‹ Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques [electronic resource]Chapitre 46 sur 234 · AMERTUME · texte numérisé non relu

AMERTUME

souveut encore aux huiles volatiles : aussi la plupart des auteurs de matière médicale ont-ils fait deux sections, les amers purs et les amers aromatiques.

Les premiers , introduits à faible dose dans l'estomac lorsqu'il est parfaitement sain, ne produisent pas d'effet primitif appréciable. Si le viscère est irrité , ou si la dose est trop considérable, ils provoquent quelques phénomènes inflammatoires locaux et une réaction fébrile plus ou moins intense et durable. On pense, mais sans pouvoir administrer la preuve du fait, que leur emploi augmente la tonicité des tissus organiques, et, l'on n'a pas craint de le dire, leur fait subir une sorte de tannage. Quoi qu'il en soit, l'observation pure et simple a fait voir que des sujets pâles , faibles , dont toutes les fonctions s'exécutaient d'une manière lente et incomplète , ont repris des forces et de l'activité sous l'influence des amers, sans cependant que ces médicamens aient agi d'une manière spéciale sur aucun organe , et en ait évidemment modifié la fonction. Mais il faut ajouter, pour se tenir dans la limite de la vérité , que les effets de CCS 2?.éd;camens ne sont pas rapides, et qu'ils ne se montrent pas, supposé même l'intégrité des surfaces qui les reçoivent, à moins qu'on n'y joigne l'emploi bien dirigé des agens hygiéniques. Sans leur secours , en vain (et une malheureuse expérience confirme cette vérité) , en vain les amers sont administrés de la manière la plus méthodique; on n'obtient pas de guérison.

Les propriétés des âïncrs aromatiques ont peu de différence, à moins que la partie aromatique et stimulante (vojez ces mots) ne prédomine beaucoup; dans ce cas , la partie amère ne vient qu'en seconde ligne pour les efTets. L'action des amers aromatiques est plus générale; elle est plus capable de provoquer la fièvre , comme si les molécules médicamenteuses de ce genre étaient plus susceptibles d'être absorbées et portées dans le torrent de la circulation. Remarquons ici que la plupart du temps les amers de l'une et l'autre espèce sont associés ensemble; qu'on y ajoute des sels et d'autres médicamens actifs, et que ces mélanges ont pour excipiensle vin et l'alcool, liquides pourvus euxmêmes de propriétés très-énergiques.

Libre à chacun d'écrire de longues pages sur le mode d'action de ces médicamens, d'attribuer leurs bons effets à l'excitation qu'ils produisent sur les membranes gastro-intestinales , excitation qui active la digestion , et par suite toutes les fonctions ; ou de les rapporter à l'introduction de molécules d'un certain genre dans le sang, et à la modification qu'elles impriment à ce liquide. On peut encore faire des amers, sur les effets desquels on a divagué comme à plaisir, de bizarres assemblages auxquels on attribuera des vertus merveilleuses et même spécifiques; on les décorera des noms d'antigouteux , d'anticancéreux , d'antiscrophuleux, d'emménagogues , de désobstruans , etc. ; on pourra même citer des guérisons que la foule regarde comme des preuves.

Ponr nous , jaloux de nous tenir dans le cercle malheureusement trop étroit des connaissances positives, nous dirons l» que les amers en général exercent une action tonique, c'est-à-dire dont le résultat est une augmentation réelle et permanente des forces ; 2» que les amers purs produisent moins de réaction générale que les amers aromatiques , dont les principes volatils sont absorbés et portés dans le sang; 3° que ces propriétés peuvent être utilisées dans des médications diverses dont la combinaison et la direction appartiennent au praticien , et ne sauraient être fixées à l'avance; qu'ainsi, leur administration peut produire, suivant le cas, des effets toniques, fébrifuges, etc.; 4" que quand on les administre comme toniques, ce doit être à doses fractionnées, et de manière à ne pas susciter d'inflammation locale ; S» que l'usage de les donner en infusion vineuse ou alcoolique est propre à induire en erreur sur leurs véritables effets; 6° enfin, que, dans les cas où leur emploi parait le mieux indiqué , les secours de l'hygiène forment un accessoire très-utile , si ce n'est indispensable.

D'après ce qui précède , il est presque inutile d'ajouter que c'est dans les convalescences , la faiblesse générale , les scrophules , le scorbut , les fièvres intermittentes légères que l'emploi des amers peut être indiqué , lorsque rien ne contre- indique une médication tonique ou stimulante , ou tout à la fois stimulante et tonique. Une des applications le plus évidemment utiles des amers, est celle qui a rapport au traitement des vers intestinaux. Le plus grand nombre des anthelmintiques contient des principes amers ; et il paraît démontré qu'ils sont vénéneux pour ces entozoaires.

On a renoncé à l'emploi des espèces en général, et à celui des espèces amères en particulier. On préfère maintenant les médicamens simples et employés séparément. Les amers d'ailleurs sont susceptibles de se plier à toutes les formes pharmaceutiques connues. Nous les indiquerons en détail aux articles spéciaux. (F. Ratier.)

AMERTUME (Pathol. génèr. ) , s. f., sensation accidentelle que caractérise assez l'expression sous laquelle on la désigne , qui accompagne un grand nombre de maladies aiguës et chroniques , ou existe parfois indépendamment de toute autre affection , et qui consiste dans une modification spéciale de la sensibilité gustative.

L'amertume est le symptôme le plus ordinaire des maladies de l'appareil digestif et paraît résulter, dans beaucoup de cas , d'une sur-activité de la sécrétion biliaire coexistante avec une irritation de la muqueuse de l'estomac , du duodénum , et, par continuité de tissu , des organes de sécrétion et d'excrétion de la bile.

On a également observé que l'usage des acides était une cause d'amertume. Il est peu de personnes qui n'aient été à même d'en faire l'expérience, surtout pendant la saison des fruits rouges ; beaucoup de praticiens sont consultés à cette époque par des personnes qui croient pour ce seul motif avoir besoin d'un purgatif. Ce fait avait déjà été signalé dans une thèse sur l'emploi des acides dans les maladies dites bilieuses; l'auteur a cru pouvoir conclure contre

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