‹ Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques [electronic resource]Chapitre 42 sur 234 · ALUN · texte numérisé non relu

ALUN

d'amélioration qu'au bout d'un temps plus ou moins long , et lorsqu'ils sont secondés par un traitement accessoire hygiénique , et souvent même médicamenteux.

Cette appréciation des médicamens appele's altérans paraîtra sans doute sévère à ceux qui voient à regret restreindre le cercle de la matière médicale , et surtout celui des médications spécifiques {voj-ez ce mot) ; mais qu'ils prennent la peine, ainsi que nous l'àvons fait , d'examiner les observations anciennes et modernes ; peut-être alors jugeront-ils comme nous que le plus grand nombre , ou même la totalité des guérisons attribuées aux remèdes altérans, peuvent être plus raisonnablement rapportées aux accessoires du traitement. Ainsi , pour prendre un exemple entre mille , quand nous lisons qu'une femme a guéri d'un cancer de la mamelle par l'usage de l'extrait de jusquiame , à la dose d'un quart de grain par jour , aidé d'un régime lacté , de l'emploi fréquent des bains et des applications émollientes , nous ne pouvons attribuer ce résultat à l'extrait de jusquiame , surtout quand nous savons que l'extrait employé par l'auteur était extrêmement faible , et tel qu'on en peut avaler dix et même vingt grains sans en rien éprouver.

On sait depuis long-temps que, dans les affections syphilitiques (nous parlons d'après les idées dominantes) , l'administration des préparations mercurielles doit être dirigée de telle sorte qu'elles ne produisent aucun effet spécifique sur la bouche j que quand on ne peut s'opposer à ces résultats, les symptômes locaux sont pour la plupart du temps aggravés. C'est par suite de cette connais- [sance , qu'à la méthode par salivation, évacuante s'il en fut jamais , a été

I substitué le traitement par extinction , traitement tout-à-fait altérant d'après l'idée qu'on s'en fait en général. Or, en comparant attentivement les choses , on voit que les symptômes locaux disparaissent , dans un temps à peu près égal, lorsqu'on emploie le mercure à dose altérante , et lorsqu'on ne l'emploie point !du tout. Nous ajouterions, si nous ne craignions d'anticiper sur un autre article, que les chances d'affections consécutives et constitutionnelles ne nous paraissent pas plus considérables dans un cas que dans l'autre. Un malade a pris du mercure outre mesure , et les symptômes se sont aggravés ; on le met aux sudorifiques à dose altérante , et qui ne font pas suer , et il guérit : un autre a jété traité par les débilitans mal administrés, on cesse de le saigner et de le tenir à la diète, en même temps qu'on lui donne du mercure à dose altérante, et l'on voit son état s'améliorer. Où est dans ces deux cas la cause de la guérison ?

Notre intention n'est pas d'exagérer les conséquences de ce raisonnement j nous voulons seulement montrer qu'on a amplifié , à plaisir , les résultats de la médication altérante dont les bons effets peuvent être revendiqués par le temps ,

Ile régime , et souvent par la suspension de médications intempestives ou exagérées.

La véritable méthode altérante, à notre avis, se compose principalement les agens hygiéniques , auxquels peuvent être joints les médicamens portant me impressioa spéciale sur certains organes , les narcotiques , par exemple, idministrés à faible dose, mais cependant de manière à produire des effets sensi. lies et surtout soutenus. Nous considérons la médication altérante comme chanjfiant par degrés l'état et la composition des solides et des liquides qui nous constipent; et c'est ainsi que nous reconnaissons l'influence altérante du changement l'air , d'un régime uniforme long-temps continué , de l'abstinence convenablenént dirigée , des bains répétés et pris à diverses températures , des sudorifi- [ues , des diurétiques , des purgatifs donnés chaque jour , des narcotiques imployés de la même manière , des irritans de la peau souvent renouvelés. Test de l'emploi soutenu de ces moyens divers , appliqués simultanément ou uccessivement , d'après une habile combinaison, que l'on peut attendre les neilleurs résultats dans les maladies chroniques surtout. En effet, en fournissant I l'assimilation des matériaux simples et identiques , en même temps qu'on ctive l'absorption interstitielle par des évacuations provoquées par les divers irganes exhalans ou sécrétoires , on arrive à un renouvellement plus ou moins apide et complet de l'individu , et à une purification de la masse des humeurs, lour se servir d'une vieille expression pleine de justesse dans cette circonstance, édification que suit le retour à la santé.

Dans l'état actuel de nos connaissances , il nous semble impossible de consilérer sous un autre point de vue la médication altérante, et d'admettre des ae'dicamens altérans particuliers , puisqu'il n'en est est aucun qui ne puisse Produire ces effets. On ne doit pas perdre de vue que cette médication est 'liaturellement complexe ; qu'elle se compose de stimulations réitérées mais légères, et qu'elle appelle comme accessoires indispensables , si ce n'est comme )arlies essentielles , les agens hygiéniques et le temps. ' Ce serait perdre son temps que discuter les anciennes théories à ce sujet; lies ne reposent pas sur les seules bases capables d'en assurer la durée , savoir, les observations exactes. Admettre la division proposée par M. Guersent des lUérans hygiéniques et médicamenteux , c'est à notre avis du moins , séparer les choses essentiellement réunies. Car, on ne saurait trop le répéter , il n'y a i)as de médicamens altérans ; il n'y a , et il ne saurait y avoir que des médicalons ou plutôt qu'une médication altérante dont les agens sont pris dans l'hygiène t dans la thérapeutique. ( F. Ratier.)

^l'T^l'-^^ , nom latin de la guimauve , que l'on emploie souvent en place lu mot français, comme dans les exemples suivans : racine d'althœa , sirop Valihœa. {Forez Guimauve. )

ALTHEINE. En 1826, M. Bacon , professeur de chimie à Caen, retirade a racine de guimauve une substance cristallisée qu'il considéra comme le maate d'un alcali nouveau , auquel il donna le nom A'althéine; mais M. Plisson a ecoimu que celle substance ne difféi'ait pas de Vasparagine , anciennement

extraite de l'asperge par MM. "Vauquelin et Robiquet. (Fojez Asparagike.)

( GUIBOURT. )

ALUN, s. m., alumen; sel composé d'acide sulfurique en excès, d'alumine et d'une petite quantité de potasse ou d'ammoniaque , et quelquefois de ces deux derniers corps en même temps.

Soit qu'il ait été rencontré tout formé dans la nature , ce qui n'a lieu que rarement et dans certains terrains volcaniques , tels que les environs de la Solfatara ; soit qu'on l'ait extrait des eaux qui le tiennent en dissolution , ou qu'on l'ait créé de toutes pièces en combinant entre eux les élémens qui le composent, l'alun se présente sous la forme de cristaux octaèdres réguliers , transparens , d'une saveur douceâtre et astringente. Ce sel conserve plusieurs des propriétés inhérentes aux acides, puisqu'il rougit la teinture du tournesol ; il leur doit vraisemblablement, en grande partie , l'action qu'il exerce sur les tissus vivans; l'expérience a appris qu'il est facilement décomposé par les bases salifiables, et que les vases de plomb , ou formés d'une combinaison de plomb et d'étain , sont attaqués par lui , l'altèrent à leur tour , et le rendent malfaisant. Quoique résistant à l'action atmosphérique , il elDeurit cependant à sa surface parle contact de l'air. Enfin , bien qu'il contienne plus de la moitié de son poids d'eau de cristallisation, et qu'il se fonde dans cette eau, à l'aide de la chaleur, quinze parties d'eau froide n'en dissolvent cependant qu'une d'alun cristallisé , tandis que l'eau chaude peut en dissoudre un peu plus que son propre poids. Les sels de baryte produisent dans toutes les dissolutions d'alun un précipité blanc de sulfate de baryte , qui est insoluble dans l'eau.

L'alun est employé en médecine comme astringent. On l'a préconisé à l'intérieur, contre les hémorrhagies dites passives du poumon, de l'utérus, et de tous les organes splanchniques , aussi bien que contre les diarrhées chroniques , et les flux muqueux ou séreux , qu'on a rapportés à la faiblesse ou à l'atonie des vaisseaux exhalans et des follicules sécréteurs. Ordinairement combiné à des extraits ou à des conserves astringens , et spécialement à la conserve de roses , l'alun est prescrit à la dose d'un à huit grains par jour ; on peut augmenter graduellement cette quantité jusqu'à vingt-quatre grains et même un demi-gros. Ces doses sont également celles qu'on emploie lorsque l'alun est dissous dans l'eau ou dans des décoctions appropriées. Deux parties de cette substance combinées à une partie de sang-dragon forment l'alun teint de Mynsicht, ou les pilules anli-hémorrhagiques d'Helvétius, qui ont joui d'une certaine vogue contre les métrorrhagies. Uni à la muscade en poudre, et administré à des doses assez fortes pour produire une vive excitation , l'alun , donné sous la forme pilulaire, une heure avant l'accès, fut employé par Cullen comme fébrifuge; mais ce moyen s'est montré peu fidèle et n'a pu être que difficilement supporté par beaucoup de malades. Cependant plusieurs médecins ont continué à l'ajouter quelquefois au quinquina ou à ses extraits, afin d'augmenter l'activité de ces substances, et ont ainsi formé des combinaisons pharmaceutiques diverses , que la découverte du sulfate de quinine a fait généralement abandonner.

Le sel qui nous occupe détermine une stimulation très-vive, et un resserrement manifeste , sur les membranes avec lesquelles on le met en contact. Son administration à l'intérieur est fréquemment suivie d'une sensation douloureuse à la région épigastrique. A des doses un peu élevées , et chez les sujets susceptibles, il détermine souvent des malaises, des nausées, des vomissemens , et plus tard des coliques et delà diarrhée. Lorsqu'on le continue pendant quelque temps, en l'administrant à de faibles quantités , il provoque et entretient trèssouvent une constipation opiniâtre et difficile à dissiper. Soit par une absorption de ses molécules , soit par une excitation sympathique de celle qu'il excite dans l'estomac, l'alun occasione sur les personnes à poitrine étroite , et dont les bronches sont très -sensibles , une stimulation des voies aériennes , bientôt suivies d'une toux petite , sèche et continue , dont presque tous les praticiens ont signalé les inconvéniens.

Cette substance ne doit donc être employée qu'avec d'assez grandes précautions. Elle ne réussirait pas dans les hémorrhagies ou les sécrétions muqueuses abondantes des organes, autres que ceux dont se compose l'appareil digestif , si ces affections étaient accompagnées de chaleur, de fréquence et d'accélération du pouls , d'un sentiment d'ardeur interne , ou d'une excitation vive et sanguine des tissus. Dans ces cas , l'action styptique de l'alun serait inopportune ; elle pourrait développer un mouvement inflammatoire intérieur, grave et toujours contraire à la guérison des malades. Cette médication devient plus nuisible encore, et se montre dangereuse dans les diarrhées, accompagnées de douleurs , d'épreintes et de phlogose à l'intestin. Elle est formellement contreindiquée toutes les fois que l'estomac donne des signes d'excitation-, ou seulement d'une su/Sceptibilité considérable. Franck rapporte, il est vrai, que malgré l'existence de douleurs d'entrailles assez vives, il administra avec succès contre la diarrhée , seize grains d'alun en quatre doses durant une journée : mais cette observation isolée est contre-balancée par un trop grand nombre défaits qui démontrent les dangers attachés à une semblable conduite, pour qu'on puisse être tenté de l'imiter. Durant l'hémoptysie , et alors même que le canal digestif est dans l'état normal , il ne convient de recourir à l'alun qu'autant que tous les signes d'excitation pulmonaire ont été combattus avec succès et sont entièrement dissipés. Sans cette condition , son emploi serait plus défavorable qu'utile , et pourrait , en stimulant trop vivement les bronches , y entretenir une stimulation dangereuse.

L'alun est employé à l'extérieur, en dissolution , contre les hémorrhagies capillaires des membranes muqueuses du nez, de la bouche, du vagin ou de l'utérus. Cette médication est également opposée avec succès à quelques ulcères de la membrane muqueuse de la bouche, qui ne sont accompagnes m I de douleur intense et brûlante, ni de rougeur considérable. Uni au miel, et

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