AMER
line désorganisation latente, qui détruisait sourdement la malade à son insu ; et souvent aussi lorsqu'une maladie vient à éclater, l'écoulement menstruel avait depuis long-temps graduellement diminué de quantité, sans que la femme y eût fait la moindre attention. Dans l'un et l'autre cas, les renseignemens fournis par les malades pourraient donc induire en erreur. Dans ces circonstances embarrassantes pour le diagnostic, il faut toujours se rappeler que l'aménorrhée est presque constamment symptomatique.
L'aradnorrhée n'est jamais une maladie très-grave par elle-même ; ce sont les affections qu'elle fait naître ou celles dont elle est l'effet qui en font toute la gravité. Isolée de toute complication et récente , ce n'est qu'une indisposition en général de peu de durée , que beaucoup de femmes éprouvent et qu'elles appellent un retard; ancienne, elle doit toujours éveiller l'attention du médecin , alors même qu'elle ne produit pas encore d'accidents. Dans les antres circonstances , le danger se mesure par l'ancienneté et l'intensité de la maladie concomitante et par l'importance de l'organe affecté. Cependant , même dans les cas où elle n'est que symptomatique , et à plus forte raison dans ceux où elle est la cause première du désordre , l'aménorrhée doit entrer comme élément dans le pronostic ; elle le rend toujours plus grave , car une irritation qu'accompagne la suppression des menstrues présente en général moins de chances de guérison qu'une autre irritation d'égale intensité qui n'est pys compliquée de cet accident.
Il suit de tout ce qui précède, qu'avant d'entreprendre le traitement de l'aménorrhée, il faut toujours commencer par s'assurer si elle est simple ou compliquée , accidentelle ou naturelle , récente ou ancienne , cause ou effet. L'importance de cette recherche n'a pas besoin d'être démontrée.
Lorsque l'aménorrhée est simple , qu'elle survient chez une femme ou une jeune fille molle , lymphatique , d'une constitution détériorée , que la malade habite un lieu sombre , froid et humide , et qu'elle se nourrit mal , c'est au traitement stimulant qu'il faut avoir recours. Il suffit souvent alors de fortifier par une alimentation saine, mais stimulante, composée de bons potages , de viandes rôties, et de l'usage modéré d'un peu de bon vin, et par quelques toniques médicamenteux, tels que les amers, le quinquina et les ferrugineux ; de placer la malade au sein d'un air vif, sec et imprégné de lumière et de calorique ; de la revêtir de flanelle appliquée immédiatement sur la peau; de lui taire pratiquer des frictions sèches sur tout le corps , et de la contraindre à se livrer à un exercice modéré, celui du cheval ou de la danse principalement, SI cela est possible ; il suffit, dis- je , de ces soins hygiéniques , pour voir bientôt les chairs se raffermir, la pâleur être remplacée par un teint plus animé , les forces renaître , et les règles commencer à paraître si elles ne s'étaient pas encore montrées, reprendre leur cours accoutumé si déjà elles avaient existé. Ces moyens n'ont en général pas besoin d'être secondés par l'emploi des emméiiagogues ; cependant il est quelquefois nécessaire d'en seconder les bons effets par l'usage de ces médicamens ; ces derniers suffisent même seuls quand l'aménorrhée est accidentelle. Mais il est des règles dont il ne faut pas s'écarter, lorsqu'on se décide à recourir à ces agens : la première est d'en surveiller attentivement l'action sur la membrane muqueuse des voies digestives , et la seconde de ne les administrer qu'aux époques où les règles devraient repairaître , ou , si ces époques ne sont pas connues , tous les mois pendant trois à iquatre jours. Il serait inutile en effet de fatiguer les malades dans les inter- Ivalles par une médication intempestive , et de graves inconvéniens pourraient 'en résulter.
Tous les médicamens que l'on emploie pour provoquer la première apparition bu le retour des règles , et que pour cela l'on a nommés emménagogues , jouissent de propriétés stimulantes qui en rendent souvent l'emploi dangereux. On doit donc toujours s'en abstenir lorsque la membrane muqueuse gastro-intestinale est irritée , et quand l'utérus lui-même est malade. Les principaux de ces agens sont: le safran, la rhue, la sabine , l'absynthe , l'armoise, le café, 1 ?s diverses préparations ferrugineuses, les pilules bénites de Fuller, celles de jRufus, les drastiques et surtout l'ellébore et l'aloès. Il importe de n'y avoir Irecours que dans les circonstances que nous avons fait connaître. Le plus 'ordinairement même on les remplace avec avantage par des applications de sangsues à la vulve , aux aines , ou à la partie supérieure des cuisses, placées en petit nombre tous les mois , avec la précaution d'arrêter le sang des piqûres immédiatement après leur chute, dans le but de provoquer un mouvement ifliixionnaire périodique vers l'utérus. On seconde efficacement les effets de ces petites saignées locales, par l'emploi des ventouses sèches ou scarifiées, à l'hypogastre , aux lombes , aux aines ou aux cuisses ; par des vapeurs' chaudes et excitantes dirigées à l'aide d'un entonnoir jusque sur l'utérus ; par des fumigations aromatiques , des lavemens acres , des pédiluves irritans et répétés , et par le coït lorsqu'il est possible. Ces movens ont sur les premiers l'inappréciable ^avantage d'être sans inconvéniens, et ils sont presque aussi efficaces. Combinés avec les soins hygiéniques que nous avons indiqués , ils doivent donc former la base principale du traitement de l'aménorrhée , et ce n'est que quand leur insuffisance a été bien constatée, que le praticien prudent peut recourir aux substances énergiques que nous avons énuraérées. Il est toutefois une distinction à faire parmi ces médicamens : le café, l'absynthe, l'armoise, le safran et les martiaux sont loin d'être aussi actifs que la rhue, la sabine, etc., dont l'usage est presque populaire ; et s'ils produisent encore de nombreux accidens, cela [tient plutôt à l'inopportunité de leur emploi qu'à leurs propriétés stimulantes ; jcela dépend aussi très-souvent du mode de préparation sous lequel on les ladministre. Presque toujours, en effet, c'est sous forme de teinture qu'on les prescrit, et alors à leur action stimulante s'ajoute nécessairement celle des jprincipes alcooliques plus nuisibles qu'eux. Toutefois nous les avons souvent
j! DiCT. DB MÉDECINE ET DE CmaCEGIS PEATlQCIiS.
administrés avec succès , et nous sommes loin de vouloir les proscrire du traitement même ordinaire de l'aménorrhée.
Lorsque l'aménorrhée est symptomatique, le meilleur moyen de la faire cesser est sans contredit de remonter à la cause et de combattre la maladie qui l'entretient; mais comme l'absence du flux menstruel augmente toujours l'intensité de l'affection concomitante et ajoute aux chances défavorables de la cure, et qu'en outre son rétablissement peut devenir la cause de la guérison , il est toujours utile de chercher à le provoquer. A cet effet, aux moyens propres à guérir l'affection qui est la cause principale du désordre, il faut joindre l'emploi des moyens locaux que nous avons dits propres à provoquer un mouvement fluxionnaire périodique vers l'utérus. L'administration des emménagogues pourrait être ici dangereuse; les propriétés stimulantes dont jouissent ces médicamens exposeraient à aggraver la maladie principale.
Quand l'aménorrhée est accidentelle, que les règles ont été supprimées d'une manière subite, et qu'une irritation en est l'effet , il faut encore chercher à rappeler la fluxion sanguine vers l'utérus , en même temps que l'on attaque l'irritation par les moyens convenables. Mais il importe de se tenir en garde contre les rapports des malades , et s'il ne résulte pas un état morbide bien prononcé de la suppression du flux menstruel , la prudence commande de ne rien faire , pour ne pas s'exposer à détruire une grossesse commençante que la malade ignore ou qu'elle a intérêt à cacher.
Une saignée du bras ou du pied fait quelquefois cesser immédiatement l'aménorrhée; c'est lorsque la femme éprouve à un haut degré les effets de la pléthore. On a cru pendant long-temps à la supériorité de la saignée du pied sur celle du bras dans ce cas, mais des faits nombreux prouvent que cette opinion n'est pas fondée. Pour être eflicace , cette saignée doit être pratiquée dans les derniers jours qui précèdent l'époque du retour présumé des règles. Nous avons vu plus d'une fois cette évacuation sanguine s'opérer quelques heures après une saignée du bras; c'est un des moyens auxquels nous avons le plus souvent recours contre l'aménorrhée, tant son efficacité nous est démontrée , et il nous suffit de trouver le pouls plein et dur pour nous engager à y avoir recours. Mais, nous le répétons, pour en obtenir de bons effets, c'est le plus près possible de l'époque où les règles devraient reparaître qu'il faut la pratiquer.
Les bains tîèdes, les antispasmodiques , et surtout les préparations opiacées, combattent aussi très-efficacement l'aménorrhée lorsqu'elle est liée à un état d'irritabilité extrême , et à des douleurs vives de l'utérus. M. le docteur Fabre a communiqué à la Société médicale d'émulation un Mémoire contenant plusieurs faits , qui tous attestent les bons effets de l'acétate de moi-phine en pareil cas. Enfin , M. Masuyer de Strasbourg , M. Cloquet et M. Patin ont prouvé par des faits nombreux que l'acétate d'ammoniaque , à la dose d'un à deux gros par jour dans de l'eau sucrée , faisait cesser les coliques utérines qui précèdent quelquefois les règles et s'opposent à leur apparition, et devenait ainsi , dans ces cas , un excellent emménagogue.
Sthali^G. E.).De mensiuni muliebrium fluxu secundùiu naturam, et suppressione preeternaturali ; Disserlatio , Jena , 1694 , !Q-4''.
Royer-Collard (A. A.). Essai sur l'aménorrbée , ou suppression du flux menstruel; Dissertation inaugurale , Paris , an x, in-S".
Magne. Dissertation sur l'aménorrhée , Paris , 1808, in-î".
Gardien. Traité d'accoucliement et des maladies des femmes et des enfans, 2^ édition, Paris, 1816. (L. C. KoCBE.)
AMER. L'amertume est une des saveurs principales ; les substances qui eu sont pourvues sont nombreuses , et jouissent de propriétés assez énergiques ; il n'est donc pas étonnant qu'il se soit établi , en matière médicale, une classe d'amers. On trouve exprimé dans plusieurs auteurs l'opinion que la saveur amère pourrait dépendre d'un principe identique que l'on devrait retrouver dans toutes les substances qui la présentent : mais il n'en est pas ainsi, et l'on trouve des amers dans les trois règnes: d'ailleurs l'amertume a des nuances extrêmement variées : ainsi disent presque tous ceux qui ont écrit sur les amers. Cependant , l'observation attentive prouve que les nuances de la saveur amère dépendent d'accessoires que l'analyse chimique peut isoler; qu'elle se montre franche , comme on a coutume de le dire , dans certains corps simples découverts par la chimie moderne, et connus sous le nom d'alcalis organiques. Ils ont en effet une amertume très-marquée, sans mélange, et tellement uniforme, qu'il serait impossible par ce seul caractère de distinguer la quinine de la strychnine et du gentianin. Cette amertume se retrouve dans la plupart de ces alcalis, et dans les sels solubles formés par ceux même qui sont insolubles , et par conséquent insipides. On est donc porté à croire que l'amertume appartient presque exclusivement aux substances alcalines végétales , et que les nuances qu'elle présente dans les substances • composées dépendent de l'association de principes salés, aromatiques, etc. Probablement des recherches ultérieures et des analyses plus délicates feront découvrir un principe identique dans toutes , les substances amères. Wous devons faire observer qu'on a signalé à tort, parmi les substances amères, des sels minéraux, les sulfates de soude et de potasse , sans faire attention que ce n'est pas dans l'acide minéral, mais bien dans la base salifiable d'origine végétale que réside la saveur amère. Un très-petit nombre de substances présentent les principes amers à l'état de pureté ; mais il en est plusieurs dans lesquelles ils prédominent tellement, ou sont associés à des principes si peu énergiques, qu'elles sont considérées à juste titre comme le type des amers. Tels sont la gentiane, le simarouba, le quassia, l'année, la fumeterre, la centaurée, le pissenlit, la chicorée sauvage, le trèfle d'eau, etc. Plus ordinairement, le principe amer est associé au tannin, à l'acide gallique, aux résines, et plus