‹ Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques [electronic resource]Chapitre 44 sur 234 · IGO ) AMANDE ET AMANDIER · texte numérisé non relu

IGO ) AMANDE ET AMANDIER

d'influence qu'elles exercent sur cette fonction. Toutes les maladies aiguës ou' \ chroniques qui s'accompagnent d'évacuations abondantes et fréquentes sont i ordinairement suivies d'amaigrissement rapide. Le cholera-morbus , la dysen- \ terie , le diabétès , la suette, les suppurations abondantes, intérieures on j extérieures, sont surtout dans ce cas. Dans les maladies chroniques , l'amaigrissement est d'autant plus rapide et d'autant plus inquiétant qu'il s'accom- | pagne de phénomènes fébriles. Bien que les maladies tuberculeuses du . poumon, du foie, etc., aient pour terme ordinaire le marasme , celui-ci n'a lieu toutefois que d'une manière lente et graduelle. Dans les maladies du cœur, , l'amaigrissement est généralement peu sensible, et plus souvent le résultat de : l'abstinence qu'elles exigent que l'effet direct de l'état pathologique de cet ; organe. Les maladies du cerveau influent encore moins sur la nutrition; il est ^ même certaines affections du système nerveux, telles que la paralysie des i membres et quelques névroses de la vie organique , dans lesquelles l'embon- j point augmente, loin de diminuer, et cette circonstance peut concourir à en ' éclairer le diagnostic en même temps qu'elle est de nature à rassurer le médecin \ dans son pronostic. Par la même raison, dans les névralgies externes et internes, dans les fièvres intermittentes, qui n'en sont que des formes ou des j modifications, l'amaigrissement est peu sensible relativement à celui qui. accompagne beaucoup d'autres maladies. Il est quelquefois le seul symptôme j| de la présence des vers dans les intestins, et en particulier du ténia. jj

Dans la plupart des cas , l'amaigrissement a lieu dans un ordre de succession ; à peu près régulier. Il se manifeste d'abord à la face , ensuite aux membres j pelviens, puis aux membres thoraciques et au tronc. Quelquefois néanmoins | cet ordre est entièrement interverti; ainsi , tandis que, dans la grossesse , il sé manifeste aux bras et à la face , le tronc et les membres inférieurs acquièrent ;^ au contraire un certain degré d'embonpoint. Dans la phthisie pulmonaire, ^ l'amaigrissement commence par la poitrine , et dans la phthisie méseutériqueii par les membres abdominaux; dans l'un et l'autre cas, comme dans les J maladies scrophuleuses en général, on remarque en même temps un amaigris-ij sèment très-prononcé des doigts avec élongation des ongles. Dans toutaraai- î grissement pathologique porté à un certain degré , la peau , par où il commence ! d'abord, se flétrit, se dessèche, devient dure, âpre au toucher, et prend eu ! même temps la couleur que lui impriment les maladies qui causent cet état. [Voyez Camcer, Ictère , etc.) l

Alors même que l'amaigrissement et la maigreur sont purement physiolo-,j giques , c'est-à-dire étrangers à uns lésion organique bien constatée, ils ^ méritent la plus grande attention de la part du praticien , en ce qu'ils indiquent > un défaut de répartition et d'équilibre dans les forces vitales , et qu'ils s'accom- |( pagnent en général d'une susceptibilité nerveuse qui peut rendre les organes t| plus aptes à éprouver les effets de l'excitation et à devenir le siège de quelque phlegmasie ; en sorte que , si l'amaigrissement tient le plus souvent à une lésiou > organique quelconque, la maigreur peut devenir une prédisposition à des irritations locales plus ou moins graves.

Sous ce rapport, l'art, tout en recherchant et en combattant la cause de la i maigreur , pourrait peut-être opposer à celle-ci un traitement rationnel , c'est- | à-dire dont l'action se conciliât avec la cause de la maigreur et la maigreur 1 elle-même. Des bains d'amidon souvent répétés , une alimentation féculente, •( le régime lacté, des gelées de jeunes animaux, des viandes blanches , etc., sont autant d'alimens qui , variés suivant les dispositions physiologiques et | pathologiques des sujets , pourraient surtout être tentés avec avantage.

Quant à l'amaigrissement qui résulte directement et évidemment d'une lésion i organique , il doit , à fortiori , mériter toute la sollicitude du praticien, et I être considéré comme l'un des symptômes les plus graves , les plus propres à i faire naître un pronostic funeste , quels que soient d'ailleurs le genre et le i degré d'altération qui y donnent lieu. Je n'ai pas besoin d'ajouter que , dans ce i cas , la thérapeutique doit être spécialement dirigée vers la source même de i l'amaigrissement , tout moyen hygiénique ou autre devenant à peu près inutile ! contre un phénomène qui n'est que l'effet nécessaire et inséparable de la maladie, f

(P.JOLLT.)

AMANDE et AMANDIER [amygdalus communis L. ) , icosandrie mono- < gynie , dicotylédones polypétales , famille des rosacées. ;

L'amandier est un arbre qui parait originaire de l'Afrique septentrionale,, fî mais qui est cultivé depuis long-temps dans le midi de l'Europe et en France. <, Il s'élève à vingt-cinq ou trente pieds ; son tronc est raboteux et cendré ; les )| feuilles sont alternes , lancéolées aiguës , glabres finement dentées et d'un vert i pâle. Les fleurs sont presque sessiles et s'épanouissent avant les feuiHes , au ) commencement du printemps. Le calice est campanulé , à cinq divisions, d'une i couleur rougeâtre ; les pétales sont au nombre de cinq , blancs , étalés , subcordiformes, arrondis; vingt-cinq ou trente étamines sont attachées au tube du calice ; l'ovaire est globuleux, un peu comprimé , cotonneux et terminé par un style et par un stygmate capitulé ; le fruit est un drupe velouté , vert , ovoïde alongé , comprimé , composé extérieurement tl'une chair coriace, peu épaisse) qui se dessèche et s'ouvre à maturité , et , à l'intérieur , d'une coque ligneuse, marquée de pores ou de sillons irrcguliers. Cette coque renferme une amande blanche, huileuse, recouverte d'une pellicule rougeâtre, et d'une saveur douce ou amère ; de là on distingue deux variétés principales d'amandier : l'une à fruit ,j doux , l'autre à fruit amer. ,|

Les amandes douces , prises en nature . sont une nourriture substantielle , et font partie de l'alimentation des habitans, dans les contrées où on les récolte j abondamment. Broyées au moulin et soumises à l'action d'une forte presse | elles fournissent la moitié de leur poids d'une huile jaunâtre , très-douce et fort usitée. Privées de leur pellicule , épistées et délayées dans l'eau , elles proflui- ; I

AMAUROSE

AMAUROSE

eut un liquide laiteux , connu sous le nom d'ÉiatiLSiOK ou de Lait d'amakdes , (ui forme une boisson tempérante, fréquemment ordonnée contre l'irritation les organes urinaires et digestifs. Enfin elles font la base du Sirop d'orgeat, du L.00CH BLANC, du Blakc-mancer , ctc. (f^qy^ez ces différens articles. )

Les amandes douces ont été analysées par M. Boullay , et lui ont donné , pour 00 parties : eau, 3,5; pellicules extérieures contenant un principe astringent, 5; mile , i)i ; albumine jouissant de toutes les propriétés de l'albumine animale , 14 ; sucre liquide ,6; gomme , 3 ; partie fibreuse, 4 ; perte et acide acétique, 0,5. Journal de Pliarmacie , m , 337. )

Les amandes amères ont une composition analogue ; mais elles offrent quelques particularite's qui demandent à être exposées.

j Ces amandes ont une saveur forte et parfumée d'acide bydrocyanique ; elles ont un poison pour plusieurs animaux , et notamment pour les oiseaux ; distilces avec de l'eau , elles donnent un produit laiteux , d'une très-forte odeur J'acide hydrocyanique et qui en contient effectivement une certaine quantité; ufin, cette eau distillée laisse déposer une huile acre et vénéneuse semblable à elle du laurier-cerise. D'un autre côté, les amandes amères , broyées etexpriaées sans eau , fournissent une huile fixe, aussi douce et aussi inodore que

Ijelle des amandes douces , et elles ne dégagent aucune odeur lorsqu'on les

I haulFe sans eau , jusqu'à la température de l'eau bouillante. Ces faits sont icompatibles avec l'existence d'une huile volatile et de l'acide hydrocyanique, itla conséquence la plus probable qu'on puisse en tirer , c'est que ni l'un ni 'autre de ces corps ne sont contenus dans les amandes amères, et qu'ils se brment aux dépens des élémens de l'eau.

L'huile volatile d'amandes amères exposée à l'air présente un autre phéiiouène qui a conduit M. Robiquet à faire des observations très-intéressantes touihant sa composition et sur le siège de son action vénéneuse. Ce phénomène lonsiste en ce qu'elle absorbe l'oxygène de l'air, et cristallise en partie par uite de cette absorption. Or, M. Robiquet ayant distillé de nouveau l'huile 'olatile , en fractionnant les produits , l'a séparée en deux parties qui , sup- )Osées entièrement isolées , présentent les caractères suivans :

La partie la plus volatile n'éprouve aucun changement à l'air , contient de 'azote au nombre de ses élémens, et produit de l'acide hydrocyanique par 'action de la chaleur et des alcalis. Cette portion d'huile est assez vénéneuse )Our qu'une seule gouttelette ait pu tuer un moineau franc et un cochon d'Inde, ja dernière portion distillée, au contraire , ne contient pas d'azote, ne produit )as d'acide hydrocyanique par sa décomposition , n'est pas vénéneuse et se onverlit instantanément en cristaux par le contact de l'air ou du gaz oxygène; t en supposant que la séparation de ces deux corps ne fût pas complètement ififectuée par la distillation , l'absorption de l'oxygène la terminerait, en sépa- •ant , à l'état de cristaux, la partie non azotée de l'huile distillée. Un autre ésultat remarquable, est que ce corps non azoté, ainsi oxygéné, se trouve ionverti en un véritable acide , soluble dans l'eau , cristallisable et suscepible de former des sels avec les alcalis.

On voit combien l'huile d'amandes amères, remarquable par son action lélétère et par son odeur analogue à celle de l'acide hydrocyanique, quoi- [u'elle paraisse réellement différente de cet acide, peut encore offrir des résultats importans aux chimistes et aux médecins toxicologistes. (Guibourt.)

'l AMAUROSE, s. f . , amaurosis (de à/j-oaipita ^ j'obscurcis), gutta serena ,

îuffusio nigra; cataracte nairede quelques-uns.

, On donne le nom d'amaurose à l'afTaiblissement ou à la perte totale de la ue, qui ne dépendent d'aucun obstacle actuellement existant à l'arrivée dts ayons lumineux au fond de l'œil.

! On a toutefois plus particulièrement désigné sous le nom A'amhlyopie amau- •otique\e. premier degré deTamaurose, dans lequel il n'y a qu'aflaiblissement de a vue. Mais cette distinction est peu importante, et je comprendrai, à Texemplc le la plupart des auteurs, sous le nom d'amaurose, tous les degrés de la naladie.

L'amaurose consiste essentiellement en une diminution ou une abolition de a faculté optique ; mais , ainsi que toutes les lésions des fonctions nerveuses, îlle peut être le symptôme ou d'une affection de l'extrémité percevante duiierf , c'est-à-dire de la rétine , ou d'une affection du cordon conducteur , c'est à-dire [lu nerf optique , ou d'une affection du cerveau , ou , enfin , elle peut être l'effet [jurement sympathique de l'affection d'un organe plus ou moins éloigne; et homme il n'est pas toujours possible pendant la vie, ni même après la mort, le déterminer d'une manière certaine si ce" symptôme est l'effet d'une lésion le la rétine , du nerf optique ou du cerveau , ou d'une sympathie, il en résulte jue, quoiqu'il existe certainement une amaurose vraie, essentielle, dépendante l'une affection de la réline, son étude ne peut cependant pas être séparée de ;elle de l'amaurose symptomatique et de celle de l'amaurose sympathique, avec es symptômes desquelles les siens se confondent si souvent. 11 en résulte aussi jueTamaurose reconnaît des causes très-nombreuses, qu'elle peut être précédée : DU accompagnée de symptômes très-variés, et que son traitement , considéré 'n général, ne peut être établi sur une base unique, qui soit la même pour (lous les cas.

1 Caractères anatomiejues. — Quelque nombreuses que soient les causes de 'amaurose , qu'elles soient directes ou indirectes , en dernier résultat elles porent toujours, ainsi que nous l'avons dit , leur action sur la rétine , sur le nerf ptique , ou sur le cerveau. Mais nous sommes si peu avancés dans la connaisance de l'organisation normale du système nerveux, que quelquefois, assez ouvent même , l'autopsie cadavérique ne fait découvrir aucune lésion organijjue qui puisse expliquer les phénomènes observés pendant la vie. C'est là ce qui constitue , pour quelques personnes , l'amaurose essentielle ou vraie , c'est-

î DiCT. DE MiiDECIHE ET DE ChIRCRCIE PRATTQT'ES.

à-dire dépendant d'une lésion pure et simple de fonction , d'une aneslhêsie de la rétine. Mais, en admettant que la fonction d'un organe puisse cesser sans que la texture de cet organe soit altérée , pourquoi , dans le cas dont il s'agit , borner à la rétine celte faculté? pourquoi ne pas admettre que le nerf optique , ou la partie du cerveau qui est le siège des perceptions visuelles , puissent également cesser d'être impressionnables ou d'agir?

Toutefois , dans beaucoup de cas , on a trouvé la rétine altérée dans sa texture. Le plus ordinairement alors elle paraît un peu plus épaisse , un peu plus résistante et un peu plus opaque ; sa couleur est souvent vcrdàtre. M. Portai l'a vue indurée, Piochaska l'a rencontrée gorgée de sucs, Ploucquet l'at rouvee décollée de la choroïde par des vaisseaux variqueux. On voit dans le Journal des Progrès des institutions et sciences médicales une observation extraite du journal de Graefe , dans laquelle on rapporte qu'à l'autopsie des yeux d'un amaurotique, on a trouvé la rétine injectée dans son feuillet externe et fortement adhérente à la choroïde , laquelle était pâle , et présentait çà et là des taches d'un noir foncé, où l'adhérence était moins intime, et qui paraissaient formées par des masses du pigment noir endurci; le petit cercle de l'iris était injecté , le cercle ciliaire était épais et rougeàtre. A l'œil gauche on rencontra de plus, sous Ja choroïde et près du cercle ciliaire , une exsudation lymphatique de la largeur d'un gros pois; à l'endroit correspondant, la face externe de la sclérotique était rouge. Cette observation est donnée comme un exemple de retiniiis avec altération dans la sécrétion du pigment de la choroïde. Mais quelquefois la rétine est devenue tout-à-fait méconnaissable, ainsi que Fabrice de Hilden, Heister et d'autres en citent des exemples. Haller, Morgagni, et, à l'Hôtel-Dieu , MM. Ro usseau et A. Sanson , élèves chargés du service des autopsies , l'ont trouvée ossifiée ; M. Magendie l'a vue, partie fibreuse, partie osseuse, et d'une épaisseur variable depuis un quart jusqu'à trois quarts de ligne. D'autres fois, elle n'est que comprimée ou décollée. Le journal que nous avons cité rapporte un autre cas dans lequel on a trouvé, à la face externe de la rétine, quatre vésicules transparentes dont la grosseur vai iait depuis celle d'un pois jusqu'à celle d'une fève de haricot.

Mais plus fréquemment peut-être, c'est dans le nerf optique que l'on trouve des altérations suffisantes pour expliquer la perle de la vue. Quelquefois ce nerf n'est que comprimé par des tumeurs développées dans son voisinage. La nature de ces tumeurs est très-variée : c'est quelquefois un squirrhe, ainsi que Plater, Riolan , Wandeler, etc., l'ont vu, ou un sléatôme, comme OEhme en cite un exemple, ou une production osseuse, ainsi que Schmucker en a rapporté un cas ; d'autres fois c'est un tubercule scrophuleux , comme Sauvage l'a observé; dans quelques cas un kyste, comme P. Paaw, Schmucker en ont fait connaître des exemples. Chez quelques sujets c'est un polype occupant à la fois le crâne et l'orbite , comme Schmalz l'a vérifié ; chez d'autres sujets c'est une extostose du trou optique , ainsi que Boerhaave l'a observé. D'autres fois les nerfs optiques , ou l'un d'eux , sont altérés dans leur organisation. Ainsi, sans parler des cas de rupture de ces nerfs par une violence extérieure , Bolal , Buchwald et Gallereux les ont vus ramollis et ulcérés. Sur un sujet affecté d'amaurose double, et mort dans mon service à la tuile d'un érysipèle , les deux nerfs optiques présentaient sur leur trajet une tache grisâtre, sans aucun changement dans leur consistance. Gallereux, déjà cité, a rencontré un tubercule grisâtre, dur et de la grosseur d'un grain de chenevis, au centre du nerf optique gauche, chez un malade qui avait eu l'œil correspondant affecté d'amaurose; Blegny y a trouvé un calcul près de l'origine de l'un d'eux ; Chesneau en a vu un revêtu d'une espèce de croûte gypseuse ; Bonnet a trouvé ces nerfs fermes et très-friables. Cet auteur et Birniinger ont, dans d'autres cas, observé qu'ils avaient éprouvé un mouvement de torsion. Ruiand a trouvé l'un d'eux distendu par un amas de sérosité ; Villeneuve a observé une dégénération de leur adossement ; Zinn a vu une dilatation de la veine et de l'artère centrales de la rétine. Mais une des altérations le plus fréquemment observées, et dont Vesale , Scultet , Cesalpino , Riolan, Morgagni , Valverde , Santorini , Heiland , Isenflamm , Rolfinck et beaucoup d'autres ont observé des exemples, c'est la flétrissure, l'atrophie de l'un ou de l'autre , ou des deux nerfs optiques.

On sait quelle divergence d'opinions divise les anatomistes sur la question de savoir comment se comportent les nerfs optiques au lieu de leur réunion. S'entrecroisent-ils ? Ne font-ils que s'adosser ? Il semble qu'ici , comme dans beaucoup d'autres cas , l'anatomie pathologique devrait aider à résoudre cette question, car il est évident que, s'ils s'entrecroisent , dans les cas d'amaurose bornée à un seul œil et dépendant d'une altération quelconque du nerf optique siégeant ou remontant au-dessus de sa jonction avec le nerf de l'œil sain , on devrait trouver cette altération sur le côté opposé à l'œil affecté. Mais, quoiqu'un grand nombre d'auteurs aient fait connaître les résultats des autopsies qu'ils ont faites , leurs observations ont peu éclairé ce point d'analomie , soit parce qu'il est assez rare qu'un seul œil et par conséquent un seul nerf optique soit affecté, soit parce que ce n'est pas toujours dans ce nerf que réside la maladie, soit parce que, quand il en est le siège, ce n'est pas toujours au-dessus de son adossement avec celui du côté opposé, soit enfin parce que , en général, les observations sont tronquées , et que qdand on a trouvé une altération partielle du nerf optique , on n'a pas toujours désigné le siège précis de cette altération. U y a plus, c'est que ces observations sont contradictoires entre elles. Ainsi, on verra dans l'énumèration des différentes lésions du cerveau trouvées chez les amauroliques, que certaines d'entre elles ont été trouvées du côté opposé à l'amaurose. Je me rappelle très-bien avoir lu ou entendu citer le cas d'une atrophie du nerf optique trouvée sur un cheval amaurotique d'un seul œil, et dans lequel l'alropliie affectait le nerf corrcs-

AMAUROSE

pondant depuis l'œil jusqu'à la réunion des deux nerfs, et le nerf du côté opposé depuis cette réunion jusqu'au cerveau. Malheureusement je n'ai pu retrouver l'origine de ce fait. D'un autre côté , M. Boisseau a rapporté un fait à l'appui du non-entrecroisecnent , puisque les deux nerfs étant atrophiés dans toute leur longueur, mais l'un d'eux ayant acquis une teinte jaunâtre, il a pu constater que cette teinte continuait à siéger du même côté avant comme après la réunion des nerfs optiques. M. Demours a aussi vu un cas où l'amaulose étant bornée à un seul œil , c'était le nerf optique correspondant qui était atrophié dans toute sa longueur. Ford a trouvé une altération de la couche optique du même côté. Ces faits , malheureusement trop peu nombreux, prouvent contre l'opinion de ceux qui pensent que les nerfs optiques s entrecroisent ou se confondent; mais ceux que nous avons rapportés d'abord prouvent en faveur de cette opinion; faut-il donc en revenir à celle de M. Treviranus , dont les travaux tendent à prouver qu'ils s'entrecroisent seulement par leur partie interne ? Quoi qu'il en soit , il arrive quelquefois que c'est seulement dans le lieu même de l'adossement que les nerfs sont altérés ; en avant et en arrière ils sont sains j l'aniaurose affecte alors les deux yeux en même temps. Presque toujours, dans ces cas, l'afTection primitive, tantôt squirrheuse , tantôt consistant en d'autres altérations , et principalement dans la formation d'un calcul ou d'un kyste , réside dans la glande pinéale et s'est étendue au chiasma nerveux, qu'elle a envahi ou qu'elle comprime seulement. Wepfer, Vieussens , Dehaën, MM. Lévêque-Lassource , Ward, RuUier et Rayer ont rapporté plusieurs cas de ce genre. J'en ai vu moi-même un trop remarquable pour ne pas le relater ici.

Le nommé Bardon (Pierre-Léonard ) , ex-employé , âgé de cinquante-six ans, d'une constitution lymphatique et auquel sa face pâle et imberbe, ses traits efféminés, ses épaules étroites, ses hanches larges, ses parties génitales trèspeu développées , et sa voix grêle , donnaient l'apparence d'une femme , entra à l'Hôtel-Dieu dans le courant du mois de septembre 1827 , pour y être traité d'une amaurose double, complète à l'œil gauche, et presque complète à l'œil droit, à l'aide duquel il pouvait encore apercevoir les objets volumineux, mais sans qu'il lui fût possible d'en apprécier nettement ni la grandeur, ni la forme , ni la couleur. Depuis huit ans cet homme était tourmenté par des maux de tête violens et habituels , 'a la suite desquels la vue avait commencé à s'affaiblir; mais ce n'était que depuis dix-huit mois qu'il avait été obligé de cesser d'écrire, et par conséquent d'abandonner son emploi. Je pensai qu'il existait une phlegmasie encéphalique chronique, et je commençai le traitement par une saignée et par l'application d'un séton à la nuque qui produisirent peu d'effet. Je prescrivis ensuite l'application de vésicatoires volans , qu'on devait placer alternativement sur le front et les tempes , et renouveler incessamment. Sous l'influence de cette médication, il se fit une amélioration sensible et toujours croissante, au point que, trois semaines après son entrée, le malade, placé sur le pont de l'Hôtel-Dieu, voyait distinctement les passans circuler sur le pont public qui conduit à la rue Saint-Jacques. Les vésicatoires furent alors employés avec un peu moins d'activité , et les choses se maintinrent en cet état jusqu'au 13 novembre. Ce jour-là le malade éprouva de la céphalalgie et des douleurs vives dans les oreilles et dans les yeux , douleurs qui semblaient , disait-il , se correspondre vers le milieu de la tête. A la visite du lendemain 14, je crus que ces accidens , qui déjà s'étaient manifestés plusieurs fois dans le cours de la maladie , ne seraient que passagers , et je me bornai à prescrire des bains de pieds et un régime un peu plus ténu ; mais le 15, non-seulement ils persistaient , mais encore toute l'amélioration que j'avais obtenue dans l'état de la vue avait disparu et fait place à la cécité la plus complète. Quinze sangsues appliquées derrière les oreilles flrent disparaître la céphalalgie , mais non les douleurs et la cécité. L'emploi des vésicatoires volans repris avec une nouvelle activité , et l'administration de caïmans n'eurent aucune influence sur ces symptômes fâcheux , et le 21 , à la visite du matin , je trouvai ce malade mort. Quelques minutes auparavant, M. Corbin , élève interne chargé du rang, lui avait parlé et n'avait rien trouvé ni dans ses réponses , ni dans son état général, qui pût faire prévoir cette catastrophe. Il avait expiré sans proférer un seul cri ni une seule plainte que ses voisins aient entendus, et il fut trouvé, par l'élève que je viens de nommer, dans la même position où il venait de le laisser. L'autopsie fut faite avec le plus grand soin , en présence de MM. Corbin, Robert et Legros, élèves internes de l'Hôtel-Dieu. 'V'oici ce que nous avons trouvé :

A la place de la glande pinéale , dont il fut impossible de découvrir aucune trace, existait un kyste de la grosseur d'un petit œuf de poule , rempli en partie par une matière liquide , grasse , jaunâtre , mêlée à une certaine quantité de sang , et en partie par une matière solide , jaune, friable , d'apparence caséeusc ou tuberculeuse. Les parois de ce kyste, fibreuses dans la plus grande partie de leur étendue, étaient constituées en haut et un peu en avant, dans le lieu où rentrecroisement des nerfs optiques aurait dù s'appuyer sur lui, par une plaque osseuse très-irrégulièrement quadrilatère, de l'épaisseur de deux lignes dans quelques points, et de trois dans d'autres, dont la face inférieure se laissait voir à nu dans l'intérieur du kyste, et offrait des aspérités qui y faisaient saillie, et dont la circonférence était confondue de toutes parts avec les parois fibreuses de cette poche, de telle sorte qu'elle paraissait n'être qu'une partie ossifiée de ces parois. Cependant au-dessus de cette plaque il ne rcst;iit aucun vestige de l'adossement des nerfs optiques. La partie de ces nerfs postérieure à leur réunion , aplatie par le kyste , ramollie et altérée , le contournait en arrière et sur les côtés, en y adhérant, et venait s'y perdre en un point correspondant aux parties latérales et postérieures de la plaque osseuse ; là, la substance du nerf, confondue avec les parois du kyste, ou pour mieux dire

162) AMAUROSE

avec la plaque osseuse, disparaissait complètement et brusquement; toutefois : l'adhérence était faible et assez analogue à celle des racines de certains nerfs i à ta surface des organes encéphaliques. Elle fut détruite , et l'on reconnut dans ^ le point correspondant une tache blanche arrondie , de même diamètre que le S nerf, et appuyée sur la plaque ossifiée. Plus loin en devant du kyste , et sur | les côtés , dans le point correspondant aux parties antérieures et latérales de 1 la concrétion osseuse , on retrouvait les nerfs optiques se dirigeant vers les i trous de même nom, mais atrophiés jusqu'à l'œil. Entre le lieu où les nerfs t disparaissaient postérieurement et celui où on les voyait renaître antérieu- . rement, il n'y avait d'autre moyen de communication que la partie ossifiée des ■ parois du kyste , qui remplaçait ou qui représentait par conséquent leur ados- j sèment. Dans les yeux nous avons trouvé les rétines minces, d'un gris légè- j rement rougeâtre , et presque transparentes. Le cerveau non plus que les j autres organes ne présentait aucune autre lésion appréciable. \ Les cas dans lesquels c'est dans le cerveau et non dans la rétine ou dans les .' nerfs optiques que l'on rencontre les lésions auxquelles on peut attribuer les | symptômes amauroliques ne sont pas très-rares. Celles-ci sont assez variées. : Tantôt ce sont des lésions purement accidentelles. Tel est le cas rapporté ' par Andersen d'une amaurose dépendant de la présence d'une esquille dans le « côté du cerveau opposé à l'œil affecté. Tantôt ce sont des abcès, ainsi que l'ont | vu Baiilou , Becket , La Peyronnie et d'autres. Dans d'autres cas , ce sont des > cpanchemens séreux dans les ventricules , comme Bonnet et d'autres l'onta observé, ou sanguins, ainsi que Willis et autres en rapportent des exemples.! D'autres fois on a rencontré dans le cerveau des tumeurs stéatomateuses, a squirrheuses et d'autre nature. Ford a observé une excroissance de la couche > optique du même côté que l'amaurose. Petit a trouvé dans un cas un ramollis- V sèment du corps strié, etc., etc. | Enfin, dans quelques cas, soit que les organes qui concourent k la vision* soient sains ou malades , l'on rencontre des altérations plus ou moins remar- ^ quables dans d'autres organes , altérations ordinairement graves , et souvent ! évidemment plus anciennes que l'amaurose, qui, dès-lors, peut en être regardée 3 comme la conséquence. Heister en a observé dans les viscères thoraciques et ; abdominaux; d'autres en ont vu dans les nerfs ou les parties molles qui avoi- ; sinent l'orbite ou le crâne.

Ainsi , les autopsies cadavériques prouvent que l'amaurose peut être idïopaî^i thique , c'est-à-dire dépendre uniquement d'une lésion de la rétine; indirecte, , ou sj-mptomatique , c'est-à-dire dépendre uniquement d'une altération du nerf I optique ou de la partie du cerveau chargée de recevoir les perceptions lumi- I rieuses; ou sympathique , c'est-à-dire dépendre de lésions d'organes qui n'ont | aucune liaison de continuité avec l'appareil de la vision. . ( Théorie. — On peut donc admettre à priori des causes directes, des causes | indirectes et des causes qui agissent par sympathie ; mais quelle est la manière I d'agir de ces causes? C'est ce qu'il est quelquefois fort difficile , pour ne pas j dire impossible , d'expliquer. Souvent , cependant , à en juger par leurs effet», f ces causes déterminent une irritation. Cela est hors de doute pour les cas où I l'on trouve des traces d'inflammation, de suppuration, des productions i morbides ou des dégénérations diverses; il en est de même lorsque, comme I cela arrive assez fréquemment, on ne trouve que des traces de congestion il sanguine, soit dans l'appareil de la vision, soit dans toute la masse encépha- 1 lique. Quand alors la maladie a eu son siège dans la rétine , il est démontré que i c'est l'irritation de cette membrane ou les désordres divers qui en ont été la suite qui ont produit la cécité. Mais quand ces altérations attaquent le nerf : optique ou le cerveau , il s'en faut de beaucoup que la rétine participe toujours | à l'irritation de ces parties. Elle n'y participe qu'à la manière des extrémités I des autres nerfs , qui ne s'enflamment ou ne s'irritent pas toujours à l'occasion il d'une irritation placée sur leur trajet ou dans la partie du cerveau d'où ils j tirent leur origine ; aussi trouve-t-on alors la rétine plus souvent saine • qu'irritée. Il y a plus même, c'est que quand la maladie dure depuis longtemps on trouve souvent cette membrane atrophiée , soit seule, soit avec toute la portion de nerf otique étendue entre elle et le lieu de l'affection; et cet effet , que produisent les altérations organiques du tissu même du nerf optique et du cerveau , les tumeurs qui naissent dans le voisinage de ces parties , et qui ne font que les comprimer, le déterminent par un mode d'action beaucoup plus facile à expliquer. Ainsi , les causes irritantes peuvent déterminer secondairement l'irritation , ou l'atrophie de la rétine et du nerf optique. Il est facile d'expliquer comment l'irritation du nerf optique ou du cerveau peut se transmettre à la réline ou la laisser saine. Mais comment les mêmes causes produisent-elles l'atrophie ? Faut-il admettre que , tandis que des causes excitantes agissaient sur le cerveau ou sur le nerf, des causes asthéniques ont agi sur la rétine? Si on réfléchit que ce n'est en général que chez les amauroliques affectés depuis long-temps qu'on rencontre cette lésion, on sera porté à penser que l'atrophie de la rétine a lieu parce que les impressions qu'elle reçoit ne pouvant plus être transmises au cerveau , elle finit par cesser de se nourrir comme tous les organes qui deviennent inutiles. Quoi qu'il en soit, quelle est dans ce cas la lésion qui a produit la cécité? évidemment celle du nerf optique ou du cerveau : la seule différence qu'il y ait, c'est que, quand la rétine est saine , elle transmet la perception des rayons lumineux jusqu'au point malade , où elle est arrêtée; tandis que quand elle est irritée ou atrophiée , la perception rf a pas lieu, même sur la rétine.

Mais si dans le plus grand nombre des cas où l'on trouve des désordres organiques , ceux-ci sont de nature à faire supposer l'action antérieure de causes I sthéniques , il est d'autres cas où ces lésions indiquent l'action de causes tout- i à-fait asthéniques. Tels sont ceux où l'on ne trouve d'autre altération qu« |

AMAUROSE

A3IAUR0SE.

trophle ptire et simple des parties nerveuses qui concourent à la vision. Or, 'anatomie pathologique prouve encore que , de même que les causes irritantes, es causes d "asthénie ou d'atrophie peuvent porter leur action sur la rétine , le jerf optique ou le cerveau. Lorsque ces causes agissent sur la rétine, elles ne )eHvent déterminer bien évidemment qu'une asthénie idiopathique , et l'amauose qu'elles déterminent est par asthénie directe ou idiopathique ; mais quand «s causes agissent sur le nerf optique ou sur le cerveau , quelle modification ont-elles éprouver à la rétine ? Nous avons déjà vu que l'irritation des mêmes larties peut entraîner l'asthénie de cette membrane ; mais le flambeau de l'anaomie pathologique nous manque pour répondre à la dernière question. Touteois , il n'est pas probable que l'atrophie du nerf optique ou du point correslondant du cerveau puisse déterminer l'irritation de la rétine; il y a heu de xoire au contraire qu'elle la laisse saine, ou qu'elle en détermine aussi l'atrophie ar cessation de fonction, et que , par conséquent, il existe une amaurose Sthénique sjmptomatiqae d'une asthénie du nerf optique , ou du point corresondant du cerveau. Mais l'amaurose par asthénie de la rétine peut-elle être rmpathique , c'est-à-dire l'effet de l'affection asthénique d'un autre organe ? ans doute il en peut être ainsi , mais l'anatomie pathologique ne l'a point ncore prouvé ; et dans la plupart des cas où l'asthénie de la rétine parait épendre de l'affection d'un autre organe , celui-ci est presque toujours le siège 'une irritation plus ou moins marquée , aiguë ou chronique , d'où il résulte que (a causes qui sont susceptibles de déterminer l'amaurose asthénique sympalique sont presque toujours des causes irritantes.

Toutefois on sent que lorsqu'il s'agit de prononcer à l'autopsie cadavérique une amaurose sthénique ou asthénique est sympathique d'une autre maladie, i doit se trouver fort souvent embarrassé ; car , quoi qu'on fasse , il arrive ■équemment qu'on ne découvre entre l'affection organique éloignée et celle de rétine , qu'un rapport de connivence plutôt qu'un rapport évident de inse à effet.

Causes. — La connaissance d'altérations qui supposent l'action plus ou moins recte , sur la partie du système nerveux chargée de la perception des rayons imineux , de causes excitantes ou asthéniques , est évidemment le résultat le us général des recherches d'anatomie pathologique dirigées dans le but éclairer l'étiologie et le mécanisme de la formation de l'amaurose. Mais il iste encore beaucoup de choses à apprendre à ce sujet ; beaucoup de questions tendent encore leur solution. Comment , par exemple , agissent les causes amaurose qui , ainsi que cela arrive trés-fréquemment , ne laissent aucune ace ? San^ doute aussi , en produisante stimulation ou l'asthénie de la rétine, ais à un degré assez faible pour ne point déranger d'une manière évidente )rganisation de celte membrane ; mais c'est là une conjecture , ce n'est point 1 fait démontré. Pourquoi la même cause porte-t-elle son action tantôt sur le rveau , tantôt sur le nerf optique, tantôt sur la rétine, tantôt sur tous ces ints à la fois ? Quelles sont les causes qui agissent plus spécialement sur l'un . l'autre de ces points ? On sent facilement que si la solution de toutes ces lestions était connue, il serait facile de classer les causes de l'amaurose , et >us n'avons pas besoin de faire ressortir l'importance d'une semblable classifiiion. Malheureusement , dans l'état actuel de la science , elle est à peu près ipossible. Je vais cependant essayer , à l'exemple , mais non à l'imitation de ichter, de mettre quelque ordre dans l'exposé que je vais faire des nombreuses uses qui peuvent donner lieu à l'amaurose.

Je les diviserai, d'après leurs effets , en causes slhéniques et en causes asthéques. Dans chacune de ces classes, je chercherai autant que possible à ranger semble les causes qui portent directement leur action sur la rétine, celles li affectent le cerveau , celles qui n'agissent sur ces parties qu'en développant abord une maladie dans un autre organe, ou pour mieux dire qui consistent en emaladie d'unautre organe , età eu constituer autant d'ordres. Enfin, je plarai dans un dernier ordre les causes peu nombreuses qui ne peuvent pas être ngées parmi les précédentes , ou dont la manière d'agir est inexplicable. Cette classification , simple et facile au premier coup d'œil , présente cepennt des difficultés. Ainsi , par exemple , la sphère d'action d'une cause morbide n'est pas tellement limitée qu'elle ne puisse s'étendre en même temps à usieurs organes , surtout à des organes continus comme le sont la rétine et le rveau, et d'unautre côté, cette action n'est pas tellement spéciale que la §me cause ne puisse affecter isolément plusieurs organes différens ; une cause •itante qui agit sur l'oeil peut enflammer le cerveau ; la syphilis peut attaquer dément la rétine , le nerf optique, le cerveau, ses enveloppes ou un organe ligné. Déplus, la disposition des différens sujets fait que la même cause proit chez eux des effets tout opposés. Certaines causes asthéniques , par exeme , commencent quelquefois par déterminer l'irritation de la rétine. La prition de la lumière , les pertes séminales fréquentes produisent dans quelques s la photophobie avant de déterminer l'amaurose.

Mais on peut éluder une partie de la difficulté en plaçant dans l'ordre qui prime leur action principale les causes morbifiques qui peuvent affecter pluiurs organes continus. Ainsi quoiqu'une lumière vive puisse irriter le cerveau , tte cause d'amaurose sera placée parmi celles qui déterminent cette maladie agissant directement sur la rétine. Seulement j'aurai soin de rappeler que (Il n autre mode d'action est possible , quoique moins probable. Enfin , les uses dont la manière d'agir est inexplicable seront , ainsi qu'il a été dit , expo- Bs dans un ordre à part. De cette manière il sera possible d'éviter la confusion. Causes sthéniques qui agissent directement sur l'œil, et qui produisent '^^ anaurose par stimulation directe de la rétine . Elles consistent quelquefois en i état morbide ; elles peuvent dans quelques cas porter leur action stimulante sque sur le cerveau.

Ces causes , de même que toutes celles qui rentrent dans les ordres suivans , peuvent avoir besoin d'agir pendant long temps ou être assez efficaces pour produire instantanément la maladie , c'est-à-dire qu'on pourrait les distinguer en prédisposantes et efficientes; mais comme elles ne diffèrent que par les degrés de leur activité , et qu'à la longue les causes prédisposantes peuvent devenir efficientes , j'avertis une fois pour toutes que je les confondrai en un seul et môme groupe, parce qu'il sera très-facile de distinguer leurs degrés d'efficacité respectifs. Ce sont :

Un état habituel de pléthore des vaisseaux sanguins de l'œil; l'inOammalion lente de la conjonctive et des parties externes de l'appareil de la vision , et toutes les causes qui peuvent la déterminer; l'irritabilité trop grande de la rétine; son inflammation; les causes qui peuvent produire celle-ci , telles que : l'exposition habituelle de l'œil à une vive lumière, comme celle des foyers, des fourneaux, des forges; la contemplation d'objets très-petits et fortement éclairés ; l'usage des globes d'eau dont certains ouvriers se servent pour concentrer la lumière sur l'objet qu'ils travaillent; l'impression directe d'un éclair , de la lumière du soleil, celle des rayons de cet astre reflétés par le sable , la neige , les corps blancs et brillans ; la lecture prolongée de caractères fins , à toutes les lumières, mais surtout, dit-on, à celles de la lune; l'usage des lentilles , des télescopes, des microscopes; l'impression des gaz ammoniacaux qui s'exhalent des fosses d'aisance , et , suivant M. Weller, celle des vapeurs sulfureuses; enfin, la commotion de l'œil déterminée par un violent soufflet du même côté, par l'action d'un corps contondant sur quelque point de la base de l'orbite , etc. ; les contusions , les plaies pénétrantes de cet organe simples ou compliquées de la présence des corps étrangers vulnérans, comme des grains (Je plomb; celles qui résultent en particulier de l'opération de la cataracte par la méthode de l'abaissement, et surtout l'exposition prématurée de l'œil à l'action irritante de l'air et de la lumière après cette opération.

Causes sthéniques qui portent indifféremment leur action sur la rétine ou le ceri'eau. Elles produisent , pour la plupart, une irritation destinée à remplacer un travail physiologique ou morbide supprimé ailleurs. Ce sont :

La pléthore généi'ale et tout ce qui peut la produire ; l'usage d'alimens trop excitans et trop substantiels; la suppression brusque de quelque sécrétion normale ou anormale de quelque travail physiologique cui pathologique, et par conséquent les diverses métastases; la suppression delà transpiration cutanée ; celle de la sécrétion ancienne de mucosités dans l'oreille, dans la membrane muqueuse nasale; celle du lait, des lochies; celle de toutes les éruptions cutanées, aigués ou chroniques ; la cicatrisation inopportune de vieux ulcères ; la suppression d'un vésicatoire ou d'un cautère; la suppression des règles , de flux hémorrhoïdaux , d'une épistaxis habituelle; l'oubli d'une saignée dont on a contracté l'habitude; l'impression du froid sur la peau et surtout sur le cuir chevelu ; l'insolation prolongée ; les efforts violens et continués pendant long-temps pour porter ou soulever de lourds fardeaux , etc.

Causes sthéniques qui portent plus spécialement leur action sur la partie du cerveau chargée de recevoir les impressions lumineuses. Elles agissent en stimulant le cerveau ; elles stimulent aussi quelquefois le nerf optique et la rétine ; mais elles les laissent souvent sains ; elles peuvent à la longue déterminer l'amaurose pàr asthénie. Ce sont :

La constitution apoplectique , les veilles prolongées , les travaux opiniâtres , les passions violentes , la colère , la fureur , l'habitude de l'ivresse , l'usage fréquent des bains trop chauds, les plaies, les contusions du crâne et du cerveau ; la commotion cérébrale produite par un coup ou par une chute , par une forte détonation, par un violent soufflet reçu du côté opposé à la maladie ; toutes les causes qui peuvent déterminer les congestions cérébrales et les inflammations aigués ou chroniques des organes encéphaliques ou de l'enveloppe fibro-osseuse qui les protège. Les convulsions, l'épilepsie, etc., comptent souvent l'amaurose au nombre de leurs effets.

Causes sthéniques qui consistent dans une maladie d'un organe plus ou moins éloigné de l'œil. Elles peuvent déterminer l'amaurose avec sthénie , mais le plus souvent elles déterminent l'amaurose avec asthénie de la rétine , comme si la sensibilité nerveuse se concentrait sur le point primitivement affecté.

Tels sont : l'embarras gastrique, la gastrite , la gastralgie , l'indigestion , les vers intestinaux , la colique de plomb , les empoisonnemens par des substances âpres , l'hypochondrie , et toutes les irritations aiguës ou chroniques des viscères abdominaux. Telles sont encore la présence d'un calcul dans la vessie, dans l'urètre ou dans les reins; la menstruation douloureuse ; l'état de couches ; la syphilis; les fatigues excessives du corps, les marches forcées ; les affections rhumatismale et arthritique ; la dentition difficile et accompagnée de convulsions ; les maladies aiguës , graves , surtout celles qui affectent le cerveau ; les affections chroniques graves.

Causes asthéniques qui agissent sur l'œil et provoquent directement l'amaurose par asthénie de la rétine. Quelques-unes en augmentent d'abord la sensibilité. Ce sont :

La privation de la lumière : quelquefois une cataracte qui dure depuis trèslong-temps ; l'application sur l'œil de quelques narcotiques , l'extrait de belladone , par exemple.

Causes asthéniques qui agissent d'abord sur un organe autre que l'œil- Ce sont :

Les pertes séminales fréquentes , et par conséquent les pollutions diurnes et nocturnes , la paasturbation , le coït trop répété ; toutes les pertes abondantes, qui jettent l'économie dans un grand état de faiblesse, telles que celles de salive, les flux de sang , d'urine , de bile ; les saignées

abondantes; l'allaitement prolongé pendant trop long-temps; le défaut d'une alimentation suflisante , les ahmeu»

I AMAUROSE

<lc mauvaise qualité ; les poisons narcotiques ; la castration ; la vieillesse ; le tempérament lymphatique; les chagrins, les inquiétudes vives; la frayeur prolongée ; le jeûne ; la morsure du serpent, comme Ta vu Bosmann.

Causes qui ne rentrent dans aucun des ordres précédens. Ce sont :

L'hérédité; Beer , M. Demours et d'autres en ont vu et fait connaître des exemples; j'en ai aussi vu un fort remarquable qui m'a été présenté par une famille composée du père et de quatre enfans , deux filles et deux garçons , qui tous sont devenus amaurotiques à l'âge de vingt-un ans ;

Telles sont encore certaines idiosyncrasies qui disposent à des attaques d'amaurose passagère, à l'occasion de l'action de quelques causes déterminées, (elles que l'usage de certains alimens ou certains médicamens. Beer a vu l'amaiirose succéder à l'usage du chocolat. Le même auteur attribue une influence assez active pour la production de l'amaurose à Tusagc du café de chicorée, des amers , de la bière et surtout du quassia amara ;

L'état de grossesse î chez quelques femmes, ainsi que Morgagni en a rapporté un exemple ; Beer en a vu un autre remarquable en ce que la femme qui , dans deux couches précédentes , était devenue aveugle entre le troisième et le quatrième mois , ne put être guérie après la troisième ;

La circonstance d'avoir les yeux bruns ou noirs ; circonstance indiquée par Beer , qui a calculé que , sur trente amaurotiques , vingt-neuf avaient les yeux bruns ou noirs ;

Les plaies des sourcils, les solutions de continuité du nerf frontal, les opérations faites sur ces régions. M. Demours a vu l'amaurose succéder à l'extirpation d'un kyste situé à trois pouces au-dessus delà queue du sourcil gauche, le lendemain de l'opération. Comment agissent ces causes , qui peuvent déterminer l'amaurose , non-seulement dans l'œil du même cùté, mais encore dans celui du côté opposé ? Probablement en lésant quelques branches du nerf de la cinquième paire. On sait que M. Magendie pense que ce nerf, qui envoie des branches à presque tous les sens , prend une part à leurs fonctions. Les faits que je viens de citer sembleraient prouver qu'il leur est indispensable dans quelques cas. Celui que j'ai rapporté plus haut d'une ossification de l'entrecroisement des nerfs optiques , chez un sujet qui voyait encore trois «jours avant sa mort, semble indiquer qu'il peut même suppléer les nerfs qui paraissent spécialement chargés de la sensation;

La section de la barbe, celle des cheveux, celle de la plique.

f^ariétés , symptômes , marche et durée de l'amaurose. L'examen des caractères anatomiques et celui des causes ont prouvé qu'il y a des amauroses directes, des amauroses indirectes, des amauroses idiopathiques et sympathiques , des amauroses héréditaires , et que les unes et les autres peuvent être sthéniques ou asthcniques.

L'étude de la maladie, sous d'autres rapports, a conduit les pathologisles à reconnaître des amauroses simples ou doubles, congéniales et séniles , des amauroses passagères et durables, lentes et subites, récentes et anciennes ou invétérées ; continues, intermittentes et périodiques, complètes ou incomplètes, partielles ou totales. Presque toutes ces expressions, ont un sens tellement déterminé qu'elles n'ont besoin d'aucun commentaire ; il n'en est pas de même des deux dernières, qu'il convient d'expliquer. Dans le plus grand nombre des cas , l'amaurotique , lorsqu'il veut se servir seulement de l'œil affecté , ou lorsque tous deux le sont, se trouve plongé dans une obscurité plus ou moins complète, mais imiforme pour tous les objets : c"est l'amaurose totale , c'està-dire qui affecte la totalité de la rétine ; mais dans quelques cas une partie seulement de cette membrane semble être le siège de l'affection : les objets paraissent en partie éclairés et en partie obscurs , et les points qui envoient à la rétine les rayons lumineux qui ne sont pas perçus, semblent former des taches ou des bandes de formes variables ; dans quelques cas , ces objets paraissent avoir perdu quelques-unes de leurs parties; dans d'autres, les malades n'envoient que la moitié; il leur semble que le reste est caché par un corps opaque invisible ; c'est alors l'amaurose partielle. Mais n'est-ce pas là une lésion des fonctions cérébrales plutôt qu'une lésion de l'œil? Je pense qu'il en est souvent ainsi , et je pense encore que l'on doit rapporter aux aliénations des fonctions cérébrales cette autre espèce d'amaurose observée par quelques personnes, et dans laquelle les malades étaient aveugles quand ils ouvraient les deux yeux, et recouvraient la faculté de voir quand ils en fermaient un.

Quoi qu'il en soit, il est facile devoir que ces divisions ne se rattachent qu'à des circonstances purement accessoires et qui n'ont que peu d'importance. Quelques-unes d'entre elles sont, en effet, tout au plus propres à faire modifier le pronostic. Les seules divisions fondamentales, puisqu'elles sont de nature à modifier le traitement, sont celles que nous avons fait connaître d'abord et qui consistent à regarder l'amaurose comme slhénique ou asthénique , directe, indirecte ou sympathique; qu'elle soit ensuite lente ou rapide, congéniale. ou accidentelle, etc. , il est évident que cela ne peut influer en rien sur les indications thérapeutiques.

L'amaurose affecte le plus ordinairement les deux yeux, quelquefois au même degré , le plus souvent à des degrés différens. Quand elle n'est pas traumatique et qu'elle n'affecte d'abord qu'un œil, l'autre ne tarde pas en général à devenir amaurotique. Dans quelques cas rares, on a vu l'amaurose cesser à un œil et se porter sur l'autre.

L'invasion de l'amaurose, quelquefois subite au point que la cécité se déclare instantanément dans l'espace de quelques heures, ou dans l'intervalle île quelques jours , est le plus ordinairement lente et graduelle, et ne s'établit qu'après quelques mois ou même quelques années. Dans ce cas , si l'amaurose est totale , le malade voit les objets comme plongés dans une obscurité qni-

I6i) AMAXJROSE. "

forme ; il perd peu à peu la faculté de distinguer les contours, les sailllés qu'ils ■! présentent; bientôt il ne voit plus ceux d'un petit volume; enfin , il ne distingue ': plus que les couleurs les plus éclatantes, comme le blanc; puis il n'apprécie i plus que les masses, et finit par perdre la faculté de distinguer même les j ténèbres de la clarté du jour. Si l'amaurose est partielle , soit qu'elle doive i conserver celte forme, soit qu'elle doive par la suite devenir totale, le j malade voit les objets ou bien comme coupés en deux parties, dont une seule | lui apparaît, ou il ne peut distinguer que leur centre, ou, au contraire, il n'en voit que la circonférence, de telle sorte que quand il regarde sur un livre, ; il ne distingue que les lettres qui commencent et finissent un mot, mais point ; celles qui se trouvent au milieu, ou il aperçoit les corps extérieurs comme \ recouverts de lignes droites ou onduleuses, de rameaux, de réseaux, de bandes, \ de traits, de mouches, de taches grises, noires , blanches , lumineuses, rouges, f vertes , violettes , rondes , ovalaires ; quelquefois encore il les aperçoit comme ■ à travers un nuage de poussière. * Ces taches, ces lignes , etc., sont fixes, c'est-à-dire qu'elles ne suivent que '| les mouvements de l'œil , se portent avec lui en bas, en haut, en dehors ou ] en dedans , restent toujours dans le même rapport avec l'axe visuel , et qu'elles restent immobiles aussitôt que l'œil n'exécute plus aucun mouvement; mais j lorsque la maladie doit envahir la totalité de la rétine, les taches se multi- | plient, elles s"étendent et finissent par produire une obscurité telle que la i cécité en est le résultat. Quelquefois il arrive qu'il reste, pendant quelque -1 temps au moins, un point de la rétine que la maladie n'a point envahi; alors | le malade peut distinguer certains objets ; il peut surtout voir à se conduire, . en donnant à l'œil une position telle que le point de la rétine resté sain, \ puisse recevoir les rayons lumineux qui émanent de l'objet qu'il veut con- i sidérer.

Ces accidens sont souvent précédés et accompagnés de céphalalgie , dé;!i vertiges , quelquefois de somnolence , et de divers symptômes , de congestion % ou d'affections cérébrales aiguës ou chroniques ; de douleurs à l'œil , de l'im- i possibilité de recevoir l'impression de la lumière sans que la rétine en soitl blessée , et de tous les phénomènes morbides qui appartiennent aux mala-l dies nombreuses dont l'amaurose peut être une suite. 11

A ces symptômes, perçus seulement par le malade, il faut joindre ceuxi que le chirurgien peut reconnaître. La pupille reste ordinairement noire , ceij qui prouve que le cristallin et le corps vitré ont conservé leur transparence ; l elle est aussi ordinairement fortement dilatée, et l'iris est immobile. Pour J s'assurer de ce fait , il faut, après avoir exposé à la lumière du jour l'œil doBtiij on veut constater l'état, le faire fermer, appliquer pendant quelques instansi' le pouce SUT la paupière supérieure abaissée , et la relever ensuite rapidement.

Une précautio'n importante pour bien juger de l'état de l'iris consiste à tenir couvert l'œil opposé. Il est d'observation que , quand cet œil est sain ou affecté moins complètement, l'influence de la lumière sur lui se propage par sympathie à l'iris de l'œil malade, et en détermine les contractions.

C'est en procédant de cette manière que l'on a pu constater que l'iris, véritablement immobile dans la grande majorité des cas, peut quelquefois, mais rarement, conserver sa contractilité. Dans quelques cas d'amaurose incomplète , l'iris ne conserve cette faculté que dans la partie de la journée où le soleil est au-dessus de l'horizon; il la perd le soir , et ne l'a pas encore recouvrée le matin.

La pupille, ainsi qu'il a été dit, est ordinairement d'un beau noir ; mais il n'est pas rare de la voir présenter une teinte blanchâtre, ou jaunâtre , oUi verdâtre, livide, quelquefois marbrée et comme nébuleuse. Dans quelquesi cas même la teinte est fort apparente et se présente , ainsi que Haller le rap-( porte , sous la forme d'une large tache sur laquelle on peut même distingueii les ramifications déliées de quelques vaisseaux sanguins. J'ai vu dernièremend un cas de ce genre. Quelquefois, lorsque l'on examine l'œil dans l'obscurité | il jette un reflet brillant analogue à celui que produit le tapis chez certaini animaux. Cette particularité a servi à Beer à établir une espèce d'amaurosi qu'il a désignée sous le nom à'œil de chat. Ordinairement les limites de li teinte du fond de l'œil ne sont point appréciables ; mais dans quelques caelle se présente sous forme de bandes ou de taches plus ou moins irrégulières Quelle que soit sa forme, cette teinte, qui dépend évidemment d'une colora tion morbide de la rétine, toujours éloignée de la pupille, répond au fond d l'œil et présente ordinairement une forme concave. Pour s'assurer de ce fait il faut regarder l'œil alternativement en avant, de haut en bas , et de côté.

Dans quelques cas , la pupille , au lieu d'être dilatée et immobile , est immc bile et resserrée , même à un très-fort degré ; ce qui ne permet pas de distiii guer la couleur du fond de l'œil ; mais ces cas ne sont pas fréquens. '

Enfin, il arrive aussi, et assez souvent même, que la pupille deviei I irrégulière. Il faut encore, pour s'assurer de ce fait, couvrir l'un des yeu- • pendant qu'on observe l'autre, parce que la pupille de l'œil le moins affcci \ entretient la régularité dans celle de l'œil qui l'est le plus.

Assez souvent, mais non toujours , le malade est affecté d'amaurose louchei ' soit qu'un seul œil soit affecté , soit que les deux le soient inégalement , se enfin que tous deux soient atteints d'amaurose complète et totale. Dans . premier cas , il ne dirige pas vers les objets l'œil qui ne peut rapporter auctil' P sensation ; dans le second , il détourne de l'axe des rayons visuels l'œil qui i . "î lui rapporte que des sensations confuses et qui ne sont point en rapport avi ' \ celles que fournit l'œil sain; dans le dernier, ses yeux sont en désaccorc i parce que , n'y voyant plus du tout , il les jette en quelque sorte au hasarc j. privé qu'il est d'un point de mire sur lequel il soit certain de les dirig < simultanément. Dans ce cas encore , le regard prend un air de stupeur , d'ic I li

AMAUROSE

AMAUROSE

passibilité , trétonnement et d'hébétude tout-à-fait caractéristique. Enfin, quand l'amaurose n'est que partielle, le malade, dans le plus grand nombre cies cas, louche encore, ou, tout au moins, porte la tête de côté, parce que, l'affection commençant presque toujours par le centre, c'est sur les côtés qu'il 3st obligé de faire tomber les rayons lumineux pour en avoir la perception.

La durée de l'amaurose est tout-à-fait variable et indéterminée. Quand elle Jépend d'une cause passagère, éventuelle ou intermittente , elle peut ne durer que quelques instans , quelques heures ou quelques jours ; mais dans le plus grand nombre des cas sa durée est beaucoup plus longue ; souvent même elle dure autant que la vie , soit à l'état d'amaurose complète , soit à celui de simple ambijopie. Elle prive d'une fonction si importante , que les malades, quelque incurie qu'on leur suppose , réclament presque toujours de bonne heure les secours de l'art ; de sorte qu'il est difficile de dire si l'amaurose continue est susceptible de se guérir spontanément. Quant à l'amaurose intermittente et à :ertaines amauroses produites par des causes tout-à-fait éventuelles et passagères, cela est hors de doute. Un autre fait encore moins douteux , c'est la juérison obtenue par l'emploi méthodique des procédés de l'art. Malheureusement les cas dans lesquels il réussit ne sont pas les plus nombreux.

On a avancé que l'amaurose pouvait se terminer de diverses autres manières; ais on a alors confondu l'amaurose avec une foule d'altérations organiques ont elle n'est qu'un effet ou une complication. C'est ainsi que quand une poplexie termine la vie du malade , ou quand l'œil , long-temps amaurotique , ient à être pris de la dégénération particulière du corps vitre qu'on appelle glauôme, on doit voir dans les deux cas plutôt deux effets d'une même cause , par onséquent une complication , qu'une terminaison particulière de l'amaurose. La plupart des altérations organiques ayant leur siège dans d'autres organes jue la rétine , peuvent à bon droit être dans quelques cas regardées comme es complications ; ce sont tous ceux où , au lieu d'avoir précédé la cécité , lies l'ont suivie ou se sont développées en même temps; alors , en effet , il est vident qu'elles ont avec l'affection de la rétine une origine commune , ou u'elles en ont une qui leur est particulière. C'est ainsi que quelquefois l'amauose peut se trouver compliquée de cataracte , d'altérations diverses , de produclons morbides , de dégénérations des parties constituantes de l'œil , de lésions iverses dans des viscères plus ou moins éloignés de l'organe de la vue , etc. Diagnostic. — Dans les cas les plus ordinaires , l'amaurose est caractérisée par diminution ou la perte de la faculté de voir , que le malade seul peut évaluer; immobilité de l'iris et la dilatation de la pupille coïncidant avec la transparence arfaite des milieux que les rayons lumineux doivent traverser pour arriver à la' tine , uhe variété du strabisme , l'état d'hétfétude du regard , et souvent aussi tme teinte variable et concave , occupant le fond de l'œil : tous signes que le chirurgien seul peut constater. Si ce groupe de symptômes était constant , si aucun d'eux ne pouvait appartenir à d'autres maladies , ou être simulé , ou , aon-seulement manquer mais encore être remplacé par un autre tout opposé , le diagnostic de l'amaurose n'offrirait aucune difficulté ; mais il n'en est pas ainsi. L'un des symptômes que l'on a regardé pendant long-temps comme des plus caractéristiques, la dilatation avec immobilité de la pupille, peut exister sans qu'il y ait amaurose. Il appartient à la mjdrase ou paralysie de l'iris. D'un autre côté , il peut être simulé facilement par l'instillation de quelques gouttes d'extrait de belladone entre les paupières , ou par l'administration 'intérieure des préparations de cette plante. A la vérité , dans ce cas , le malade conserve la faculté de voir , et il est bien difficile qu'il résiste au mouvement instinctif qui l'engage à fermer les paupières quand on menace l'œil d'un choc imprévu. Cependant, malgré l'importance que Morgagni et d'autres ont attachée au clignotement des paupières pour reconnaître l'amaurose simulée , il s'en faut de beaucoup que l'on puisse inférer avec certitude de l'absence de ce signe qu'il y a amaurose vraie chez un individu qui ne le présente pas , de même qu'on ne jpeut pas prononcer qu'il n'y a pas d'amaurose quand ce signe existe; parce qu'un homme d'une volonté ferme et qui s'est suffisamment exercé , peut trèsbien supporter sans sourciller et sans fermer les paupières l'approche d'une vive lumière , ou celle de la main, des doigts ou de divers instrumens dont on menace de frapper ou de saisir l'œil ; parce que , quand l'amaurose est incomplète , le malade ayant la perception des objets , cherche à éviter , en fermant les yeux , ceux qui menacent de le blesser ; et enfin parce que certains malades, complètement aveugles, sont doués d'une délicatesse de tact telle qu'ils sentent à distance la présence des corps qui pourraient les heurter et qu'ils les évitent avec une grande habileté. Enfin , dans quelques cas encore , ce signe , la dilatation avec immobilité de l'iris , manque ; la pupille conserve ses mquvemens. Toutefois , je dois dire qu'il est rare qu'ils soient aussi étendus et aussi vigoureux que dans l'état naturel ou que ceux de l'œil sain , quand un seul est affecté.

Le strabisme , indiqué par Ackermann et Richter comme signe certain d'amaurose . peut se rencontrer dans l'amblyopie simple, ainsi que nous l'avons dit, et peut d'ailleurs être simulé.

L'hébétude du regard , qui est à la vérité très-difficile à imiter, ne se présente que dans les cas d'amaurose complète des deux yeux.

La teinte que prend le fond de l'œil ne peut pas être simulée ; mais ce symptôme caractéristique n'existe pas toujours, et , quand il existe , il est quelquefois peu marqué, et on peut le confondre avec la teinte que présentent certaines opacités commençantes du corps vitré , du cristallin, ou de sa capsule, ainsi que de l'humeur cristalline ou de l'humeur aqueuse. Cependant en apportant à l'examen des parties l'attention et les soins convenables, on peut, dans la plupart des cas, distinguer la coloration qui appartient à la rétine, et qui est une preuve de son altération, de celles qui appartiennent aux autres parties. La première n'est pas en rapport avec l'affaiblissement de la vue , beaucoup

DiCT. DE MÉDECIKE ET DE CHIRUnCIE PRATIQUES.

plus considérable qu'elle n'est intense, elle est concave comme la forme de la rétine , et son siège est très-profond. Les autres présentent des caractères opposés ; leur intensité est en rapport avec l'affaiblissement de la vue , qu'elles seules occasionent; leur siège est plus rapproché de la pupille, ce dont on s'assure en regardant l'œil de côté, et leur forme est nuageuse au lieu d'être concave. Toutefois il faut bien dire que , màlgré ces différences , le diagnostic présente, dans certaines circonstances , des difficultés presque insolubles.

Mais , non-seulement plusieurs des symptômes ordinaires de l'amaurose peuvent manquer ou être simulés ; il peut encore arriver que quelques-uns d'entre eux soient remplacés par d'autres d'une nature tout opposée. C'est ainsi que, comme je l'ai déjà dit, l'amaurose est dans quelques cas accompagnée d'irrégularité et de resserrement de la pupille, et que, dans certaines amblyopies , l'œil est ébloui par la moindre lumière et ne peut la supporter. Ces symptômes sont plus rares que la dilatation avec immobilité de l'iris et l'insensibilité à la lumière, et ils ne sont pas plus significatifs, car l'un ni l'autre ne sont propres à la maladie. Le premier se rencontre dans presque tous les cas d'adhérence partielle de l'iris. Toutefois, il est souvent facile de distinguer l'irrégularité de la pupille dépendante d'une amaurose de celle qui est la suite d'une adhérence de l'iris; dans ce dernier cas, en effet, l'adhérence n'étant jamais que l'effet d'une inflammation antérieure , il reste presque toujours , comme trace de celle-ci, quelque opacité sur la capsule cristalline ou dans les parties voisines, et l'irrégularité est toujours la même , c'est-à-dire que la circonfcrence de la pupille se trouve dans tous les instans déformée de la même manière et tiraillée dans le même sens. Dans l'irrégularité amaurotique, au contraire, l'iris parait parfaitement libre au milieu des parties parfaitement transparentes qui l'environnent , et souvent cette irrégularité ne se manifeste que quand on expose l'œil à une vive lumière , et quand on couvre l'œil du côté opposé. Dans ce cas, ce signe est précieux pour le diagnostic, parce qu'il ne peut pas être simulé. Les deux autres , c'est-à-dire la pholophobie et le resserrement de la pupille , resserrement qui quelquefois est assez considérable pour faire disparaître presque entièrement cette ouverture, appartiennent tout aussi bien aux ophthalmies internes et à l'iritis qu'à l'amaurose; ils accompagnent même plus fréquemment ces maladies que la dernière, et il faut dire que rien , dans l'aspect de la pupille, ne peut servir à faire distinguer quand ils constituent le symptôme de l'une ou de l'autre.

Il résulte de tout ceci que la vue de taches de formes variées, et l'affaiblissement ou la perte totale de la faculté de voir, sont les symptômes les plus constans de l'amaurose, et que, dans quelques cas, l'un de ces symptômes étant le seul accident de la malatlie, c'est sur lui, c'est-à-dire sur un signe purement subjectif, puisqu'il ne peut être perçu que par le malade, que le médecin est appelé à prononcer qu'il existe ou qu'il n'existe pas de cécité. On sent tout ce que le diagnostic doit offrir de difficultés quand le sujet sur lequel porte l'examen a quelque raison puissante de simuler la maladie; on sent aussi tout ce que doit ajouter à ces difficultés la précaution prise quelquefois par lui de paralyser momentanément l'iris par l'usage de la belladone , de manière à rendre la pupille large et immobile. Aussi il faut convenir que , lorsque le sujet joue bien son rôle , il est fort difficile de prononcer avec certitude. Cependant, comme ce rôle est extrêmement difficile, comme en questionnant le malade, en l'examinant avec attention , on trouve presque toujours dans ses réponses , ou dans l'examen auquel on se livre, des raisons de confirmer ou de dissiper les doutes , il arrive encore que , dans le plus grand nombre des cas , indépendamment d'une multitude de moyens étrangers à la médecine et mis en usage dans les conseils de révision , on peut rassembler assez de probabilités pour affirmer qu'il existe en effet une amaurose , ou pour démasquer la fourberie.

Lorsque I on n'a point de raison de croire à la simulation de la maladie, il faut admettre que celle-ci existe , puisque le malade s'en plaint ; il ne s'agit plu.s que de distinguer l'amaurose d'autres affections avec lesquelles elle peut avoir quelque rapport.

S'il n'existe encore qu'une altération de la sensibilité de l'œil, il faudra examiner attentivement quelle est la nature de cette altération avant de prononcer. Les taches , les lignes , les bandes diversement configurées , coloriées , ou lumineuses , que le malade se plaint dans quelques cas d'apercevoir , seront avec soin distinguées d'autres sensations analogues, pour la forme et l'apparence, que l'on appelle des fantômes , des points ou des Ji lumens , Tjoltigeans , etc. Et cette distinction ne sera pas très-difficile quand on a affaire à un malade quelque peu intelligent. Les derniers sont en effet mobiles. Quand , par exemple , l'œil se porte rapidement en haut et qu'il reste dans cette position , le malade les voit descendre verticalement , comme entraînés par leur propre poids de haut en bas, et disparaître; les autres , au contraire, sont, ainsi que nous l'avons i\it,Jixes, et toujours dans le même rapport avec l'axe visuel. Enfin , on distinguera les taches fixes qui se remarquent au début de l'amaurose de celles qui annoncent un commencement de cataracte , en ce que , dans ce dernier cas, on découvre presque toujours quelque opacité commençante dans le cristallin ou sa membrane. La distinction entre les taches ou bandes fixes, et celles qui sont mobiles , est fort importante , puisque l'expérience a prouvé que les premières n'ont aucune importance , tandis que les autres anno'ncent ou l'amaurose on la cataracte.

Lorsque l'alte'ration de la sensibilité est générale, mais qu'elle ne consiste qu'en une diminution de celle-ci , on la distinguera de celle qui est le résultat d'une cataracte commençante, plus avancée que dans le cas précédent, a ce que , dans celle-ci, le malade voit les objets comme à travers un brouillard; a ce que , aussi , il voit souvent mieux le soir que quand il fait grand jour; et a ce qu'enfin, dans ce cas, on aperçoit toujours le trouble du cristallin. ^

AMAUROSE

AMAITROSE.

Quand l'abolition de la vue est presque complète , les milieux de l'oeil ayant conservé leur transparence , et la pupille sa mobilité, il y a peu de moyens de distinguer la maladie d'une espèce de cataracte que l'on appelle noire ; cependant, dans un cas que j'ai vu , en regardant attentivement l'œil , on remarquait au lieu occupé par le cristallin , un reflet bleuâtre ayant quelque analogie avec celui de l'acier bronzé, qui servit à faire distinguer la maladie. Quand il y a abolition complète de la vue, dans les circonstances que j'ai indiquées, il ne peut y avoir de doute. La cataracte permet toujours de distinguer au moins la lumière d'avec les ténèbres.

Mais il est rare que l'amaurose ne se révèle pas par d'autres signes que par l'alTaiblissement partiel ou général de la vue. Le plus souvent autour de ce signe s'en groupent d'autres qui tombent sous les sens du médecin et qui facilitent le diagnostic. Ainsi , par exemple , il s'y joint presque toujours ou l'immobilité de l'iris , ou la coloration du fond de l'œil , et assez souvent ces deux symptômes en même temps. Dans le premier cas , l'immobilité de la pupille servira à faire distinguer l'amaurose complète de la cataracte noire , maladie d'ailleurs trèsrare ; dans le second , on distinguera l'opacité de celle qui accompagne le glaucôme à son siège plus profond et à sa forme concave; toutefois il faut convenir qu'à leur début , ces deux affections offrent beaucoup de points de ressemblance; dans le troisième , on distinguera l'amaurose du glaucome avancé, lequel s'accompagne aussi, dans les dernières périodes, de l'immobilité de la pupille , à ce que dans celui-ci , parvenu à ce degré , la tache est jaune , opaque , placée immédiatement derrière le cristallin , et à ce que surtout l'œil est dur et atrophié.

En définitive , lorsque l'amaurose ne présente aucun signe qui puisse être reconnu par le chirurgien , il faut qu'il s'en rapporte à la bonne foi du malade , et il est sujet à être trompé , quand celui-ci a quelque intérêt à supposer sa maladie ; mais ces cas sont fort rares : le plus souvent il existe quelques symptômes apparens. Parmi ceux-ci, la dilatation et l'immobilité de l'œil peuvent encore être simulés ; mais , presque toujours , par un examen attentif, on finit par découvrir la fraude. Dans les autres cas, le diagnostic présente en général peu de difficultés, parce que les symptômes apparens sont rassemblés d'une manière qiti n'appartient qu'à l'amaurose , ou qu'à la cataracte noire et au glaucôme , maladies fort rares toutes deux, les seules qui présentent quelque ressemblance avec la goutte-sereine, et que l'on peutprosque toujours reconnaître.

Mais l'anatomie pathologique nous a fait voir d'un côté des lésions de nature Irts-variable , et en rapport avec la grande diversité des causes qui peuvent les déterminer, et d'un autre côté, elle nous a démontré que celles dont l'amaurose est l'effet commun, peuvent avoir des sièges fort différens. Or, il est évident que la différence de nature et de siège des altérations organiques qui peuvent déterminer l'amaurose doit influer sur le choix de la méthode thérapeutique que l'on se propose d'opposer à la maladie. 11 est donc de la plus haute importance de chercher à distinguer l'une de l'autre les diverses espèces d'amauroses. Plusieurs auteurs ont cherché à atteindre ce but. Boissier de Sauvage n'a considéré que les causes de la maladie, et en a établi seize espèces ; mais se bornant au simple énoncé de la cause, il n'est entré dans aucuns détails de diagnostic à l'aide desquels on pût reconnaître, en l'absence de la connaissance commémorative delà cause, quelle est l'espèce à laquelle on a affaire. Beer a fait mieux ; il a cherché à établir les espèces d'après la manière dont les symptômes sont susceptibles de se grouper, et à rattacher ensuite chacun de ces groupes à une cause spéciale ou à plusieurs causes dont la manière d'agir lui a paru analogue , et il a établi dix-sept variétés d'amauroses qui toutes ont leurs caractères propres , ou leurs causes particulières , et presque leur traitement spécial. Mais le goût des distinctions l'a entraîné beaucoup trop loin ; rien dans la pratique ne justifie ces subdivisions dont quelques-unes sont tout à fait arbitraires, et je regrette que les limites de cet article ne me permettent pas de les rapporter pour justifier cette assertion. Tout ce que l'on peut faire lorsqu'on ne veut pas sortir du domaine des faits , et lorsque l'on envisage la question sous le point de vue thérapeutique , c'est de reconnaître qu'il existe une amaurose slhcnique et une amaurose asthénique , et que l'une et l'autre peuvent êtreidiopathiques, symptomatiques ou sympathiques.

L'amaurose asthénique est caractérisée par la lenteur de sa marche, la sensation d'abord de taches sombres, puis d'obscurité profonde, cfuelquefois rhéméralopie éprouvée par le malade , l'immobilité de l'iris , la dilatation de la pupille, sa couleur noire, vitreuse, la transparence parfaite des milieux de l'œil , et l'absence complète de tout symptôme d'irritation.

L'amaurose sthénique est annoncée par des symptômes d'irritation ou de congestion dans l'œil. Le malade éprouve dans cette partie la sensation d'une plénitude particulière. Cette espèce d'amaurose a inie marche plus rapide. Les mouches , les taches , filamens , bandes , ou lignes que le malade aperçoit au début, sont brillans et colorés. Un voile semble se placer entre l'œil et les objets; il parait noir quand le malade est au grand jour, et blanc ou même brillant, rouge, ou se présente seulement sous forme d'une lueur blanchâtre , quand il est dans l'obscurité. Enfin il y a souvent, surtout au début, photophobie,, larmoiement, rougeur de l'œil, et la pupille est resserrée. Quand elle se dilate, au fond de l'œil on aperçoit, lorsque la maladie date de quelque temps, la coloration de la rétine.

Ce n'est qu'en étudiant avec soin les causes de la maladie et les circonstances dans lesquelles elle s'est développée, que l'on pourra décider si elle dépend d'une lésion de la rétine , des nerfs optiques ou du cerveau, ou de celle d'un organe éloigné. On devra regarder l'amaurose comme idiopathique lorsque les causes qui l'auront produite seront de celles que nous avons vues porter plus spécialement leur action sur la rétine , et qu'il n'y aura lieu de soupçonner

l'action d'aucune cause capable d'agir sur le cerveau ou sur un autre organe; on croit avoir observé aussi que , dans ce cas, la pupille est immobile et régulière.

Si , au contraire , l'amaurose est née sous l'influence de cet ordre de causes qui agissent sur le cerveau ou le nerf optique; si la perte de la vue a été précédée ou accompagnée de céphalalgie , de douleurs plus ou moins vives et autres accidens des affections cérébrales , l'on devra regarder l'amaurose comme indirecte ou symptomatique.

Si les causes qui ont agi sur le cerveau étant sthéniques , l'œil présente en même temps les caractères de l'amaurose sthénique, on en conclu»-a que l'affection cérébrale est encore de nature inflammatoire , et qu'elle s'est propagée au nerf optique ou à la rétine. Si , au contraire , sous l'influence de ces causes sthéniques , il s'est développé en même temps que les accidens cérébraux dont il vient d'être parlé, une amaurose asthénique, on pensera que celle-ci est le résultat d'une compression sur les parties nerveuses chargées de la vision , par un épanchement , un kyste , un tubercule , ou toute autre fumeur formée lentement. On croit aussi avoir observé que dans l'amaurose indirecte, la pupille conserve sa mobilité et est irrégulière.

M. Rayer pense que les sujets affectés d'amaurose par lésion organique delà glande pinéale , sont remarquables par une apathie avec répugnance à se mouvoir, tout-à-fait caractéristique.

Enfin on reconnaîtra l'amaurose sympathique à l'existence antérieure d'une affection plus ou moins éloignée, inflammatoire ou douloureuse, dont l'amaurose a suivi le développement et les progrès. Nous avons indiqué les principale» affections qui peuvent sympathiquement déterminer l'amaurose. ,;

■ Si l'on se représente bien les résultats fournis par l'anatomie pathologique le mode d'action des causes nombreuses de l'amaurose, et que de cet examen on veuille procéder à la détermination des espèces de celles-ci , on se convaincra, qu'on ne peut admettre que les espèces suivantes : '

1". Amaurose stliènique, idiopathique, ou amaurose avec stimulation de la rétine , produite par des causes sthéniques qui ont agi directement sur l'œilj

2". Ama\irose sthénique indirecte ou symptomatique , c'est-à-dire dépendante i de causes sthéniques qui ont porté leur action sur le cerveau; |

3". Amaurose sthénique sympathique , c'est-à-dire dépendante d'une maladie jj sthénique d'un organe quelconque qui n'a aucun rapport de continuité avec ,j celui de la vue ;

4». Amaurose aslhètiique directe , c'est-à-dire dépendante de causes asthéniques qui ont porté directement leur action sur la rétine ; 5". Amaurose asthénique indirecte.

Première variété. — AmaurosW dépendante d'une asthénie du cerveau et du nerf optique.

Deuxième variété. — Amaurose asthénique indirecte dépendante d'affection» du cerveau déterminées par des causes sthéniques ; 6°. Amaurose asthénique sympathique.

Première variété. — Amaurose dépendante de causes qui ont déterminé l'a*,! sthénie générale, celle de la rétine en même temps que celle des autres organes

Deuxième variété. - — Amaurose asthénique sympathique dépendante d'une ■ concentration de mouvemens vitaux sur un autre organe fortement irrité;

1". Enfin, amaurose dont la cause ne peut pas être reconnue , ou qui ne peut être expliquée dans son mode de production.

Le diagnostic de presque toutes ces espèces est en général facile, en ayant égard aux circonstances indiquées plus haut : une seule peut présenter quel- , ques diflicultés , c'est la première variété de la cinquième espèce. Les symptômes par lesquels s'annonce l'atrophie ou l'asthénie d'une partie du cerveau ou du nerf optique sont en effet si obscurs, qu'en pratique cette variété, réelle et prouvée par les faits, doit se confondre avec l'amaurose asthénique directe.

Pronostic. Le pronostic de l'amaurose eu général est fâcheux , puisque ,* cette affection prive le malade d'un sens précieux, et qu'elle est difficile à ^ guérir complètement et sans retour ; il n'est pas grave lorsque l'on considère la maladie sous le rapport des dangers qu'elle peut faire courir à la vie du malade.

Elle ne peut avoir d'influence sur la mort que par l'effet de l'ennui ou du désespoir qu'elle cause. Quand un malade amaurotique meurt, il meurt d'une' cause étrangère à l'affection de l'œil, ou l'affection qui a produit l'amaurose « produit ensuite la mort comme elle a produit la cécité : dans tous les cas, celle-ci neutre directement pour rien dans l'événement. Ce n'est donc qu'en « portant son attention sur l'état des autres organes, que l'on est quelquefois i amené à prononcer que la maladie se terminera par la mort du sujet. C'est i ainsi que l'on doit regarder cette terminaison comme prochaine, quand l'amaurose étant la suite d'une affection cérébrale avérée , il survient ou des convulsions , ou une surdité, ou une hémiplégie, ou en un mot un symptôme quelconque qui indique que celte affection fait des progrès. Quand on se borne à examiner l'état de la rétine , c'est plus spécialement sous le rapport de la curabilité ou de l'incurabilité de la maladie que l'on cherche en général à établir le pronostic de l'amaurose.

En général , de toutes les amauroses , celles qui sont sympathiques d'une affection curable, sont les plus faciles à guérir. Viennent ensuite, et sur la même ligne, celles qui sont récentes , qui se sont formées brusquement, et qui » dépendent d'une congestion sanguine qui s'est faite rapidement sur l'œil ou veri le cerveau. Lorsque l'amaurose commence par la sensation de mouches ou de tous autres signes , et qu'elle vient à faire des progrès , on réussit quelquefois à guérir le malade. Les cas les plus heureux, après ceux-ci, sont ceux où la maladie reste stationnaire ; mais le plus souvent elle continue de s'aggraver.

Les amauroses confirmées , qui se sont développées graduellement et lenle-

AMAUROSE

AMAUROSE

ent, celles qui sont fort anciennes, sont difficilement améliorées par les traiemens les mieux dirigés. Il en est de même de celles dont on ne peut pas econnaître ou expliquer les causes, parce que le traitement ne peut être basé ur aucune donnée rationnelle.

Enfin les amauroses très-anciennes , celles qui sont évidemment dues k une Section cérébrale invétérée que l'on est en droit de regarder comme orgaique, celles dans lesquelles on s'aperçoit, à la coloration du fond de l'œil, que i rétine est désorganisée , celles qui sont le résultat d'ophthalmies anciennes t rebelles, celles qui sont congéniales, la plupart de celles qui dépendent ,'une violente contusion de l'œil , d'une blessui-e dans la région sourcilière, elles dans lesquelles la pupille est tellement dilatée qui l'iris semble avoir isparu, ou dans lesquelles elle est immobile et irrégulière, celles qui sont .ées à un état d'asthénie générale dépendant de la masturbation , ou de quelque utre cause analogue , sont réputées à peu près incurables. Cependant dans la lupart de ces cas, ce n'est qu'après avoir essayé inutilement un traitement Dnvenable , que l'on doit prononcer définitivement. Langenbeck, par ciemplc, guéri des amauroses déjà accompagnées de la coloration verdàtre du fond de œil , et dans ces derniers temps , MM. Hey , Larrey , Hennen et Wardrop ont bservé des cas de guérison d'amauroses dépendant de la lésion du nerf sourilier, amauroses que l'on regardait comme d'autant plus difficiles à guérir, que on ne connaissait qu'un seul exemple de guérison rapporté par Valsalva. Traitement. — Ou ne peut déterminer la meilleure méthode de traitement , u'après avoir préalablement bien caractérisé la maladie, et pour cela il faut taminer l'état de l'œil, celui des organes avec lesquels il a des connexions ; continuité , de fonction ou de sympathie , et enfin l'état général de la santé 1 malade. Ce n'est qu'en procédant comme il vient d'être dit que l'on peut iconnaitre et fixer l'indication et l'emploi des remèdes très-nombreux qui it été proposés contre l'amaurose. Toutefois , en jetant un coup d'œil sur jnsemble de ces moyens, on verra facilement que très-peu ont une action irecte , stimulante ou calmante, sur la rétine, tandis que la plupart, au )nlraire, sont destinés à attaquer et à détruire les causes de la maladie. Celte indication est celle qui se présente d'abord à remplir dans le traiteent de l'amaurose de la première espèce. Il a beaucoup d'analogie avec celui • l'ophthalmie interne. Ainsi, les yeux seront condamnés au repos et recou- ;rts d'un bandeau, ou la chambre du malade sera abritée de toute lumière va ; celui-ci cessera les occupations qui le forçaient à fixer des corps petits 1 brillans, etc. j on extraira les corps étrangers; enfin, on éloignera les iiises dont l'action a occasioné le mal. Si l'œil est le siège de douleurs conaues , s'il ëst rouge , larmoyant, s'il existe une irite , ou une conjonctivite , faudra , en ayant égard à l'intensité de ces symptômes, à l'âge et à la force 1 malade, pratiquer soit une ou plusieurs saignées générales du bras , du pied, 3 la jugulaire, soit même la section de l'artère temporale; et lorsque ces oyens auront calmé la' plus grande intensité des symptômes, ou lorsque ■ux-ci ne sont pas primitivement très-aigus, appliquer à plusieurs reprises, (Ion le besoin, aux tempes, ou autour de la base de l'orbite, un nombre ' Jiavenable de sangsues , ou de ventouses scarifiées. En même temps le malade Ta mis à l'usage des pcdiluves irritans, des boissons délayantes, et d'un igime non excitant. Lorsque , par ce traitement, on aura diminué notableent l'irritation et la fluxion , alors on établira un point de dérivation à la que par un vésicatoire , ou, si les symptômes sont très-tenaces, par l'applition ou d'un séton ou d'un cautère dans le même lieu , et on excitera , dans même but, la sécrétion de la muqueuse intestinale par l'emploi des purtifs doux, mais répétés de deux en deux jours, si le tube digestif est sain;

pourra aussi faire alors usage des applications d'eau froide sur l'œil, ou s afFusions du même liquide sur la tête, ainsi que le conseille Richter pour s cas où les vaisseaux ont perdu leur ton. Si, au contraire, il n'existe aucun imptôme de congestion, ou que ces accidens ayant été calmés par le traiteent qui vient d'être indiqué, il n'y ait plus que l'impossibilité de supporter lumière, c'est-à-dire ophthalmodynie sans symptômes de congestion ou inflammation, les narcotiques sont indiqués. A l'extérieur on appliquera sur Isil, ou l'on instillera entre les paupières le laudanum liquide ou l'extrait de slladone. On administrera à l'intérieur les mêmes substances , et l'extrait ou poudre d'aconit, préconisés par Storck; l'extrait de ciguë, vanté par le ême dans les cas où l'amaurose attaque un sujet disposé aux engorgemens ancs , et conseillé parle professeur Chaussier pour les cas qui nous occupent ; s pilules de Méglin, qui ont réussi dans quelques cas. Tous ces moyens nvent être employés pendant long-temps, avec persévérance, et à deS doses ccessivement croissantes, jj Quand l'amaurose par sthènie de la rétine dépend du transport, sur cet 'gane , d'une irritation ou d'un travail physiologique supprimé ailleurs, il ut avant tout chercher à rappeler cette irritation ou ce travail. Si cette dication est facile à remplir, on se bornera à l'emploi des moyens qui y tisfont, et souvent ils suffiront seuls pour rétablir la vue. Dans le cas conaire , on fera marcher de front l'emploi de ces moyens et celui de ceux qui it été précédemment indiqués. Quoi qu'il en soit , c'est ici que trouvent leurs aces une foule de remèdes indiqués par les auteurs , et dont l'action , si on se )rnait à les considérer en général comme utiles contre l'amaurose, devien- ■aitfort difficile k expliquer. Tels sont tous les moyens emménagogues quand s règles sont supprimées ; les sudorifiques , l'émétique k petite dose , quand 0m s'agit de rappeler la transpiration générale , et qu'on aide de bains de Dii eds, de manuluves , de frictions , de l'application de flanelle recouverte de J Jettes, de gants, de chaussons, etc., de taffetas gommé, quand on veut ijiK itablir une transpiration locale ; les évacuations sanguines locales , quand il

faut suppléer à une héraorrhagie habituelle qui a manqué ; les vésicatoircs , quand on veut reproduire une irritation herpétique ou psorique de la peau ; les sternulatoires , applicables dans les cas assez communs où l'amaurose a succédé à la suppression d'un catarrhe nasal ; les purgatifs, s'il s'agit d'une diarrhée arrêtée trop brusquement, et, suivant Storck, la pondre et l'extrait d'aconit auxquels Plenck conseille de joindre le soufre doré d'antimoine et le calomclas, dans le cas où l'amaurose affecte un malade sujet au rhumatisme ou k la goutte , etc.

Le traitement des amauroses de la seconde espèce ressemble beaucoup k celuici , seulement il faut avoir en vue de débarrasser le'cerveau plutôt que l'œil. ' Ainsi après avoir éloigné la cause de la maladie , on pratiquera des saignées dans les lieux indiqués ; mais plus spécialement aux pieds , s'il y a des symptômes de congestion ou d'alTection cérébrale : on continuera de se servir de ce moyen tant que l'on en obtiendra de bons effets; on le remplacera ensuite par des applications de sangsues derrière les oreilles ; et enfin on arrivera à l'emploi des dérivatifs employés à la fois sur la peau des extiérailcs inférieures , sur le canal intestinal s'il est sain, et surtout dans le voisinage du cerveau ; et à celui des afFusions froides. C'est dans ces cas qu'un séton à la nuque , que des cautères appliqués dans le même lieu , que des moxas appliqués aux tempes , que la cautérisatien vers l'angle supérieur de l'occipital , pratiquée au moyen de la pommade ammoniacale, et dont M. Gondret a retiré de très-bons effets , conviennent spécialement. Mais un moyen que j'ai vu employer à l'Hôtel-Dicu, que j'ai employé souvent moi-même et qui m'a paru obtenir le plus de succès , c'est l'emploi des vésicatoires volans que l'on promène en quelque sorte tout autour de la tète , en les remplaçant à mesure qu'ils se sèchent. Tous ces moyens peuvent être employés isolément; mais dans les cas difficiles , on peut et l'on doit les employer simultanément, et surtout avec persévérance ; les vésicatoires , par exemple , n'agissent quelquefois qu'après qu'on en a successivement appliqué trente ou quarante. Quant aux moxas , aux cautères et aux sétons , il est évident qu'on ne peut pas les multiplier à ce point , et qu'on ne peut souvent qu'y entretenir la suppuration , et c'est peut-être là une des raisons de leur infériorité sur les vésicatoires , car il est d'observation que l'irritation immédiate qui suit l'application de ces moyens , l'emporte de beaucoup en efficacité sur l'irritation dont ils .sont le siège quelque temps après, etlorsque la suppuration y est établie.

Le traitement de l'amaurose de la troisième espèce qui est rare , parce que les causes d'irritations vives appliquées aux autres organes, déterminent plus souvent l'asthénie , que l'irrifation de la réline , est d'abord dirigé vers les maladies sthéniques , dont l'amaurose est un effet. Il est fort variable , par conséquent. Quelquefois c'est un vomitif , moyen que l'on a employé d'une manière banale contre l'amaurose , et qui ne convient que dans les cas où elle est due k un simple embarras saburral , sans irritation de l'estomac ; ce sont encore les délayans, la diète , les boissons gommeuses ou acidulées, elles sangsues à l'épigastre , dans les cas où il y a embarras gastrique avec irritation; les purgatifs quand il y a embarras intestinal; les anthelraitiques que Béer, M. Weller et d'autres ont vus guérir immédiatement des amauroses sur des sujets affectés de vers intestinaux ; les antisyphilitiques, les antiscrophuleux, etc., dans les cas où il existait des symptômes syphilitiques ou scrophuleux; les anti-hystériques, dans les cas où les sujets étaient affectés d'hystérie, etc. A ces moyens il faut joindre l'emploi de ceux qui agissent sur l'œil et qui ont été indiqués k l'occasion de l'amaurose de la première espèce.

Le traitement de l'amaurose de la quatrième espèce est tout opposé à celui de la première et de la seconde. Ainsi on exposera l'œil à une lumière graduellement plus vive. Riclher veut même qu'on l'expose à la lumière du soleil. Le fait est qu'où a vu une amaurose de cette espèce guérie par l'impression inattendue d'un éclair très-brillant. En même temps on stimulera directement la rétine par l'usage des collyres excitans , l'instillation répétée plusieurs fois par jour, de l'eau ophthalmique de Duchesne ophlhalmica Quercetani) ,

l'exposition de l'œil k la vapeur du baume de Fioraventi, les lotions, les douches avec les eaux minérales sulfureuses et ferrugineuses; l'électricité et le galvanisme , ont eu, dans certains cas d'amauroses par atonie, dlieureux elTels. Enfin , on peut encore stimuler indirectement la rétine par l'emploi des inoxas et des vésicatoires ; mais alors on les appliquera sur le trajet des nerfs qui sortent de l'orbite , sur celui du nerf sourciller, sur celui du nerf naso-lobaire , par conséquent; on pourra encore faire des frictions rubéfiantes suç la paupière supérieure, et, en même temps, on secondera ces moyens par un régime convenable.

Le traitement de l'amaurose de la cinquième espèce varie. Quand l'asthénie indirecte de la rétine dépend de l'asthénie du nerf optique ou du cerveau, comme ces altérations ne peuvent être reconnues pendant la vie , et qu'il arrive que l'on confond, ainsi que je l'ai déjk dit, l'asthénie indirecte avec celle qui est directe, on applique nécessairement le traitement de celle-ci ; traitement qui au reste serait le seul indiqué , car comment attaquer directement l'asthénie des nerfs optiques, ou de la partie du cerveau qui y correspond, si ce n'est en agissant sur la réline ?

Quand au contraire l'asthénie de la rétine dépend d'une afTeclion sthénique du cerveau, lorsqu'il est possible de reconnaître celle-ci, on applique le traitement de la seconde espèce, et quand on a calmé les accidens cérébraux, s'il reste encore de l'asthénie k la réline , on administre , mais avec prudence , afin de ne pas réveiller l'irritation cérébrale, le traitement qui a été indiqué pour l'amaurose aslhéniqueidiopathique.

Le traitement de l'amaurose de la sixième espèce varie aussi. Celui de la première variété est tout entier stimulant. Aux moyens qui ont été indiques

AMBLTOPIE.

conlre l'amaurose de la quatrième espèce , enjoint l'usage d'un régime analeptique et fortiGant; celui des amers , des ferrugineux, des eaux minérales Ioniques ; celui même des stimulaus , tels que l'extrait de pulsatille dont Storck faisait mêler quatre grains avec un gros de sucre, pour administrer ensuite le mélange tl'abord à la dose de trois grains , répétée trois fois par jour , et dont il augmentait la dose graduellement; l'extrait de clématite, le sublimé corrosif et les autres préparations mercurielles , dans les cas où il n'existait aucun motif lie croire à l'existence d'une cause syphilitique, tous moyens dont Storck a vu de bons effets, le premier ayant réussi dans six cas; viennent ensuite la valériane , le camphre, le musc, l'éther phosphorique , le phosphore, l'infusion d'arnica, l'huile animale de Dippel , l'esprit de corne de cerf succiné , qui ont été tour à tour plus ou moins préconisés. Toutefois , on ne saurait oublier que la plupart de ces moyens sont des poisons violens , que par conséquent ils ne sauraient sans danger être administrés que sur un estomac sain et avec précaution , et qu'on en doit cesser l'emploi aussitôt qu'on s'aperçoit qu'ils déterminent un commencement d'irritation gastrique.

Quand l'asthénie de la rétine est S3'mpathique d'une maladie sthénique,le traitement applicable à celle ci , par lequel on doit toujours commencer, est celui qui a été indiqué à l'occasion de l'amaurose de la troisième espèce ; car on ne doit pas oublier que les mêmes maladies organiques affectant des parties plus ou moins éloignées de l'œil, peuvent déterminer, suivant le tempérament et l'idiosyncrasie des sujets , des phénomènes tout opposés. Quand ces affections ont cédé, on stimule directement la rétine.

Quant au traitement de l'amaurose de la dernière espèce, il est presque toujours empirique. Il est quelquefois indiqué par la nature même de la cause, ou par les circonstances de la maladie. Ainsi , par exemple , Wardrop conseille d'achever de couper en travers le nerf sourcilier dont la section incomplète , la contusion, ou la commotion, a déterminé l'amaurose. Ainsi le quinquina a été administré avec succès par Beer , contre l'amaurose intermittente ; je dois dire cependant que Richter et M. Scarpa ont avancé que cette substance augmentait, dans ce cas, les accidens , et que ceux-ci cédaient au contraire facilement k l'emploi de l'émétique et des purgatifs doux. Mais dans la plupart des cas d'amauroses de la septième espèce , la cause étant inconnue ou son mode d'action tout-à-fait inexplicable , on n'est guidé par aucune donnée dans le choix du traitement. On est alors réduit à essayer successivement ceux qui conviennent à chacune des espèces que j'ai admises pour s'en tenir à celui qui parait avoir les résultats les plus avantageux.

Enfin, cette conduite est aussi celle qu'il faut tenir lors même que la cause de la maladie étant connue et son espèce bien déterminée , on n'obtient aucun résultat du traitement rationnel. On est même autorisé, dans ces cas, à essayer jusqu'à l'emploi des méthodes de traitement dont on ignore le mode d'action. C'est ainsi qu'en usent souvent les Allemands et les Anglais, et ils obtiennent, dans quelques cas , les succès les plus inespérés.

Toutefois , on ne doit jamais oublier que , dans beaucoup de cas , l'amaurose est très-réfractaire , et que ce n'est que quand on a essayé avec persévérance une méthode thérapeutique, que l'on doit se décider à l'abandonner. Quand la guérison est lente, la maladie suit une marche rétrograde, l'obscurité diminue, les nuages disparaissent, et les symptômes qui cèd^mt les derniers sont les lîiainens ou taches qui se manifestent au début. Dans quelques cas , quoique la vue soit entièrement rétablie , la pupille reste dilatée et immobile. Après la guérison, quelle qu'ait été la cause de la maladie , le sujet doit s'abstenir de tous les travaux qui peuvent fatiguer la vue , et surtout il doit éviter de s'exposer au.x causes qui ont une première fois déterminé l'amaurose.

Heister. Apologia et uberior Illustratio systematis sui de cataractâ, glaucomate et amaurosi, Altorf, 1717, in-12.

OEliine, De Amaurosi, Leipsig, 1748, Tn-4".

Jp''arner. DesciiplioQ of buman eye aoJ diseases , Londres, t7.ïit i?05J. De Amaurosi , Edimbourg , 1754.

Chalibert, A Dissertation upon the gutia serena, London , 1774. Trnha. Historia amauroseos , Viudob., 1781.

Schmncker. Cbirurgisclie Waliruelimungen , Berlin et Slellin , 1774. Le même. Vermisclie chirurgische, Schriften , 1786.

Scarpa. Osservazioni suite malatlie degli occhi , Venez , 1802. ( Ouvrage dont la 2» édition , i[ui a paru eu 1816, porte le titre de: Tratlato délie principale malattie degli occhi. Il en existe plusieurs traductions françaises.)

Richter. A^fangsgrùnde der wundarzneikunde , Goeltingen, 1790.

Fla/ani. Collezioue d'osservazioni , Roma , 1803.

De Tf^ snzel. "Manuel de l'ocutiste, ou Dictionnaire ophtlialmologiqno . Paris , 1808. Kieser. Uber die Natur, clrsaclien , Kenuzeichen uad Heiluug des scbayvarzs staart , Goettingea , 1811.

T^illeneuve. Journal de médecine continué, 1811. Langenbecls. Neue Bibliot. fur die cbirurgic, 1813. Beer. Lebre von den augcnkrankeiten , Wien , 1817.

Demoiirs. Précis tliéorique et pratique sur les maladies des yeu.t , Paris, 1821. Bayer. Archives générales de médecine, Paris, 1823. (L. J. Sanson.)

ABIBLYOPIE , s. f. (de à/zf^y;, émoussé, w^, œil), affaiblissement de la vue. Ce mot, employé d'abord par Hippocrate pour désigner l'afTaiblissement sénile de la vue, l'est plus spécialement par les modernes pour exprimer le premier degré de l'amaurose. C'est aujourd'hui la seule acception qu'on lui donne (ziojez Amaurose). Cependant quelques personnes pensent qu'on pourrait le réserver pour désigner, soit l'affaiblissement de la vue dii aux progrès lie l'âge , ainsi que l'avaient fait les Grecs , soit cette espèce de faiblesse native que l'on remarque chez certains myopes, soit une faiblesse acquise et dépendante d'irritations varioleuses , ou autres, de la masturbation, de l'habitude des travaux à une vive lumière ou sur des objets très-petits, etc. , mais qui

( 168 1 AMBULANCE. i

présènte toujours ce caractère qu'elle reste stationnaire , ne tend point par j conséquent à se transformer en amaurose , et qu'elle est incurable. Elle ne j demande par conséquent d'autre traitement que celui qui consiste à éloigner \ de l'œil toutes les causes qui pourraient irriter la rétine ou augmenter son ) atonie. (L. J. Saksok.) i

AMBRE GRIS. L'ambre gris est une matière solide , plus légère que l'eau, * se ramollissant et se fondant comme la cire, à l'aide delà chaleur; d'une couleur grise tachée de jaune et de noir; d'une odeur assez marquée, persis- ' tante et susceptible d'une grande expansion; presque insipide. '

Cette substance se présente en masses irrégulières, arrondies , formées par | couches , et entremêlées de becs de seiches et de débris de poissons. Ces masses pèsent ordinairément moins d'une livre ; mais on en cite de dix et de vingt ! livres, et quelques-unes de cent et de deux cents livres. On les trouve flot- ' tantes sur la mer, aux environs de Madagascar, du Coromandel, des îles J Moluques et du Japon.

On a formé bien des hypothèses sur l'origine de l'ambre gris , mais un^^^ seule opinion mérite d'être rapportée : c'est celle du docteur Swediaur.

Ce savant médecin , considérant que l'ambre gris contient des débris de / poissons, et surtout des os et des becs de seiches dont les cachalots font leur j principale nourriture, et qu'en outre on a quelquefois trouvé cette substance en masses assez considérables dans les intestins de ces cétacées, a pensé qtie \ l'ambre gris se formait dans leurs corps , et qu'on devait le regarder comme un excrément endurci ou comme un bézoard des cachalots. '

MM. Pelletier et Caventou ont confirmé cette dernière assertion, païj l'ingénieuse comparaison qu'ils ont établie entre l'ambre gris et les calcul! biliaires humains. De même que dans ceux-ci, il existe dans l'ambre gris une : matière grasse , nacrée (amhréine) , non saponiHable par les alcalis, et acidi- i fiable par l'acide nitrique. On y trouve aussi une matière résineuse, abon- t dante , qui répond à la matière jaune des calculs. Enfin la bile des animaux, , dépouillée de matière animale et abandonnée à elle-même, acquiert avec le I temps une odeur que l'on a comparée à celle du musc ou de l'ambre. j L'ambre gris se dissout dans l'alcool et dans l'éther, à l'exception d'un résidn | noir peu considérable. La teintui-e alcoolique concentrée ne tarde pas à | former, même dans des vases fermés, une cristallisation d'ambréine, sous j forme de choux-fleurs. Les proportions les plus convenables pour obtenir une f teinture médicinale , permanente , sont de vingt-quatre parties d'alcool sur une iil partie d'ambre gris.

L'ambre gris est plus employé par les parfumeurs que par les pharmaciens; i il parait jouir cependant d'une propriété excitante très-marquée, et de tonl i temps on l'a considéré comme propre à relever les forces abattues par l'âge 31 ou l'abus des plaisirs vénériens ; aussi les anciennes pharmacopées contiennent. ■ elles un grand nombre de poudres , teintures, électuaires excitans ou aphro- ; disiaques , dont l'ambre fait partie,' telles sont la poudre d'ambre de MÉsuilfj (poudre d'ambre et de cannelle composée); la poudre j'ouiale de Nicolas diU Salebne (poudre d'ambre et de storax composée); l'essence royale (alcoold d'ambre et de musc composé) ; Yessence d'Italie (alcoolé de cannelle ambré'-| musqué), etc. (Guibourt.) AMBRE JAUNE. Foyez Succin.

AMBULANCE, s. f. , du verbe ambulare , changer de lieu; nom qu'oBii donne aux établissemens temporaires et mobiles , formés sur les champs dtsi bataille , où sont transportés les blessés , et dans lesquels ils reçoivent lei' premiers secours chirurgicaux que leur état réclame.

Quelles sont les dispositions les plus propres à assurer à l'armée , au milieiiides désordres de la guerre et du tumulte des combats, le prompt et faciki transport des blessés hors des rangs, aussi bien que l'application méthodique et en temps utile, des moyens de l'art, sans lesquels les lésions les plu: simples se compliquent fréquemment d'accidens graves ou deviennent mot^i telles? tel est le problème que de grands capitaines, que d'habiles admiciji trateurs se sont, à diverses époques, efforcés de résoudre.

Chez les anciens , les blessures ne consistant presque jamais qu'en plaiei faites par des armes piquantes ou tranchantes , ou en des contusions plus 01 moins étendues et profondes , la chirurgie des batailles e'tait fort simple , et i; n'était pas rare de voir des guerriers eux-mêmes se rendre habiles dans l'eraplo des procédés dont elle faisait usage. L'histoire fait bien mention de chirurgien.' attachés aux armées grecques et romaines , mais elle n'indique ni quel nombr ils étaient , relativement à la force des corps , ni de quels approvisionnemei matériels on les avait pourvus. Les Romains , du temps de l'empire , commen cèreut les premiers à s'occuper de ces objets importans, et à organiser ,d'api'i des principes réguliers , le service de santé de leurs troupes. Plusieurs di successeurs de Galien suivirent alors les armées , et paraissent avoir été chiru giens militaires. Un des empereurs les plus sages , Léon vi , fit désigner dai chaque légion un certain nombre de soldats , choisis parmi les moins robustei ou parmi ceux que des mutilations légères empêchaient de manier libremei les armes, et dont la destination était, durant les combats, de relever les blesM de les sortir de la mêlée , et de les transporter dans des endroits où ils étaie pansés , c'est-à-dire dans de véritables ambulances.

La découverte de la poudre à canon, et les mutilations produites pari projectiles qu'elle met en mouvement, rendirent les secours de la chirurgie plus en plus indispensables , afin de remédier aux lésions étendues et graves q se multiplièrent graduellement durant les combats. L'art de conserveries homir se montra , toutefois , pendant long-temps ineflicace pour contrebalancer 1 mauxde tous les genres qu'entraîne la guerre. Au milieu des discordes civiles, <lans des armées formées à la hâte, ses instrtnnens et sesapprovisionnemcns étai<

AMBULANCE

AMBULANCE

iparfaits; les éfablissemens qu'il réclame manquaient fréquemment des objets s plus utiles , et les personnes qui se destinaient à son exercice , dépourvues une existence assurée et honorable, n'étaient pas toujours choisies parmi les us habiles dans leur profession. Il fallait souvent abandonner les blessés , faute ; secours , à l'humanité douteuse et aux soins grossiers des habitans des lieux "ès desquels on avait combattu. Mais, à mesure que les armées modernes îvinrent, dans ces derniers temps, plus considérables, plus permanentes , et, faut bien le dire, plus coûteuses , on attacha plus d'importance à la vie des )mmes appelés à les composer. Cette révolution commença chez nous sous enri iv, et se répandit successivement dans le reste de l'Europe. Les troupes rent, depuis lors, graduellement pourvues de moyens de conservation mieux isurés et plus efficaces ; des corps de chirurgiens et de médecins , amplement jprovisionnés d'objets de pansement , de substances médicamenteuses , et rmés dans des écoles spéciales par des professeurs expérimentés , firent partie 3S régimens ; et les soldats ne furent plus exposés à succomber , faute de cours , aux atteintes reçues sur les champs de bataille, en servant l'ambition îs princes ou en défendant leur pays. Les inspirations de la philanthropie ont é, dans ce cas , comme elles le sont toujours , en harmonie avec l'intérêt

Îisonné de l'État , et avec le bien du service militaire. En entrant en campagne, une armée doit pouvoir se suffire k elle-même, et cuver, dans ses propres ressources, tout ce qui est nécessaire à la satisfaction s ses besoins. Il serait imprudent de compter, surtout pour ce qui est relatif

I service des malades et des blessés , sur le produit des réquisitions , sur le isard des rencontres, sur l'industrie des soldats, qui supplée fréquemment IX privations les plus rigoureuses. Ce serait presque un crime que de ne pas surer, par les approvisionnemens les plus amples et les plus rationnels , des icours efficaces aux hommes que la fatigue des marches , la rigueur des climats

II la violence des luttes , peuvent mettre hors de combat.

Deux ordres de considérations se rattachent aux ambulances , telles qu'elles )nt préparées de nos jours. Les unes sont relatives au matériel que ces tablissemens exigent ; les autres , au personnel destiné à mettre ce matériel n usage.

Le matériel des ambulances doit être séparé en deux divisions bien distinctes, 'une , légère , active ou volante , ainsi qu'on voudra l'appeler , doit suivre médiatenient les corps armés , et contenir tout ce qui est nécessaire à la )rmation instantanée des ambulances proprement dites sur les champs de ataille. L'autre division , plus pesante , et dite de réserve , peut rester à uelque distance en arrière, avec les trains d'équipage; elle doit renfermer s objets nécessaires pour entretenir au complet l'approvisionnement de la remière division , aussi bien que ceux dont il faudra se servir pour l'établisseent des hôpitaux temporaires, que les besoins obligent souvent de créer, (ans des lieux presque dépourvus de toutes ressources.

Cette dernière partie du matériel , ou l'approvisionnement de réserve , peut arier selon les pays au sein desquels on fait la guerre. Ainsi , dans les contrées lauvres ou dépeuplées , il faudra s'occuper des moindres détails , afin d'y lourvoir ; dans les contrées riches, florissantes, hospitalières, il sera facile au ontraire de se procurer, à prix d'argent , une partie du matériel dont on a >esoin , et il suffira de s'être chargé des objets le plus immédiatement indisensables. Cette règle ne saurait s'appliquer aux ambulances de première livision. Celles-ci doivent, dans tous les cas, contenir un approvisionnement omplet , proportionné à la force des corps auxquels elles sont attachées, à 'activité de la guerre , et au nombre vraisemblable des blessés qu'on aura dans in temps donné. En les organisant, il importe d'avoir toujours présente à 'esprit cette pensée , qu'elles sont destinées k agir sur le terrain même du ombat, loin de tout secours étranger, et que, par conséquent , tout ce dont dles seront dépourvues manquera réellement au bien du service et au soulagement des blessés. Il est infiniment préférable alors d'outre-passer les préviions les plus étendues que de rester en-deçk.

Du linge confectionné en compresses, en bandes , en bandages de corps, en charpes , suspensoires , bandages en T ; de la charpie, des emplâtres agglutilatifs , du cérat, de l'agaric, de la colophane en poudre , des éponges fines , lu gros fil, de la cire , de la bougie, du ruban de fil, des attelles , des draps ■anons , des appareils k fractures tout confectionnés, tels sont les principaux abjets dont il importe d'avoir un assortiment complet. On doit y ajouter de l'extrait de satume, de l'alcool , du vinaigre, du vin, quelques flacons d'une dissolution concentrée d'opium gommeux, des vases en fer blanc, ou mieux peut-être en cuir bouilli, propres à recevoir les liquides destinés aux pansemens, ou k présenter aux hommes les boissons dont ils peuvent avoir besoin; enfin quelques brancards et des instrumens de chirurgie , choisis parmi ceux que l'expérience a fait connaître comme les plus utiles. Présentons quelques réflexions sur les diverses parties de cet approvisionnement.

Le linge k pansement ne saurait exister en trop grande quantité dans les caisses d'ambulance; et, afin qu'il en puisse tenir davantage dans un petit espace, on doit le choisir fin , quoique solide, et l'empiler, en le pressant avec force dans les caisses destinées k cet effet. Des compresses de trois degrés , c'est-à-dire longues de vingt k vingt-quatre pouces pour le n» 1er, de quatorze à dix-huit pour le n" 2, et de huit k douze pour le n» 3 , suffisent pour tous les besoins. Leur largeur doit toujours être égale k la moitié de leur longueur. Deux espèces de bandes , les unes ordinaires pour les membres , et les autres de moitié' moins larges pour les doigts et les plaies du visage , remplissent toutes les indications. L'emplâtre agglutinatif, convenablement préparé et étendu sur une toile fine et solide , doit être roulé avec soin et enveloppé de papier huilé , afin de n'être pas exposé k se dessécher trop vite et k s'altérer par l'action de l'air.

DiCT. DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE PRATIQUES.

La charpie ordinaire peut, sans inconvénient, être supprimée. D'un prix actuellement élevé, et difficile k se procurer en quantité suffisante, elle contracte en peu de mois, par l'entassement dans les tonneaux, une odeur désagréable de moisissure , et , selon toutes les probabilités , des propriétés malfaisantes, qui contribuent sans doute au développement de la pourriture d'hôpital et des autres dégénérescences des plaies, qui sont si fréquentes à l'armée. Les chirurgiens militaires savent d'ailleurs que l'on a toujours, au besoin, substitué k la charpie les étoupes, sans que cette substance ait agi moins favorablement que l'autre. Choisie avec soin , coupée en morceaux longs de six pouces, blanchie au chlorure et convenablement cardée ensuite, l'étoupe devient fine, molle, soyeuse, absorbante, et offre tous les avantages de la charpie, sans présenter aucun des inconvénicns dont nous avons parlé. Cette nouvelle charpie, due k M. Gama , et dont les excellentes propriétés ont été constatées au Val-de- Grâce , sera aussi économique tjue profitable pour les approvisionnemens des ambulances.

Les attelles destinées k l'armée doivent être larges, épaisses et résistantes , afin de protéger efficacement les membres fracturés , autour desquels on les applique , contre les cahots , les secousses et tous les accidens inséparables des longs transports. Les fanons de paille, qu'on a voulu leur substituer, sont trop flexibles , et ne touchent les parties que par des surfaces trop étroites pour remplir la même indication. Il n'est permis de les employer qu'à défaut de soutiens plus convenables et plus solides.

Les instrumens destinés k la pratique des opérations dans les ambulances doivent être l'objet d'une attention spéciale. Il importe de s'attacher k leur qualité beaucoup plus qu'à leur nombre. Chaque caisse doit contenir huit couteaux assortis, solides quoique légers, dix bistouris ordinaires et deux boutonnés , une scie avec trois feuillets de rechange , deux paires de ciseaux droits , deux pinces k ligatures , un tire-fond , un élévatoire , une tréphine avec deux couronnes de réserve , deux sondes cannelées , profondes , flexibles , l'une avec et l'autre sans cul-de-sac k leur extrémité, des algalies d'argent, des sondes de gomme élastique pourvues de mandrins solides, et enfin une boîte remplie d'aiguilles k suture droites et recourbées, des aiguilles ordinaires et des épingles. On a essayé de ne donner qu'un ou deux manches pour tous les couteaux d'une boîte ; mais l'économie de place et de dépense qui résulte de cette disposition est plus que compensée parle grave désavantage de rendre les opérations plus lentes, k raison de la nécessité où l'on est de démonter et de remonter les lames, et par l'impossibilité où l'on se trouve de distribuer les instrumens entre plusieurs chirurgiens, afin de pratitiuer dans le même temps plusieurs opérations. L'art du coutelier et celui du gaînier ont fait tant de progrès, que tous les instrumens dont il vient d'être question peuvent être rangés dans une boîte k compartimens, longue de quinze k dix-huit pouces , large de six à huit , de quatre environ d'épaisseur, et du poids de six k dix livres. Aucune de ces considérations de volume et de pesanteur n'est k dédaigner lorsqu'il s'agit d'objets dont le transport facile , dans un petit espace , est une des qualités les plus désirables.

L'appareil instrumental dont nous venons de parler ne 'comporte ni le garrot , qui est inutile , et qu'on remplace toujours , 5oit par les doigts d'un aide , soit au moyen de la compression exercée sur les vaisseaux par l'intermédiaire d'une pelotte solide ou d'une bande roulée , soit en le construisant k l'instant avec un ruban de fil et un morceau de bois ; ni le tourniquet de Petit, qui n'est pas moins superflu que le garrot durant les opérations , et qu'on n'emploie pas comme agent permanent de compression sur les artères , parce que , à farmée surtout , la ligature des vaisseaux est l'unique méthode assurée de combattre les hémorrhagies ; ni ces pinces incisives dont les tranchans se brisent avec tant de facilité , qui sont si promptement mises hors de service , et que la scie , reportée sur les saillies des os , remplace si complètement. Mais , en compensation , on y rencontre le tire-fond, dont les balles enchâtonnées ou enclavées entre les os peuvent rendre l'emploi nécessaire ; l'élévatoire , si utile pour dégager, relever et culbuter les pièces osseuses , les éclats irréguliers de projectiles , ou d'autres corps étrangers , qui compriment ou dilacèrent les parties; des sondes et des algalies, indispensables pour explorer la vessie, ou pour assurer l'écoulement de l'urine après les blessures de ce viscère et de l'urètre: enfin, la tréphine qu'on emploie quelquefois pour agrandir des ouvertures au sternum , au crâne , aux os larges du bassin , ou pour ouvrir une voie , soit k l'élévatoire , soit k des liquides amassés dans des cavités k parois osseuses. De cette manière .on supprimera cette caisse de trépan, avec ses ru-iines, ses ciseaux, son maillet de plomb, dont on ne se sert jamais, qui occupe dans les voitures une place considérable, et monte k un prix fort élevé. Les tenettes , les longues pinces de difi"érens genres, et même le tribulcon de Percy, pièces variées d'un arsenal imaginé pour extraire les balles, peuvent être laissées sans inconvénient dans le cabinet des écoles. Toutes les balles, lorsqu'elles ont été rendues libres , et que les débridemens convenables permettent d'arriver jusqu'k elles, sont aisément extraites, dans les ambulances, à l'aide des doigts , ou des pièces k pansement ordinaires, dont tous les étuis des chirurgiens sont garnis.

Il conviendrait que chaque division d'ambulance légère fût pourvue d'une pierre à repasser de bonne qualité, de la nature de celles qu'on nomme pierres du Levant, montée avec solidité , et renfermée dans une boîte particulière. Cet objet est de la plus grande utilité. Combien de fois , à l'armée , éloignés des villes et des ouvriers , n'avons-nous pas été forcés de nous servir de couteaux émoussés, de bistouris fatigués, qui déchiraient les parties, causaient d'atroces douleurs , et préparaient le développement des accidens les plus redoutables ! tandis qu'un coup de pierre aurait remis ces instrumens en état, et, en rendant à leur tranchant toute sa finesse , aurait permis d'exécuter les opera-

AMBULANCE

AMBULANCE

tions avec plus de piomplitude , plus de sûreté et avec des probabilités plus grandes de les voir réussir.

A l'alcool camphré dont les anciennes ambulances étaient encombrées, et qui servait , peu de temps encore avant la fin de la guerre , à inonder les appareils placés sur le plus grand nombre des blessures , nous substituons de l'acétate de plomb liquide, qui, étendu d'eau, constitue un des résolutifs les plus convenables dans presque toutes les contusions, les entorses et les déchirures cachées, qui ont laissé la peau intacte. La dissolution concentrée d'opium gommeux servira utilement, mêlée au cérat , pour panser les brûlures étendues et ordinairement superficielles , occasionées sur les artilleurs par les explosions des caissons. Étendue d'eau, elle formera un liquide très-convenable pour arroser la charpie, les compresses et les bandes appliquées sur les plaies contuses, déchirées, produites dans les parties abondamment pourvues de nerfs par les éclats de bombes ou d'obus, par les pièces de bois détachées des voitures , par l'cclatcmentdes fusils, etc. M. Gallée , un des plus illustres vétérans de la chirurgie militaire , a constaté combien ce mode de pansement est utile dans les cas indiqués , et combien il contribue puissamment à prévenir les douleurs excessives, les tuméfactions considérables, les convulsions elle tétanos , qui compliquent trop facilement les plaies déchirées et contuses. Enfin, l'alcool et le vin, indépendamment de leur emploi comme topiques, trouvent encore leur application dans les ambulances, lorsqu'il s'agit de ranimer les forces des blessés engourdis par le froid , épuisés par des pertes considérables de sang, ou par les fatigues et les douleurs des longues opérations.

Terminons ces remarques en rappelant que la bougie doit exister en assez orande quantité parmi les objets dont il vient d'être question. Souvent , à l'armée, vers la fin d'une journée sanglante, les chirurgiens , arrêtés sur le champ de bataille , ont été obligés de laisser des pansemens incomplets , ou de renoncer à pratiquer des opérations nécessaires, parce qu'ils manquaient de moyens de se procurer une lumière artificielle suffisante, celle du feu le plus clair ne pouvant permettre de distinguer assez exactement les parties. On sent combien des retards de ce genre sont préjudiciables aux 'blessés et susceptibles d'entraîner des accidens fnnestes.

Lorsqu'une armée est divisée en corps séparés , qui comportent eux-mêmes des divisions secondaires, le matériel des ambulances doit présenter des sections analogues. Chaque division ayant, comme il vient d'être dit, son ambulance volante ou du premier secours , chaque corps doit avoir aussi sa réserve , indépendamment delà réserve plus étendue qui existe au grand quartier-général de toute l'armée.

Relativement au chiffre des approvisionnemens contenus dans les ambulances des divisions, la règle veut qu'on compte sur un nombre de blessés égal au cinquième ou au quart de la force des troupes; et la prudence conseille d'avoir, au quartier-général de chaque corps , une réserve égale aux approvisionnemens réunis de toutes les divisions qui le composent. Enfin , la réserve- du grand quartier-général de toute l'armée doit être égale à son tour à la somme des réserves de tous les corps. De cette manière , les divisions pourront incessamment se tenir au complet, à l'aide des réserves des corps, et celles-ci puiseront dans la réserve de toute l'armée , qui à son tour s'approvisionnera , soit à l'aide de confections nouvelles , soit au moyen de magasins préparés à cet effet.

D'après des calculs fort exacts , auxquels s'est livré M. Gama , la proportion des moyens de pansement , pour une division de sept à huit mille hommes , et qui est supposée pouvoir donner quinze cents blessés , doit être la suivante : bandes de cinq mètres de longueur sur trois doigts de large , cent ; idem de trois mètres , quatre cents ; idem de deux mètres et de moitié moins larges, six cents ; compresses n" l , deux cents ; idem n" 2 , six cents ; idem n" 3 , sept cents ; bandages à fractures de cuisses , vingt ; à fractures de jambes , vingt-cinq; à fractures de bras, dix; à fractures d'avant-bras, vingt; attelles de cuisses externes et internes , cinquante; de jambes, soixante; de bras et d'avantbras , cent cinquante; palettes palmaires, cinquante; semelles, vingtcinq ; bandages de corps, soixante; écharpes , cent ; suspensoirs , douze ; nouvelle charpie , trente kilogrammes ; épingles , quatre mille ; aiguilles à coudre , vingt-cinq ; fil et cire , de chacun trois cents grammes ; ruban de fil , cinq pièces; ficelle, demi-kilogramme ; emplâtre agglutinatif étendu , deux kilogrammes ; éponges fines, dix; agaric, trois cents grammes; bougies à brûler, quatre kilogrammes; bougeoirs, six; seringues à injections, cinq; caisse d'instrumens, une ; caisse de médicamens de premiers secours , avec une seringue à lavement, une ; bandages herniaires, huit; tabliers de toile peinte pour les chirurgiens, douze ; draps entiers , six ; ustensiles divers pour puiser de l'eau , faire du bouillon, donner à boire aux blessés , etc.

Les réserves doivent être approvisionnées d'après les mêmes principes. Dèslors, chaque corps d'armée, composé de trois divisions, et offrant un effectif de vingt-deux à vingt-cinq mille hommes , pourra fournir à neuf ou tiix mille pansemens; et une armée de quatre-ving-dix à cent mille hommes possédera un matériel suffisant , pour donner les premiers soins à trente-six ou quarante mille blessés qu'elle peut avoir en une campagne.

Dans l'arrangement de ce matériel, il faut éviter le double écueil de multiplier trop les caisses et leurs compartimens , et de laisser trop d'objets entassés et mélangés entre eux. Il convient de rassembler autant que possible les matériaux indiqués par série de cent ou de deux cents pansemens complets, de telle sorte qu'une seule ou deux caisses au plus étant ouvertes à la fois , on puisse tout fermer avec la plus grande rapidité , et suivre les mouvemens de l'armée sans embarras et sans rien perdre. Enfin, il serait utile qu'avant la guerre, des officiers de santé reçussent la mission de surveiller et d'inspecter les approvisionnemens chiruigicaux qu'elle réclame , afin de s'assurer que rien n'y man-

que et que tout y est pourvu des qualités requises. Des abus de plus d'un genre ont été le résultat de l'oubli de ce précepte. ■!

Le personnel des ambulances se compose, d'une part, de membres de l'acte ] ministration militaire des hôpitaux , tels que le directeur , les employés placés * sous ses ordres , et les infirmiers ; et de l'autre , d'officiers de santé de tous les : grades. Les premiers n'avaient autrefois aucune organisation analogue à celles ' des troupes ; les infirmiers étaient des hommes partis de bonne volonté , attachés à l'armée par l'appât du gain , et qu'on licenciait après chaque campagne, i Cet état d'imperfection a définitivement changé. On se .rappelle les essais i tentés par M. Larrey et par Percy , afin de créer des corps réguliers d'infir- ; miers ; mais , de ces tentatives, les unes étaient restées bornées à la garde, et ' les autres n'avaient produit que des résultats passagers. Éclairée par l'expé- ^ rience, l'administration actuelle delà guerre a formé un corps régulier d'in- i firmiers militaires , ou de soldats d'ambulance, qui se recrute comme tous les autres corps de l'armée, à l'aide delà conscription, et dont les sous-officiers ' et les officiers remplissent les fonctions d'infirmiers-majors , de commis de I première et de seconde classe, et enfin d'officiers comptables ou de directeurs. ' Ce corps , organisé sur, le pied de paix , est susceptible de recevoir, selon le ' besoin , dans ses cadres , un assez grand nombre de sujets pour fournir au service plus considérable que la guerre nécessite.

Cette institution présente l'immense avantage de faire soigner les malades et î les blessés par des hommes jeunes, actifs , jouissant des mêmes prérogatives que -j les autres soldats et qui parcourent dans les hôpitaux le temps fixé par la loi 3 pour arriver au terme de la libération du service militaire. Sous tous les rapports , ces soldats d'ambulance sont préférables aux anciens infirmiers , qui trop souvent étaient âgés, épuisés par la débauche, adonnés à des habitudes de dissipation, rebelles au joug de la discipline militaire, et plus propres à augmenter le désordre et le pillage , à la suite des grandes armées que disposés à rendre d'utiles services.

Il serait utile d'avoir, dans chaque compagnie d'ambulance, un ouvrier coutelier, muni des principaux outils de son art, comme le sont les ouvriers bourreliers de la cavalerie, les armuriers de tous les régimens, les artificiers de l'artillerie , et dont les fonctions seraient de maintenir toujours en état l'appareil instrumental des officiers de santé. Cette disposition produirait les plus grands avantages , dans toutes les campagnes, et surtout dans les expéditions lointaines.

Les officiers de santé attachés à chaque division d'ambulance sont ordinairement un chirurgien-major, un ou deux aides, et six ou huit sous-aides. Ce nombre varie , ainsi qu'il est facile de le comprendre , selon la force des troupeS; Aux chirurgiens , qui forment la base du personnel , on ajoute presque toujourj un ou deux médecins, et un nombre égal de pharmaciens.

Dans l'état précédent de la chirurgie militaire, les médecins et les pharmaciens, demeurant, à quelques exceptions près, inactifs sur les champs de bataille , ne devenaient utiles dans les ambulances divisionnaires qu'autant que les corps de troupes auxquels elles étaient attachées se séparaient du gros de l'armée et agissaient isolément. Alors , en effet , ces corps pouvaient avoir besoin de se créer des hôpitaux particuliers , et devaient dès-lors posséder tous les élémens du service que les établissemens de ce genre nécessitent. Mais jusque là , les médecins et les pharmaciens pouvaient sans inconvénient rester au grand quartier-général, prêts à être envoyés dans les lieux où la fondation des hôpitaux rendait leur présence indispensable.

Aujourd'hui , grâces aux hôpitaux militaires d'instruction , cette séparatio: des trois branches du service de santé tend incessamment à perdre de sa fores et de son importance. Les médecins sont généralement choisis maintenant parmi les chirurgiens , à qui les études médicales ne sont plus étrangères ; et I les pharmaciens , en se livrant aux travaux de l'anatomie et de la chirurgie , deviennent également susceptibles de passer chirurgiens et médecins, après s'être fait recevoir docteurs dans les facultés. Tout se rapproche par conséquent, et tend vers un but commun d'utilité. Il résultera de là que , dans les ambulances, les officiers de santé, quelle que soit la variété de leur uniforme, rendront des services également précieux , et ne seront plus , ni les uns ni les autres , étrangers aux pansemens ou aux opérations. Dans les hôpitaux temporaires, à défaut de médecins, des chirurgiens ou des pharmaciens pourront suffire au traitement des malades , et réciproquement. Il serait possible que les trois classes des officiers de santé militaires , liées de plus en plus par la communauté de leurs études , se confondissent ainsi , jusqu'à un certain point , en une seule , dont les membres suffiraient à toutes les fonctions du service, qui, par cette révolution, deviendrait à la fois plus simple, plus économique, et dans toutes les circonstances de la guerre plus facile à assurer. Mais ce n'est ! pas ici le lieu de discuter longuement cette question, une des plus étendues cl des plus intéressantes que présente l'administration des secours de l'art aux armées ; nous y reviendrons en traitant de la chirurgie militaire.

Indépendamment du personnel des ambulances attachées aux divisions , les officiers de santé en chef, placés au quartier-général, réunissent ordinairement autour d'eux un certain nombre de collaborateurs , destinés , en un jour de bataille, soit à établir une ambulance centrale, plus ou moins considérable, soit à être répartis, selon les besoins , sur les points où le combat étant le plus acharné et le plus meurtrier , les blessés affluent en plus grand nombre.

Autrefois , les officiers de santé , laissés en arrière , n'arrivaient souvent sur le terrain , avec ce qui leur était nécessaire , que le lendemain du combat, ou même beaucoup plus tard. Alors les blessés , péniblement relevés , et séparés des morts, recevaient des soins tardifs , et, sur un trop grand nombre , entièrement superflus.

Grâces aux efforts des Larrey et des Percy, l'art peut maintenant, ainsi

AMBULANCE. ( 171 ) AMENORRHEE.

qu'on l'a dit lutter de vitesse avec la moi t elle-même. ABn que le matériel des mbulances ' ainsi que les personnes qui y sont attachées , puissent suivre les --nouvemens des troupes , il importe que les officiers de radministration , ainsi due les officiers de santé , soient à cheval. Comment, sans cela, exiger d'hommes, qui auraient épuisé leurs forces durant de longues marches, qu'ils se ivrent à la fatigue nouvelle , à la contention d'esprit, à la dépense d'énergie lorale, inséparables de la vue des blessés , de la pratique des opérations et a spectacle affligeant de tous les résultats de la guerre ? Des caissons , façonnés ,,r le modèle de ceux du train des équipages , mais légers et bien attelés , chargés Jes caisses remplies d'objets de pansement, passeront toujours dans tous les ^droits où pénètre l'artillerie , seront facilement suivis par les soldats d ambuance , qui en formeront en quelque sorte l'escorte , et, après avoir été débarassés de leurs charges , offriront aux hommes atteints des blessures les plus raves , des moyens de transport faciles et commodes. On a voulu substituer à es caissons des chevaux de bât , des voitures basses et arrondies, sur lesquelles is officiers de santé étaient portés, et d'autres moyens analogues , afin de rendre s mouvemens des ambulances plus rapides ; mais il n'est pas besoin d'aller mais plus vite que les corps auxquels on est altaché ; et nous avons toujours u qu'avec du zèle et de la vigueur, les caissons d'ambulance pénètrent partout ù passent les troupes elles-mêmes et immédiatement après elles. Dans les uerres de montagnes , cependant , les chevaux et les mulets de bât sont indisensables , et il convient d'entasser dans les paniers recouverts de cuir dont s sont chargés , des caisses de linge , d'instrumens et de médicamens adaptés la forme et à la capacité de ces moyens de transport.

Tout étant disposé pour mettre sur un champ de bataille les ambulances en :tion il convient , lorsque la division à laquelle appartient une d'elles marche 1 avant, et s'engage avec l'ennemi , de choisir un lieu pour l'établir, et de le ire connaître immédiatement aux chefs des corps , qui en informent la troupe, 'est là que doivent être transportés les blessés. Ce heu doit être le plus ipproché possible de la ligne de bataille , facile à reconnaître sur le terrain , t si les circonstances le permettent , à couvert du feu de l'ennemi , pourvu eau, de paille et d'abris pour les blessés. Dans une bataille générale, le lirurgien en chef doit être averti de la position de chaque ambulance partiilière , afin qu'il puisse y transmettre ses ordres et y faire connaître le lieu où

a été décidé que seront évacues et réunis les blessés qu'on y aura pansés 1 opérés.

On avait tenté de disséminer les officiers de santé le long deslignes de bataille, in qu'ils pussent y secourir les blessés à l'instant de leur chute. Mais , isolés nsi les uns des autres , et ne pouvant traîner avec eux tous leurs instrumens, leur était' impossible d'exécuter autre chose que des débridemens légers , et s blessés, gravement atteints , étaient encore obligés d'être transportés dans ■s lieux plus convenables à la pratique des opérations que réclamait leur at. Le système des ambulances tel que nous l'exposons a donc prévalu. Les chirurgiens ne peuvent remplir ailleurs toute l'étendue de leur mission, ous avons vu même les officiers de santé des régimens se réunir toujours avec ^ntage, lorsque les blessés sont nombreux , à leurs collègues des ambulances: y trouvent en plus grande abondance tout ce que réclament les blessures les ■us graves; ils y participent aux opérations, et, selon l'occurrence, y remphssent ernativement les fonctions d'opérateurs ou d'aides. Bien entendu qu'aussitôt rés les pansemens et au premier mouvement de leurs corps , ils abandonnent it objet étranger pour suivre la troupe, afin de lui continuer les secours dont e peut avoir besoin, et de la source desquels elle s'éloigne. On sait que chaque piment est pourvu d'une certaine quantité d'objets de pansement , portés sur cheval débat, et qui sert aux chirurgiens du corps à panser les blessés qui uven t survenir durant les marches , et les combats partiels , qui ne uécessint pas l'établissement des ambulances divisionnaires.

Percy crut régulariser davantage la chirurgie de bataille , en armant chaque (Jat d'ambulance d'une pique , susceptible d'être convertie en un demiancard , qui , joint à l'autre partie portée par un autre soldat, formait un mcard entier. Ces hommes devaient, deux à deux, parcourir les lignes, lavoir les blessés , les coucher sur leur brancard , et les transporter à l'ambuice. Nous n'avons pas eu l'occasion d'observer les résultats de cette organisation; lis il nous a toujours semblé difficile, en examinantl'état des choses, qu'elle pût eindre complètement le but que son auteur s'était proposé. On remédie facinent à tous les inconvéniens que peut présenter encore le système actuellent adopté, eu établissant les ambulances très-près de l'endroit du combat , y faisant placer les blessés aussitôt qu'ils sont apportés ou conduits par 1rs camarades , et en renvoyant sans retard ceux-ci reprendre leurs /rangs is les drapeaux. Lorsque l'ambulance estbien organisée, lorsque chacun s'y :upe activement de ses fonctions, l'intérêt le plus tendre n'he'site pas à confier soldat blessé à des soins qui se montrent si bien entendus ; et les autres itimens, moins louables, qui tendent à retenir quelques hommes en arrière, nquent de tout prétexte pour se cacher, puisqu'il est évident qu'on n'a besoin ucun secours étranger , et que tout ce qui n'aide pas embarrasse et devient isible.

En un jour de bataille générale , chaque ambulance de division doit commuter avec l'ambulance centrale, ou avec le lieu le plus rapproché, dans [uel on a décidé d'établir un hôpital temporaire. Tous les blessés doivent e évacués sur ce point , à mesure qu'ils sont pansés ou opérés , et que les j;, lyens de transport en offrent la possibilité. De cette manière l'ambulance bataille peut, à chaque instant, changer de position, et se tenir conmment à portée de la division à laquelle elle appartient. Après la journée plus sanglante , tout le terrain doit, autant que les circonstances le permet-

tent, être, le soir , libre de blessés. Parmi ceux-ci , les uns , atteints de lésions très-légères, sont retournés a leurs corps, qu'ils suivront, jusqu'à ce qu'ils puissent reprendre les armes ; les autres , ayant aux membres des blessures plus graves , quoique encore légères, ont gagné à pied le rendez-vous général; les derniers enfin, mis par des lésions très -considérables, surtout aux membres inférieurs , dans l'impossibilité de marcher, ont dû être transportés jusque là, à l'aide des caissons d'ambulance et du train des équipages, mis à cet effet à la disposition des officiers de santé , ou au moyen d'autres voitures , frappées de réquisition dans le pays. Nous avons vu, en Allemagne, évacuer les blessés pendant un grand nombre de lieues sur des brouettes traînées à bras. Dans d'autres occasions, lors des retraites, les caissons et jusqu'aux pièces d'artillerie, ont reçu les infortunés que Thumanité commandait de dérober à l'ennemi. C'est alors qu'on a vu les officiers de santé ,les officiers des états-majors , et jusqu'aux généraux en chef, céder leurs montures pour accomplir ce devoir sacré.

Si l'évacuation des ambulances de bataille n'a pu avoir complètement lieu , et que l'armée marche en avant, le matériel, replacé en ordre, et suivi de la plus grande partie des employés aussi bien que des officiers de santé, doit se mettre en marche et suivre les colonnes , afin de pourvoir aux nouveaux besoins que de nouveaux combats pourraient faire naître. On laisse en arrière un détachement de soldats d'ambulance , un officier pour les commander et quelques officiers de santé, destinés à prendre soin des blessés jusqu'à ce que le transport attendu soit effectué. Le détachement rejoint ensuite, et le service n'est pas interrompu. La même marche sera suivie dans l'ambulance centrale. Les corps de troupes doivent toujours avoir avec eux leurs ambulances au complet. Les hôpitaux de première ligne, établis sur les derrières des armées, sont confiés à des officiers de santé , pris dans le grand quartier-général , et dont la présence n'est pas indispensable pour assurer le service des jou rs de combat.

On conçoit combien il importe , dans les ambulances , de ménager les ressources de tous genres dont on peut disposer. Des appareils légers, pour lesquels on n'a prodigué ni le linge , ni la charpie , sont d'ailleurs plus facilement supportés par les blessés, que ces tamponnemens considérables, maintenus avec force , et qui, exerçant des compressions douloureuse, accumulent de la chaleur dans les parties , et favorisent le développement d'inflammations traumatiques excessives. Souvent on supplée avec avantage aux bandes ou aux compresses , à l'aide d'emplâtres agglutinatifs circulaires , qui environnent les parties sans les trop presser, et en leur permettant encore de se développer par la tuméfaction dont elles doivent devenir le siège. Les appareils ainsi contenus sont plus solides , et maintiennent mieux les parties divisées dans un rapport convenable que ne le pourraient faire les pièces de linge les plus serrées. Dans tous les cas, après chaque jour de combat, un état des objets consommés doit être dressé et envoyé à l'intendant, afin qu'ils soient immédiatement remplacés aux dépens des réserves , et que le service de l'ambulance de bataille soit constamment assuré.

Les ambulances placées dans les tranchées, durant les sièges, ne diffèrent pas de celles dont il a été précédemment question; pourvues de tout ce qui est nécessaire afin de prodiguer aux blessés qu'on y apporte les secours que leur état exige , elles doivent évacuer immédiatement ceux-ci sur l'hôpital le plus voisin , et tenir constamment, à l'aide de demandes destinées à réparer les pertes qu'elles éprouvent, leur matériel au complet.

Ces principes nous semblent importans à rappeler; ils doivent servir de guides à l'exercice de l'art , dans les circonstances toutes spéciales que fait naître l'état de guerre; et l'on concevra aisément que leur oubli , en paralysant tous les efforts, pourrait rendre inutiles le zèle le plus ardent, les préparatifs les plus considéralales , et le matériel le plus complet. (L. J. Bégin. )

AMENORRHEE, s. f., de « privatif, //ij'v, ^.ijvos , mois, menstrues, et p/ta, je coule ; défaut, cessation, suspension, suppression du flux menstruel. On emploie généralement ce mot en médecine dans des circonstances principales différentes : pour exprimer le défaut des règles chez une jeune fille qui, sous tous les autres rapports, semble avoir complètement atteint l'époque de la puberté ; pour exprimer la cessation de cette hémorrhagie périodique à l'âge où naturellement elle doit disparaître sans retour ; dans le cas de suppression des règles déterminée par une maladie chronique dans un organe important; lorsqu'elles ont été supprimées tout à coup par une cause quelconque , qu'il en soit ou non résulté un état morbide ; enfin, quand, par suite de la faiblesse générale de la femme ou de l'inertie de l'utérus , quelle qu'en soit la cause , elles ont diminué graduellement et fini par cesser complètement de paraître. En un mot, l'absence du flux menstruel a reçu le nom d'aménorrhée dans tous les cas , excepté la grossesse.

On désigne donc sous la même dénomination des états physiologiques et des états morbides différens. Il est évident, eu effet, que le défaut d'apparition des règles chez une fille en apparence pubère n'a aucune analogie avec la cessation naturelle de cet écoulement sanguin chez la femme parvenue à l'âge critique ; que l'aménorrhée dans ces deux cas diffère essentiellement de celle qui est due aux progrès d'une phlegmasie chronique ou d'une désorganisation profonde ; que celle-ci n'a aucun rapport avec la suspension des règles produite par la détérioration de la constitution de la femme ou l'inertie de l'utérus ; enfin , que ce dernier cas ne ressemble en rien à celui dans lequel les règles viennent à être subitement supprimées par une cause accidertelle. Ce sont tout autant d'états physiologiques et pathologiques différens , qui réclament des soins hygiéniques ou des médications spéciales, et qu'on a tort de confondre sous une même dénomination. La véritable aménorrhée , la seule a

AMÉNORRHÉE.

AMÉNORRHÉE.

laquelle on devrait conserver ce nom, est celle qui cle'pend du défaut d'activité vitale de l'utérus ; c'est d'elle aussi que nous allons principalement nous occuper. Toutefois, comme dans tous les cas d'absence des règles, il n'est pas toujours facile à beaucoup près de reconnaître si cet accident est cause ou effet, s'il constitue toute la maladie ou s'il n'est qu'un symptôme, s'il dépend ou non du défaut d'activité vitale de l'utérus, nous serons forcés d'étudier l'aménorrhée dans la plupart des circonstances où elle s'offre dans la pratique journalière. Le but de ce Dictionnaire nous en impose d'ailleurs l'obligation.

Le tempérament lymphatique prédispose à l'aménorrhée ; on sait, en effet, que les jeunes filles qui offrent ce tempérament sont plus tardivement et plus difficilement menstruées que les autres. On sait aussi combien cette importante fonction est lente et pénible à s'établir chez les scrophuleuses , qui toutes présentent au plus haut degré les caractères de cette organisation. Toutefois , le tempérament lymphatique , quelque exagéré qu'on le suppose , n'a qu'une influence bornée sur la menstruation, si toutes les circonstances hygiéniques qui entourent la femme sont favorables. Mais qu'à son action vienne s'ajouter celle d'autres causes débilitantes , telles que l'habitation des lieux bas , sombres , humides , marécageux, les alimens de mauvaise qualité, et principalement ceux qui contiennent peu de principes nutritifs , une nourriture insuffisante, le défaut d'exercice, ou des travaux qui excèdent les forces, et les veilles prolongées , mais consacrées à des travaux mécaniques ; et l'on voit les jeunes filles placées dans ces fâcheuses conditions rester frêles, débiles, dépasser l'époque ordinaire de la puberté et ne pas s'embellir des attributs de cette belle saison de la vie. Que si cette révolution s'opère, c'est avec lenteur, avec peine, et presque toujours d'une manière incomplète; les règles s'établissent difficilement , et, après mille accidens divers , elles coulent peu à peu, ne reparaissent qu'à de longs intervalles, et souvent ne deviennent périodiques et mensuelles qu'après plusieurs années. Chez les femmes déjà réglées , qui se trouvent soumises aux mêmes influences , l'écoulement menstruel diminue d'abord de quantité , les époques de son retour s'éloignent de deux à trois jours d'abord , puis les retards deviennent plus longs , et enfin il y a bientôt aménorrhée complète.

On a dit aussi que le tempérament nerveux prédisposait à l'aménorrhée, et presque tous les auteurs qui ont écrit sur celte maladie ont avancé cette assertion qui nous paraît erronée. Toutes les femmes chez lesquelles le tempérament nerveux est très-prononce ont au contraire des règles abondantes ; toutes les causes qui tendent à exalter encore ce tempérament , commes les passions vives, le thé, le café, etc., augmentent l'écoulement menstruel, et ces faits d'observation constante nous paraissent difficilement conciliables avec l'opinion presque généralement admise. On aura remarqué que , chez les femmes nerveuses, les approches, et souvent l'écoulement des règles, sont fréquemment accompagnés de douleurs utérines plus ou moins fortes ; on aura vu ces douleurs devenir quelquefois tellement intenses que l'hémorrhagie périodique en était empêchée , et de ces faits incontestables , mais exceptionnels, on a tiré la conséquence générale que le tempérament nerveux prédispose à l'aménorrhée. Une autre cause a pu contribuer encore à faire commettre cette erreur ; c'est que chez les femmes affectées d'hypochondrie , d'hystérie d'épilepsie , de manie , etc. , il n'est pas rare d'observer l'aménorrhée ; et de ce que des maladies nerveuses pouvaient la produire , on a conclu que le tempérament nerveux devait disposer à la contracter. Mais avant de tirer cette conséquence , il fallait remarquer que toutes les affections chroniques des femmes , inflammatoires comme nerveuses , parvenues à un certain degré , suspendent le flux menstruel ; il fallait faire attention que beaucoup de femmes hypochonflriaques , hystériques, épileptiques, etc., conservent leurs règles; enfin, il fallait se rappeler que l'aménorrhée est aussi souvent cause qu'effet des maladies qu'elle accompagne. Voilà comment l'observation elle-même peut conduire à l'erreur. Nous ne regarderons donc pas le tempérament nerveux comme une cause prédisposante de l'aménorrhée.

La chlorose etl'anémie ont encore été rangées parmi les causes prédisposantes de l'affection qui nous occupe, et c'est avec raison . A peine, chez la femme anémique, reste-t-il assez de sang pour empêcher la vie de s'éteindre ; la plus faible quantité ne pourrait être détournée sans danger de la masse commune pour l'accomplissement d'une fonction qui peut cesser sans inconvénient pour l'ensemble, et au profit d'un organe dont l'activité vitale , comme celle de tous les autres, est considérablement affaiblie {voyez Ahémie). Quant à la chlorose, s'il est vrai qu'elle dépende souvent de l'asthénie de l'utérus , on conçoit qu'elle dispose à l'aménorrhée , puisque celle-ci n'est fréquemment que le symptôme de la même asthénie , ou plutôt, djns ces cas , ce sont deux symptômes différens d'une même affection ( Voyez Chlorose.)

Enfin , on considère généralement le célibat comme prédisposant à l'aménorrhée. Comment agit cette cause ? L'utérus a-t-il donc besoin de l'excitation vénérienne pour accomplir plus facilement sa fonction mensuelle ? Cela est probable. Ne sait-on pas que chez un grand nombre de femmes , l'acle du coit facilite et accélère l'apparition des règles ; et qui n'a pas observé que sur beaucoup d'autres, mal menstruées avant le mariage, cet écoulement sanguin s'établissait plus a'bondant et plus régulier après ce changement d'état ?

Mais de toutes les causes prédisposantes de l'aménorrhée , la plus puissante est, sans aucun doute, l'existence d'une affection chronique grave , quelle qu'en soit la nature. Les règles ne s'établissent que difficilement chez la jeune fille qui est en proie à une gastrite , une pneumonile ou une pleurite chroniques ; elles ne tardent pas à se ralentir et à s'arrêter chez la femme affectée de ces mêmes maladies. Et telle est l'influence de cette cause , telle est surtout sa fréquence , que l'aménorrhée est dans la majeure partie des cas un symptôme et non pas

une maladie. C'est une vérité qu'il ne fautjamais perdre de vue dans la pratique, si l'on ne veut pas s'exposer à de fâcheuses méprises et à des revers , ou tout au moins à des insuccès, en attaquant l'effet et laissant subsister la cause.

Comme toutes les causes prédisposantes en général , celles que nous venons d'étudier peuvent produire immédiatement l'aménorrhée lorsqu'elles agissent d'une manière continue, ou lorsqu'elles sont intenses, ou enfin quand il s'en trouve plusieurs combinées. Mais leur action est toujours lente, tandis que celle des causes qui nous restent à faire connaître, celle des causes occasionelles est rapide et souvent instantanée. Celles-ci , pour produire leur effet , doivent agir à l'approche des règles ou pendant leur écoulement; ce sont l'impression du froid , soit par l'immersion des pieds , des mains ou de tout le corps dans l'eau froide, soit par l'ingestion d'une boisson froide, ou par le passage à un air très-frais tandis que le corps est en sueur; toutes les vives douleurs ; une impression morale un peu forte , et surtout la frayeur , le chagrin ou la colère; une saignée , une hémorrhagie ; l'emploi d'un purgatif, d'un émétique ou de tout autre médicament capable de produire une forte secousse. Nous ne placerons pas au nombre de ces causes l'abus des liqueurs spiritueuses , les excès vénériens, etc. , que plusieurs auteurs ont cru devoir y compter; ce n'est jamais d'une manière directe qu'elles produisent l'aménorrhée , toujours elles font naître auparavant des maladies dont celle-ci n'est plus alors qu'un des symp.^ tomes.

Les symptômes de l'aménorrhée consistent uniquement dans la diminution progressive del'écoulement menstruel, ou dans sa suppression subite. Assez ordi nairement les malades sont pâles, et elles éprouvent de temps en temps des troubles légers , tantôt d'une fonction et tantôt d'une autre. Quelquefois , à l'époque oi'i les règles devraient paraître, il se manifeste de la chaleur et de la douleur dan! les régions hypogastrique et lombaire, de la pesanteur dans le bassin, de; douleurs utérines qui ont le caractère de tranchées et un gonflement plus ou moins considérable des mamelles. Mais on sent que tous ces symptômes soni insignifians ; ils ne peuvent ajouter aucune valeur à l'absence des règles.

Chez les jeunes filles la pâleur est souvent portée jusqu'à une sorte d'ctiolement de la peau { pâles couleurs ) , la peau est quelquefois bouffie, les yeus sont éteints, les chairs flasques , l'appétit est détruit et souvent remplacé par des désirs bizarres , soit de substances de haut goût, soit de substances non nutritives; de la dyspnée, des palpitations, une tristesse insurmontable ei une grande paresse à se mouvoir se joignent aux premiers symptômes. Mai: quand le défaut d'écoulement des règles produit déjà ces désordres, ce n'esl plus une simple aménorrhée qui existe , il y a commencement de chlorosi (i)ojez ce mot). A l'âge critique, le^ accidens sont encore plus variés ; le: principaux sont des étourdissemens , des palpitations , des douleurs vague; dans les membres , dans la poitrine, dans la tète , etc. S'il existe à cette époque une affection chronique dans un organe quelconque, elle s'exaspère ordinairement, et vient ajouter ses symptômes à ceux de l'aménorrhée.

On peut quelquefois prendre l'aménorrhée pour un état de grossesse , el -vice versd, et l'on sent quelles graves conséquences peuvent être la suite d( cette méprise. Nous avons eu plusieurs occasions d'observer des femmes qu'on avait tourmentées par des applications de sangsues et des emména< gogues, pendant les deux ou tcois premiers mois d'une grossesse méconnue i être réduites à un état déplorable par celte médication imprudente. L'erreu) est sans doute quelquefois très-difficile à éviter puisqu'il n'existe que deui signes positifs de grossesse, le ballottement et le mouvement "spontané dj l'enfant , et que ces signes ne se montrent qu'à une époque déjà avancée de Iji gestation ; mais avec de l'attention, et surtout en ne se pressant pas d'agir i' les accidens sont peu graves , on évite au moins les conséquences de l'erreufl C'est ici le cas d'avoir recours au stéthoscope , comme le conseille M. de Kerî garadec. En appliquant cet instrument à l'hypogastre , on entend , si la femmU est grosse , les batteraens du cœur de l'enfant , et un bruit de soufflet au poini d'insertion du placenta. L'absence de ces signes indique qu'il y a simplemeni aménorrhée. Toutefois, ce n'est encore qu'avec i-éserve que l'on doit portf^ son diagnostic et se décider à agir ; car , si nous avons quelquefois très-distinc^ tement entendu ces bruits chez des femmes enceintes , nous les avons vaina^ ment cherchés dans d'autres cas de grossesse évidente. j L'aménorrhée semble dépendre quelquefois d'un état pléthorique de Ij femme ; ce fait difficile à expliquer n'en est pas moins réel; peut-êlre n'y a-t-'j que simple coïncidence de ces deux états dans les cas où on les observe réuniiij On voit aussi quelquefois l'aménorrhée liée à un état d'irritabilité extrêmft Enfin, l'écoulement des règles va presque toujours en diminuant en proportio de l'accroissement de l'embonpoint, de sorte que l'obésité extrême entraîu, ordinairement l'aménorrhée.

L'écoulement des règles est une fonction si importante qu'il ne peut éprouvi un retard prolongé chez la jeune fille pubère, se suspendre ou s'arrêter cb< la femme déjà réglée , sans qu'une maladie plus ou moins grave ne finisse biet tôt par se manifester. Aux symptômes de l'aménorrhée se joignent alors ceu j de cette affection qui ne tarde pas à devenir prédominante ; les deux maladif j s'entretiennent l'une par l'autre. Comme il n'est aucune maladie que la suj pression des règles ne puisse produire, les auteurs ont rangé toutes celles d cadre nosologique parmi ses complications. On pourrait à tout aussi bon dro les cnumérer toutes parmi ses causes, puisqu'il n'en est aucune qui , parveni à un certain degré d'intensité, ne suspende le flux menstruel. Quoi qu'il f soit, lorsque l'aménorrhée existe avec une autre maladie, il est souvent dif) j cile de reconnaître si elle est cause ou effet ; il ne sufiit pas toujours , pour : i tirer d'incertitude, de rechercher laquelle des deux affections a eu l'initiativi j i C3r souvent, lorsque l'aménorrhée se manifeste, il existait depuis long-tem i|

AMÉNORRHÉE.

Page 1