têtes des moutons jugulés dans les boucheries; mais dans le cas de syncope dont il s'agit après une saignée abondante, il ne se porte plus assez de sang au cerveau pour en entretenir la circulation , quoiqu'il en reste en stagnation dans cet

organe autant qu'il en faudrait en mouvement pour entretenir la vie. Lorsque la tète est en haut, le cœur ne pousse pas vers le cerveau assez de sang poiuentretenir le mouvement circulatoire; l'animal paraît mort. Lorsqu'il a la tète en bas , au contraire , tout le sang se porte de ce côté , le mouvement circulatoire se rétablit, les signes de la vie reparaissent.

Dans le plus grand nombre de cas de maladies mentales récentes que j'ai eues à soigner, j'ai employé des évacuations sanguines, locales ou générales, rares ou fréquentes, abondantes ou médiocres, suivant les forces des sujets et l'état du pouls, la coloration des conjonctives, la chaleur de la tête, l'agitation, l'insomnie.

J'ai toujours préféré la saignée générale , lorsqu'il existait des signes de pléthore, que la force, la fréquence du pouls étaient prononcées. Dans les circonstances opposées, des sangsues au cou, aux tempes, derrière les oreilles; les ventouses scarifiées sur les mêmes parties, sur le cuir chevelu rasé , m'ont procui'é des avantages marqués. Les saignées locales m'ayant paru produire un effet très-marqué sur le cerveau, je les ai souvent prescrites, en même temps qu'une saignée générale, dans les cas où l'intensité des phénomènes généraux me semblait impérieusement réclamer celle-ci; mais jamais je ne me suis reposé exclusivement sur l'eflicacité des évacuations sanguines , quoique, dans bien des cas , j'aie vu tous les accidens disparaître comme par enchantement à leur suite.

J'ai sous les yeux plusieurs malades sujets , depuis un grand nombre d'années, h des accès de folie intermittente qui, abandonnés à la nature, duraient trois à quatre mois ou plus.

Depuis trois ans qu'ils sont confiés à mes soins, ils n'ont pas éprouvé un seul accès d'un mois de durée. Souvent, dans l'espace de cinq à six jours , tous les accidens étaient dissipés. Des saignées générales ou locales proportionnées à l'intensité des symptômes , des bains tièdes et des applications froides sur la téte pendant leur durée , tels sont les moyens sous l'influence desquels j'ai presque constamment vu avorter ces accès.

Je les ai prévenus plusieurs fois en employant le même traitement aussilôt que la rougeur des conjonctives, la chaleur de la tête, l'insomnie se manifestaient, quoiqu'il n'y eût pas encore de délire.

Comme , à mon avis , il est rare qu'on doive s'en rapporter au seul emploi de la saignée, je parlerai des bains et des purgatifs que j'ai presque constamment employés chez les mêmes malades, persuadé qu'on ne pouvait trop faire pour obtenir une résolution prompte et durable de la maladie.

On a conseillé dans la folie les bains généraux, partiels, froids, chauds, d'eau simple ou chargée de substances médicamenteuses ; on a employé aussi pendant leur durée des applications froides variées sur la tête.

Les bains tièdes sont ceux dont on a fait le plus grand emploi ; on les a donnés d'une heure ou prolongés pendant un temps plus considérable, chez des sujets maigres, nerveux, très-irritables. Lorsqu'il y a une grande impulsion vers la tête, on a recommandé d'appliquer sur cette partie des linges imbibés d'eau froide, d'oxycrat; enfin on a mis de la glace. C'est aussi pendant la durée des bains tièdes qu'on a le plus souvent administré les douches. Ce dernier moyen a été dirigé de plusieurs manières : tantôt l'eau tombe en pluie sur la tête à travers une lame de métal percée comme la pomme d'un arrosoir, tantôt un jet d'eau plus ou moins fort est projeté sur cette partie. D'autres fois, une masse plus considérable de ce fluide, un ou plusieurs seaux tombent brusquement de huit ou dix pieds de haut sur la tête du malade.

Tous ces moyens ont quelque analogie dans leur mode d'action ; ils réunissent l'influence tempérante du bain tiède à l'effet sédatif du froid sur la fête.

La douche en arrosoir est la plus convenable pour rafraîchir cette partie : les autres douches produisent en même temps que cet effet , des secousses qui la rendent très-pénible pour quelques malades. Il ne faut pas croire pourtant que ce soit un supplice comme l'ont écrit quelques auteurs. Le jet d'une douche assez forte peut être administré assez long-temps à un sujet d'une constitution moyenne sans lui causer de véritables douleurs. Plusieurs fois je me la suis fait administrer, et j'ai pu la supporter sans peine.

Quoique propre à rafraîchir la tête, ce moyen ne peut, en général, être continué assez long-temps pour produire un refroidissement soutenu. Des appUcations réfrigérantes d'un autre genre doivent être préférées et la douche réservée comme moyen de punition.

Les bains froids ont été conseillés par plusieurs auteurs. Ils sont rarement utiles, suivant M. Esquirol , à moins qu'on ne les ordonne à des sujets forts, robustes et qui sont dévorés de chaleur interne. J'ai quelquefois employé ce moyen; chez tous les malades soumis à son usage, il a produit la diminution de fréquence et de force du pouls ; mais il m'a semblé utile surtout chez quelques jeunes filles hystériques.

Les affusions d'eau froide , suivant la méthode du docteur Currie , ont été employées dans l'aliénation mentale; Rush fait grand cas de ce moyen; pour en tirer le meilleur parti possible , il conseille d'en renouveler l'emploi deux à trois fois par jour.

M. Esquirol en a retiré de l'avantage dans quelques cas, c'est surtout chez de jeunes sujets qu'il l'a prescrit.

J'ai été témoin de la guérison presque subite d'une jeune maniaque d'une constitution délicate, d'un tempérament nerveux, soumise par M. Esquirol aux afi-usions d'eau froide à la température de 14° th. cent.; elle fut placée en chemise dans une baignoire vide, et ou lui versa par petites quantités de l'eau sur la tête jusqu'à ce que le corps fût immergé, et qu'un frisson violent se déclarât.

La première fois, ce moyen ne produisit aucun effet appréciable, il fut

ALIÉNATION MÊNTALE. (

ro corn m en ce deux jours après; la jeune malade employa tous ses efforts pour s'y soustraire, mais sa résistance fut inutile. Au bout de quinze minutes , elle tut prise d'un frisson très-fort, le pouls était petit, concentré, lent. Mise au lit elle s'endormit aussitôt ; son sommeil dura quatre heures , pendant lesquelles elle sua abondamment. A son réveil elle jouissait de toute sa raison , et n'eut ]ias depuis un moment de délire.

Chez toutes les autres malades que M. Esquirol a soumises au même traitement, le retour de la raison n'est arrivé que graduellement.

J'ai quelquefois employé moi-même ce moyen avec avantage, mais il m'a paru inférieur en efficacité aux applications de glace sur la tète, le corps étant dans un bain tiède prolongé deux ou trois heures, et renouvelé deux fois, trois fois même par jour, suivant l'intensité des accidens.

Voici comme j'ai été conduit à cette pratique.

Lorsque j'ai commencé à diriger le traitement des malades de l'asile de la Seine-Inférieure , j'ai observé que la plupart de ceux auxquels je prescrivais un bain tiède avec application de glace sur la tête, ou simplement d'une éponge imbibée d'eau froide souvent renouvelée, étaient beaucoup plus calmes pendant les deux ou trois heures qui suivaient le bain ; puis l'agitation recommençait, allait toujours croissant jusqu'au soir , et augmentait souvent encore d'intensité la nuit suivante. Le lendemain le malade remis au bain la tête couverte d'applications réfrigérantes , on observait la même succession de calme et d'agitation.

Je pensai qu'en prolongeant la durée du bain , qu'en renouvelant son emploi aussitôt que l'agitation reviendrait à paraître, j'obtiendrais un calme plus durable; je prescrivis donc deux bains par jour, un le matin , Faulre le soir, de deux ou trois heures; quelquefois même, j'en ai prescrit jusqu'à trois par jour, la glace et l'éponge constamment appliquées sur la tête pendant leur durée.

Je puis assurer que ce moyen, qui n'est qu'une application du traitement généralement suivi dans les phlegmasies cérébrales aiguës , m'a réussi au-delà de toute espérance.

J'ai vu des aliénés dont rien jusque là n'avait pu calmer la violence ni faire cesser l'opiniàlre insomnie , devenir tranquilles , dormir cinq à six heures après le premier jour d'un pareil traitement. J'ai vu plusieurs aliénations récentes très-graves, complètement guéries après un ou deux septénaires; si l'on doutait dans ces cas de la véritable influence de ce genre de traitement, pourrait-on révoquer en doute ses bienfaits plus évidens encore dans les cas de folie intermittente , dont les accès avaient une durée régulière de trois à quatre mois ou plus depuis plusieurs années , et qui , sous l'influence des évacualions sanguines, de bains ainsi administrés et de purgatifs suivant les occasions . se dissipent en quelques jours? On concevra aisément que le traitement qui fait avorter les accès d'une maladie intermittente , dont les sujets ont en quelque sorte contracté l'habitude, doit jouir d'une eflicacité bien réelle.

J'ai vu guérir sous l'influence de fce traitement des manies aiguës, des démences aiguës, des monomanies aiguës compliquées d'hallucinations et de perversions diverses de la sensibilité. C'est donc, à mon avis, le genre de traitement qu'on doit appliquer de préférence dans la plupart des cas d'aliénation mentale récente, quelle qu'en soit la forme, pour peu qu'il existe chaleur à la tête, rougeur des yeux , enfin quelques signes d'excitation cérébrale.

Le plus grand nombre des malades que j'ai vus guérir sous l'influence de ce traitement, m'assuraient après leur guérison que, dans le plus fort de leur violence , ils sentaient très-bien le soulagement que leur procurait l'application du froid sur la tête.

On ne doit pas craindre d'être minutieux lorsqu'il s'agit du soulagement des malades ; qu'il me soit donc permis d'entrer dans quelques détails sur les moyens d'appliquer la glace.

Les vessies que l'on emploie pour cet usage ne sont pas convenables dans la majorité des cas ; elles sont trop petites le plus souvent pour s'appliquer à toute l'étendue de la surface du crâne ; et si les personnes qui sont chargées de les appliquer n'ont pas eu soin de les vider exactement d'air après y avoir introduit la glace, elles ne peuvent s'étaler suffisamment, et ne touchent qu'une médiocre étendue de cuir chevelu; enfin elles sont seulement déposées sur la tête , et le moindre mouvement les renverse. Je préfère un bonnet de taffetas gommé construit comme un bonnet de coton ; de manière que la portion qui rentre enveloppe et touche la tète dans toute son étendue, et que celle qui remonte en dehors soit largement ouverte en haut pour l'introduction de la "lace. Le contour de l'ouverture qui reçoit la tête doit descendre jusque sur les sourcils et les oreilles. On ajoute au-devant des oreilles une bride qui passe sous le menton, est arrêtée de l'autre côté, de manière que ce bonnet ne puisse être renversé. La glace a;jpliquée de cette manière produit nécessairement un refroidissement plus étendu, plus uniforme, et par suite un eifet sédatif plus marqué.

Mais j'en ai dit assez sur cette matière; je passe aux évacuans, qui sont peut-être les remèdes sur l'utilité desquels les auteurs de tous les temps se sont le mieux accordés dans le traitement des maladies mentales.

Je ne parlerai pas de l'hellébore si généralement célébré dans l'antiquité, et complètement abandonné de nos jours; on n'attribue plus aujourd'hui d'influence spécifique h aucun purgatif, on conseille de préférence les plus doux et les plus sûrs.

M. Esquirol fait observer que les évacuans ne conviennent pas dans tous les cas, que souvent ils ont augmenté le mal faute d'être administrés avec précaution. ■

La principale attention qu'en -doit avoir dans leur emploi , c'est de consulter l'état de l'estomac et des intestins. S'il n'existe de ce côté aucune compli-

MO) ALIÉNATION MENTALE. i

■ cation de nature à contre-indiquer l'emploi de purgatifs , on trouvera dans la | majorité des cas, qu'administrés peu actifs et continués quelque temps, ou i bien administrés plus forts , à des époques plus distantes , ils sont de puissans ; auxiliaires pour la résolution des maladies mentales. s

On a vu souvent guérir la folie en même temps que survenait un dévoie- | ment abondant et prolongé; on a attribué avec toute apparence de raison la ! guérison , dans ces cas , aux évacuations alvines ; c'est le même elfet qu'on i cherche à produire au moyen des purgatifs, et souvent on réussit. ;

Quelques auteurs assurent que les doses des purgatifs doivent être très-fortes ; chez les insensés ; d'autres prétendent que ces malades sont très-sensibles à 1 l'action de ces moyens. Toutes les contradictions de ce genre sont sans fon- i démens solides : il en est de la sensibilité ou de l'insensibilité des insensés à i l'action des purgatifs comme de leur aptitude prétendue à supporter le froid ' et le chaud, ce sont des dispositions individuelles qui ne peuvent permettre ; d'établir aucune règle générale. ^

Quelques auteurs recommandent par-dessus tout les émètiques. Cox est uu | des plus zélés partisans de ce moyen. M. Esquirol en a obtenu de l'avantage dans la plupart des mélancolies avec stupeur. Rush croit les vomitifs plus utiles, dans la mélancolie hypochondriaque. Haslam reconnaît leur utilité, dans les j cas d'embarras de l'estomac , pour ces embarras eux-mêmes ; mais il assure I qu'après plusieurs milliers d'émétiques administrés à des insensés, il n'a vu j aucun avantage en résulter pour la maladie mentale.

La crainte d'occasioner des congestions cérébrales par l'action de Vémétiqoé' n'est pas une chimère ; je pense donc que toutes les fois qu'il existera une impulsion marquée du sang vers la tête , il sera prudent de bannir ce moyen, | tandis que , dans quelques cas de mélancolie avec stupeur où la langueur de I toutes les fonctions semble réclamer des moyens excitaus , les émètiques pourront être utiles.

On ne trouve pas toujours chez les aliénés beaucoup de penchant h avaler i des drogues; les purgatifs qui, sous un petit volume, possèdent une action . énergique, .sont donc précieux dans le traitement de ces malades. J'ai très- 1 souvent employé l'huile de croton tiglium à la dose d'une, deux, trois, quatre i et même cinq gouttes dans les cas où l'indication des purgatifs était très- i prononcée , ou dans ceux où l'affection du cerveau avait évidemment diminué I la susceptibilité du canal intestinal. '

Ces différentes doses d'huile de croton soigneusement mêlées dans une cuil- I lerée de miel sont faciles à administrer. Un antre purgatif qu'on fait prendre < aisément aux malades sans qu'ils s'en doutent, c'est le calomélas dont 0B| saupoudre une tranche de pain recouverte de beurre. /

L'expérience de M. Esquirol a constaté la grande puissance des purgalim peu actifs, administrés pendant un certain temps dans les aliénations surveni'Cii à la suite de couches. Si l'indication de purger n'est qu'accidentelle , dans ■ aliénations produites par d'autres causes, oti peut dire, toute théorie à padij qu'elle est constante dans celles-ci, et que les purgatifs doux , administrés a" §4 suite , et secondés dans la plupart des cas par l'action des exutoires , sont cio,l moyens puissans de guérison dans les folies à la suite de couches. Les exuft toires réussissent encore, suivant M. Esquirol , lorsqu'il y a une métastase; il^ réussissent dans la monomanie avec stupeur, dans la démence lorsqu'elle! n'est pas compliquée de paralysie; en d'autres termes, ces moyens conviennent ( dans les cas où il n'y a pas de symptômes aigus. |

Il vaut mieux en général appliquer les vésicatoires , les cautères loin delaii tête que sur cette partie même; appliqués aux extrémités inférieures, ils ont^ souvent réussi lorsque la violence des premiers symptômes avait été convenu- j blement combattue par les saignées et les autres antiphlogistiques. \

J'ai vu d'excellens effets d'exutoires aux extrémités inférieures, dans les cas i compliqués d'aftection organique du cœur, et dans lesquels on observe en i( même temps le froid des extrémités inférieures et la chaleur de la tête. i

Des frictions sur le cuir chevelu ou derrière les oreilles avec la pommade ^ d'Autenrieth m'ont paru utiles dans quelques aliénations tendant à devenir i chroniques. ]

Le docteur Valentin a publié des observations de manies guéries par l'appli- i cation du cautère actuel à la nuque. M. Esquirol a employé le même moyen ! sans succès dans des cas compliqués de paralysie. Depuis, il a obtenu un | certain nombre de succès dans des manies aiguës. J'ai vu les préparatifs de k cette application causer une frayeur extrême à une jeune maniaque qui, .j jusque là , n'avait pas eu un instant de connaissance. j

Lorsqu'elle se sentit touchée par le fer rouge, elle fit de tels efforts pour se i soustraire à son action , qu'elle échappa aux mains de plusieurs personnes i] employées à la contenir. Pendant cinq minutes, elle jouit de toute sa raison , j demanda ce qu'on voulait d'elle, pria avec instance qu'on l épargnàt. M. Esquirol li lui dit qu'il consentait à différer l'application du cautère actuel, à condition f qu'elle se conduirait raisonnablement, qu'elle se mettrait au travail. Elle le II promit et tint parole; elle fut immédiatement transférée dans la division i' des convalescentes, où la guérison devint parfaite en peu de temps. I

Elle avoua, quand elle fut guérie, que la frayeur causée par le fer rou^e j avait plus que toute autre chose contribué à ramener sa raison. :

Ce cas est donc plutôt une preuve du bon effet d'une influence morale que j de celle du cautère actuel; mais dans plusieurs autres faits de la pratique de i M. Esquirol, j'ai vu la raison revenir peu à peu, augmenter graduellement, à ij partir du moment où la suppuration commençait à s'établir. Parmi les malade» i( assez nombreux auxquels )'ai vu appliquer et ai appliqué moi-même ce remède, f je n'ai vu de guérison que parmi ceux qui en éprouvaient une impression 'f 1 forte, versaient des larmes, etc. Tous ceux qui l'ont supporté avec une complète

ALIENATION MENTALE.

sensibilité n'en ont éprouvé aucun soulagement. Il paraît donc que , tout actif l'est ce moyen, il ne produit aucun avantage dans les cas où la sensibilité a çu déjà une profonde atteinte, résultat tout-àfait d'accord avec l'insuccès

jiistant des tentatives de M. Esquirol sur des aliénés paralytiques. Toutes les applications du cautère actuel que j'ai vu faire à M. Esquirol, ou

ue j"ai faites moi-même à son imitation, l'ont été sur la partie charnue de la

[bque. Georget a observé une encéphalite mortelle à la suite d'une pareille

aplication sur le cuir chevelu.

Tous les moyens thérapeutiques dont j'ai parlé jusqu'à présent me semblent cvoir Être employés dans les folies aiguës , dont la marche analogue à celle de I plupart des phlegmasies , présente dans les premiers jours son intensité la lus grande, puis diminue peu à peu, et tend à passer à l'état chronique, orsque cet état est confirmé, ou lorsque, dès le début de la maladie, on observe inertie de tous les organes, la langueur de toutes les fonctions, dans les cas ni correspondent à ceux où l'autopsie nous a fait voir le cerveau décoloré , orgé de fluides séreux, il serait nuisible d'employer des antiphlogistiques ctifs ; les révulsifs sur la peau , des bains frais , des bains tièdes , dans lesquels l^aura fait dissoudre delà gélatine, pourront encore être utiles. Mais c'est

(tirtout d'une médication tonique qu'on pourra espérer de bons effets. M. Esquipl a souvent observé des victimes de la plus affreuse misère, privées long-temps , l'une nourriture suffisante, de tout moyen de propreté, arrivant à la Salpêrière dans le plus déplorable marasme, et qu'un régime alimentaire, sain, égulier, quelques boissons amères , des bains de courte durée rendaient en eu de temps à la raison , dont les progrès coïncidaient d'une manière remaruable avec le retour des forces et de l'embonpoint.

Une décoction légère de quinquina , une quantité modérée de bon vin, une lourriture saine et fortifiante , sont les meilleurs moyens qu'on puisse conseiller lans ces cas et dans beaucoup de ceux qui succèdent à des maladies longues , à les couches laborieuses, à des causes débilitantes variées.

Le régime tonique convient aussi à la suite de quelques aliénations tellement iguës , qu'aussitôt que l'acuité tombe, le coUapsus le plus alarmant se prolonce. C'est en relevant les forces qu'on peut alors se ménager le plus de chances le succès.

Indépendamment de ces deux médications opposées dans leurs manières 1 agir, et qu'il est bien permis d'appeler rationnelles , puisqu'on voit de l'analogie dans leur manière d'agir et dans la nature des désordres auxquels elles ont opposées, on a essayé, à peu près dans toutes les espèces et dans tous les legrés de maladies mentales, quelques moyens doués de propriétés spécifiques, lont la véritable action est encore bien douteuse dans la majorité des cas. Ces noyens sont le quinquina, le camphre, le mercure, la digitale, etc.

Le quinquina est loin de jouir, dans les folies intermittentes , d'une efficacité ■ arcille à celle qu'il possède dans les fièvres du même nom. Quelque mélholique qu'ait été son emploi chez bien des malades auxquels je l'ai vu prescrire, e n'ai pas été témoin d'un seul exemple de guérison : je crois que, hors les cas 3Ù il est indiqué comme tonique, on doit peu compter sur les bienfaits de ce I' puissant remède.

On en peut dire à peu près autant du camphre , quoique ce moyen ait été très-souvent prescrit dans les maladies mentales ; on ne sait à quoi s'en tenir sur son véritable mode d'action.

Je l'ai employé plusieurs fois et j'ai observé des effets opposés dans les circontances les plus analogues en apparence.

Quant à la digitale, que quelques médecins allemands regardent comme un rrai spécifique dans la folie, je l'ai employée très-souvent sans pourtant la regarder comme spécifique ; j'en ai tiré des avantages marqués dans bien des

occasions.

1 Chez une jeune personne d'un tempérament sanguin et lymphatique , qui présente des symptômes d'hypertrophie du ventricule gauche avec une impul- Bion marquée de sang vers la tête , la teinture de digitale , graduellement portée de quinze à trente ou quarante gouttes dans une potion de quatre onces , a toujours réussi à diminuer le nombre des pulsations du cœur et en même temps le délire. Ceci rappelle une observation de Cox, qui donna la digitale à un [malade furieux , dont le pouls battait quatre-vingt-dix fois par minute. Aussitôt kjue ce médicament eut réduit le pouls à soixante dix, la raison était revenue. [En continuant l'usage de la digitale , le pouls descendit à cinquante , le malade jdevint mélancolique; une dose plus forte le fit tomber à quarante, ce qui -, suspendit presque la vie. Le malade fut enfin guéri, en diminuant assez les idoses de ce médicament pour élever le pouls à soixante-dix pulsations par ^inute. ( Fojez Rcsh. )

C'est sans doute d'après des observations analogues que des auteurs allemands prescrivent l'emploi de la digitale jusqu'à ce qu'elle produise des symptômes d'empoisonnement. Je laisse à penser si c'est là un conseil à suivre.

Il est possible que la digitale n'agisse sur le cerveau qu'en diminuant le nombre des pulsations du coeur, et si je ne me suis pas trompé en considérant ^es affections organiques du cœur comme coïncidence fréquente de la folie, on concevra mieux encore son utilité dans ces cas. Je sais bien qu'on a nié la propriété de la digitale pour ralentir les battemens du cœur ; l'emploi que j'ai fait de ce médicament m'empêche de douter de cette propriété. J'ai administré en même temps la digitale à un grand nombre d'aliénés dont la maladie était jstationnaire Chez tous nous comptions, chaque matin, le nombre des pulsa- (tions artérielles ; elles diminuaient sensiblement chez le plus grand nombre et dune mamere graduelle , à mesure qu'on augmentait la dose du médicament. Cependant il y a des exceptions à cet égard. Au surplus , ,e n'ai jamais observé de cardialgie , de vomissemens par l'action graduelle de la digitale. Il est im-

UlCT. DE MÉDECINE ET DE ClUKrRGlE PRATIQUES.

ALIENATION MENTALE.

portant de se mettre à l'abri de son inégalité d'action. Il suffit , pour cela , de faire une assez forte provision de ce médicament , et de recommencer à petites doses toutes les fois qu'on la renouvelle. Je ne ferai pas connaître ici les résultats que j'ai obtenus d'une série d'expériences sur l'action de la digitale; ceci n'a pas de rapport immédiat au traitement de l'aliénation.

L'opium a été conseillé par plusieurs médecins dans le traitement de l'aliénation mentale. Suivant le célèbre Wepfer , c'est un des plus puissans moyens de guérison. Suivant M. Esquirol, les narcotiques sont plus nuisibles qu'utiles. On est généralement aujourd'hui très-réservé dans l'emploi de ces médicamens chez les aliénés ; on pense qu'ils sont plus propres à augmenter la congestion cérébrale qu'à diminuer l'intensité du mal.

Il est certain néanmoins que l'opium a plusieurs fois produit de très-bons effets. Le docteur Hodgkin a été témoin de ses avantages chez deux jeunes sujets aliénés depuis peu de temps , avec impulsion forte au suicide. Une dose assez forte d'opium procura un sommeil profond, les idées sinistres ne reparurent plus au réveil ; la guérison fut bientôt parfaite.

Ces deux exemples , et l'on pourrait en citer plusieurs autres , prouvent sans doute qu'il ne faut pas rejeter l'emploi de l'opium ; mais les cas particuliers dans lesquels on doit recourir à ce médicament ne sont pas encore bien déterminés.

Le mercure a produit quelquefois des effets merveilleux : Rush conseille ce médicament continué jusqu'à la salivation. Il cite l'exemple d'une femme aliénée a la suite de couches , qui avait conçu pour l'enfant, cause de ses souffrances , une insurmontable aversion. Soumise à un traitement mercuriel, elle retrouva, le jour que commença sa salivation , toute sa tendresse maternelle.

Au nombre des moyens particuliers de traitement qui ne répondent à aucune indication thérapeutique rationnelle , il faut mettre la machine rotatoire de Darwin , espèce de fauteuil ou chaise longue placée sur pivot et susceptible d'éprouver une rotation très-rapide. On s'est peut-être proposé , en couchant le malade sur cette chaise , la tête au centre , et les pieds à la circonférence, de lui faire partir le sang de la tête , en l'amassant aux pieds par la force centrifuge de la rotation.

C'est l'effet qui arrive chez des lapins qu'on prend par les pattes de derrière et qu'on fait tourner rapidement au bout du bras : ils sont bientôt plongés dans un état comateux, qu'on fait cesser en les prenant par la tête et les faisant tourner de la même manière. Ils reprennent connaissance lorsque, par ces mouvemens , on fait amasser le sang dans les régions inférieures du corps. Malgré celte expérience . je ne croirai jamais raisonnable de soumettre un homme à une action aussi violente. Je ne suis pas surpris que des syncopes inquiétantes , des vomi-purgations horribles , soient résultées de son emploi.

Quelques indications particulières se présentent à remplir chez les aliénés. Beaucoup de femmes ont éprouvé la suppression des règles; il faut faire tout son possible pour rappeler cette fonction , dont le retour est assez souvent suivi de celui de la raison. Le moyen qui réussit le mieux , pour obtenir cet effet , est l'application d'un petit nombre de sangsues à la vulve, plusieurs jours de suite à chaque époque menstruelle.

Les aliénés qui refusent de manger sont nourris avec des bouillons , des potages injectés au moyen d'une sonde introduite par les fosses nasales jusque dans l'œsophage.

Enfin , des accidens qui réclament à mon avis une attention particulière de la part des praticiens , sont les fausses sensations, les hallucinations qui tourmentent tant d'insensés. On ne saurait faire trop d'attention à l'état des parties auxquelles l'insensé les rapporte , et combattre avec trop de soin et de persévérance les désordres dont ces parties peuvent être le siège. C'est, sans contredit, lorsqu'on y peut parvenir , le meilleur moyen de simplifier d'abord et bientôt de détruire complètement le délire.

J'ai vu M. Esquirol obtenir des avantages de l'introduction dans le canal auditif d'un bourdonnet de coton chargé de poudre de potasse caustique. L'inflammation , la suppuration provoquée par cette substance suspendaient les désordres sensitifs.

J'ai réussi chez une de mes malades à faire cesser les fausses perceptions relatives à l'ouïe , en maintenant dans les oreilles un bourdonnet de coton fortement imprégné de laudanum ; toujours le calme de l'esprit revenait, quand on était parvenu à faire taire les oreilles.

Il serait ridicule de vouloir établir un traitement particulier pour chacun des symptômes d'une maladie quelconque. Mais les symptômes dont je parle ont une telle influence sur la production du délire, qu'on est, sans contredit, fondé , dans bien des cas, à les regarder comme la source des autres phénomènes; l'altération organique dont ils dépendent est donc bien importante à étudier et à combattre.

Quant à la complication de paralysie générale , je ne connais rien de particulier à conseiller que les moyens propres à ralentir la marche de la maladie cérébrale, les saignées générales ou locales , les purgatifs énergiques, lorsqu'il survient quelque congestion vers le cerveau ; les exutoires les plus puissans paraissent des moyens rationnels , et pourtant il n'est pas certain qu'une seule fois ils aient réussi à procurer une guérison solide.

M. Esquirol m'a parlé d'un aliéné paralytique, à la suite de la suppression d'un flux hémorrhoïdal ; l'application d'une sangsue à l'anus, tous les jours pendant un mois , ramena le flux hcmorrhoiidal , qui fut suivi immédiatement de la guérison de la maladie.

Mais trop souvent les soins hygiéniques , une surveillance de tous les momens sont les seuls secours qu'on puisse donner à ces malades pour prolonger leur carrière et prévenir les accidens' auxquels les expose leur faiblesse , etc.

Tel est d'une manière sommaire l'ensemble des moyens médicaux employés

ALI]é NATION MENTALE.

dans l'aliénation mentale. Pour en tirer le plus de parti possible, le médecin devra toujours tâcher d'agir sur le moral de ses malades pour leur inspirer de la confiance, calmer leurs inquiétudes, réprimer leur violence.

La manière d'agir du médecin avec les insensés , la conduite de toutes les personnes qui les approchent et les soignent, sont donc de puissans moyens du traitement moral.

L'isolement des malades dans un établissement spécial est encore une des parties les plus importantes de ce traitement. Mais pour que les avantages de cet isolement ne soient pas illusoires, tout établissement spécial d'aliénés doit être un asile impénétrable aux regards des curieux. La permission de visiter ces sortes d'établissemeus ne doit être accordée qu'avec la dernière réserve.

La tranquillité des malades, le secret des familles , toujours exposé lorsqu'on accorde trop aisément la liberté de visiter les maisons d'aliénés, sont d'assez puissans motifs pour faire observer la plus rigoureuse sévérité.

Xes visites des parens doivent être rares, souvent nulles, tant que la maladie est dans sa période d'activité , et même dans les premiers temps de la convalescence. Combien n'a-t-on pas vu de rechutes causées par la négligence de cette importante précaution! Enfin, elles deviennent d'une rigoureuse nécessité, lorsque le malade recouvrant la raison , sentant renaître toutes ses aflFections , témoigne le désir de revoir sa famille. Ce sera toujours au médecin à fixer l'époque convenable pour ces visites.

La première chose que doit faire le médecin qui approche un aliéné est de fixer sur lui un regard assuré , de lui adresser quelques questions sur son état. Le plus souvent ces questions ne reçoivent pas de réponse favorable; l'insensé ne convient pas qu'il est malade , mais il rappelle presque toujours des circonstances importantes a connaître et dont le médecin peut tirer grand parti.

L'influence de manières douces , bienveillantes , celle d'un regard ferme , sévère , compatissant, suivant les dispositions particulières du malade, ne peut être révoquée en doute. Pinel, M. Esquirol, en ont senti toute la puissance. Rush en fait l'objet de son premier conseil dans le traitement des maladies mentales. Le tigre, le taureau furieux, le chien enragé, dit-il, ne peuvent supporter le regard de l'homme; ce même regard de l'homme raisonnable intimide, arrête l'insensé.

Comment se fait-il qu'Haslam , qui a long-temps vécu dans un vaste établissement de fous , tourne en ridicule les conseils que le vénérable Pinel donne à cet égard ? Les réflexions d^Haslam prouvent qu'il n'a compris ni les vues , ni le caractère de notre Pinel ; ou bien qu'il s'est laissé influencer par cette triste prévention nationale que les médecins de tous les pays devraient ne pas connaître.

La conduite du médecin doit toujours être grave, la plus scrupuleuse justice doit caractériser ses ordres. Jamais il ne doit plaisanter les malades sur les idées fausses qui les tourmentent , c'est un moyen sûr de les exaspérer. Jamais non plus il ne caressera leurs chimères ; mais écoutant avec patience les plus minutieux détails de leurs peines , il tâchera de convaincre ces malheureux qu'ils sont malades et que tous ses efibrts ont pour but de les guérir.

Il conservera avec chaque malade les manières auxquelles il pouvait être habitué dans la société, et se gardera bien de prendre un ton familier qui peut blesser l'amour-propre de l'aliéné le plus indifiërent en apparence.

Il cherchera à récompenser les malades de leur soumission à suivre ses conseils. Les faveurs qu'il pourra accorder dans ces cas seront utiles pour encourager à persévérer ceux qui les recevront; elles pourront engager les moins dociles à faire ce qui est demandé pour les obtenir.

Le travail manuel, le jardinage, tout exercice physique, régulièrement soutenu , est sans doute un des meilleurs moyens de soulager les insensés , autant peut-être par la distraction qu'ils en éprouvent que par les mouvemens organiques qui en résultent. Un établissement d'aliénés ne peut donc être pourvu de trop de moyens de travail physique. Il est juste de convenir que la plupart des établissemens sont imparfaits sous ce rapport , et qu'on ne s'occupe pas assez en général d'astreindre les insensés à un travail régulier ; c'est là sans aucun doute une des parties du traitement qui attend le plus d'améliorations.

Jamais de mauvais traitemens ne devront être excusés à l'égard des malades ; les domestiques placés près d'eux seront sévèrement surveillés sous ce rapport; c'est de leur part aussi qu'il faut exiger envers les insensés de la douceur , du respect. La meilleure leçon qu'ils puissent recevoir c'est l'exemple du médecin.

Les malades les plus violens , les plus furieux , tous ceux qui ne pourraient sans inconvénient pour eux ou pour les autres être laissés libres , seront contenus par le gilet de force. Ce moyen , la réclusion passagère dans leur chambre où l'on doit pouvoir à volonté produire une obscurité profonde , la privation de quelque faveur , sont les seules punitions qu'on doive se permettre d'infliger.

Devrait-on jamais , comme l'a fait avec succès le docteur Higgius , et comme Rush en répète le conseil , faire à un malade , dont tous les moyens ordinaires ne peuvent calmer l'agitation et la fureur , la menace de la mort, et lui en montrer les préparatifs ?

Un principe du traitement moral qu'on doit toujours avoir en vue , c'est de chercher à faire diversion aux idées dominantes des malades , ou à fixer les écarts désordonnés de leur esprit, en arrêtant ieur attention sur un objet déterminé. C'est pour remplir cette indication que Celse conseille de les forcer à apprendre par cœur, cogendus est et attenderc etediscere aliquid , et memim'sse. Il faut , pour remplir convenablement cette indication, connaître les goûts particuliers des malatfe^ ; on en a vu plusieurs guérir par une application soutenue à l'étude des mathématiques.

Plusieurs se sont bien trouvés de faire des lectures à haute voix , de copier des manuscrits. Rush cite l'exemple d'un'aliéné que l'occupation de transcrire le cahier de lecops d'un élève rendit à la raison.

Tons ces moyens n'ont réussi le plus souvent que lorsque les malades déjà moins égarés sentaient le besoin de s'occuper pour faire diversion à leur délire; au reste il est impossible de prévoir tous les moyens particuliers de distraction auxquels on peut recourir.

C'est à la sagacité du médecin à les déduire de la connaissance particulière du caractère et du genre de délire de chacun de ses malades.

Un simple changement de place , une visite inattendue , la société de personnes gaies , vives , spirituelles , ont souvent produit d'excellens efî"ets ; des nouvelles tristes , l'annonce de la mort d'un proche , d'un ami , ont aussi produit une révolution salutaire dans l'esprit de quelques insensés.

C'est sans doute dans la même vue que tant d'auteurs ont recommandé la 1 musique. M. Esquirol, qui a beaucoup employé ce moyen , l'a rarement vu produire un efiet marqué. On m'a cité l'exemple d'une malade de la Salpêtrière, plongée depuis long-temps dans la plus sinistre mélancolie , que la musique excita au point de la faire danser et walser jusqu'à tomber de fatigue. Elle fut mise au lit, dormit profondément, fut prise d'une sueur abondante à la suite de laquelle elle devint raisonnable. C'est encore là un de ces événemens rares et heureux comme on en a vu quelquefois par une chute dans l'eau , une chute de cheval, un bain froid , etc. , qu'on n'a pu jusqu'à présent reproduire que très-rarement par des combinaisons volontaires. Les véritables effets de la musique dans l'aliénation mentale ne sont nullement éclairés par ce fait particulier.

Toutes les fois que la convalescence est avancée, on se trouvera bien de» procurer aux malades une suite de distractions sans cesse renaissantes , en même» temps qu'un exercice soutenu; c'est dans ce but que M. Esquirol a conseillé ri i souvent avec avantage les voyages lointains.

J'ai dit , en parlant de l'influence des saisons , l'heureux eff'et que l'illustre médecin , dont je parle , avait obtenu en conseillant des voyages en Italie à un malade des Pays-Bas, dont les accès revenaient périodiquement à l'automne.

Les voyages , toutes les fois qu'on les peut prescrire , sont un des meilleurs moyens de confirmer la convalescence.

Que penser des conseils donnés par Cox, lorsque les moyens ordinaires de traitement n'auront procuré aucun changement favorable , de tenter l'effeti d'impressions fortes sur les organes des sens , au moyen d'agens inattendus , inusités , soudains et en apparence surnaturels ; d'éveiller le malade en sursaut par le bruit artificiel du tonnerre , d'interrompre peu à peu son sommeil aumoyen d'une musique douce et harmonieuse , de combattre ses idées erronées' par quelque sentence tracée avec le phosphore sur les murailles de sa chambre , de lui faire raconter une histoire , entendre des paroles ou des raisonnemens i propres à le rassurer, par quelqu'un déguisé en ange, en prophète ou en il démon ? L'acteur d'un tel rôle , ajoute Cox , devra posséder beaucoup d'adresse a et de talent pour son rôle.

Je ne serais pas surpris que sur un grand nombre de malades soumis à quelque* influence de ce genre on en vît guérir un , comme on en a vu guérir en se coupant les testicules , en recevant un coup sur la tête ; mais je crois que chef le plus grand nombre l'effet serait plus fâcheux qu'utile.

Les moyens de traitement les plus puissans qu'on possède ne sont pas déduitsn de tous ces effets du hasard.

A mesure que l'anatomie pathologique fera plus de progrès , on s'occuper» plus sérieusement de faire résoudre l'affection cérébrale et de prévenir la formation d'adhérences et d'altérations indestructibles à la surface de l'organe Ici plus délicat de l'économie, que de rivaliser de prestiges avec l'Opéra, pour faire rentrer dans l'ordre normal des dérangemens organiques.

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' (A. FOYILLE.)

ALIMENT, s. m., de alere , nourrir. Ce mot , dans son acception la plus générale , désigne toute substance introduite dans les organes digestifs pour fournir des matériaux au renouvellement ou à l'accroissement du corps. Nous avons, dans cet article , à nous occuper de la nature des alimens de l'homme, des effets de ces alimens envisagés d'une manière générale , de la composition , de la préparation, de la conservation, de la digestibilité, des propriétés nutritives ^t plus ou moins stimulantes des diverses classes d'alimens , de leurs altérations , des moyens de reconnaître leur falsification , enfin de l'emploi qui doit être fait les diverses substances alimentaires suivant les constitutions, les sexes, les âges, es climats , les saisons, les lieux, les professions , dans les convalescences des laladies aiguës etpendantle traitement des maladies chroniques. L'organisation de l'homme le rend propre à se nourrir d'animaux, ainsi que e végétaux. Nous ne nous arrêterons pas à la démonstration de cette vérité )anale : elle est mise hors de doute par l'étude du cerveau , des dents et du ïube digestif de l'homme, faite comparativement avec celle d'un animal vivant d'animaux et d'un animal vivant de végétaux. Cette étude démontre que l'homme , par les organes précités , tient autant du premier que du second. I Les alimens de l'homme ne sont jamais composés de moins de trois corps llémentaires : carbone , hydrogène et oxygène. Il ne nous semble pas rigoureusement prouvé que l'existence de l'azote dans les alimens soit absolument Indispensable pour qu'ils jouissent de propriétés nutritives; l'économie animale i d'autres moyens pour se procurer l'azote, lorsque ce corps manque dans les lubstances alimentaires , ce qui , au reste , est assez rare.

i II résulte de beaucoup d'expériences de M. Magendie, qu'il est difficile l'entretenir la vie , au moins chez les animaux qui se rapprochent le plus de homme, avec une seule espèce d'aliment, prise isolétnent pendant un certain temps , quand même cette espèce d'aliment serait azotée. « La diversité et la Lultipiicité des alimens , dit ce physiologiste , est une règle d'hygiène très- Lportante , qui nous est d'ailleurs indiquée par notre instinct et par les variaions que les saisons apportent dans la nature et l'espèce des substances alimenaires. » {Physiologie.)

Quelques auteurs , depuis Hippocrate , ont recherche s il n y aurait point [ans les alimens un principe nutritif unique , commun à tous , et qui méritât , l'exclusion des autres principes, le nom d'a^jment. Hippocrate paraît regarder i matière nutritive comme identique dans toute la nature; cette opinion est lartagée par Galien, Oribase, Aëtius , Beccher. Stahl va plus loin : il désigne ! mucilage fermentescible comme étant la matière nutritive de l'aliment. Liorry exprime à peu près la même opinion. Seulement il regarde comme ropres à la nutrition celles des substances qui, « bien que n'étant pas tout-à-fait ans l'état de mucilage , sont susceptibles d'en prendre le caractère par l'action ie nos organes. » Il est inutile de chercher un principe nutritif unique dans les limens , car la matière de nos organes n'étant pas composée par un seul prinipe , les pertes que fait cette matière n'étant pas davantage composées d'un seul |rincipe,un seul principe n'est pas suffisant, soit pour accroître, soit pour réparer ;s organes : il n'y a d'ailleurs aucune raison pour que ceux-ci ne retiennent pas js principes qui leur sont fournis par les alimens , puisqu'ils ont besoin de ces jrincipes. Il est probable que cette opinion sur une matière nutritive identique. Sent de ce que le chyle paraissait à ces auteurs toujours identique, quel que fût {aliment qui le fournissait. Les progrès de la chimie ont démontré que cette «ntité du chyle n'est qu'apparente.

La destination des aUmens est de développer nos organes et de réparer leurs ertes , c'est-à-dire de renouveler leur composition. Pour atteindre ce but, ils oivent être pris dans des quantités et être doués de qualités telles , que non

ALIMENT

seulement ils ne puissent altérer nos tissus , mais qu'encore ils soient aptes à y porter la vie et à se revêtir eux-mêmes de cette vie qu'ils avaient perdue.

La qualité des alimens doit donc comprendre leurs propriétés digestibles , nutritives , stimulantes ; leur cohésion , leur saveur , leur odeur , etc.

Les alimens agissent sous le rapport de leur quantité comme sous celui de leurs qualités différentes , toujours sur le tube digestif d'abord , puis ensuite sur les autres organes , d'une manière générale et non d'une manière spéciale , comme on l'avance si souvent. Seulement , les organes s'approprient les parties nutritives de l'aliment , dans des proportions relatives 'a leur degré de vitalité , de développement , au degré d'exercice auquel ils sont soumis , en un mot , aux occasions qu'ils ont de devenir le siège d'une sorte d'irritation nutritive ; mais après le jour que la chimie moderne a porto sur les produits animaux , particulièrement sur le chyle , je pense qu'on ne doit plus admettre de galactopcs , de spermatopés.

Si les alimens sont pris dans des quantités modérées , s'ils sont de bonne nature , s'ils sont pris en temps convenable , ils remplissent l'indication que nous venons d'énoncer , sans que leur introduction dans les organes digestifs et dans les voies circulatoires détermine ni fatigue, ni accablement , ni malaise , ni agitation , etc. Loin de là, le bien-être succède à leur ingestion , et la transmutation de ces corps inertes en notre propre substance n'est pas même sentie. Lorsqu'on n'a pas trop mangé, il faut, en effet, s'observer bien attentivement pour s'apercevoir que la respiration est plus fréquente et plus élevée immédiatement après l'ingestion des alimens que dans tout autre moment ; qu'elle est , au contraire , moins fréquente , moins élevée, plus libre , et qu'il y a plus de chaleur à la peau quand les alimens sont passés de l'estomac dans le duodénum ; enfin , qu'on est beaucoup plus impropre aux exercices du cerveau et des muscles quand les alimens sont dans l'estomac , que lorsqu'ils sont passés de ce viscère dans les intestins.

Si les alimens sont pris en trop grande quantité , c'est-à-dire si l'on franchit les bornes que le sentiment de plénitude et de satiété prescrit de ne point dépasser , on éprouve divers phénomènes dont les uns sont en quelque sorte mécaniques , et les autres vitaux. Les premiers sont un sentiment de poids et de surcharge dans l'estomac. Cet organe trop distendu paraît près de se rompre ; il rend la respiration gênée, pénible et élevée par le refoulement du diaphragme et des poumons en haut. D'un autre côté , des phénomènes vitaux se développent; l'estomac trop occupé empêche les muscles et le cerveau d'entrer en action : l'accablement , quelquefois le sommeil , suit le repas.

Lorsque l'on a une fois contracté cette habitude de beaucoup manger, l'estomac et les intestins acquièrent , par cet exercice, une énergie vraie et une prédominance réelle sur tous les organes de l'économie, principalement sur ceux des fonctions de relation. Les sens , le cerveau et les muscles perdent leur activité et ne se développent plus ; tous ces organes semblent manquer de principes d'excitation, et ceux-ci sont, en effet, entièrement concentrés sur l'estomac ; aussi à peine l'individu qui se trouve en pareil cas a-l-il achevé son repas , que , semblable au vorace boa , il est pris d'un engourdissement général , d'un irrésistible besoin de dormir , qu'il satisfait souvent sans quitter la table. La continuité d'une pareille habitude produisant une réparation supérieure aux pertes de l'économie, donne lieu à la pléthore, à un embonpoint excessif et hideux , surtout dans la région du ventre. Cet embonpoint défigure les traits , enfouit en quelque sorte toutes ces saillies musculaires qui font le caractère distinctif de la beauté de l'homme ; les moindres mouvemens deviennent pénibles , et la pensée ne jaillit plus d'un cerveau engourdi et à peine apte h percevoir quelques impressions. Ai-je besoin de dire que l'état de pléthore qui existe chez ces individus les dispose à la goutte et à diverses autres phlegmasies , et que la moindre émotion, ou le moindre travail intellectuel, excitant leur cerveau peu habitué à l'exercice , les fait périr d'apoplexie ?

Quelquefois l'habitude de beaucoup manger ne produit pas l'embonpoint , quoique les digestions se fassent bien. Dans ce cas , le superflu de la nourriture se dissipe par diverses voies.

Si , enfin, la quantité des alimens ingérés est tellement considérable qu'elle dépasse les proportions comportées par les forces gastriques , on observe, outre les phénomènes mécaniques , un autre groupe de phénomènes ; ce sont ceux qui constituent I'Indigestion. ( F ojez ce mot. )

Si les alimens sont , au contraire , pris en trop petite quantité , en quantité inférieure à celle des besoins , l'homme est jeté dans l'épuisement ; mais il ne devient malade que lorsque l'équilibre dans la faiblesse des organes vient à être rompu par une cause d'excitation quelconque. { Voyez Abstinence.)

La conclusion qu'on doit tirer de ce qui précède relativement à la quantité d'alimens dont on doit user , est que ceux-ci doivent en général être en rapport avec les pertes que font les organes , avec l'énergie de l'estomac, et surtout avec le sentiment de ses besoins ; car , dans l'état de santé , c'est l'estomac qui se charge de porter la parole pour les organes souffrans de l'absence des matériaux réparateurs, et il ne se plaint pas parce qu'il est vide, comme on l'a quelquefois avancé ; mais il se plaint parce qu'une admirable sympathie l'associe , si je puis le dire , aux peines d'autrui , le fait souffrir du seul besoin des autres organes.

Relativement à la qualité des alimens, nous pouvons présenter d'une manière générale quelques propositions qui résultent d'observations que nous avons faites sur des malades atteints d'anus contre nature. Ces propositions sont en rapport avec les conséquences d'observations semblables qu'a publiées dans sa thèse M. Lallemand , professeur à Montpellier; sont en rapport avec quelques observations inédites que M. Bouillaud m'a dit avoir faites sur des sujets atteint» de même maladie , et se rapprochent enfin , sous le point de vue principal, des 1 résultats d'expériences faites par un médecin étranger, sur un jeune homme

ALIMENT

affecté dune (istule Jerestomac , suite d'un coup de feu reçu entre les cinquième et sixième côtes , expériences rapportées dans le Médical Recorder (janvier 1828). Cette coïncidence doit donner quelque poids à nos recherches.

l». Les alimens animaux apaisent plus et pour plus long-temps la faim, que les végétaux. Ce fait a été observe dans tous les temps et dans tous les lieux. Je laisse donc de côté celles de mes observations qui pourraient l'appuyer.

20. Les alimens animaux sont plus propres à être attaqués par les organes digestifs que les végétaux, ou , si l'on veut , sont plus aptes que les végétaux a mettre en jeu la force assimilatrice de l'estomac; en voici la preuve : le résidu que l'une de mes malades , madame Laf*** , rendait par l'anus contre nature était tel , quand elle avait mangé du poulet ou des côtelettes , qu'il m'était impossible d'y rien retrouver d'analugue à la substance ingérée. Au contraire , quand madame L. avait mangé des épinards , de la soupe aux herbes , de la soupe grasse avec des carottes , je reconnaissais, à leur sortie de la plaie , les divers légumes, assez peu altérés pour que la malade et moi nous pussions distinguer parfaitement , des épinards , les différentes herbes qui étaient entrées dans la composition de la soupe maigre.

3». Les alimens animaux séjournent plus long-temps dans le tube digestif que les végétaux. — /"reui^e .• la salade , les pruneaux , les pommes , les épinards se sont toujours présente's , chez mes malades , à la plaie de l'intestin , au bout d'une heure : les alimens animaux ne sont jamais arrivés avant trois heures.

4". Les alimens , soit animaux , soit végétaux, séjournent d'autant plus dans le tube digestif qu'ils contiennent davantage de sucs nutritifs , que l'état de cet appareil lui permet d'extraire une plus grande quantité de ceux-ci. — i'reut'e .• nous venons de dire que les substances végétales arrivent plus rapidement à la plaie que les substances animales. Ajoutons à ce fait les suivans : j'ai donné plusieurs fois à madame Laf"** du vermicelle k l'eau et au beurre, et des panades ; ce n'est jamais que deux heures après leur ingestion que ces deux alimens sont arrivés à la plaie : ils étaient toujours assez dénaturés pour être méconnaissables. Nous avons vu , au contraire, que la salade, les pruneaux, etc. , étaient rendus au bout d'une heure sans être beaucoup altérés. Dans ce dernier cas , la faim revenait bien plus promptement. — Autre Jait : le résidu des substances bouillies arrivait chez madame Laf**'* plus vite à la plaie que celui des substances grillées. — Aulrejait :]a\ prescrit pendant cinq jours à un malade qui n'avait sans doute qu'une médiocre plaie à l'intestin, puisque des lavemèns et même un peu d'eau miellée lui ont occasioné des garde-robes par les voies naturelles ; j"ai prescrit , dis-je , pour chaque repas , ou un beeftcck , ou une côtelette, ou une aile de volaille : mais j'ai toujours fait accompagner ces alimens soit d'épinards . soit de pruneaux, soit de salade , et le malade a rendu au bout d'une heure les végétaux , tandis que les substances animales ont continué de cheminer le long de l'intestin pour être rendues plus tard par l'anus, à l'aide de lavemens.Tl en a été de même de la soupe grasse aux carottes; celles-ci ont été seules rendues ; le bouillon et le pain ont continué leur route dans l'intestin. Il semble que le tube digestif, pressé de se débarrasser de ces végétaux dont il ne pouvait rien extraire , et se contractant toujours pour les chasser , ait saisi l'occasion que lui offrait l'ouverture accidentelle pour les rejeter au-dehors, tandis qu'il retenait avec une sorte de prédilection , ou plutôt par une attraction élective bien réelle , les substances animales qui pouvaient encore faire les frais de son travail. Si la difficulté qu'ont dû présenter les expériences de M. Beaumont (voyez les Archwes de médecine , juillet 1828) , si le cas dans lequel elles ont été faites , ne sont pas un motif pour s'abstenir de s'en appuyer , nous voyons que divers morceaux de viande placés à l'aide de fils de soie et à certaine distance l'un de l'autre , dans l'estomac flstuleux d'un malade, sont à peine altérés , que déjà un morceau de chou placé dans le même estomac , est séparé de son fil par l'action du viscère ; nous voyons encore que le pain , le bœuf et le lard bouillis sont ensuite séparés du fil , long-temps avant les mêmes substances données crues.

5". Il est probable que l'habitude d'alimens peu assimilables développe la force de la membrane musculeuse de l'estomac puisqu'il se contracte à chaque instant pour envoyer ces substances aux intestins : il est probable que cette habitude laisse dans l'inaction la membrane muqueuse ; que l'habitude , au contraire, d'une alimentation composée de substances dans lesquelles les principes nutritifs sont très-concentrés , excite vivement l'action de la membrane muqueuse et donne plus de relâche à la musculeuse; mais ces faits ne peuvent être admis que par voie d'analogie.

60. Relativement à l'influence qu'a la cohésion des alimens sur leur manière d'agir, voici ce que j'ai observé : A quantité égale de sucs nutritifs , l'aliment qui a le moins de cohésion traverse le plus vite le tube digestif. — Preuve : j'ai fait prendre plusieurs fois , par cuillerées, des œufs sans pain aux malades atteints d'anu5 contre nature ; le résidu était rendu une heure trois quarts après l'ingestion des œufs : les œufs durs ont, au contraire, toujours mis beaucoup plus de temps à arriver à la plaie. Lorsqu'au contraire deux alimens quelconques contiennent une quantité très-inégale de sucs nutritifs , l'influence de la cohésion ne se fait presque plus sentir, et l'aliment le plus nutritif, quand même il n'aurait aucune cohésion n'en séjourne pas moins le plus long-temps dans le lube digestif. — Preuve : j'ai donné des fruits cuits et crus , des légumes cuits , tels que carottes , poireaux, etc. ; en une heure ils étaient arrivés à la plaie. IjC résidu du bouillon très-concentré a toujours mis, pour arriver h la plaie, deux heures ; et deux heures trois quarts , quand j'y faisais ajouter du pain.

1". L'altération que subissent les alimens dans le tube digestif est aussi en rapport avec les besoins des autres organes. Ce fait , si l'on n'y faisait attention , pourrait donner lieu à des conséquences différentes des nôtres. — Preuve :

( 144) ALIMENT. '

après avoir obtenu d'un malade affecté d'anus contre nature qu'il suivît pendant ' quelques jours un régime sévère , je lui fis prendre en petite quantité divers ' alimens végétaux ; tous furent extrêmement altérés. Je donnai même une salade j à la scarole sans pain, et, une heure après son ingestion, il commença à s'écouler par la plaie , goutte à goutte , un résidu jaunâtre , de consistance crémeuse , I dans lequel je ne trouvai aucune trace de salade.

80. L'art culinaire agit sur les alimens en détruisant la cohésion des uns , en ■ augmentant celle des autres. Nous avons tenu compte de cette qualité physique ] des alimens. Il agit encore en changeant leur sapidité, leur odeur, qui quel- ' quefois pourraient répugner à deux sens qui sympathisent assez intimement avec l'estomac pour paralyser son action. L'art culinaire dépouille les alimens \ de certains principes solubles , amers , acres , ou vireux , qui peuvent nuire à , l'estomac ou à l'économie entière. Relativement aux propriétés stimulantes J très- fortes ou très-faibles que l'art culinaire communique aux alimens , on peut ,1 avancer ce qui suit : dans le premier cas, les alimens sont assimilés plus rapi- i dément , et distribuent à toutes les fonctions de l'économie une activité égale; | ils n'en activent aucune spécialement, comme on l'a avancé à l'égard du café ' {voj^ez ce mot) et des alimens, qui, dans certains traités d'hygiène, sont regardés comme agissant sur l'ouïe, sur les passions. Dans le second cas , ils ,; out des propriétés opposées, c'est-à-dire que, s'ils ne sont que très-peu stimulans, i ils ne stimulent pas assez la muqueuse gastrique pour lui faire déployer les ^ facultés assimilatrices. S'ils sont assimilés , ils ralentissent toutes les fonctions; ' mais ils n'en ralentissent aucune spécialement , pas même les sensations et les * fonctions du cerveau , comme on l'a dit des châtaignes et du blé sarrasin {voyez > les Alimens fèculens ). En général les alimens le moins apprêtés sont ceux qui ' retardent le plus la consumation du feu de la vie. Les brames , vivant de mets , simples, deviennent presque tous centenaires, quoiqu'ils habitent un climat ; très-chaud; les paysans de la Suisse, se nourrissant de pain, de lait, de 1 fromage, vivent très-vieux et n'en jouissent pas moins de grandes forces. C'est, au leste, seulement à l'occasion de chaque classe d'alimens qu'on doit parler | des préparations auxquelles on peut les soumettre et des effets de ces prépa- 3 rations. \ L'altération spontanée des alimens, lorsqu'elle est mainlenue dans de justes j bornes , est un moyen préparatoire très-efficace pour les rendre plus digestibles, ; mais en même temps moins nourrissans. Cette altération spontanée agit de deux manières , d'abord très-évidemment en désunissant leurs principes, et en diminuant leur degré de cohésion , ensuite en développant dans la matière nutritive, , des principes stimulans. C'est fondés sur la connaissance de ces faits , que nous j laissons , pour les rendre plus tendres et plus digestibles , les chairs de certains 1 animaux faire un premier pas vers la fermentation alcaline; que nous faisons , pour la rendre également plus digestible, fermenter la pâte destinée au pain ; j enfin , que nous laissons contracter aux fromages , pour les rendre plus stimu- \ lans et en faire de véritables assaisonnemens digestifs , un haut degré d'alcales- -' cence. Nous verrons à l'article Boisson que ce qui a lieu pour les alimens I solides a aussi lieu pour les liquides, que les facultés nutritives des sucs avec ! lesquels on prépare les boisf ons diminuent par la fermentation qui n'est qu'une j altération spontanée, tandis que leurs propriétés digestibles et stimulante» tl augmentent par ce travail. J 9". Les falsifications, de même que les altérations spontanées des alimens, i^j donnent souvent à ceux-ci des propriétés opposées à celles dont ils jouissaient. K Les alimens falsifiés sont même souvent nuisibles , dangereux, quelquefois 1 mortels. Les moyens de reconnaître les falsifications ainsi que les altérations des substances alimentaires doivent donc être indiqués à la suite de chaque ar-^'j ticle qui concerne une espèce d'aliment.

On a établi plusieurs divisions pour l'étude des alimens. La plupart des aU' leurs ont adopté la classification suivie par Lorry; d'autres ont adopté celle quéS MM. Gay-Lussac et Thénard ont établie dans les produits immédiats végétaux 1 et animaux. Cette division, fondée, pour les produits végétaux, sur les rap-ji ports dans lesquels se trouve l'oxygène par rapport à l'hydrogène, et, pour leîS produits animaux , sur leurs qualités acides Ou grasses , est bonne en chimie où J| il s'agit d'étudier tous les corps simples de la nature , mais ne peut recevoir H une application avantageuse dans un traité d'hygiène , où il ne s'agit que des \ corps qui peuvent nous servir d'alimens. Elle est trop générale, ne particularise m pas assez ces différons corps; il est d'ailleurs, dans cette division , des classes I que nous ne rencontrons pas dans les substances dont nous allons étudier le* < effets , ou que nous n'y rencontrons que dans un état de combinaison tel qu'el- 1 les n'agissent jamais sur notre corps à la manière du principe qui fonde leun classification : je veux parler des acides animaux. Enfin, dans cette classifi- * cation sont rapprochées des substances dont les effets sur l'économie sont trop { différens, trop opposés , les pêches et les farines , par exemple , les fraises eti les gommes. La meilleure manière de classer les alimens est d'établir les grou-'» pes les plus naturels possible, c'est-à-dire, rapprochés par une communau ' de propriétés; de donner ensuite le plus que l'on peut à l'étude isolée de cha que corps : c'est ce que nous tâcherons de faire , en nous écartant le moins po8«i( sible des usages adoptés. Tous ces groupes , fondés sur les principes qui pré-j* dominent , ont des effets spéciaux sur l'économie ; mais nous devons avertir quftit beaucoup de causes annulent ces effets. i. Les causes qui annulent les effets que doivent avoir les différentes classes d'al» limens , sont la préparation et le mélange de ces alimens , le peu de persévé4 1 rance dans le régime alimentaire adopté. Ainsi , il est bien positif que leq j différentes substances mucilagineuses , surtout après avoir été soumises à l'eauj j en ébuUition et y avoir déposé leurs principes acres , ne contiennent plus qua| J (J.es propriétés adoucissantes : le chou-fleur, le navet et beaucoup d'autres ali- j

ALIMENT

ALIMENT

mens sont dans ce cas. Cependant , si on prépare ces substances avec des aromates , tels que le poivre, la muscade, elles se chargent de propriétés trèsexcitantes , sans devenir plus nutritives , et deviennent par là aussi nuisibles dans certains cas (les gastrites, par exemple) qu'elles pouvaient y devenir avantageuses. 11 en est de même des mucilagineux crus , comme la laitue-romaine et autres, que l'on mange en salade , et que le peuple croit encore très-rafraîhissans lorsqu'il les a inondés de vinaigre , assaisonnés d'estragon , de poivre et de piment. Nous verrons (article Assaisonhement) que des assaisonnemens doués de propriétés douces , comme le beurre, en acquièrent d'opposées , c'està-dire d'âcres et d'irritantes, lorsqu'on élève jusqu'à un certain degré leur température , comme dans les préparations connues sous les noms de roux et de jfviture.

Quant à ce qui est du mélange des alimens entre eux, il est bien clair que des effets mixtes doivent résulter de l'ingestion d'alimens opposés par leurs propriétés; mais un autre point qui , pour n'être pas aussi certain, n'en paraît pas moins probable , c'est que des alimens doués de propriétés analogues peuvent, par leur mélange dans un estomac un peu inerte , en acquérir d'opposées : linsi , par exemple, des matières sucrées, introduites dans l'estomac après ou :ivec des fécules, ne peuvent-elles pas produire, chez un individu dont les fonctions sont peu actives, une espèce de fermentation analogue à celle qui se passe dans un vase, accompagnée de dcgagementde gaz, etc., etcette fermentation ne peut-elle pas donner, aux alimens doux ingérés, des qualités assez ii ritantespourproduire une entérite, une diarrhée? Jen'ose résoudre cette question , mais je ne la crois pas Lors de toute vraisemblance.

L'ordre d'ingestion des alimens a aussi des effets qui doivent être étudiés. Les jlimens les plus stimulans réservés pour la fin des repas aident la digestion, qui 3st ordinairement ralentie par des substances douces ou peu sapides. Celles-ci ;ont au contraire déposées avec avantage sur l'estomac lorsqu'il est encore vide. NLiis l'abus des stimulans à la fin des repas peut produire à la longue l'irritation du cardia.

Il est clair qu'une certaine persévérance dans le régime alimentaire est indispensable pour que ce régime opère quelques changemens dans l'économie. Ce ait n'a pas besoin de preuves ; passons donc aux effets des diverses classes i'aliraens.

j Article i". Effets des alimens fihrineux. — La base qui donne le nom '< celle classe d'alimens est la fibrine : elle se trouve dans le chyle, dans le sang >t dans les muscles. C'est une substance solide, blanche, insipide, inodore, ilus pesante que l'eau, molle et légèrement élastique; devenant jaune et assante lorsqu'on la dessèche. Elle est composée, d'après MM. Gay-Lussac et hénard , de 53,360 de carbone, de 19,685 d'oxygène, de 7,021 d'hydrogène, t de 19,934 d'azote.

L'aliment qui a pour base la fîbfine est la chair musculaire des animaux dultes. Dans celle-ci la fibrine est associée à la gélatine,, à l'osmazome, à 'albumine, etc. C'est donc de la chair musculaix-e que nous allons considérer ;s effets.

Effet local. — De tous les alimens , le Gbrineux est celui qui séjourne le plus ians le tube digestif, qui en exige le plus de travail , qui y développe le plus de haleur, qui active le plus la circulation de la membrane muqueuse , et étermine la sécrétion la plus abondante des divers sucs nécessaires à la igestion. 11 est un de ceux qui sont le plus altérés par le canal digestif, et qui laissent moins de résidu.

^Eff et général. — Pendant la digestion de l'aliment fibrineux , la circulation 'accélère, la chaleur animale s'élève; en un mot, l'aliment fibrineu.x, lorsqu'il Dntient de l'osmazome, est de tous les alimens le plus excitant et le plus onrrissant.

Effet consécutif. — L'aliment dans lequel la fibrine prédomine sur tous les itres principes , donne à tous les organes une grande somme de forces , qui jurne toujours au profit des plus exercés. L'excès d'une pareille alimentation peut devenir pernicieux et causer apoplexie , des inflammations rhumatismales , des hémorrhagies , en un mot es congestions irritalives de toute espèce.

La soustraction de l'alimentation fibrineuse diminue au contraire la force des

rganes et l'énergie de

eurs fonctions. C'est par

cette seule diminution

énergie , qui s'opère à la

fois dans toutes nos facultés

. qu'on doit concevoir la

iminution des passions

par la soustraction de l'alimentation fibrineuse,

împlacée par, une alimentation moins excitante, moins nourrissante.

A cette première classe d'alimens se rapportent

les chairs des animaux

luîtes qui suivent :

MAMMiriRES.

Buf.

Mouton.

Chevreuil.

orf.

Cochon.

Sanglier.

■èvre.

Lapin.

oisEArx.

jsq.

Pintade.

Paon.

inard.

Oie:

Pigeon.

louette.

Caille.

Ortolan.

elinotte.

Outarde,

Perdrix.

pve.

Merle.

Coq de bruyère.

luvier doré.

Râle.

Bécasse.

tcassine.

Étourneau.

Culblanc.

anneau.

Sarcelle.

Poule d'eau.

I Ces différens alimens ne donnent lieu h aîicune remarque assez particulière hygiène pour qu'on doive les étudier isolés. Il suffit de se rappeler ce que nou

DlCT. DE MÉDECINE ET DE ChiRUHGIE PRATIQUES.

iierc is

avons dit de leurs effets communs. On peut y ajouter que les parties musculeuses qui constituent l'aliment fibrineux présentent d'autant plus de résistance aux organes digestifs qu'elles ont été plus exercées, qu'elles appartiennent à des animaux plus âgés et contiennent moins de graisse dans leurs interstices; enfin qu'elles sont d'autant plus stimulantes et réparatrices que leur couleur est d'un rouge plus prononcé , et qu'elles sont plus chargées d'osmazome.

La plupart des alimens fibrineux conviennent aux constitutions molles, lâches, aux tempéramens lymphatiques, aux professions qui exigent un violent exercice musculaire , aux habitans des climats froids. C'est pendant l'hiver surtout qu'on doit user de ces alimens.

A. Préparations. — Toutes les préparations conservent d'autant plus les qualités nutritives et stimulantes de l'aliment fibrineux, qu'elles retiennent davantage d'élémens nutritifs , de parties solubles , de sorte que les qualités réparatrices et stimulantes se retrouvent davantage dans les viandes rôties et grillées que dans les viandes bouillies. Aussi avons nous vu que celles-ci séjournent moins que les premières dans le tube digestif.

Bouillon. — Cette décoction de viandes contient tout ce qu'elles ont perdu de principes nutritifs et excitans. Le bouillon est formé d'eau, de gélatine, d'osmazome , de graisse et de différens sels : l'albumine en est enlevée sous forme d'écume. Le bouillon est éminemment réparateur : il se digère facilement à cause de son peu de cohésion , mais n'en exige pas moins plus de travail de la part de l'estomac que tous les fruits cuits et que beaucoup d'autres alimens. Quant à ses propriétés excitantes , elles varient suivant l'espèce de viande dont on extrait les sucs , ainsi que suivant le plus ou moins de concentration de ceux-ci. Les viandes les plus excitantes qui servent à la confection du bouillon sont le bœuf; dans la campagne , le bœuf et le porc ; dans certains pays, le mouton. On ne doit jamais , dans les convalescences d'inflammations aiguës, commencer la prescription des alimens par celle du bouillon de bœuf, car rien n'est plus propre que cet aliment à réveiller les symptômes locaux et généraux de l'inflammation. Je n'ai pas besoin de dire que les bouillons de viandes blanches comme celles de poulet, de veau, etc., doivent lui être préférés comme moins excitans.

On fait encore, à l'aide des chairs désignées ci-dessus , des tablettes de bouillon et des gelées très-réparatrices ; mais il y a beaucoup plus d'économie à employer les os pour ces tablettes et ces gelées. De cette manière rien n'est pei'du , et l'on a conservé un autre mode de préparation par le rôti , toutes les propriétés nutritives de la viande. M. Darcet, auquel nous sommes redevables de l'emploi de la gélatine des os pour la préparation du bouillon , est parvenu à extraire de ces substances trente parties de gélaiine sur cent , à l'aide de l'acide hydrochlorique. Pour rendre cette gélatine plus propre à exciter l'action de l'estomac , il suffit de lui communiquer un peu d'osmazome à l'aide du jus de viande.

Une autre préparation des alimens fibrineux est leur cuisson dans leur propre jus , ou à l'aide d'une très-petite quantité d'eau dans des vases bien clos. Dans ce mode de cuisson , auquel on soumet quelquefois le bœuf, l'oie , le mouton , la vapeur chaude pénètre les chairs , en diminue la cohésion , les attendrit , les rend plus facilement attaquables par les organes digestifs , sans les priver de leur suc , comme le fait la décoction, sans les durcir , comme le fait l'action du feu à l'air libre.

B. Conseri'ation . — On conserve la chair de plusieurs animaux, mais principalement celle du porc, ou simplement en la couvrant de sel, ou bien en la couvrant de sel et en l'e.xposant en outre à l'action de la fumée ; enfin en l'entassant salée et remplie d'épices , dans des intestins préparés de porc ou de bœuf. Par ces conservations les viandes perdent une grande partie des qualités qu'elles avaient étant fraîches , et acquièrent des propriétés extrêmement stimulantes : elles sont généralement malfaisantes, et ne conviennent que dans les pays où la température est très-basse et très-humide , ou bien dans les climats où la température extrêmement élevée énerve les forces.

Un procédé meilleur que tous les précédons est celui de M. Appert. Ce procédé consiste à renfermer à l'abri du contact de l'air , dans des boîtes de fer-blanc ou dans des vases de verre exactement bouchés, des alimens tout préparés, comme pour les servir sur nos tables. Lorsqu'on veut faire usage de ces alimens, qui peuvent se conserver pendant très-long-temps, il suffit de plonger dans l'eau bouillante le vase qui les renferme.

C. Altération. — L'altération de cette classe d'alimens est de deux sortes : ou les alimens proviennent d'animaux malades, ou les alimens proviennent d'animaux sains, mais sont corrompus. Je ne connais pas assez d'observations bien positives pour déterminer les effets que produit l'usage de la chair bien fraîche d'animaux tués dans un état de maladie. Les auteurs d'articles d'hygiène publique se bornent à avancer qu'il faut empêcher la vente d'animaux malades, et à indiquer aux experts à quels signes on reconnaît que les animaux sont malades.

Quant aux chairs qui ont subi une décomposition, quelle que soit la manière dont elles aient été préparées , il est certain que leur usage plus ou moins prolongé, si l'on en faisait excès , donnerait lieu à une espèce d'empoisonnement qui porte ses terribles effets sur le système nerveux et les voix digestives. On a vu, dans ces cas, des malades mourir après avoir éprouvé le délire, des syncopes, des vomissemens , et l'ouverture des cadavres présenter de larges plaques gangréneuses dans les organes digestifs.

D. Moyens de remédier à l'altération des alimens fibrineux. — On fait bouillir dans l'eau, avec une certaine quantité de charbon , la viande qui a commencé à' se putréfier.

Article il . Effets des alimens gélatineux. — La base qui donne le nom a

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celte classe d'alimens est la gélatine": elle se trouve dans la chair musculaire , la peau , les ligamens , les tendons , les aponévroses, les membranes, les os, etc. C'est une substance demi-lransparente, incolore, insipide, plus pesante que r.eau ; composée , suivant MM. Gay-Lussac et Thénard , de 47,881 de carbone , de 27,207 d'oxygène , de 7,914 d'hydrogène, et de 16,998 d'azote.

L'aliment dont la gélatine est la base se rencontre dans tous les animaux cités, en parlant de l'aliment ûbriiieux ; mais la gélatine n'est dans ces animaux, le principe prédominant, que lorsqu'ils sont très-jeunes. On peut encore ranger au nombre des alimens gélatineux les intestins des animaux , le mésentère , etc. Les parties tendineuses , qu'on désigne dans l'économie domestique sous les noms de jarret, de pied, etc. , sont également des alimens gélatineux. Les proportions comparatives de (ibrine et de gélatine ne sont pas la seule différence qui existe entre les aniaiaux très-jeunes et les animaux adultes ; les premiers pai-aissent encore manquer ou n'être pourvus que dans de trèsfaibles proportions, de ce principe brun, i-ougeàtre , aromatique, sapide , qui donne au bouillon sa saveur et sa couleur, et qu'on appelle osmazome. Aussi la chair de ces jeunes animaux est-elle moins excitante que celle des animaux adultes.

Effet local. — L'aliment gélatineux sollicite quelquefois si peu d'action de la part de l'estomac , qu'il a besoin d'être associé à des stimulans pour pouvoir être digéré ; quelquefois il est expulsé du tube intestinal tiès-promptement. Cette rapidité avec laquelle il traverse l'intestin, lui a fait attribuer, par les auteurs , une qualité laxative. Sa digestion n'élève pas la température. Mais à quoi lient cette expulsion de l'aliment gélatineux , soit par l'estomac , soit par l'intcstiu? Certes, on ne saurait avancer qu'il irrite la muqueuse , et cependant la membrane musculeuse se contracte pour l'expulser. C'est donc précisément parce qu'il irrite trop peu la membrane muqueuse digestive , parce qu'il ne détermine la sécrétion d'aucun suc digestif, que ne pouvant être altéré, attaqué, il devient pour l'estomac un corps étranger. L'aliment gélatineux est , dans ce cas , expulsé comme le serait l'eau tiède.

Effet général. — L'aliment gélatineux n'accélère aucune fonction , ne cause dans les organes aucune excitation , et , comparé au fibrineux , est un véritable adoucissant.

Effet consécutif. — Il nourrit beaucoup quand il est bien digéré , mais il communique une complexion organique molle , et riche de sucs blancs.

L'excès de cette alimentation peut occasioner des congestions irritatives avec abondance de sécrétions.

C'est dans celle classe d'alimens que doit être prise la nourriture animale des personnes d'un tempérament bilieux , des constitutions sèches, etc., des hommes adonnés aux professions qui n'exigent pas un exercice trop violent, de rhabilantdcs pays tempérés. Cette classe d'alimens sera mise en usage pendant le printemps. Elle ne peut convenir aux tempérameus lymphatiques , qui ne pourraient la digérer si elle n'était assaisonnée de substances stimulantes.

A. Préparations. — Elles sont les mêmes que celles des alimens fibrineux. Disons seulement que quand on prépare les alimens gélatineux poin- des personnes dont l'estomac a peu de réaction , personnes auxquelles ces alimens no conviennent pas , il faut les assaisonner plus forlemeut que les fibrineux ; c'est aussi ce que l'on a soin de pratiquer à l'égard des têtes et des pieds de veau, du cochon de lait, de l'agneau, etc. Le loti est la meilleure préparation à laquelle on puisse soumettre les alimens gélatineux.

On peut , pour ce qui regarde leur conservation et leur altération, consulter ce que nous venons de dire relativement aux alimens fibrineux.

Article m. Effets des alimens albundnenx. — La base qui donne le nom à cette classe d'alimens est l'albumine. Elle se rencontre dans le sang, dans le blanc d'œuf et dans diverses parties des animaux. A l'état liquide c'est une substance incolore, transparente, inodore, plus pesante que l'eau, douée d'une légère saveur; composée, suivant MM. Gay-Lussac et Thénard , de 52,883 de carbone , de 23,872 d'oxygène , de 7,540 d'hydrogène, et de 15,705 d'azote ; elle contient en outre un peu de soufre.

Effets. — L'aliment dans lequel prédomine l'albumine, séjourne d'autant moins dans l'estomac qu'il est moins cuit. Ce n'est pas en changeant les qualités nutritives de l'aliment albumineux, que la cuisson influe sur le séjour qu'il fait dans l'estomac ; mais c'est en produisant une cohésion plus ou moins forte de ses molécules. L'aliment albumineux cru et étendu d'eau se digère rapidement, ne développe pas de chaleur pendant la digestion; cuit, il agit d'une manière différente; du reste il nourrit beaucoup et laisse peu de résidu.

Avant d'indiquer dans quelles circonstances on peut faire usage des alimens albumineux, nous allons les examiner isolément d'une manière très-briève.

Les alimens où prédomine l'albuuiine , et dont nous faisons le plus d'usae^e, sont : les œufs des gallinacées et ceux de poisson, quelques mollusques, comme les huîtres , les moules, etc.; le cerveau, le foie, le sang, le thymus (ris) de quelques mammifères.

Huîtres. — Ces alimens se digèrent facilement lorsqu'ils sont mangés crus et bienvivans, non-seulement parce que l'albumine dont ils sont en partie composés a très-peu de cohésion , mais encore à cause de l'eau, ou plutôt delà sécrétion abondante qu'ils contiennent. Si les huîtres sont soumises à la coclion, elles séjournent beaucoup plus long-temps dans l'estomac ; leur cohésion se détruit plus diflicilemcnt , et ne permet pas d'en manger sans inconvénient la cinquième partie de la quantité qu'on mangerait si elles étaient crues. L'huître qui vient d'être pêchée dans la mer est acre ; elle ne perd cette àcreté que par son séjour dans un réservoir très-propre d'eau salée, garni de petits galets et communiquant avec la mer au moyen d'un conduit. Immédiatement retirées de ce réservoir, appelé parc, les huîtres sont encore extrêmement salées , un peu

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acres , et stimulent assez souvent l'intestin ; il est , au reste , difficile d'en manger beaucoup, car elles sont peu agréables au goût : ce n'est qu'après avoir ; été gardées deux jours hors de l'eau qu'elles deviennent très bonnes. Le traiis- j port des huîtres des côtes de Normandie à Paris ne nuit en rien à leur qualité , ; quand il est rapide, et on les mange au contraire , à leur arrivée dans celte j ville , bien meilleures qu'à leur sortie du parc. L'huître ne convient pas aux ' personnes qui ont l'intestin irritable. • Moules. — Leurs effets sont à peu près les mêmes que ceux de l'aliment \

précédent

OEiiJs. — Si cet aliment , dont le blanc est.de l'albumine pure , dont le jaune ' contient , outre l'albumine , une huile grasse animale et une matière colorante j jaune, n'est pas bien digéré , à l'état de crudité , par quelques personnes ,. c'est J parce que sa viscosité leur répugne , ou parce que ses membranes ne sont pas,^ divisées. Lorsqu'il est durci par la coction, il devient lourd. C'est à l'étaK; laiteux , qu'il acquiert par deux ou trois minutes de coclion dans l'eau bouil^-v lanle , que l'œuf est le plus agréable au goût et le plus facile à digérer. Il est s pourtant encore plus digestible lorsqu'on le donne étendu d'eau et sous forme { de boisson. |

OEuJs de poisson. — Ils produisent les mêmes effets que le précédent aliment; s mais ces effets varient parce qu'on laisse ordinairement les œufs dans l'intérieur j du poisson , et qu'ils subissent la même préparation que celui-ci; en outre, 'j| quelques-uns d'entre eux (les œufs de barbeau , par exemple) produisent des | effets irritaiis sur le tube intestinal. \

Ceri'eau des animaux. — Il contient beaucoup d'albumine unie à une matière j grasse et à différens sels ; cependant , soumis à la coction , il conserve saji mollesse , il se digère très-facilement , il est très-réparateur , et il doit être'' modérément cuit et un peu assaisonné. Du reste , il produit les mêmes effets.^ que les alimens précédons. J

Foie. — Il a les mêmes propriétés que le cerveau ; mais il est doué de plus de| cohésion , et offre plus de résistance aux organes gastriques. ,

Sang. — C'est ordinairement avec le sang du porc qu'on prépare l'aliment'l appelé boudin. Cet aliment très-frais n'est lourd et excitant qu'à cause du lardi! et des aromates qu'on joint au sang. !

Eis de veau. — Effets et préparations analogues aux alimens précédens. »^

Les alimens albumineux, dénués de propriétés stimulantes, comme les œufs, lett cerveau des animaux, conviennent aux estomacs irritables , aux convalescens qui| ont besoin debeaucoup réparer, aux vieillards, aux femmes, aux gens delettresiâ

Les alimens albumineux auxquels est associée une propriété stimulante , leS| huîtres , par exemple , conviennent aussi aux personnes dont la force digestiTê| est faible , mais sont très-contraires à celles qui ont les membranes muqueusesj de l'intestin irritables. "

A. Jltsration des alimens albumineux. — Moules. — Soit que la moule éprouve) un genre d'altération dû à quelque maladie que nous ne pouvons connaître , soit qu'elle contienne , sans être malade , quelque substance acre , susceptible d'agiîj sur les organes de l'homme , à la manière des poisons irrilans, comme le fraâj des astéries ou étoiles de mer, ou simplement des petites méduses , toujours) est-il vrai que, sans avoir éprouvé la moindre putréfaction , elle est susceptible de causer tous les symptômes d'une violente gastro-céphalite accompagnée d| rougeur et d'éruption à la peau. Il est donc prudent de s'abstenir des raoulrà dans les mois de mai, juin, juillet et août , mois pendant lesquels l'observatÎMl a démontré qu'elles peuvent être malfaisantes. On pourrait , si l'on voulait use! de moules pendant cette époque, les bien nettoyer et les faire dégorger pendanl une heure dans un seau d'eau à laquelle on ajouterait deux poignées de sel ; Ii plus prudent est de s'abstenir de ce coquillage. C'est un préjugé d'attribuer auf crabes qu'elles contiennent, les propriétés malfaisantes des moules.

Huîtres. — Elles deviennent souvent malades pendant la saison chaude ; elles! sont alors molles; leur eau est laiteuse et insipide ,au lieu d'être claire et salée Il est d'observation qu'elles sont malsaines , et on devrait s'en abstenir depuij le mois de mai jusqu'au mois de septembre. C'est pendant cette époque qufr l'huître jette son frai; aussi la pêche en est-elle défendue (elle commeuc* au 15 octobre et finit au 30 avril). Les huîtres s'altèrent promptement etcauseiW les symptômes attribués aux substances animales putréfiées. S'il est vrai que l|i cupidité ait trouvé le moyen de communiquer aux huîtres , en les plongeai dans une teinture, cette couleur verdàtre recherchée des amateurs, qu'ell prennent dans les parcs abrités des vents et disposés de manière à se cliarg( d'un dépôt verdàtre , mais qu'elles ne doivent prendre que dans le parcage l'autorité ne saurait trop empêcher une pareille falsification , à moins , toute fois , qu'on n'emploie à cette teinture des substances végétales innocentes.

L'altération des autres alimens albumineux produit les mêmes résultats qu celle des alimens fibrineux. Plusieurs personnes ont été empoisonnées par l'usag de boudins que l'on avait exposés à l'action de la fumée immédiatement aprè leur confection , et que l'on y avait laissés pendant des mois entiers. Ce fait observé et publié avec tous les détails possibles par le docteur Kerner, médeci. à 'Winsberg, est rapporté dans les Leçons de médecine légale de M. Orfila. doit nous suffire de dire que l'empoisonnement s'est manifesté par des sympt<| mes gastriques, cérébraux et cardiaques extrêmement graves, et que lesboudiÉ qui ont causé ces accidens avaient une saveur et une odeur putrides.

Article iv. Effets d'une classe d'alimens dans laijuelle les bases précédentei c'est-à-dire , la fibrine, la gélatine et l'albumine, sont à peu près dans di quantités égales. — Ces alimens sont les poissons , qui diffèrent des mamm fères et des oiseaux par le manque d'osmazone , ce principe savoureux excitai! qui donne la couleur aux viandes rôties , etc

Eff'et local. — Nous pouvons appliquer aux poissons ce que nous avons d

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des mammifères : les poissons donl îes tissus sont denses et sci iés, dans lesquels la fibrine prédomine , exigent un plus long travail du tube digestif que ceux où prédominent l'albumine et la gélatine. Ceux-ci excitent moins l'estomac que les premiers, qui sont quelquefois colorés et toujours plus savoureux. Quelques poissons sont imprégnés en trop grande quantité d'une matière grasse; ils M'exigent pas, pour cette raison, un plus long travail des organes digestifs, mais ils sont moins susceptibles d'être attaqués , altérés par ces organes. Nous avons déjà touché ce point en parlant des alimens en général ; nous y reviendrons en parlant de Vhuile et de la graisse. * Effet général. — Les poissons développent peu de chaleur pendant la digestion, nourrissent sans exciter; c'est assez dire qu'ils n'activent aucune fonction. C'est un préjugé de leur attribuer des propriétés aphrodisiaques lorsqu'ils sont frais.

Les poissons conviennent aux tempéramens bilieux, aux personnes qui ont besoin de réparer sans être stimulées.

A. Préparations. — Les préparations des poissons , comme celles de tout autre aliment , peuvent se réduire à deux modes principaux : l'un qui consiste à leur conserver toutes leurs qualités et leur goût, et l'autre à modifier les unes et l'autre. Les poissons de mçr , ordinairement plus sapides que ceux d'eau .louce, peuvent être préparés par le premier mode; les poissons de rivière par le second. Les premiers peuvent être donnés , dans la convalescence des maladies , comme un aliment adoucissant et digestible ; les seconds, pour la cuisson desquels on prodigue ordinairement les épices, ne conviennent qu'aux estomacs peu irritables. Les préparations les plus innocentes sont la simple ébuUition dans l'eau, la cuisson sur le gril ou dans la friture, quand on a la précaution d'enlever le léger enduit que forme celle ci. Malgré l innocuité de ces préparations, qui font du merlan et de beaucoup d'autres poissons un aliment le'ger, il est des poissons qui n'en restent pas moins assez résistans aux forces gastriques : ce sont VanguiUe , dont la chair est très-ouctueuse ; le saumon , qui a tant d'analogie avec les viandes.

Tous les poissons doivent être mangés le plus frais possible. La raie seule , poisson tiès-coriace , fait exception à cette règle.

Les poissons salés et séchés à la fumée constituent des alimens acres, irritans, dont l'usage peut à peine être toléré chez leshabilans des pays froids et humides. Partout ailleurs un pareil aliment n'est propre qu'à causer des irritations de toute espèce, et particulièrement à la peau, comme les dartres, la lèpre, etc.

11 en est de même des poissons salés, saumurés, marinés, etc., comme le thon, les sardines et les anchois , qui , d'ailleurs , servant de condiment aux différens mets , devront être examinés à l'article Assaisokkement.

B. Altérations. — Les poissons frais, les poissons salés et fumés qu'on a placés dans des endroits humides , s'altèrent comme les viandes, et peuvent causer des accidens graves.

On pèche dans les Intles orientales des poissons qui , sans être altérés , acquièrent, comme les moules , dans certains mois , des propriétés délétères.

Article v. Effets des alimens féculens. — La base qui donne le nom à cette classe d'alimens est la fécule amilacée. Elle se rencontre dans les graines de toutes les légumineuses et des graminées , dans les palmiers , les marrons , les châtaignes, les pommes de terre, les racines d'arum , de bryone, de plusieurs espèces dejatropa, d'orchis, etc. Elle se présente en petits cristaux brillans ou sous la forme d'une poudre blanche , insipide, inodore. Les proportions des principes élémentaires qui entrent dans sa composition sont données un peu difl'éremment par les chimistes dont le nom se trouve ci-après en tête de chacune des colonnes de chiffres :

Suivant MM.

iGay-Lussac et Thénard. Bcrzélius.

Carbone .

Oxygène .

Hydrogène Azote

Th. de Saussure.

Dans les substances féculentes qui nous servent d'alimens , la fécule n'est jamais pure : elle est toujours associée à différentes substances , telles que le gluten, le sucre, l'albumine, des résines, des sels, du mucilage, etc.

Effets. — La fécule pure est facile à digérer; mais les substances avec lesquelles elle est presque toujours unie , ont souvent besoin d'être altérées pour être facilement digérées. En général l'aliment dans lequel prédomine la fécule traverse plus promptcment l'estomac que les viandes fibrineuses , gélatineuses et albumineuses. J'ai constaté ce fait par des expériences. J'ignore s'il le traverse plus rapidement que les huîtres. L'alimeut féculent séjourne d'autant moins sur l'estomac, et nourrit d'autant moins, qu'il a davantage fermenté. S'il n'a pas du tout fermenté, ses molécules adhèrent trop fortement entre elles pour être promplement digérées. On peut constater cette adhésion intime de l'aliment féculent non fermenté, en exposant quelques instans dans la bouche à l'action de la salive dçs graines non fermentées. Souvent les alimens féculens qui ne contiennent pas de gluten se gonflent, soit dans l'estomac , soit dans les intestins , et donnent lieu à une grande formation de gaz. L'aliment féculent m'a toujours paru, aux plaies des anus artificiels, tout aussi altéré par les organes gastriques que les alimens précédens ; jnais la faim revenait bien plus vite quand les malades n'avaient usé que de cet aliment, surtout lorsqu'il était fermenté.

La digestion de l'aliment féculent élève peu la chaleur animale , n'accélère pas sensiblement la circulation. L'aliment féculent est, de tous les alimens végétaux, celui qui nourrit le plus , lorsqu'il n'a pas fermenté.

Les effets consécutifs de cet aliment sont de rendre l'économie riche de sucs

nutritifs, sans faire marcher la vie aussi rapidement que le font les alimens fibrineux. Il est facile de constater ce fait si l'on observe la diminution d'activité qui frappe toutes les fonctions, tous les mouvemens organiques, lorsqu'on passe d'une nourriture animale à une alimentation uniquement composée de substances féculentes Cette aliuientatiou n'est pas aussi propre que la fibrineuse à faire résister l'homme à d'excessifs travaux, aux rigueurs d'une température basse.

A cette classe d'alimens se rapportent les suivans :

Farine de froment. Châtaigne.

Farine de seigle. Sagou.

Farine d'orge. Salep.

Farine d'avoine ou gruau. Haricots

Riz. Pois

Maïs. Fèves

Pomme de terre. Lentilles

Plusieurs préparations féculentes connues sous les noms de :

'V^ermicelle. Tapioca.

SemouUe. Arow-root.

Macaroni.

A. Préparations des substances féculentes. — Pain. — C'est avec les deux premières substances , froment et seigle, à cause de la plus grande quantité de gluten qu'elles contiennent, qu'on prépare de préférence le pain. Cet aliment est d'autant plus digestible et d'autant moins nourrissant qu'il est plus fermenté et mieux cuil. Il séjourne , au contraire , d'autant plus dans l'estomac et nourrit d'autant plus qu'il est moins fermenté et moins cuit. L'expérience prouve que les hommes conservent, malgré les pénibles travaux auxquels ils se livrent, de très-grandes forces, en usant des substances féculentes et du pain le plus grossier et le plus mal cuit, tandis qu'ils dépérissent rapidement et ne peuvent plus supporter leurs travaux , en usant du pain blanc, léger, bien cuit et délicat, dont on use k Paris. Hippocrate regardait les petits pains comme moins nourrissans que les grands , parce qu'ils avaient été plus pénétrés par le feu. Le pain doit être mangé frais ; il expose les personnes faibles à de dangereuses indigestions lorsqu'elles en fout usage dès qu'il sort du four. Il constitue la base de l'alimentation. On peut faire entrer, sans inconvénient pour la santé , dans la composition du pain, plusieurs des substances dont nous avons donné la liste , pourvu que celles qui contiennent du gluten s'y trouvent mélangées en certaine quantité. Sans cette condition le pain ne lève pas, est mat, et ne convient qu'aux estomacs robustes. On peut mêler, par moitié avec le froment, le mais , l'orgé , le seigle, l'avoine , le sarrasin ou la pomme de terre , etc.

Biscuit. — C'est une espèce de pain privé d'humidité , dont la pâte a été préparée avec de l'eau à la température de 55 degrés , fortement comprimée à l'aide d'un rouleau, et piquée, afln que toutes les parties soient rendues accessibles à l'action du feu. Après la cuisson au four , le biscuit est replacé dans des espèces d'étuves, pendant six semaines , pour y être débarrassé des restes d'humidité qu'il pourrait contenir. Le biscuit, mentionné par Hippocrate, était, de son temps, déjà employé dans des cas particuliers de régime.

Bouillie. — C'est la coctioii dans le lait des diverses substances féculentes : c'est la moins excitante et la plus nourrissante des préparations auxquelles on soumet les fécules. La bouillie est la nourriture qui doit succéder, pour l'enfance, au lait maternel. Elle ne doit pas être trop épaisse; elle ne convient pas aux enfans trés-lymphatiques.

Cuisson dans l'eau. — Les légumes secs , haricots , pois , fèves et lentilles j avec lesquels on ne fait ordinairement pas de pain , se mangent entiers , cuits dans l'eau , avec des assaisounemens divers , ou bien en purée , espèce de pâte liquide qui résulte de la partie farineuse , extraite par pression de son enveloppe, après la coction de la graine. Soumis au premier mode de préparation, ces légumes séjournent long-temps sur l'estomac, et donnent lieu à un dégagement de gaz dans les intestins. Ils résistent quelquefois tellement aux forces digestives qu'on les retrouve intacts dans les matières excrémentitielles Soumis au second mode de préparation, ils sont plus altérés par les organes digestifs.

Pâtisserie. — La préparation des fécules connue sous ce nom résulte d'un mélange de farine , de beurre , d'œufs et quelquefois de matière colorante propre à servir d'enduit et à flatter la vue. Cette préparation est , en général , malfaisante , tantôt à cause de la rancidité du beurre qu'on emploie , tantôt à cause de la manière dont est préparé le mélange. Les pâtisseries le moins réfractaires aux organes digestifs sont le biscuit, préparation composée d'œufs, de farine, de sucre, et aromatisée avec l'eau de fleur d'oranger. L'ec^auffe est encore préférable au biscuit; quant aux tartes et à la plupart des gâteaux débités dans les rues , ils doivent être entièrement rejetés du régime des enfans.

La composition delà plus grande partie des substances ci-dessus mentionnées (tant céréales que légumineuses) est indiquée dans les divers ouvrages de chimie. Je n'ai pas reproduit la composition de ces substances, parce que je ne regarde pas les quantités de fécule contenues dans chacune d'elles comme représentant d'une manière exclusive et absolue leurs qualités nutritives. Dans celles de ces substances qui contiennent peu de fécule , il se rencontre du sucre, de la gomme, de l'albumine végétale, des matières végéto-animalcs , corps qui doivent même suppléer la trop faible quantité de fécule, et rendre nutritives les substances dont il est question.

L'aliment féculent convient peu au tempérament lymphatique, à moins qu'il ne soit pris sous la forme de pain et associé aux alimens fibrineUx. L'aliment féculent convient , au contraire , parfaitement aux tempéramens bilieux , aux constitutions nerveuses, aux personnes sèches, trop actives, à colles chez lesquelles la nutrition a souffert , qui sont convalescentes de gastrites ou de gastro-

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entérites. 11 doit entrer pour beaucoup dans le régime des personnes irritables, dont les passions sont violentes, ou , pour parler plus physiologiquement, dont les sentimens naturels s'élèvent facilement jusqu'au degré' de passion. Il ne faut pas s'imaginer pour cela que ces alimens, ainsi que d'autres que nous verrons bientôt, aient une influence spéciale sur les sensations et les actes moraux et intellectuels, de manière à causer une espèce de stupidité. Ces alimens ne font sur les fonctions du cerveau que ce qu'ils font sur celles des autres viscères : ils les calment, les ralentissent, les engourdissent toutes également. C'est parce que toute autre opinion est inadmissible qu'on ne trouvera dans cet article aucun paragraphe portant pour titre : Injluence des alimens sur les passions.

B. Altérations des alimens féculens. ■ — Altérations de la farine de froment. — Pour reconnaître les altérations qu'elle peut subir , il faut savoir l'analyser. Les connaissances nécessaires pour procéder à cet objet seront indiquées en autre lieu.

Nous nous bornerons ici à présenter le résultat des analyses. La farine de froment, qu'on a privée de son humidité en la faisant chaufi'er pendant quinze à vingt minutes dans une capsule de porcelaine , à une température de 35 à 40 degrés , en l'agitant avec mi tube de verre , donne, à l'analyse, de la fécule , du gluten , du sucre gommeux, de l'albumine, du phosphate de chaux et une certaine quantité de son, que l'on trouve même dans la fleur de la farine; 100 parties de cette farine desséchée jusqu'à ce qu'elle ne se pelotonne plus et n'adhère plus au tube de verre, absorbent, suivant M. Vauquelin , 47 parties d'eau , pour se transformer en une pâte ductile ; 147 parties de cette pâte fournissent, à l'analyse, d'après le même chimiste, 90 parties de fécule, 34 de gluten non desséché (composées de 6 de gluten desséché et de 28 d'eau) , 19 d'eau combinée avec les autres principes delà farine , et 3 ou 4 parties de sucre gommeux. On peut juger jusqu'à un certain point de la quantité de gluten contenue dans une farine par la quantité d'eau que cette farine absorbe. Plus il y aura de gluten, plus la proportion d'eau absorbée sera considérable.

Il résulte des analyses de farine faites par MM. Baruel et Orfila , que 100 parties de cette farine desséchée contiennent (terme moyen) 28 parties de gluten non desséché et 5 i de gluten desséché.

Voici maintenant les moyens qu'indique M. Orfila pour reconnaître les divers corps mêlés à la farine et au pain.

1°. Altération par l'humidité. La farine attire rapidement l'humidité de l'air, se pelotonne et s'altère dans l'espace de quelques jours; alors elle contient moins de gluten , et celui-ci est moins gluant.

2". Altération par des ijisectes , tels que la hlatte , ]e charençon , etc. Ils agissent en détruisant encore le gluten delà farine. On détermine leur présence ou celle de leurs larves à l'œil nu ou armé de la loupe.

3». Altération par le sable , provenant des meules trop friables. On reconnaît celte altération en délayant la farine dans l'eau froide : le sable se précipite au fond du vase avec tous les caractères propres à le faire reconnaître.

4». Altération par le plâtre (sulfate de chaux) qui a été moulu aux mêmes meules que la farine, ou que l'on a mêlé à dessein. On reconnaît cette altération en faisant bouillir, pendant deux ou trois minutes , dans une livre d'eau distillée, environ deux onces de cette farine; celle-ci est délayée par l'eau, tandis que le sulfate de chaux se précipite; on décante, puis on fait bouillir le précipité dans une quantité d'eau distillée suffisante pour le dissoudre. La dissolution filtrée fournit, avec l'eau de baryte , un précipité blanc de sulfate de baryte insoluble dans l'eau et dans l'acide nitrique , et par l'oxalate d'ammoniaque, un précipité blanc d'oxalate de chaux, soluble dans l'acide nitrique et donnant de la chaux vive lorsqu'on le décompose dans un creuset à une chaleur rouge. Si la quantité de plâtre était trop peu considérable pour pouvoir être décelée par ce procédé, il faudrait calciner la farine dans un creuset pendant une demi-heure pour la transformer en charbon. Celui-ci ferait passer le sulfate de chaux à l'état de sulfure, que l'on reconnaîtrait au moyen de l'acide nitrique; en effet, cet acide dégagerait sur-le-champ du gaz acide hydrosulfurique , et dissoudrait la chaux; le nitrate résultant, étant filtré donnerait un précipité d'oxalate de chaux par l'addition de l'oxalate d'ammoniaque.

5». Altération par le carbonate de chaux (craie) qui peut avoir été mêlé à dessein. On le découvre en délayant la farine dans l'eau bouillante; le carbonate de chaux se précipite ; on décante pour l'obtenir h l'état pulvérulent. Il est solide et insipide; il se dissout avec effervescence dans l'acide nitrique affaibli. Le nitrate résultant donne, par l'oxalate d'ammoniaque, un précipité blanc d'oxalate de chaux , soluble dans l'acide nitrique , et laissant pour résidu delà chaux vive, lorsqu'rn le calcine dans un creuset.

6o. Altération par la céruse { sous-carbonate de plomb). On délaie la farine dans l'eau bouillante , et l'on obtient la céruse à l'état pulvérulent. Elle est solide , blanche , insipide et soluble avec effervescence dans l'acile nitrique; le nitrate résultant précipite en blanc par les alcalis et par les acides sulfnrique et bydrochlorique , en jaune par le chromate de potasse , et en noir par les hydrosulfates.

7». Altération par le blanc defard (sous-mlvale de bismuth). On délaie la farine dans l'eau bouillante , pour en séparer le blanc de fard que l'on peut reconnaître aux caractères suivons : il est solide, blanc ,, floconneux ou sous forme de paillettes nacrées, inodore et insoluble dans l'eau; il se dissout facilement dans l'acide nitrique, dont la température est un peu élevée; mis sur les charbons ardens, il se décompose et fournit du gaz acide nitreux, reconnaissable à son odeur , et de l'oxyde jaune de bismuth. L'acide sulfnrique eoucentré le décompose, et cîi dégage l'acide nitrique sous forme de vapeurs

blanches. Mêlé avec du charbon pulvérisé, et calciné, pendant une demi-heure, dans un creuset chauffé jusqu'au rouge, il cède son oxygène au charbon, et laisse du bismuth métallique.

8°. Altération par le sous-carlonate de potasse , dans le dessein de favoriser l'élévation de la pâte et la cuisson du pain. On agite pendant quelques minutes la farine avec de l'eau distillée à la température ordinaire; au bout de vingtquatre heures, on décante le liquide qui surnage, et on voit qu'il verdit le sirop de violettes , qu'il fait effervescence avec les acides , et qu'il précipite en jaune-serin l'hydrochlorate de platine. D'ailleurs, la farine, ainsi frelatée, offre une saveur alcaline. On agirait de la même manière pour découvrir la présence des cendres, qui, traitées par l'eau froide, fournissent une dissolution contenant beaucoup de sous-carbonate de potasse.

9°. Altération par l'alun , afin de rendre le pain plus blanc. On mêle une partie de farine avec six parties d'eau distillée , on agite de temps à autre ; au bout de vingt-quatre heures on filtre, et on voit que la liqueur a une saveur légèrement astringente; elle précipite en blanc par l'ammoniaque, le souscarbonate de potasse et l'hydrochlorate de baryte; le précipité fourni parce dernier réactif est du sulfate de baryte , insoluble dans l'eau et dans l'acide nitrique. Si l'on évapore la liqueur dont il s'agit, on obtient l'alun cristallisé.

Ou découvre le jalap, souvent ajouté pour remédier à la constipation que produit l'alun, en mettant la farine pendant trente-six heures dans l'alcool, qui, décanté, emporte avec lui la résine de jalap, que l'on reconnaît à sa couleur jaune et à sa saveur amère, en faisant évaporer l'alcool.

lOo. Altération par les farines de haricot et de vesce. La fleur de farine de froment, contenant un tiers de son poids de farine de haricot , fournit du pain mat, dont on peut cependant faire usage sans inconvénient. La même farine, mêlée avec le tiers de son poids de farine de vesce de première tamisation, donne du pain mat , d'une odeur et d'une saveur très-désagréables. Dans aucun cas le gluten de la farine de froment n'est détruit; il est seulement trèsdivisé.

Altération du pain. Pour reconnaître le pain fabriqué avec les farines altérées par les substances dont nous venons de parler, il faut en faire macérer, pendant vingt-quatre heures , la mie coupée par tranches , dans une suflisante quantité d'eau distillée qui dissoudra le sulfate de chaux , le sous-carbonate de potasse, le sel soluble des cendres et l'alun ; on filtrera la dissolution et on l'essaiera par les réactifs indiqués pour reconnaître ces sels dans les farines.

Le sable, le carbonate de chaux, la céruse et le blanc de fard, étant insolubles dans l'eau , se sépareront de la mie de pain et se précipiteront au fond du vase : on décantera l'eau qui tient la mie de pain en suspension; le sable sera facilement reconnu h ses propriétés physiques; quelques gouttes d'acide nitrique affaibli serviront à distinguer le carbonate de chaux , la céruse et le blanc de fard.

Le pain dans lequel est mêlée la farine de vesce se reconnaît aux caractères indiqués en parlant de la farine.

Si un levain trop acide, conservé dans des vases de cuivre ou de plomb, a oxydé et dissous quelques parties de ces métaux , on mêle le pain avec trois' fois son poids d'un mélange d'eau et de vinaigre distillé ; on filtre la dissolutionau bout d'une heure et on l'examine par la potasse , la soude et l'eau de baryte, qui s'emparent de l'acide acétique et laissent précipiter le deutoxyde bleu dci cuivre ; par du sous-carbonate de soude, qui trouble la liqueur et y fait nailrei au bout de quelques heures un précipité blanc de sous-carbonate de plomb.

Pain altéré par le seigle ergoté. Il produit un empoisonnement caractérisci par des accidcns cérébraux et la gangrène des membres.

On reconnaît la pâte et le pain contenant du seigle ergoté aux taches violetlesc qu'ils présentent.

Caractères et composition du seigle ergoté en grain. L'ergot est un grain courbe , alongé, violet, présentant quelques taches blaqches, cassant net avec bruit comme l'amande sèche. Il ne contient plus d'amidon , le gluten y est altéré, on y rencontre une huile épaisse et de l'ammoniaque, produits qui n'existent pas dans le seigle ordinaire (Orfila, Leçons de médecine légale). Selon les botanistes, l'ergot est une plante tuberculaire (sclerotium clayus) , qui se développe dans les années pluvieuses, et détruit le grain encore jeune on végétant à sa place.

C. Conservation des alimens féculens. — On conserve les pommes de terre en les mettant dans un lieu où elles soient à l'abri de la gelée, et en plaçant dans le tas, lorsqu'on en amoncelle une grande quantité, quelques branchages entre-croisés propres à former des espaces vides , qui puissent laisser dégager les gaz qui pourraient résulter de la fermentation intestine de quelques pommes | de terre meurtries. On conserve encore les pommes de terre en les privant du contact de l'air extérieur. Pour cela on les place dans des tonneaux qu'à cet effet on a préalablement défoncés , et qu'on refonce ensuite lorsqu'elles y sont contenues.

Les farines sont altérées, dans les voyages de long cours , par les insectes ou l'humidité. Franklin a proposé de faire doubler en étain les tonneaux destinés ^ à contenir la farine et le biscuit. L'essai de ce procédé a réussi au capitaine King, qui a ramené en Angleterre les vaisseaux du capitaine Cook. Beaucoup | de capitaines font tout simplement brûler des mèches soufrées dans les soutes' des vaisseaux, pour détruire les insectes qui attaquent le biscuit. Si malgré ces précautions cet aliment vient à être altéré , il faut le soumettre de nouveau à la | chaleur du four, qui a le double avantage de le priver de l'humidité et de; détruire )es insectes et leurs larves. j

Article vi. Effets des alimens mucilagineux. — On pourrait appeler également ^ CCS alimens gommeux ; car le mucilage qui en est la base n'est autre chose que ,

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. gomme, c'est-à-dire un produit immédiat, incristallisable , insoluble dans alcool , formant avec l'eau un mucilage , se présentant sous la forme de /etites masses jaunâtres , transparentes , fragiles et faciles à réduire en poudre , omposé suivant MM. Gay-Lussac et Thénard , de carbone , 42, 23,; oxj'gène, 0,84; hydrogène, 6,93.

Dans les substances mucilagineuses qui nous servent d'alimens, le mucilage l'existé jamais seul. S'il était même en quantité trop considérable dans ces iubstances , elles seraient trop peu stimulantes pour exciter la force assimilatrice de l'estomac , et seraient rendues par le vomissement, ou au moins sans ître digérées. La nature a toujours associé dans ces substances le mucilage à Quelque corps amer, sucré , àcre ou acide , etc.

1 EJfet local.— Ea général , l'aliment mucilagineux excite peu la membrane - Muqueuse de l'estomac , ou du moins la force assimilatrice de ce viscère. Il ne [éjourne pas long-temps dans le tube digestif, contient peu de molécules dibiles, laisse plus de résidu que les alimens précédens, et ce résidu est beaucoup moins altéré.

Ejffit général. — h'silimeDt mucilagineux développe peu de chaleur, est peu lutritif, produit un grand relâchement de tous les tissus, et diminue d'une nanière remarquable l'énergie de toutes les fonctions. Malgré la fécule verte [u'il contient quelquefois, il ne peut servir à la nutrition que quand il est ssocié à l'aliment farineux. Il compose alors un régime nourrissant, calmant ■t bien propre à ralentir l'activité de tous les mouvemens vitaux.

A cette classe d'alimens se rapportent les suivans :

Ilarotte.' jetterave.

Vavet.

Salsifis, w Panais.

Potiron.

Topinambours.

Gfaoux.

Asperge.

Laitue.

Chicorée.

Épiuards.

Bette.

Choux-fleurs.

Choux brocoli.

Oseille.

Blette.

Scarole.

Mâche.

Artichaut.

Cardon.

Rave, Radis.

Haricots verts.

Petits pois verts.

Courge. Concombre.

Melon.

Enfin dans ces alimens mucilagineux rentrent la plupart des fruits. Nous en raiterons séparément à la fin de cet article.

Les alimens mucilagineux conviennent en général aux personnes pléthoiques, irritables , etc. ; associés aux féculens , ils conviennent parfaitement uix tempéramens bilieux et nerveux. Ils ne conviennent pas aux tempéramens ymphaliques. Les personnes dont l'assimilation est très-active et qui sont iujettes aux congestions sanguines du poumon ou d'autres organes, feront isage avec beaucoup de succès de l'alimentation mucilagineuse seule, ou llD Lsociée à très-peu d'alimens féculens. Les alimens mucilagineux diminuant ; activité de toutes les fonctions , sont employés avec avantage pour remédier lux passions, donner moins de prise aux affections violentes , rappeler à leur hythme naturel les fonctions du cœur et des poumons, etc. Cette alimenation ne saurait convenir aux hommes dont les travaux exigent l'emploi de ,"orces musculaires considérables.

Bien que la base des alimens que nous venons d'indiquer soit le mucilage, 11 entre dans la composition de quelques-uns certains principes qui différen- Lient un peu leurs effets : indiquons les alimens qui sont dans ce cas.

Artichaut. — Celui-ci , par exemple , a un effet excitant chez certaines personnes ; en n'usant que d'alimens doux et en n'assaisonnant pas l'artichaut, on peut constater que c'est à lui seul qu'est due l'excitation qui trouble le sommeil , quand on a fait usage de cet aliment.

Nai'et. — Il contient un principe acre commun aux crucifères; mais ce orincipe n'a aucun effet sur l'économie, parce qu'il se dissipe par la cuisson et le laisse plus qu'un mucilage aqueux , doux et sucré, qui constitue un aliment . xtrèmement adoucissant.

Chicorée. — Son principe amer disparaît également par la cuisson; elle :onstitue alors un aliment émollient et très-léger.

, Oseille. — Son principe mucilagineux est uni à un acide très-marqué.

Radis et ratées. — Ils contiennent, uni au mucilage, un principe âcre trèsprononcé, sont difficiles à digérer, occasionent des rapports d'une nature semblable au principe aromatique qu'ils renferment.

Le radis noir contient le principe volatil dont nous venons de parler, plus encore que les deux alimens précédens. Il a une saveur âcre très-piquante, une odeur fortement pénétrante. On le mange cru, plutôt comme assaisonnement que comme aliment ; il est très-stimulant , et cependant il résiste .beaucoup à l'action de l'estomac.

Melon. — Il a des pi'opriétés douces, tempérantes, quelquefois fades, associées à un parenchyme assez ferme. C'est pour cela qu'il séjourne si longtemps sur l'estomac de certaines personnes , s'il n'est associé à quelque stimulant, comme le sel, le poivre, etc.

On mange à Marseille une espèce de melon dont le parenchyme , dénué de toute consistance , ne peut résister à l'action de l'estomac : c'est la pastèque, ou melon d'eau, avec laquelle se désaltèrent les habitans des contrées méridionales. Elle est d'une forme ovale; sa peau est lisse, d'un vert foncé ; ses graines sont noires, et son pareuchynle , d'un rose clair , est si aqueux , qu'il se fond sous la moindre pression des doigts. Cette espèce de melon n'est, à proprement parler, qu'une liqueur douce et légèrement sucrée, déposée dans un tissu aréolaire très-lâche. Elle n'est que très-rafraîchissante , et ne peut constituer un aliment.

A. Préparations. — La plupart des alimens mucilagineux se mangent cuits dans l'eau, qui les débarrasse ordinairement de leurs principes acres ou aromatiques. Pour qu'ils ne perdent pas toutes les qualités douces qui en font la

DiCT. DE MÉDECINE ET DE ChiRLUGIE PRATIQUES.

base , ils ne doivent être assaisonnés qu'avec le sucre , le lait ou le beurre.

Les mucilagineux assaisonnés autrement perdent leurs qualités douces. Mangés crus , ils contiennent souvent un principe excitant. Les assaisonnemens avec lesquels on mange l'artichaut ne sont propres qu'à accroître sa propriété somnifuge.

Fruits. — Les fruits sont en général composés de mucilage, de gelée végétale, de sucre , d'eau, des acides malique , acétique , citrique, tartarique, oxalique et gallique. Quelques fruits conservent, étant mûrs, le principe acerbe qu'ils contenaient avant leur maturité.

Effets. — En général, les fruits séjournent peu dans le tube digestif; les fruits desséchés y séjournent plus que les fruits frais ; les fruits mûrs , plus que les fruits verts ; les fruits où le mucilage et le sucre sont concentrés , plus que ceux dans lesquels ces corps sont très-étendus d'eau. Les fruits sont d'autant plus nourrissans qu'ils sont plus abondamment doués des propriétés qui prolongent leur séjour dans l'estomac.

Aux plus nourrissans se rapportent : les figues, surtout les sèches, les dattes, les pruneaux.

Les moins nourrissans sont : les oranges, les groseilles , les cerises, les fraises, les framboises , les mûres , les pêches.

Les fruits conviennent presque à tout le monde; mais les mêmes fruits ne conviennent pas à tous les tempéramens , et notre goût dans ce cas est un guide infaillible ; ainsi les mucilagineux fades ne seront pas digérés sans assaisonnement par les personnes d'un tempérament lymphatique , qui ont du dégoût pour ces fruits , et auxquelles conviennent mieux les fruits acerbes. Les fruits acides incommoderont les personnes irritables, auxquelles conviennent mieux les mucilagineux sucrés; tandis que les personnes d'un tempérament sanguin et bilieux savourent avec délices les fruits acidulés, qui leur sont si utiles pendant les chaleurs de l'atmosphère.

C'est pendant les saisons et dans les climats où la nature les produit, que les divers fruits doivent être mis en usage; et, dans leur choix, je le répète, le plaisir et le goût sont d'aussi bons guides que l'expérience du médecin. y

Les fruits ne sauraient constituer la nourriture exclusive de l'homme; ils contiennent trop peu de matériaux nutritifs pour soutenir une organisation aussi considérable que la sienne ; ils ne peuvent surtout entrer que pour très-peu dans le régime des habitans des contrées septentrionales, et dans celui des individus adonnés à de grandes fatigues.

A. Pi-éparations. — Le trop d'acidité des fruits est détruit par le sucre. Ce mode de préparation convient à la groseille. Il convient encore aux fruits muqueux qui n'ont pas assez de saveur.

Coction. — La dureté du parenchyme des fruits peut être détruite par la coction simple ou par la coction dans l'eau de sucre. Ce mode de préparation rend les pommes plus faciles à digérer. Il supplée encore à leur maturité, mais imparfaitement. Les fruits mangés cuits avant leur maturité sont toujours dénués de saveur, quoique moins malfaisans que lorsqu'ils sont mangés crus. L'acerbité des fruits peut aussi être dissipée par la coction ou par leur altération spontanée.

Glaces et sorbets. — Ils résultent du mélange des fruits acidulés avec le sucre, la crème et l'eau glacée. Ces substances peuvent, par la réaction qui suit un froid violent, causer des gastrites. Elles peuvent, chez d'autres individus , arrêter la digestion lorsqu'elles sont prises après le repas , eu diminuant le degré d'excitation nécessaire à l'estomac.

Gelée. — C'est la matière tremblante en laquelle se transforme le suc de fruits acides, soumis à la coction avec le sucre. Ces préparations sont agréables, saines et légères.

Les fruits conservés dans l'alcool sont fort malfaisans. Leur parenchyme se durcit et s'emprègne des qualités stimulantes de ce liquide. (Vojez Boisson.)

Les fruits ont souvent été accusés de produire des épidémies de dysenterie. En supposant qu'aucune autre cause que les fruits n'ait concouru à la production de ces épidémies, c'est le défaut de maturité des fruits, dû à des étés trop froids , et l'usage immodéré de ces mauvais fruits dans des circonstances propres déjà par elles-mêmes au développement de ces maladies , qu'on doit seuls accuser.

Article vu. Effets des alimens oléagino féculens. — La base qui donne le nom à cette classe d'alimens est , outre la fécule sur laquelle nous ne reviendrons pas, l'huile , liquide dont les effets seront indiqués à l'article Assaisonnement. C'est une substance légèrement odorante, douée d'une saveur faible, d'une couleur jaunâtre ou jaune-verdâtre , d'une pesanteur spécifique moindre que celle de l'eau , composée de 1000 parties de vapeur de carbone , de 1437 de gaz hydrogène , et de 46 d'oxygène en volume.

Les alimens oléagino-féculens ne sont autres que les graines huileuses.

Effets. — Elles auraient les mêmes effets que les substances féculentes, si l'huile ne les rendait un peu plus lourdes , c'est-à-dire moins facilement attaquables par les organes d'assimilation. Quelques-unes contiennent cependantun principe amer : l'acide prussique , qui en rend la digestion moins pénible; mais on fait peu d'usage, de celle-ci. En général , les graines huileuses sont nutritives et peu excitantes quand elles sont fraîches.

Les plus usitées sont : les faines, les amandes douces, les noisettes, les noix, la noix du cocotier , le cacao.

Les quatre premières graines de cette liste se mangent dans nos climats sans préparation ; une opinion vulgaire les accuse de gâter la voix. L'excitation légère du gosier qu'elles déterminent tient d'abord à leur pellicule, qui est un peu âcre et qui doit toujours être enlevée; mais ensuite, comme l'effet a encore lieu lorsque la pellicule a été enlevée , il ne peut être attribué , je croîs , qu a

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l'action purement mécanique qu'exercent sur les voies" aériennes les morceaux extrêmement ténus de la noix qui s'attachent à la membrane muqueuse du gosier. L'obstacle qu'elles apportent à la perfection du chant ne peut s'expliquer que de cette manière , puisque l'analyse chimique de l'aliment n'y démontre la présence , lorsqu'il est frais , d'aucun principe irritant, et que , long-temps après l'usage des noix, si l'on se gargarise le gosier , on voit sortir , mêlée à l'eau que l'on rejette , une quantité plus ou moins grande de parcelles de ces graines.

La noix du cocotier , qui contient en grande abondance une substance mucoso" sucrée , constitue , en Asie et en Amérique , un aliment doux et rafraîchissant. On peut tirer de celte noix , avant la maturité du coco, jusqu'à trois livres d'une liqueur douce , claire et odorante, qui, à mesure que le fruit mûrit , se convertit en moelle blanchâtre, puis en chair blanche et ferme, de manière qu'il ne reste plus dans l'intérieur de l'amande que très-peu de la liqueur précitée.

L'amande de cacao, qui contient une grande quantité d'huile épaisse, est digérée difficilement sans préparation.

A. Préparations. — La plupart des graines huileuses se mangent sans préparation. On ajoute aux noix, du sel, de l'eau , du verjus ou du vinaigre : cette préparation les rend digestibles.

Avec le cacao on prépare le chocolat , qui résulte de parties égales d'amandes torréfiées et de sucre. Il se prend au sec , ou en tablettes , ou bouilli dans l'eau ou dans le lait. Il constitue un aliment très-doux , assez nourrissant. Dans cet état de simplicité , il n'a aucune propriété excitante; mais il est quelquefois digéré diflîcilement , à cause du peu d'action qu'il sollicite de la part de l'estomac. On a coutume de remédier à cette propriété trop peu excitante du chocolat , en triturant avec le sucre qui doit entrer dans la pâte , trois onces de vanille et deux onces de cannelle, pour une quantité de vingt livres de chocolat; mais alors il perd ses propriétés adoucissantes. Je n'ai pas besoin de dire qu'il en acquiert d'incendiaires quand on mêle à la pâte , comme le font les Mexicains , le piment , le gingembre et le girofle.

Les graines huileuses, sans préparation, conviennent peu aux personnes dont l'estomac n'est pas sain et doué d'énergie. Au reste, elles ne constituent qu'une faible partie de l'alimentation , puisqu'on n'en fait usage qu'au dessert , en petite quantité et mêlées au pain. Elles sont nuisibles aux personnes dont les voies aériennes sont irritables. Au contraire, la préparation connue sous le nom de chocolat est, lorsqu'on n'y fait entrer aucun aromate , très-convenable aux estomacs irritables , aux tempéramens nerveux , aux personnes dont les travaux exigent peu de mouvemens et l'emploi de peu de forces musculaires.

B. Altérations et falsifications. — Les graines huileuses sont toutes susceptibles de devenir très-irritantes, quand elles ont été long-temps conservées : l'huile qu'elles contiennent .devient rance et leur communique un goût acre. Dans cet état elles agissent à la manière des poisons acres. lEllcs sont au moins très-nuisibles aux estomacs irritables.

La cupidité mercantile fait mêler , dans la France, surtout en temps de guerre maritime , diverses fécules au chocolat. Cette fraude n'a d'autre effet que d'augmenter un peu les propriétés nutritives de cet aliment. On la découvre lorsqu'on compare les chocolats falsifiés , avec le bon chocolat : celui-ci ne présente dans sa cassure rien de graveleux ; il se fond dans la bouche en y faisant naître la sensation d'une espèce de fraîcheur. Cuit dans l'eau et refroidi, il n'a qu'une faible consistance et ne se prend point en gelée. Lorsqu'au contraire le chocolat contient une fécule ( c'est ordinairement celle de pois ou de lentille , qui se lie mieux que les autres espèces), il répand dans la bouche un goût pâteux ; en le préparant il exhale , au premier bouillon , une odeur de colle ; il se prend en gelée par le refroidissement. A ces caractères donnés par Parraentier , M. Orfila joint le procédé suivant : on fiit bouillir pendant huit à dix minutes une partie de cholocat avec 6 à 7 parties d'eau distillée , afin de dissoudre la fécule faisant partie de la farine ; on décolore le liquide à l'aide d'une sufiisanle quantité de chlore concentré ; il se forme un précipité jaunâtre ; on le laisse reposer, et on filtre ; la liqueur ainsi clarifiée est d'une couleur jaunâtre et contient la fécule; elle devient d'un très-beau hleu par l'addition d'une ou dedeux gouttes Acteinture alcoolique d'iode (iode dissous dans l'alcool). Le chocolat , sans mélange de farine , traité de la même manière , fournit un liquide jaunâtre qui passe au brun par l'addition de la teinture d'iode.

Si le chocolat ne se dissout point entièrement et laisse au fond de la tasse quelques petits corps , c'est une preuve qu'il n'a point été bien criblé. S'il est fait avec du cacao avarié, il offre une saveur de moisi. Si par la vétusté il contracte une odeur rance ou de fromage , c'est une preuve qu'il entre dans sa composition des graisses ou du beurre.

AisTicLE VIII. Effets des alimens caséeux. — Ces alimens comprennent le lait et ses préparations. Plusieurs espèces de lait servent à la nourriture de l'homme. Elles diffèrent un peu par leur composition.

Le lait de vache est formé, d'après Fourcroy et M. Vauquelin, d'eau et d'acide acétique libre , de 0,02 de sucre de lait , d'une matière animale analogue au gluten fermenté , d'hydrochlorate et d'hydrophtorate de potasse ( fluate) et d'hydrochiorate de soude : ces principes sont dissous dans le lait. Il renferme en outre 0,08 de matière butireuse, de 0,006- à 0,007 de phosphates de magnésie, de chaux et de fer, substances qui se trouvent seulement en suspension ; il contient encore 0,1 de caséum. Abandonné k lui-même , il se sépare en trois parties : crème, caséum et petit-lait.

Le lait de femme renferme plus de sucre de lait et plus de crème , et moins de caséum que le lait de vache. Il ne peut être coagulé, il a peu de consistance; sa crème ne fournit point de beurre. Il est d'autant plus séreux et paoins nourrissant, qu'on le recueille à une époque moins éloignée de raccouchement.

Le lait de chèvre est analogue au lait de vache ; seulement sa matière buii- | reuse est plus solide. |

Le lait de jument tient le milieu par sa consistance entre le lait de femme et 1 celui de vache. Il fournit une crème qui ne donne point de beurre ; son caséum est plus mou que celui du lait de vache; il contient plus de sérum que ce dernier.

Le lait ^ûnesse a aussi beaucoup d'analogie avec celui de femme ; il contient 1 moins de crème , un caséum plu? mou et un peu plus abondant ; le beurre ne se | sépare qu'avec difficulté de ce lait, qui par sa saveur, son odeur, sa consistance, | ressemble à celui de la femme.

Effet local du lait. — Peu de temps après être arrivé dans l'estomac , le lait se caille. Des deux parties qui en résultent, le sérum est absorbé , soit dans j ' l'estomac, soit dans l'intestin grêle ; le caillot formé par le caséum est au contraire digéré, et le chyme qui en résulte parcourt , comme celui qui vient de i tout autre aliment, toute la longueur du tube digestif. Il agit sur cet appareil à la manière de tous les alimens doux, à la tête desquels on pourrait le placer. 11 | y séjourne peu, et n'y active guère la circulation capillaire. Il est quelquefois j promptement rejeté de l'intestin , et l'est d'autant plus promptement, que les personnes qui en font occasionellement usage sont habituées à une nourriture plus excitante; d'autres fois, et principalement dans des circonstances oppo- ( sées , le lait produit la constipation. Hippocrate , qui attribuait au lait, et par- i ticulièrement à celui de jument et d'ânesse , une propriété laxative , regardait celui de brebis et de chèvre comme resserrant.

Effet général. — Ni la digestion du lait , ni l'hématose du chyle qu'il fournit , n'élèvent sensiblement la température du corps , n'accélèrent aucune fonction, hors celle du rein, qui se trouve forcé à débarrasser l'économie de la partie i non nutritive du lait. En général , le lait est d'autant plus nutritif que le sérum ' y entre dans des proportions moins considérables.

Effets consécutifs. — Les effets consécutifs du lait, lorsqu'il est parfaitement \ digéré, sont donc sur l'économie presque analogues à ceux des végétaux muci- i lagineux, des fruits mucoso-sucrés , etc. Cependant il paraît plus propre que ( ceux-ci à communiquer de l'embonpoint, une pléthore graisseuse. Ce qui ^ prouve qu'il fournit à ralimentatioii d'abondans matériaux, c'est l'accroisse- " ment rapide que , dans les premiers temps de la vie , prennent les jeunes ani- ; maux, et l'ample provision de sucs qu'ils font, sans user d'autre nourriture i que de lait.

On a souvent répété que le lait a une influence spéciale sur le moral ; qu'il calme les passions ; qu'il communique de la douceur au caractère des peuplades r qui en font usage , etc. J'ai fait sentir le ridicule de ces prétendus effets spéciaux-* attribués à des modificateurs généraux de toute l'économie : le lait calme les ' passions, comme il calme la respiration; il communique de la douceur au i caractère , comme il communique de la lenteur aux mouvemens ; mais il n'agit | pas autrement. ^

Le lait est la première nourriture de l'homme. Pris seul, cet aliment lui'j devient néanmoins bientôt insuffisant , et en faire usage exclusivement, dès qtfèi les dents de l'enfant sont poussées , serait méconnaître la voix de la nature , qui ' demande une alimentation plus forte et plus d'obstacles de la part des alimens. Les fécules sont alors ceux qu'on associe avec le plus d'avantage au lait , lorsqu'on veut augmenter ses propriétés nutritives sans diminuer ses propriétés adoucissantes.

Le lait convient en général aux sujets nerveux; son usage, long-temps continué, est propre à ramener à son type naturel une sensibilité exagérée, une irritabilité portée, par l'abus des stimulans, au-delà des bornes nécessaires! à l'entretien de la vie. Il est surtout propre à redonner aux organes cette fraî- l cheur, ce coloris , ce léger embonpoint, cette jeunesse que fait perdre l'usage' des stimulans de toute espèce dont on abuse dans les grandes villes. Aussi l'expérience a-t-elle démontré que le lait convient aux personnes dont la nutrition a été écartée de son type normal par l'action des substances minérales,* telles que le mercure , l'or , l'arsenic , le cuivre , etc.

Le lait , pris dans les grandes villes , ne produit pourtant plus des effets aussi heureux, et pour beaucoup de raisons. D'abord, il est la plupart du temps' falsifié. Seconde raison : il ne vaut rien quand il est naturel ; il provient de vaches renfermées dans des eopaces étroits , mal aérés ; ces vaches manquentd'exercice . sont la plupart du temps phthisiques et presque toujours nourries avec de mauvais fourrages. Troisième raison : les organes de la plupart de» habitans des grandes villes sont soumis à trop de causes qui les éloignent dfl' l'état naturel et les transportent dans un état factice, pour qu'on puisse, au milieu même de l'action de toutes ces causes , user d'un moyen bon en lui-même,' mais qui n'est plus en harmonie avec toutes les excitations et les causes del débilité qui surgissent de toutes parts. Ces différentes raisons expliquenli pourquoi , à Paris , un enfant dépérit avec du lait , et conserve sa santé avec dcl bouillon; pourquoi , dans la même ville, tant de femmes du peuple, qui s(i nourrissent de pain et de lait , sont dans un si déplorable état , tandis que celleii qui se nourrissent de viandes et d'alcooliques jouissent d'une santé si florissantci Il semble qu'on soit obligé , dans les grandes villes , de hâter la combustion d(i la vie pour que son flambeau ne s'éteigne pas, ou, ce qui revient au même i d'employer au préjudice de la durée de la vie tous les moyens qui en assuren la conservation pour le moment présent. Le lait doit donc être pris à la cami pagne , si l'on veut qu'il produise tous les avantages indiqués. De plus , il m faut lui associer que les alimens féculens , si l'on ne veut pas voir neutralise l'action qu'il détermine dans la texture des organes. j

Le lait est éminemment contraire aux tempéramens lymphatiques , au; personnes renfermées dans des lieux bas, humides et mal aérés , ces personne I

ALIMENT

ALIMENT

ssent-elles des enfans; il faut à tous ces individus des alimens qui excitent lus de réaction que ne le fait le lait , pourvu toutefois que l'estomac soit dans n état d'intégrité parfaite.

Les inconvéniens qu'a le lait pris seul ou joint aux farineux , de causer aux abitans des pays bas et humides une lenteur de toutes les fonctions , un empàement souvent morbide de tous les tissus, ces inconvéniens n'existent plus lour l'habitant des pays élevés. Il trouve dans les qualités stimulantes de l'air ■if et sec qu'il respire une compensation aux qualités adoucissantes et tempé- ■antes du lait, qui, h son tour, lui offre un puissant moyen de diminuer 'activité des mouvemens vitaux. Cette heureuse combinaison se fait sans nuire in rien aux forces de l'individu. La preuve de ce que je viens d'avancer se ■encontre chez les robustes montagnards de la Suisse, qui , tout en se nournsant de lait, ne sont jamais attaqués d'irritations lymphatiques , comme le sont es habitans des vallées.

Des différentes espèces de lait dont nous avons présenté la composition , celui l'ânesse et celui de jument ont, à peu de chose près, les mêmes propriétés. Is se rapprochent de celui de la femme , sont légers, facilement digérés. Ces ualités sont dues à moins de caséum et de beurre , à plus de sucre de lait et e sérum que dans les autres espèces. C'est donc du lait d'ànesse et de celui de jument qu'on devra faire usage dans les convalescences de gastrites ; ce sont ussi ces deux espèces de lait qui, à défaut de celui de femme, devront être dministrées à l'enfant dans les premiers mois qui suivent la naissance. Le lait de vache, après celui des deux animaux précités , est le plus riche en ucre de lait et en sérum ; il l'emporte par ses qualités sur le lait des autres uminans. Enfin , le lait de chèvre est , de tous ceux dont on use , celui qui contient le moins les propriétés adoucissantes que nous avons signalées. Le lait e cet animal ne convient à l'enfant que plusieurs mois après la naissance. Juand on ne peut s'en procurer d'autre , il faut , pour le rendre le plus semblable )Ossible à celui de la femme , le couper avec du petit-lait préparé sans acides, j'âge de l'enfant et la force de ses organes digestifs décident delà dose de pelitait avec laquelle on doit couper le lait ordinaire. Communément on commence tarie couper avec deux tiers de petit-lait; on diminue ensuite graduellement usqu'à ce que l'enfant ait atteint l'âge de six mois, époque à laquelle on donne e lait pur.

Le lait des animaux diffère de qualités suivant les alimens dont ils se nourrissent. 11 est plus aqueux et moins nutritif quand les animaux sont nourris avec es végétaux frais des marais. Ces joncs et ces laiches ne donnent qu'un lait fade ît séreux. Le lait que donnent les vaches qui paissent sur le penchant des ioteaux est au contraire plus riche de propriétés nutritives. Les herbes odorifé- 'antes communiquent au lait une espèce d'arôme, comme nous le voyons par e lait de chèvre. Enfin le lait peut se charger de divers stimulans, lorsque :eux-ci sont susceptibles d'êire introduits dans la masse du sang par lesabsorbans. Des faits démontrent que l'on peut varier jusqu'à un certain point les propriétés lu lait ; ils dounent encore lieu à diverses applications pratiques. Si , par ixemple, dans les premiers jours de la vie , on ne peut se dispenser de nourrir m enfant avec le lait d'un animal , on nourrira celui-ci d'herbes marécageuses, laxquelles on ne substituera les herbes plus nourrissantes des coteaux et des Jois que quand l'enfant pourra supporter une nourriture plus forte. On pourra îBCore , suivant la constitution de l'enfant, varier les propriétés du lait. Enfin, a possibilité- d'introduire , à l'aide des alimens, diverses substances dans la lécrétion laiteuse , nous prouve que les dangers attribués aux écarts de régime le la nourrice ne sont pas illusoires , et découvre une cause naturelle à des Jccidens survenus à l'enfant et qu'on ne savait à quoi attribuer : à des convulsions ou à des coliques, par exemple , lorsque la nourrice aura bu de l'eau derie ou toute autre liqueur enivrante. (Vojez Lactation. )

A. Préparations. — La meilleure manière de prendre le lait est d'en user sans aucune préparation ; il conserve son arôme. Si le lait est administré à 'enfant, on peut le lui donner à la température à laquelle la nature le lui présenterait , s'il le recevait des couloirs naturels. Pour cela , on fait légèrement tiédir le lait ou le liquide avec lequel on le coupe , immédiatement avant de le yèrser dans le biberon.

Évaporé jusqu'à siccite et mêlé avec des amandes pilées et du sucre , le lait constitue la frangipane , aliment doué de propriétés émollientes et nutritives.

De la crème. — Nous avons dit que lorsqu'on abandonne le lait à lui-même, H se sépare en trois parties : la crème , le caséum , qu'on appelle ordinairement lait caillé , et le petit-lait. La crème qui se trouve à la partie supérieure , est

J formée de beaucoup de beurre , d'une certaine quantité de caséum , et de petitlait; c'est une substance onctueuse , agréable au goût , qui serait diffipilemenl digérée si on la mangeait pure , mais qui , étendue sur le pain ou mêlée au lait jni caillé , forme un aliment très-agréable , très-nourrissant et très-adoucissant. Du caséum. — Il est sans onctuosité , il a peu de saveur, il est peu nourrissant, il passe facilement sur le tube digestif, et constitue un aliment rafraîchissant , [(Jlfort agréable dans l'été.

Du sérum. — Séparé du caséum, le sérum nourrit trop peu pour constituer un aliment. Il est employé comme délayant dans les maladies aiguës.

Beurre. — 11 résulte, comme on le sait, de l'agitation, de la percussion imprimées à la crème dans un petit tonneau appelé baratte , au moyen d'an moussoir ou disque de bois fixé à l'extrémité d'un long bâton. Pendant cette opération , le beurre se forme , se rassemble , s'attache autour du moussoir , et il ne reste dans la baratte qu'un liquide formé de sérum et de caséum , qu'on nomme communément lait de beurre. Le beurre qui n'est falsifié par aucune matière colorante est d'une teinte jaunâtre très-légère ; il ne contient pas d'azote. Frais, non salé, étendu sur le pain, le beurre est un aliment doux , émollient.

nourrissant. La plupart des personnes, celles même qui ne s'accommodent pas du lait, digèrent le beurre. Il est pourtant certains estomacs habitués aux stimulans , dont le beurre ne pourrait solliciter l'action assimilatrice , s'il n'était associé au sel. C'est dire assez que le beurre salé, tant qu'il n'est pas rance , est plus facilement digéré et est doué de propriétés moins émollientes que le beurre frais. Les autres manières d'employer le beurre regardent l'article Assaisonnement.

Fromages. — Les divers fromages sont formés de crème et de caséum isolés ou réunis dans différentes proportions. On les prépare de mille manières différentes, qui toutes peuvent être rangées dans les trois divisions suivantes:

Fromage récent et sans sel.— 11 est d'autant plus nutritif et séjourne d'autant plus long temps sur l'estomac, qu'il est formé dp, plus de crème. C'est un aliment doux, très-nourrissant, à moins que le caséum n'y domine trop, comme dans ce que nous appelons /ro/wa^e à la pie. Parmi les fromages de cette classe , les plus délicieux et les plus nutritifs sont ceux de la vallée d'Auge et de Neufchàtel frais.

Fromage récent et salé. — Il est nourrissant comme le précédent , mais moins adoucissant; il est plus facilement digéré, parce que le sel lui a communiqué une propriété excitante. C'est dans cette division que se trouve le fromage de Brie frais.

Fromage fermenté et alcalescent. — Les effets des fromages contenus dans cette classe, varient depuis une légère stimulation jusqu'à une stimulation propre à faire sécréter à la muqueuse de l'estomac une grande quantité de fluides, ou même jusqu'à une sorte de rubéfaction de cette membrane muqueuse. Ainsi les fromages qui n'ont subi qu'un premier degré de fermentation ne diffèrent guère , pour leurs propriétés , des fromages réceus et salés ; ils sont seulement un peu plus animalisés. Dans cette classe se rencontrent les fromages de Brie, de Neufchâtel , de Livarot, de Marolles, de Pont-l'Évêque. Tous ces fromages conservent leur humidité et restent très-onctueux ; ils sont enveloppés d'une croûte de moisissure plus ou moins épaisse qui les préserve du contact de l'air. Ces fromages ne sauraient se conserver très-long-temps , à moins qu'on ne les dépouille de la moisissure humide qui les entoure, et qu'on ne les place sous une cloche de verre. Le livarot ainsi nettoyé peut se conserver des mois entiers. Mais ce sont les suivans qui seuls semblent destinés à être conservés. En effet, ils n'ont pas seulement été égouttés et séchés à l'air comme les premiers, ils ont encore été soumis à l'action de la presse et à celle du feu. Dans la plupart d'entre eux , les élémens primitifs du lait ont été transformés en gluten huileux et alcalescent; aussi sonl-ce plutôt des assaisonnemens que des alimens. Les moins stimulans sont le Gruyère, le Hollande, le Schester; les plus stimulans sont ceux qu'on dépose dans les caves de Rocquefort; enfin ces fromages couleur vert de-gris et de consistance molle , dans lesquels il entre des substances alcooliques ou du vin blanc. Ces derniers causent sur la muqueuse de la bouche au moins autant d'irritation que la moutarde. Je n'ai pas besoin de dire quel effet peuvent avoir sur l'estomac de semblables alimens , qui ne sont mis en usage que par les hommes dont le goût blasé a besoin , pour être reveillé, des plus forts excitans.

Les personnes dont l'estomac est irritable doivent s'abstenir des fromages fermentés , même des moins stimulans. Ces alimens produisent vers le cardia une chaleur qui , répétée, finit par avoir de funestes résultats.

B. Altérations et falsifications du lait et de ses différentes parties. — Altération du lait entier. — Celle qui résulte des maladies des vaches n'a point encore été un objet d'examen. Cependant je suis porté à croire que, dans toutes les maladies , le lait doit être plus aqueux, et je fonde ma supposition sur ce que une action insolite quelconque ne se développe et ne se soutient dans l'organisme qu'aux dépens de ses actions habituelles. L'analyse du lait d'une vache phthisique, faite par M. Labillardière , a fourni sept fois plus de phosphate calcaire que le lait d'une vache saine. On ne peut rien conclure d'un fait isolé. Quoi qu'il en soit, les vaches enfermées dans les grandes villes et destinées à fournir leur lait aux habitans devraient être un objet de surveillance pour l'autorité.

Falsifications du lait. — Quand le lait est falsifié avec une trop grande quantité d'eau , il offre une teinte bleuâtre et une saveur aqueuse. S'il est falsifié avec la farine ou l'amidon, substances avec lesquelles on fait bouillir le lait pour lui donner un aspect plus agréable et plus gras, on reconnaît la fraude en triturant le lait avec un peu d'iode , qui lui communique sur-le-champ une couleur bleue, tandis que le lait pur acquiert la couleur du tabac d'Espagne, lorsqu'il est trituré avec la même substance. Si le mélange d'amidon et de lait avait été fait à froid, on observerait les nuances suivantes en le triturant avec l'iode. Le lait uni à très-peu d'amidon donne une couleur Jaune-claire ; à un peu plus d'amidon , une couleur jf'aune de moutarde; a plus d'amidon encore , une couleur bleue-verddtre ; enfin à une assez grande quantité d'amidon, une couleur hleue-lilas ; cette falsification n'a pas d'inconvéniens pour la santé.

On falsifie le lait avec de Yoxyde de zinc dans le dessein de l'épaissir. Pour reconnaître cette fraude , qui peut avoir des effets funestes, on verse dans le lait quelques gouttes d'acide sulfurique concentré , qui le caillent sur-le-champ; on filtre la liqueur : elle a une saveur métallique , et précipite en blanc par les alcalis et les hydrosulfates ; évaporée jusqu'à siccité et calcinée avec de la potasse et du charbon , elle donne du zinc métallique.

Si , pour empêcher le lait de se cailler , on y ajoute du sous-carbonate de potasse , la fraude est reconnue à la saveur alcaline du lait, qui rend au papier de tournesol , rougi par un acide , sa couleur bleue , et fait effervescence avec les acides minéraux ou végétaux.

Falsifications du beurre. — Lorsque des pommes de terre ont été ajoutées au beurre pour augmenter son poids , la. fraude se reconnaît de deux manières.

ALLAITEMENT

ALLAITEMENT

Premier moyen : on triture le beurre dans un mortier avec une petite quantité d'iode; le mélange devient bleu s'il y a de la fécule, jaune-orangé s'il n'en contient pas. Second moyen : on fait fondre le beurre dans un tube de verre au bain-marie à la température de 60 à 66o ; le beurre pur vient à la surface , le sérum liquide et les flocons de caséum faisant partie du beurre, occupent, ainsi que les pommes de terre , le fond du tube. On verse de l'ammoniaque qui dissout le caséum : la pomme de terre reste sous forme de grumeaux.

Si du suif était mélangé au beurre, la saveur seule ferait reconnaître la fi-aude. Falsification du fromage. — Celle qui resuite de la farine ou des pommes de terre mêlées au fromage, pour augmenter son poids, se découvre par l'iode, comme pour le beurre.

Lorsque le fromage a séjourné dans des vases de cuivre, on s'assure s'il contient quelques parties d'ox/de de ce métal, en laissant un peu de ce fromage pendant vingt-quatre heures dans de l'ammoniaque; au bout de ce temps , le mélange présente vne couleur bleue s'il contient de l'oxyde de cuivre. Tous ces procédés chimiques pour reconnaître les falsifications sont extraits des Leçons de médecine légale de M. Orfila.

jVous avons considéré les alimens sous le rapport de leurs quantités et de jei"3^adiités ; nous avons autant que possible indiqué les effets physiologiques et même pathologiques que peut produire chaque espèce d'aliment suivant l'âge , le sexe, le tempérament, les saisons, les climats, les lieux, les professions et même suivant l'irritabilité de certaines parties de l'organisme. Là se borne notre tâche. Le mode de prescription des alimens dans les maladies où ils peuvent devenir le plus efficaces, et quelquefois les seuls agens thérapeutiques, ne peut être tracé qu'aux articles spéciaux réservés à l'étude de ces maladies.

( Charles Londe.)

ALIMENTATION. Fojez Aliment.

ALKEKENGE ( Coqueret) , phjsalis alkekengi. (Pentandrie monogyn. L. — Solan. /. ) Plante qui figure dans les anciennes matières médicales, et qui entre dans la composition du sirop de chicorée, auquel sans doute elle ne communique pas de grandes vertus. Elle appartient à la famille des solanées , dont elle ne possède pas les propriétés narcotiques , au moins dans nos climats ; et présente des fleurs blanches et des feuilles analogues à celles de la morelle, mais plus grandes. Son fruit est une baie d'un jaune orange lorsqu'elle est à maturité, molle, pulpeuse et renfermant plusieurs semences aplaties et presque rondes. Ce fruit a une saveur aigrelette et un peu amère.

L'analyse chimique de ces baies n'a pas été faite ; il est probable qu'elle y montrerait du sucre, du mucilage, de l'acide malique , de la matière colorante, etc.

Ainsi donc on peut attribuer aux baies d'alkékenge les faibles propriétés qu'on retrouve dans tous les fruits acidulés ; mais on y chercherait vainement autre chose. Ses effets, tant immédiats que secondaires, ne sauraient être différons, et ce serait tomber dans de fastidieuses répétitions que de les redire ici. [Voyez Acides.)

L'edu distillée , les trochisques et les autres préparations d'alkékenge sont maintenant presque inusités , et l'on a reconnu combien était peu fondée la confiance qu'on lui accordait contre des maladies Irès-différentes.

(F. Ratieb. )

ALLAITEMENT , lactatus. On donne ce nom à l'alimentation de l'enfant en bas âge quand le lait, comme c'est l'ordinaire, en fait la base principale; le mot lactation a été principalement consacré à exprimer les phénomènes de la sécrétion du lait chez la mère ; mais comme celte étude physiologique comprend des questions plus curieuses que directement utiles , nous n'en ferons point un article spécial et nous noterons seulement ici tout ce qui est réellement applicable à la pratique.

A l'imitation de la plupart des auteurs, nous distinguerons l'allaitement en maternel , étranger et artificiel.

§ !<'■•. Examen comparatif des divers modes d'allaitement. — De longues discussions ont été élevées soit entre les médecins, soit entre les moralistes, relativement à l'obligation absolue pour la mère de nourrir elle-même son enfant. On ne saurait disconvenir que cette conduite n'entre mieux que toute autre dans le vœu de la nature et surtout qu'elle n'établisse entre la mère et l'enfant une liaison plus affectueuse et plus durable. On ne peut se dissimuler non plus que les soins maternels ne soient généralement plus empressés, plus soutenus que ceux d'une nourrice mercenaire; mais, sans entrer dans de pareilles considérations, contentons-nous de poser et d'apprécier à leur juste valeur les avantages physiques qui peuvent en résulter.

Quoique l'on ne puisse admettre avec le vulgaire celte masse d'affections morbifiques qu'il attribue à l'influence du lait, il n'en est pas moins vrai que la femme qui nourrit s'épargne du moins la fièvre de lait et les accidens inflammatoires dont elle peut développer le germe; elle s'épargne jusqu'à un certain point l'état pléthorique qui peut amener directement les accidens (péritonite, métrite, manie puerpérale, etc.), la sueur elles éruptions qu'elle détermine, ou les maladies rhumatismales auxquelles elle prédispose , si la saison est froide ; enfin on évite encore ainsi la tension douloureuse, l'engorgement des mamelles , qui en produit l'inflammation aiguë ou chronique. Il peut donc être avantageux , même pour la femme qui ne pourra continuera être nourrice , de commencer par là , et c'est une pratique dont on s'est bien trouvé à l'hospice de la Maternité à Paris , dans certaine épidémie de péritonite puerpérale ; plus tard , lorsque la mère cessera d'allaiter, la fièvre de lait surviendra , mais avec moins d'intensité , et à une époque où les autres organes, revenus à leur état normal, ne courront plus les mêmes risques. Quant au nouveau-né, ;ans doute aucun aliment ne lui convient mieux que

le lait de celle qui l'a porté dans son sein et nourri de ses humeurs. Le lait ' récemment sécrété dans les mamelles de sa mère convient mieux à ses organes ] que le lait déjà ancien d'une étrangère; nous avons remarqué, en effet, dans ; les hôpitaux où l'on entretient des nourrices destinées à allaiter temporal- \ rement les nouveau-nés, que ces derniers dépérissaient rapidement entre leurs i mains , malgré l'abondance du lait , et que cet effet était , d'ordinairi; , d'autant ; plus sensible que la nourrice était plus ancienne , tandis que son enfant , à elle , 1^ sans être mieux partagé pour les soins et la quantité de l'aliment, ne cessait de croître en force et en embonpoint. Ceci ne s'applique point du tout au \ premier lait de la mère, à ce colostrum dont on a tant vanté les qualités i précieuses et qui au contraire répugne souvent à l'enfant, ou dont il se passe I du moins à merveille si on lui donne en place une nourriture convenable.

Malgré les déclamations de maint philanthrope plus versé dans les études . spéculatives que dans l'observation des faits , il est souvent impossible à \ l'accouchée de remplir le devoir auquel la plupart des femmes se sentent i naturellement portées; souvent aussi ce serait à leur préjudice ou à celui de j l'enfant qu'on le leur permettrait. L'agalactie durable {voyez ce mot) , l'absence \ du mamelon qui s'observe rarement des deux côtés à la fois, mais qui rend au ' moins un des seins inutiles , la faiblesse de constitution de la mère, l'existence' r de quelque maladie chronique ou d'une prédisposition très-marquée à la;1 phthisie , par exemple, voilà des contre-indications formelles.

Une femme faible, en effet, ne tarde pas à se sentir épuisée, à souffrir de lai] poitrine , du dos , de l'épigastre , et si la source du lait ne se tarit point d'abord, un amaigrissement excessif ne tarde pas à forcer de suspendre l'allaitement. 1 Ces phénomènes n'ont d'ordinaire rien de commun avec la phthisie ; ils se 1 dissipent quand la cause qui les entretenait a disparu ; mais si la prédisposition , j si la maladie existait , il n'en est plus de même , elle se décide ou marche avec ' rapidité vers une terminaison funeste , lors même que , dans les premiers temps, ' comme on l'a vu souvent arriver, elle aurait suspendu ses atteintes et offert! une amélioration trompeuse. A ces contre-indications nous devons joindre \ celles qu'établissent les vices héréditaires ou contagieux (scrophules, rachitis , ; syphilis , etc.) , existant chez la mère , et dont la transmission à l'enfant ne peut ' qu'être confirmée par l'allaitement maternel, tandis que les effets peuvent être j infirmés , détruits même par le lait d'une nourrice saine et vigoureuse. {

Dans certains cas même, l'allaitement artificiel est inévitablement requis, ! soit temporairement (état fébrile ou morbide quelconque, passion violente, J mastoite , crevasse, etc., chez la nourrice), soit en permanence (faiblesse! extrême de l'enfant, existence d'une maladie contagieuse, d'un vice de confor- | mation , comme le bec de lièvre , etc.) ; mais , il faut en convenir , c'est de tous i les modes d'alimentation du nouveau-né le moins convenable ; et malgré les ( succès qu'on en obtient dans certaines provinces , même en France , on ne doit I y recourir qu'en cas de nécessité absolue. Le lait des animaux dont on se sert I alors n'est pas, comme celui de la femme, en rapport avec les organes du) nouveau-né, et l'enfant ne s'y accoutume pas toujours aisément. Veut-on j-1 pour obvier à cet inconvénient, couper, mélanger ce lait, il perd alors en j partie l'arôme et la chaleur naturelle qui semble le vivifier encore au sortir du \ mamelon, et ne devient plus qu'un aliment préparé par l'art, et toujours |j en conséquence d'une utilité soumise à bien des chances.

§ II. Allaitement maternel. — La sécrétion du lait ne s'établit point, comme 1 on le dit souvent, le troisième ou le quatrième jour après la parturition; elle i existe souvent dès les premiers , presque toujours dès les derniers mois de % la grossesse, et s'établit constamment aussitôt que la délivrance est achevée; j

mais ses phénomènes ne deviennent bien sensibles que lorsqu'une certaine» quantité de fluide sécrété distend les mamelles, les rend douloureuses, sij la femme ne nourrit point , et excite par suite un état fébrile assez intense. Onl peut conclure de là que le nouveau-né peut être mis au sein presque aussitâtilj après sa naissance , et qu'il y trouve déjà de quoi commencer son alimentation. , Mais la faim se fait rarement sentir dans les premiers instans; quatre à cinq ij heures, dix à douze même, peuvent s'écouler sans inconvéniens, ou même ; avec avantage , puisqu'elles permettent à l'enfant d'évacuer les glaires que sa bouche peut contenir et de rendre une partie du méconium qui distend le gros intestin.

On voit souvent l'enfant refuser, même après ce laps de temps, de prendre le mamelon ou l'abandonner aussitôt après l'avoir pris ; plusieurs causes , outre celles qui rendent l'allaitement impossible et dont nous avons parlé il n'y a qu'un instant, peuvent produire cet effet, qu'on doit s'attacher à dissiper en | remontant à la cause. !

Du côté de la mère , il peut arriver que l'extrême tension du sein , lorsqu'on | a voulu, selon le conseil de certains praticiens, attendre le développement de la fièvre de lait , écrase , pour ainsi dire, le mamelon en tiraillant sa base et empêche l'enfant de le saisir ou de le conserver après l'avoir saisi d'abord , non sans causer à la mère d'assez vives douleurs. D'autres fois , surtout chez les primipares , le mamelon est aplati , déformé , atrophié et non susceptible d'érection , ou bien imparfaitement perforé par suite de la compression exercée sut lui, dès l'enfance, par les vêtemens ; c'est ce qu'on reconnaît aisément à la forme par la plus simple inspection. Si rien n'est disposé chez la mère de façor à expliquer celte diflicullé , c'est chez l'enfant qu'il faut en chercher les causes La faiblesse l'empêche effectivement de prendre un mamelon peu saillant ot de serrer sufiisamment un mamelon trop volumineux ; c'est ce qu'on voit surtoui chez les enfans abortifs. Il en est d'autres qui, bien constitués , ont dans le.' premiers jours une telle propension au sommeil qu'ils abandonnent prompte- 1 ment le mamelon pour s'endormir. Cet état de choses est peu alarmant ; l'enfan ; témoigne assez par son calme qu'il souffre peu de la faim ; il crie au conlrair' '

ALLAITEMENT

ALLAITEMENT

et suce avidement, du moins pour quelques instans, le mamelon ou le doigt qu'on lui présente lorsque la faim existe et qu'aucun obstacle organique ne s'oppose à la succion. Celte succion avide est momentanée; ces cris, etc., s'observent surtout dans deux circonstances: dans la première, c'est le goût seul du colostrum qui rebute le nouveau-né. A peine en a-t-il saisi quelques gorgées qu'il quitte en criant le sein qui lui donne cet aliment désagréable, comme on peut s'en assurer aisément; il boit alors avec avidité et facilité l'eau sucrée , le lait coupé , etc., et tète le doigt d'une manière forte et continue. Dans le deuxième cas, c'est l'embarras des fosses nasales, l'enchifrénement produit par le coryza , qui arrête la respiration et le force de se détacher du sein pour respirer par la bouche. L'action de téter ne se fait point par aspiration , comme on le dit partout , mais par succion ; ce sont les lèvres et les joues qui font un corps de pompe dont la langue est le piston , et cet appareil n'a nul Ibesoin des organes respiratoires pour agir sur les mamelles. II en a d'autant 1 moins besoin que l'érection du mamelon , l'orgasme de la glande mammaire en totalité, la constriction des vaisseaux galactophores font jaillir le lait hors du sein , comme on s'en aperçoit quand l'enfant l'abandonne , et dans quelque cas même sans qu'il exerce aucune succion. La respiration se continue au contraire par les narines , tandis que la succion s'exécute par la bouche , autant du moins ique les fosses nasales sont libres. Les signes particuliers du coryza, et surtout le ronflement, la difficulté avec laquelle l'enfant avale d'une manière continue des boissons quelconques , ou conserve la bouche fermée ou remplie, distinguent ce cas du précédent. 11 n'est pas non plus bien difficile de savoir si quelque aphliie considérable aux lèvres l'empêche de serrer suffisamment le mamelon. Une dernière circonstance h laquelle on est trop souvent porté à .Tltribuer les difficultés qui nous occupent , c'est le prolongement du filet de la .langue jusqu'à la pointe , et la gêne qui en résulte dans les mouvemens de cet organe. On le soupçonnera lorsque l'enfant, quoique vigoureux et paraissant 'souffrir de la faim, buvant même avec assez de facilité à la cuiller, ne pourra serrer fortement et sucer le doigt en avançant la langue et la reculant alternativement ; alors, à l'aide du doigt ou de la tête d'une sonde cannelée, portée sous cet organe, on reconnaîtra qu'il est fixé dans toute sa longueur au plancher (le la bouche, et que sa pointe même, dans certains cas, est tellement gênée qu'elle semble comme bifide dans les efforts de l'enfant.

Nous ne décrirons point ici l'opération qui convient en pareil cas, ni le traili ment que réclame le coryza ; nous dirons un mot seulement de la manière de remédier aux autres obstacles. La tension du sein rempli de lait se dissipe aisément par la succion opérée par un adulte , par un chien nouveau-né ou bien pur l'un des moyens dont il va être question tout à l'heure. Cette même succion, celle qu'exerce le nouveau-né , s'il est vigoureux , suffisent souvent pour ouvrir lieu à peu les orifices lactifères , presque oblitérés, pour exciter l'érection d'un iiia melon affaissé , pour alonger celui qui n'est point assez saillant ; dans le cas contraire, on emploie avec succès l'aspiration exercée sur celte partie, soit à l aide d'une pipe de verre accommodée à cet usage , soit au moyen d'une ventouse en forme de flacon, à goulot étroit , mais évasé; cette ventouse munie d'une pompe aspirante est fort commode en pareil cas ; mais si l'on ne peut se la jprocurer, on se contente d'une fiole ordinaire, qu'on échauffe d'abord en !a 'remplissant d'eau bouillante, et qu'on fait refroidir après l'avoir vidée et en javoir appliqué le goulot sur le mamelon. A mesure que l'air se raréfie dans Tintérieur du vase, le mamelon y est attiré et s'alonge ainsi jusqu'à prendre enfin les dimensions convenables, que lui conserve le nourrisson. Pour mieux conserver cette forme , on a proposé différentes espèces de chapeaux coniques , en cuir bouilli , en cire , en bois , en gomme élastique ; ceux qu'on préfère sont de petites cuvettes de verre ou d'argent qui ont l'avantage de recevoir le lait c[ue la femme peut perdre, soit dans le moment où l'enfant ne tète pas, soit par une mamelle seulement dans ceux où la succion s'exerce sur l'autre.

Le mamelon , bien que perforé, est quelquefois tellement déformé, ou bien l'enfant si faible, qu'il faut, momentanément du moins, employer quelque procédé mécanique pour faciliter l'allaitement, et c'est encore à quoi l'on a recours quand des gerçures , une inflammation commençante rendent cette fonclion ti^op douloureuse. On place alors sur le milieu du sein unmameloii artificiel, consistant en un petit entonnoir Irés-évasé, de bois ou de métal, terminé par une papille en gomme élastique pure, percée de trous, et imitant autant que possible la forme et la souplesse naturelles. Ce procédé, dû à M. Martin de Lyon, est bien préférable aux pis de vache employés effectivement dans le même but, et qui ont l'inconvénient majeur de s'altérer promptement par la putréfaction.

Quand la faiblesse empêche seule l'enfant de téter, on le nourrit du lait de sa mère trait ou rajé , selon l'expression consacrée , dans une cuiller ou tout autre vase, jusqu'à ce qu'il ait acquis la force suffisante pour chercher et prendre lui-même son aliment. Dans le cas enfin où le goût désagréable du colostrum serait évidemment cause de sa répugnance, loin de s'opiniàtrer à lui faire avaler de façon ou d'autre cet objet de dégoût , il faudrait en débarrasser la mamelle par l'un des moyens ci-dessus indiqués , et donner pendant un ou deux jours à l'enfant de l'eau sucrée ou du lait de vache coupé avec de l'eau et légèrement sucré. Cette humeur, chargée de matière grasse , comme l'ont prouvé Deyeux et Parmentier , ne saurait avoir les avantages dont on la gratifie , et si elle agit comme purgatif ce n'est qu'en causant une sorte d'indigeslion à l'enfant ; reste à savoir jusqu'à quel point cette indigestion lui est utile.

Il est difficile de fixer le nombre des repas de l'enfant à la mamelle; il doit nécessairement varier selon sa force et celle de la mère , l'abondance et la qualité du lait, etc. Cependant on peut donner comme terme approximatif

DiCT. DE MÉDECIHE ET DE CHIRURGIE PnATlQUiiS.

l'espace de deux heures entre chacun pour les premiers temps , de trois heures à une époqufl> plus éloignée , et l'on peut les écarter un peu plus la nujt que le jour. Ce que nous disons du nombre des repas peut se dire de la quantité de lait qui peut être prise à la fois ; certaines nourrices ne présentent qu'un sein, et réservent l'autre pour le repas suivant; il est rare que l'enfant y trouve une nourriture suffisante, à moins qu'on ne multiplie beaucoup les moments de cette alimentation. Les mamelles ne se prêtent guère d'ailleurs à cette alternative; le lait les remplit ordinairement en même temps, et il vaut mieux que l'enfant les vide toutes les deux à la même heure , et prenne de lui-même la quantité qui lui convient. S'il dépasse un peu la mesure , l'estomac se débarrasse aisément de ce superflu , qu'il ne faut pas confondre avec des vomissemens réels et morbides. Ces régurgitations n'ont rien d'inquiétant, non plus que le hoquet qui accompagne souvent la digestion des nouveau-nés.

Ce n'est que vers le quatrième mois qu'il devient utile d'ajouter au lait maternel quelques alimens ; cependant rien n'est plus variable encore que cette nécessité, et c'est sur la fatigue qu'éprouve la mère, sur les besoins que l'enfant paraît ressentir qu'il faut se guider à cet égard. Les crèmes de pain à l'eau sucrée, au lait, à l'œuf, plus tard même au bouillon, nous paraissent être l'aliment le plus convenable ; c'est ordinairement avec la croûte séchée au four , ramollie dans l'eau et passée qu'on les compose. Cet aliment se digère mieux que la bouillie de farine non fermentée, et n'a pas moins qu'elle l'avantage de dissiper les flatuosités , les coliques chez les enfans qui manquent d'une quantité suffisante ou d'une qualité convenable de lait maternel.

Enfin c'est encore une question également insoluble d'une manière précise , que celle de l'époque à laquelle il convient de cesser l'allaitement. En donnant une quantité d'alimens graduellement croissante , on arrive effectivement de très-bonne heure à une sorte de sevrage spontané ; mais si la dentitiou n'est pas encore avancée, si surtout il n'existe aucune dent, on court le risque de voir à chaque éruption l'appétit se perdre et l'enfant dépérir, être pris même de quelque maladie grave du tube digestif. Les chaleurs fortes des climats méridionaux produisent un effet analogue ; de là le précepte judicieux de ne point sevrer les enfans quand la dentition est imminente, et d'attendre dans ces contrées l'époque de l'automne.

Quelques personnes, outrant des principes bons en eux-mêmes, ont voulu qu'on attendît l'apparition des premières dents ; d'autres plus sages n'exigent que celles des canines. Tout cela n'est pas rigoureusement nécessaire, et il n'est pas d'enfant qu'on ne doive allaiter au-delà de dix-huit mois. Ce terme écoulé , le lait devient pour l'enfant un aliment débilitant qui favorise l'établissement du tempérament lymphatique et des maladies qui sont sous son influence, le lachitisme en particulier; c'est du moins ce que l'expérience paraît avoir appris à plusieurs praticiens attentifs.

Pour ce qui regarde le régime et les soins particuliers à la femme, pendant et après l'allaitement, nous renvoyons aux mots Ablactation et Nourrice.

§ III. Allaitement étranger. — Nous renverrons également au mot Nourrice pour rénumération des qualités qui distinguent une bonne nourrice , et les motifs qui doivent déterminer le médecin dans son choix. Nous ne reviendrons pas sur les avantages et les inconvéniens de ce mode d'allaitement , que quelques auteurs désignent aussi par l'épithète de mercenaire ; nous l'avons dit plus haut, il serait à désirer que la mère pût toujours commencer l'allaitement, à moins que la nourrice étrangère ne fût très-récemment accouchée ; c'est un préjugé vulgaire que la succion exercée par un jeune enfant rajeunit le lait de la nourrice. Dans les cas où la précaution dont nous parlions n'est pas praticable, pour éviter autant que possible l'action d'un lait trop substantiel sur les organes digestifs, on les laissera plus complètement se débarrasser des mucosités et du méconium qu'ils contiennent, et l'on ne commencera l'allaitement que le deuxième jour au plus tôt. Ces considérations sont à peu près nulles dès qu'il ne s'agit plus d'un enfant nouveau-né ; après quelques mois d'allaitement , s'il devient nécessaire de recourir à une étrangère, l'enfant n'a plus guère à redouter de pareilles différences, et s'il en est effectivement tourmenté , c'est moins à cause d'un degré de consistance , en plus ou en moins, dû à l'ancienneté du lait, qu'à l'idiosyncrasie delà nourrice qu'il faut l'attribuer. Tel lait convient à tel enfant, et non à tel autre ; et malgré les déclamations des philanthropes nous devons avouer d'après l'expérience que ce n'est pas toujours le lait maternel qui est le mieux en rapport avec l'idiosyncrasie de l'enfant ; nous l'avons vu plus d'une fois causer des coliques, la diarrhée, etc., que dissipait en un instant celui d'une nourrice à gages. Le changement tardif dont il vient d'être question , est quelquefois rendu difficile par une autre raison : l'enfant connaît sa nourrice et en refuse souvent une autre ; mais il est rare que cette répugnance dure long-temps s'il quitte un sein épuisé pour une mamelle bien remplie; dans quelques cas pourtant on est forcé de faire dans l'obscurité les premières épreuves.

§ IV. Allaitement artificiel. — C'est du lait des animaux domestiques qu'on se sert pour cette sorte d'allaitement. On peut quelquefois se servir même directement de ces animaux, et surtout de la chèvre , pour un allaitement artificiel, c'est-à-dire accoutumer l'animal à se laisser téter par l'enfant. Mais ce lait pris ainsi sans mélange ne conviendrait point peut-être à tous les estomacs ; cette méthode d'ailleurs exige certaines commodités de logement, certains assujettissemens qui en ont rendu i'emploi fort rare. Ce sont là, selon nous, les seuls inconvéniens , et nous ne pensons pas que le caractère futur du nourrisson puisse prendre ainsi quelque teinture de celui de la nourrice; il est probable aussi que l'insomnie qu'a paru causer souvent le lait de chèvre, tenait moins a

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