‹ Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques [electronic resource]Chapitre 59 sur 234 · ANTIMOINE. (273) ANTIMOINE · texte numérisé non relu

ANTIMOINE. (273) ANTIMOINE

Ïm

et de fer; il est en plaques épaisses d'une ligne environ , transparentes et d'un rouge hyacinthe. Sa poudre est jaunâtre; mise sur les charbons ardens, elle dégage une fumée blanche et une odeur sulfureuse peu marquée. Elle se dissout dans l'acide hydrochlorique avec un faible dégagement d'acide hydrosulfuriqne; la dissolution étendue d'eau forme un précipité blanc très - considérable.

Le verre d'antimoine est un émétique et un purgatif violent ; le danger de son administration l'a presque entièrement fait bannir de la pratique médicale.

Le crocus des vétérinaires, ou oxisulfure d'antimoine opaque, s'obtient, comme le précédent , en fondant dans un creuset le mélange d'oxide et de sulfure qui provient du grillage du sulfure d antimoine. Seulement, comme on |le coule aussitôt que la fusion en est opérée , le sulfure n'a pas le temps de se idécomposer à l'air , et le produit en contient beaucoup plus.

Le crocus est éclatant , d'un gris foncé , à cassure conchoïdc. Sa poudre , qui est brune, se fond sur les charbons en répandant l'odeur du soufre qui brûle ; traitée par l'acide hydrochlorique , elle dégage de l'acide hydrosulfurique et

Îorme une dissolution d'antimoine qui précipite en blanc par l'eau. Le crocus est plus usité aujourd'hui dans l'art vétérinaire que dans la oédecine humaine. On l'emploie en pharmacie pour préparer le vin émétique |roaJ/e, médicament peu sûr , que l'on administre cependant encore en lavement, comme un puissant dérivatif, dans les cas extrêmes de paralysie ou de (congestion cérébrale.

i Le crocus des vétérinaires n'est pas le crocus metallorum ou safran des métaux des anciennes pharmacopées. On préparait celui-ci en fondant dans un

Êreuset parties égales de nitrate de potasse et de sulfure d'antimoine. Le prouit de cette opération était une masse sulfureuse alcaline , tenant en combinaison ou suspension un composé d'oxide et de sulfure d'antimoine et un autre jcomposé de deutoxide d'antimoine et de potasse. Par le lavage on dissolvait toutes les parties alcalines, et il restait une poudre rougeâtre, insoluble , (formée d'oxi- sulfure d'antimoine et d'antimonite de potasse. C'est cette ipoudre qui était le crocus metallorum; elle n'est plus usitée. (Gtjibourt.) j ANTIMOINE ( soufre doré d'). Prenez 1 partie de sulfure d'antimoine , [2 parties de chaux vive et 40 parties d'eau. Éteignez la chaux dans l'eau , |ajoutez-y le sulfure d'antimoine pulvérisé , et faites bouillir pendant deux (heures. Laissez reposer et filtrez. Ajoutez dans la liqueur assez d'acide hydroichlorique pour qu'il y en ait un excès, agitez et laissez reposer. Lavez le précijpité et faites-le sécher.

La composition du soufre doré n'est pas encore parfaitement connue. . Berzélius , qui regarde le kermès minéral comme un simple sulfure d'antimoine, ne considère également le soufre doré que comme un sulfure plus ^levé , répondant à l'acide anlimonieux. Il paraît en effet que ce corps est Souvent un mélange de ce sulfure et du premier, et l'on conçoit d'ailleurs qu'il ne contienne pas d'oxide d'antimoine, en raison de l'excès d'acide qui préside à sa formation. Quoi qu'il en soit, le soufre doré est une poudre d'un rouge de ■feu , qui dégage de l'acide hydrosulfurique par l'action de l'acide hydrochlorique, dépose du soufre, et forme une dissolution de chlorure d'antimoine. Il est plus anciennement connu que le kermès et a toujours occupé une place idistinguée dans la thérapeutique. (Guiboxirt. )

I AT^TïM.OI'N^ { sous-hj-drosuljate d). Ce médicament , dont la découverte appartient à Lemery , est devenu célèbre sous le nom de poudre des chartreux ou dekermès minéral. On le prépare en faisant bouillir, dans 100 parties d'eau, U partie de sulfure d'antimoine pulvérisé et 5 parties de carbonate de soude Isec. On filtre la liqueur bouillante et on la laisse refroidir à l'abri du contact de l'air; elle dépose une poudre brune qui est le keimès minéral ; on le sépare de la liqueur au moyen du filtre ; on le lave avec soin et on le fait sécher.

L'action du carbonate alcalin sur le sulfure d'antimoine peut s'expliquer île ila manière suivante : d'abord les élémens de l'eau se séparent, et se portent , savoir : l'hydrogène sur le soufre , et l'oxigène sur l'antimoine , de là résultent del'acide hydrosulfuriqeet de l'oxîde d'antimoine qui constitueraient ensemble (de Vhydrosulfate neutre, si , en raison du transport de toute l'acide carbonique du carbonate de soude, sur une partie de sa base, l'autre partie n'agissait comme alcali libre. Cet alcali s'empare donc d'une partie de l'acide hydrosulfurique, et de là proviennent un hydrosulfate a/ca/î« soluble , et un soushfdrosulfate d'antimoine qui se dissout à l'aide de la chaleur dans le premier , mais qui s'en précipite en très-grande partie par le refroidissement ; il est formé sur 100 parties, de :

Acide hydr<l)sulfurique. . . . 18,26 Oxide d'antimoine 81,74

Le kermès minéral. est sous la forme d'une poudre brune, veloutée, peu altérable à l'air , lorsqu'il est bien préparé. Il se dissout dans l'acide hydrochlorique concentré avec dégagement d'acide hydrosulfurique , et la liqueur précipite ensuite en blanc par l'eau ; il devient jaune par les alcalis qui s'emparent de l'acide hydrosulfurique ; exposé au feu , il dégage de l'eau et de l'acide sulfureux , et laisse im résidu composé d'oxide et de sulfure d'antimoine. '

Le kermès minéral peut aussi s'obtenir par la voie sèche, en fondant dans un creuset l partie de sulfure d'antimoine et 2 parties de carbonate de potasse ; on fait bouillir dans l'eau la matière pulvérisée , et l'on agit du reste comme par la voie humide. Ce procédé donne une beaucoup plus grande quantité de kermès que le premier ; mais le produit est moins beau, et n'est employé que pour la médecine vétérinaire. ( Guibourt. )

DiCT. DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE PRATIQUES

ANTIMOINE [sulfure d'). Le sulfure d'antimoine existe' abondamment dans la terre , et c'est même la seule mine de ce métal qui le fournisse au commerce , après un grillage préliminaire et plusieurs opérations qu'il n'entre pas dans notre plan de décrire. Quant au sulfure même, on le fond dans un creuset percé, placé au-dessus d'un autre , et entouré de feu. La gangue, étant peu fusible, reste dans le creuset supérieur; le sulfure coule dans l'inférieur , où il cristallise en se refroidissant.

Le sulfure d'antimoine est en masses formées d'aiguilles parallèles, brillantes et d'un gris bleuâtre. Il pèse environ 4,5 , donne une poudre noire qui salit fortement les doigts , se fond sur les charbons ardens en produisant beaucoup d'acide sulfureux. 11 se dissout dans l'acide hydrochlorique, en donnant lieu à un fort dégagement de gaz hydrosulfurique.

Le sulfure d'antimoine est encore très-employé aujourd'hui, soit comme base des tablettes antimoniales deKunckeel, soit comme ingrédient commun des tisanes antisyphilitiques de Fcitz , de Vinache et de Pollini. Il sert en outre , à faire le kermès minéral, le soifre doré, etc. ( Guibourt. )

ANTIMOINE [tartrate de potasse et d'). Tartre stibié ou tartre émétique. Tua découverte de ce sel remonte vers l'année 1638 , et est attribuée à Adrien Mynsicht. On le préparait d'abord en faisant bouillir dans l'eau un mélange de 8 parties de crème [de tartre et de 3 parties de foie d'antimoine , filtrant la liqueur et la faisant cristalliser, ou l'évaporant à siccité. Le Codex de 1758 prescrivait un mélange de 1 partie de foie d'antimoine, 1 partie de verre d'antimoine, 2 parties de crème de tartre , et faisait évaporer la liqueur filtrée à siccité. Baron a le premier conseillé l'emploi de parties égales de verre d'antimoine et de crème de tartre ; mais bientôt après Macquer, Bergmann et Scheéleont prescrit l'usage de la poudre d'algaroth (oxi-chlorure d'antimoine), et ce moyen paraît préférable à tous les autres.

Pour préparer le tartre émétique par ce procédé, on commence par faire dissoudre du sulfure d'antimoine dans l'acide hydrochlorique , en ayant soin de se mettre à l'abri de l'abondante production d'acide hydrosulfurique qui en résulte. On décante et on filtre la liqueur ; on la concentre par l'évaporation, et on la verse dans une très -grande quantité d'eau , qui en précipite une combinaison d'oxide et de chlorure d'antimoine , ou un oxi-chlorure. C'est avec ce composé que l'on prépare le tartrate d'antimoine et de potasse : h cet effet, on en mêle 1 kilogramme avec 1450 grammes de bi-tartrate de potasse, et l'on projette ce mélange, par parties , dans 10 kilogrammes d'eau bouillante. On continue l'ébullition pendant une demi-heure, on filtre et l'on fait cristalliser. Dans cette opération, non-seulement l'oxide de l'oxi-chlorure se combine au bi-tartrate de potasse, mais encore, jusqu'à un certain terme, le chlorure lui-même décompose l'eau, et forme de nouvel oxide qui s'unit au tartrate, et de l'acide hydrochlorique qui reste libre dans la liqueur.

Le tartrate d'antimoine et de potasse cristallise en octaèdres demi- transparens qui deviennent opaques en s'efTIeurissant à l'air. Il se décompose au feu en dégageant l'odeur propre aux tartrales, et laisse apercevoir des points métalliques d'antimoine réduit. Dissous dans l'eau , il rougit le tournesol ; forme avec la potasse un précipité blanc, soluble dans un excès d'alcali. L'acide hydrochlorique y détermine un précipité d'oxi-chlorure , et l'acide sulfurique y forme un sous-sulfate. L'acide hydrosulfurique et les hydrosulfates y occasionnent un précipité rouge, floconneux, d'hydrosulfate ou de sidfure d'anmoine.

D'après M. Berzélius , le tartrate d'antimoine et de potasse est composé de :

Acide tartrique 53,20

Oxide d'antimoine. . . . 27,10

Potasse 12,53

Eau 7,17

( GUIBOTJRT. )

ANTIMOINE et ses préparations envisagées sous le rapport médico-légal. L'antimoine métallique et tous ses composés sont plus ou moins vénéneux. La plupart sont usités soit en médecine ou en pharmacie, soit dans les arts. Le médecin doit donc savoir quels sont les moyens de reconnaître ces diverses substances à l'état de pureté comme à celui de mélange. J'exposerai les principaux caractères de chacune d'elles, et j'insisterai de préférence sur l'émétique , comme étant la préparation antimoniale la plus répandue et la source la plus fréquente d'empoisonnement.

Jntimoine métallique. Solide , cristallisé ou en poudre, lamelleux, traité par l'acide nitrique à chaud, il se transforme en deutoxide blanc sans se dissoudre (il se dégage beaucoup de vapeurs jaunes orangées d'acide nitreux ) ; la poudre blanche qui résulte de cette action est soluble dans l'acide hydrochlorique et forme avec lui un composé huileux (beurre d'antimoine ou chlorure d'antimoine) qui, versé dans l'eau, la décompose immédiatement et se transforme en un corps blanc insoluble (sous-hydrochloratede protoxide d'antimoine, poudre d'algaroth) et en un sel soluble (hydrochlorate acide de protoxide d'antimoine) contenant une très-faible quantité d'oxide. Ces deux corps, traités isolément ou ensemble par l'acide hydrosulfurique, se colorent en jaune orangé ( soufre doré d'antimoine ). L'antimoine métallique peut être considéré comme un éméto-cathartique assez puissant. Les pilules perpétuelles qui étaient entièrement formées par cette substance produisaient souvent des purgalions considérables. Il peut donner lieu à des vomissemens , des déjections alvines très-abondantes, des tranchées intolérables, des convulsions, et par suite entraîner la mort. ( Plenck. ) Quoique ces accidens soient rarement portés à ce degré, il ne serait pas sans inconvénient d'introduire ce métal dans la fabrication

ANTIMOINE

des ustensiles destinés^ux usages domestiques , et particulièrement à la confection des alimens.

Beoere d'antimoine (chlorure d'antimoine), solide, blanc, ou liquide oléagineux. Projeté dans l'eau , il se transforme en un corps blanc , insoluble (poudre d'algarolh , s. hydrochlorate de protoxide d'antimoine) et en un corps soluble (hydrochlorate acide de protoxide d'antimoine). Les deux substances , traitées par l'hydrogène sulfuré , fournissent du kermès décomposable, de manière à fournir de l'antimoine métallique ; ainsi que je le dirai à l'article Émétique. Ce corps est excessivement caustique ; il détruit la peau , la désorganise ; à plus forte raison agirait-il sur les membranes muqueuses. On ne connaît pas d'empoisonnement par ce composé.

Émétiqde ( tartrate de potasse et de protoxide d'antimoine ) , solide , cristallisé ou en poudre blanche, d'une saveur nauséabonde ; mis en fragmens peu volumineux sur des charbons ardens, il décrépite , est souvent projeté au loin, noircit, répand une fumée blanche, et laisse apercevoir une foule de petits globules brillans d'antimoine métallique. Ce 'résultat ne peut être obtenu qu'à l'aide d'un charbon très-ardent et avec de l'èmctique presque pulvérulent. L'opération réussit mieux dans un creuset chauffé au rouge ou dans une petite coupelle à chalumeau , mais alors , pour caractériser le métal , il faut laver le résidu afin d'enlever la potasse qui l'entoure. L'émétique en poudre très-fine ne fournit pas d'antimoine sur les charbons ardens , parce qu'il est dans un tel état de division que le mttal s'oxide et se répand sous la forme d'une fumée blanche. Toutefois, cette expérience n'est rigoureuse qu'autant que le métal obtenu a été traité ainsi que nous l'avons indiqué à l'article Antimoine.

Dissolution d' émétique. Elle partage la saveur de l'émétique solide; elle est incolore, rougit la teinture de tournesol , mais avec peu d'intensité ; précipite en blanc l'eau de chaux (tartrate de chaux et de protoxide d'antimoine ) ; le précipité est soluble dans un excès d'émétique et dans l'acide nitrique. Cet essai doit être fait en versant quelques gouttes de dissolution dans une certaine quantité d'eau de chaux ; en agissant contrairement à cette marche , on s'exposerait à ne pas obtenir de précipité. Traitée par l'acide liydrosulfurique gazeux ou dissous dans l'eau, elle fournit un précipité jaune orangé , de soufre doré , floconneux ( sous-hydrosulfate sulfuré de protoxide d'antimoine). 11 est plus convenable de faire passer un courant d'acide hydrosulfurique gazeux dans la dissolution d'émétique, que d'employer ce réactif à l'état liquide. C'est l'agent le plus puissant pour reconnaître ce poison étendu d'eau : c'est aussi celui qui peut le mieux caractériser une préparation antimoniale. La couleur du précipité qu'il fournit n'a que peu d'analogie avec celle du sous-hydrosulfate de protoxide d'étain , ou avec celle du sulfure d'arsenic. Cependant il ne sufïit pas, pour constater la présence de l'émétique , d'obtenir un précipité blanc avec l'eau de chaux, et un précipité jaune orangé avec l'acide hydrosulfurique; il est encore nécessaire de chercher à obtenir l'antimoine métallique , en agissant sur le soufre doré qui le contient. Plusieurs procédés ont été proposés à cet effet : l'un , conseillé par M. Orfîla , consiste à recueillir le précipité , h le mêler avec un peu de potasse et de charbon ou bien avec du flux noir ( mélange de charbon et de sous-carbonate de potasse), et à l'introduire soit dans un creuset , soit dans un tube de verre , puis à le chauffer au rouge pendant huit ou dix minutes : on peut encore mettre la pâte dans une petite cavité pratiquée sur un morceau de charbon et la décomposer au chalumeau : l'emploi du premier instrument a été conseillé par ce médecin-légiste dans ses ouvrages de médecine légale; celui des deux derniers, dans une Réponse à une Mémoire de M. Turner , insérée dans les Archives de Médecine en décembre 1827. Or, l'usage de tel ou tel instrument n'est pas indifférent lorsqu'il faut agir sur une fraction de grain de précipité, et je rejetterai, avec M. Turner, non pas exclu?ivcment , mais dans beaucoup de cas, l'emploi du creuset : l» parce que l'antimoine métallique, une fois réduit, est souvent disséminé dans la masse sous la forme de globules inappréciables ; 2" parce que , dans les cas où l'on agit sur plusieurs grains de soufre doré, l'antimoine obtenu est tellement adhérent aux parois du creuset qu'on ne l'en sépare qu'avec difficulté , et qu'une personne peu habituée à faire des expériences ne prendrait souvent pas assez de soin pour l'en détacher. Ces motifs d'exclusion paraîtront peutêtre de peu de valeur aux yeux des hommes qui font de la médecine légale dans leur cabinet; je les engage à répéter eux-mêmes ces expériences. L'usage d'un tube pour opérer la réduction du soufre doré n'est pas exempt d'inconvéniens: ["sa rupture est extrêmem.ent facile , et l'on s'expose à perdre les substances employées, 1° l'antimoine , comme dans le cas précédent , est souvent disséminé dans la masse. Quant au chalumeau, je le regarde comme un des instrumens dont on puisse faire le meilleur usage en médecine légale, et principalement dans le cas dont ils'agit.jc doute cependant que ce moyen devienne d'un usage bien général, parce qu'il faut une grande habitude pour s'en servir. M. Berzélius a fait un volume sur son mode d'emploie , et à consacré ungrand nombre de pages à des détails d'exécution dont il faut faire une étude toute spéciale. Qu'il me suffise de dire que la même flammepeut oxidcr un mélalou réduire son oxide, suivant le lieu de la flamme où la substance sur laquelle on agit est placée , et que certains oxides métalliques ne deviennent réductibles au chalumeau qu'autant que l'on a la faculté de produire telle ou telle espèce de flamme. Cet e.tposé sommaire fera sentir qu'un médecin, déjà fort embarrassé quand il tient • un verre à expériences , ne pourrait pas faire usage de cet instrument.

Le second [nocédé est dû à M. Turner. II est fondé sur cette propriété connue de riiydrogène, de séparer le soufre de l'antimoine à une température élevée. L'appareil à employer paraîtra peut-être un peu compliqué, mais l'exécution en est tellement facile et les résultats si évidens, que je ne balance pas à proposer ce moyen comme le plus certain dans ses résultats ; je vais entrer

(274) - ANTIMOINE, I

dans quelques détailt relatifs à son mode d'emploi d'autant plus qu'ils n'ont pas , été donnés. On commence par séparer le précipité de la liqueur traitée par l'acide ' hydrosulfurique ; à cet effet on le lave à plusieurs eaux ; on décante les eaux de lavage et on recueille le précipité, uni à un peu d'eau, dans une petite capsule de porcelaine , puis on fait évaporer jusqu'à siccité presque complète. (Il faut bien se garder de recueillir le soufre doré à l'aide d'un flltre ; on eu perdrait une partie.) On se procure ensuite une fiole à médecine et un tube î de verre long de cinq à six pouces et de trois à quatre lignes de diamètre , on introduit le sulfure d'antimoine dans sa cavité, de manière à le rassembler sur une surface d'un à deux pouces ; on adapte à chaque extrémité du tube un autre tube plus petit recourbé à angle droit ; l'un des deux tubes sert à établir unecommunication avec la fiole à médecine , l'autre doit s'enfoncer de quelques lignes dans l'eau d'un petit récipient. L'appareil étant ainsi monté , on place le tube principal sur un fourneau contenant un feu vif. Lorsque le tubeestsurlepointde rougir , on verse de l'acide sulfurique dans la fiole où l'on avait préalablement introduit du zinc et de l'eau. Alors l'hydrogène qui se dégage se combine avec le soufre du sulfure d'antimoine, donne naissance à de l'acide hydrosulfurique, qui sort de l'appareil sous la forme de vapeurs blanches , et l'antimoine mis à nu se volatilise sur la paroi supérieure du tube ( il est peut-être plus prudent de faire dégager l'hydrogène , avant de chauffer le tube et de remplir l'appareil ; on évite de cette manière une explosion qui peut survenir dans les cas où la presque totalité de l'air n'aurait pas été chassée par la chaleur). On ne doit arrêter le dégagement de l'hydrogène qu'à l'époque où le tube est sur le point d'entrer en fusion , et où il se dégage un gaz sans vapeur, c'est-à-dire de l'hydrogène pur. On brise alors le tube et on voit une couche brillante formée par une infinité de petits globules visibles à l'œil nu , et, dans quelques cas rares, à la loupe seulement.

Je propose l'essai suivant comme devant donner une preuve irrécusable de la nature du métal obtenu. Prendre la poi lir)n du tube qui contient la couche! métallique ; verser sur celle-ci quelques gouttes d'eau régale (il se produit unei effervescence avec dégagement de gaz acide nitreux ) , volatiliser l'excès d'acide; employé, ce qui se pratique facilement en chauffant le tube, et lorsqu'il est parfaitement oec , mettre sur la partie métallique dissoute une ou deux gouttes d'eau. La place devient blanche immédiatement (poudre d'algaroth formée) , on lui donne ensuite l'aspect et la nature du kermès en l'arrosant avec une goutte d'hydrosulfate de potasse. De cette manière on décompose et on recompose le précipité qui provient de l'émétique.

La dissolution d'émétique fournit encore un grand nombre de précipités avec les réactifs : ainsi l'acide sulfurique , la potasse , la soude , les sous-carbonates de ces bases , l'eau de barite la précipitent en blanc ; l'infusion alcoolique de noix de galle , en blauc grisâtre tirant sur le jaune ; les hydrosulfates solubles en brun (kermès) ; tous ces réactifs ne sont pas nécessaires quand on s traité celte dissolution comme nous l'avons indiqué ci-dessus et qu'elle a offcri des résultats positifs.

Émétique dissous dans du vin , de la bière ou du thé. — Je me suis assure que ce poison ne fait subir à ces liqueurs que peu de changement dans leui couleur, même après un séjour de plusieurs mois , mais il peut être décomposé à la longue par elles , et donner lieu, pour le vin par exemple, à un dépôt rougeâtre , peu abondant il est vrai, mais qui contient un peu d' oxide d'antimoine. Dans ce dernier cas , le médecin doit agir 1" sur la liqueur, 2° sur le dépôt. A. sur la liqueur : en la décolorant avec du charbon animal et la traitant ensuite par l'acide hydrosulfurique seulement, car l'eau de chaux précipite en blanc le vin qui ne contient pas d'émétique à cause du tartrate acide de potasse qu'il renferme presque constamment. B. sur le dépôt : le dissoudre à chaud, à l'aide de l'acide tartarique, faire évaporer une partie de liqueur pour la concentrer, et la traiter par l'hydrogène sulfuré afin d'obtenir du soufre doré.

Mêlé à du lait , l'émétique peut en opérer la coagulation s'il s'y trouve en grande quantité; cet effet ne se produit toutefois qu'au bout d'un certain temps, il n'apporte immédiatement aucun changement remarquable dans l'aspect des ' matières animales avec lesquelles il peut être incorporé. L'analyse de ces divers mélanges doit être faite de deux manières. 1° Faire bouillir les matières solides dans de l'eau distillée, ou filtrer simplement les liquides , et rechercher si la ' liqueur contient de l'émétique, eu agissant sur elle comme sur une dissolution i simple. 2» Si la matière solide a opéré la décomposition de ce poison , M. Orfila conseille de calciner ces matières dans un creuset avec du charbon pulvérisé] et de la potasse , de manière à obtenir l'antimoine métaillique. Déjà nous avons fait sentir les inconvéniens attachés à ce procédé en parlant de la calcination di précipité obtenu par l'acide hydrosulfurique dans la dissolution d'émétique Ils sont accrus dans cette circonstance par la quantité de résidu que fournissent les manières solides végétales ou animales après leur calcination, et par 1< temps nécessaire à opérer une pareille décomposition. M. Turner a propose d'unir à tous les liquides contenant des matières végétales ou animales , un ci deux gros d'acide tartarique et d'acide hydrochlorique , de faire bouillit pendant quinze minutes environ , de laisser refroidir et filtrer ^ de soumettrt alors la matière liquide à l'action de l'hydrogène sulfuré , de la porter ensuit( à l'ébullition pour dégager le gaz en excès , après quoi le sulfure se précipite s elle contient du tartrate de potasse et de protoxide d'antimoine. M. Turnei conseille l'emploi de l'acide tartarique dans le but de rendre soluble l'émétiqui qui aurait pu être décomposé par les matières végétales et animales ; et l'acidi hydrochlorique pour coaguler une partie de ces dernières matières. L'emplo de l'acide tartarique me paraît très-propre à remplir le but que se proposi M. Turner: celui de transformer en une substance soluble l'émétique décom posé. Il offre même un très-grand avantage que n'a pas signalé ce chimiste '

I Ji

kl

AWTIM(XIWE.

ANTIMOINE

c'est qu'il ne décompose pas l'hydrogène sulfuré , comme le font les acides forts , qui , à l'instar de l'acide tartarique , pourraient être emp.loyes a rendre solub'le le produit de la décomposition de l'cmétique, en sorte qu'au moment où l'on fait passer l'acide hydrosulfurique , dans le but de faire naître un précipité de soufre doré , on obtient un dépôt franc et exempt de soufre. Je suis loin d'approuver l'emploi de l'acide hydrochiorique dans le but de coaguler la matière animale ; outre que l'emploi de l'acide me parait inutile , il dissout la matil-re animale loin de la coaguler. J'engage donc à supprimer son usage qui ne me semble devoir conduire qu'à des résultats désavantageux. Dans les recherches que j'ai faites pour découvrir le mercure dans les fluides animaux , et dont j'ai fait connaître les résultats dans \a Bibliothèque médicale, j'ai indiqué un procédé qui peut recevoir ici son application, dans les cas où les moyens précédens n'auraient pas conduit 'a la découverte du poison et où l'on voudrait acquérir la certitude qu'il n'en existe pas. 11 consiste à traiter les matières solides qui le contiennent , ou le dépôt qui s'est formé dans un liquide et qui renferme le produit de la décomposition, par de l'eau régale dans une petite capsule de porcelaine ; à faire bouillir jusqu'à dissolution complète , rapprocher la dissolution de manière à volatiliser l'excès d'eau régale employée , étendre la masse d'un peu d'eau , y faire passer un courant de chlore, et concentrer la liqueur par évaporation. On traite alors par l'hydrogène sulfuré en excès , et il se produit un précipité de soufre doré que l'on doit décomposer à la manière des précipités analogues obtenus dans de simples dissolutions d'émétique. Ce procédé a l'avantage , 1° de dissoudre toute la matière animale, 2° la totalité du composé insoluble provenant de l'émétique , 3° d'enlever à la liqueur, à l'aide du chlore, la presque totalité de la matière animale, 4° d'obtenir une liqueur privée de la plus grande partie de ces matières , et qui renferme de l'hydrochlorate de protoxide d'antimoine , que l'acide hydrosulfurique transforme en sous-hydrosulfate ou soufre doré.

Action de l'émétique sur l'économie animale. — Les expériences de M. Magendie tendent à démontrer 1» qne l'émétique exerce principalement son action sur le canal intestinal et sur les poumons ; 2» qu'il agit et localement et par absorption. En effet , quand on injecte dans les veines d'un chien ce poison dissous dans l'eau, quand on l'introduit dans l'estomac, quand on l'applique à l'état solide sur le tissu cellulaire , ou qu'on le fait passer dans ses cellules, on ohserve des nausées, dés vomissemens , des déjections alvines , une difficulté plus ou moins grande de la respiration, en même temps que la circulation s'accélère. On trouve après la mort des traces d'inflammation des poumons, de l'estomac et du canal intestinal.

La dose d'émétique capable de donner la mort chez les chiens, lorsque cette substance est introduite dans l'estomac, varie en raison de l'existence ou de l'absence des vomissemens. Elle est de 6 à 10 grains chez les animaux dont on lie l'œsophage. Il est impossible de la déterminer lorsque des vomissemens ont lieu-.

Si l'on a égard aux observations recueillies chez l'homme, on est porté à admettre cette double action de l'émétique, 1° sur le canal intestinal,; 2" sur les poumons : sur le canal intestinal, car dans tous les cas où les individus ont succombé après avoir pris de fortes doses d'émétique , on a presque constamment trouvé des altérations de l'estomac et des intestins qui dénotaient une inflammation intense; sur les poumons , car dans plusieurs observations des taches noirâtres, irrégulières, s'étendant plus ou moins profondément dans le parenchyme de ces organes, ainsi, qu'une hcpatisalion, ont été constatées. D'ailleurs il est bien difficile d'expliquer les succès obtenus par l'émétique dans le traitement de la pneumonie, en supposant que ce médicament ait seulement agi comme dérivatif sur le canal intestinal. Aussi Laennec avait-il adopté l'opinion d'une action directe sur les poumons par le fait d'une absorption.

Quant à la dose d'émétique capable de donner la mort à un individu , il est impossible de la préciser d'après les observations faites chez riiomme , observations qui ne coïncident pas tout-à-fait avec les expériences de M. Magendie. Ainsi on a pu administrer jusqu'à deux gros d'émétique sans donner lieu à aucun accident et sans qu'il y ait eu de vomissemens. A la vérité, cette dose n'a pas été prise de prime-abord, mais dès le début on a donné 15, 20, 30, grains d'émétique , et souvent plus. ( Il est d'observation que , lorsqu'une grande quantité d'émétique est donnée dans une petite quantité de véhicule, les vomissemens n'ont pas lieu. ) Ce médicament a été administré chez l'homme malade, et sous ce rapport on ne peut pas en inférer qu'une pareille dose d'émétique produirait les mêmes effets chez l'homme sain. Les observations d'empoisonnement par cette substance s'élèveraient contre une pareille assertion.

On sentira facilement qu'une foule de circonstances sont susceptibles de faire varier cette dose, l'état sain ou malade de l'individu, son âge, sa constitution, la facilité avec laquelle il vomit, la quantité d'alimens qu'il a pu avoir prise, la manière dont l'émétique aura été administré , etc., etc.

Au surplus, la loi ne demande pas à quelle dose telle ou telle substance peut donner la mortpourêtre considérée comme vénéneuse ; elle regarde comme poi. son toute substance capable de donner la mort plus ou moins prompteraent.

Les syptômes que développe l'empoisonnement par l'émétique consistent dans une saveur désagréable au moment de l'ingestion du poison, des nausées, des vomissemens quelquefois réitérés, ou dans l'absence complète de vomissemens , une douleur épigastrique plus ou moins vive, une contraction convulsive du pharynx et de l'œsophage , une chaleur brûlante dans 1^ région de l'estomac , des syncopes, une gêne assez forte de la respiration , le pouls petit, serré et fréquent, une sueur visqueuse sur tout le corps , des évacuations alvines considérables, accompagnées ou non de coliques, de tranchées et par suite toute la «érie des symptômes que développe l'inflammation du canal intestinal.

Quant aux altérations que l'on trouve après la mort, elles sont celles qui accompagnent les phlegmasies des mêmes organes. Nous croyons devoir ajouter que, dans plusieurs cas, les altérations trouvées après la mort" n'ont pas répondu à l'ensemble des phénomènes morbides observés pendant la vie.

Deux indications à remplir se présentent dans le traitement de l'empoisonnement par l'émétique , comme dans tout autre cas du même genre : 1° neutraliser les restes du poison qui existent dans l'estomac ou en déterminer l'évacuation; 2» combattre les phénomènes morbides auxquels il a pu donner lieu. La substance déjàémélique par elle-même facilite les vomissemens , mais il est quelquefois nécessaire de les provoquer , puisque , même dans l'état de santé, l'émétique à haute dose peut ne pas faire vomir. L'eau tiède en grande quantité doit donc être alors administrée. C'est lorsque les vomissemens ont eu lieu que l'on doit faire prendre au malade , soit une décoction de quinquina, soit une décoction de noix de galle , soit enfin un liquide quelconque qui tiendrait en dissolution du tannin (décoction d'écorce de chêne , de marronnier, etc.). Cette substance transforme l'émétique en une matière insoluble , d'un blanc grisâtre , qui ne parait pas exercer d'action sur les voies digestives. L'irritation de l'estomac ne doit pas arrêter le médecin dans son administration , car en gorgeant le malade de liquide on déterminera l'évacuation et de l'émétique décomposé et du contre-poison employé. D'ailleurs , les effets de la décoction de quinquina sont bien moins redoutables que ceux de l'émétique ; certains praticiens conseillent même d'administrer la décoction de quinquina de prime-abord et en quantité assez considérable pour provoquer les vomissemens. Cette conduite nous paraît rationnelle . mais nous ferons observer qu'il vaudrait mieux adopter la première méthode si l'on n'avait à sa disposition qu'une décoction de noix de galle, ou au moins l'administrer avec quelque réserve. L'activité de cette substance motivera suffisamment cette exception.

Pour remplir la seconde indication on devra prescrire des tisanes raucilagineuses, desluvemens émolliens, et combattre les phlegmasies du canal digestif par les évacuations sanguines et la médication émolliente. On a remarqué que dans cette sorte d'empoisonnement les malades conservaient pendant longtemps une susceptibilité gastrique très-grande, en sorte que l'usage du lait comme aliment devra être prolongé.

Kermès minéral ( sous-hydrosulfate de protoxide d'antimoine ). Pulvérulent , brun , insoluble dans l'eau, soluble dans l'acide hydrochiorique , avec dégagement d'hydrogène sulfuré ; décomposable par l'hydrogène , de manière à fournir de l'antimoine métallique (voyez Emétique ) ; traité par la potasse et le charboii le métal est mis à nu , et il reproduitdu sulfure de potassium.

Cette substance agit sur l'économie à la manière de l'émétique et probablement avec la même intensité.

Soufre DORÉ {sous-liydrosulfale sulfuré de protoxide d'antimoine). Pulvérulent, d'un jaune rougeàire assez vif, possédant toutes les propriétés chimiques du kermès , n'en différant que par la couleur. Même action sur l'économie animale.

Vc.i-re d'antimoine. ( Combinaison de sulfure et de protoxide d'antimoine. ) Solide, en lames demi-vitreuses, d'un rouge hyacinthe, ou bien en poudre jaune dont les parcelles sont brillantes , insipide , inodore, insolubledans l'eau, se transformant en beurre d'autimoine quand ou le chauffe avec l'acide hydrochiorique et présentant alors tons les caractères de ce composé. (Voyez Beurre d'antimoine. )

On possède quelques exemples d'empoisonnement par du verre d'antimoine qui avait séjourné dans du vin blanc. Les accidens qu'il a produits se rapprochent de ceux que détermine l'émétique.

Vjn ANTtMONiÉ [verre d'antimoine en digestion dans du vin de Alulaga). Liquide , jaune , rougeâtre ou rouge , saveur styptique; évaporé jusqu'à siccilc, il fournit un résidu qui^ traite' par l'acide tartarique et l'eau, donne une liqueur dans laquelle on peut facilement démontrer l'existence d'une préparation antimoniale, à l'aide de l'hydrogène sulfuré. (Voyez Emétique. ) Il est vénéneux à la manière de l'émétique.

Magendie; Mémoires sur l'action de l'émétique.

O'fila; Toxicologie générale.

Archives générales de Médecine , caliier de décembre 1827 et de janvier 1828.

( Alph. Deveegie. )

ANTIMOINE. (Thérapeutique.) Les préparations antimoniales, long-femps rejetées de la thérapeutique par des esprits timides ou prévenus, employées d'abord exclusivement dans le traitement des maladies des animaux, essayée» pour la première fois sur l'homme , à ce qu'on assure , par Basile Valenlin ; prodiguées ensuite sans réserve ou préconisées outre mesure, et rejetées plus t^rd sans examen, ont été , dans ces derniers temps , l'objet de nombreuses expériences et de tentatives hardies dont les résultats n'ont pas encore été bien rigoureusement appréciés. Si quelques unes de ces préparations sont aujourd'hui peu usitées ou presque entièrement tombées dans l'oubli, à cause de l'incertitude de leur composition ou de leurs effets , d'autres sont placées au premier rang parmi les médicamens dont l'action est la plus constante et la plus énergique. Si un petit nombre d'enli'e elles sont à peu près inertes (antimoine pur, sulfure d'antimoine pur ) , la plupart exercent une action particulière et stimulante sur l'économie animale ; ce qui nous a conduit à présenter l'histoira de leurs propriétés , dans un même article.

Les préparations antimoniales, administrées à l'intérieur, à de certaines doses , excitent le vomissement et la purgation, et parfois la sueur. A plus hautes doses , elles peuvent déterminer un véritable empoisonnement , principalement caractérisé par les désordres fonctionnels des organes digestifs. Toutes les préparations antimoniales , douées de quelque activité, se ressemblent plus ou

ATîlIMOINE.

ANTIMOINE

moins par le mode de leur action , et diffèrent surtout enlre elles , par le degré de leur activité. D'un autre côté, les effets de ces préparations sont singulièrement modifiés par les circonstances ou les conditions dans lesquelles elles sont administrées. Ainsi le tartre stibié, le kermès et le soufre doré d'antimoine peuvent être prescrits , dans le rhumatisme aigu et surtout dans la pneumonie, à des doses élevées et fractionnées, qui occasioneraient des accidens graves si on les administrait, en une seule fois, ou à des individus atteints d'autres affections. J'ajouterai môme que leurs effets, à doses déterminées, sont rarement les mêmes trois ou quatre jours de suite , et qu'en les portant successivement à des doses de ])lus cnf>Ius élevées, on n'exagère pas toujours les phénomènes qu'elles avaient d'abord produits. C'est ainsi, par exemple, que le kermès, à la dose de six à huit grains, sur le même individu , et en apparence ])lacc' dans les mêmes conditions , produira , un jour, des vomissemens , le lendemain des coliques , et le surlendemain de la sueur, ou même aucun des ces phénomènes, avec ou sans changement appréciable dans la marche de la maladie contre laquelle il aura été administré. Et c'est pour cela que si , pour un expérimentateur de bonne foi, les effets physiologiques les plus ordinaires des préjiarations antim.oniales peuvent être constatés , il faut reconnaître qu'il n'est pas aussi facile d'assigner la part plus ou moins active qu'elles prennent dans la guérison des affections contre lesquelles elles ont été recommandées; car, indépendamment des variations qu'on observe dans les effets de ces médicamens , aucune de ces affections n'est forcément et constamment stationnaire , lorsque sa marche n'est pas entravée ou accélérée par l'influence de ces préparations.

Les effets des préparations antimoniales peuvent être modifiés par ceux de diverses substances avec lesquelles on les associe. La plupart de ces modifications sont , au reste , peu connues. En vain consulte-t on les ouvrages pratiques de nos prédécessurs , surchargés de ces formules compliquées ; il est bien rare qu'ils donnent les motifs de ces combinaisons d'agens divers , et plus rare encore qu'ils en exposent clairement les effets : et la vie d'un médecin, placé dans les conditions les plus favorables , suffirait à peine à l'étude de l'influence qu'exercent, sur l'homme malade, les plus vantées de ces préparations , rassemblées par M. Jourdan dans sa Pharmacopée unii'erselie. D'une multitude de préparations anlimoniales , qui ont été , parmi les médecins , l'objet de tant de disputes, le beurre d'antimoine , le kermès, le tartre stibié , le su/Jure d'antimoine , le soufre doré d'antimoine , Vantimoine diophorètique lai'é , ont presque seuls été conservés dans la thérapeutique j le reste n'appartient plus qu'à l'histoire de la matière médicale (Jleurs argentines d'antimoine , poudre d'algriroth , matière perlée de Kerkringius , foie d'antimoine , safran des métaux, verre d'antimoine, etc.). D'un autre côté, la véritable nature de plusieurs préparations antimoniales usitées , est encore incertaine ou au moins sujette à varier, suivant les diverses formules d'après lesquelles on les a préparées ou les soins apportés à leur conservation [kermès , soufre doré , antimoine diaphorétique). L'émétique est presque la seule qui offre une composition toujours identique; encore l'elïlorescence légère qu'il peut subir, suffit-elle, sous le même poids , pour en faire varier l'activité.

§ I"'''. Antimoine pur (régule d'antimoine). Plusieurs pharmacopées, entre autres celle d'Amsterdam et noire Codex, permettent de prendre, dans le commerce, l'antimoine destiné aux usages thérapeutiques; d'autres, avec plus de raison, veulent que ce métal soit obtenu/>wpar le pharmacien , l'antimoine du commerce contenant toujours de l'arsénic. En effet , M. Serrulas a démontré |o que , dans l'antimoine du commerce , il y a, terme moyen , un 50^ d'arsénic; 2" que le sulfure d'antimoine des diverses mines en présente jusqu'à un 20", et, terme moyen, un 60" ; 3» que le verre d'antimoine et le sous-sulfate d'antimoine en contiennent encore des quantités très-nolables; 4» que le soufre doré d'antimoine et le kermès en offrent , un 600e j 5o qu'il en est de même de l'antimoine diaphorétique, du foie d'antimoine et de son oxide sublimé; 6° qu'il n'y en pas dans l'émétique cristallise, parce qu'il reste dans les eaux-mères ; 7" que le beurre d'antimoine en est également exempt. (Mém. sur les alliages de potassium et de sodium , et sur l'existence de l'arsénic dans les préparations antimonia/es usitées en médecine , ISIetz , 1820-1821 , in-8°.)

L'antimoine pur n'est maintenant d'aucun usage en médecine; il est sans action sur l'économie animale. J'en ai fait prendre plusieurs gros , sans qu'il ait produit de phénomènes physiologiques appréciables. Cependant Plenck assure que lorsque ce métal est administré inconsidérément, il occasionne le vomissement , des déjections alvincs très-abondantes , des tranchées intolérables , de l'anxiété , de l'agitation, des hémorrhagies , des convulsions, l'infl.immation de l'estomac et <les intestins, l'érosion, la gangrène et la mort. Je ne puis m'expliqucr le développement de ces phénomènes, s'ils ont été réellement observés, qu'en supposant, qu'ils ont été dus à la combinaison d'une petite quantité d'oxigène avec ce métal , pendant son séjour dans l'estomac, ou bien encore à ce que l'antimoine était allié à quelque substance étrangère, h de l'arsénic , par exemple. D'un autre côté , on assure que des individus exposés à l'action des vapeurs antimoniales ont éprouvé une grande difficulté de respirer , un serrement à la poitrine , accompagné d'une toux plus ou moins sèche et qui n'était souvent que le prélude d'une hémoptysie ; qu'ils ont été sujets à des coliques et au dévoiemcnt. Fourcroy a vu cinrpiante personnes chez lesquelles tous ces symptômes se développèrent dix h douze heures après avoir respiré les vapeurs d'un sulfure d'antimoine qu'on avait fait détoner avec du nitre; et M. Orfila pense que l'action prolongée de ces vapeurs pourrait donner lieu à des accidens graves , suivis de la mort. Au reste , ces fâcheux effets doivent être attribués non à l'antimoine métallique, mais à l'oxide d'antimoine, au gaz nitreux , où à l'acide arsénicux , formés pendant l'opération.

Depuis long-temps on a renoncé au moyen infidèle des gobelets faits avec un

alliage d'antimoine et d'étain pour préparer le vin antimonial, et à l'usage aussi ridicule que dégoûtant des pilules perpétuelles qu'on faisait avaler aux malades pour les purger. Le vin émétique devait toutes ses propriétés à l'oxide d'antimoine qui s'était formé, et qui avait été dissous par l'acide contenu dans le vin. Or , la quantité d'oxide tenu en dissolution pouvant varier à l'infini, on était exposé à voir les malades qui en faisaient usage éprouver des accidens plus ou moins graves, et surtout à ne point atteindre le but qu'on s'était proposé.

§11. Chlorure d'antimoine {beurre d'antimoine). Escharotique des plus énergiques dont on se sert, surtout pour cautériser les plaies profondes, étroites, sinueuses, telles que celles qui résultent des piqûres faites par les instrumens imprégnés des matières putrides, ou produites parla morsure des animaux enragés et des serpens venimeux , ou bien encore pour détruire des verruesi des végétations et des caries. Ce médicament , d'autant plus avantageux que par sa consistance il tient le milieu entre les caustiques solides et ceux que leur liquidité trop grande rend également difficiles à manier , détruit les tissus avec lesquels on le met en contact et produit une eschare blanche. Pour l'employer, on en imprègne un petit morceau de bois ou bien un pinceau de charpie dont on se sert pour toucher les parties que l'on veut détruire. On peut encore en imbiber de petites boulettes de charpie , lorsqu'on veut agir dans une plus grande étendue ou plus profondément. Ce caustique demande à être manié avec prudence , lorsqu'on l'applique dans le voisinage d'une artère , parce qu'il étend son action au-delà du point où on l'applique. On pourrait le [substituer avantageusement à l'oxide blanc d'arsénic , dont il n'a pas les dangers, lorsqu'il s'agit de détruire des surfaces cancéreuses. Le beurre d'antimoine s'altère, lorsqu'il n'est pas conservé à l'abri du contact de l'air, ou même lorsque le flacon qui le renferme n'est pas bouché à l'émeri , eu sorte que son action n'est pas toujours égale. L'huile d'antimoine a une action analogue, mais moins énergique.

Jamais le chlorure d'antimoine n'a été employé à l'intérieur. Dissous dans l'eau, il laisse déposer un oxide d'antimoine blanc, connu sous le nom d€ poudre d'Algaroth ou de mercure de vie.

§111. Sous-CHLORURE d'antimoine {poudre d'algaroth, oxi-chlorure d'antimoine ^mercure de vie, sous-hydroclorate ffantimoine.) L'action de cette substance a été peu étudiée. A la dose d'un, de deux à quatre grains, c'est un violent émétique et d'un effet peu certain ; ce qui l'a fait à peu près abandonner. A dose élevée , il peut produire des accidens graves. Un marchand de Copenhague, qui souffrait, d^epuis long-temps, de douleurs de la goutte et d'une grande faiblesse dans les genoux, se mit entre les mains d'un chirurgien de vaisseau, qui lui persuada qu'il ne guérirait jamais de ses infirmités, sans la salivation. Il prit donc, de l'avis de ce chirurgien, quelques doses, un peu fortes, de mercure de vie, qui le purgèrent violemment par haut et par bas , et qui lui causèrent ensuite une salivation si considérable qu'il tomba dans un état de faiblesse et d'épuisement qu'on ne saurait imaginer. Appelé vers la fin de juillet, Olaûs Borch le trouva froid comme de la glace, quoiqu'il eût un grand feu dans sa chambre ; son pouls était imperceptible , il respirait avec une extrême difficulté; il jouissait cependant de toute l'étendue de ses facultés intellectuelles. Il mourut dans la nuit. {Act. Medicophilos. soc. Hafniens. , ann. 1677, vol. 5 , obs. 52, p. 141. )

§ IV. SuLFDRE d'antimoine {antimoine cru, antimoine sulfuré). Le sulfure d'antimoine natif contient quelquefois de l'argent, de l'or, du cuivre, du nickel et de l'arsénic, suivant M. Serrulas. Ce composé n'est applicable aux usages phaimaceutiques qu'après avoir subi quelques préparations préliminaires et qui ont pour but tie le débarrasser des substances étrangères, et surtout de le réduire en poudre impalpable. Elles consistent tantôt à le piler dans un mortier de fer, à le porphyriser et à le mêler avec beaucoup d'eau, dont on laisse reposer lentement la partie trouble , après avoir permis aux molécules les plus grossières de se précipiter ; tantôt à le porphyriser seulement avec un peu d'eau après l'avoir pilé, et à le faire sécher ensuite ; tantôt enfin , à le faire fondre dans un creuset , à le couler dans nne lingotière , et , après qu'il est refroidi , à séparer la masse cristalline des scories. En résumé, les préparations qu'on fait subir au sulfure d'antimoine ne le rendent pas complètement pur ; la quantité d'arsénic qu'il peut contenir reste indéterminée ; elle varie suivant que le sulfure d'antimoine a été ou non soumis plusieurs fois à l'action de Veau bouillante ; de là nécessairement des assertions trop générales ou inexactes sur ses propriétés, et la nééessité de l'expérimenter comparativement, à l'état de ^ureîe, ou tel qu'on le livre dans les officines.

A mon invitation M. Guibourt a bien voulu chercher à déterminer la quantité' tl'arsénic contenu dans le sulfure d'antimoine qui sert aux usages de sa pharmacie. Une once.1 de sulfure d'antimoine , porphyrisé et lavé avec deux onces d'ammoniaque liquide, a été rais dans une fiole; on l'a souvent agité pendant vingt-quatre heures , et la liqueur étendue d'eau , filtrée et évaporée à siccité , a laissé déposer six grains seulement de sulfure d'arsénic , environ -It du poids du sulfure employé , proportion inférieure à celle indiquée par M. Serrulas.

La décoction de sulfure d'antimoine, conseillée par quelques thérapeutistes, est beaucoup plus active qu'une égale quantité de même sulfure , employée en jioudre. M. Guibourt a soumis à l'ébullition une once de sulfure d'antimoine dans seize onces d'eau distillée, jusqu'à réduction de moitié environ. La liquear filtrée a été précipitée par l'hydro-sulfate de potasse et l'acide hydrochloriquc, et a fourni t'.n grain -1 de sulfure d'arsénic sec, ce qui répond à un grain d'acide arsénicux , car le sulfure d'arsénic bouilli dans l'eau ne se dissout qu'en raison d'une petite quantité d'eau décomposée. C'est même cette transformation d'un sulfure d'arsénic insoluble, en un acide soluble et éminemment énergique,

ANTIMOINE. ( 277

qui explique pourquoi la décoction du sulfure d'antimoine est beaucoup plus active que le sulfure lui-même. Ainsi j'ai pu faire prendre, pendant plusieurs jours, une demi-once de sulfure d'antimoine à plusieurs malades , sans qu'ils jen aient éprouvé le plus léger efl'et , tandis qu'Us étaient purgés assez fortement par la décoction de deux gros seulement du même sulfure ; on conçoit qu'ils n'auraient pu prendre , sans inconvénient , en une seule fois les L de grain d'acide arsenieux que la même quantité de sulfure d'antimoine (demi-once) cède à l'eau bouillante.

Tout concourt donc à rendre le sulfure d'antimoine un médicament infidèle :

10 il contient des quantités variables de sulfure d'arséuic ; 2° la poudre est beaucoup moins énergique qne la décoction ; 3» le sulfure cède à l'eau des 1 quantités inégales d'arsénic , suivant qu'elle est plus ou moins fine , que le tissu ioù on le renferme est plus ou moins serré, neuf ou imprégné de matières qui jen bouchent les pores.

Les anciens se servaient du sulfure d'antimoine, comme cosmctu/ue , Tpoav teindre les sourcils; les Mahométans l'emploient, dit-on, aujourd'hui de la même manière et s'en teignent même les bords des paupières pour donner à ll'œil plus d'éclat; usage répandu en Perse et dont on trouve des exemples dans les livres saints. Le sulfure d'antimoine est employé dans l'Inde , comme émétique , dans les fièvres intermittentes , au rapport d'Ainslie. Il est probablement tres-impur. On eu fait aussi un collyre avec le suc de grenade ; et les Arabes le placent au nombre des aulhelmintiques (Mat. mèd. in. , t. 1 , p. 496).

11 a été recommandé dans les ulcères ( Bell ), les fièvres intermittentes ( Murait ) , dans la goutte et le rhumatisme (Kunckel, Herman, Ludwig, etc.), dans les maladies chroniques de la peau ( Baldinger , Vogler ) , surtout dans la gale ( Hermann , Tissot , etc. ).

Lorsqu'on a expérimenté l'action de cette substance , en poudre , il est permis de s'étonner de la réputation dont elle a joui , et du soin qu'on a pris de repro-

i duire , dans quelques formulaires , des recettes de bols, de pilules ou de poudre , et dans lesquelles le sulfure d'antimoine est administré à la dose de 4 , 6 ou 8 grains. Cullen dit l'avoir souvent donné, plusieurs semaines de suite, à la dose

I d'un demi-gros à un gros , sans qu'il en soit résulté des phénomènes appréciables. Dans un ou deux cas seulement où il fut porté k une grande dose , il produisit de légères nausées et même le vomissement, ce qui lui fit penser que, dans quelques cas , l'antimoine cru pouvait être un médicament actif. Je l'ai moi-même fait prendre k plusieurs malades affectés de goutte , de rhumatisme ou de maladies chroniques de la peau , k la dose d'un , de deux et de trois gros , dans vingt-quatre heures , sans avoir observé de dérangement ou de modification dans les fonctions digestives. J'ai introduit une demi-once de sulfure d'antimoine dans le tissu cellulaire du dos d'un lapin , qui n'en a pas souffert pendant trois jours, après lesquels je m'en suis servi pour une autre expérience. Le sulfure d'antimoine fut retrouvé dans la plaie. Quinze grains introduits dans dans le péritoine furent suivis d'une péritonite , et l'animal mourut 24 heures après l'opération , sans avoir présenté de symptômes particuliers. Il paraîtrait donc que les accidens et les phénomènes observés par Cullen ont été dus soit à la maladie des individus auxquels le sulfure d'antimoine avait été administré, soit k d'autres remèdes dont ils faisaient usage , soit à l'action que les acides qui se rencontrent quelquefois dans les premières voies exercent sur ce sulfure, ou bien enfin k ce que celui dont Cullen s'est servi contenait une quantité no>table d'arsénic.

Quant aux effets éloignés que le sulfure d'antimoine produit sur les maladies chroniques de la peau, ils sont sans contredit moins sensibles et moins appréciables que ceux que déterminent toujours le repos et le régime de vie régulier auquel sont astreints les malades admis dans nos hôpitanx. Dans un autre article ( Peab) j'aurai occasion de démontrer combien est grande cette influence, trop souvent méconnue ou oubliée des thérapeutistes : mon but, en la rappelant ici, est seulement de faire remarquer qu'elle complique toutes nos expériences, et qu'on a pu attribuer k l'usage du sulfure d'antimoine , prolongé pendant plusieurs mois , ce que j'ai obtenu souvent par le repos et un régime plus régulier. La même observation s'applique incontestablement k quelques préparations telles que Yèthiops antimonial d'Huxham (mélange de mercure, de fleurs de soufre et d'antimoine cru) , qu'on a recommandées dans le traitement des scrophules. Elles s'appliquent aussi à l'onguent de sulfure d'antimoine dont on a vanté les effets dans quelques maladies de la peau , et qui ne m'a paru avoir d'autres propriétés que celles de l'axonge impur. Au reste le peu d'activité du sulfure d'antimoine explique ce me semble, pourquoi Hufelaud, qui a singulièrement vanté les avantages des préparations antimoniales dans le traitement des scrophules , déclare que le sulfure d'antimoine est préférable , lorsque la susceptibilité de l'estomac est telle que les autres préparations d'antimoine excitent le dégoût, le vomissement ou la diarrhée, et qu'il faut en continuer l'usage pendant long-temps. Une jeun(; fille , âgée de douze ans , scrophuleuse , d'api-ès les conseils de M. Hufeland, prit le sulfure d'antimoine k la dose d'un scrupule, trois fois par jour , et cette dose fut portée progressivement k une demi-once , toutes les 24 heures. Au bout de six semaines , cette malade était complètement guérie; mais elle avait pris en même temps des bains sulfureux et de la douce-amére ; et il est permis de penser que la guérisou ne fut pas due , au moins uniquement, k l'action du sulfure.

Guldbrand a publié, dans les Mémoires de la Société de Copenhague, des réflexions surles propriétés anti-arthritiques de Vantimoine cru; il a également eu recours k ce remède pour combattre des douleurs rhumatismales. Il faisait prendre , tous les soirs, k ses malades, cette substance réduite en poudre, k la dose d'un demi-gros , dans un véhicule convenable. Il aidait l'action de l'antimoine par une infusion de fleurs du sureau , qu'il administrait en. tisane; et

DiCT. DE MÉDECINE ET DE CniKUnGIE PRATIQUES.

) ANTIMOINE

toutes les semaines il cherchait k rendre le ventre libre par un léger laxatif. Guldbrand assure avoir employé ce remède, avec succès, principalement chez les pauvres habitans des villes, qui s'exposent journellement aux intempéries de l'atmosphère, qui couchent dans des lieux bas et humides, qui se nourrissent d'alimens malsains. Je ne veux contester aucun des -heureux résultais obtenus par le médecin danois ; mais je crois devoir faire remarquer qu'ils ont été reproduits avec trop de confiance ; que Guldbrand a eu certainement tort d'accorder exclusivement au sulfure d'antimoine ce qui aurait pu être attribué, avec plus de raison , k l'action des purgatifs, de l'infusion de sureau chaude ou tiède qu'il employait en même temps, ou k d'antres influences dont il n'a peut-être pas tenu compte. Je dirai plus : si j'avais la certitude que Guldbrand eût employé du sulfure d'antimoine pur, j'ajouterais hardiment que l'expéi'imentateur s'est trompé , et que pour reconnaître son erreur , il lui eût suffi de faire agir le sulfure d'antimoine, indépendamment de toute autre médication. C'est ce que j'ai fait moi-même , dans quelques cas de goutte et de ihumatisme chronique , sans entrevoir d\J]'ets physiologiques, ni d'action curativc qui pussent être attibués k cet agent. Et je n'ai pu me décider k essayer avec persévérance le sulfure d'antimoine, en poudre, dans le traitement des aiï'ectiens rhumatismales aiguës de quelque gravité; tant j'ai été frappé de son peu d'eflicacité.

La sulfure d'antimoine passait autrefois pour stomachique ; on le croyait propre k augmenter l'embonpoint; il produisait aussi, disait-on cet effet chez les animaux et particulièrement sur les porcs. Mais la preuve de tels efl'ets qui l'a fournie?

Le sulfure d'antimoine entre dans la composition d'une foule de préparations pharmaceutiques , et en particulier dans celle de la poudre antimoniale de Kœmpfer , des tablettes restaurantes de Kunckel, qui l'a beaucoup vanté dans le traitement des rhumatismes, des pilules restaurantes de Jaser , des pilules anlimonialcs de Klein. On l'employait autrefois en décoction dans l'eau pure. M. Guibourt a reconnu que cette décoction , faite avec le sulfure d'antimoine de sa pharmacie , ne pouvait pas être regardée comme aussi inerte que la poudre , puisqu'elle contenait une certaine quantité d'acide sulfurique. Le sulfure d'antimoine est aussi un des ingrédiens de la tisane de Felz, de la décoction d'Arnoult, etc., dont les utiles effets , dus très-probablement aux autres substances , auxquelles le sulfure d'antimoine est associé, et k la formalion d'une certaine quantité d'acide arsénieux , ont été constatés dans plusieurs maladies, et surtout dans le traitement des sypliilides. Les résultats obtenus avec ces tisanes ne pourraient être comparables et identiques , si le sulfure d'antimoine était doué de quelque énergie; c'est- k-dire, s'il était impur ou combiné avec une certaine quantité d'arsénic; car dans la préparation des décoctions , des quantités inégales de sulfure s'échappent k travers les mailles plus ou moins serrées des nouets dans lesquels on le renferme , après lui avoir fait subir une phorphorisation plus ou moins exacte. 11 paraît même que lorsqu'on ne renouvelle pas le sulfure, dans la préparation des tisanes , ainsi que cela se pratique dans les hôpitaux , celui qui a été soumis plusieurs fois k l'ébullition se trouve par cela seul moins chargé d'arsénic et la tisane est moins active , M. Guibourt, k ma prière, k bien voulu faire quelques expériences , k ce sujet , et elles ont confirmé les résultats que j'ai obtenus par l'observation clinique.

Enfin, d'autres conditions peuvent donner , en apparence , au sulfure d'antimoine , des propriétés qu'il n'a pas. Ainsi un acide minéral administré après l'ingestion de ce sulfure, provoque presque toujours des vomissemens. On a même attribué k l'existence d'acide dans les premières voies, les efiéts émétiques déterminés par des sulfures d'antimoine qui contenaient peut-être une assez grande quantité d'arsénic.

§ V. Kermès minéral ( sous-hydrosulfute d'antimoine ) , connu aussi sous le nom à''oxide d'antimoine hjdrosulfuré brun, de sous-hydrosulfate sulfuré dUintimoine. C'est un composé d'antimoine, d'oxygène et de soufre, dans lequel l'oxide d'antimoine prédomine. La composition exacte du kermès est encore incertaine ; il paraît qu'elle varie suivant le mode de préparation. Il est altéré par l'air , la lumière , les acides , etc. On l'a quelquefois sophistiqué avec le santal rouge {Jauni. Chim. méd., 1829 pag. 59). Ces diverses circonstances ne doivent pas être ignorées des thérapeutistes qui en étudient l'aclion. On assure même que les acides que contient quelquefois l'estomac, altèrent la composition du kermès et peuvent en modifier singulièrement les effets.

L'action du kermès sui' les animaux est beaucoup moins énergique que celle de l'émétique. Un gros de kermès a été placé tlans le tissu cellulaire de la partie interne des cuisses d'un lapin, et il a continué de manger , les jours suivans, comme si on ne lui eût point pratiqué d'opération. La même expérience, faite avec deux gros de kermès, a produit le même résultat.

Lorsqu'on introduit le kermès, k la dose de 4 k 8 grains , dans les voies digestives d'un homme sain , il provoque tantôt le vomissement et tantôt des déjections alvines , accompagnées d'un malaise plus ou moins considérable, et quelquefois ne produit aucun dérangement appréciable. Deux de mes élèves , M. le docteur Bisson et M. Raisin , qui l'ont pris plusieurs fois k cette dose , n'ont jamais remarqué qu'il déterminât de sueur, de toux , ou d'autres symptômes vers la peau ou les organes de la respiration.

On emploie bien rarement le kermès comme vomitif, ou comme purgatif, son action étant moins certaine et moins fidèle que cejle des substances auxquelles on a habituellement recours pour remplir ces deux indications. Il a été plus généralement recommandé dans le traitement des inflammations des bronches el dans celui des pneumonies parvenues k leurs dernières périodes et qui marchent ver la résolution, et dans le but de faciliter l'expectoration.

ANTIMOINE

ANTIMOINE

On le donne alors mêlé avec du sucre et délayé dans de l'eau , ou dans des sirops qu'on fait prendre par cuillerées ; enfin on l'administre aussi à la dose de I ou 2 grains , tenu en suspension dans un looch blanc ou dans une potion huileuse, que le malade prend d'heure en heure , par cuillerées. Mal incorporé avec les potions , il s'arrête quelquefois dans le gosier, est rendu avec les crachats et leur donne un aspect rouillé qui peut en imposer au médecin. On l'administre aussi sous forme sèche, en bols , en pilules oa en pastilles, à la dose d'un ou plusieurs grains ; mais , en général , il faut s'abstenir de le donner ainsi, son action étant moins sûre que lorsqu'il est tenu en suspension dans un liquide. Dans les inflammations pulmonaires , on recommande généralement de donner le kermès à doses assez faibles pour qu'il ne produise qu'un effet modéré sur la membrane muqueuse gastro-intestinale, et qu'il ne suscite ni nausées ni évacuations alvines. Cependant ces effets , dits expeciorans, ne m'ont jamais paru plus sensibles que lorsqu'il agissait d'une manière non équivoque sur les organes digestifs. Et lorsqu'on parvient, par l'usage du kermès, à faciliter l'expectoration dans les inflammations de la membrane muqueuse des bronches, il agit très-probablement comme dérivatif, en transportant, sur l'estomac et l'intestin , une partie de l'inflammation fixée sur les poumons.

Au reste , c'est une étrange assertion que celle émise par un pathologiste moderne , lorqu'il a avancé que le kermès convenait dans presque toutes les maladies dont le symptôme essentiel était la toux. J'ai expérimente' ce remède sur plusieurs individus affectés de pneumonies, de phthisies, de catarrhe pulmonaire , et de quelques autres maladies : il est résulté de ses essais, qui ont été suivis , jour par jour , avec la plus grande exactitude , par M. Bonnet , élève interne de l'hôpital Saint-Antoine : 1° que le kermès, administré à la dose d'un grain , dans un looch , ne modifie pas sensiblement la sécrétion pulmonaire , ne la rend surtout pas moins visqueuse , et ne provoque point la toux , ni de dérangement des organes digestifs ; 2» que la guérison des malades affectés de catarrhe pulmonaire , auxquels il a été administré à cette dose, n'a pas paru plus rapide, toutes choses égales d'ailleurs , que celle de quelques autres qui ont pris des loochs simples ; 3° qu'à la fin des pneumonies dont la resolution s'annonce par le retour du râle muqueux , la sécrétion des bi'onches devenant naturellement de moins en moins visqueuse, et plus tard de moins en moins abondante , on ne peut raisonnablement attribuer au kermès , pris dans de semblables circonstances, à faibles doses, un résultat auquel il peut être complètement étranger; 4° que la quantité des matières expectorées , au déclin des pneumonies qui se terminent par guérison , n'étant pas égale deux jours de suite, chez un même malade, il est difficile de constater jusqu'à quel point le kermès la diminue.

Cependant le kermès m'a paru calmer l'inflammation des bronches lorsqu'il irritait sensiblement les voies digestives. Dans les premières périodes des pneumonies, la dose de ce remède peut être portée à 20 , 30 , 60 et 80 grains , souvent sans provoquer de douleurs gastro-intestinales, de vomissemens ou de diarrhée. Sous ce rapport ses effets se rapprochent de ceux de l'émétique à haute close, et paraissent en différer surtout en ce que le kermès purge plus souvent qu'il ne fait vomir, et qu'il fait moins sûrement disparaître les premiers symptômes d'une péripneumonie que l'émétique. Il résulte, en outre, de ces essais, que le kermès, à la dose de 2 grains chez les adultes, détermine quelquefois des colliques passagères , ou des gargouillemens incommodes , avec ou sans diarrhée; qu'à 5 grains, ses effets sont plus marqués et souvent accompagnés de nausées et de vomissemens ; que , dans ce cas , il peut provoquer consécutivement de la chaleur à la peau , mais qu'alors il n'a point d'action marquée sur le pouls, qu'à la dose d'un ou deux grains , quand il ne fait pas vomir de suite, ou dans les premiers jours de son administration , il peut entretenir ime susceptibilité plus grande de l'estomac et réveiller des inflammations gastro-intestinales assoupies. Enfin il est démontré pour moi , que le kermès , à la dose de 6 , 8, 10 , 20 , 30, 40 grains et plus , n'a pas une action salutaire aussi marquée qu'on l'a dit contre les pneumonies hépatisées , et qui ne sont point accompagnées d'expectoration (pneumonies sèches de quelques-uns). Dans ce cas de petites saignées de 3 à 4 onces , répétées tous les jours ou tous les deux jours , ou alternées avec de légers laxatifs , m'ont paru d'une utilité moins équivoque que le kermès. Cependant , j'ai vu des cas ou son emploi , à haute dose , m'a paru avantageux ; tel était celui d'un vieillard, admis à l'hôpital Saint-Antoine , atteint d'une pneumonie grave, et qui dans l'espace de seize jours a pris I once 4 gros 42 grains dekermès. Ce vieillard, faible, maigre, d'une mauvaise constitution , sujet à de fréquens catarrhes, fut pris, dans le mois de juin 1829 , d'une pneumonie. A son contrée à l'hôpital : respiration courte, gênée , peu de douleur dans le côté droit , toux avec expectoration rouge de matières sanguinolentes, ou jaunes , comme bilieuses , glutineuses , s'étendanten nappe; sonoréilé et expansion à gauche du thorax ; à droite, matité dans toute l'étendue du poumon; en arrière, légère expansion avec râle crépitant; partout ailleurs , point d'expansion , respiration bronchique , bronchophonie , eu arrière et sur le côté ; peau chaude , sèche , pouls plein ; aucun symptôme du côté du ventre (saignée de deux palettes , eau gommée) , sdiis couenneux. Deuxième jour, mêmes symptômes (gomme, saignée , 15 grains dekermès , à prendre dans un julep, par cuillerées d'heure en heure). Troisième jour, sang couenneux, point de nausées, de selles ni de coliques, peau chaude , pouls fréquent, expectoration moins rouge , glutineuse ; en bas , en arrière , les bulles de râle crépitant sont plus grosses , bronchophonie moins prononcée ( diète , saignée de deux palettes , 20 grains de kermès dans un julep , à prendre par cuillerées). Quatrième jour, sang non couenneux , point de nausées , de coliques ni de selles ; peau chaude , pouls plein , mou , langue un peu sèche , ventre non-douloureux

toux, expectoration rouge, glutineuse; mêmes signés stéthoscoplques {diète} ) 25 grains de kermès dans un julep ). Le cinquième jour , il y a un grand déga- 1 J gement de gaz intestinaux. Du reste, aucun autre effet sur le ventre, point de sueur, l'inspiration est plus profonde, moins gênée à droite. Le son revient pur à droite , il y a fort peu de bronchophonie , et vers la racine du poumon û y a partout du râle crépitant (30 grains de kermès, diète). Sixième jour, seulement un peu de sensibilité dans le ventre , toux plus rare, expectoration peu abondante de crachats glutineux, présentant quelques stries de sang ; il y a moins de râle crépitant et plus de bronchophonie que la veille ( 40 grains de kermès , diète ). Septième jour, même état. Il n'y a pas de kermès à la pharmacie, et le malade n'en prend point aujourd'hui. Huitième jour , une selle , point de sensibilité dans le ventre (^0 grains de kermès). Neuvième jour, gargouillemens dans le ventre , un peu de douleurs , point de nausées, une selle liquide, toux, expectoration rouge par points, râle crépitant sur le côté, bronchophonie en arrière (50 grains de kermès, diète ). Dixième jour, aucun effet appréciable du kermès, toux, expectoration muqueuse, collant^, râle muqueux dans le lobe inférieur , crépitant dans le supérieur, bronchophonie vers la racine du poumon , pouls plein, mou , peau chaude et sèche (&0 grains dekermès dans lejulep). Onzième jour , mêmes symptômes( IQ grains dekermès, diète). Douzième jour , mêmes symptômes (veWcaioire sur le côté droit , 1^ \ i grains dekermès , diète). Treizième jour , aucun effet appréciable de kermès,! *|i l'expansion revient , moins de respiration bronchique et bronchophonie , j ^ expectoration muqueuse , mêlée de crachats lie de vin ( 60 grains de kermès ). On continue ce traitement. Seizième jour , peu de toux , expectoration muqueuse , collante , blanche ; matité seulement à la racine des bronches ; partout ailleurs le son est revenu , bronchophonie là où il y a matité , ailleurs l'expansion revient, à peine si l'on entend quelques bulles rares de râle ; aucun effet appréciable du kermès sur l'estomac, dont on cesse l'usage ,1e mieux contienne; les jours suivans.

A la dose de 2 ou 3 grains , le kermès ne fait pas suer les rhutnatisans dontlè! corps n'est pas tenu très-chaud et dont les boissons ne sont pas administrées tièdes. D'un autre côté, il est des individus affectés de rhumatisme aigu, qui suent indépendamment de toute médication , sans en éprouver de soulagement, et chez lesquels l'action du kermès est aussi équivoque que son utilité et contestable. Les poudres diaphorétiques sédatii'es (mélange d'opium et de kermès) m'ont paru moins actives que la poudre de Dower , qui , comme tous les sudorifiques , procure plus facilement de la sueur , pendant le sommeil que pendanti la veille. Le kermès n'est d'aucune utilité contre la toux hystérique. Les émulsions , et les potions émétiques et purgatives dans lesquelles entre le kermès, n'ont aucun avantage marqué sur les autres émétiques ou purgatifs qu'on administre quelquefois, avec succès, à la fin des inflammations pulmonaires qui marchent vers la résolution et développées chez des individus dont les organest digestifs sont dans l'état sain. Incorporé dans de la poix ou de l'axonge , et appliqué sur la peau sairie, le kermès est sans action sur elle. Les pommades kerméiisées sont d'une faible utilité dans les inflammations chroniques de la peau.

Ajouterai-je que les succès obtenus par Barthez , en associant le kermès aii calomel dans le traitement des engorgemens du bas-ventre , peuvent être difficilement appréciés ou vérifiés , la nature et le siège des engorgemens n'ayanti pas été rigoureusement constatés : que si M. Alibert assure avoir employé ^ avec beaucoup d'avantage , le kermès minéral dans Yatropliie mésentérique des enfans, il n'a pas sans doute indiqué, sous ce nom , des ccecocolites chroni-^ ques , accompagnées ou non d'engorgement des ganglions lymphatiques du mésentère; car de toutes les propriétés du kermès la moins contestable est son action irritante sur l'estomac et l'intestin.

Enfin , jusqu'ici les propriétés du kermès, comme celles de beaucoup d'antres remèdes , ayant été souvent préconisées sans examen , je crois devoir! ajouter que ceux qui répéteront mes expériences devront bien se tenir sur leurli gardes, lorsqu'ils essaierontd'apprécier les résultats annoncés par les malades toujours prévenus en faveur des remèdes dont ils font usage, et plus disposés encore à répondre dans le sens des questions qu'on leur adresse ; car , s'il est da devoir du médecin de rechercher toutes les applications utiles dont un médicament est susceptible, il n'importe pas moins à sa bonne foi de publier les doutes que les conditions de l'administration de ce remède laissent quelquefois dansi son esprit.

Desbois de Rochefort a rapproché du kermès les fleurs rouges d'antimoine , composé qui semble être un muriate d'antimoine et d'ammoniaque obtenu par sublimation , et qu'on trouve encore dans quelques pharmacies. — Les fleurs jaunes paraissent être analogues.

§. VI. Soufre dobé d'antimoine. C'est un composé d'oxygène , d'antimoine, d'hydrogène et de soufre , renfermant moins d'oxide d'antimoine et plus àe\ soufre que le kermès (sulfure d'antimoine hydraté avec excès de soufre (Berzél lius ); mélange de proto et de deuto-sulfure d'antimoine ( Henry fils); souS'X hydro-sulfate sulfuré d'antimoine, etc.) ; et dont la composition varie un peu. suivant la manière dont il est préparé. Aussi les anciens admettaient-ils plusieurs soufres dorés d'antimoine, d'autant plus actifs qu'ils étaient plus pâles, suivant Desbois de Rochefort , et selon que le soufre y était en plus grande proportion, et que la précipitation en avait été faite sur un liquide plus épuré. Aujourd'hui on précipite en une seule fois tout le soufre doré que l'on veut retirer du kermès, et on l'obtient ainsi à peu près identique. M. Pagenstecher a constaté que l'odeur hydro-sulfureuse, que dégagent les mixtures dans lesquelles on le fait entrer, dépend non d'une préparation vicieuse, mais d'un mouvement de fermentation qui s'y est développé. On doit donc éviter , en général, de l'asso-

ANTIMOINE

ANTIMOINE

cier aux substances fermentescibles {Bibl. méd.^ tom. 74^ p. 127 ) ; Cette remarque s'applique également au kermès et aux sulfures.

Le soufre doré d'antimoine, expérimenté sur les animaux, m'a fourni les mêmes résultats que le kermès. Un gros de soufre doré a été placé dans le tissu cellulaire de la partie interne des cuisses d'un lapin, et l'animal a continué de manger , les jours suivans , comme s'il n'avait point subi cette opération. La peau avait cependant été largement décollée, atin d'étendre le soufre doré sur une large surface. J'ai fait la même expérience avec deux gros, et sans plus de résultat. Son insolubilité est probablement un obstacle à son absorption.

Le soufre doré est rarement employé, aujourd'hui, en médecine; mes expériences sur cette substance , confirment pleinement ce qu'on a dit de ses effets physiologiques. En effet, j'ai constaté que le soufre doré était moins actif que le kermès, et qu'il jouissait de propriétés analogues à celles de ce dernier, lorsqu'on [n'administrait à double ou triple dose. Il n'a point d'action marquée sur la cir- |culalion. A la dose de 4 grains , ses effets sont rarement sensibles chez les adultes ou les vieillards ; à la dose de 6 grains il fait rarement vomir , mais déterjmine fréquemment des gargouillemens dans le ventre , des selles liquides et des sueurs. Ce dernier phénomène est plus ordinairement observé chez les malades soumis à l'action du soufre doré d'antimoine , que sur ceux auxquels on administre le kermès. Huit grains de soufre doré iutroduits dans l'estomac font presque constamment vomir les individus qui n'ont pas de fièvre , et purgent en même temps qu'ils déterminent de la sueur. Ce remède , surtout chez les jpneumoniques , peut être porté à une dose beaucoup plus élevée , à 20, 30, 40,

Eet 100 grains. Quoique l'estomac s'habitue ordinairement à l'emploi de cette bstance, son action prolongée peut enflammer ce viscère. Comme émétique, peut être avantageusement remplacé parle tartre stibiéou parl'ipécacuanha ; Spris comme purgatif, il offre une seule particularité, savoir, celle de provo- ;quer en même temps des sueurs, sans agir sur la circulation, quoiqu'il déterjmine presque toujours des coliques.

! Ce remède a été surtout recommandé dans le traitement des rhumatismes, iet dans celui des maladies chroniques de la peau, des scrophules et de la goutte. fUne femme âgée de 40 ans, d'une constitution lymphatique , était en proie à lUne goutte qui n'avait point de siège particulier ; elle occupait l'universalité du porps. La malade éprouvait surtout une douleur vive dans la poitrine et dans toutes les articulations. On lui administra d'abord pour éliminer les saburres Contenues dans les premières voies , un purgatif composé de rhubarbe et de [quelques sels neutres. Ensuite on eut recours à un mélange de deux gros de sulfate de potasse et de 24 grains de soufre doré d'antimoine. On en faisait douze prises, dont on administrait trois doses par jour. Celte poudre était prise jdans l'eau commune , qu'on laissait refroidir après l'ébullition. Les premières doses de cette poudre , données le matin, excitaient un léger vomissement; le Boir il survenait de la sueur qui était suivie de beaucoup de soulagement. La malade était à une diète sévère ; de temps en temps quelques légers laxatifs, pans l'espace de 24 jours , la malade fut entièrement soulagée de ses douleurs. )Le soufre doré d'antimoine ne fut pas moins actif chez un homme d'un tempéjrament mélancolique , affecté d'une goutte particulière qui lui causait une douleur vive, surtout au bras droit et aux deux pieds. On lui administra la poudre |mélangée comme dans le cas précédent; il fut guéri dans l'espace de trois semaines. (Ch.-Fréd. Ballerstedt , de sulphuris aurati antimonii eximio usu in arihriiide nonnullis casibus illustrato. ) Je n'ai point répété cette expérience sur un assez grand nombre de malades , pour pouvoir me prononcer définitivement sur le degré de confiance que mérite le soufre doré d'antimoine dans le Iraitement du rhumatisme; mais ce dont je suis bien convaincu, c'est que cette paaladié se prête peu àdes expériences rigoureuses , et que celle que je viens de citer, quoiqu'elle ait été reproduite dans plusieurs ouvrages, n'est pas du nombre de celles qui doivent résoudre la question. Ne pourrait-on pas, en effet , revendiquer en faveur des purgatifs, les bons effets que Ballerstedt attribue au soufre doré d'antimoine ?

§ vu. OxiDES d'antimoine. — L'opinion des chimistes est partagée sur le nombre de ces oxides : ils ont été peu étudiés, sous le rapport thérapeutique. I I». Oxide d'antimoine , obtenu en traitant la poudre d'Algaroth , par une

fWntion de sous-carbonate de potasse ; il a été conseillé dans les fièvres interittentes et l'épilepsie.

I 20 Acide antimonieux {deutoxide d'antimoine des auteurs modernes, neige d'antimoine ,Jleurs argentines d'antimoine des anciens ) ; il est insoluble dans J'eau, n'est ni émétique , ni purgatif; on l'a recommandé comme sudorifique , dans les maladies cutanées répercutées, les scrophules, la coqueluche, etc. C'est une des préparations d'antimoine les moins actives. Onle donnaitàladose d'un scrupule et même d'un gros.

i" Acide antimonique ( tritoxide de quelques auteurs ) , matière perlée de Kerkringius , produit par l'action de l'acide nitrique concentré sur l'antimoine; son action sur l'homme et les animaux <loit être denouveau étudiée; il est irritant au plus haut degré , émétique et vénéneux. On l'a conseillé dans la coqueluche et les aflFections causées par quelques maladies de la peau répercutées. On J'administre à la dose d'un dixième de grain , et jusqu'à 4 grains triturés avec jdusucre.

j §. viïi. Antimoine diaphorétique. — Deux préparations antimoniales ont été ^désignées sous ce nom. L'une, connue sous le nom d'antimoine diaphorètique \non lavé, résulte de la calcination d'un mélange d'antimoine et de nitrate de ipotasse, et passe pour un antimoniate de potasse, quoique les proportions relatives de ses composons varient dans chacune des nombreuses formules qu'on en l'adoilnées. L'autre, plus constante dans sa composition, s'obtient parla lixivation de la première , de là le nom d'antimoine diaphorètique lavé , c'est un sur-

antimoniate dépotasse. Laennec ayant cru remarquer que l'antimoine diaphorètique non lavé était plus communément efîîcacequelelavé, pria M. Pétroz de les analyser comparativement, et il est résulté de ces expériences : 1° que 2 gros d'antimoine diaphorètique non lavé, contiennent 17 grains d'antimonite de potasse , 7 1 grains de potasse libre, 18 grains d'eau hygrométrique et 36 grains d'oxide d'antimoine insoluble dans l'eau; 2° que la composition de Vantimoine diaphorètique /«fe n'est pas toujours la même; qu'un contenait sur une on ce, 4 gros, 24 grains d'antimoine de potasse, et 3 gros d'oxyde d'antimoine; 2 gros d'un autre oxide d'antimoine diaphorètique ont donné 68 grains d'antimonite de potasse, et 1 gros 4 grains d'oxide d'antimoine insoluble. Un troisième a donné des résultats analogues à ceux de la première expérience ; mais l'antimonite de potasse contenait un peu de sulfate. Dans le but de provoquer la transpiration cutanée, on administrait autrefois l'antimoine diaphorètique , à la dose de 18 à 24 grains , après l'avoir délayé dans une potion de 5 à 6 onces , que l'on faisait prendi-e en trois ou quatre fois , dans la journée. On le regardait aussi comme fondant et apéritif, surtout lorsqu'il était uni à des extraits amers , c'est-à-dire ^u'on le croyait propre à faire disparaître certains engorgemens ou quelques obstructions assez mal définies. Ce remède , qui entre dans la composition d'une foule de recettes , telles que la poudre bézoardique anglaise , la poudre fébrifuge de Moi ton , la poudre incisive de Sthal , la poudre cornackine , etc., est aujourd'hui peu usité. Les résultats de mes expériences lui ont été peu favorables. C'est de toutes les préparations antimoniales jouissant de quelque activité , celle dont l'administration à dose légère ou élevée, comme à deux ou trois gros , m'a paru déterminer le plus rarement la sueur, soit dans la pneumonie , soit dans le rhumatisme ; de sorte que je n'ai pu m'expliquer comment on a été conduit à le désigner sous le nom d'antimoine diaphorètique.

Il paraît que cette préparation a été anciennement employée dans le traitement de la pleurésie et de la pneumonie ; car on trouve dans le formulaire des hôpitaux de Paris , imprimé en 1764 , la recette d'une potion dite in pleuritide et in peripneumoniâ , et qui consiste dans quatre gros d'antimoine diaphorètique, dans 4 onces d'infusion de bourrache. Laennec assure qu'on peut le porter , dans les pneumonies , rapidement à la dose de 4 à 5 gros par jour , mais qu'à cette dose, il est bien rarement héroïque, ce qui pourrait bien signifier qu'il l'a rarement trouvé utile.

De mon côté , j'ai essayé l'antimoine diaphorètique dans le traitement de la pneumonie, à la dose de 2 à 3 gros , pendant plus de huit jours , sans produire de dérangement notable dans les organes digestifs. Tous les malades auxquels j'ai administré l'antimoine diaphorètique ont guéri; mais, trop peu confiant dans son action , j'ai employé de concert la saignée : de sorte que son influence surles poumons reste indéterminée; quant à ses effets sur l'estomac et l'intestin , ils m'ont paru moins prononcés que ceux du kermès, qui eux-mêmes sont moins énergiques que ceux du tartre slibié. Enfin, l'antimoine diaphorètique comme le kermès et le soufre doré, introduits dans le tissu cellulaire des lapins, à la dose de 1, 2 et 3 gros, ne produit point d'empoisonnement , ni même de symptômes particuliers.

§ IX. Tartrate antimonié de potasse. ( Tartre stibié , émétique. ) L'émétique est un des médicamens les plus énergiques que possède la thérapeutique , et c'est peut-être aussi celui dont les applications au Iraitement des maladies ont été le plus multipliées. J'essaierai successivement son action et les variations qu'il peut présenter dans ses effets , suivant qu'il est plus ou moins pur, employé seul sous diverses formes , ou combiné avec d'autres substances ; et suivant enfin que son action est étudiée sur les animaux, sur l'homme .sain ou sur l'homme malade.

A. Décomposition de l'émétique par quelques substances. — On administre si souvent le tartre stibié , dissous dans l'eau commune, qu'il importe de ne pas oublier , lorsqu'on veut faire des expériences rigoureuses , que cette dissolution entraîne quelquefois la décomposition d'une certaine quantité d'éraétiqiie. En efl'et, M. E. Guèranger a parfaitement- établi , I» que l'émétique qu'on fait bouillir dans l'eau commune perd une partie de ses propriétés vomitives ; 2° que cet^effet a lieu parce qu'une partie du tartre stibié est décomposée par les sels contenus dans cette eau ; 3" qu'alors l'oxide d'antimoine mis à nu se précipite sur-le-champ ; 4» que l'eau commune dans laquelle l'antimoine a bouilli contient encore du sel en solution , mais en quantité très-petite ; 5° que les sous-carbonates de chaux et de magnésie , tels qu'ils existent dans une eau commune potable , ont la propriété de décomposer l'émétique , et de précipiter de l'oxide d'antimoine , en s'emparant de l'acide tartarique qui lui était combiné, et de former, avec le tartrate de potasse restant, un sel double , assez soluble pour rester dissous; 6» que toutes les eaux de source , contenant toujours une plus ou moins grande quantité de carbonate terreux , doivent aussi toujours décomposer une plus ou moins granile quantité d'émétique; 7o que, lorsque l'eau a bouilli pendant dix minutes, elle contient encore assez de souscarbonate de magnésie en solution , pour produire le même effet; 8° que les hydrochlorates , le sulfate de chaux et la matière extractive contenus dans une eau potable , sont sans effet; 9" enfin que les médecins doivent administrer le tartre stibié dans de l'eau distillée, lorsqu'ils veulent apprécier rigoureusement ses effets , à une dose déterminée. (Journ. chim. méd., t. 4, p. 368-412.)

L'émétique perd aussi quelquefois de ses propiétés et en acquiert de nouvelles, lorsqu'on l'associe à à''autres substances. Ainsi il faut éviter de l'employer avec la décoction des végétaux tannans , tels que le quinquina, la noix de galle , le brou de noix , les racines et les écorces astringentes , les extraits de plantes amètes et toniques qui le décomposent en précipitant l'oxide d'antimoine. Les acides , les alcalis , le savon , et surtout les hydro-sulfures , décomposent aussi l'émétique, et ne doivent pas non plus être prescrits avec ce sel,

ANTIMOINE. ( 280

Jorsqu'on veut étudier les effets qui lui sont propres. Nysten a fait aussi remarquer que l'émétique était également décomposé par le petit-lait préparé avec la présure, ou la crêrae de tartre. Celte décomposition est due à l'acide acétique et aux phosphates que contient toujours le pelit-lait; il n'en résulte aucun précipité quand l'émétique n'est qu'en petite quantité. En effet, le phosphate d'antimoine qui doit se former est tenu en dissolution, à l'aide de l'acide acétique , ou reste combiné et dissous avec le tartre acidulé de potasse , et la propriété Domitive n'est point altérée. Laennec a remarqué, et j'en ai moi-même acquis l'expérience, que si le quinquina et les infusions végétales variées, dans lesquelles on donne habituellement l'émétique, décomposent plus ou moins ce sel, les combinaisons nouvelles qui résultent de cette décomposition paraissent avoir absolument les mêmes propriétés que le tartre stibié. En effet , ou peut faire vomir avec un ou deux grains d'émétique dans une pinte de bouillon aux herbes, de décoction de tamarin , et même de décoction forte de quinquina ; et le bolus ad (juarltmatn de la Charité , lui-même , pris par petites parties surtout , excite quelquefois de nombreux vomissemens. Dans la limonade émétisée , qu'on fait en ajoutant deux grains de tartre stibié à une pinte de limonade commune, il doit aussi y avoir décomposition. Quelques autres matières qui peuvent être accidentellement contenues dans l'estomac modifient aussi les effets du tartre stibié.

B. SCBSTAHCES QUI MODIFIENT LES EFFETS DE l'ÉmÉTIQTIE SANS LE DECOMPOSER.

— En associant les préparations d'opium à l'émétique , on empêche quelquefois qu'il ne produise le vomissement , et on favorise ainsi son action locale sur les organes digestifs , où l'on obtient les effets de sou absorption. D'autres substances décomposent l'émétique , sans que le mélange perde ses propriétés vomitives.

C. Autres conditions qui font varier ses effets. — Enfin j'aurai plus loin roccasion de faire remarquer que les effets du tartre stibié sont loin d'être les mêmes, suivant qu'on l'administre à l'extérieur ou à l'intérieur, à faible dose, ou à des doses élevées , sous forme de pilules ou largement étendu dans un véhicule; suivant enfin qu'une quantité déterminée est prise dans quelques heures ou dans un laps de temps plus considérable , par un homme sain ou par un homme malade , atteint de telle ou telle affection.

D. Action de l'émétique sur les animaux sains. — Il résulte des recherches de M. Magendie, I" que cette subsance , administrée à la dose d'un gros à des chiens adultes et de taille moyenne, produit rarement de mauvais effets; 2" que les chats supportent plus difficilement une forte dose d'émétique, sans doute à cause de leur grande susceptibilité; 3» que plus les animaux sont jeunes, plus ils sont impressionnables par cette substances ; 4° que lorsqu'on dépasse la dose d'un gros on est sûr de voir produire des accidens fâcheux ; 5° que la durée des vomissemens et des évacuations alvines est en rapport avec la susceptibilité nerveuse de l'animal qui l'avale ; 6° que le tartre stibié n'est dangereux qu'autant qu'il n'est pas rejeté ; /<> que plus les vomissemens sont fréquens , et moins ce médicament, pris à forte dose , exerce une action délétère ; 8° qu'il en est de l'émétique comme de la poudre à canon, c'est-à-dire que plus il est concentré plus il agit avec violence ; 9° que , si on fait l'expérience sur deux animaux du môme âge et du même embonpoint, l'un peut périr et l'autre se conserver, ce qui s'explique par l'idiosyncrasie ; 10° que l'émétique i'/7/ec/é c/ans /ei veines, ou mis en contact -avec les surfaces absorbantes, telles que les anses d'intestin, le tissu cellulaire et tissu propre des organes, détermine des vomissemens et des déjections alvines, comme lorsqu'on l'introduit directement dans les organes tligestifs ; que la mort arrive au bout d'un temps variable et que les cadavres offrent toujours les mêmes altérations; l|o que ces altérations consistent dans une inflammation plus ou moins étendue de la membrane muqueuse du canal digestif ; 1 2" enfin que dans les cas ou l'émétique cause la mort, cet effet est dù à l'absorption du sel et à son transport dans la circulation plutôt qu'à une action directe exercée sur l'estomac. Cette dernière assertion a été combattue par M. Barré. Si l'émétique introduit dans les organes digestifs était absorbé, comment, dit-il , une quantité d'émétique assez faible pour ne pas faire vomir ( un demi-grain par exemple) , pourrait-elle franchir l'estomac et déterminer des évacuations alvines? pourquoi ces dernières sont-elles toujours en rapport inverse des vomissemens , vice versd? Comment pourrait-on introduire des doses énormes d'émétique dans l'estomac lorsqu'une dose infiniment moins forte injectée d,ans le tissu cellulaire détermine toujours la mort? Enfin, ajoute-il, ayant introduit un demi-grain d'émétique dans une anse d'intestin placée entre deux ligatures , quinze heures adirés cette dose d'émétique fut retrouvée dans l'anse , et le chien n'avait point vomi. M. Barré conclut de ces remarques, de cette expérience et de quelques autres faites dans le même but : 1" que tant que la membrane muqueuse digestive n'est pas détruite , l'émétique ne peut être absorbé par cette membrane ; 2° que toutes les propriétés expectorantes et sudorlfiques de l'émétique dépendent d'effets sympathiques; 3» que dans l'empoisonnement produit par ce sel , la mort ne doit être attribuée qu'aux altérations qu'il produit directement dans l'estomac; 4» que lorsqu'on l'administre dans les maladies, il ne doit être regardé que comme évacuant et dérivatif.

J'ai répété avec mon élève et mon ami M. Bonnet , les expériences de M. Magendie ; toutefois les siennes ont été faites sur des chiens , et les nôtres sur des lapins. Les résultats auxquels je suis parvenu différent, sous quelques points, de ceux que cet habile expérimentateur a fait connaître. La plus remarquable de ces différences est l'absence de toute lésion des pouinotis , soit que les animau.K aient été empoisonnés par un demi-gros d'émétique introduit dans le tissu cellulaire des lieux cuisses ; par 24 grains placés dans une anse d'intestin grêle de 16 ponces , débarrassée de matières fécales, et séparée du reste de l'intestin par

ANTIMOINE

deux ligatures ; ou par 18 grains dissous dans une petite quantité d'eau , introduits et retenus de la même manière , dans une anse d'intestin grêle de la même longueur. Dans le premier cas, la mort a eu lieu 25 minutes après l'opération, et sans qu'on ait trouvé d'inflammation des poumons, de l'estomac et de l'intestin ; ce qui prouve incontestablement que l'émétique à haute dose peut tuer rapidement par le seul effet de son introduction dans le sang, sans laisser de traces appréciables de son action ; circonstance qui n'avait point été signalée, et qui ne doit être oubliée ni du thérapeutiste , ni du médecin-légiste. 2o II résulte, en outre , de ces expériences, que l'émétique à haute dose introduit dans l'intestin détermine une inflammation de sa membrane muqueuse qui peut être accompagnée d'un dépôt de sang considérable à sa surface ; 3" que les lapins sur lesquels on pratique deux ligatures intestinales et une suture, meurent de péritonite , tandis qu'on n'observe pas cette altération du péritoine sur ceux auxquels on pratique la même opération pour introduire une forte dose d'émétique dans une anse d'intestin; la mort arrivant avant le temps nécessaire au développement de l'inflammation du péritoine ; 4° que le tartre stibié à trèslorte dose, tue les lapins sans produire de vomissemens (ils ne peuvent pas vomir), ni d'évacuiitions alvines ; 5° que sur les chiens , le tartre stibié introduit dans le tissu cellulaire ou dans les organes digestifs, produit d'autant moins le vomissement qu'il est employé à plus haute dose. L'expérience de M. Barré , j que j'ai citée plus haut, m'a paru aussi devoir être répétée ; toutefois en em- L ployant une plus forte dose d'émétique afin de pouvoir plus facilement constater ! ,i s'il y avait ou non absorption d une certaine quantité de ce sel. J'ai donc intro- j duit 6 grains d'émétique dans une anse d'intestin grêle de 10 pouces de Ion-. 1 gueur , dont les deux extrémités ont été fermées par deux ligatures. Cette expé- j i rience a été faite successivement sur trois lapins. Le premier est mort au bout! ; de deux heures et demie; le second, d'une heure 51 minutes; le troisième. ! j d'une heure 32 minutes. Les trois anses d'intestin ont été remises à M. Gui- ; bourt, et il est arrivé à un résultat qui aurait lieu de surprendre si les propor-i | tions d'oxide d'antimoine contenues dans l'émétique étaient rigoureusement ; connues, puisqu'en calculant d'après les proportions indiquées par M. Berzé-, i lius , la quantité d'oxide d'antimoine obtenue, correspondrait à une dose d'émé- || tique supérieure à celle que j'avais introduite.

E. Action de l'émétique sur l'homme sain. — Elle a été principalement i étudiée par les physiologistes et les toxicologistes ( -z^ojrez Èmétique , médecine ) légale). Cependant sa connaissance n'est pas moins utile au thérapeutiste. En \ effet , elle prouve comme l'observation clinique , l" que l'émétique à faible dose £ agit comme vomitif ou purgatif, suivant qu'il est plus ou moins étendu d'eau ; < 2° qu'à haute dose il n'occasionne pas toujours des accidens très-graves, lorî [ même qu'il n'est pas vomi ; 3° que cette substance est beaucoup moins dange- -a reuse pour l'homme qu'on ne le pense généralement, par cela même quelk | détermine presque toujours de nombreuses évacuations par haut et par bas. | Ainsi M. Alibert a vu à l'hôpital Saint-Louis un homme qui en avait avalé ui '\ gros pour s'empoisonner et qui n'en fut pas très-incommodé ; Morgagni parlt j d'un individu qui en prit impunément deux gros. Un homme , âgé d'environ , i 50 ans éprouvait des vomissemens assez intenses, occasionés par 18 grains < d'éiuélique qu'il venait d'avaler dans un verre d'eau : une boisson mucilagineus* ; J fut mise en usage , et les vomissemens cessèrent presque aussitôt ( Magendie). ^ Une jeune fille , âgée de 16 ans, après avoir pris 24 grains d'émétique, éprouva \ des vomissemens, des déjections , de fortes douleurs dans la région épigastri-, ) que et quelques rnowernens convulsifs , et ne tarda pas à se rétablir (Magendie), 1 Le même observateur i-apporte qu'une femme avala 1 gros d'émétique dans de la pulpe de pomme ; qu'une autre en prit , en une seule fois , 30 grains; qu'un homme âgé de 43 ans en avala 21 grains ; que la fille d'un épicier-droguiste e« prit , en une seule fois , 6 gros , et que tous ont survécu après avoir éprouvé Aei vomissemens et des évacuations alvines. Un de ces individus qui ne vomit peu ( il avait pris 27 grains de tartre stibié ) , un mois après éprouvait encore , de loin en loin , des picotemens dans la région épigastrique.

Toutefois ces exemples d'iine sorte de tolérance de cet agent ne doivent paj faire oublier , surtout au thérapeutiste , que l'action du tartre stibié a été quel quefois suivie d'une irritabilité de l'estomac qui a persisté pendant plusieurs semaines ( Sauveton ) , ou qui n'a jamais cessé entièrement (Carron d'Anecy) ;! '| et que des individus bien constitués sont morts après avoir pris une forte dose' S d'émétique. ' J

F. Action de l'émétique sur l'homme malade. — L'étude des propriétés el des effets de l'émétique sur l'homme malade est un des sujets les plus vastes qu'offre la thérapeutique ; car il est peu de maladies dans lesquelles son emploi n'ait été tenté, et ses effets sont souvent modifiés par le siège et la nature de ces affections. La connaissance de son action , ou plutôt celle de ses diverses manié res d'agir, ne peut être complètement acquise qu'en jetant un coup d'oeil rapide sur les conditions morbides dans lesquelles il a été expérimenté , avec plus ou moins de succès.

1°. Maladies des organes digestifs. — C'est surtout dans les maladies des organes digestifs , et en particulier dans les indigestions et les empoisonnemens.que le tartre stibié est principalement utile. On s'en sert aussi pour évacuer les corps étrangers , et la bile lorsqu'on suppose qu'elle a acquis des qualités nuisi bles, ou qu'elle est versée en trop grande abondance dans l'estomac ou l'iuteS' tin : sous ce point de vue il a été fréquemment employé par les rnédecins dernier siècle.

Le tartre stibié est le vomitif dont on fait le plus ordinairement usage , ! cause delà commodité de son atlministration. Pour les adultes, la dose est ei général de deux à trois grains, que l'on fait dissoudre dans environ trois verre, d'eau distillée , à prendre à une demi-heure d'intervalle l'un de l'autre. Si apri-i

Page 1