ANÉMIE
pression , suivant qu'ils la recevront ou successivement, ou à la fois , il y aura des phénomènes. C'est pour cela que dans la même épidémie, bien qu'en général le même organe ou le même système d'organes soit affecté , il arrive souvent que divers organes sont envahis, sans que la diversité de siège emporte une diversité de traitement, au moins darfs la partie fondamentale de ce traitement. Aussi, peut-on soutenir, avec quelque apparence de vérité, que la doctrine de la localisation des maladies n'a point avancé la thérapeutique , que cette localisation était le premier pas vers la vérité , puisqu'elle est le résultat de l'analyse, qui a isolé et étudié à fond un certain nombre de phénomènes, mais qu'il est temps de systématiser toutes ces fractions de vérité et de fonder la thérapeutique sur des bases plus larges et plus générales.
Mais poursuivons : le mouvement fébrile a eu pour résultat une pneumonie , je suppose , mais il ne tombe pas pour cela ; peut-être même s'accroît-il par les rapports sympathiques qui lient les poumons aux autres organes; or, tant que le mouvement fébrile persiste , l'inflammation fait des progrès , s'étend dans le même organe ou envahit d'autres organes. Le mouvement fébrile. une fois tombé, les progrès de la maladie locale ne sont plus à craindre; mais pour cela le mal local n'est pas détruit; il survit à l'état fébrile , ainsi que je m'en suis assuré vingt fois dans la pleurésie et la pneumonie par l'auscultation et la percussion. Souvent les symptômes locaux ont persisté pendant huit jours aussi intenses qu'au plus fort de la fièvre; quelquefois j'ai vu la fièvre tomber toutà-fait après la localisation, c'est-à-dire au moment de la plénitude de la pleurésie ou de la pneumonie , absolument à la manière des maladies érnptives ; preuve bien évidente que ce n'est pas l'état local qui produit et régit le mouvement fébrile , mais le mouvement fébrile qui produit et régit l'état local.
Je crois n'avoir dissimulé aucune dés difîieultés que peuvent présenter les détracteurs de l'anatomie pathologique. Telle est , si je ne me trompe , la mesure d'après laquelle elle doit être invoquée en médecine. Ainsi restreint dans de justes limites , son rôle en sera , sinon plus brillant , au moins beaucoup plus utile. Car enfin si l'anatomie pathologique n'a pas découvert le quinquina, au moins nous indique-t-elle , en partie, les cas dans lesquels ce précieux médicament qui a été insensiblement introduit dans toutes les maladies graves peut être nuisible. N'oublions jamais que les lésions d'organes ne sont que des effets destinés à nous faire remonter à la cause , et établissons en terminant cet article, comme un principe fondamental, comme un axiome, base de toute recherche d'anatomie pathologique, la proposition suivante : « Toute altération « organique qu'on ne i^encontre pas constamment à la suite de telle ou telle « maladie , doit être considérée comme ne faisant pas essentiellement partie de « cette maladie. » C'est d'après ce principe que nous ferons tous nos efforts pour apprécier ce qui a été dit relativement aux fièvres essentielles.
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(T. Cruveilhier.)
ANÉMIE , s. f. , ancemia , de a privatif, et éèi/ict , sang; privation de sang. ;| Comme son nom l'indique , cette maladie consiste dans une diminution considérable de la quantité du sang. Souvent symptomatique d'une affection chro-Vl nique , et quelquefois effet passager d'une hémorrhagie excessive , elle est! primitive dans quelques cas , et semble résulter alors d'une sorte d'étiolement de l'individu qui en est atteint. Quelques médecins pensent qu'elle ne différai pas de la chlorose ; nous ne partageons pas cette opinion , et nous regardons la chlorose comme dépendant de l'asthénie des organes génitaux.
La comparaison de l'anémie avec l'étiolement des plantes soustraites à rac4^ tion de la lumière donne une idée assez exacte de l'aspect des individus affectés! de cette maladie, mais elle est incomplète à beaucoup d'égards. En effet , si Is défaut de lumière solaire est une des causes probables de l'anémie , il est incon-i testable que cette cause ne suffit pas pour la produire ; sous ce rapport il existe^, donc une grande différence entre elle et l'étiolement , car la soustraction de laJ lumière suffit , comme chacun le sait , pour étioler les plantes. Cherchons donc J i dans l'étude des circonstances au milieu desquelles se développe le plus souvent^ l'anémie , des lumières qui en éclairent mieux la nature qu'une analogie sédui-. ' santé mais trompeuse. , ^
Et d'abord , gardons-nous de confondre l'anémie symptomatique d'une affec-.1 tion chronique qui a graduellement appauvri le système sanguin , avec l'anémiej véritable telle que nous la décrirons bientôt. C'est là une simple décoloratioa 'l des tissus , sans aucune analogie avec l'anémie réelle , et qui ne mérite pas ce , nom. Toutefois , cette décoloration symptomatique des tissus n'en est pas moins j un phénomène assez remarquable. Il n'y aurait rien sans doute que de très- ' naturel dans sa production , si on la voyait survenir dans la plupart des affections i chroniques de longue durée ; mais loin de là , elle est excessivement rare , et i quand on l'observe, on ne sait à quelle particularité de la maladie elle est duc. Pour dissiper cette obscurité , il aurait fallu que les auteurs qui ont parlé daï | l'anémie symptomatique eussent donné des descriptions exactes des maladieïj avec lesquelles ils l'avaient observée , tandis qu'ils se sont tous bornés au] simple énoncé du fait. Nous sommes donc réduits à des conjectures. Il n'est.} pas probable que ce symptôme puisse accompagner les affections chroniques J de tous les organes indistinctement ; si cela était , on l'observerait beaucoup i plus souvent. Appartient-il donc plus spécialement à la lésion d'un organeî; 1 Dans la supposition qu'il en serait ainsi, quel est cet organe? Je l'ignore; ' mais depuis que les belles recherches de MM. Prévost et Dumas ont prouvé' I que le foie est un organe d'hématose en même temps que de sécrétion , je me* i suis demandé plus d'une fois si l'anémie symptomatique ne dépendrait pas, i plus fréquemment de l'inflammation chronique du foie que de l'irritation chro», • nique de tout autre organe. Sans me dissimuler les nombreuses objectionjj.i qu'on peut opposer à cette conjecture, j'ajouterai que le seul exemple d'anémi^f symptomatique que j'aie observé existait avec une hépatite chronique. Qud qu'il en soit , cette anémie et celle qui succède à une hémorrhagie abondaotl doivent être soigneusement distinguées de l'anémie véritable.
Celle-ci a été surtout observée sur les ouvriers d'une mine de charbon d<j terre d'Anzain , près de Valenciennes. Tous, sans exception, en ont éb successivement atteints. Ce n'est pas au défaut d'influence solaire qu'elle dut son développement, car les ouvriers des mines voisines en ont ét^:^ exempts. On sait d'ailleurs que les hommes qui séjournent long-temps daoi^ ( les cachots sombres et humides deviennent scrophuleux et surtout scorbu'^t t tiaues, mais non pas anémiques. La galerie qui fut le foyer de la maladî» î était, il est vrai, plus longue que les autres, et l'air s'y renouvelait plus diffîciM,^ lement, mais ou pratiqua des ouvertures pour remédier à ce dernier incoW < vénient , et la maladie n'en continua pas moins de s'y manifester ; le défanir ^ d'air n'en était donc pas la cause. Mais on analysa cet air, on y trouva du gai' i hydrogène sulfuré et du gaz acide carbonique, et l'on pensa que c'était à la | présence de ces gaz funestes qu'il fallait attribuer la maladie. Enfin l'analyse | fit encore reconnaître la "présence de l'hydrogène sulfuré dans de l'eau qiÂI filtrait à travers la mine et dont quelques malades avaient bu. Il est doDM très-probable que l'anémie d'Anzain fut produite par ce gaz délétère, et par I celui-là seul , car les symptômes de la maladie n'ont aucun rapport avec Iw t, effets connus de l'acide carbonique. i I
Si l'on se demande maintenant comment a pu agir ce gaz dans les circoi»' i stances indiquées , et quelles modifications il a dû imprimer à l'économie pout I donner lieu à l'anémie, on est conduit à admettre, d'après ses propriétés i stupéfiantes bien connues , que mis journellement en contact avec le sang par r