‹ Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques [electronic resource]Chapitre 57 sur 234 · ANKYLOSE · texte numérisé non relu

ANKYLOSE

l'ankylose survenir comme complication et comme suite de contracture de cér-'- \ tains muscles, de la présence, au voisinage d'un article, de tumeurs diver- j ses , etc. Enfin , d'autres causes produisent d'une manière beaucoupplus directe I ! la rigidité des parties molles qui concourent à former ou qui enveloppent lej | ! articulations. Telles sont les cicatrices vicieuses qui s'établissent à la suite des j i plaies avec perte de substance résultant de brûlure, de gangrène, etc. ; l'inex- ; i tensibilité que contracte le tissu cellulaire, quand il a été le siège de vastes i i abcès qui ont duré long temps ; certaines exostoses , mais surtout l'inflammation i | des ligaraens , qu'elle soit aiguë , chronique , spontanée scrophuleuse , syphi- | ( litique, rhumatismale , arthritique , etc. , ou accidentelle et suite de plaies ou i | de déchirures consécutives à des luxations , même heureusement réduites , elc,; i | l'hydrartrose ou l'inflammation des capsules synoviales , inflammation qui se > I manifeste assez souvent pendant le cours des fractures situées près des articu-- i lations , et à la suite de laquelle peuvent s'établir, soit une adhérence totale , soit des adhérences partielles et fibreuses , entre les deux surfaces articulaires. \ On voit aussi quelquefois, par les seuls progrès de l'âge, les ligamens qui j assujettissent les articulations peu mobiles, acquérir de la rigidité, et même .' s'ossifier. Toutes ces causes ne tendent qu'à produire d'abord l'ankylose fausse i des auteurs ; mais à la longue, plusieurs d'entre elles peuvent amener l'ankylose i vraie, c'est-à-dire la soudure réciproque des os. Toutefois, il en est d'autres ' qui ont plus directement ce résultat. Ce sont les plaies , les fractures et surtout' i les inflammations avec carie des extrémités articulaires des os , et les tumeurï \ blanches dans lesquelles se trouvent compromis à-la fois , et les ligamens , et ; les capsules synoviales , et les cartilages diartrodiaux et les os. 11 faut dire" ' cependant que l'ankylose vraie , accompagnée de la soudure réciproque de« i os , est plus raie que l'autre, et que, même à la suite de la tumeur blanchâtre j des articulations , on observe plus souventla rigidité des parties molles externes,' \ que la soudure des extrémités articulaires. j L'ankylose est une affection facile à reconnaître. L'impossibilité de fairC s i mouvoir l'une sur l'autre les pièces qui concourent à former une articulation, ■ i la caractérise suffisamment. Cependant , il est une affection avec laquelle on l'a I quelquefois confondue , c'est l'inflammation douloureuse des sj^noviales ou des | cartilages articulaires ; dans ce cas , en effet , comme les moindres mouvemens i | provoquent les douleurs les plus vives, les malades contractent convulsivement ! et instinctivement tous les muscles qui se rendent aux deux os , et ces organes j convulsés opposent une telle résistance aux efforts que l'on peut faire pour i essayer la mobilité de l'article, que ceux-ci restent le plus ordinairemejit I infructueux. J'ai vu un chirurgien en chef d'hôpital saisir par le genou et enl«- | ver à bras tendu un jeune enfant affecté d'arthrite coxo-fémorale , et conclure i de ce que le poids du corps ne faisait exécuter aucun mouvement au bassin sur ( la cuisse , que l'articulation était ankylosée ; cependant une autre personne , i peu convaincue de l'existence de l'ankylose , n'eut qu'à détourner l'attention \ de l'enfant , en lui faisant quelques questions, pour pouvoir porterie genou i alternativement en dedans et en dehors. A l'aide de cette conduite , qu'il i faudrait imiter en pareil cas , avec le soiji de ne faire exécuter que des I mouvemens légers, afin de ne pas réveiller les douleurs , on parvint facilement j à prouver l'erreur de diagnostic qu'avait commise le premier praticien. Mais I s'il est en général facile de reconnaître l'ankylose , il ne l'est pas autant i de distinguer l'ankylose déterminée par la rigidité des parties molles ou i par l'adhésion de la synoviale à elle-même , de celle qui résulte de la soudurei i des os. ^ A la vérité quand il y a possibilité de faire exécuter quelques mouvement* 1 à l'articulation, ces mouvemens, si bornés qu'ils soient, sont une preuve qu'ili i n'existe qu'une fausse ankylose ; mais ils peuvent se manifester dans les cas où i il n'y a que rigidité des parties voisines de l'articulation , comme dans ceni i où il y a adhésion partielle ou même totale des surfaces articulaires, et dont te I le moyen est une production cellulo-fibreuse de quelque étendue, et il est I impossible de distinguer ces deux cas.

Mais si la possibilité de faire exécuter encore quelques mouvemens peu ' étendus est une preuve qu'il n'existe qu'une ankylose fausse , l'absence 1 complète des mouvemens n'est point une preuve d'ankylose vraie, car la rigidité des parties environnantes et la contraction des muscles peuvent être I telles, que toute mobilité soit impossible , quelque effort que l'on fasse pour ' la produire ; le diagnostic devient alors fort difficile. Les circonstances comme- ; moratives peuvent alors être d'un grand secours. On doit croire que l'ankylosé' { est accompagnée de la soudure des os, quand elle succède à une fracturé ] située très près d'une articulation ou qui y a pénétré, surtout lorsque , pendant ( le traitement, il est survenu un gonflement inflammatoire considérable ou [ tout autre accident qui en a retardé la consolidation , et a nécessité la prolon- ' galion du traitement et de l'immobilité de la partie; quand elle est la suite' I d'une plaie d'armes à feu qui a intéressé les surfaces articulaires ; quand eHd est le résultat d'une carie de ces extrémités, etc. Mais l'examen des parties. 1 peut aussi fournir des données à l'aide desquelles il devient possible d'arrêter j son opinion sur la nature des obstacles au libre exercice des mouvemeps. En . général , quand l'ankylose est fau.5se , l'articulation est engorgée , et les j tentatives que l'on fait pour la mouvoir provoquent proraptement la douleur. \ Quand , au contraire , les surfaces articulaires sont unies par une souduw ' réciproque , l'articulation est sèche, et quelquefois même on peut reconnaîtrïj ( à travers les tégumens, les inégalités de l'espèce de cal qui s'est formé ; l'articlt, i, résiste à la manière d'un os solide et tout-à-fait inflexible, et les tentatives etj les efforts que l'on fait pour le plier ne provoquent point de douleurs. . ;

Le prognostic de l'ankylose est peu grave si on le considère sous le rapport ) des dangers qu'elle peut faire courir à la vie du sujet. L'ankylose de 1 articu- hi

ANKYLOSË.

ANOBINS

làlion de la mâchoire inférieure , en s'opposant à la mastication et a la préhension des alimens solides , est la seule qui puisse , sous ce point de vue , offrir quelque gravité. Mais si l'on considère le prognostic de l'ankylose sous le rapport de la mobilité, il est, en général, fâcheux. L'ankylose fausse est la seule qui offre quelques chances de guérison , et ces chances sont soumises a un assez grand nombre de conditions qu'il est utile de connaître. En général , l'ankylose fausse qui est récente , qui affecte un jeune sujet, qui résulte de la simple immobilité des parties et n'est point accompagnée d'altération des parties molles voisines, qui affecte une articulation orbiculaire, guérit plus facilement que l'ankylose fausse , invétérée , qui affecte un vieillard , qui résulte d'une maladie des partie molles voisines ou de la capsule, et qui a son siège dans une articulation ginglymoïdale.

Traitement. Le traitement de l'ankylose , vraie ou fausse , est souvent prophylactique. Il en est ainsi toutes les fois que l'on a à traiter la maladie dont l'ankylose peut être une suite. Un seul cas repousse l'emploi des moyens propres à prévenir l'union des surfaces articulaires, c'est celui où l'ankylose paraît devoir succéder à une carie des os qui concourent à l'articulation, parce que, dans ce cas, elle doit être regardée comme une terminaison favorable. Au lieu donc de chercher à la prévenir , on fera tout pour la favoriser. Les parties seront tenues dans l'immobilité la plus complète, et, pour cela, on placera les membres dans des gouttières ou des appareils à fracture qui préviendront toute espèce de mouvement. La seule précaution qui serait à prendre , mais qui est indispensable , consiste à placer les parties qui doivent se souder dans la situation où elles pourront ensuite rendre le plus de services : ainsi la jambe dans l'extension sur la cuisse, le coude dans la demi-flexion , etc.

Dans tous les autres cas , il faut éviter la formation de cette maladie , parce qu'elle est toujours beaucoup plus facile à prévenir qu'à détruire. Sans parler des cas assez rares où l'ankylose est la suite d'un anévrysme , d'un abcès ou de toute autre tumeur, qu'il faut d'abord traiter, et de ceux où elle peut dépendre d'une brûlure qu'il faut empêcher de se cicatriser d'une manière vicieuse, on peut prévenir l'ankylose qui se forme à la suite des fractures voisines des articulations , en faisant exécuter pendant le traitement de légers mouvemens aux extre'mités articulaires. Lorsque la consolidation est faite , l'exercice , c'est-à-dire l'action musculaire , surmonte en général la rigidilé des parties , rappelle la sécrétion dans les capsules et dans les bourses synoviales , et la raideur ne tarde pas à disparaître. Lorsque cela ne suffît pas , il faut administrer des bains mucilagiueux et gélatineux , ou de vapeurs ; faire tomber sur l'articulation des douches de même nature, faire autour de celle-ci des embrocations de même espèce , et aider ces moy^ens de mouvemens que l'on fait exécuter à la partie , et auxquels on donne successivement plus d'étendue. On peut rarement confier au malade le soin d'exercer lui-même l'articulation, parce qu'il est retenu par la crainte de la douleur. Il faut qu'une autre personne se charge de ce soin ; mais celle-ci doit apporter les plus grands ménagemens pour ne pas porter les mouvemens au-delà de ce que la prudence permet , tout en forçant un peu la résistance des parties , et ne se laissant pas intimider par un craquement p.Trticulier qui est le résultat constant des premières tentatives , et qui est en effet du frottement occasioné par l'aridité des gaines des tendons, et par celle des surfaces 'articulaires desséchées.

Quand on est appelé plus tard , c'est-à-dire lorsqu'il n'est plus temps de prévenir l'ankylose, il faut encore commencer par user des mêmes moyens. A l'eau des bains ou des douches, on ajoute une certaine quantité d'hydro-clilorate de soude ou d'ammoniaque, ou l'on administre sous ces formes les eaux de Bourbonne et de Barréges. A la suile de chaque douche ou de chaque bain , on fait sur l'articulation et aussi sur le corps des muscles , des frictions douces , d'une demi-heure de durée , avec de l'huile d'olive chaude , et l'on réitère ces moyens deux ou trois fois par jour. Lorsque par ce traitement on aura rappelé la sécrétion de la synovie sur les surfaces articulaires et dans les capsules synoviales des tendons, on commencera, tout en le continuant, à faire exécuter quelques mouvemens à la partie : mais, dans quelques cas , la rigidité est telle que les efforts ordinaires , qui sont toujours plus ou moins brusques , ne réussissent pas à la surmonter. Il faut alors avoir recours à des agens mécaniques dont l'action soit douce , mais permanente , et qui devront agir toujours dans un sens inverse à celui où la maladie aura fixé les os. Ainsi, ils tendront à redresser le coude ankylosé dans la demi-flexion, ils le fléchiront au contraire s'il est fixé dans l'extension. Quelquefois ces moyens sont fort simples. Fabrice de Hilden rapporte avoir guéri plusieurs ankyloses du coude consolidées dans le sens de la flexion en faisant porter au malade un poids de plus en plus considérable avec la main du côté affecté. Mais , dans beaucoup de cas , surtout lorsqu'il y a en même temps ankylose , rigidité , et contracture des muscles , il faut mettre en usage des agens plus compliqués qui sont du ressort de l'orthopédie. ( yoye-i ce mot. ) Il est nécessaire d'employer le traitement avec persévérance , surtout quand l'articulation commence à céder. On ne saurait trop répéter que la continuité de l'action fait plus que son intensité. Mais si au bout d'un temps suffisant on s'apercevait que le traitement reste inefficace, et si surtout il reproduisait du gonflement et de la douleur, il faudrait l'abandonner i parce qu'il vaut beaucoup mieux laisser le malade affecté d'une ankylose que de l'exposer aux chances d'une carie de l'articulation. Tel est le traitement applicable à l'ankylose fausse.

Quant à l'ankylose vraie, elle est réputée incurable, et la plupart des praticiens pensent qu'il faut l'abandonner à elle-même. Cependant, dans un cas de soudure de l'articulation coxo-fémorale , M. Barton , l'un des chirurgiens de l'hôpital de Pensylvanie à Philadelphie , et qui a lui-même fait connaître ce fait dans le cahier d'avril 1827 du recueil ayant pour titre The norlh American

DiCT. DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE PRATIQUES.

médical and surgical Journal , n'a pas désespéré de rendre à l'arliculation ses mouvemens au moyen d'une opération hardie, et il a réussi dans son projet.

Le sujet sur lequel il opéra était un jeune matelot de vingt-et-un ans qui , étant tombé sur la hanche, du pont dans le fond de cale du bâtiment sur lequel il servait, resta pendant près de sept mois privé des secours de la chirurgie, et entra enfin à l'hôpital dirigé par M. Barton, pour se faire traiter des suites de cette chute. A cette époque , la cuisse du côté malade, c'est-à-dire du côté droit, était fléchie ; le genou correspondant croisait la partie inférieure de la cuisse gauche, le bord externe du pied regardait en avant, et la plante de cette partie était tournée en dehors- Ces signes semblaient indiquer une luxation, mais le gonflement était encore considérable et les douleurs si vives que , quoique M. Barton fût plus porté à penser que l'os était luxé , il ne put néanmoins s'en assurer par le toucher , de sorte qu'il resta d'abord incertain s'il avait affaire à une luxation ou à une fracture de l'extrémité supérieure du fémur. Cependant, ces accidens ayant été dissipés par un traitement approprié, M. Barton tint pendant plusieurs semaines le membre dans un appareil à extension. Mais ce fut inutilement ; ce moyen ne produisit ni le moindre alongement du membre ni la moindre mobilité, et l'on regarda alors comme prouvée l'existence d'une ankylose coraplcfe entre le fémur et l'os iliaque. Convaincu que la maladie était au-dessus des ressources ordinaires de l'art, M. Barton se décida enfin , après un an de réflexion, à établir une articulation artificielle. Pour cela, il fit à la partie supérieure de la cuisse une incision de six à sept pouces de longueur dont la partie moyenne correspondait au grand trochanter,une autre incision horizontale d'environ quatre à cinq pouces coupa celle-ci par son milieu à angle droit. Ces deux incisions divisèrent successivement la peau , le fascia lala et les muscles, et mirent enfin à découvert les parties antérieure et postérieure du fémur, dans le point compris entre le grand et le petit trochanter. Cela fait, à l'aide d'une 'petite scie ayant la forme d'un couteau à amputation, l'opérateur divisa le fémur en faisant passer le trait de l'instrument à travers le grand trochanter et la partie attenante au col du fémur. Après cette opération qui ne dura que sept minutes , le membre fut facilement ramené à sa direction naturelle , et l'on constata qu'il n'était plus court que l'autre que d'environ un demi-pouce. La plaie ne fournissant pas de sang fut réunie, et le membre maintenu par un appareil convenable et une attèle de Desault. Le gonflement, l'inflammation, les douleurs et la fièvre symptômatique furent d'abord considérables ; mais au bout de neuf jours ces accidens étaient dissipés et la plaie fournissait du pus de bonne nature; quatre semaines après l'opération , elle commença à se cicatriser , et trois semaines plus tard elle était complètement fermée. Cependant, le vingt-uni^e jour l'opérateur avait essayé de faire exécuter quelques mouvemens légers au membre : d'abord douloureux au point qu'après la première tentative il fallut attendre quelques jours avant d'y revenir, ces mouvemens devinrent plus faciles et plus étendus ; au bout de six semaines le malade s'exerçait lui-même dans son lit à mouvoir la cuisse en divers sens, et, huit semaines après l'opération, c'est-à-dire lorsque la plaie fut complètement fermée, il put se lever. Il commença à marcher à l'aide de béquilles, et ce ne fut pas sans étonnement qu'on le vit mettre le pied en avant et tourner le membre en dedans et en dehors. Mais ce premier essai ayant été trop prolongé, ramena les douleurs, et le lendemainil se fit vers le milieu de la cicatrice une petite ouverture par laquelle il sortit une certaine quantité d'un liquide semblable à de la synovie , qui continua à s'écouler pendant plusieurs jours, après quoi la petite ouverture se cicatrisa pour ne plus se rouvrir.Le malade recommença alors à marcher, et quatre mois après l'opération il pouvait sans aucun secours faire un trajet assez long. Il portait alors le pied vingt-quatre pouces en avant, vingt-six pouces en arrière et vingt pouces des deux côtés , et il pouvait faire exécuter au membre une rotation de six pouces en dedans et en dehors. Le membre a conservé assez de force, et sa longueur est si peu diminuée que le malade marche sans gêne.

Je ne dois pas omettre de dire que derrière la nouvelle articulation, il s'est formé un dépôt de matière osseuse qui la soutient de ce côté, et qui a délivré Til. Barton de la crainte de voir cette articulation artificielle se luxer.

Tel est l'exposé fidèle de l'opération faite par M. Barton et de ses résultats. A ne considérer que ceux-ci , c'est , sans contredit , un beau succès , et il atteste le génip inventif de son auteur : mais l'opération elle-même était-elle indiquée? Cette question sera résolue affirmativement par toutes les personnes qui pensent qu'il faut parvenir à remédier à tout : elle sera résolue en sens contraire par les praticiens, en plus grand nombre, qui croient que la prudence et la raison ne permettent d'employer un remède qui fait courir au malade le risque de perdre la vie, qu'autant que la maladie contre laquelle on l'emploie est ellemême mortelle ; et je me range volontiers à ce dernier avis. ( L.-J. S.iNsoîi. )

ANODINS, de « primitif, et «^'uvi,. On appelait ainsi jadis les médicamens propres à calmer la douleur. Il est facile de concevoir combien cette dénomination est vicieuse, puisque tous les moyens qui tendent directement ou indirectement à ramener à l'état normal les organes affectés ont pour résultat de faire cesser la douleur. Il est cependant un autre moyen de rendre moins incommode ce phénomène morbide; c'est de produire sur le cerveau et le système nerveux une impression telle que leur sensibilité soit diminuée. C'est à quoi l'on parvient quelquefois par l'usage des substances qui exercent leur action sur ces parties, et qu'on a nommées narcotiques , parce qu'un de leurs principaux effets est de produire de l'engourdissement et de la propension au sommeil.

La douleur étant produite par des causes très-diverses , il n'est pas de moyen unique delà calmer; donc point d'anodin à proprement parler. En effet, il n'est possible de faire cesser la douleur que par une des quatre méthodes suivantes : en rétablissant l'organe dans son état naturel; en lui faisant éprouver une stimulation d'un autje genre qui, suivant une expression adoptée , chajige

ANTEVERSION.

ANTHELMIWTIQUES.

son mode de sensibilité; en excitant une douleur nouvelle dans une partie plus ou moins éloignée, ou en agissant directement sur le cerveau ou sur le système nerveux. Or, si un cataplasme émoUient, un coup de bistouri , un ve'sicatoire et une dose d'opium peuvent, suivant le cas, avoir un même résultat, savoir la cessation de la douleur, ainsi qu'on l'a judicieusement fait observer, on ne saurait, sans une grossière inconséquence, réunir sous la même dénomination des objets aussi divers. La division des anodins en parégoriques et en hypnotiques n'a pas plus de fondement que la classe elle-même, et prouve que les dénominations des médicamens expriment moins les résultats qu'on en avait observés , que ceux qu'on en désirait obtenir. (F. Ratier. )

ANOREXIE, s. f., Anorexia, c<-Jop;^ci, de «privatif, et «^.fts, appétit. L'anorexie est un symptôme que l'on rencontre dans l'invasion et pondant la durée de la plupart des phlegmasies aiguës. Il prouve jusqu'à certain point que presque toujours l'estomac participe, par sympathie , aux souffrances des autres organes. L'anorexie a aussi quelquefois lieu dans les maladies chroniques , et alors elle est un signe fâcheux , car elle indique l'altération profonde d'un organe et la participation que commence à prendre à la maladie , l'estomac qui ' jusque-là y était resté étranger. Dans l'état de santé, et lorsque le cerveau est fortement occupé, si l'homme, livré à une méditation profonde ou dominé par une violente passion , n'est pas, à proprement parler , atteint d'anorexie, du moins il est insensible au retour de l'appétit. Mais dans ces deux cas aussi , ne toiiche-t-il point le premier degré de la maladie ?

Comment doit-on maintenant interpréter l'apparition de l'anorexie? Elle doit être considérée comme un avertissement de l'organisme qui nous prescrit l'abstinence, soit pour éteindre une hypérémie, en la privant des matériaux qui la produisent, soit pour empêcher l'estomac de se charger des matériaux qu'il ne peut élaborer quand les forces nerveuses sont distraites ailleurs. Ce qu'il y a donc de mieux à faire dans les deux cas où se présente l'anorexie, c'est de suivre l'avis de la nature, c'est-à-dire de faire observer la diète. En tourmentant, dans le premier cas, l'estomac par des vomitifs, on court le danger d'attirer sur lui l'irritation des autres organes , dont il ne fait encore que porter la nouvelle ; en prétendant , dans le second cas , le réveiller par des stimulans, on réussit à produire des digestions, malgré la forte contention du cerveau, mais, quelquefois aussi, en supposant toujours que ces digestions, pour ainsi dire artificielles, se fassent bien, on dépose sur l'estomac, par ces stimulations réitérées, le germe d'affections chroniques difficiles à guérir. On ne doit, au reste, chercher à faire cesser l'anorexie qu'en annulant les causes qui y ont donné lieu. Ainsi, après l'emploi de la diète, qui est ici rigoureusement indiquée , on suspend les travaux de cabinet quand l'anorexie est due à de profondes méditations ; on se livre à des exercices gymnastiques pris en plein air , ou même seulement à la déclamation et à la lecture à voix haute , etc. ; quand l'anorexie est due à une vie sédentaire , on emploie tous les moyens propres à faire diversion aux passions, lorsque ce sont elles qui ont causé l'anorexie ; enfin, on traite les maladies dont elle n'est qu'un symptôme ; c'est assez dire qu'il faut abandonner tous ces moyens qu'on prend pour rendre l'appétit sans faire cesser la cause qui l'a fait perdre , tels que les prétendus stomachiques , les élixirs de longue-vie, les soi-disant grains de santé , les eaux de Sedlitz , les toni et vomi-purgatifs , etc. , et autres drogues à l'aide desquelles on prépare des affections à l'estomac. ( Ch. Londe. )

ANOSMIE , de « privatif, et de o(T/j.y, , odeur. On appelle ainsi la diminution ou l'abolition de la sensibilité olfactive.

Quelques nosologistes , notamment CuUen et Sauvages , en ont fait un genre particulier de maladies ; mais il est évident qu'elle n'est et ne peut être que le symptôme d'une disposition physiologique ou pathologique quelconque, soit du sens de l'odorat , soit des nerfs qui y président , soit du centre même de la sensibilité.

Elle peut être congéniale , comme la privation des sens de la vue et de l'ouïd , ainsi que MM. Deschamps et Breschet en ont publié des exemples remarquables ; dans ce cas , elle est le plus ordinairement héréditaire et suppose alors quelque vice d'organisation par défaut, mais personne que je sache ne s'est encore attaché à saisir la cause organique d une pareille anomalie.

Comme toutes les sensations, celle de l'olfaction s'épuise aussi à force d'excitations trop vives et trop souvent répétées, ainssi qu'il arrive à la longue chez les personnes qui abusent du tabac et des odeurs fortes; elle peut de même être le résultat naturel des progrès de l'âge.

Plusieurs causes pathologiques peuvent donner lieu à l'anosmie. Les plus ordinaires sont l'inflammation ou l'ulcération de la membrane pituitaire , la présence des polypes ou ne toute autre production organique capable d'«mpêcher l'accès de l'air dans les fosses nasales , une altération quelconque des nerfs olfactifs ou des branches nasales de la cinquième paire (Magendie), ou même de la substance cérébrale chargée de la- perception des odeurs. Elle est un symptôme assez fréquent de quelques maladies nerveuses, telles que l'épilepsie, l'hystérie , la catalepsie , etc. Bichat l'a vue résulter de l'usage des mercuriaux ; Béclard l'a observée chez les individus privés de nez.

Le traitement de l'anosmie est aussi variable que les causes qui peuvent la produire , et doit être entièrement subordonné à la nature de ces mêmes causes. , (P. Jolly.)

ANTEVERSIOrr. On donne ce nom à l'inclinaison du fond de l'utérus en avant dans l'excavation du bassin ; dans l'état de grossesse on donne à cette inclinaison le nom d'obliquité, mais c'est alors dans l'abdomen que le viscère s'incline.

La matrice est naturellement penchée en avant par rapport à l'axe du corps , puisqu'elle est à peu près dans la direction de celui du détroit supérieur du

bassin. Elle est d'ailleurs fort mobile, et quand la vessie vient de se vider j U femme étant debout, son fond descend beaucoup plus encore; mais ces dèplacemens , bientôt corrigés par des déplacemens en sens contraire , n'ont aucune importance ; ce n'est que quand l'antéversion est considérable , quand elle estl accompagné d'un abaissement réel de toute la matrice , qu'elle presse doulou reusement par son fond sur la vessie, par son col sur le bas du rectum. Ceti état de chose est plus commun que ne porterait à le croire la négligence des! auteurs sur ce point de pathologie; mais en pareil cas la matrice est toujoursl aussi le siège d'un rengorgement qui en a accru le poids et la sensibilité , d'une) métrite chronique qui peut être ou non survenue à la suite des couches , maisi qui, le plus souvent, n'est que la conséquence d'une métrite aiguë, et- reconnaît en conséquence pour cause toutes celles qui sont propres à cette affection. Il est rare qu'elle coexiste avec une grossesse commençante : cependant Chopart en avait communiqué un exemple à Baudelocque.

On présumera l'existence de l'antéversion lorsque la femme se plaindra de pesanteur, de douleur à l'hypogastre et au-dessus du périnée, de tiraillement dans les lombes, de vives douleurs lors des approches maritales, lorsqu'elle remarquera surtout que les incommodités croissent quand elle reste long-temps debout , Tju'elle se fatigue à la marche , etc. , et qu'au contraire les accidens se calment et même disparaissent par le décubitus. Le toucher apprend d'ordinaire que la matrice a plus de volume, de poids et de sensibilité qu'à l'ordinaire, que son col parait plus long et plus saillant dans le vagin que de coutume , qu'il est fort bas et situé fort en arrière , et que le fond parait aussi fort abaissé en avant : sa face antérieure est celle que le doigt touche directement en pénétrant dans le vagin. Une sonde portée dans la vessie peut rencontrer la saillie du corps de la matrice qui a été prise quelquefois pour un calcul (Levret); jamais cependant elle ne donnera ni le bruit, ni la sensation d'un corps pierreux, eti| les signes mentionnés ci-dessus lèveront tous les doutes. |

Combattre la cause de l'antéversion , c'est-à-dire la métrite chronique (vojez ce mot) , ce doit être le premier soiu du médecin , et le plus souventiles antiphlogistiques locaux (bains, sangsues, injections, etc.), aidés de repos ,:j de séjour au lit, avec l'attention d'élever le bassiu sur un oreiller, suffisent eul quelques semaines pour procurer un rétablissement complet.

Dans quelques cas où la matrice, peu engorgée, peu sensible, était forte- j ment abaissée et inclinée en avant, on a pu avec avantage la soutenir et enj ramener le col en avant à l'aide d'un pcssaire en bilboquet.

L'antéversion a quelquefois lieu après l'accouchement; elle rend alors la délivrance plus difficile. ( f^orez ce mot. ) l

A. Lefret. Remarques sur les déplacemens (le la maU'ice; ancîeu Journal de Médecine , I lom. XL. Trois observations dont une avec aulopsie.

Desg-rang'es. Ibidem , tom. 59, pag. 35. Une oLservalîon.

Boj-er. Traité des maladies cliirurgicales , toni. 10 , pag. 535. Article plus complet que dans aucun autre traité général de cbirui^ic ou d'obstétrique. (Anl. DuGÈS.) |

ANTHELBIINTIQUES , ou Vermifuges , médicamens qui ont la propriété! d'agir sur les vers intestinaux, et de les faire périr sans exercer d'influence sensible sur les organes vivans que contiennent ces animaux parasites. Si l'onj voulait ne considérer que le résultat, c'est-à-dire l'expulsion des vers , toutes | les substances qui agissent sur le canal intestinal (purgatifs, vomitifs) , mérite- j raient ce nom; mais il est plus convenable de le réserver pour les médica-, mens qui amènent la mort des vers, quelquefois même sans en provoquer I l'expulsion. '

Plusieurs substances ont été conseillées comme jouissant de cette vertu, et il est facile de concevoir que plusieurs en effet peuvent en être pourvues ; mais c'est une preuve de crédulité que d'accorder à telle ou telle une préférence exclusive, à moins que l'expérience n'ait démontré d'une manière certaine qu'elle la mérite. '

Les vers intestinaux, car ce sont les seuls qu'on puisse attaquer d'une ma- i nière directe par les médicamens , existent fort souvent sans que rien révèle leur présence ; de ce genre sont les ascarides lombricoïdes. Il est peu d'enfans chez qui j l'on n'en rencontre. Plus fréquemment ils coexistent avec une phlegmasie] gastro-intestinale , dont ils sont peut être la cause , bien que des auteurs i recommaudables les en croient seulement un effet consécutif. Mille accidens di-i vers leur sont attribués, parce que , dit-on, on les a vus cesser immédiatement' après les déjections vermineuses. C'est une chose curieuse que de lire le tableau I des symptômes que peu produire le tueuia. Rien ne ressemble davantage à la ' description de l'hypocondrie; et de ce rapprochement on peut conclure que lesj auteurs n'ont pas toujours su reconnaître les cas complexes , et apprécier l'jn-' fluence des causes diverses sur des phénomènes qui ne sont rien moins que constans. Nous sommes loin cependant de nier que les vers intestinaux n« i puissent amener des symptômes plus ou moins graves : nous voulons dire seulement que cette opinion a été fort exagérée , et que , dans beaucoup de circonstances , les vers , quels qu'ils soient , donnent à peine naissance à quelques incommodités.

Dans l'emploi des anthelmintiques on ne doit pas perdre de vue que' très-souvent une phlegmasie gastro-intestinale accompagne les vers, ot doiti être prise en considération dans le choix des médicamens de ce genre, et d«! leur mode d'administration. Cette observation nous paraît d'autant plci*' importante, que dans la plupart des méthodes thérapeutiques vantées contre les vers, nous voyons deux élémens bien distincts, les anthelmintiques proprement dits elles purgatifs. Le but des inventeurs semble avoir été de tuer ou d'engourdir momentanément les vers, au moyen des premiers , et d'en expulser ensuite les cadavres , ou les individus asphyxiés, pas le secours des seconds. Cette dernière partie de l'opération , superflue si les vers étaient morts , dev«-

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