AMIDON
AMMONIAQUE
soie. On décante le liquide reposé ; on lave le dépôt plusieurs fois et on le fiiit sécher.
C'est par un procédé semblable qu'on retire, en Amérique, la fécule du inaranta indica , dite arrow-root , et le tapioka ou fécule de la racine de manioc (jatropha manihot'L.). Seulement comme la racine de cette dernière plante est pourvue d'une qualité très-vénéneuse, on laisse la pulpe fermenter pendant quelque temps , afin de détruire le principe délétère ; ensuite on l'étend d'eau et l'on exprime. La fécule déposée est lavée avec soin et séchée. La dessiccation, commencée à l'air libre , est terminée sur des plaques chaudes, ce qui donne au tapioka la forme de grumeaux irréguliers , formés de grains de fécule agglutinés.
C'est encore d'une manière analogue qu'on extrait, aux îles Moluques , le sagou ou la fécule du sagouier (sagus farinaria Rhumph) , arbre de la famille des palmiers. A une certaine époque de la végétation, la moelle, renfermée dans le tronc, se charge d'une grande quantité de fécule, qu'on en retire en la délayant dans l'eau et la passant à travers un tamis. Cette fécule , lavée et séchée, parait blanche et très-fine; mais ordinairement ou la moule en petits grains lorsqu'elle est encore humide , et on la fait sécher sur des bassines trèsmédiocrement chauffées.
Propriétés. — L'amidon paraissait bien connu il y a quelques années, lorsque M. Raspail est venu ajouter des faits assez importans à sou histoire. Suivant les idées admises avant ce naturaliste, l'amidon est un principe sui generis , entièrement insoluble dans l'eau froide, mais soluble dans Teau bouillante, et se prenant en gelée par le refroidissement, lorsque sa solution est suffisamment concentrée. Il forme arec l'iode plusieurs combinaisons , dont l'une avec excès d'amidon est blanche; une seconde sur-saturée d'iode est noire; une autre intermédiaire , qui offre un bon caractère de la fécule amilacée, est d'un bleu magnifique.
Du reste l'amidon , exposé au feu , exhale l'odeur de pain brûlé ; il se boursoufle, se charbonne et dégage tous les produits des substances végétales non azotées. Une torréfaction moins forte en modifie seulement les propriétés, le rend soluble dans l'eau froide , et permet qu'on l'emploie dans les arts, en place de gomme.
L'amidon est très-soluble dans la potasse caustique et en est précipité par les acides. L'acide nitrique le dissout également à froid , et le transforme à chaud en acides raaiique et oxalique. L'acide sulfurique le dissout aussi , et l'alcool précipite de cette dissolution un composé d'acide et d'amidon susceptible de cristalliser. A chaud , et par une ébullition très-prolongée avec un cinquantième d'acide sulfurique très-étendu d'eau , l'amidon est entièrement changé en sucre fermentescible. Cette propriété remarquable, découverte par M. KirchofT, a élé utilisée pour convertir, avec plus d'avantage, la fécule en alcool.
Les recherches de M. Raspail ne portent que sur les premiers des caractères que nous venons d'énoncer. Suivant lui , l'amidon, au lieu d'être un principe d'une seule nature , est un organe composé : 1° d'une enveloppe ou tégument insoluble dans l'eau froide ,''insoluble même dans l'eau bouillante et susceptible d'une belle coloration par l'iode; 2° d'une substance intérieure soluble dans l'eau froide , liquide même dans son état naturel , perdant par l'évaporation la faculté de se colorer par l'iode , et possédant alors toutes les propriétés de la gomme.
Suivant M. Raspail encore, la coloration de la fécule par l'iode est le résultat fd'une simple juxta position de parties et non d'une combinaison ; et d'un autre ^côté , cette coloration est due à un principe volatil non essentiel à la fécule. IVoici ce que nous pouvons dire touchant ces diverses propositions:
|o. La fécule est véritablement formée d'un tégument insoluble et d'une matière intérieure soluble ; car en la broyant sur un porphyre , on déchire les légumens , et la fécule forme alors avec l'eau froide un mucilage très-épais, propre à remplacer la gomme dans plusieurs usages industriels.
2". La fécule entière, examinée sous l'eau , au microscope , off"re des grains transparens, fins, arrondis et d'une épaisseur ^évidente ; lorsqu'on y ajoute une dissolution d'iode, les grains seuls prennent une teinte bleu - céleste , sans
Eerdre leur transparence.
3°. Lorsqu'on soumet à la même expérience la fécule broyée, une partie se issout dans l'eau et disparaît entièrement; une autre partie reste attachée ux grains de fécule sous forme de gelée, et disparaît par l'application d'une [légère chaleur ; alors on aperçoit facilement les membranes déchirées qui iservaient d'enveloppe aux grains amilacés. En ajoutant de l'iode à la liqueur, avant l'application de la chaleur , on observe que la substance soluble , la substance gélatineuse et le tégument se colorent également par l'iode , mais à des degre's diff"ërens , dus à la différente concentration du principe amilacé.
4». Pour m'assurer que la matière soluble jouissait bien par elle-même de la propriété de se colorer par l'iode , j'ai agité de la fécule broyée avec de l'eau , et j'ai obtenu au moyen de deux filtrations une liqueur entièrement transparente , qui bleuissait fortement par l'iode.
5°. Cette même liqueur évaporée à siccité ne se convertit pas en gomme , comme l'annonce M. Raspail , et ne perd pas la propriété de bleuir par l'iode; elle n'est même plus entièrement soluble dans l'eau froide ; car une partie ne fait qu'y prendre une consistance gélatineuse. Ces expériences , et d'autres que nous ne rapporterons pas ici, nous font penser que si la fécule est eff'ectivement un corps organisé , formé d'une partie extérieure sur laquelle l'eau froide est sans action , et d'une substance intérieure qui s'y divise assez pour qu'on puisse l'y dire soluble , cependant ces deux parties ne diff'èrent pas essentiellement "tl'une de l'autre , et ne se distinguent guère que par la cohésion des particules de la première. Nous pensons également que la couleur bleue formée par l'iode
et l'amidon est le résultat d'une combinaison ; mais ne pouvant entrer dans le détail des faits, nous emploierons le reste de cet article à décrire particulièrement les fécules les plus usitées.
Toutes sont composées de grains isolés, et primitivement insolubles dans l'eau , mais qui varient dans leur forme , leur volume et quelques-unes de leurs propriétés, suivant les divers procédés employés pour leur extraction. L'amidon de blé est en globules sphériques, très-petits, dont quelques-uns ont été brisés par la meule ou la fermentation , et c'est à la matière eélatineuse qui en est sortie que l'on doit attribuer la dureté prise par l'amidon pendant sa dessiccation, tandis que la fécule de pomme de terre reste toujours pulvérulente. L'amidon de blé pulvérisé est d'un blanc mat; bouilli dans l'eau , il lui communique une consistance fortement gélatineuse.
L'arrow- root est en particules plus grosses que l'amidon, plus éclatantes et entièrement transparentes à la loupe. Examinés au microscope, les grains en paraissent sphériques, ovales ou triangulaires, comme ceux de la fécule de pomme de terre; mais ceux-ci sont d'un volume encore plus considérable : toutes deux donnent à l'eau moins de consistance que l'amidon.
Le tapioka est en grumeaux irréguliers, très-durs et un peu élastiques; vu à la loupe, il paraît formé d'agglomérations sphériques de grains de fécule transparens; mais ces grains ont été en partie crevés ou cuits par la chaleur; aussi le tapioka fournit- il à l'eau froide une dissolution dCamiAoïi soluble , qui bleuit fortement par l'iode.
Le sagou est en grains sphériques ou arrondis , très-durs , d'un blanc terne on d'une teinte rousse jointe à une demi-transparence. Cette fécule est tellement aride qu'on la croirait mêlée de ligneux si le microscope ne la montrait composée que de particules amilacées semblables à celles de la pomme de terre, mais souvent soudées ensemble et diversement comprimées. L'eau froide n'en dissout presque rien ; la chaleur la fait crever et met à nu les tégumens,qui sont de tous les plus insolubles et les plus résistans à l'eau bouillante.
Usages. — L'amidon, sous les différentes formes que nous venons d'indiquer, est usité à la fois comme aliment et comme médicament. La fécule de pomme de terre , l'arrow-root, le sagou , le tapioka, servent à faire des potages ou des gelées nourrissantes, dont on prescrit l'usage aux convalescens. L'amidon de blé est plus spécialement employé en lavement, contre la diarrhée et la dysenterie , étant délayé dans une décoction de racine de guimauve ou de tête de pavot. On l'utilise aussi dans les pharmacies ; pour s'opposer à l'adhérence des pâtes , au moyeu d'une couche très-fine que l'on interpose entre leurs surfaces, ou pour étendre certains médicamens très - énergiques qui demandent à être mélangés d.e quelques substances inertes.
Il n'a pas été question dans cet article du salep , qui est une racine à'orchis préparée et séchée d'une manière particulière , et non .une fécule. ( Voyez Salep. ) ( Guibourt. )
AMMONIAC (sel). Voyez Ammoniaque (hydrochlorate d').
AMMONIAQUE , ammonia ( Chim. méd. ). L'ammoniaque est une base salifiable composée de trois parties , en volume, de gaz hydrogène et d'une partie de gaz azote ; ou , en poids, de 17,41 du premier et de 82,59 du second. Ce corps est naturellement gazeux et incolore comme l'air ; mais il possède une odeur suffocante , verdit fortement le sirop de violettes , et jouit d'une grande solubilité dans l'eau.
L'ammoniaque est surtout usitée à l'état de dissolution sous les noms d'a/nmoniaque liquide ou (Talcali volatil fluor. Pour l'obtenir ainsi , on prend parties égales d'hydrochlorate d'ammoniaque pulvérisé et de chaux délitée ; on mêle ces deux corps et on les introduit promptement dans une cornue de grès que l'on place dans un fourneau à réverbère ; on y adapte une suite de trois ou quatre flacons de Woulf qui contiennent, en tout, autant d'eau distillée qu'on a employé de sel ammoniac ; tout étant disposé et luté , on chauffe graduellement la cornue jusqu'à ce qu'il ne se dégage plus rien.
Dans cette opération, la chaux décompose l'hydrochlorate d'ammoniaque, et forme de l'hydrochlorate de chaux qui reste dans la cornue , et de l'ammoniaque qui vient se dissoudre dans l'eau des flacons. On rejette celle du premier flacon , qui n'est destinée qu'à laver le gaz, et que l'on met d'ailleurs en assez petite quantité pour qu'elle n'en retienne que la plus petite partie ; on mêle les deux produits suivans , qui forment ensemble l'ammoniaque liquide médicinale, dont la force doit être de vingt-deux degrés au pèse-esprit de Baumé.
L'ammoniaque liquide est incolore et transparente , d'une odeur forte et très-piquante, d'une saveur brûlante et caustique ; la moindre quantité suffit pour verdir le sirop de violettes; exposée à la chaleur, elle bout à une température inférieure à celle de l'eau, et perd la plus grande partie du gaz qu'elle tenait en dissolution. Elle précipite la plupart des sels métalliques, et notamment ceux d'alumine, d'antimoine, d'étain , de magnésie , de plomb et de zinc en blanc ; les autres avec des couleurs différentes suivant la nature propre du métal et son degré d'oxydation. Elle forme avec tous les acides des sels solubles et cristallisables dont plusieurs sont usités dans les arts et la médecine. ( Gdibourt. )
AMMONIAQUE (T'Aera/jeufjqrjifi). L'action puissante que cette substance exerce sur l'économie animale explique comment elle s'est introduite et maintenue dans la matière médicale , bien qu'elle ne rende pas raison de toutes les applications qu'on en a voulu faire au traitement de maladies très-diverses.
Les vapeurs qui s'en élèvent, introduites dans les voies respiratoires, y déterminent une irritation des plus violentes et qui , si elle était continuée, pourrait amener la suffocation. Sur la peau, elle produit, suivant la durée plus ou moins longue de son application, et le degré plus ou moins élevé de concen-
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tration auquel on remploie , une légère rubéfaction , un soulcvement de Tépiderme, ou même la formation d'une escarre , c'est-à-dire , les trois degrés de la brûlure. Ses effets sur la membrane muqueuse sont analogues, ainsi qu'on a pu le constater à la suite d'empoisonnemens ou d'expériences sur les animaux vivans.
L'usage externe est le premier que la prudence ait pu autoriser. Une vapeur piquante et provoquant l'éternument a dû paraître un moyen utile pour stimuler la membrane muqueuse nasale , et consécutivement rétablir les mouveraens des muscles de la respiration et du cœur, dans les cas de syncope et d'asphyxie, et constituer , dans ces cas, une ressource accessoire. Cet usage s'est maintenu jusqu'à présent , et l'ammoniaque liquide est encore fort employée dans ce but. Mais il ne faudrait pas croire qu'elle ait de vertu particulière , et toute substance volatile et irritante , telle que l'élher , le chlore , l'acide sulfureux , etc., peut produire les mêmes résultats ; et dans ces occasions le moyen qui se présente le premier sous la main a , par cela seul , droit à la préférence.
L'ammoniaque, soit seule, soit plus souvent associée à diverses substances, a été considérée depuis long-temps comme résolutive , et l'on doit dire que la stimulation qu'elle exerce sur les parties engorgées est salutaire, lorsqu'elle arrive à propos. Elle fait la base d'une foule innombrable de linimens différens en apparence , mais semblables en réalité , eh dont le plus connu est le linimeut ammoniacal et huileux. Combinée avec le suif dans des proportions fixées , elle forme une pommade irritante (pommade de Gondret) , qui se montre tour à tour, et suivant la manière de l'employer, rubéfiante, vésicante et escarrotique. Les praticiens qui ne se laissent pas payer de mots savent bien que dans ces divers emplois l'ammoniaque liquide est un médicament qui n'a ni plus ni moins de vertus que tel ou tel autre, et que, si l'on s'en sert fréquemment parce qu'elle n'est ni rare ni coûteuse , on peut facilement la remplacer.
L'ammoniaque a été aussi donnée à l'intérieur , et elle l'est même encore de nos jours , quoique l'opinion qu'oii se fait de sa manière d'agir soit bien changée. Nos devanciers la donnèrent les uns comme sudorifique , les autres comme excitante. Quelques-uns la considéraient comme antipériodique, d'autres comme antispasmodique, comme antisyphilitique, et il faut bien le dire, sous peine d'être inexact, comme anticancéreuse et même comme anlirabieique. Dans ce dernier cas , l'usage interne et externe devait marcher de front.
Nous n'atteindrions pas le but de cet ouvrage si nous nous bornions à répéter les assertions des auteurs sans les soumettre à l'analyse et à la discussion. Admettons comme vrais les succès obtenus dans les différens cas rapportés , et voyons jusqu'à quel point ils ont dépendu de l'ammoniaque considérée spécifiquement, et indépendamment de ses propriétés générales, ou de l'époque et du mode de son administration. Voici ce que l'observation démontrera, nous osons le croire, à tout expérimentateur dégagé de préventions.
Étendue dans une certaine quantité d'eau (cinq à quinze gouttes par verre), l'ammoniaque, très-volatile de sa nature, ne lui communique qu'une odeur et une saveur très-faibles , et l'impression qu'elle fait sur l'estomac ne paraît pas plus forte que celle qu'elle produit sur les organes des sens. Quant à son effet sudorifique , les observations rapportées ne nous paraissent rien moins que concluantes , et le véhicule dans lequel l'ammoniaque a été administrée, joint aux circonstances qui ont accompagné son emploi , suffirait pour en expliquer les effets diaphoréliques. On peut admettre d'ailleurs que cette substance comme excitante peut stimuler légèrement la peau, et en activer la sécrétion. Mais sa place parmi les moyens sudorifiques doit être au rang des plus faibles.
De ce que l'ammoniaque a paru faire céder, ou même a fait céder effectivement quelques fièvres d'accès récentes et peu intenses , on aurait tort de conclure qu'elle jouit d'une propriété antipériodique bien certaine. Il n'est personne qui ne sache qu'un grand nombre de fièvres intermittentes guérissent spontanément, après un nombre plus ou moins considérable d'accès , et sous l'influence de médications très-diverses , ou d'un traitement purement hygiénique. Alors des faits de ce genre prouveraient peu l'action fébrifuge de l'ammoniaque, et il resterait à démontrer que ce médicament est aussi efficace que le quinquina dans les fièvres intermittentes opiniâtres , et qu'en outre il est d'une administration plus facile et plus exempte d'accidens. Jusqu'à ce que ces questions soient résolues aflirmativemcnt par l'expérience , ne sera-t-on pas fondé à préférer le traitement hygiénique dans les fièvres intermittentes bénignes, et le quinquina pour celles qui se montrent rebelles aux autres moyens de guérison ?
Si l'on applique la même manière de procéder aux vertus anti.syphilitiques attribuées par quelques auteurs à l'ammoniaque, on est conduit aux mêmes résultats, savoir le doute et le besoin d'examiner de nouveau. On pourra remarquer d'abord que ce médicament fut proposé , pour remplacer le mercure, à une époque où l'on employait la méthode par salivation , laquelle déterminait des accidens graves et fréquens. Il est de fait qu'il parut avoir une action plus douce , et en même temps assez énergique , au moins en apparence , puisqu'on le vit guérir des affections vénériennes, soit récentes, soit ayant résiste déjà à l'application du mercure. Mais ces gucrisons cessent de paraître extraordinaires, et ne peuvent que difficilement être rapportées à l'ammoniaque, si l'on prend la peine d'observer d'aboi-d que l'aramoîiiaque était administrée à dose altérante ( voj-ez Altébans ) , c'est-à-dire de manière à ne produire aucun effet physiologique appréciable ; et ensuite, que des affections syphilitiques , tant anciennes que nouvelles , peuvent guérir très-bien , ou , tout au moins , disparaître complélemcnt , sous l'influence d'un traitement non j
) AMMONIAQUE
empirique , dans lequel les divers agens de l'hygiène et de la thérapeutique sont tour à tour et méthodiquement mis en œuvre. On peut donc conclure de ce qui précède , que les effets de l'ammoniaque n'ont rien de spécifique en pareille circonstance , et qu'elle n'est pas plus particulièrement applicable au traitement de la syphilis qu'à celui de toute autre maladie.
C'est seulement pour mémoire que nous citons l'application de l'ammoniaque au traitement de la rage , personne aujourd'hui ne soutenant plus cette assertion peu probable.
On a également conseillé l'ammoniaque comme un moyen de faire cesser instantanément l'ivresse; mais , comme c'est principalement l'acétate d'ammoniaque qui a été proposé pour cet objet, nous en parlerons à l'occasion de ce composé, {yoyez Acétate d'ammoniaque.)
Les usages de l'ammoniaque à l'extérieur sont , à peu près , ceux qu'on peut supposer d'après l'observation de ses effets physiologiques. Elle doit figurer au premier rang parmi les stimulans de la peau, soit qu'on l'y applique isolément, soit, ce qui est plus ordinaire , qu'on l'ait préalablement associé aux corps gras. Son action s'étend aux parties placées au-dessous de la peau. Aussi l'emploie-t-on souvent, et avec succès, dans les douleurs nerveuses et rhumatismales, et dans les phlegmasies chroniques et indolentes des glanglions lymphatiques et des glandes, et même des tissus osseux et fibro-cartilagineux. Ajoutons cependant que celte propriété résolutive, à laquelle certains praticiens , d'ailleurs recommandables , semblent croire d'une manière exclusive, est assez souvent en défaut; et que , dans l'application, il faut un tact bien exercé etpeut-être un heureux hasard , pour faire reconnaître le moment où il convient de substituer aux antiphlogistiques les résolutifs. {Foj^ez Résolutifs.)
C'est comme un révulsif ou comme un dérivatif qu'agit l'ammoniaque , dans les cas où l'on emploie la pommade de Gondret , heureuse combinaison qui tend à simplifier la matière médicale, en obtenant d'un même médicament les trois degrés de la brûlure (voj-ez Cautébisatiok , Rubéfians, Vésica- TOiREs ). C'est comme caustique et, comme tel, décomposant le venin et détruisant les parties sur lesquelles il a été déposé , que l'ammoniaque peut être utile dans la morsure de la vipère, des autres animaux venimeux et même des animaux enragés. L'eau de Luce ( succinate d'ammoniaque), devenue célèbre depuis l'éternelle histoire de Bernard de Jussieu , n'a pu agir que comme caustique, et, dans un cas semblable , il vaudrait beaucoup mieux se servir du caustique qu'on aurait sous la main , que de perdre son temps à courir après l'eau de Luce.
L'administration tant interne qu'externe de l'ammoniaque est simple et facile ; on a rejeté' de la pratique une foule de composés bizarres qui ne se trouvent plus que dans les anciens formulaires, et dans lesquels on était loin de prendre toujours en considération les affinités chimiques de la substance principale. A l'intérieur, on peut la prescrire à la dose de cinq à six gouttes dans une potion composée d'eau distillée aromatique, et convenablement édulcorée; ou, tout simplement, dans un verre d'eau sucrée. On peut, sans inconvénient, répéter cette dose plusieurs fois dans la journée. A l'extérieur, la forme la plus ordinaire est la combinaison avec l'iiuile , dans la proportion d'un à deux gros par once de ce liquide. Ce mélange forme une espèce de savon diffluent avec lequel on pratique sur la peau des frictions , que l'on doit i proportionner au degré de finesse et de sensibilité de cette membrane. La , pommade de Gondret se compose de parties égales d'ammoniaque et de suif i de mouton , que l'on a fait préalablement liquéfier à une douce chaleur. Ce composé s'étend sur de la peau par couches plus ou moins épaisses , suivant l'effet qu'on veut produire. Peu d'instans après son apposition il détermine une chaleur douloureuse avec rougeur; au bout d'un quart d'heure ou de vingt minutes au plus, l'épiderme est soulevé. Plus tard, il se forme une escarre plus ou moins profonde ; il est à peine nécessaire de dire que la sensibilité de la peau doit modifier la durée de ces applications. Sans attribuer à cette pommade aucune vertu spécifique , on peut la considérer comme utile pour produire le vésicatoire dans les cas où l'on aurait lieu de craindre l'action des cantharides , et pour remplacer l'action du feu chez les malades que la vue du moxa ou du fer incandescent pourrait effrayer. (F. Ratier.)
AMMONIAQUE (acétate d') , acetas ammoniœ. Ce sel peut être obtenu dans un grand état de pureté , en plaçant sur le plateau d'une grande cloclie deux capsules, dont l'une contient de l'ammoniaque liquide et l'autre de l'acide acétique concentré. Vingt-quatre heures après on trouve l'acide acétique converti en acétate neutre d' ammoniaque , limpide comme de l'eau , et marquant 12 degrés au pèse-sel. Cette liqueur, concentrée lentement, fournit des cristaux alongés et déliés de sur-acétate d'ammoniaque.
Le Codex prescrit de préparer l'acétate d'ammoniaque officinal en saturant ii à chaud de l'acide acétique à 3 degrés par du carbonate d'ammoniaque pul- < vérisé , jusqu'à ce qu'il y ait un léger excès d'alcali. On filtre la liqueur froide et on la conserve dans un flacon bouché. Elle marque 5 degrés , est presque i' incolore et se volatilise au feu sans laisser de résidu.
TJ'esprit de Mindererus des anciennes pharmacopées n'était autre chose qu'un acétate d'ammoniaque préparé en saturant du vinaigre distillé avec le \' carbonate d'ammoniaque huileux et fétide qui provient de la distillation de < la corne de cerf. Ce médicament avait une odeur désagréable qui pouvait le , rendre plus-propre à agir contre certaines affections spasmodiques , et forçait j de l'employer à moindre dose , puisqu'on ne le prescrivait qu'à celle de quinze | à vingt gouttes dans une potion. Il convient donc de ne pas confondre ces j deux compositions, et, pour les distinguer, on peut laisser à la dernière le j nom d^esprit de Mindererus , ou lui donner celui d'ace'tafe d'ammoniacjue \
lluileUX. ( GuiBOLBT. ) j
AMMONIAQUE
AMMONIAQUE (acétate d')( Thérapeutique) . Ce composé médicamenteux, rès-anciennemeut introduit dans la matière médicale , n'a été l'objet d'aucune xpérience préliminaire propre à constater ses effets physiologiques, et là, omme dans beaucoup d'autres circonstances, on a commencé par où l'on aurait û finir. De cette vicieuse manière de procéder, est résultée une confusion des lus fâcheuses , et c'est sur la foi les uns des autres et sans être même désabusés ar les faits contradictoires, que des médecins ont répété qu'il était diaphorétique, iurétique ; qu'il entretenait la souplesse de la langue et son humidité dans es fièvres graves; et même, qu'il était utile dans l'apoplexie , la paralysie, la !;outte et le rhumatisme. Enfin , dans ces derniers temps , on l'a proposé comme me sorte de contre-poison de l'alcool , c'est-à-dire , comme propre a remédier lu.-i accidens de l'ivresse , et même à ceux qui accompagnent la migraine et la lysme'norrhée. Examinons successivement ces diverses séries de faits, et àchons , par l'examen et la discussion , de les rappeler à ces règles de thérapeutique ratiomielle qui , seules , devraient diriger les praticiens.
Ce qui parait constant , c'est que l'acétate d'ammoniaque n'a pas , à beaucoup nés, autant d'énergie que les deuxélémens dont il se compose , considérés sépaémcnt , et que son action sur les organes digestifs n'est pas très-irritante, au noins quand ils sont dans l'état d'intégrité. Serait-ce parce qu'ils ont admiiistré ce médicament dans des conditions qui n'étaient pas les mêmes ; ou bien )arce que, appartenant à deux écoles opposées, ils se seront exagéré , les uns l'innocuité de ce médicament , et les autres ses dangers , que MM. Masuyer et |i'"iolet émettent des opinions si complètement contradictoires? Nous le laisseons juger à nos lecteurs. Cependant, taudis que M. Masuyer et M. Tourdes lisent l'avoir administré, non-seulement sans inconvénient, mais encore avec le grands avantages, à la dose de trois ou quatre onces en vingt-quatre heures , jn médecin militaire , M. Violet, dit qu'à beaucoup moindre dose il avait des ifTets stimulans , bien manifestes; qu'il augmentait la fièvre , le délire ; qu'il léterminait des hémorrhagies , la dysurie , etc.
La propriété sudorifique qu'on lui attribue est-elle bien indépendante des •irconstances accessoires? Nous serions portés à croire que non, ayant remarqué ju'il est également conseillé comme diurétique : et ces deux modes d'action l'ont pas assez de rapport pour qu'on ne doive concevoir quelque défiance d'un ucdicament qui est censé les réunir [vojez Diurétiques et Sudobifiques ). Observons , d'ailleurs , que ceux qui le vantent comme sudorifique recommanlentde l'administrer dans un véhicule aqueux, abondant et chaud, et d'employer ;n même temps les frictions sèches , les vêtemensde laine appliqués imraédiatcuent sur la peau, et le séjour dans un lit bien couvert. Or , il est peu de médi- ■amens qui, employés de cette manière , ne se montrassent sudorifiques ; et il ■st facile de concevoir comment on a obtenu de bons effets de l'acétate d'ammoliaque dans le traitement de la goutte et du rhumatisme, lorsqu'on l'a administré ie cette manière. On explique moins bien les heureux résultats qu'on dit en .voir observés dans la paralysie et l'apoplexie.
Il n'est pas plus aisé de se rendre raison du succès dont s'applaudit le profeseur Masuyer , de Strasbourg , qui l'administre fréquemment dans la fièvre dynamique et ataxique , considérant ce médicament comme propre à ent'reeuir la souplesse et l'humidité de la langue, et à empêcher la production de •es mucosités fuligineuses qui se dessèchent à la surface de cet organe. Mais un sprit exact peut-il être satisfait d'une pareille explication ? Qu'importent en ■fiét les mucosités fuligineuses? Qu'elles soient , comme le veulent quelques uns^ es symptômes de la phlegmasie gastro-intestinale ; ou bien que , suivant quelues autres, elles ne soient que le produit de l'altération du mucus, produite )ar le contact de l'air , lorsque les malades respirent par la bouche : toujours st-il que c'est un phénomène accessoire , à la cause duquel il convient de cmonter , plutôt que de s'attacher à la combattre directement et empirique- .acnt. D'ailleurs , les médecins qui ont essayé cette substance n'ont pas trouvé [u'elle répondît aux espérances qu'on en avait fait concevoir ; et les praticiens xercés ont depuis long-temps reconnu que , dans les fièvres graves ,1a guérison st bien plus souvent l'œuvre de la nature , que le résultat heureux des efforts le la médecine.
L'acétate d'ammoniaque doit donc être rangé dans la classe trop nombreuse !éjà des médicamens qui jouissent d'une réputation usurpée. Nous ne prétenions pas nier qu'il n'ait des propriétés assez énergiques ; nous disons seulement [ii'elles ne sont pas convenablement constatées , et que jusqu'à présent son drainistration n'a été guidée que par^une servile imitation d'un aveugle empiisme. Hàtons-nous d'ajouter qu'en France au moins l'emploi de ce médicament st infiniment restreint. '
Nous devons signaler une nouvelle application de l'acétate d'ammoniaque au raitement des accidens de l'ivresse, application due à M. Masuyer, de Slraslourg , qui, d'après ses expériences, a reconnu que ce médicament dissipait rès promptementles phénomènes morbides produits par l'ingestion immodérée le l'alcool et des boissons qui le renferment. L'auteur ne fait connaître ni origine de cette application , ni la théorie de ses résultats. On serait poité à opposer une action chimique du sel sur l'alcool , car la rapidité avec laquelle essent les phénomènes de l'ivresse, d'après lui et d'après quelques personnes [ui ont répété ses essais, ne peut être comparée qu'à celle avec laquelle dispaaissent ks symptômes xle l'empoisonnement , quand on peut administrer , à emps , une substance neutralisante. Cependant , il résulte des expériences du locteur Chantourelle, que l'acétate d'ammoniaque mêlé avec l'alcool n'empêche )as celui-ci d'avoir son effet accoutumé sur le cerveau et le système nerveux; itce médecin attribue ses bons effets à une excitation nouvel le portée sur l'appaeil sensitif. Ceux qui ont eu l'occasion de vérifier le fait savent que les résultats le sontpas aussi rapides qu'on l'a bien voulu dire ; on sait d'ailleurs que le thé,
DiCT. DE MÉDECIHE ET DE CHIRURGIE PRATIQTÎES.
( 1" ) AMMONIAQUE
le café et quelques autres excitans du cerveau et du système nerveux peuvent également faire cesser l'ivresse. Ajoutons que souvent ily a eu des vomissemens, phénomène très-important dans le cas qui nous occupe.
M. Masuyer conseille également l'acétate d'ammoniaque dans la migraine , et dit en avoir retiré d'excellens effets : et M. Magendie l'a employé avec succès pour amener l'éruption des règles chez des femmes dont la menstruation était difficile, et habituellement accompagnée d'accidens divers. Plusieurs médecins ont été moins heureux , et nous-mêmes avons échoué complètement en pareil cas.
Quoi qu'il en soit de ces applications trop diverses , disons que les doses indiquées par les auteurs sont infiniment variables. Les uns, en effet , prescrivent trente à quarante gouttes dans un verre de boisson faiblement aromatique; les autres indiquent une demi-once à deux onces par jour dans un véhicule approprié ; enfin d'autres en administrent quatre à cinq onces par jour avec du sirop de sucre ; et l'on dit que les Allemands le donnent encore avec plus de profusion. Quel parti le praticien peut-il prendre au milieu d'opinions aussi variables ?
Voici, cependant, les règles le plus généralement admises pour son administration, surtout dans notre pays. Quand on le donne contre l'ivresse, c'est à la dose de vingt-cinq à trente gouttes dans un verre d'eau sucrée. S'il est vomi , on réitérera. Quand il n'est pas vomi et que l'ivresse ne diminue pas au bout de cinq à six minutes , il faut en donner une demi-dose. Contre la migraine , c'est trente à quarante gouttes dans un verre d'eau sucrée froide , et, si l'on ne réussit pas de cette manière, on en mettra vingt gouttes dans une infusion de tilleul chaude ; au bout d'un quart d'heure, pareille quantité. Il est rare , dit M. Masuyer , qu'on en ait besoin d'une troisième. Quant à l'administration de l'acétate d'ammoniaque dans les fièvres graves, les praticiens trèspeu nombreux qui l'administrent encore en ajoutent une à deux onces à une potion dans laquelle entrent d'ailleurs le camphre , le quinquina , la serpentaire de Virginie. ( Journal général de médecine, tom. 73, pag. 166. — Magendie , Arcli. gén. de méd., décembre 1826. ) ( F. Ratier. )
AMMONIAQUE (carbonate d'), carhonas ammoniœ. Ce sel anciennement connu sous les noms (Talcali volatil concret et de sel volatil d'Angleterre , est un produit constant de la décomposition des matières animales au feu ; mais pour l'obtenir pur et privé d'odeur empyreumatique, on le prépare en décomposant dans une cornue l'hydrochlorate d'ammoniaque sec et "pulvérisé , par partie égale de carbonate de chaux ( craie pulvérisée ). On adapte à la cornue un récipient en grès rafraîchi continuellement au moyeu d'un courant d'eau , et l'on chauffe la cornue graduellement , jusqu'à ce qu'il ne se dégage plus rien. On fait servir le même récipient à plusieurs opérations, afin d'obtenir le sel en couche plus épaisse ; alors on le brise et l'on renferme le carbonate dans un vase bien bouché.
Le carbonate d'ammoniaque est blanc, d'une forte odeur ammoniacale, entièrement volatil à l'air libre , et d'une saveur uriueuse; il verdit fortement le sirop de violettes ; il est assez soluble dans l'eau , surtout à une chaleur de 30 à 40 degrés ; mais comme il se volatilise à cette température , et à plus forte raison à celle de l'eau bouillante , il convient de le faire toujours dissoudre à froid. Il s'altère dans des vases mal fermés et perd une partie de sa base et de son odeur. Il faut donc le choisir récemment préparé , en masses dures , compactes , non effleuries. ( Guibourt. )
AMMONIAQUE ( carbonate d' ) ( Thérapeutique). Ce sel est peu employé en médecine ; et d'ailleurs ses effets diffèrent à peine de ceux de l'ammoniaque liquide; il est, comme ce médicament, irritant, rubéfiant et caustique. Son odeur pénétrante le fait employer en cas de syncope : on le porte sous le nez des malades , et l'on n'a pas la crainte , comme avec l'ammoniaque liquide , de produire des accidens par son effusion sur la peau ou sur la membrane muqueuse de la bouche. ( Voyez ci-dessus Ammoniaque. — Thérapeutique. )
( F. Ratier. )
AMMONIAQUE ( htdrochlorate d' ) , hjdrochloras ammoniœ. Ce sel se nommait autrefois sel armoniac ou ammoniac , parce qu'on le retirait de la fiente et de l'urine des chameaux qui traversent en grand nombre les déserts sablonneux de l'Afrique et de plusieurs contrées de l'Orient (de «////os, sable); plus récemment il a reçu le nom de muriate d'ammoniaque , et e.xiû.ïi céini A'hjdrocMorate d'ammoniaque , lorsque l'acide qui le forme eut changé son nom A'acide muriatique en celui d'acide hjdrochlorique.
L'hydrochlorate d'ammoniaque se forme journellement dans les éruptions volcaniques, etl'Etna en produit des quantités considérables qui ont quelquefois été livrées au commerce ; mais tout celui que nous employons maintenant est fabriqué artificiellement avec toutes sortes de matières animales qui proviennent des immondices des grandes villes. On chauffe fortement ces matières dans des cylindres de fonte , et l'on condense les produits, qui sont toujours très-chargés de carbonate d'ammoniaque, dans des vases contenant de l'eau. On met la liqueur en contact avec du sulfate de chaux , qui décompose le carbonate d'ammoniaque et le transforme en sulfate. Alors on y ajoute un excès de sel marin (hydrochlorate de soude), qui, après l'évaporation, décompose le sulfate d'ammoniaque ; de là résultent du sulfate de soude qui cristallise d'abord , et de l'hydrochlorate d'ammoniaque que l'on obtient par l'évaporation à siccité. On le pui'ifie par la sublimation dans de grands matras de verre.
Le sel ammoniaque du commerce est souvent sali par une matière fuligineuse qui paraît ne pas être inutile lorsqu'on le fait servir à décaper le cuivre pendant le procédé de l'étamage. Pour l'usage de la médecine , il faut toujours le purifier en le faisant dissoudre dans l'eau et cristalliser; ou l'obtient alors en cristaux aiguillés trcs-fius, qui se groupent comme des barbes de plume, et qui
AMMONIAQUE
forment en se séchant des masses fort légères. Il a une saveur très-piquanle, se dissout dans trois parties d'eau froide, est également soluble dans ralcool. Il est entièrement volatil au feu ; il exhale une forte odeur d'ammoniaque lorsqu'on le mêle avec un alcali fixe , et avec les carbonates de soude et de potasse ; enfin il forme avec la dissolution de nitrate d'argent un précipité de chlorure d'argent, insoluble dans l'acide nitrique. L'hydrochlorate d'ammoniaque est formé de volumes égaux de gaz hydrochlorique et de gaz ammoniaque, ou , en poids , de 67,9G d'acide hydrochlorique et de 32,04 d'ammoniaque.
( GuiBOURT. )
AMMONIAQUE ( htdeochlorate d") ( Thérapeutique). Ce sel est la préparation ammoniacale le plus anciennement employée dans la pratique, et qui est usitée encore de nos jours, moins cependant qu'elle ne l'était autrefois. Ses effets sur l'économie animale ne présentent rien de particulier , ni qui puisse motiver d'application spéciale. Il est irritant pour la peau et pour les membranes muqueuses , mais il en faudrait de bien fortes doses pour qu'il devînt vénéneux.
Ses propriétés physiques et chimiques expliquent bien cottiment il avait été proposé par les anciens, comme stimulant, fondant, résolutif, diurétique, sudorifique , etc., et comment il avait subi toutes les préparations et toutes les applications qui dérivent de ces propriétés réelles ou supposées, en se trouvant introduit dans le traitement d'une foule de maladies ditTérentes par leur siège et leur nature. Il eSt de fait que, comme tous les excitans , il peut , lorsqu'il est manié avec discernement , amener la résolution de tumeurs , en excitant à propos l'absorption , ou provoquer l'accroissement de la sécrétion uriuaire, ou de la transpiration cutanée. Mais ce serait s'égarer dans les suppositions , que de le considérer , à moins d'expériences nouvelles et concluantes, comme préférable à une foule d'autres moyens.
En examinant, en quelques mots, les divers cas dans lesquels était employé le muriate d'ammoniaque, il nous sera facile de prouver l'assertion qui précède et d'apprécier les choses à leur juste valeur. A l'intérieur on le donne comme excitant , comme sudorifique et comme diurétique , dans un véhicule approprié. Nous ferons remarquer ici , qu'un médicament à la fois diurétique et sudorifique est suspect, et qu'on peut considérer, sans être trop sceptique , qu'il a été administré au moment où l'évacuation de sueur ou d'urine allait s'opérer. Comme fébrifuge , nous lui appliquerons les mêmes réflexions qu'à l'acétate d'ammoniaque, et nous signalerons, de plus, son association avec le quinquina , comme une pratique contraire à toute idée saine de thérapeutique , et propre à rendre encore plus profonde l'obscurité qui enveloppe cette science. Nous ne croyons pas nécessaire de réfuter des opinions que personne ne soutient plus, sur son emploi comme antiscrophuleux , antiscorbutique, antigangréneux, etc., renvoyant d'ailleurs à l'article Ammoniaque.
Quant à l'usage externe , il se montre excitant pour la peau et probablement pour les parties sous jacentes ; mais on ne saurait admettre qu'il soit absolument préférable à la foule des moyens que nous possédons sous le nom de résolutifs et dont l'efficacité , pour le dire en passant , est si peu prouvée.
Faisons remarquer à nos lecteurs que rarement le muriate d'ammoniaque est employé seul; qu'il est, dans la plupart des cas, associé à des substances capables de modifier son action; aussi le voyons-nous entrer dans des préparations destinées à remplir des indications très-diverses et appelées céphaliques , résolutives , pectorales , sialagogues , ophthalmiques , etc.
De nos jours, le seul mode d'administration qui soit permis consiste aie donner en dissolution dans l'eau , à la dose de quinze grains , à un ou deux gros pour l'usage interne , et de une à deux onces pour les applications extérieures.
(F. Ratier.)
AMMONIAQUE (application chirurgicale de l'). Appliquée sur les tissus vivans , l'ammoniaque les irrite , les rougit et les enflamme ; et si l'on se sert d'ammoniaque liquide bien saturée, pour que le contact soit prolongé, elle les désorganise. On a mis à profit ces différentes propriétés , qui font de l'ammoniaque un puissant révulsif, dont on peut varier à volonté le degré d'intensité d'action. Quand on craint d'enflammer les parties qu'on ne veut qu'exciter, on les expose seulement pendant quelques courts instans à la vapeur de l'ammoniaque ; c'est ainsi qu'on en agit quand on se sert de ce moyen pour réveiller la sensibilité de l'œil engourdi par une amaurose. Quand le contact est moins dangereux, on incorpore l'ammoniaque avec différentes substances qui en affaiblissent l'activité , et qui permettent de la laisser séjourner sur les parties. C'est ainsi qu'on l'incorpore avec les huiles pour composer tous les linimens dits ■volatils (vojez Linimens). Dans quelques cas, on fait dégager l'ammoniaque avec lenteur pour en modérer l'action. Par exemple , on applique sur certains engorgemens chroniques que l'on veut exciter , des cataplasmes saupoudrés de carbonate d'ammoniaque , ou des sachets remplis d'un mélange de chaux et d'hydrochlorate d'ammoniaque. On se sert encore de l'ammoniaque assez étendue pour n'être point caustique , mais assez concentrée pour être fort irritante , pour faire des injections dans l'urètre , afin de rappeler les écoulemens blennorrhagiques supprimés.
Pour calmer la douleur résultante de l'application desmoxas, M. Larrey verse sur l'escarre de l'ammoniaque liquide. Enfin, dans ces derniers temps, on s'est servi de l'ammoniaque , soit incorporée avec l'axonge , soit pure pour remplacer le fer. ( Vojez Cautérisation. ) (L. J. Sanson )
AMMONIAQUE ( comme). La substance que l'on désigne ainsi est une gomme-résine qui vient des déserts sablonneux de l'Afrique , où elle est produite par une plante ombellifère dont elle offre souvent les semences et d'autres débris. Ces semences sont elliptiques, entièrement aplaties , et ont un large rebord membraneux, échancré par le bout; elles appartiennent évidemment au
AMNESIE.
genre herca [heracleum), et, en effet, Willdenow étant parvenu à les faire lever'; dans le jardin de botanique de Berlin, elles ont produit une plante de ce genre, ; que ce célèbre botaniste a décrite sous le nom Alieracleum gummiferum. \ On trouve la gomme ammoniaque sous deux formes dans le commerce : l» en j masses considérables, jaunâtres, parsemées d'un grand nombre de larmes blan-l ches ; 2" en larmes détachées, blanches et opaques à l'intérieur, blanches* également à l'extérieur , mais jaunissant à l'air, d'une odeur forte particulière, j d'une saveur amère , acre et nauséeuse. Cette dernière sorte est la plus pure etj doit être exclusivement employée pour l'intérieur. '] La gomme ammoniaque est fort peu soluble dans l'eau ; elle l'est davantage ! dans l'alcool rectifié , ainsi que dans le vinaigre bouillant, mais son meilleur I dissolvant est l'alcool à 22 degrés. Suivant l'analyse de M. Braconnot, elle est ] composée de : résine 70; gomme 18,5 ; matière glutiniforme 4,5; eau 6. j On administre la gomme ammoniaque à l'intérieur, suspendue dans une j potion , à l'aide d'un jaune d'oeuf, ou incorporée avec des extraits, sous forme j de pilules. La dose est de 4 à 12 grains; elle êst usitée surtout comme exci-', tante , et pour faciliter l'expectoration à la suite des catarrhes pulmonaires i chroniques. On l'applique également à l'extérieur, mise sous forme de pâte , avec du vinaigre pour résoudre les tumeurs indolentes; mais elle est quelque- • fois irritante et rubéfie la peau. Elle entre dans un grand nombre de mélange» ■ emplastiques, et surtout dans les emplâtres de diachylon gommé et de ciguë; , elle est une des trois substances qui composent les pilules hydragogues dites de J, Bontius. j^Foyez l'article Gommes-Résikes. — Thérapeutique.) (Guibourt.)
AMNESIE , de « privatif, et//.v^!r(ç, méaioire, amnesia. Dénomination adop-i tée par plusieurs nosologistes pour désigner la diminution notable et surtout lai' perte complète de la mémoire. !
La perte de la mémoire , bien qu'elle soit le plus ordinairement un des symp- j tomes variés qui accompagnent les affections cérébrales, peut exister seule, ' isolée de tout autre désordre fonctionnel. C'est surtout sous ce point de vue que 1 nous devons l'étudier ici.
La mémoire , comme chacun sait, est une des principales facultés de l'enten- i dément; elle constitue, suivant l'illustre docteur Gall, un des attributs géne'- ! raux des divers élémens fondamentaux dont se compose le système de l'intelli- i gence. Chacun de ces élémens a donc une mémoire qui lui est propre. H I importe de ne pas oublier cette vérité ; car elle est, pour ainsi dire, la clef j d'une foule de phénomènes qui s'observent dans certaines maladies cérébrales. I| C'est par elle , entre autres exemples , que l'on peut concevoir comment la li mémoire d'une série donnée d'idées peut disparaître chez un individu qui con- tl serve en même temps le souvenir de toutes les autres séries d'idées, genre de (j maladie intellectuelle dont la science possède aujourd'hui un assez grand nom- ' bre de cas. Qui ne sait , en effet , que certains individus , par exemple, se plai-i gnent d'avoir perdu seulement la mémoire des événemens, des dates, tandis que chez d'autres , le souvenir des personnes est plus ou moins affaibli , quelquefois même tout-à-fait nul , etc. ?
Notre dessein n'est pas de nous occuper ici des diverses amnésies corres-pondantes à chaque espèce de mémoire. Nous ferons seulement remarquer;! que ces amnésies partielles sont beaucoup plus fréquentes que l'amnésie générale ou universelle , si tant est qu'on ait même observé un seul exemple: bien authentique de cette dernière.
De toutes les divisions dont la mémoire a été l'objet, il en est une surtout;! dont personne ne saurait contester l'exactitude, c'est la division de cette faculté en mémoire des choses et en mémoire des mots. Ceux qui se sont long-temps livrés à l'étude des aberrations intellectuelles , ont souvent re- , marqué que ces deux espèces de mémoire, quelque étroite que soit leuri' connexion, peuvent être lésées, indépendamment l'une de l'autre. On voit, • en effet , assez fréquemment des individus qui conservent parfaitement h : mémoire des personnes , des êtres , des événemens , des faits , etc. , et qui ontii totalement oublié les noms et les mots au moyen desquels ils exprimaient autrefois leurs diverses pensées. J'ai publié ailleurs {Traité de l'encéphalite, eti Recherches cliniques propres à démontrer que la perte de la parole correspondi à la lésion des lobules antérieurs du cert^eau ) un assez grand nombre de faits* de cette sorte. Le passage que nous allons rapporter prouvera que cette variété de l'amnésie n'avait point échappé au génie observateur de nôtres célèbre Pinel. « Une sorte d'aliénation et de délire , qui succèdent à uneiS » attaque d'apoplexie , entraîne presque toujours une diminution plus ou moioM » notable ou une perte de la mémoire. Cette lésion peut aussi se borner ausi » termes qui sert^ent à exprimer les idées. Un notaire, pour lequel on me^ » demanda mon avis , avait oublié , à la suite d'une attaque d'apoplexie , somj » propre nom, celui de sa femme, de ses enfans , de ses amis, quoique 'l'i )v d'ailleurs sa langue jouît de toute sa mobilité. Il ne savait plus lire , ni \ B écrire, et cependant il paraissait se ressouvenir des objets qui avaient il' » autrefois fait impression sur ses sens , et qui étaient relatifs à sa profession II 3) de notaire. On l'a vu désigner avec les doigts des dossiers qui renfermaient ' » des actes ou contrats qu'on ne pouvait retrouver, et indiquer, par d'autres i » signes, qu'il conservait l'ancienne chaîne de ses idées. » {Traité médieo-ût philosophique sur l'Aliénation mentale, 2" édit., pag. 88.)
Un phénomène bien singulier dans ce genre d'amnésie, c'est que l'on voit' des individus qui, ayant oublié certains noms ou une certaine espèce de' mots, n'en conservent pas moins la mémoire de tous les antres élémens dui discours. M. Cuvier racontait, dans ses cours, qu'un homme avait perdu' seulement la mémoire de tous les noms substantifs, de telle sorte qu'il con-' struisait régulièrement une phrase, aux mots de cette esjjèce près qu'il n(i pouvait trouver, et qu'il laissait pour ainsi dire en blanc, suivant une heureuse
a'mputation.
AMPUTATION
xpression de M. Rochoux, qui a. publié ce fait dans ses recherches sur 'apoplexie.
La mémoire des mots offre quelques autres lésions bizarres qu il serait trop ,ong de développer ici ; on en trouvera des exemples dans les divers ouvrages S^ui ont été publiés sur les maladies cérébrales, et dans les journaux.de 'nédecine.
L'amnésie verbale est permanente ou momentanée. Elle est permanente juand elle resuite d'une altération profonde du cerveau; momentanée, au Contraire, quand elle reconnaît pour cause une affection purement nerveuse, ou même une simple émotion morale (on sait, en effet, qu'il suffit d'être l'ivement ému pour oublier un discours , une phrase , un seul mot, et que cette imnésie se dissipe avec l'émotion qui la produit ).
Jusqu'ici nous n'avons considéré l'amnésie verbale que sous une seule de les faces. Il serait maintenant aussi curieux qu'intéressant de déterminer ]uelle est la région du cerveau dont la lésion coïncide avec cette aberration onctioniielle. L'auteur de cet article s'est occupé ailleurs de la solution de ;et important et difficile problème. Ses recherches l'ont conduit à penser que a perte de la parole et de la mémoire des mots correspondait à une altération les lobules antérieurs du cerveau. Cette opinion, qui confirmerait celle de M. Gall, sur le siège de l'organe du langage articulé, repose sur d'assez nom- >reuses observations. Néanmoins, elle a été combattue par plusieurs hommes listingués; espérons que de nouveaux faits nous mettront bientôt en état de lécider au juste de sa valeur.
Les lésions que l'on rencontre chez les individus qui ont succombé dans un tat d'amnésie verbale permanente, sont des épanchemens de sang, des amollissemens, des productions anormales diverses au sein de la substance érébrale. Dans quelques cas, l'amnésie ne coïncide avec aucune altération irganique appréciable à nos moyens actuels d'observation.
Ainsi que nous l'avons déjà dit, au commencement de cet article, il est rare le rencontrer la perte de la mémoire isolée de toute autre lésion des fonctions utellectuelles , sensitives et locomotrices. Les rapides considérations que lous venons de présenter suffisent donc à notre objet, et nous renvoyons, >our de plus amples détails, aux mots Aliénation mentale, Démence, IdioisME , etc.
Les causes de l'amnésie ne diffèrent pas essentiellement de celles qui iroduisent les diverses affections cérébrales dont il sera traité , ou dont il a iejà été traité dans ce Dictionnaire.
Le traitement de l'amnésie, considérée indépendamment de toute autre ision des fonctions intellectuelles, doit varier suivant que cette affection est 3 résultat d'un dérangement purement nerveux , ou bien , au contraire , d'une Itération profonde du cerveau, telle qu'un ramollissement, un épanchement anguin, etc. Nous parlerons ailleurs des moyens qui conviennent à ces ernières maladies. Quant à l'amnésie qui ne dépend pas d'une lésion appréiable du cerveau, son traitement rentre dans celui des maladies dites crveuses , dont il sera également question dans d'autres articles de ce Dictionaire. { Voyez DÉMENCE , Névroses , Pakalïsie , etc. ) ( J. Bodillaud. )
AMNIOTIQUE (acide). Voyez Allahtoïque.
AMPOULE, s. f., ampulla, littéralement une bulle , une bouteille ou une essie; nom par lequel on désigne les bulles développées aux pieds et aux lains , à la suite d'une forte pression , d'un pincement ou de frottemens rudes t répétés. Les ampoules produites par des frottemens sont précédées d'un onflement douloureux de la peau , de rougeur et de chaleur. Un fluide séreux (épanche sous l'épiderme qui se soulève bientôt sous la forme d'une bulle irrondie , plus ou moins étendue , à la surface de laquelle le tact est très-obscur u tout-à-fait nul.
Lorsque les ampoules sont occasionées par une pression violente et subite, )rsqu'un doigt, par exemple, est vivement frappé ou serré entre deux corps urs , elles se développent presque instantanément. La sérosité qui les forme 5t sanguinolente , et leur couleur est violacée ou noirâtre. On leur donne iilgairement le nom de pinçons. Dans les ampoules du talon , l'épiderme épais t résistant est soulevé d'une manière uniforme; et souvent on ne peut les ^connaître qu'à la saillie arrondie qu'elles forment, à la tension extrême et à 1 douleur qu'elles occasionent.
Abandonnées à elles-mêmes, les ampoules s'affaissent et la sérosité qui les )rme est résorbée ou s'écoule , après l'incision ou la déchirure de l'épiderme. a rupture spontane'e des ampoules du talon est toujours tardive ; la sérosité u'elles renferment , devenue brunâtre et d'une grande fétidité , s'échappe auehors par des ouvertures qui se forment dans l'épiderme macéré et en partie étruit.
Les bulles des ampoules ne peuvent être confondues qu'avec celles de la rùlure. Pour les en distinguer, il suffit de remonter à la cause qui les a roduites , lorsque leur situation n'en décèle pas suffisamment la nature.
En général, il faut pratiquer une ou plusieurs petites ouvertures aux m poules dès qu'elles sont formées , afin de donner issue à la sérosité qu'elles ontiennent. Lorsqu'elles sont volumineuses , il est convenable de les inciser ans toute leur longueur. Lorsqu'on néglige d'ouvrir les ampoules situées sous ! talon , elles peuvent être suivies de petites fistules d'où sort une matière îhoreuse , très-fétide. Dans ce cas , il faut enlever avec des pinces et des seaux la portion décollée de l'épiderme ; appliquer ensuite un cataplasme moUient sur la partie malade , et plus tard envelopper le talon de compresses pempées dans une dissolution d'acétate de plomb. Au bout de quelques jours inflammation cesse et un nouvel épiderme s'y est formé. (P. Rater.)
AMPUTATION, s. f.. amputatio, àeamputare, couper, retrancher; opération
dont le but immédiat est la soustraction d'une partie seulement de l'un des ' organes , ou de l'une des régions du corps. 'L'amputation constitue une espèce d'ablation, qu'il faut bien distinguer de Y extirpation {voyez ce mot). Au reste, Y amputation , considérée d'une manière générale, présente quelques variétés, Yexcision , la rescision et la résection. (V oyez ces mots ; voyez aussi Ablation.)
L'amputation peut être appliquée au tronc ou aux membres : sur le tronc, elle n'est possible que dans de très-étroites limites , comme on le conçoit facilement , d'après l'importance de cette portion splanchnique du corps; mais sur les membres , des raisons presque inverses laissent beaucoup plus de latitude ; il résulte de là que l'on ne saurait comparer, sous le rapport du nombre, les amputations que l'on pratique sur ces diverses parties; aussi le plus souvent, au mot amputation , attache-t-on presque involontairement l'idée de section des membres , dans un point quelconque de leur longueur. Dans cet article , nous décrirons seulement les amputations des membres; celles qui appaitienncnt au tronc trouveront leur place naturellement dans les articles qui traiteront des organes ou régions auxquelles elles se rapportent. Ainsi , pour les amputations du sein, du pénis , de l'œil, etc., voyez ces différens mots.
Les amputations des membres peuvent être pratiquées sur une foule de points ; mais elles ont été surtout distinguées sous ce rapport, en amputations dans la continuité , et amputations dans la contiguité , suivant que l'ablation qui les caractérise est faite au niveau ci'une articulation , ou bien vers la partie centrale d'un os. Enfin, dans ces opérations, tantôt on coupe circulairement ou obliquement les parties molles, tantôt on forme avec elles un ou plusieurs lambeaux.
Quelque nombreuses et quelque variées que soient les amputations des membres, leur comparaison minutieuse démontre pleinement qu'elles se réunissent toutes par leur sommet, et diffèrent seulement par la base; en d'autres termes , qu'elles présentent une foule d'analogies tout aussi évidentes que leurs différences. Saisissons donc d'abord ces analogies seulement pour en composer notre description générale; viendront plus tard les différences, à l'occasion des spécialités.
Première PARTm. ~ Description générale des amputations des membres. — On ne connaît pas d'une manière positive l'époque à laquelle les médecins osèrent , pour la première fois , porter sur nos membres l'instrument tranchant, dans l'intention d'en extraire une portion plus ou moins éfendue ; tout porte à croire que le spectacle de l'arrachement violent de quelques parties du corps, ou celui de la séparation lente à la suite de spliacéle , sans que la mort en ait été la conséquence, ont de bonne heure suggéré l'idée de cette opération; mais que long-temps les chirurgiens en ont été détournés par l'horreur de la mutilation qu'elle détermine , et surtout par les craintes plus fondées de l'hémorrhagie , le plus souvent mortelle , qui survenait immédiatement ou médiatement, faute de moyens connus alors pour la prévenir où l'arrêter.
Hippocrale parle un peu de l'amputation des membres ; mais , outre qu'il n'a fait réellement qu'indiquer cette opération , les préceptes qu'il donne à ce sujet sont peu solides et justement oubliés ; il faut arriver jusqu'à Celse, pour treuver quelque chose de satisfaisant. C'est presque de son livre , on pourrait le dire, que date l'histoire de cette opération souvent si indispensable ; surtout , c'est bien certainement à partir de son époque , que l'on a commencé à décrire d'une manière convenable l'amputation des membres , et à lui faire subir les modifications à l'aide desquelles l'état actuel de l'art a été constitué sous ce rapport.
Le temps et l'expérience ont apporté aux diverses conditions de l'amputation des membres, des modifications nombreuses et variées; aussi l'histoire complète de cette opération se compose-t-elle d'une foule de détails biens différens les uns des autres , et relatifs à chacun de ses points particuliers : nous aurions pu , à l'exemple de beaucoup d'auteurs, les réunir tous dans un article spécial ; mais il nous a semblé plus convenable de les fondre dans notre description générale , en les rapportant séparément aux parties auxquelles ils ont trait.
§ IT. Cas çui requièrent l'amputation des memires. — Quelque grande que soit la perte qui résulte de l'ablation d'une partie d'un membre, quelque graves que soient les dangers qu'elle entraine immédiatement à sa suite , il est des cas, et il en est de très-nombreux, dans lesquels Yart et l'humanité prescriront toujours de se confier à ses chances. Vainement objecterait- on l'énormité de la mutilation produite dans quelques circonstances; de pareils motifs échoueront toujours contre ce raisonnement, qu'il existe des lésions profondes des membres qui, soit immédiatement soit médiatement, sont nécessairement mortelles sans le retranchement de la partie qu'elles affectent, et qu'il est préférable de vivre avec trois ou même deux membres, que de périr avec quatre. Mais il n'en est pas moins fort important de bien définir les circonstances dans lesquelles il convient de recourir à cette opération , et de décider quelles sont les causes qui peuvent laisser l'espoir d'une guérison par des moyens plus doux ; surtout , on ne doit jamais oublier que l'amputation ne doit être invoquée qu'autant que tous les autres moyens offerts par la thérapeutique ont 'été épuisés ; c'est en effet une ressource dernière, véritable ancre de salut pour le malheureux affecté de certaines hialadies, mais qui ne procure qu'une guérison incomplète et chèrement payée par les douleurs, les dangers et la mutilation qu'elle entraîne après elle.
Toutefois, on peut avancer hardiment que s'il est des maladies qui réclameront toujours essentiellement l'amputation des membres , il en est aussi d'autres sur lesquelles on ne pourrait sans imprudence porter le même jugement. Sous certains rapports , en effet, les limites de l'art ne peuvent être fixées, et l'on peut soutenir que telle lésion organique , complétemeni incurable , dans l'état
AMPUTATION
AMPUTATION
acUicl de la science , autrement que par l'amputation, pourra bien plus tard se montrer moins réfractaire ou moins terrible. L'histoire des progrès de l'art nous fournit chaque jour les preuves les plus éclatantes de cette vérité. Qui ne sbit, en efl'eti que naguère ou pratiquait l'amputation dans les cas de plaies ou d'anévrysmes des artères des membres, lorsque ces lésions étaient voisines du tronc, tandis qu'aujourd'hui une semblable conduite serait justement et hautement blâmée par tout le monde ? Mais , à l'époque dont nous parlons , on ne connaissait pas comme aujourd'hui les voies collatérales nombreuses, à l'aide desquelles , après la ligature des artères , la circulation peut se continuer audessous du point oblitéré et surtout , les chirurgiens n'avaient point encore osé chercher les artères iliaques et sousclavières , jusque dans les cavités splanchniques où elles prennent leur origine. Ne sait-on pas également que plusieurs chirurgiens ont cherché, avec des succès souvent très-remarquables, h substituer à l'amputation de certaines parties des membres, des opérations moins lâcheuses par leurs résultats et par la mutilation qu'elles produisent, la résection des extrémités articulaires , ou l'extirpation simple de certains os.
Qu'on ne s'étonne donc pas si de nos jours on pratique moins souvent qu'autrefois l'amputation des membres ; comme Graefe en fait la remarque, ce fait bien réel indique seulement les progrès de l'art chirurgical , et ne doit être imputé a la mode ou au caprice des chirurgiens ; néanmoins les maladies pour lesquelles il estindiqué de jsratiqiierîes amputations des membres sont encore nombreuses: les unes appartiennent aux os eux-mêmes ou k leurs articulations, les autres portent plus spécialement sur les parties molles.
Les maladies des os des membres qui peuvent réclamer l'amputation sont les suivantes :
1°. Les fractures compliquées d'un écrasement considérable ou d'esquilles nombreuses ; celles auxquelles se joint une plaie très-contuse , avec issue audehors des fragmens.
2". Les luxations avec déchirure très-étendue des parties molles qui environnent une articulation , surtout celle des nerfs et des vaisseaux.
3o. La carie ancienne et fournissant matière à une suppuration abondante , soit qu'elle siège aux extrémités articulaires des os, comme dans les tumeurs blanches Irés-avancées , soit qu'elle affecte leur centre.
4". La nécrose également ancienne , profonde et accompagnée d'une suppuration trop abondante ; mais seulement la variété de cette maladie , qui forme réellement la transition de la nécrose à la carie, et dans laquelle on voit l'os mort se séparer des parties vivantes par de très-petits fragmens et presque molécules k molécules. La nécrosé avec séquestre trcs-étendu ne réclame presque jamais l'amputation , mais l'extirpation de la pièce d'os séparée.
5°. Le cancer osseux , soit qu'il ait pris naissance dans la substance osseuse {osteo-sarcome) , soit qu'il ait son siège dans le périoste et qu'il constitue ces tumeurs appelées fongueuses lymphatiques ou ossifores , tumeurs presque toujours composées d'une matière gélatiniforme ou colloïde , soit enfin que la membrane médullaire ait été primitivement affectée, comme il apparaît dans le spina-ventosa.
Parmi les maladies des parties molles des membres qui nécessitent l'amputation de ces appendices , on compte :
1°. L'écrasement ou l'attrition des parties molles qui entourent les os, et quelquefois le dépouillement complet de ces derniers , comme nous avons vu la chose arriver pour les trois doigts du milieu de la main droite k un enfant auquel nous avons pratiqué l'ablation de ces parties (la main droite avait été pressée entre les rouages d'une mécanique).
2". Le sphacèlc , quelle que soit la cause qui l'ait produit.
3». Une suppuration très abondante et très-étendue , surtout si le pus s'est glissé dans quelques articulations voisines.
4o. Une plaie avec perte de substance , comme celle que font souvent les boulets , et dans laquelle les nerfs et vaisseaux principaux auraient été détruits.
5". La séparation complète ou presque complète d'une partie d'un membre par un projectile lancé par la poudre k canon. 6». Un cancer très-étendu et dont l'extirpation simple serait impossible. 7°. Un fongus hématode , également très-étendu.
Plusieurs autres maladies, presque généralement considérées encore comme réclamant l'amputation des membres, doivent, k noire avis, être rayées de cette liste -.les fausses articulations, l'ankylose ini^étérée , de quelques jointures importantes , les inces de eoi formation d'une portion d'un membre, et le tétanos traumatique.
C'est le baron Larrey surtout, qui a conseillé l'amputation dans le cas de létanos traumatique ; mais sans dire combien il serait pénible pour le chirurgien d'en être réduit k avoir recours k ce moyen, dans certains cas de plaies trcs-peu étendues qui souvent déterminent le tétanos, hàtons-nous de faire remarquer que l'art possède d'autres modes de traitement plus doux pour cette maladie, modes de traitement souvent, k la vérité, infidèles , mais toujours plus sûrs que l'amputation , comme plusieurs chirurgiens l'ont malheureusement constaté par expérience.
Relativement au,\ fausses articulations , k l'ankylose et aux vices de conformation , et k l'état de simplicité , ils ne réclament pas par eu.t-mêmes l'ampu- );ition des membres , k moins qu'ils n'affectent les doigts ou les orteils , et qu'on ne puisse les faire disparaître par la simple ablation de ces parties. Au reste , plusieurs chirurgiens considèrent ces états des membres comme indiquant l'amputation , surtout dans les membres inférieurs, parce que là ils gênent et empêchent la marche. 'Mais il est une autre considération très-puissante contre wne semblable conduite, considération qui se déduit de la gravité plus grande
de l'amputation de ces membres. Jamais nous-mêmes nous n'avons pratiqué . d'amputations dans ces cas , soit des membres supérieurs , soit des membres j inférieurs; mais plusieurs fois nous avons été témoins de semblables opérations ' faites par d'autres personnes , et trop souvent nous en avons observé les funestes j résultats. En résumé , c'est jouer trop gros jeu que de tenter l'amputation dans i les cas de simples difformités , ou de fausses articulations des membres ; et le \ chirurgien instruit des dangers de ce moy en , doit en détourner les malades qui •! viennent près de lui pour le réclamer, en lui montrant toute son incertitude; peut-être même est-il rigoureusement de son deuoir de se refuser à la pratiquer, ' lorsque ses représentations sont inefficaces. 1 Telles sont les maladies pour lesquelles on peut être appelé à pratiquer des ' amputations des membres; mais c'est peu encore pour le chirurgien d'avoir; reconnu l'une de ces affections, et d'avoir constaté son incurabilité , ou le i danger qu'elle fait courir immédiatement au malade; avant de décider quel l'amputation du membre est indiquée , il faut s'assurer que le mal est local, ! qu'il n'étend pas ses ramifications jusque dans les régions du tronc , qu'il n'a ,' pas produit sympathiquement des altérations profondes dans les viscères , ou , bien , enfin, qu'il ne co'incide pas avec une autre maladie dont l'issue doit être ] prochainement fatale. Dans les affections cancéreuses, en particulier, on sait.1 que le système lymphatique subit avec la plus grande facililé une dégénéras-! cence analogue k celle de la partie primitivement atteinte ; on sait surtout que' le ganglions deviennent promptement le siège d'engorgemens fâcheux , qui sej développent d'abord dans le voisinage, et consécutivement dans les cavitcaN thoracique et abdominale , et l'on peut vraiment dire que la maladie s'irradie! vers le tronc , en suivant les voies diverses de ce système ; aussi , dans ces casj^! c'est k reconnaître l'absence ou l'existence de ces tumeurs ganglionnaires que;! doivent tendre les recherches des chirurgiens. L'engorgement de ganglions exté-; rieurement placés ne contre-indique pas absolument l'opération , mais il néces-. site leur extraction après l'amputation, et surtout il diminue les chances dej succès en laissant craindre un commencement de lésion des ganglions lympha-j tiques des cavités du tronc. L'engorgement de ganglions abdominaux ou ihora-J ciques devrait faire rejeter l'opération , parce que , d'une part , l'ablation de| leurs tumeurs est impossible , et que , d'un autre côté, leur dégénérescence se; faisant ensuite plus rapidement , le terme fatal serait de beaucoup avancé. Ilj ne faut pas perdre de vue non plus que les malades , tourmentés depuis long-, temps par une affection locale grave , et spécialement que ceux qui ont étej épuisés par une abondante suppuration, ont les intestins, le colon surtoutjjçl sympathiquement irrité ; de Ik des dian-hées , souvent très-rebelles : légère^ l'affection intestinale, dont nous parlons , ne contre-indique pas l'opérationlj mais si au contraire elle est un peu profonde , elle rend l'amputation imprati-j cable. Souvent aussi la phthisie pulmonaire ou d'autres maladies intérieuresi coexistent avec une affection qui, au premier abord, paraît indiquer l'ampu-j tation d'un membre ; mais cette opération ne convient point alors ; elle ne feraiti encore que hâter la mort du malade. On ne saurait par conséquent trop minu-» tieusement explorer les cavités splanchniques , et interroger les différei organes; intérieurs , pour s'assurer de leur intégrité avant l'opération; l'intérêt des maladM] auxquels il serait cruel de faire subir inutilement une douloureuse opération;: l'intérêt de l'art dont il ne faut pas imprudemment discréditer les moyens, tout concourt k la fois k prescrire cette conduite.
§11. Moment où il convient de pratiquer l'amputation des membres. — II; n'importe pas moins de déterminer le moment convenable pour pratiquer! une amputation. Quelquefois cette détermination est facile; dans d'autresi circonstances , au contraire, elle demande la plus exacte connaissance de«| maladies pour lesquelles l'opération est nécessaire, et celle de la terminaisooi probable de ces maladies , si elles sont abandonnées aux propres ressources! de la nature ; c'est !k que souvent ou peut juger de la sagacité et de l'expe-i rience du chirurgien. Il ne faut pas perdre de vue que le moment opportuni doit être rapidement saisi , et qu'un peu d'hésitation pourrait bien , ou mettrei les jours du malade en danger immédiatement, ou diminuer tellement les( chances favorables de l'opération , qu'il deviendrait presque superflu d'yl recourir par la suite.
On conçoit que l'époque k laquelle on ampute , doit varier suivant les mala-^ dies qui réclament l'opération ; l" si l'on opère pour une lésion physiqueij très-grave , c'est immédiatement qu'il convient d'agir, et avant le développement des phénomènes inflammatoires ; plus on attend , plus on laisse long-temps,| le malade exposé aux accidens nerveu.x que déterminent si souvent l'écrasemenli et la déchirure des cordons nerveux, et plus aussi l'on diminue les chances ew faveur de l'opération ; 2° si l'on ampute, pour soustraire le malade aux accidens|| d'une abondante suppuration, dans la fixation de l'époque vers laquelle illi convient d'opérer, on doit faire entrer deux éldmcns : la suppuration, en effet ((j est aiguë , ou bien elle est ancienne , et en quelque sorte chronique. Dans|d,j premier cas , il faut opérer aussitôt que l'on a reconnu que le malade ne pourra-ij selon les probabilités, guérir autrement. Ce n'est point ici le cas d'attendre comme on le dit généralement, que le malade ait été débilité par récoulemeDli|j purulent. En effet, un jour de retard et dhésitalion suffit pour amener dei , frissons et tout le cortège fatal des symptômes que nous décrirons plusbas.,j comme dénotant la présence du pus dans le torrent de la circulation ; et alor.j malheureusement, il faut le dire , l'amputation n'offre presque plus de chance de succès. Dans le second cas, pu contraire, c'est k-dire, si l'on doit ampute jl pour un cas de suppuration chronique et intarissable , la chose est bien difle ,' rente ; il convient de ne pas trop se hâter , il faut laisser k la nature le temps d |. multiplier ses efforts pour la cure du mal sans opération; il faut laisser 1|| malade s'affaiblir légèrement , circonstance qui le dispose plus favorableraenl j
AMPUTATION
AMPUTATION
Toutefois qu'on se garde bien de croire que nous regardons le marasme comme îtant une condition favorable aux amputations dos membres. Loin de là , l'excès le faiblesse est aussi et plus préjudiciable , dans ces cas , que l'excès d'énergie itale , et, entre ces deux extrêmes, il est un juste milieu qu'il importe de )ien apprécier. 3" Si l'on doit amputer dans un cas de sphacèle, il faut, en ;énéral, attendre que la nature ait posé entre les parties mortes et celles qui ont encore douées de la vie, une ligne de démarcation sensible. Cependant, ce précepte ne doit pas non plus être exagéré; en effet, si le sphacèle est la Conséquence d'une contusion extrêmement violente , ou bien d'une inflammation profonde accompagnée d'étranglement, il y aurait souvent de l'inconl-énient à attendre jusqu'à l'époque indiquée ; des accidens de diverses sortes )0urraient auparavant emporter le malade. Si la gangrène s'est développée sous influence de causes siégeant dans le système vasculaire, il est bien urgent [l'attendre la formation du cercle inflammatoire, parce qu'il est alors impérieu- [ementnécessaire , pour le succès , d'opérer au-dessus du lieu où existe l'obstacle 1 la circulation ; si l'on agissait autrement , on verrait la gangrène , poursuivant es progrès vers le tronc , s'emparer du moignon et entraîner promptement le naïade au tombeau ; nous ne concevons qu'un cas , où le chirurgien serait xcusable, pour le sphacèle d'un membre, d'opérer avant qu'il fut borné; c'est ului où la maladie serait sur le point de dépasser les limites supérieures du nembre, pour envahir le tronc; mais il devrait attendre peu de succès de ses fforts. 40 Enfin, lorsqu'il existe dans un membre une afîection cancéreuse )rofonde , ou un fongus hématode inextirpable, l'amputation doit être pratiquée [lussitôt que la véritable nature du mal a été reconnue ; en temporisant, on laisserait celui-ci prendre dans l'économie des racines plus profondes ; on favoiserait l'engorgement des ganglions lymphatiques du tronc, et dans cet état opération n'offrirait pas la moindre chance de succès.
§ m. Litu où l'on pratique les amputations. — Toujours , autant que la chose :st possible, c'est au-delà des limites du mal, et par conséquent sur un lieu ain, qu'il faut pratiquer l'amputation ; toutefois , dans deux circonstances , on leut ne pas se soumettre à ces principes : 1° quelquefois dans les cas de , phacèle , on coupe au milieu des parties mortes , lorsque le mal se borne lenteuent, et que la dissolution putride s'est emparée de la partie privée de la vie; nais alors, il est vrai, cette action ne mérite point d'être qualifiée du nom l'amputation , elle ne réclame pas absolument les connaissances d'un homme le l'art, son but est simplement de débarrasser le malade d'un foyer d'inection; enfin, elle ne dispense pas ultérieurement d'une amputation dans les )drties saines , si la gangrène se borne assez à temps ; 2° d'autres fois le chirurien est forcé de couper dans un point, où le membre est le siège d'une nflammation , afin d'éviter au malade la soustraction d'une portion du corps rop considérable. Cette circonstance heureusement n'est pas aussi défavorable [u'on pourrait le croire au premier abord : dans un cas où nous avons nousnèmes pratiqué l'amputation du bras , au sein du foyer d'une inflammation ■hronique , les suites furent tout aussi simples que dans les cas les plus heureux. Vu reste , tantôt il est permis au chirurgien de choisir le lieu où il doit amputer, antôt au contraire l'art et la maladie lui prescrivent impérieusement d'agir ur un point déterminé. La division du lieu où l'on pratique l'amputation des nembres, en lieu d'élection et lieu de nécessité, a été depuis long-temps ;onsacrée par les auteurs. Le plus souvent, c'est dans un lieu de nécessité ^u'on opère , par conséquent il importe de le fixer en général : 1° dans un cas je gangrène , il faut amputer sur le niveau même du cercle rouge qui sépare !]es parties mortes des parties vivantes , ou tout au plus à quelques lignes
u-dessus. On ne trouve plus que dans l'histoire de l'art, le précepte donné )ar P. d'Égine de couper au-dessous du cercle inflammatoire, dans la partie norte , précepte déjà reconnu dangereux par Richard Wiseman; 2» dans les
as de suppurations abondantes, le lieu nécessaire est placé au-dessus des byers purulens; 3» dans les cas de fractures comminutives , il faut amputer lans l'articulation supérieure, ou bien sur un point placé immédiatemeut ;u-dessus de celle-ci; 4° pour les cancers et les autres affections organiques, iprès avoir satisfait aux autres conditions relatives à la détermination du lieu, m doit opérer le plus loin possible du mal. En général aussi on doit amputer
es amputations le plus loiti possible du tronc, et sur les parties les moins volunineuses des membres; ces deux circonstances concourent à diminuer les uconvéniens de l'opération. Les exceptions à la première règle que nous
enons de poser sont peu nombreuses , et seront indiquées seulement dans les
pécialités,
§ IV. Préparation du malade , afant les amputations. — Lorsqu'une ampuation a été reconnue nécessaire, il faut, avant de la pratiquer, y disposer le naïade et moralement et physiquement. Le chirurgien doit d'abord, par tous es moyens en son pouvoir, chercher à gagner sa confiance; il compatira à ses ouffrances, lui rappellera tout ce qui a été inutilement tenté pour lui éviter ine opération, et il lui montrera l'impuissance actuelle de toutes les ressources |ie l'art; il le rendra juge en quelque sorte de sa propre cause, et lui présentera "amputation comme le seul moyen de conserver ses jours ; toutefois , on se garlera de montrer au malade tous les dangers de l'opération elle-même; on lui laissera , au contraire, seulement entrevoir une prompte guérison. On ne doit pas lui taire les douleurs inséparables de l'opération ; mais il faut lui montrer pue la rapidité des manœuvres les rendra passagères , et les lui fera par conséquent supporter facilement. Toutefois, il est nécessaire aussi de ne pas trop insister sur ce dernier point, parce que le malade ne manquerait pas d'en contelure que l'opération est plus terrible encore que son imagination ne la lui prépente. Si c'est un malheureux qui se confie à nos soins , nous lui devons de le iconsolersur la mutilation qui doit être le résultat du sacrifice qu'il va faire, et
DlCT. DE jMtDECIKE ET DE CHinUF.GIE PRATIQUES.
de lui laisser entrevoir les moyens qu'il aura encore pour travailler , et pourvoir aux besoins de sa famille.
On doit engager le patient à ne point se contraindre pour ne pas pousser des cris pendant l'opération ; cet effort , en effet , nécessite , si l'on peut ainsi dire , une dépense trop considérable de fluide nerveux, elle fatigue beaucoup, et dispose tout particulièrement aux accidens nerveux primitifs. Enfin , on n'entretiendra le malade de la nécessité où il se trouve de recourir au moyen extrême de l'amputation, qu'à une époque voisine de celle où l'opération devra être pratiquée; une conduite différente aurait l'inconvénient de faire souffrir trop long-temps le moral , et par conséquent de le disposer peu favorablement.
L'état physique du malade réclame aussi quelque attention avant les amputations. Si le temps le permet^ on devra débarrasser le canal intestinal des matières qu'il contient, à l'aide de lavements ou de légers laxatifs; et pendant quelques jours on tiendra le malade à la diète ; il ne convient pas , quelle que soit la force de la jeunesse du malade, de le saigner préalablement, parce que l'on ne peut prévoir la quantité de sang que fourniront les vaisseaux pendant l'opération, et parce que, d'ailleurs, on a le temps après de recourir à ce moyen, s'il est jugé nécessaire. Le lieu dans lequel on opère doit être bien fermé , et à l'abri de tout courant d'air ; le malade y sera surtout bien couvert ; les affections pulmonaires sont si communes après les amputations, qu'il ne faut pas pouvoir se reprocher d'avoir, par négligence, favorisé leur développement.
§ V. Appareils pour les amputations. — Avant de procéder à une amputation, on disposera soigneusement l'appareil nécessaire; d'un côté seront rangés les instruments que réclame la section des parties, et de l'autre on placera tout ce dont on a besoin pour la ligature des vaisseaux, et le pansement de la plaie.
Les instrumens nécessaires pour les amputations les plus compliquées sont les suivans :
1". Un tourniquet, ou bien un garrot, ou tout simplement une pelote à manche.
2". Un ou plusieurs couteaux droits , de longueur diverse à un seul ou à deux tranchans; les couteaux courbes employés autrefois sont aujourd'hui justement abandonnés.
30. Un ou deux bistouris , l'un droit , l'autre convexe sur le tranchant.
4o. Un rétracteur des chairs coupées ; cet instrument toutefois convient uniquement pour les amputations dans la continuité ; à leur occasion par conséquent il devra être décrit , avec les modifications qui ont été proposées à ce sujet.
5". Des scies dites à amputations. Ces instrumens, pour être convenablement construits , doivent offrir les deux conditions suivantes : leur lame doit avoir assez de poids par elle-même , ou bien la monture doit lui en communiquer suflisamment pour que les dentelures mordent bien sur l'os, ,et que le chirurgien ne soit pas dans la nécessité de peser sur elle; il ne faut cependant pas qu'une scie à amputation ait un poids trop considérable, car elle ferait éclater l'os avant sa section complète ; enfin, une bonne scie doit avoir de la voie, soit qu'à cet effet elle ait les dents déjetées alternativement à droite et à gauche, soit que la lame présente une plus grande épaisseur prés de la parlie tranchante. Ces scies sont presque exclusivement réservées aux amputations dans la continuité ; cependant quelquefois on les emploie dans les amputations articulaires, ainsi dans l'amputation du coude, modifiées par M. Dupuytren; circonstance qui nous fait ici placer l'indication de ces instrumens.
Les pièces d'appareils nécessaires pour la ligature des vaisseaux et le pansement de la plaie, sont plus nombreuses que les instrumens. Parmi elles on compte :
l». Des pinces à disséquer, le tenaculum de Bromfieîd, et des aiguilles à sutures, garnies de fils cirés.
2°. Des fils de natures diverses et de grosseurs différentes.
3°. Des bandelettes de sparadrap , de six à huit lignes de longueur, et d'une largeur variable.
4". De la charpie disposée en bourdonnets et en plumasseaux, ou avec laquelle on fait des tampons pour comprimer doucement la base des lambeaux de la plaie.