‹ Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques [electronic resource]Chapitre 55 sur 234 · C. D. Ktihln. De Aneurysmate externe, in-4<', Jenœ · texte numérisé non relu

C. D. Ktihln. De Aneurysmate externe, in-4<', Jenœ

tf . Cole. Exposé du traitement d'un anévrysme inguinal par la ligature de l'iliaque-externe , in-S", Cambrai, 1817.

R. Carmichael. Observations sur les varices, sur l'inflammation des veines, avec des préceptes pour opérer l'anévrysme poplité sans lier la veine fémorale. Traduit en français par J. N. Le Marchand. ( Journal universel des sciences médicales , t. 22, p. 129.)

Quelques observations de phlébites mortelles, survenues h la suite de la blessure de la veine

fémorale, durant la ligature de l'artère du même nom , et qui démontrent ainsi le danger de

cette lésion, constituent le principal mérite du petit écrit de M. Carmichael.

J. Abernethj. Observations on the constitutional origin and treatment of local diseases, and on aneurysm , in-8°, London , 1817.

L'auteur y rend un compte intéressant de ses premières opérations de ligature de l'artère

iliaque externe.

G. Ribes. Quelques considérations sur les ressources de la nature dans le cours de l'anévrysme , 1817. {Bulletins de la faculté de Médecine .)

V. J. Larrey. Observations d'anévrysmes , suivies de réflexions sur quelques phénomènes singuliers qui se sont offerts chez les sujets de ces observations , 1819. {Bulletins de la faculté de Médecine.)

J. A. L. Casamajor. Béflexions et Observations analomico-cbirurgicales sur l'anévrysme spontané en général, et sur celui de l'artère fémorale en particulier, in-8o, Paris , 1825.

D. Belmas. Convenit, an non , in singulis casibus, arteriarum ligatura secundùm methodum D. Anel instituta? in-4o, Paris, 1824.

Cette dissertation se distingue de la plupart de celles que font éclore les luttes académiques, par l'érudition solide dont l'auteur y a fait preuve, aussi bien que par le nombre des faits pratiques sur lesquels il y appuie ses propositions.

Marx. Mémoire sur la ligature de l'artère sous-clavière pratiquée avec succès par M. le baron Dupuytren, pour un anévrysme faux consécutif de l'artère axillaire gauche, 1826.

G. Breschet. Recherches et Observations sur l'anévrysme faux consécutif du cœur, et sur l'anévrysme vrai des artères, 1827.

G. Dupuy tren. Observation de ligature de l'artère iliaque externe, 1826.

G. Dupuytren. Mémoire sur les anévrysmes qui compliquent les fractures et les plaies d'armes 4 feu , et sur leur traitement par la ligature pratiquée suivant la méthode d'Anel, 1828.

Marx. Observation de ligature de l'artère carotide primitive , pratiquée par M. le baron Dupuytren pour une tumeur érectile de l'oreille, 1829.

Ces cinq mémoires, dont les sujets ont été puisés dans la savante et habile pratique de

l'Hôtel-Dieu, font partie du répertoire d'anatomie et de physiologie pathologiques, etc., in-'to

Paris , 1816-1829.

J. nrdrop. On Anevrism , and ils Cure by a new opération , in-8°, London , 1828.

Dans cet ouvrage remarquable, M. Wardrop a rassemblé les faits de ligatures pratiquées avec succès au-delà des tumeurs anévrysmales , entre elles et les organes où se distribuent les artères malades , et il a tracé les règles qui doivent présider au choix ainsi qu'à l'exécution de cette méthode , qu'il appelle nouvelle , d'opérer les anévrysmes. ( L.-J. BÉGIN )

ANGlélTE. On désigne par ce mot l'inflammation des vaisseaux en général Comme chaque ordre de vaisseaux porte un nom particulier, de même linflammatioii de chacun d'eux a reçu une dénomination spéciale ; ainsi l'inflammation des veines est apidée phlébite , celles des artères , artérite , etc.

L'histoire d* l'angéite s'est enrichie , depuis quelques années, d'ilne immense quantité de faits. Une foule de symptômes ou de lésions fonctionnelles, dont la cause organique avait été si long temps inconnue , s'expliquent assez naturellement aujourd'hui par l'inflammation des vaisseaux , considérée dans toutes les nuances qu'elle peut revêtir , dans tous les effets qu'elle peut produire.

L'étude approfondie de l'angéite promet de répandre les plus vives lumières sur cette classe de maladies connue sous le nom de fièvres essentielles. La fièvre soit qu'elle se développe primitivement, ou qu'elle soit;consécutive à une phlegmasie locale , peut être considérée comme l'expression d'une ejfcitation, d'une irritation générale du système vasculaire sanguin. Or, si l'on réfléchit à la fréquence de cette afl'ection (la fièvre) , si l'on fait ensuite attention que les phlegmasies locales ont pour siège une portion du système vasculaire , savoir, les réseaux capillaires, on concevra facilement toute l'importance de l'étude de l'angéite.

De même que les autres maladies, l'angéite, après avoir été examinée sous le triple rapport de ses causes, des altérations anatomiques qui la caractérisent des lésions fonctionnelles au moyen desquelles celles-ci se traduisent en quelque sorte au dehors , doit être étudiée sous le rapport de son traitement. Mais comme cette maladie offre une foule de diffiérences, selon qu'elle aff'ecte les artères , les veines, ou les vaisseaux lymphatiques, il est évident que l'on ne peut s'en faire une juste idée , qu'après avoir considéré l'inflammation de chacune de ces dernières parties eu particulier. C'est ce qui sera fait dans ce dictionnaire , aux articles Artérite , Phlébite , etc. Contentons-nous donc de présenter ici quelques considérations très-succinctes sur l'angéite en général. Dans un ouvrage de la nature de celui-ci, c'est sur les spécialités bien plus que sur les généralités qu'il convient de s'appesantir. i

§ i^r. Causes. — Les causes de l'angéite sont physiques, mécaniques ou chimiques. Parmi les principales on peut citer : 1° l'influence d'une très-haute température , "comme cela a lieu dans les brûlures, par exemple ; 2° les déchirures , les contusions , et toutes les opérations chirurgicales dans lesquelles les vaisseaux sont soumis à des irritations plus ou moins violentes ; 3" l'introduction dans le système vasculaire de substances excitantes, acides , alcalines, ou autres'. Dans un très-grand nombre de cas, les vaisseaux ne s'enflamment queconsécii> tivement à une phlegmasie locale, et alors l'angéite commence ordinairement par affecter les vaisseaux de l'organe qui est le siège de la phlegmasie locale. C'est ainsi que, dans une métrite, les veines utérines , dans une gastro-entérile, les veines mésaraïques , dans une phlegmasie cérébrale, les sinus de la duremère , semblent recevoir l'inflammation de l'organe d'où ces vaisseaux ramènent le sang , inflammation qui peut ensuite envahir la totalité ou du moins une portion très-étendue du système sanguin. Cette propagation de l'inflammation eS* d'autant plus facile , que la membrane interne du système vasculaire forme un tout continu , et que des matières irritantes introduites dans un point quelconque de l'économie, peuvent ensuite être charriées dans toute l'étendue de l'appareil circulatoire.

§11. CAnACTÈREs ANATOMIQUES. — 1° Atigéite aiguë . La rougeur, l'èpaississement, la suppuration , l'ulcération d'un ou de plusieurs vaisseaux , tels sont les caractères anatomiques au moyen desquels on reconnaît une angéite aiguë. De tous ces caractères , le plus incontestable est la formation d'une certaine quantité dé pus. La rougeur et la tuméfaction n'existent pas toujours, du moins sur le cadavre. Toutes les fois que la suppuration a lieu , le sang contenu dans les vaisseaux enflammés, et par suite toute la masse du sang elle-même, sont nécessairement altérés. Il en résulte , soit dans le point même où a existé l'inflammation , soit ailleurs, diverses lésions que nous décrirons en traitant de l'artérite et de la phlébite.

2«. Angéite chronique. Une le'sion plus ou moins profonde de la structure des parois vasculaires , divers produits accidentels , tels que des incrustations de substance cartilagineuse, calcaire , etc. ; des adhérences anormales dans l'intérieur des vaisseaux, des altérations diverses du sang que ces vaisseaux contenaient; voilà les principaux caractères anatomiques de l'angéite chronique.

§ m. Symptômes. — ■ 1°. Angéite aiguë. L'angéite aiguë apporte un trouble plus ou moins marqué dans l'exercice des fonctions où elle existe , trouble qui diffère d'ailleurs, selon que l'inflammation occupe telle ou telle division de l'arbre vasculaire. Un tel trouble en entraîne nécessairement un autre dans les fonctions que remplissent les organes auxquels sont destinés les vaisseaux malades , soit que ces fonctions fassent partie de la vie organique ou de la vie animale. Des symptômes sympathiques plus ou moins nombreux, plus ou moins alarmans , selon l'étendue , le siège , l'intensité et le mode de terminaison de l'angéite , viennent bientôt s'ajouter aux phénomènes locaux. — Les symptômes fébriles proprement dits sont inséparables d'une angéite générale. Lorsque la membrane interne des vaisseaux enflammés fournit une quantité plus ou moins considérable de pus , celui-ci se mêlant avec le sang et circulant partout avec lui , il en résulte des accidens particuliers , des phénomènes secondaires que nous aurons soin d'exposer en temps et lieu. ( ^ ojez Artérite , Phlébite. )

2°. Angéite chronique. Les symptômes de l'angéite chronique sont , en général, fort obscurs. On trouve très-souvent après la mort des traces profondes de cette maladie , chez des individus qui n'avaient ofi'ert aucune lésion fonctionnelle bien évidente.

§ IV. Traitement. — Les saignées, les boissons rafraîchissantes , la diète , h repos, en un mot tous les moyens antiphlogistiques généraux, doivent être employés contre l'angéite. Quant aux moyens propres à chaque espèce de celle maladie, ce n'est pas ici que nous devons nous en occuper.

Quelque courtes que soient les considérations que nous venons de présenter sur l'angéite en général , elles suffisent à notre objet. Nous ne saurions en dirÉ davantage sur cet important sujet, sans aborder des questions qui se rattachent essentiellement à l'histoire des phlegmasies spéciales comprises sous le nom générique d'ara^e'i'ïe. ( J. Bouillaud. )

ANGÉLIQUE , angelica archangelica. Pentand. dygynie Likn. Ombellifères Jnss.

Celte plante, qui doit ses propriétés à une huile volatile assez abondante, croît spontanément dans les pays chauds. On la cultive pour les usages pharmaceutiques ; mais on sait que la culture adoucit en général les végétaux , et y fait prédominer le mucilage , la gomme , la fécule et le sucre. C'est pour cette raison qu'on devrait préférer, pour l'usage médical, l'angdlique sauvage à celle qui est cultivée. Au fait, elle est plus employée comme aliment que comme médicament. Elle a une odeur fort agréable , une saveur sucrée et aromatique. Quoiqu'on n'en possède pas d'analyse chimique bien exacte , on sait qu'elle renferme une assez grande quantité d'huile volatile unie à du sucre et à une petite pro-

ANGINE

ANGINE

.rtion de matière exlractive. On emploie principalement ses tiges et quelqueis ses fruits.

De même que toutes les plantes dont la composition est analogue , l'angelique ■oduit une stimulation directe des organes digestifs , et une stimulation gcncle proportionnée à la dose de médicament qui a été administrée, et surtout à ) qui eu a été absorbé. Mais il faut dire que jamais peut-être Tangélique n'a é employée de manière à produire des eflfets sensibles. Quels peuvent être en Fet ceux de quelques tasses de faible infusion , d'une ou deux gouttes d huile sentielle, de quelques gros, de quelques onces même de conserve? C'est utôt par supposition que par expérience qu'on a exposé les vertus de l'angéhlie, qu'on a rangée parmi les stomachiques, les carminatifs , etc. Rarement Iministrée seule , elle entre dans une foule de préparations officinales , où elle

trouve perdue au milieu de substances plus énergiques. Blanchie ( c'est-a-dire empée dans l'eau bouillante , qui lui fait perdre une partie de son huile essen- ;lle), et ensuite confite au sucre, elle constitue la conserve d'angélique, préiration appartenant au confiseur plus qu'au pharmacien, et dont les efiTels nt bien faibles. On peut l'employer également, et plus efficacement , sous rme d'infusion aqueuse, vineuse, ou même alcoolique; sous celle d'huile )!atile , de poudre ou d'extrait, aux doses auxquelles on a coutume de presire les plantes aromatiques. Ses fruits, dans lesquels l'huile essentielle se cuve en assez grande proportion, peuvent être utilisés de la même manière,

se retrouvent dans plusieurs formules qu'il est inutile de rappeler ici. Ce que 3US venons de dire suffit pour donner une idée de la valeur thérapeutique de mgélique, et nous ne nous arrêterons pas à discuter les assertions des anciens son sujet. (F. Ratier.)

AWGIECTASIE , s. f. de «yywv, vaisseau , et =-zT«ff(; , dilatation ; mot introlit dans le langage médical par Grœfe, professeur à Berlin, et adopté par . Alibert , pour désigner tous les genres de dilatations vasculaires. De là les ■rivés cardiectasis , dilatation du cœur, phlcbectasis , dilatation des veines, ■mphangiectasis, dilatation des vaisseaux lymphatiques, et télangiectasis, dilation des vaisseaux capillaires. En traitant en un seul article de toutes les variés de l'angiectasie, on eût rassemblé un trop grand nombre d'objets disparates

détruit l'ordre universellement adopté dans les ouvrages du genre de celui-ci. ous renvoyons donc aux articles Akévktsme, Varice, Ltmphatiqde et Héma- )MiE. Dans ce dernier article nous traiterons , non du fongus liématode , ou ngus sanguin, mais de ces tumeurs , formées par la dilatation des vaisseaux .pillaires des parties molles ou des os , que l'on a confondues h tort avec les •oductions fongueuses , et que leur structure organique aussi bien que les mé-

odes curatives quïl convient de leur opposer, portent également à en distin-

,gj. ' ( L.-J, BÉGIN.)

ANGINE, s. f . , angina , de angere, étrangler, suffoquer, ou de â?/xta, ■trangle. Les anciens donnaient le nom d'angine à toute difficulté d'avaler ou ; respirer, dont la cause résidait à la gorge, soit dans la portion du conduit imentaire, soit dans celle des voies aériennes, comprises dans la région du lu. Suivant ensuite le siège précis de l'angine , ils la distinguaient en tonsîlire , gutturale , pharyngée , œsophagienne , laryngée, trachéale, bronchique ; ji désignaient en outre sous les noms de maligne ou gangreneuse , une espèce irticulière d'angine occupant plusieurs de ces parties en même temps , et s'ac- )mpagnant de symptômes locaux, d'apparence gangréneuse et de symptômes ■néraux très-graves. Enfin , ils décrivaient sous le nom d'angine de poitrine , le maladie à laquelle nous conserverons cette dénomination et qui parait coniler dans une névrose du cœur. Cette nomenclature est à peu près généralement audonnée ; nous ne traiterons donc ici que de l'angine couenneuse ou membra- ;use , angine maligne ou gangréneuse des anciens , et de l'angine de poitrine ; listoire des autres espèces, ayant été ou devant être faite aux mots Amygda- TE, Bronchite, Laryngite , OEsophagite , Palatite, Pharthgite, Trachéite. ^oyez ces mots. )

ANGINE COUENNEUSE ou MEMBRANEUSE. Connue de temps imémorial en Égypte et en Syrie, sous les noms d'ulcus Mgyptiacum , ulcus Vriacum , nommée garotillo par les Espagnols, et désignée tour à tour dans plupart des contrées de l'Europe par les noms d'angine pestilentielle , angine rangulatoire , angine maligne, angine gangréneuse , mal de gorge gangréiux, angine suffocante , la maladie dont nous allons tracer l'histoire dans cet •ticle a été décrite tout récemment par M. Bretonneau, sous le nom de diphtéte , et par M. Guersent , sous celui d'anguine couenneuse on membraneuse , après la nature , sinon intime , du moins apparente , de l'altération patholoque qui la constitue.

On a cru pendant long temps que cette angine était de nature gangréneuse; 1 prenait pour des ulcères gangréneux les plaques membraneuses de la gorge , rsqu'elles étaient grisâtres et circonscrites , et qu'une grande fétidité de l'haine les accompagnait, et l'on regardait comme des escarres , les lambeaux: de embranes qui étaient rejelés par les malades. Ce n'est que dans ces derniers imps que cette opinion a été démontrée fausse , et c'est aux travaux de M. Bre- )nneau , et plus tard à ceux de M. Guersent, qu'est due la destruction de ;tte erreur. Ces habiles observateurs ont prouvé d'une manière péremptoiro ue l'angine couenneuse est de même nature que le croup , et le beau travail e M. Deslandes sur cette matière n'a pas peu contribué à achever de mettre ;tte vérité dans tout son jour. Disons toutefois pour être vrai , que cinquante as avant M. Bretonneau, Samuel Bard, médecin à New-York , avait proclamé identité de l'angine dite gangréneuse et du croup.

Si l'identité de l'angine couenneuse et du croup est aujourd'hui bien démonée , il ne s'ensuit pas cependant que ces deux maladies soient une seule et lême affection , dont l'une ( l'angine couenneuse } ne serait que le plus haut

degré de l'autre , ainsi que le prétend M. Bretonneau. Les preuves que donne ce médecin à l'appui de son opinion ne sont rien moins que concluantes. En effet, que l'angine couenneuse, lorsqu'elle se propage au larynx, fasse naître immédiatement tous les symptômes caractéristiques du croup , qu'on ne voie presque jamais le croup se manifester sans qu'il existe en môme temps des pseudo-membranes dans le pharynx , que les concrétions membraneuses rejetées par les malades dans le croup offrent les mêmes caractères anatomiques et chimiques que les fausses membranes qui tapissent le pharynx dan« l'angine couenneuse, que l'on trouve quelquefois sur les cadavres la fausse membrane de l'arrière-bouche continue avec celle des voies aériennes , tout cela ne prouve évidemment que deux choses , savoir : que l'angine couenneuse et le croup sont de même nature , et que ces maladies existent souvent réunies. Mais comme d'autres faits, moins nombreux sans doute, mais tout aussi incontestables, démontrent tous les jours que ces deux affections peuvent exister isolées, comme en outre elles occupent des organes différons, troublent des fonctions distinctes, et s'annoncent toutes deux par des symptômes particuliers , il est évident que ce sont bien deux maladies séparées. Si l'opinion contraire pouvait prévaloir, il faudrait donc cesser aussi d'étudier séparément la gastrite , la duodénite , Ventériie et la colite, ces phlegmasies étant de même nature et pouvant exister simultanément sur un même individu.

Dire que l'angine couenneuse est de même nature que le croup , c'est dire qu'elle consiste en une inflammation ; car personne ne conteste la nature inflammatoire du croup ; mais c'est dire aussi que cette inflammation diffère des phlegmasies ordinaires , car celles-ci ne produisent pas en général de fausses membranes. Quelle est donc la cause de la particularité qui caractérise l'inflammation dans la maladie qui nous occupe? Pourquoi le travail inflammatoire s'y accompagne-t-il de la production de fausses membranes? On a dit que cela dépendait de la nature des causes toutes spéciales que l'on suppose produire la maladie. Mais , d'une part, ces causes ne sont pas connues , et il est loin d'être prouvé qu'il en existe réellement de spéciales à l'angine couenneuse, et de l'autre, l'observation démontre qu'une foule d'agens divers produisent le même effet ; l'explication pioposée n'a donc aucune valeur. Nous aurons occasion de revenir bientôt sur ce sujet.

Si cependant, comme le pensent beaucoup de médecins, le problème avait été mal posé ; s'il était vrai que l'angine couenneuse ne fût que l'angine tousillaire et pharyngienne ordinaire dont un des symptômes habituel et presque constant serait exagéré, on voit qu'il ne s'agirait plus alors de rechercher la nature d'une maladie particulière, mais seulement de trouver la cause d'une particularité dans une maladie connue. La question est grave et mérite d'être examinée. Écoutons donc les raisons de ceux qui l'envisagent sous ce nouveau point de vue.

11 n'existe , disent-ils, aucune différence essentielle entre l'angine 3ite couenneuse et l'amygdalite et la pharyngite ordinaires. Les mêmes causes les produisent , car elles se développent le plus communément les unes et les autres , au printemps , et sous l'influence du froid ou du chaud humides continus. Les mêmes symptômes fondamentaux les accompagnent, car on observe dans la première comme dans les secondes , la chaleur et la douleur de la gorge , la difficulté d'avaler , la rougeur et le gonflement des amygdales , de la luette et de la membrane muqueuse pharyngienne, etc. Le même traitement leur convient , car, quoi qu'on en ait dit, l'angine couenneuse cède souvent au traitement antiphlogislique , comme l'amygdalite et la pharyngite ordinaires ; souvent même c'est le seul qui lui soit applicable, et l'on s'étonne de voir nier cette vérité pratique, par les hommes mêmes qui ont démontré l'identité de nature de cette affection et du croup, maladie contre laquelle on contesterait en vain aujourd'hui les bons effets du traitement antiphlogistique dans la plupart des cas. La seule différence , ajoutent-ils , que l'on puisse faire valoir pour séparer ces affections , est donc la présence des concrétions membraneuses dans l'une et son abscence dans les autres. Mais d'abord , on voit des pseudo-membranes tapisser les amygdales et le pharynx , après l'action des acides Concentrés ; on en voit recouvrir les ulcères de la gorge produits par l'abus du mercure; on en voit se développer sur les ulcères syphilitiques de cette même partie; elles n'appartiennent donc pas en propre à l'angine couenneuse et ne peuvent par conséquent lui servir de caractère. Il y a plus , on rencontre peu d'amygdalites et de pharyngites dans les saisons humides , chez les femmes et les enfans ; et remarquez que c'est chez ces individus et dans ces saisons que se montre ordinairement l'angine couenneuse ; on en rencontre peu qui ne soient accompagnées de plaques membraneuses plus ou moins nombreuses , plus ou moins étendues. Ce symptôme leur appartient donc tout aussi bien qu'à l'angine couenneuse, l'intensité seule en fait toute la différence dans les deux cas. Et c'est ici la même chose que dans une foule d'autres phlegmasies. Dans la pleurite, par exemple, suivant le degré d'intensité de l'inflammation et quelquefois par d'autres causes qu'il n'est pas toujours possible d'apprécier , tantôt la plèvre se pointillé en rouge et reste sèche, tantôt elle sécrète une sérosité limpide, d'autres fois des flocons de fibrine décolorée nagent au milieu du liquide qui pleut à sa surface ; dans quelques cas , c'est du pus qui s'épanche dans sa cavité ou s'étend en nappe pour former plus tard de fausses membranes, etc. On n'a pas créé cependant une maladie pour chacun de ces caractères anatomiques d'une même affection , et pour nous renfermer dans les analogues du fait qui nous occupe , on n'a pas imaginé de décrire une maladie membraneuse ou couenneuse de la plèvre. Pourquoi cela? Parce que ces désordres variés n'étant appréciables qu'après la mort et s'annonçant pendant la vie par les mêmes sympr tômes, il a bien fallu en tirer cette conséquence forcée, qu'ils sont les effets * d'un même état morbide. Il en eût été de même de l'angine , si la vue n'avait

ANGINE

pas permis d'eu suivre le développement , d'en saisir toutes les modifications apparentes j on ne connaîtrait qu'une seule espèce d'angine , comme on ne connaît qu'une seule espèce de pleurite. Supposez que la plèvre devienne visible , et bientôt vous verrez décrire des pleurésies aqueuses, purulentes, couenneuses , etc. Concluons donc enfin , disent-ils , que l'angine couenneuse n'est tout au plus qu'une variété de l'angine ordinaire j c'est l'amygdalo pharyngite des saisons humides , des enfans et de tous les individus chez lesquels la sécrétion •^ucrueuse est abondante, et chez lesquels aussi les produits de cette sécrétion ont une extrêndê tCH^Iî^uce à s'organiser.

Tels sont les faits et les raisonnements à l'aide desquels plusieurs médecins essaient de prouver que l'angine couenneuse est la même maladie que la pharyngite et l'amygdalite ordinaires, et n'en diffère que par une circonstance anatomique peu importante. Nous ne nous dissimulons pas la puissance de ces argumens , et cependant ils ne nous convainquent pas , tant l'observation nous semble en atténuer la force. Quand on a vu plusieurs fois l'angine couenneuse , on ne peut se défendre d'y reconnaître une affection différente de l'angine pharyngienne et tonsillaire ; et si de nombreuses analogies et même des caractères communs tendent à faire confondre ces maladies , des différences capitales les séparent. Nous n'essaierons pas de signaler ici ces différences; elles ressortiront tout naturellement de la description que nous allons tracer de l'angine couenneuse.

Causes. L'angine couenneuse se montre rarement sporadique ; le plus ordinairement elle atteint un certain nombre d'individus à la fois et règne d'une manière épidémique ; il paraît démontré qu'elle peut se transmettre par contagion. Cette dernière particularité est un premier caractère qui la différencie de l'angine ordinaire. On l'observe dans tous les pays et dans toutes les saisons ; cependant elle est beaucoup plus commune dans les régions tempérées, les contrées et les saisons humides ; la chaleur humide surtout paraît la condition principale de son développement ; aussi est-ce au printemps qu'elle apparaît le plus fréquemment. Elle attaque l'enfance beaucoup plus que les autres âges; on la voit rarement affecter les adultes, [et plus rarement encore^les vieillards. Enfin, tantôt elle se montre au sein d'une famille ou d'un pensionnat , et y fait quelques victimes , sans se répandre au dehors ; tantôt au contraire elle étend ses ravages à toute une population comme les autres maladies épidémiques vagues. A cela se réduit ce que l'on sait sur son étiologie.

Symptômes. Cette maladie débute ordinairement d'une manière insidieuse; les premiers symptômes se bornent à un peu de chaleur dans la gorge , et à une faible gêne dans la déglutition , et rien n'indique l'invasion prochaine d'une affection grave ; chez les adultes , elle commence quelquefois par les fosses nasales pour de là se propager plus tard aux pharynx et aux voies aériennes. Mais bientôt le malade se plaint de torticolis , de chaleur et de douleurs plus vives au pharynx; en l'examinant avec attention, on s'aperçoit que le cou est gonflé, que les ganglions cervicaux et sous-maxillaires sont engorgés, que la face est bouffie et que les yeux sont larmoyans , et en portant son examen sur le fond de la cavité buccale, on voit la base de la langue , le voile du palais et la luette qui est ordinairement gonflée et pendante , d'un rouge plus ou moins vif, depuis le rose pâle jusqu'à la couleur écarlate la plus foncée. En général cependant cette coloration est peu intense , et ce n'est que lorsque l'angine accompagne la rougeole ou la scarlatine que la rougeur est très-prononcée.

Jusqu'ici l'angine couenneuse ne difi'ère aucunement des phlegmasies gutturales ordinaires ; rien n'annonce qu'elle va revêtir les nouveaux caractères auxquels elle devra d'en être distinguée , et ce n'est pas un des moindres argumens des médecins , qui pensent qu'elle n'a rien de spécial. A celte période, il est rare que des symptômes généraux se soient déjà associés à ceux que nous venons de décrire ; quelquefois cependant , il y a de la soif, des nausées et même des vomissemens , accroissement de la chaleur à toute la surface de la peau , et accélération du pouls.

Mais une nouvelle scène ne tarde pas à s'ouvrir. On voit bientôt apparaître sur les amygdales, le voile du palais et le pharynx , successivement ou en même temps , des plaques irrégulières d'un blanc jaunâtre et d'un aspect lardacé , qui s'agrandissent, puis se touchent , se confondent , et envahissent ainsi une étendue plus ou moins considérable. Quelquefois bornées au pharynx et aux amygdales , elles occupent d'autres fois ces parties et les fosses nasales , et dans ce cas , c'est par ces cavités qu'elles ont débuté, et c'est de là qu'elles se sont propagées à la gorge. Chez les adultes , telle est même la marche la plus ordinaire de la maladie. Enfin , il arrive parfois que la fausse membrane s'étend au larynx et à la trachée-artère, mais alors une nouvelle maladie s'ajoute à l'angine couenneuse, c'est le croup [ voyez ce mot).

Avec l'apparition des fausses membranes , conjmence une série nouvelle de symptômes. La déglutition devient difficile , quelquefois d'une manière extrême, sans cependant être douloureuse en proportion de la gêne qui existe ; les liquides sont repoussés et rejetés par les narines ; les malades nasillent et toussent , surtout quand ils boivent ; quelques-uns rendent par les narines un liquide jaunâtre ou sanguinolent , ayant une odeur nauséeuse et presque spermatique ; des lambeaux plus ou moins considérables de fausses membranes, quelquefois noir, cies par le sang , et simulant alors assez bien des escarres , sont aussi rejetés ; mais l'exsudation se reproduit avec rapidité, des pseudo-membranes de nouvelle formation remplacent les premières , et ainsi plusieurs fois de suite, et l'on est souvent étonné de la quantité considérable de pellicules couenneuses que rendent certains malades : dans quelques cas, les malades rejettent des cylindres complets de fausses membranes. EafiiU les gencives et les lèvres sont souvent saignantes ; et , chez la plupart des adultes , une odeur infecte , analogue h celle (le la carie des dents, s'exhale de la bouche. Cette odeur n'a pas peu contribué.

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ainsi que nous l'avons déjà dit , à entraîner les anciens observateurs dans l'erreur, et à faire regarder par eux la maladie comme étant de nature gangréineuse ; en général elle ne se fait pas sentir chez les jeunes enfans. A ces symptômes on voit bientôt s'ajouter de l'agitation , de l'anxiété , des menaces de suffocation , quelquefois de la somnolence , dans quelques cas des épistaxis provoquées par les secousses de la toux ; enfin une augmentation plus ou moins considérable de la chaleur du corps , et une accélération plus ou moins forte du pouls , mais beaucoup moindres en général que la gravité du mal semblerait devoir les provoquer. Enfin tous les accidens du croup se manifestent aussitôt que la fausse membrane envahit le larynx. La respiration devient alor« sifflante , la voix et la toux prennent le caractère croupal , la tête est renversée en arrière, l'anxiété est extrême, la peau se couvre d'une sueur froide et visr queuse, et les malades succombent dans un accès de suffocation, ou dans un état analogue à l'asphyxie ( voyez Crobp ). Ces accidens sont heureusement assez rares quand l'angine est sporadique, et le mal, dans ce cas, reste en général borné au pharynx et aux amygdales, mais ils se montrent fréquemment au contraire quand l'angine couenneuse règne épidémiquement , et ce sont eux alors qui font surtout le danger de la maladie. Jamais il ne se développe de phénomènes cérébraux sympathiques; s'il survient du délire, des mouvemens convulsifs, etc., ce qui est très-rare, c'est toujours parce qu'une phlegmasis encéphalique complique l'angine.

I;Orsque la maladie doit se terminer favorablement , on ne tarde pas à voir le pharynx s'humecter d'un mucus écumeux et limpide , et quelquefois de salijre sanguinolente ; le cercle rouge qui entoure les fausses membranes s'agranditj celles ci sont détachées par lambeaux et rejetées par la toux ou les vomissemenj, ou bien elles paraissent résorbées peu à peu , elles s'usent en quelque sorte, et bientôt, transparentes comme la gaze , elles laissent voir au-dessous d'elles lu membrane muqueuse , et finissent par disparaître complètement. La membrane muqueuse se présente alors avec une teinte d'un rose plus vif qu'au début delà maladie , mais cette teinte s'efface assez promptement ; quelquefois les amygr |);s dales de la luette sont diminuées de volume et comme rétractées sur ellesrm^ Ijfi mes. ( Guersent.) k Suivant l'âge et la force des sujets , les circonstances hygiéniques plus ou ij j moins favorables au milieu desquelles ils ont été atteints par la maladie, les ij g symptômes de réaction sont plus ou moins prononcés. Chez les individus forlSi i ,( sanguins , pléthoriques, qui se nourrissent bien et habitent des lieux salubrcsj en même temps que les symptômes locaux ont une intensité insolite , le poul? jj, est souvent plein, dur, fréquent , et la chaleur de la peau considérable. Chez | ceux, au contraire, qui sont placés dans des conditions tout-à-fait opposées, ||i c'est-à-dire qui sont faibles , anémiques, mal nourris et logés dans des lieux bas, j^^^ humides et mal aérés, et principalement chez les entàns très-affaiblis par des maladies antérieures, et qui ont long-temps séjourné dans les hôpitaux, il arrive très-fréquemment que les symptômes locau.\ sont à peine prononcés et les phénomènes généraux presque inappréciables, bien que les désordres matériels paraissent tout aussi graves que dans les cas précédens. Ainsi la gorge est à peine douloureuse , la déglutition peu gênée , la toux rare, etc., malgré la présence de pseudo-membranes très-étendues, et le pouls est à peine accéléré ou même ne l'est pas du tout , la chaleur de la peau se conserve à l'état normal.

Placées en regard l'une de l'autre , ces descriptions des deux aspects de la même maladie sembleraient au premier examen appartenir à deux affections différentes. Quelques auteurs, M. Guersent entre autres, voient même dans ces modes différens de manifestation d'un état morbide qu'ils reconnaissent le même quant au fond , des motifs sulfisans pour établir deux variétés principales de l'angine couenneuse , l'une sthénique et l'autre asthènique. Sans admettre cette distinction qui ne me semble pas suffisamment justifiée , car il me parait évident que la maladie reste la même dans les deux cas , et que les individus seuls diffèrent, sans admettre surtout les expressions par lesquelles on veut }^ consacrer, qui à l'inconvénient d'entraîner presque nécessairemenjk l'idée de deux maladies de nature différente joignent celui de préjuger cette nature, je crois qu'il importe beaucoup pour le traitement de l'angine couenneuse , tenir compte des modifications profondes que lui impriment les condition! individuelles et hygiéniques au milieu desquelles elles se développent, modifirM* cations dont nous avons dû indiquer les deux principales. , 5

Mais il est une autre forme de l'angine couenneuse à laquelle M. Guersept a ° cru devoir imposer un nom particulier , celui d'angine pultaçée ou caséif'ormff qui me paraît différer assez essentiellement de la précédente, pour constituai! une variété spéciale, comme le veut notre savant confrère. En effet , des car^gl tères très-tranchés les distinguent. Au début de celle-ci , la rougeur du pharyitt/ est trcs-vive , le gonflement des amygdales souvent considérable et la dégluj^i tion très-gênée. Bientôt , le lendemain ou peu de jours après l'invasion , |^ piliers antérieurs du voile du palais , les amygdales et le pharynx se recouvrefll*^ " de flocons d'une matière pultacée , grise ou jaunâtre, ou blanche et caséeu&e»P" se prenant en masses ou en croûtes molles, faciles à enlever et à sillonner avW{ un corps dur , se renouvelant avec assez de promptitude , se propageant souvepl| jusqu'à l'œsophage, mais jamais dans le larynx et la trachée-artère, etnes* détachant jamais par lambeaux comme les fausses membranes de l'angine couenneuse. On voit que tous les caractères différentiels, du moins les plus imporlans, sont empruntés à la forme et à la disposition qu'affecte le mucus ensÇ' concrétant. Nous verrons plus tard quelle en est la valeur. Toutefois , il règpc ' encore tant d'incertitude sur ce qui touche à la nature intime de l'angine couenneuse , que je n'ai garde de me prononcer davantage à cet égard. Cette forme' ou cette variété de l'angine couenneuse ou cette angine particulière, suivant l'opinion qu'on a,doptera, accompagne souvent la scarlatine; on l'observe aussi

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olée de toute autre affection ; tantôt elle règne épidémiquement , et tantôt elle montre à l'état sporadique. Elle n'est jamais grave.

L'angine couenneuse proprement dite est , au contraire , en général , une madie dangereuse. Elle ifait toujours de nombreuses victimes lorsqu'elle règne 'une manière épidémique; il sufïit, pour s'en convaincre , de lire les histoires jmbreuses d'épidémies qui nous en ont été transmises. Peu d'individus eu chappent lorsqu'elle se propage au larynx. Enfin , elle est presque constament mortelle encore, quand elle atteint des enfans faibles , mal nourris, aflaiis par des maladies antérieures, etc., ou des adultes placés dans les mêmes mditions , ou affectés d'une maladie chronique. Hors ces cas , elle offre moins e gravité ; c'est même souvent une maladie légère lorsqu'elle reste bornée au larynx. Sa marche est parfois d'une rapidité effrayante ; on l'a vue donner la ort en vingt-quatre heures; quand elle se complique du croup , les malades ccombent le plus ordinairement du troisième au septième jour. On l'observe rement sous forme chronique : jel'aiyue cependant se prolonger pendant huit ois chez une femme. M. Girouard a rapporté l'observation d'une inflamma- )n couenneuse de la langue et de l'arrière-bouche , qui durait depuis deux ans. jmme dans le cas que j'ai observé , la fausse membrane se détachait de temps 1 temps, et était aussitôt remplacée par d'autres.

Caractères anatomiques. La fausse membrane forme le caractère anatomique ■incipal de l'angine couenneuse. Étendue en nappe ou disséminée par plaques, le occupe quelquefois toutes les fosses nasales, le voile du palais, les amygiles, le pharynx, l'œsophage, le larynx, la trachée-artère, et même les divi- Dns des bronches. M. Guersent l'a vue pénétrer jusque dans les sinus frontaux; . Bretonneau l'a observée une fois sur la conque de l'oreille. On la retrouve lelquefois dans l'estomac après une interruption de continuité dans l'œsolage. Mais elle ne recouvre pas toujours une surface aussi étendue ; elle n'ocipe souvent que le pharynx et les amygdales ; parfois elle se prolonge jusqu'à pi glotte et aux lèvres de la glotte , mais sans les franchir. Son adhérence est dinairement assez forte sur le voile du palais , les amygdales et le pharynx, ndis qu'au contraire elle est ordinairement flottante dans la trachée-artère. . Guersent l'a cependant vue deux fois immédiatement appliquée à la surface lerne de ce conduit, et communiquant avec la membrane muqueuse par de ;tits vaisseaux. L'épaisseur des fausses membranes varie depuis celle d'une uille de papier jusqu'à celle d'une ligne ; leur densité, leur consistance et leur asticité présentent également de nombreuses variétés. ( Guersent.) On trouve presque constamment la membrane muqueuse sans excoriations ulcères aw-dessous des pseudo-membranes; quelques légères érosions se renintrent seulement dans des cas très-rares, sur le pharynx. Mais le voile du liais , la luette , les amygdales et les parties latérales du pharynx sont parseées de petites plaques ou de points violets dont le centre est plus foncé que la rconférence, et souvent disposées sur les parois du pharynx et dans la tralée-artère par bandes longitudinales sur lesquelles s'avance la fausse memane, ce qui lui donne un aspect dentelé'. Le tissu de toutes ces parties est rrgé de sang noir. M. Guersent a rencontré quelquefois de petits foyers remis d'un pus sanieux dans le tissu des amygdales. D'autres taches grisâtres et li paraissent résulter d'une sorte d'infiltration de la matière couenneuse dans membrane muqueuse, se trouvent mêlées aux taches noires et violettes prédemment décrites. Dans toutes ces altérations, rien n'annonce la présence de gangrène. (Guersent.)

La plus grande incertitude règne encore sur la manière dont se forment les usses membranes à la surface des muqueuses. Tous les auteurs se bornent à re que du mucus épais , ou une matière sébacée ou pultacée , sont sécrétés à surface de ces membranes, s'y étendent en nappes et s'y concrètent. Quelque complètes que soient les recherches auxquelles je me suis livré sur ce point anatomie pathologique , je crois devoir en rapporter ici les résultats tels que les ai consignés ailleurs il y a quelques années. [Nouveaux élémens de patliogie médico chirurgicale , etc., par MM. Roche et Sanson , tome 4 de la U« lit. ) En examinant attentivement le voile du palais lui-même au début de l'inimmation , on remarque souvent que la membrane muqueuse y présente de rges plaques irrégulières , d'un rouge plus ou moins foncé sur les bords , et rmées évidemment par un soulèvement de l'épithélium, au-dessous duquel on lerçoit une sérosité un peu plus trouble sur les bords qu'au centre : je ne sauis mieux comparer ces plaques qu'à des brûlures. Peu à peu la sérosité devient us trouble et plus épaisse ; bientôt l'épithélium se déchire , et la matière qu'il couvrait, devenue de plus en plus consistante, s'étend en nappe, se conète, etc. Sur la langue , les choses ne se passent pas ordinairement de la même anière ; on n'y aperçoit pas les plaques dont je viens de parler , c'est par petits oints que l'épithélium est ordinairement soulevé; il en résulte autant de petis vésicules apercevables à la loupe, qui se rompent, et la matière qui s'en happe se comporte comme dans le cas précédent ; si on l'enlève , on la voit se produire avec la plus grande promptitude. Dans quelques cas plus rares , j'ai i la langue se couvrir de grosses ampoules arrondies et isolées , les ampoules crever et laisser après elles des ulcérations superficielles , irrégulières , quoi- .16 les ampoules fussent parfaitement arrondies , et d'où s'échappait la matière iltacée , qui , en s'étalant sur l'organe , devait former la pseudo-membrane, our m'assurer si c'était bien des ulcérations qui succédaient aux ampoules , d gratté la langue avec une cuiller , et j'ai vu manifestement de petits ulcères iperficiels. Mais si on tarde à faire cet examen , ces érosions se cicatrisent avec ae grande rapidité sous la couche qui les recouvre , et ne laissent aucune trace, 3 sorte qu'on pourrait croire qu'il n'en a pas existé. Sur les gencives et à l'in- •rieur des joues, c'est aussi par de petites vésicules que la scène commence ; ais elles disparaissent si vite , en raison sans doute de la résistance moindre

DiCT. DE MÉDECINE ET DE ChIRTJBCIE PRATIQUES.

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de l'épithélium dans ces parties , qu'il faut un examen attentif et répété pour les apercevoir. Enfin , sur les amygdales , il m'a toujours été impossible de voir commencer et de suivre le travail morbide. Est-ce toujours et uniquement de ces trois manières, par vésicules , ampoules ou soulèvement de l'épithélium par plaques, que commence la formation des fausses membranes dans l'angine couenneuse? Les faits me manquent pour prononcer.

Nature. — Avant d'aborder le traitement de l'angine couenneuse , et maintenant que nous avons passé en revue tous les faits qui composent son histoire, revenons un instant sur la question de sa nature. 11 doit nous être actuellement bien démontré que c'est une tout autre maladie que l'amygdalite et la pharyngite ordinaires. Son apparition, le plus ordinairement épidémique, son caractère contagieux , la rapidité de sa marche , et sa gravité si peu en rapport avec la faible acuité des phénomènes inflammatoires locaux qui l'accompagnent, suffiraient déjà , ce me semble , pour la séparer à jamais des phlegmasies avec lesquelles on veut la confondre. Mais les caractères anatomiques viennent, à mon avis , décider la question. Pres([ue tous ceux de l'angine couenneuse appartiennent aux hémorrhagies autant et plus peut-être qu'aux inflammations ; les taches brunâtres dont le centre est plus foncé que la circonférence, les petits points violets disposés en lignes longitudinales , le sang noir qui gorge tous les tissus malades, tout atteste qu'il s'est fait là une véritable hémorrhagie. Les foyers de pus sanieux qu'on trouve quelquefois dans les amygdales ne démentent pas cette opinion , car ils sont rares , tandis que les autres désordres sont constans , et d'ailleurs le pus qui les forme est toujours sanieux ; ils prouvent seulement que l'hémorrhagie qui constitue l'angine couenneuse est quelquefois accompagnée d'une inflammation plus intense que dans les cas ordinaires , ce que je ne prétends pas contester. Quant aux pseudo-membranes , elles sont elles-mêmes un produit et une preuve peut- être de l'existence de l'hémorrhagie, car c'est de la fibrine décolorée qui les forme, et elles se comportent avec les réactifs chimiques, comme les fausses membranes des plèvres. Pourquoi se formént-elles par plaques qui s'étendent autour d'elles , si ce n'est parce qu'elles sont autant de petites exsudations circonscrites de sang privé de sa matière colorante? Pourquoi la rougeur inflammatoire est-elle en général si peu vive au-dessous et autour d'elles , si ce n'est parce que l'exsudation de fibrine décolorée qui les constitue diminue d'autant la quantité de sang qui injecterait les tissus? Pourquoi ces taches brunâtres dans l'épaisseur de la membrane muqueuse, si ce n'est parce que la matière colorante du sang, séparée de la fibrine qui forme les plaques, a dû s'accumuler quelque part? Pourquoi les pseudo-membranes ont-elles un commencement d'organisation et une grande tendance à s'organiser davantage, si ce n'est parce qu'elles sont formées par la partie la plus vivante du plus vivant de nos fluides? N'est-ce pas par toutes ces raisons aussi qu'il est si facile de distinguer les fausses membranes du simple mucus concrété qui se montre dans l'angine pultacée et dans la plupart des angines ordinaires , mucus facile à sillonner avec un corps dur , qui ne se détache jamais par lambeaux, et qui se rétablit ai'ec tant de promptitude ?T oui porte donc à croire que l'angine couenneuse est une inflammation hémorrhagique. J'ajouterai encore à l'appui de mon opinion, que dans la plupart des épidémies d'angine couenneuse dont on nous a transmis l'histoire, les malades crachaient beaucoup de sang et de sanie avec les lambeaux de fausses membranes ; enfin, que plusieurs auteurs l'ont décrite sous le nom de gangrène scorbutique des gencives , ce qui prouve qu'ils avaient entrevu son caractère hémorrhagique. M. Bretonneau lui-même regarde la fégarite ou gangrène scorbutique des gencives comme étant de même nature que l'angine couenneuse , et ce rapprochement vient encore confirmer le caractère hémorrhagique de cette dernière.

Traitement. Le traitement de l'angine couenneuse a été, dans ces derniers temps , l'objet de vives controverses ; des opinions entièrement opposées sur les indications et les moyens de les remplir ont compté des défenseurs également habiles , et tandis que les uns soutenaient que l'indication la plus pressante était de combattre l'inflammation, préconisaient le traitement antiphlogistique et le regardaient comme la seule ancre de salut , d'autres considéraient l'expulsion ou la destruction des fausses membranes, comme l'indication principale , déclaraient la médication asthénique dangereuse , et mettaient en pratique un traitement tout à fait contraire. Une opinion mixte est née de ce conflit et semble aujourd'hui prévaloir. Essayons de trouver la vérité au milieu de cette dissidence.

C'est à tort , ce me semble , que l'on a voulu proscrire d'une manière absolue les antiphlogistiques du traitement de l'angine couenneuse , car on trouve dans les auteurs un bon nombre d'observations qui en attestent l'efficacité , et l'observation de tous les jours eu fournit de nouvelles preuves. Toutefois il paraît que son utilité est moins grande et surtout moins générale dans cette affection que dans les inflammations ordinaires de la gorge. Il y aurait peut-être cependant une réserve à faire en faveur des saignées générales , qui n'ont pas été convenablement expérimentées, selon moi, dans cette affection. Ce n'est en général que chez les enfans très-vigoureux et au début de la maladie , chez les adultes, et dans les cas où il existe une pneumonie ou toute autre inflammation d'un parenchyme , que l'on conseille d'y avoir recours ; or , je crois qu'elle est appliquable à un beaucoup plus grand nombre de cas. Je l'ai employée plusieurs fois avec le plus grand succès. La première fois ce fut chez une femme qui ne voulut point se laisser appliquer les sangsues au cou ; il n'existait chez elle aucune complication , ni même de signes très-prononcés de pléthore. Le premier jour que je la vis , les piliers antérieurs du voile du palais et le pharynx étaient d'un rouge violacé , mais sans gonflement sensible ; une seule plaque blanche et peu étendue se laissait apercevoir sur l'amygdale gauciie , légèrement tuméfiée.

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Je regardai la maladie comme légère , et me bornai à prescrire les moyens simples gcnéralement employés en pareil cas ; mais le lendemain matin, de trèsbonne heure , on' vint me chercher en toute hâte ; la malade , me dit-on , avait failli suffoquer ; je la trouvai dans un état d anxiété extrême , pouvant à peine avaler une petite quantité de liquide , qui était même souvent rejeté par le nez; la douleur de la gorge était des plus vives. J'examinai l'arrière bouche , et ne trouvai pas plus de gonflement que la veille , ce qui me parut contraster d'une manière remarquable avec la difficulté extrême de la déglutition; mais le pharynx , les piliers du voile du palais, et les deux amygdales un peu tuméfiées, étaient parsemés d'une quainzaine de plaques irrégulières que je ne saurais mieux comparer qu'à du sperme pour la couleur et la demi-transparence. Au refus obstiné de la malade de se laisser appliquer des sangsues , je fis une saignée , et le soulagement fut immédiat; à ma visite du soir, je trouvai , à mon grand étonnement, une couenne très-épaisse à la surface du caillot, ce qui, malgré l'amélioration obtenue , m'engagea à ouvrir de nouveau la veine. Cette fois , le sang ne se couvrit pas d'une couenne, si ce n'est d'une légère pellicule blanche et irisée , de la grandeur d'une pièce de cinq francs ; mais la douleur de la gorge , l'anxiété et la gêne de la déglutition avaient presque disparu le lendemain matin, les plaques seules persistaient et avaient continué à s'étendre, beaucoup moins toutefois que dans les vingt-quatre heures qui avaient précédé; ])lusieurs étaient confondues. Des gargarismes dans lesquels je fis entrer un gros de chlorure d'o.\yde sodium, joints aux pédiluves, aux boissons délayantes, etc., les firent disparaître complètement en deux à trois jours. Depuis lors, enhardi par ce premier succès, j'ai eu recours deux ou trois fois h la saignée générale , au début d'angines qui me paraissaient devoir revêtir le caractère d'angines couenneuses (des plaques nombreuses existaient déjà dans un des cas) , et j'en ai retiré les mêmes résultats avantageux. S'il était permis de tirer des conséquences de trois ou quatre faits, je dirais que les prompts effets que j'ai obtenus dans ces cas, de saignées générales dont l'indication n'était certainement pas lies-précise , tendent à me faire croire qu'on n'a pas convenablement expérimente ce moyen dans la maladie qui nous occupe , et qu'on l'a proscrit sans raisons suffisantes. Quoi qu'il en soit , je me propose de l'essayer encore. Mais ne peut-on pas, dès à présent, se demander s'il n'y aurait pas quelque analogie entre l'état couenneux du sang et la formation des pseudo-membranes de la gorge, dont la composition chimique est la même que celle de la couenne dite inflammatoire? S'il en était ainsi , cela ne viendrait il pas à l'appui de l'opinion que j'ai avancée touchant la nature de la maladie ? Les fausses membranes ne résulteraient elles pas en effet d'une sorte d'exsudation de fibrine privée de sa matière colorante ? Je livre ces questions à la méditation des amis de la science.

Do ce que les saignées locales ont une efficacité moins marquée dans l'angine coucnneusc que dans les inflammations ordinaires delà gorge , quelques auteurs en ont conclu qu'elles y sont inutiles, d'autres qu'elles sont nuisibles. Gardonsnous de ces exagérations. L'expérience en a mis hors de doute les bons effets , dans tous les cas où l'irritation esi, vive et l'anxiété considérable : dans ceux où la rougeur inflammatoire et le gonflement sont très-prononcés ; dans ceux où la réaction est forte , la peau chaude , le pouls plein et accéléré ; dans ceux enfin où le mal occupe tout à-Ia-fois le pharynx et les voies aériennes. M. Bretonneau les proscrit cependant d'une manière générale et presque absolue , mais l'autorité de ce médecin , nous regrettons de le dire, ne peut être que d'un faible poids dans la question. Quand on a, comme lui, vanté d'abord les frictions mcrcurielles et reconnu plus tard qu'elles sont dangereuses, préconisé ensuite l'acide hydrochlorique et fini par renoncer à son emploi, célébré l'insuflflation du calomélas en poudre et depuis accordé la préférence à celle d'alun , on ne parait pas assez pénétré soi-même de la certitude des conséquences pratiques que l'on déduit de sa propre observation , pour commander la confiance nécessaire à l'adoption d'une médication quelconque ; on n'a peut-être pas fait preuve d'une assez grande habileté dans l'art d'expérimenter les ageus thérapeutiques pour en faire adopter ni rejeter aucun. Ce n'est pas en essayant timidement des saignées locales insuffisantes, tardives , rares , et souvent éloignées du siège du mal, qu'on peut en effet apprécier la valeur de ce moyen. Au contraire, c'est au début de la maladie qu'il faut y avoir recours , car c'est principalement alors que leur eflicacilé est évidente. On doit proportionner le nombre des sangsues a l'àgc et à la force du sujet , ainsi qu'à l'intensité des symptômes ; et si l'on juge nécessaire d'en réitérer les applications, ce qui est le cas le plus ordinaire, il faut mettre peu d'intervalle entre chacune d'elles , autrement on s'exposerait à voir l'inflammation reprendre toute son intensité d'une saignée locale à l'autre, tant la marche en est ordinairement rapide dans celte maladie. Enfin elles doivent être appliquées a ix parties antérieures et latérales du cou. En se conformant à ces préceptes , MM. Gendron , Guimier , etc., paraissent avoir obtenu des guérisons nombreuses, sur le même théâtre et dans la même épidémie que M. Bretonneau.

Hors les circonstances que nous avons signalées, l'efficacité des saignées locales n'est rien moins que prouvée ; elles sont même dangereuses et doivent être sévèrement proscrites, chez les enfans très-affaiblis , soit par des maladies antérieures, soit par uu mauvais régime; chez les adultes, lorsque l'angine couenneuse survient à la fin d'une phthisie ; enfin , chez tous les individus , lorsque la chaleur de la peau est à peine accrue et le pouls presque dans l'état normal , à plus forte raison quand la peau est froide et le pouls lent , et dans les cas où il existe à peine un peu de douleur à la gorge, où la voix est éteiptc et la prostration des plus considérables dès le début de la maladie.

La plupart des auteurs recommandent l'emploi des vomitifs comme moyen d'expulser les fausses membranes. Celte indication est sans doute importante à remplir, lorsque les pseudo-membranes ont envahi le larynx et la trachée, car

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leur présence dans ces organes provoque de la toux , cause beaucoup d'atxiété ,i et menace les malades de suffocation ; il est même souvent nécessaire , dans ceî cas, de provoquer deux ou trois fois les vomissemens dans un court espace dej temps, celui de vingt-quatre heures par exemple. La tartrate d'antimoine et dej potasse , l'ipécacuanha et le polygala , sont les moyens le plus généralement employés à cet effet ; les deux premiers méritent la préférence. On ne doit avoir recours toutefois qu'après avoir diminué l'intensité des accidens inflam^ matoires par les saignées générales ou locales. La prudence commande encore de s'en abstenir , lorsqu'il existe une inflammation dans un organe quelconque qui complique l'angine , et surtout quand cette inflammation occupe les voies digestives. Us sont à peu près inutiles quand l'angine est bornée au pharynx et aux amygdales ; l'indication d'expulser les fausses membranes n'a plus ici l'im-! portance que nous lui avons reconnue dans le cas précédent; elle disparaît pour] ainsi dire devant celle bien plus utile à remplir , de s'opposer à la formationj ou plutôt à la reproduction de ces concrétions couenneuses , et d'empêcher qu'elles n'envahissent les voies aériennes. Si cependant elles se détachent diffij cilement , si la quantité en est considéi-able , si le malade est un enfant Irès-jeuné! qui ne sait pas cracher, on peut retirer quelques avantages de l'administratipiil d'un vomitif; il ne faut pas hésiter à y avoir recours.

On a beaucoup vanté les bons effets du calomélas dans l'angine couenneuse,! surtout lorsqu'elle s'étend aux voies aériennes. On recommande de l'administrer immédiatement après l'action des saignées et des vomitifs , et lorsque les dou^ leurs de la gorge sont diminuées. Par l'action directe qu'il exerce sur la mem-j brane muqueuse de la bouche , du pharynx et du larynx, il fait affluer sur ces parties, disent les praticiens qui le préconisent , une grande quantité de mucus qui facilite le décollement et l'expuilion des fausses membranes. M. Guersent recommande de le donner d'abord à petites doses , mais très-rapprochées , d'un demi-grain à un grain par heure , afin d'éviter l'effet purgatif, et il regarde ce mode d'administration comme la condition de son eflicacilé ; on augmente ensuite plus ou moins rapidement suivant l'effet qu'il produit. Ce médecin n'a jamais dépassé la dose d'un gros dans les vingt-quatre heures : M. Bretonneau) l'a portée jusqu'à deux ou trois gros. On en cesse l'usage aussitôt qu'il produit des vomissemens ou une douleur vive dans la trachée , que la toux devient calharrhale , et qu'elle est suivie de l'expectoration de lambeaux membraneui et de crachats muqueux qui deviennent opaques et presque puriformes! (Guersent.)

J'ai employé ce médicament plusieurs fois , mais jamais je n'en ai porté 1* dose assez haut pour obtenir les effets annoncés, de sorte que je ne puis prononcer ni pour ni contre l'efficacité qu'on lui attribue. Je crois que l'on '4 exagéré son utilité comme on l'avait fait pour les frictions mercurielles auxj quelles il a bien fallu renoncer quand on s'est aperçu qu'elles accroissaient U mal au lieu de le détruire. Le caîomel ou protochlorure de mercure administré comme le veut M. Guersent , exerce à peu près la même action que les fricj lions, et si celles-ci sont évidemment nuisibles, de l'aveu même de M. Breton^ neau , qui d'abord les avait préconisées , j'ai peine à croire , je l'avoue , que U premier soit avantageux. Je conseille donc, jusqu'à ce que de nouvelles expériences aient enfin décidé la question, de se borner à le donner à doses purgaj tives , et seulement comme moyen d'opérer une révulsion puissante sur les voiesJ digestives lorsqu'elles sont saines. j Après les saignées générales ou locales , lorsqu'on les a jugées nécessaires, leà moyens généraux qui rendent le plus de services sont , sans contredit, les révulj sifs. Nous avons déjà vu que ce n'était qu'à ce titre que le calomel devait êtrej administré ; mais les révulsions que l'on opère à la peau sont bien autrement puia^ santés et s'accompagnent de bien moins de danger; aussi les plaçons nous ei\ première ligue. Rien n'est plus avantageux, aucune médication n'a d'effets auss^J prompts pour diminuer la suffocation et les quintes de toux , que les pédiluvec; sinapisés , et les cataplasmes de moutarde et de vinaigre purs ou mitigés appli-j qués sur les extrémités inférieures. A la rapidité de l'action près, les vésica ! toires à la nuque ou sur les parties latérales du cou offrent les mêmes avantages ' et ils ont de plus celui d'exercer une action plus durable , et d'irriter en généra i moins que les précédons; mais soit parce que l'on est impatient d'obtenir dej effets rapides, en raison de l'imminence souvent très-grande du danger, soi' parce que l'on craint que l'irritation produite par le vésicaloire, trop voisiml des organes enflammés , n'aggrave le mal, crainte qui me paraît fondée , on i] a rarement secours. Cependant, en n'employant ce moyen qu'après avoir beau-l coup amoindri les symptômes d'inflammation, en y joignant la précaution d j ne laisser l'emplâtre vésicant appliqué que pendant dix à douze heures au plus ; on évite les inconvéniens que je viens de signaler , et l'on obtient de ce puissan! révulsif tous les avantages qu'on s'en était promis. Les révulsions cutanées seu l donc un des principaux moyens généraux de traitement de l'angine coucnj neuse ; en satisfaisant aux conditions que nous venons de tracer , il est peu d ' cas dans lesquels on n'en retire de bons effets ; une trop grande intensité d l'inflammation et un état d'irritabilité nerveuse trop considérable chez les m* lades , sont peut-être les seules circonstances qui les contre-indiquent.

Chez les sujets nerveux et très-irritables , les révulsifs , et principaleraeit'i ceux dans la composition desquels entre la moutarde, causent des douleurs e un état d'excitation si insupportables , que souvent ils arrachent des cris réveillent la toux , et raniment la chaleur de la peau et l'accélération du pouls On doit donc, chez ces individus , ou ne les employer que très-faibles, ou s'ei abstenir entièrement. On les remplace alors par des antispasmodiques tels qii le musc , le camphre , la valériane, l'assa-fœtida , le succin, etc., administrés ei boissons ou en lavemeus. Ces moyens, quoique secondaires, ne doivent pa être négligés. Je n'en dirai pas de même de plusieurs autres agens conseillé

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par divers auteurs, tels que l'oximel stillitique , les hydro-sulfures d'antimoine , l'ammoiiiaque , le sulfure de potasse ou de soude : inutiles quand ils ne sont pas dangereux, ces médicamens sont aujourd'hui presque généralement proscrits du traitement de l'angine couenneuse.

On seconde l'action de tous les moyens précédemment indiqués, par les boissons délayantes ou acidulées , les lavemens émolliens, les cataplasmes autour du cou , et la diète. Si la réaction est vive , la privation de substances nourrissantes doit être complète; on accorde un peu de lait sucré ou de bouillon de poulet si la chaleur de la peau et l'accélération du pouls sont peu marquées ; enfin on peut permettre une alimentation beaucoup plus considérable aux individus chez lesquels la réaction est tout-k-fait nulle. Il faut même quelquefois dans ce cas recourir aux médications stimulantes , et prescrire des frictions irritantes à la peau , des lavemens de quinquina camphré , et un peu de vin coupé avec une tisane acidulée.

Le traitement topique ou local de l'angine couenneuse n'est pas moins important que le traitement général dont nous venons de tracer les règles. Peutêtre même a-t-il plus d'efficacité pour détruire les concrétions membraneuses et en prévenir la reproduction , bien qu'il ne s'adresse pas k la cause même qui les fait naître , mais en raison de son action directe et immédiate sur ces productions iporbides. Divers agens ont été employés tour à tour pour atteindre ce but. L'esprit de sel, conseillé depuis deux siècles par les médecins italiens et espagnols pour arrêter les progrès de l'angine couenneuse, préconisé par Van- Swieten contre la gangrène scorbutique des gencives et des parois de la bouche, einpioyé par Samuel Bard k New- York en 1771 , a été beaucoup vanté il y a quelques années par M. Bretonneau et par M. Guersent. Ces deux médecins conseillent de môler avec du miel rosat un tiers ou un cinquième environ d'acide hydrochlorique, suivant l'état d'irritation des parties, et de toucher les plaques couenneuses avec ce mélange au moyen d'une petite éponge ou d'un pinceau de charpie attaché k l'extrémité d'un morceau de baleine recourbé au feu. Une ou deux applications de ce caustique suflisent souvent , dit M. Guersent, pour arrêter les envahissemens des fausses membranes et prévenir leur propagation aux voies aériennes.; quelquefois cependant on est obligé d'y revenir plusieurs jours de suite. Si l'inflammation locale est accrue par ses cautérisations, il conseille d'en contrebalancer les mauvais effets par des gargarismes adoucissans et des cataplasmes émolliens autour du cou; si, au contraire, elles restent sans

i action, on doit y joindre l'emploi des gargarismes de décoction de quinquina

I acidulée, et même administrer cette décoction k l'intérieur. Je n'ai jamais employé ce moyen et ne puis par conséquent émettre d'opinion sur sa valeur;

I mais je ferai remarquer que M. Bretonneau y a renoncé pour l'insufilation de la poudre de calomel ; ce qui prouve , ce me semble, que son elHcacité n'est pas

! bien évidente.

I L'insufflation de l'alun réduit en poudre très-fine parait avoir moins d'inconvéniens que la cautérisation par l'acide hydrochlorique ; elle fait plus promp- \ tement et plus sûrement aussi disparaître les fausses membranes. M. Miquel , j médecin k Amboise , dit cependant n'en avoir retiré aucun avantage ; M. Bouri geois l'a employée avec beaucoup de succès dans une épidémie d'angine couent neuse qui a régné en 1828 sur les pensionnaires de la maison royale de Sainti Denis ; les nombreuses observations qu'il a publiées ne permettent pas de douter des bons effets de ce moyen. Toutefois la cautérisation par la pierre infernale I (nitrate d'argent) paraît l'emporter encore sur lui en eflicacité. M. Gendron l'a mise le premier en usage ( 1825 ) ; après lui MM. Girouard et Guimier y ont ) eu recours avec le plus grand succès ; Makensie , k Édimbourg , k peu près en i même temps que M. Gendron; Stephen Brown et Lewis Belden , aux États- Unis, ont aussi retiré d'excellens résultats de son emploi. Tous ces médecins s'accordent sur l'efficacité de cette cautérisation , et ils la regardent comme le plus puissant moyen d'empêcher la propagation des fausses membranes au larynx. Ce serait donc k lui que je donnerais aujourd'hui la préférence , même sur l'insufflation de l'alun, dont l'efficacité n'est cependant pas douteuse , mais parce que l'emploi m'en parait plus facile. Toutefois k l'aide du iOi^/^ojr imaginé i par M. Bretonneau , et perfectionné par M. Guillon, l'insufflation d'une poudre quelconque dans la gorge n'offre pas de grandes difficultés. (Cet instrument n'est autre chose qu'un tube de bois , portant k quelques lignes de l'une de ses extrémités un tambour dans lequel est contenu la poudre k insuffler; on souffle I par l'extrémité voisine du tambour, et la poudre, après avoir traversé une gaze I très-fine, qui n'en laisse passer que les molécules les plus ténues, est ainsi

portée par l'autre bout du tube sur les parties qu'on veut cautériser.) I On ne doit jamais tenter l'arrachement des fausses membranes ; outre la difficulté d'y réussir , on accroît toujours , par cette manœuvre , les accidens locaux de l'inflammation, et l'exsudation couenneuse ne tarde pas k se renouveler. Les scarifications sur les amygdales ne nuisent pas , comme le prétend M. Brétonneau ; mais elles sont d'un trop faible secours pour encourager k y recourir.

Les auteurs parlent peu des effets des gargarismes dans le traitement de Tanguine couenneuse, et l'on a droit de s'en étonner , quand on considère que leur action est locale et immédiate comme celle des agens que nous venons de signaler. Dans le petit nombre d'occasions que j'ai eues d'observer cette maladie, j'ai eu recours k des gargarismes contenant un gros de chlorure d'oxide de sodium de Labarraque dans quatré k cinq onces de liquide, avec un succès si rapide que je penche k croire ce médicament destiné k prendre place en tête des agens les plus efficaces contre la maladie qui nous occupe. J'engage les praticiens k en expérimenter l'emploi. Il ne faudrait pas sans doute le prescrire au début de la maladie , lorsque l'inflammation est vive , ni même après les premiers jours si cette inflammation n'est que peu amortie; les gargarismes adoucissans et narcotiques conviendraient certainement mieux dans ces circon-

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stances ; mais quand les signes d'irritation locale ont peu d'intensité ou sont à peu près calmés , on peut administrer le chlorure de la manière indiquée en toute sécurité

Enfin, on a encore conseillé couime moyens topiques la vaporisation de l'éther , celle de l'ammoniaque et celle du chlore. Les vapeurs éthérées n'ont peut-être pas de graves inconvéniens; mais celles d'ammoniaque, et celles du chlore surfout , me paraissent les plus dangereuses ; il serait k craindre , si on en tentait l'essai , qu'elles ne provoquassent le développement des plaques couenneuses dans le larynx, s'il n'y en existait pas encore ; car on sait que c'est précisément une des propriétés de ces gaz de produire des laryngites avec formation d'une fausse membrane. Par leur nature irritante , ces vapeurs sont d'ailleurs plus propres k accroître Tinflammation qu'à la détruire ; elles doivent donc être k jamais proscrites du traitement de l'angine couenneuse. M. Bretonneau dit cependant avoir obtenu quelques guérisons par les vapeurs du chlore; mais M. Guersent n'en a jamais vu que de mauvais effets. Une dernière ressource a été tentée chez quelques enfans asphyxiés en quelque sorte par la présence de l'exsudation couenneuse dans les voies aériennes : c'est la trachéotomie ; l'utitilé de ce moyen sera appréciée k l'article Croup.

En résumé, bien que les saignées générales et locales ne soient pas aussi généralement utiles contre l'angine couenneuse que dans les phlegmasies ordinaires de la gorge , elles n'en concourent pas moins très-puissamment k la guérison, dans un grand nombre de cas, quand elles sont employées convenablement et en temps opportun , et souvent même elles constituent le premier et le principal moyen du traitement. Les vomitifs ne peuvent être considére's que comme un moyen en quelque sorte mécanique pour obtenir l'expulsion des fausses membranes ; ils ne remédient aucunement k la cause de la maladie ; enfin , ils ont de graves inconvéniens qui doivent rendre très-circonspect dans leur emploi. Le calomélas ne doit être donné qu'à doses purgatives, et dans l'absence de toute irritation des voies digestives. Les sinapismes et les vésicatoires sont applicables à la plupart des cas , et viennent immédiatement après les évacuations sanguines pour l'utilité. Les antispasmodiques peuvent être employés avec avantage chez les individus nerveux et Ircs-irritables. Le traitement topique ou local doit toujours être employé concurremment avec le traitement général. Parmi les moyens qui le composent, l'insufflation de l'alun en poudre , la cautérisation par le nitrate d'argent, et les gargarismes avec Je chlorure d'oxide de sodium de Labarraque méritent la préférence. L'efficacité de la cautérisation par l'acide hydrochlorique est douteuse. Les vapeurs d'ammoniaque et de chlore ne peuvent que nuire; la pratique et la théorie en proscrivent k jamais l'emploi. Le traitement des maladies aiguës , c'est-à-dire l'emploi des délayans et de la diète , est celui qui convient dans la grande majorité des cas. Cependant , dans quelques cas exceptionnels , on doit avoir recours aux toniques et aux stimulans.

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ANGINE DE POITRINE. Héberden a , le premier, désigné sous ce titre une maladie , quia pour caractère spécifique une douleur constrictive et déchirante de la poitrine, s'étendant le long du col , de l'épaule et du bras, et suspendant toute action musculaire relative k la respiration, à la phonation et k la locomotion. Elle paraît avoir quelque analogie avec le cardiogmus cordis sinistriûe Sauvage , l'asthme convulsif d'Elsner , la goutte diaphragmatique de Butter, l'asthme arthritique de Smidt, la syncope angineuse de Parry , l'asthme douloureux de Darwin, la sternalgie de Baumes , etc.

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On doit à un médecin de Besançon, le docteur Rougnon , d'avoir , le premier, fixé l'attention des praticiens sur cette maladie , dans la relation d'un fait qu'il adressa en 1768 à Lorry, et où il décrit évidemment l'ensemble des symptômes de l'angine de poitrine, sans toutefois lui assigner aucune dénomination particulière. Peu de temps après , Fotherghill , Smith , Macbride , Simmons , Hamilton, Macqueen, Darwin. Percival , Jonstone , Hooper, de Black, et Butter, en Angleterre ; de Berger , Gruner , Elsner, Tode, Healh, Schœffer , Wichmann, Hesse et Starck, en Allemagne , en publièrent des descriptions plus ou moins exactes ; mais il était réserve à deux médecins rivaux de nous faire connaître, dans deux monographies justement estimées , tout ce qui est relatif à son histoire théorique et pratique. Le traité de Desportes et le mémoire de Jurine , dus l'un et l'autre au concours ouvert par la Société de médecine en 1807, offrent à peu près tous les documens que la science a pu recueillir jusqu'à ce jour sur ce point, d'ailleurs encore fort obscur, de la pathologie , et nous guideront quelquefois dans la recherche des causes , des symptômes , de la nature du traitement de cette maladie.

Causes. L'angine de poitrine reconnaît plusieurs ordres de causes , qu'il convient surtout de distinguer en pratique, puisqu'elles peuvent établir autant de modifications importantes relatives à son traitement. Nous les distinguons enhygiéniques , physiologiques et pathologiques. '

1° L'angine de poitrine a été observée dans tous les climats , dans toutes les saisons de l'année; mais, d'après quelques observateurs, elle ne paraît pas entièrement soustraite aux influences atmosphériques. Pinel dit qu'elle est plus fréquente en hiver qu'en été , plus ordinaire en Angleterre que dans toute autre contrée de l'Europe. Macbride croyait aussi avoir remarqué qu'elle est moins fréquente en Irlande que dans le reste de la Grande-Bretagne ; ce qu'il attribuait à l'usage presque habituel des substances animales chez les Irlandais, et à l'alimentation presque toute végétale des Écossais. Laennec a également observé qu'elle se manifeste plus souvent sous certaines constitutions atmosphériques, aussi insaisissables d'ailleurs que la plupart des causes cpidémiques. On a remarqué qu'elle se manifestait le plus ordinairement pendant la nuit; et l'on sait que Jurine a avancé, que beaucoup d'auteurs ont répété après lui, que le sommeil était alors la cause du retour des accès. On a même cru avoir donné la raison de ce fait , en disant que , pendant le sommeil , la circulation pulmonaire peut être ralentie, et Toxigénation du sang diminuée au point d'amener une véritable asph3'xie par défaut d'air respirable ; mais l'explication nous paraît au moins gratuite. Il eût peut-être été plus exact de rapporter cette cause à l'influence nocturne qu'à celle du sommeil. L'expérience prouve chaque jour, en effet, la réalité de la première, surtout dans la plupart des maladies nerveuses, tandis que le repos du sommeil ne peut guère être considéré comme une circonstance propre à faire naître une maladie dont on sait que le moindre exercice rappelle au contraire les accès.

2» La plupart des auteurs ont signalé, comme causes physiologiques de l'angine de poitrine , le sexe masculin, une constitution forte , un embonpoint excessif, l'âge de cinquante à soixante ans, l'exercice , et surtout la progression sur un plan ascendant; l'équitation , la course contre la direction des vents, la réplétion de l'estomac, les passions violentes, les affections tristes de l'ame, etc.; mais quelques-unes de ces causes sont loin d'avoir toute la valeur qu'on leur a généralement attribuée. C'est ainsi que , parmi les faits publiés jusqu'à ce jour sur l'angine de poiti inc , on compte à peu près le même nombre d'individus gras et maigres. Ht- bordcn , Parry , Wichman , 'Wall , etc. , assurent , i! est vrai , n'avoir jamais rencontré l'angine de poitrine dans un âge au-dessous de quarante à cinquante ans ; mais d'autres auteurs, tels que Fotherghill, Black, Hamilton et M. Desportes l'ont souvent observée chez de jeunes sujets , et même chez des enfans. Nous avons eu occasion de rencontrer deux cas d'angine de poitrine , l'un chez un sujet do cinquante-cinq ans environ ; l'autre chez un jeune homme, qui était à peine âgé de trente ans. Tous deux étaient d'une coustitutioh sèche et nerveuse; l'un était cocher, et ses attaques avaient plus d'une fois confirmé l'influence de la direction du corps contre celle du veut, pendant la progression ou la course ; l'autre était un marchand de laine , exposé à recevoir sans cesse l'impression d'émanations irritantes. Chez aucun , l'on ne put découvrir d'altérations manifestes des organes de la respiration ni de la circulation; le premier succomba dans une attaque, lorsque sa santé semblait s'être améliorée depuis quelque temps; le second est resté sous l'influence de sa maladie , qui ne fait que s'accroître chaque jour , et menace de plus en plus son existence.

3" Certaines causes , dites pathologiques, paraissent aussi avoir quelquefois donné naissance à l'angine de poitrine ; telles sont principalement les affections rhumatismales et goutteuses. On sait même que plusieurs auteurs, tels que Butter , Elsner et Schmidt lui ont assigné des dénominations qui l'identifient pour ainsi dire à ce genre d'affection. On a également remarqué que la suppression du flux hémorrhoïdal , des exutoires, des anciennes suppurations pouvait influer sur son développement. Enfin la fréquente coïncidence de l'angine de poitrine avec les diverses lésions organiques du thorax a fait que chaque auteur crut en avoir saisi la véritable cause dans ces mêmes altérations; ainsi Rougnon et Baumes ont signalé l'ossification des cartilages des côtes; Jenner, Parry et Desportes , celle des artères coronaires ; Haygarth , l'inflammation du médiastin ; Wall , le squirrhe de l'œsophage; Fotherghill , l'accumulation de la graisse, autour du cœur, comme autant de causes directes de l'angine de poitrine; mais d'un autre côté, Morgagni , Corvisart, Jurine, Laennec, MM. Andral Bouillaud et Récamier ont rencontré plusieurs fois les mêmes altérations, sans angine, tandis qu'ils ont observé l'angine sans altération appréciable des organes thoraciques; ce qui prouverait au moins que la maladie dont

il s'agit suppose d'autres conditions pathologiques que celles qui ont été indiquées jusqu'à ce jour. Mais , à défaut de caractères positifs puisés dans l'anatomie pathologique, peut-être est-il permis de trouver dans l'observation clinique des caractères physiologiques propres à constater la nature de l'angine de poitrine.

Caractères phy siologiques ou symptômes. — Tous les auteurs qui ont parlé de! ; l'angine de poitrine, regardent comme le symptôme le plus constant et le plus caractéristique de cette maladie, une douleur vive , anxieuse et constrictive de la poitrine , fixée le plus ordinairement vers la partie inférieure ou moyennei • inférieure du sternum , se portant presque constamment à gauche , rarement a' droite , et plus rarement encore des deux côtés, ne s'élevant pas , en dedans , au-dessus de la quatrième côte , mais s'étendant en dehors , le long du col jusqu'à l'articulation de la mâchoire inférieure, dont elle gêne les mouvemens puis dans le dos , l'épaule , la partie interne du bras , jusqu'au coude , quelquefois même jusqu'au poignet et aux doigts. En suivant avec attention le trajet de cette douleur, on remarque qu'elle semble affecter le plexus cervical superficiel et ses ramifications , en même temps que les nerfs thoraciques antérieurs, puis le nerf cubital et ses divisions. Laennec dit l'avoir suivie , lors de certains accès très-violens , dans les nerfs lombaires et sacre's.

L'action musculaire qui s'exerce sous l'influence de tous ces nerfs , demeure ordinairement suspendue. Les malades se tiennent le corps très-droit , même un peu courbé en arrière ; ils éprouvent le besoin de s'appuyer contre des corps résistans , comme pour subvenir au besoin des mouvemens respiratoires; ils s'épuisent en efforts douloureux, et souvent impuissans, pour faire pénétrer l'air dans la poitrine , en sorte que si l'accès se prolonge au-delà d'une certaine durée , la mort a lieu par une véritable asphyxie due à la cessation des phénomènes mécaniques de la respiration. Les malades éprouvent en même tempsi un sentiment d'anxiété à l'épigastre avec des éructations fréquentes et doulou-i reuses. Le plus ordinairement aussi, ils rendent une urine claire, abondante ,: et quelquefois d'une manière involontaire. La face est pâle, livide, le corpstj tout couvert d'une sueur froide et visqueuse; mais, chose remarquable! lal respiration et la circulation ne sont pas sensiblement troublées dans l'action dii poumon et du cœur , même pendant le temps de l'accès, à moins de complications dues à quelque lésion concomittante de ces mêmes organes. Jurine a seulement observé que la circulation acquérait de six à huit pulsations , etla respiration de deux à trois inspirations de plus par minute.

Dans la plupart des cas, les malades soumis à la percussion et à l'auscultation n'ofTrenl; que des signes à peu près négatifs. Tels étaient du moins les deux malades dont j'ai parlé précédemment, et que j'ai examinés , l'un avec M. Geoffroy, l'autre avec M. Bouneau ; tels étaient aussi ceux que Laennec dit avoir observés , soit pendant , soit hors le temps des accès. Il paraît donc à peu près certain que les principaux désordres qui ont lieu dans l'exercice de la respiration tiennent à une sorte de perversion de l'influence nerveuse de l'appareil musculaire des parois thoraciques, plutôt qu'à celle des organes respiratoires proprement dits.

Caractères anatomiques ou siège de la maladie. — D'après ce qui précède , il ne nous paraît pas douteux que, pour s'étayer du témoignage de l'anatomie pathologique dans la détermination du siège et de la nature de l'angine de poitrine, il ne faille les chercher dans les anomalies de texture ou de vitalité des nerfs qui président à l'action musculaire de la respiration. Du reste, les phénomènes nerveux que l'on observe dans l'angine de poitrine ne sont pas tellement fixes, qu'il soit permis d'en préciser le siège d'une manière rigoureuse ; maisce qui parait évident, c'est que ces mêmes phénomènes se passent dans les rameaux ou plexus qui ont des connexions plus ou moins intimes avec la huitième paire. Le trajet des douleurs, qui se dessine pour ainsi dire sur le trajet de ces nerfs , semble surtout déposer en faveur de cette vérité. Ainsi les plexus nerveux qui , placés entre les deux iames du médiastin , entourent les bronche* dans leur trajet et l'origine des gros vaisseaux artériels jusqu'au cœur et au poumon, ainsi que ceux qui embrassent l'extrémité inférieure de l'œsophage, expliquent assez la douleur sous-sternale qui caractérise principalement lai maladie. De même les nombreuses connexions que les plexus pulmonaires e< ■< cardiaques ont avec les nerfs du col, de l'épaule et du bras, peuvent rendre j ! raison de la douleur qui s'irradie presque constamment de la poitrine auxmem- j 1 bres thoraciques. On peut eu dire autant des communications qui existent entre l le nerf diaphragmatique et les paires cervicales pour expliquer le fait observé j I par Schmitt, Wall et Darwin, qui ont vu le diaphragme manifestement com- \ promis dans certains cas d'angine de poitrine , et qui , pour cette raison , lui ont j i imposé la dénomination d'asthme diaphragmatique ; enfin , ce qui peut égale- j I ment confirmer l'idée de lésion des divisions du nerf pueumo-gastrique dans , i l'angine de poitrine, c'est que l'estomac souffre aussi des déraugemens ( éructa- j ; tions) qui appartiennent évidemment à l'appareil musculaire de la digestion; t

on a vu même les accès de cette maladie entièrement subordonnés àl'étatde réplétion de l'estomac ; tel était le cas d'un malade dont parle Maqueen , lequel disait qu'il se porterait bien s'il pouvait vivre sans manger.

Partant de quelques-unes de ces données anatomiques, M. Desportes n'hësitel ^ pas à placer le siège de l'angine de poitrine dans les différens plexus à la forma- s tion desquels concourt principalement le nerf pneumo-gastrique. Tout en admet- i tant avec M. Desportes'que l'angine de poitrine est une affection essentiellemen* | i nerveuse, Jurine émet une tout autre opinion sur la nature de la maladie; i i il pense qu'elle a pour siège les extrémités nerveuses qui président à l'action ! contractile des tuyaux bronchiques , et suppose que , par suite de la paralysie de l'appareil musculaire des poumons , il y a défaut d'oxigénation du sang et i asphyxie par cessation de l'influence nerveuse qu'elle nécessite. Il a cru pou-

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voir justifier cette théorie des expériences faites par MM. Diipuytren, Mageiidie et Provençal sur la section des nerfs pneumo-gastriques , ainsi que des recherches de MM. Reissessen et Cruveilhier, sur la propriété contractile des bronches. On se demande toutefois quels rapports peuvent exister entre l'angine de poitrine et l'espèce d'asphyxie dont il s'agit. Jamais, en effet, on ne rencontre de douleur sous-sternale dans l'asphyxie; jamais non plus la contraction spasmodique des tuyaux bronchiques, qui , d'après les expériences de MM. Reissessen et Cruveilhier paraît constituer toute la théorie de l'asthme, n'a fait naître celte même douleur de la poitrine , du col , de l'épaule et des bras; d'où il faut encore conclure que, dans ce cas , ce sont plutôt les rameaux et plexus nerveux des parois thoraciques , c'est-à-dire des muscles respirateurs , que les extrémités nerveuses des bronches qui se trouvent affectés. Telle, du moins , nous parait être la véritable théorie de l'angine de poitrine. Mais quelle est la nature de la lésion nerveuse qui la constitue? Est-ce une phlegmasie, une lésion quelconque de texture de la substance nerveuse? Mais quelle est cette phlegmasie ou cette lésion de texture d'où résultent des douleurs qu'aucune autre phlegmasie, qu'aucune autre altération organique ne produisent , qui tuent le malade en quelques secondes ou le rendent aussi proraptement à la santé la plus parfaite , qui ne présentent à l'autopsie que des caractères anatomiques plus ou [moins équivoques et souvent nuls? Convenons donc que dans ce cas il est diffijcile de ne pas admettre un autre mode d'affectibilité de la substance nerveuse jque des altérations organiques proprement dites.

I Diagnostic et prognostic. — Le diagnostic de l'anginede poitrine ressort naturellement des caractères physiologiques et anatomiques de la maladie , lesquels sont pour ainsi dire spécifiques. Quant au pronostic, cette maladie doit être p-egardée comme l'une des plus graves de toutes celles qui affectent l'espèce humaine; la plupart des auteurs la regardent même comme nécessairement jmorlelle ; mais il s'en faut toutefois que sa tei minaison soit aussi nécessairement funeste qu'on le croît. Comme toutes les maladies , elle a ses degrés comme elle peut avoir ses complications , et c'est surtout à ces deux circonstances que doit être subordonné tout le danger de son prognostic: mais, comme toutes les ma. ladies nerveuses aussi, on l'a vu se montrer dans toute sa violence une ou plu- 'sieurs fois, pour disparaître ensuite sans retour.

}■ Traitement. Le traitement de l'angine de poitrine a dû varier comme les Ihéories que les auteurs se sont faites de sa nature. Ainsi Fotherghill , qui (attribuait cette maladie à l'accumulation de la graisse autour du cœur, a projposé la diète la plus absolue. Butter , Schmidt , Elsner , qui faisaient jouer à la goutte le principal rôle dans la production de l'angine thoracique, ont conseillé fies toniques , les amers , les martiaux , les sinapismes , les vésicatoires , les 'cautères, etc. Baumes, qui avait adopté l'opinion d'Héberden et de Parry sur l'ossification des cartilages des côtes et des artères coronaires comme cause de 'angine , à eu l'idée d'employer l'acide phosphorique. Héberden , Percival , onestonè , Jurine , Desportes , Laennec, fondés sur les résultats même de la ratique , sont généralement d'accord sur le peu de succès des émissions san- 'guines et sur les avantages des opiacés et des antispasmodiques, variés suivant la nature des accidens , la gravité des complications et les diverses circonstances individuelles. Godwin a surtout préconisé l'électricité, Vichman la teinture de jThéden, Jurine le quinquina , les fleurs de zinc, le musc, le camphre, etc. Lée Pertins le sulfate de zinc uni à l'opium, Récamier le musc à haute dose. Laennec a vanté l'application de plaques aimantées comme le.jiioyen dont il it avoir obtenu le plus de succès. {Voyez Aimant. ) D'après l'opinion que nous ous sommes formée de l'angine de poitrine , et l'analogie que nous avons cru firouver entre cette maladie ét les névralgies externes ; d'après l'expérience que 'nous avons exquise de l'efficacité presque constante de cette préparation dans x^e dernier eas , nous pensons que le sulfate de quinine uni à l'opium et à l'éther devrait mériter la préférence sur tous les moyens antispasmodiques que l'on a cru pouvoir lui opposer jusqu'à ce jour. Ajoutons enfin que la considération des icauses hygiéniques , physiologiques et pathologiques doit constituer un .trailejinent accessoire non moins important que celui du phénomène principal de la maladie. Ainsi, si le sujet est jeune , fort et pléthorique , il convient d'abord d'avoir recours aux émissions sanguines, soit générales, soit locales. L'application souvent répétée de sangsues à l'anus dans le but de rappeler des hémori-hoïdes supprimées ou même d'établir un flux hémorrhoïdal factice, pourrait être d'une très-grande utilité. De même on devrait pratiquer un exutoire quelconque , si le malade avait été atteint précédemment d'ulcères fistuleux , de dartres ou de toute autre affection de ce genre. Toutes les fois que la maladie s'accompagne de lésion quelconque des organes thoraciques , c'est principalemeut vers ce dernier objet qu'il convient d'abord de diriger le traitement; mais il ne faut pourtant pas se dissimuler que , dans ce cas même , la thérapeutique doit avoir aussi pour objet de combattre la disposition actuelle de l'élément nerveux ; car l'expérience prouve que trop souvent toutes les espérances du praticien se renferment dans la seule médication antispasmodique , et les succès qu'on en a obtenus ont pro\ivé plus d'une fois que les phénomènes morbides qui constituent l'angiue de poitrine ne dérivent pas tout entier de la lésion matérielle des organes ; qu'il est dans l'état physiologique comme dans l'état pathologique de* conditions de vitalité que nos sens ne peuvent saisir, qme la thérapeutique seule peut nous révéler.

iSauffl^ci. Nosologia racthodica. Vol. 4 , pag. 120,édit. in-S"., 1763.

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A]\GI0T:ÉNIQUE , ad., de «r/s'iov , vaisseau, et de rU-iù-j, tendre. L'illustre professeur Pinel avait créé .cette expression pour désigner l'état que présentent les vaisseaux dans la fièvre dite inflammatoire ou synoque. Selon Pinel , l'ordre des fièvres angioténiques comprend toutes celles mair/uées au dehors par des signes d'irritation et de tension des vaisseaux sanguins. Depuis que le système pyrétologique de ce célèbre médecin est à peu près généralement abandonné, l'expression à^angioténique l'est également. On verra, à l'article Fièvre, que la doctrine et la nomenclature pyrétologique de Pinel, bien qu'infiniment supérieure à celle de ces prédécesseurs , ne saurait être aujourd'hui conservée. L'excitation du système vasculaire est un phénomène qui se rencontre dans tout état fébrile , ou plutôt cette excitation n'est autre chose c{ue l'état fébrile lui-même. Il est donc évident que le mot angioténicjue , ajouté à celui de Jièvre, est une sorte de pléonasme pathologique.

( J. BOUILLAUD

ANGUSTURE FAUSSE (écoree d' ). Cette écorce vient d'Amérique , mêlée à celle d'angusture vraie , et il est de la plus grande importance de bien l'en distinguer , en raison de son action vénéneuse, très-intense, que trop d'accidens sont venus signaler à l'attention des praticiens. On ignore encore quel arbre la produit; seulement il est devenu probable, surtout depuis que MM. Pelletier et Caventou en ont retiré un alcali végétal particulier , qui accompagne généralement la strychnine dans différentes espèces de strychnos , que cet arbre appartient à un genre voisin , si ce n'est au même. { Je présume que c'est le rouhamon d'aublet. ) L'opinion qui a fait attribuer pendant longtemps la fausse angusture à un arbre d'Abyssinie, nommé hrucea antidysenterica on Jerrnginea , est dénuée de tout fondement; c'est donc bien à tort que l'alcaloïde qui en a été retiré a reçu le nom de brucine.

L'écorce de fausse angusture est beaucoup plus épaisse que la véritable ; elle est compacte, pesante, et comme racornie par la dessiccation. Sa substance intérieure est grise, et sa poudre est d'un blanc légèrement jaunâtre; mais son épiderme varie : tantôt il est peu épais, non fongueux et d'un gris jaunâtre , marqué de points blancs proéminens ; tantôt il est fongueux et de couleur de rouille de fer. Du reste , l'écorce est inodore , et sa saveur , qui est infiniment plus amère que celle de la vraie angusture , persiste très-long-temps , sans laisser d'âcreté à l'extrémité de la langue.

L'écorce de fausse angusture n'est employée que pour l'extraction de la BRUCIHE. Voyez cet 3iv\\c\c. (Gdibodkt.)

ANGUSTURE VRAIE (écorce d'). Cette substance n'est connue en Europe que depuis l'année 1788; elle a d'abord été attribuée à une espèce demagnolier; mais on sait aujourd'hui qu'elle est produite par un arbre de la famille des rufacées , nommé par MM.de Humboldt et Bonpland, cusparia Jebrifuga ; par Wildenon , bonplandia trij'oliata , et par M.Auguste de Saint-Hilaire , galipea cusparia. Cet arbre croît en abondance sur les bords de l'Orénoque , dans l'Amérique méridionale.

L'écorce d'angusture est tantôt roulée et recouverte d'un épiderme épais , blanc et fongueux ; tantôt aplatie et munie d'un épiderme gris jaunâtre , mince et peu rugueux. La substance même de l'écorce est d'un brua jaunâtre , compacte, d'une saveur amère dominée par un principe odorant et nauséeux. Cette saveur passée , il reste à l'extrémité de la langue une impression mordicante qui excite la salivation. La poudre ressemble , pour la couleur à celle de rhubarbe. L'infusé aqueux est très-coloré, amer , odorant et nauséeux comme l'écorce.

L'écorce d'angusture a été préconisée, surtout en Angleterre, contre la dyssenterie,les fièvres intermittentes , et généralement dans tous les cas où l'on emploie le quinquina. On l'administre en poudre à la dose de 20 à 24 grains , ou en infusion, à celle d'un gros à quatre. En France , les applications en ont été moins heureuses, ce qu'il faut sans doute attribuer à la confusion qui a long-temps existé entre cette écorce et celle de fausse angusture : peut-être la véritable, reconnue maintenant pour appartenir à une famille de plantes éminemment actives , mériterait-elle de faire le sujet de nouveaux essais thérapeutiques. (GUIBOURT.)

ANHIÉLATION. Voyez Dtspnée.

ANIMISME , ANIMISTE. L'animisme est un système de médecine dans lequel Vame, anima, est considérée comme la cause qui préside à tous les phénomènes de la vie. On donne le nom A^animisles aux sectateurs de ce système, dont le fondateur est George Ernest Stahl, né à Anspach en 1660. Il est bien vrai que divers auteurs , antérieurs à Stahl , ont émis sur l'influence de l'âme dans les actes de la vie , quelques idées qui ne diffèrent pas de celle qu'il professait lui-même; mais il faut convenir que ces idées n'ont reçu une forme réellement systématique qu'entre les mains de ce célèbre médecin. Stahl n'avait encore que ving-quatre ans lorsque, dans sa dissertation soutenue à Jéua eu 1684, pour obtenir le titre de docteur, il jeta pour ainsi dire les premiers fondemens de son système. Dans cet écrit, où il attribue déjà, en effet, l'hématose à la seule influence de l'âme, Stahl combat l'hypothèse des esprits

AWINISME.

animaux , comme ne pouvant expliquer aucun phénomène. Toutefois, ce n'est que dans son ouvrage intitule Theoria medica vera qu'il faut chercher le développement complet du système de Stahl. Voici une exposition succincte de ce système.

§. l'^r. Élevé dans les principes de Sylvius et de Willis, qui rapportaient toutes les maladies à Tacreté des humeurs, Stahl crut remarquer, au contraire, que, malgré leur grande tendance à s'altérer, les humeurs éprouvaient néanmoins très-rarement des altérations. Il ne pouvait comprendre, si le système de Sylvius était fondé, pourquoi tant de sels introduits journellement dans le corps ne produisaient aucun des accidens qu'on faisait dépendre des âcrete's salines. Selon lui , plusieurs maladies , propres à certains âges ou à certains tempéramens , ne dérivent d'aucune altération. L'action rapide des passions excluait , selon lui, toute coopération d'une cause matérielle, physique ou mécanique. Enfin , une foule d'affections , ajoute Stahl , tient si évidemment à un vice des mouvemens vitaux , qu'il est inutile dans ces cas d'admettre une altération du mélange.

Stahl attachait une haute importance à la recherche du principe d'où dépend ces mouvemens. Pour se conformer à cette règle de Newton qui défend de multiplier les forces à l'infini, il réunit les causes de tous les changemens du corps animal en une seule qu'il désigne sous le nom colleclif d'a/ne.

Stahl soutient qu'on ne peut faire aucun usage de la chimie et de la mécanique en médecine , et il recommande de bien distinguer les explications chimiques et mécaniques de la théorie proprement dite. La vraie théorie médicale , dit-il , s'occupe de l'étude des mouvemens vitaux , mais s'inquiète fort peu de la théorie physique, de la figure des atomes et de la proportion des élémens inertes, On peut appliquer , ajoute-t-il, à celui qui s'engage dans ces vaines spéculations , l'adage populaire : « Un bon théoricien est un mauvais » praticien, n On a beau connaître la structure des organes ,Tlès qu'on ne fait point attention à leur activité vitale , toutes ces connaissances n'offrent aucun avantage à l'art de guérir.

Professeur , à-la-fois, de médecine, de chimie et d'anatomie à l'Université de Halle, Slahl dans un livre célèbre ( Theor. med. -uera ), où il propose de bannir de la médecine tout ce qui lui est étranger, met au premier rang de ces sciences étrangères, inutiles et même dangereuses, la physique, la chimie et l'anatomie. La vraie physiologie ne consiste pas, suivant lui , à suivre l'anatomie jusque dans ses plus petits détails ou à se servir des préceptes de la chimie pour expliquer les phénomènes du corps, mais à développer les lois de l'organisme et les règles d'après lesquelles s'opèrent les mouvemens vitaux. La recherche des plus petits vaisseaux ou nerfs , est une occupation stérile et nuisible , car elle pourrait conduire le praticien à supposer que la lésion de ces parties délicates suscite des maladies , qui certainement reconnaissent une cause différente. La ciiimie ne saurait non plus répandre la moindre lumière sur la médecine, puisqu'il ne se passe aucune opération chimique dans le corps, ou que, si certaines y ont lieu , elles sont soumises au principe de la vie et modifiées par lui.

Le système de Stahl repose tout entier sur un faux principe qu'il avait emprunté à Descartes et à Malebranche, dont la philosophie jouissait alors d'une grande faveur. Ce principe est Vétat passif de la matière. Le corps comme tel , dit Stahl , n'a pas la force de se mouuoir et il doit toujours être mis en mouvement par des substances immatérielles. Tout mouvement est un acte immatériel et spirituel.

La cause de l'activité du corps organisé , celle qui veille à sa conservation et à l'intégrité de son mélange ou de sa composition , est un être immatériel que Stahl appelle!âme. Cette âme n'est autre quela nature des anciens, etd'Hippocrale en particulier. Stahl divise en deux ordres les phénomènes physiologiques : les uns sont réfléchis, raisonnés ; les autres ne le sont pas; ceux-ci ont lieu , selon ses propres termes, à ralione ou >o'yco, et ceux-là, a ratiocinio ou loyi^fi-Cî.

L'âme est, suivant Stahl, la force qui préside à la génération ; c'est elle qui se construit elle-même son corps. C'est aussi elle qui nourrit le corps , répare toute les parties et régénère tous les organes.

L'âme a la connaissance des matériaux qui doivent être employés à la nutrition , sorte de génération prolongée ; elle sait ausji en quels lieux elle doit diriger ces matériaux. Néanmoins, elle exécute sans réflexion tous les actes nutritifs.

Quant aux sécrétions , l'âme y intervient en veillant attentativement à ce que chacun des élémens sur lesquels elles s'exercent soit transporté à sa véritable place.

Dans les sensations , on observe aussi le concours de l'âme, concours qui imprime une grande activité à l'organe sensitif,

Les mouvemens toniques sont placés eux-mêmes , par Stahl , sous le suprême empire de l'àme, l'unique force motrice des corps vivans On voit cependant ici que cet illustre médecin sentait le besoin de subordonner à l'âme quelque chose qui fut la cause prochaine et comme l'instrument des mouvemens. Par l'in. fluence des mouvemens toniques , l'âme imprime aux humeurs , et spécialement au sang, une direction souvent contraire aux lois de la circulation harveyenne, ce qui faisait dire à Stahl que le sang n'obéit pas toujours aux lois physiques.

Telle est , en abrégé , la doctrine de Stahl , considérée sous le point de vue physiologique. Voyons maintenant l'application des dogmes précédens à la pathologie.

Slahl , posant en principe que l'âme est la cause de tous les phénomènes qui se passent dans le corps vivant , définit la maladie , un trouble dans le gouver nement ou le régime de l'économie animale ; Verum generalissimurn subjectum

œgriludinum est perturbata idea regiminis ipsius œconomiœ animalis. (Theor, j med., p. 602. ) Chacune des causes morbifîques agit en sens inverse de l'âme,! dont la mission est de veiller sans cesse à la conservation de son corps , et c'est i de la lutte qui s'établit entre l'effort des unes et la résistance de l'autre quel \ naissent les phénomènes morbides. C'est par le développement des mouvement i toniques que s'exprime la réaction de l'âme. ;

La pléthore sanguine est, suivant Stahl, l'une des causes morbifîques les| j les plus fréquentes , et les hémorrhagies sont presque toujours la suite des mouj i vemens toniques que l'âme excite pour diminuer cette pléthore. j ,

La thérapeutique de Stahl est en parfaite harmonie avec ses principes physioloJ i giques et pathologiques. Un médecin qui avait une si grande confiance dan^ | l'autocratie de l'âme ou de la nature devait être un praticien peu actif; effec- I tivement, Stahl était un des apôtres de la médecine expectante, sur laquelle il t composé un livre {Ars sanandi cum expectatione) . Néanmoins, Stahl ne recomi i mande pas un quiétisme absolu en thérapeutique : il ne prétend pas que le méde- i cin doive jouer constamment le rôle d'unspeclateur oisif. Ainsi, par exemple,!! j conseille de susciter quelquefois des excrétions, des hémorrhagies, de favorisai i les crises. Celui qui se conforme à ce précepte imite , en quelque sorte , l'ânid I ou la nature, le meilleur de tous les médecins. Parmi les moyens propres i î seconder les crises ou les efforts bienfaisans de la nature, Stahl avait fait clioi: i de la saignée. Dans les fièvres , disait-il , l'âme a en vue de délivrer le corps di : sang superflu ; c'est donc venir à son secours que de pratiquer des émission i sanguines dans ces maladies. Il en est de même dans toutes les affections qu J proviennent de la suppression d'une hémorrhagie. Toutefois, Stahl ne prescri' ' pas l'emploi de la saignée dans toutes les fièvres indistinctement. Les maladie '. aiguës , dit-il , ne réclamant ce moyen que dans les cas où l'on observe des sigiiei • de pléthore. Il pense aussi que la saignée devient nuisible si l'on n'a pas 1 ■ précaution de solliciter la transpiration cutanée. <

§. II. Le système de Stahl trouva, dès son origine , de puissans antagoniste!! ' non-seulement parmi les médecins , mais encore parmi les philosophes de so; époque. Le plus brillant des adversaires de Stahl fut Fréd. Hoffmann , profe» J seur à la même université que lui, et auteur d'un système médical, dan 1 lequel l'influence des forces physiques et mécaniques est prise en sérieuse con i sidéra tion.

Cependant le stahlianisme est un des systèmes qui ont jeté le plus vif éclî ^ sur la scène du monde médical. La distinction que Stahl s'efforça d'établir entr ( les phénomènes physiques et les phénomènes organiques.éblouit un grand nombi i d'esprits , et se retrouve dans les écoles physiologiques de Barthez, de Chaussiei | et de Bichat lui-même. *

Nous allons placer sous les yeux du lecteur le jugement de l'immortel autei ; de l'anatomie générale sur le système de Stahl, avant d'exprimer le nôli ! • Moins brillant que profond , riche en moyens qui convainquent , quoiqi ; || » dépourvu de ceux qui séduisent, Stahl forme, pour les sciences physiolog j t' » ques, une époque plus digne de remarque que celle de Boerhaave. Il senl i » la discordance des lois physiques avec les fonctions des animaux : c'était J » premier pas pour la découverte des lois vitales ; il ne fit pas cette découvert i » L'âme fut tout pour lui dans les phénomènes de la vie ; c'était beaucoup < i]l » négliger l'attraction, l'impulsion , etc. Stahl sentit ce qui n'était pas le vra I i » le vrai lui-même lui échappa. Plusieurs auteurs ont marché sur ses trace ! i » en rapportant à un principe unique , diversement dénommé suivant chaqi ■ » auteur, tous les phénomènes vitaux. Ce principe , appelé vital par Bartbe | , » archée par Van-Helmont , etc., est une abstraction qui n'a pas plus de réali | i » que n'en aurait un principe également unique qu'on supposerait présider ai ; i » phénomènes physiques. Parmi ceux-ci, les uns dérivent de la gravité, 1 ^ « autres de l'élasticité, d'autres des aflînités , etc. De même , dans l'économ i t vivante, il en est qui dérivent de la sensibilité, d'autres delà contractilité, etc >t (Anat. génér., Consid. génér., pag. 38, édit. de 1801.) Ij

On voit que Bichat partage ici pleinement l'opinion de Stahl sur la nécessil C de séparer les sciences physiologiques des sciences physiques ; il voudrait qu'< '): élevât pour ainsi dire entre elles une barrière d'airain. Seulement , au lieu i : rapporter , comme Stahl , les phénomènes physiologiques à un seul princip i i Bichat les attribue à plusieurs forces ou propriétés distinctes. Sous ce point i i vue , la doctrine de Bichat l'emporte sur celle de Stahl.

Le vrai , l'unique service peut-être que Stahl ait rendu à la médecine , es» ' ( si je ne me trompe , d'avoir fait ressortir les défauts des systèmes antérieurs ■ ' sien , et d'avoir signalé l'importance de l'étude des forces qui animent la nii> i chine organique. Mais Stahl a commis une grande erreur en soutenant que tOi? ) les phénomènes physiologiques sont le produit d'une seule et même force , do j , il ne détermine d'ailleurs nullement le siège. On a quelque peine à concev< ] : aujourd'hui comment un si profond raisonneur a pu faire intervenir un seul I < même principe, l'âme, et dans les phénomènes de nutrition, de sécrétion, d't | ■ matose , etc., et dans les phénomènes sensitifs, intellectuels et moraux. Stî j se fonde sur cet axiome newtonien qu'il ne faut pas admettre plusieurs for<i J pour expliquer des effets identiques. Cet axiome est sans contredit , très-jus-, ' ; Mais une autre vérité non moins évidente c'est de ne pas rapporter à une œêi> » cause des phénomènes essentiellement différens. Or, quoi de plus essentiel' i ment différent que les actes de la sensation , de la volition , de l'intelligence , ceux de la sécrétion , de la sanguification , de la tonicité, etc., que Stahl att ' i bue tous à uu principe unique ? Ce principe prétendu unique n'est, en réaliti i qu'une collection de plusieurs principes, ayant chacun une destination prof | et distincte. C'est à l'analyse, à la décomposition de ce principe qu'ont travai ! tous les physiologistes expérimentateurs de la fin du dix-huitième siècle et ' ' commencement du nôtre. Cette analyse est un des problèm^^ les plua diiEcil i

ANimiSMÊ.

ANKYLOBLÉPHARON.

delà physiologie, et ce serait se tromper étrangement que de la considérer comme achevée. Bichat s'est acquis des droits éternels à la reconnaissance de la postérité en brisant, le premier, l'unité de la force vitale admise par Stahl, et en décomposant en deux vies bien distinctes l'ensemble des phénomènes considérés avant lui comme ne formant qu'une seule vie.

Ces deux vies sont tellement différentes et distinctes que la nature a créé des êtres vivans , les végétaux , en ne leur donnant en partage que l'une d'elles ( la vie organique ) ; pour former les animaux , la nature n'a eu qu'à surajouter la vie de relation à la vie organique, nutritive ou végétative. Il ne faut pas oublier d'ailleurs que chacune de ces deux vies se compose de phénomènes qui peuvent être distingués en plusieurs genres différens , et que , par conséquent , la force qui préside à chacune d'elles , force dont le système nerveux semble être le dépositaire, se décompose elle-même en diverses forces particulières.

C'est ici le lieu de signaler une contradiction de Stahl, qui n'est pas de peu d'importance. Nous avons vu que la raison fondamentale qui lui fit considérer l'âme, être immatériel, comme la cause de tous les phénomènes des corps Tivans , c'est que la matière est absolument passive , et que le corps ne peut être mis en mouvement que par l'intervention deS substances immatérielles. Ehbien'. pressé plus tard par les objections de Leibnitz, Stahl , infidèle à ses principes, déclare qu'il accorde à l'âme l'étendue et la matérialité , qu'il n'attend l'immortalité que de la grâce divine (Kurt Sprengel). C'est ainsi^qne Stahl détruit d'une main le fragile édifice qu'il avait élevé de l'autre , et qu'il matérialise pour ainsi dire la psychologie après avoir spiritualisé la physiologie. On peut conclure de cette contradiction que Stahl était bien loin d'avoir des idées claires et précises sur la nature de la force vitale. Cela n'est pas étonnant puisque, du temps de ce médecin , les forces physiques elles-mêmes étaient pour la plupart complètement inconnues. Barthez , dont le système n'est vraiment que l'animisme retourné, sentit si bien le vague de cette expression, âme ou principe vital, qu'il proposa de la considérer comme l'équivalent d'un x algébrique. La faute d'avoir confondu un grand nombre de phénomènes essentiellement différens fflitre eux n'est pas malheureusement la seule que l'on doive reprocher à Stahl: il en a commis une autre plus impardonnable encore , en considérant l'étude approfondie de l'organisation comme inutile ou même nuisible aux progrès de la médecine, et en bannissant de cette science toutes les explications mécaniques , physiques ou chimiques. Les immenses lumières que les recherches analomiques et l'application des sciences mécaniques et physico-chimiques à la phy. siologie ont répandues sur la médecine , depuis une cinquantaine d'années , donnent un éclatant et formel démenti aux étranges principes de Stahl. Oui, sans doute, nous reconnaisons avec lui que, dans l'étude de l'homme sain et malade , on ne saurait trop s'appliquer à la détermination des forces qui sont comme les ressorts de toutes les parties du corps ; mais est-ce à dire pour cela qu'il soit indifférent de connaître la structure physique et chimique de ces parties;...?

D'un autre côté , est-il vrai que les forces qui interviennent dans les phénomènes de la machine vivante sont toutes essentiellement différentes de celles qui régissent les phénomènes physiques , chimiques et mécaniques ? Ce n'est pas assurément ce que tendent à prouver un foule d'expériences , parmi lesquelles il nous suffira de rappeler celles de MM. Magendie et Fodéré sur l'absorption , celles de M. Dutrochet sur l'exosmose et l'endosmose , et celles de MM. Prévôt et Dumas sur la contraction musculaire. Pour exprimer toute ma pensée à cet égard, je dirai que, à l'exception des phénomènes moraux, sur la nature desquels je ne dois point m'expliquer ici , tous les phénomènes physiologiques rentrent nécessairement dans la catégorie des phénomènes mécaniques , physiologiques ou chimiques , de telle sorte que les progrès de la physiologie se rattadient d'une manière indissoluble à ceux des sciences mécaniques et physicochimiques.

Comme les principes pathologiques et thérapeutiques de Stahl sont de pures et simples conséquences , de véritables corollaires de ses dogmes physiologiques, il est si facile d'en apercevoir au premier abord le peu de solidité, que pressé par l'espace , je m'abstiendrai de les discuter.

Nous ne pouvons d'ailleurs qu'applaudir à plusieurs des idées de Stahl sur l'autocratie de l'âme dans la guérison de certaines maladies, en tant que cette autocratie de l'âme n'est autre chose que la nature médicatrice d'Hippocrate {natura morborum curatrix ) , et que ses opérations rentrent dans la classe de celles que l'on peut imiter et produire avec des moyens physiques ou chimiques , avec des agens matériels , en un mot.

Voici donc, en résumé , notre jugement sur le système de Stahl.

lo Cet illustre médecin a bien mérité de la science en réfutant plusieurs idées erronées dans ses devanciers , en signalant sous le nom de mouvemens toniques , des phénomènes presque inaperçus jusqu'à lui , et en recommandant l'étude des forces qui régissent les phénomènes physiologiques.

2" Mais c'est à tort que Stahl , confondant les phénomènes les plus disparates, et transformant pour ainsi dire la physiologie tout entière en psycologie, n a reconnu qu'une seule et même force dans l'économie animale.

3o Une autre erreur de Stahl, c'est de n'avoir attaché presque aucune importance à la connaissance de l'organisation ou des parties , soit simples, soit composées du corps vivant , comme si la physiologie était autre chose que la science des propriétés de ces parties ; comme si les fonctions étaient autre chose que les organes en action ; comme si enfin les forces vitales , quelles qu'elles soient , pouvaient produire un seul phénomène sans l'intervention des organes, et qu'il n'existât pas un rapport constant entre la configuration , la composition de ceux-ci et les fonctions qui leur sont confiées. La génération d'un phénomène, dans les corps vivans comme dans les corps bruta , suppose toujours le concours

simultané de deux ordres de substances , dont les unes , qu'on appelle forces , excitent en quelque sorte les autres , mais qui sans celles-ci seraient stériles , à peu près comme dans la génération proprement dite, il n'y aurait aucun phénomène produit, sans la double présence du germe et de ce qu'on appelle Yaura seminalis , la première des forces excitatrices.

4» Stahl s'est également trompé en insinuant que les sciences mécaniques et physico-chimiques étaient étrangères ou même nuisibles à la médecine , puisqu'il s'opère incessamment dans les êtres vivans , des mouvemens , des actes de composition et de décomposition, des changemens de forme et d'état , etc., qui ne peuvent s'expliquer que par les principes de la mécanique, de la physique et de la chimie. ( J. Bouillacd. )

ANIS , pimpinelia anisiini. Pentandrie digynie Linn. Ombellifères Juss.

On n'emploie en médecine que les fruits de cette plante, qui est, comme toutes celles de sa classe, pourvue d'une grande quantité d'huile volatile, à laquelle elle doit toutes ses propriétés. Ce sont des semences ovales , peu volumineuses , dont l'enveloppe, striée longitudinalemeut, renferme une petite amande qui contient de l'huile fixe et du sucre. L'huile volatile appartient au péricarpe , d'où on l'extrait par la distillation. Elle a une odeur aromatique agréable que tout le monde connaît , et dont l'action sur l'économie animale n'a pas été spécialement étudiée.

L'anis est plutôt un condiment qu'un médicament ; ses propriétés stimulantes l'ont fait considérer comme stomachique et carminatif. Il entre d'ailleurs dans une foule de préparations auxquelles il n'ajoute aucune vertu. Telles sont entre autres le baume de soufre anisé du Codex, la teinture anisée de M. Alibert , dans lesquels , à coup sûr , l'huile volatile d'anis est loin d'être le médicament principal. On sent qu'il serait facile de multiplier à l'infini les médicamens de cette sorte, sans rien ajouter aux ressources réelles de la thérapeutique. Ces réflexions, qui s'appliquent également à la plupart des substances aromatiques fournies par la famille des ombellifères, appartiennent plus encore à Yanis étoile. (Foyez Badiane.)

L'anis s'administre en infusion théiforme à la dose de 1 à 2 gros par pinte d'eau ; il en faudrait le double au moins si l'on voulait avoir un effet marqué. L'huile volatile se donne rarement isolée ; on en ajoute de cinq à quinze gouttes à diverses préparations pour les aromatiser. La teinture d'anis peut se prescrire ,à la dose de 2 gros à 1 once dans une potion, et l'eau distillée à celle de 1 à 2 onces. , (F. Ratier. )

AWKTLOBLEPHARON, s. m., de «yxû^ij, attache, moyen d'union, et êy.iaxpov, paupière. Union des paupières entre elles par leurs bords libres. Quelques auteurs désignent aussi par ce mot l'adhérence des paupières au globe de l'œil , à laquelle d'autres donnent spécialement le nom de sjmhlépliaron , qui doit être conservé {voyez ce mot ).

L'ankyloblépharon est partiel ou total (imperfectum aut perfectum) , c'est-àdire borné à une partie des bords des paupières ou étendu à toute la longueur de ces bords. Le premier est plus commun.

Tous deux peuvent affecter le fœtus dans le sein de sa mère et se présenter au moment de sa naissance, comme de véritables vices de conformation.

Quoi qu'il en soit, l'adhérence partielle ou totale des paupières entre elles peut s'offrir sous deux aspects différens ; 'tantôt elle est immédiate, et dans d'autres cas elle est établie au moyen d'une membrane intermédiaire.

Les causes de cette maladie , quand elle est accidentelle , sont les brûlures, les ulcères résultant de l'action des caustiques sur le bord libre des paupières , ceux qui dépendent d'ophthalmies ou de blepharophthalmies chroniques , etc. M. Weller l'a vue succéder à un ulcère qui , de l'angle interne de l'œil, s'était étendu au bord libre des deux paupières, et avait été soumis à une impression permanente. Lorsque l'ankyloblépharon est congénial , il dépend évidemment de maladies analogues survenues aux bords des paupières pendant la vie fœtale.

L'ankyloblépharon ne peut être confondu avec aucune autre maladie , il faut seulement s'assurer s'il n'est pas compliqué d'adhérence des paupières au globe oculaire , ce qui est facile dans tous les cas. Si l'ankyloblépharon est partiel, il suffit pour cela de passer par le point libre un stylet flexible en argent ou en baleine, et de le promener entre le globe oculaire et la face correspondante des paupières. On peut avec ce stylet reconnaître non-seulement s'il existe ou non des adhérences , mais encore si ces adhérences sont étendues ou si elles sont formées par de simples brides, car, dans ce cas, le stylet peut tourner autour d'elles. Mais un moyen plus simple et qui convient également quand l'ankj'loblspharon est partiel , et quand il est complet, est celui' qui consiste à saisir les paupières entre le pouce et l'indicateur et à les éloigner du globe de l'œil eu même temps que l'on recommande au malade de mouvoir celui-ci en divers sens. S'il n'existe point d'adhérence entre les paupières et l'œil, ces mouvemens sont libres. Si , au contraire , il existe quelque adhérence , les mouvcm'cns du globe oculaire et l'éloignement de la paupière de ce globe sont empêchés, l'on peut même facilement déterminer le siège et l'étendue de l'adhésion. Enfin, lorsque le malade distingue la clarté d'avec les ténèbres , on doit croire que l'adhérence , quelque étendue que les épreuves précédentes la fassent supposer, ne s'étend pas à la cornée transparente, et vice versd.

Dans l'ankyloblépharon partiel, l'œil ne peut être découvert qu'en partie. Dans celui qui est total il ne peut point l'être du tout. Dans le premier cas , la vue est gênée ou complètement empêchée; elle l'est toujours dans le second. Il est donc important de rémédier à cette affection. On ne le peut qu'au moyen d'une opération chirurgicale. Celle-ci est fort simple ; s'il reste entre les paupières quelque intervalle , on en profite pour glisser au-dessous des points où elles sont adhérentes une sonde cannelée , recourbée de manière à être concave du côté du globe de l œil; ou dirige la cannelure de cette sonde dans le sens dn

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