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IV. PROMOSTIC DES ABCÈS

On peut déjà , d'après ce qui précède, distinguer les degrés de gravité que présentent les variétés diverses des collections purulentes. Il estraauifesle relativement à leur siège , que les abcès profonds sont plus dangei-eux qui

ABCÈS. ^

les superficiels , et d'autant plus graves , qu'ils atteignent des parties plus importantes à la vie. Les amas purulens du poumon, des plèvres, du foie, des reins, compromettent plus immédiatement l'existence des sujets que ceux des articulations ou de l'intérieur des membres.

Si l'on considère leur volume , les abcès les plus considérables et dont les parois internes présentent le plus d'étendue , sont évidemment les plus graves. Le danger est en rapport aussi avec la mobilité de ces parois et la facilité de leur rapprochement ; car celte circonstance rendra plus ou moins vive l'inflammation immédiatement produite par l'abcès de l'air dans la tumeur, et plus ou moins prolongée la suppuration qui doit précéder et amener la formation de la cicatrice.

Sous le rapport de l'intensité de la phlogose qui a déterminé leur formation, l'expérience démontre que les abcès appelés cliauds ou inflammatoires, à raison de la vivacité de cette phlogose , guérissent plus promptement que ceux dont l'irritation préliminaire a été peu marquée , et que par cette raison on a dit être froids. Dans ceux-ci, les parois du foyer presque toujours devenues solides et quelquefois fibreuses , ne peuvent se cicatriser avant d'avoir éprouvé , sous l'influence de l'inflammation , un changement de texture dont celles des autres tumeurs n'ont pas besoin.

Il est à peine nécessaire de dire que les collections purulentes qui font saillie au-dehors, et tendent à se rapprocher des tégument , entraînent moins de dangers que celles dont les progrès ont lieu en sens inverse, et qui cherchent pour ainsi dire à pénétrer dans les cavités intérieures. 11 est toutefois, à cet égard , des exceptions importantes , qui résultent de la situation des abcès dans la substance d'organes , qui, eux-mêmes, communiquent par des ouvertures normales avec l'extérieur. Il vaut constamment mieux que la collection purulente se vide dans ces organes que de traverser les parois des cavités spianchniques et de perforer la peau. Les abcès du poumon , par exemple , s'ouvrent avec moins d'inçonvéniens dans les bronches qu'à travers les enveloppes de la poitrine; ceux des reins guérissent plus aisément loi'squ'ils prennent la voie du trajet de l'urine que quand ils se font jour par la région lombaire." 11 en est de même des collections situées dans les parois de la vessie, de l'estomac, des intestins, etc.

Sous le rapport de la terminaison des abcès, celle qui consiste dans l'absorption du pus est la plus favorable. Elle fait éviter au malade des douleurs prolongées, dans beaucoup de cas la pratique d'opérations douloureuses, presque toujours des difformités ou des cicatrices désagréables dans les régions du corps qu'ils occupent , et enfin des suppurations quelquefois intarissables et dont l'abondance ou la durée ne sont pas constamment exemptes de danger. L'ouverture spontanée de la tumeur, lorsqu'elle ne se fait pas attendre trop long-temps, ou lorsqu'elle ne doit pas être achetée par l'extrême amincissement et la désorganisation d'une grande étendue de peau, est ensuite ce qui est le plus utile au malade. Quant à l'état stationnaire de l'abcès, à la prolongation de son existence , durant laquelle ses parois deviennent quelquefois dures et fibreuses , c'est moins une terminaison que la continuation indéfinie de la maladie, et il en résulte presque toujours des inconvéniens que l'on s'efforce de prévenir en pratiquant l'ouverture de la tumeur.

Le pronostic des abcès symptomatiques ne dcpênd pas autant de la collection purulente elle-même, que de la nature et de la gravité de la maladie qui l'a occasionée. Cependant , l'abcès à son tour constitue toujours alors une complication , qui ajoute à l'étendue du mal, et qui tend à multiplier les accidens dont il est la source. Les collections de ce genre sont d'ailleurs d'autant plus dangereuses qu'elles ont plus de volume et que leur trajet est plus étendu. Si le pus est résorbé, le pronostic devient entièrement favorable , parce que cet événement annonce que la lésion qui fournissait ce liquide a cessé de faire des progrès ou même que la guérison s'en opère. Mais ces cas sont malheureusement les plus rares ; les collections de ce genre résistent à peu près constamment à tous les efforts de l'art et entraînent, d'une manière presque inévitable , la mort des sujets.

Quelques autres circonstances doivent encore influer sur le pronostic général des abcès. Ceux qui sont idiopalhiques, ou le résultat de causes d'irritation qui ont agi sur les lieux aff'ectés , ne deviennent graves ou ne restent sans danger qu'à raison de leur volume , de leur siège , de leur marche , etc. Mais il en est à'autres qui se rattachent à des lésions plus profondes et antérieures des organes. Ainsi , des phlegmasies et des abcès surviennent quelquefois à la marge de l'anus , chez des sujets atteints d'inflammation chronique du poumon et menacés ou atteints de phlhisie : ces collections purulentes sont en général utiles, et ralentissent les progrès des afi'ections sous l'influence desquelles elles se développent. Certains abcès sont le résultat de changemens opérés par l'organisme dans le siège d'irritations plus ou moins vives ; tels sont ceux des parotides durant les gastro-encéphalites, les bubons de la peste, les furoncles et les abcès des ganglions lymphatiques qui su'^cèdent à quelques afteclions gastro-intestinales , etc. On leur a donné le nom d'abcès critiejues. Comme tous les phénomènes des crises , ils sont favorables, lorsqu'ils ne substituent pas à la lésion primitive l'affection d'un organe; plus important ; ils doivent être considérés comme nuisibles , au contraire , si la collection affecte quelque viscère , comme le foie, au lieu d'atteindre quelque partie moins profonde et moins considérable.

Quelques écrivains professent encore que les vices ou virus rhumatismal , arthritique, scrophuleux, etc. , sont susceptibles de donner lieu h des abcès, qu'ils nomment constitutionnels ; mais les causes de ce genre , restes impurs d'un empirisme humoral actuellement rejeté par tous les bons esprits, sont aujourd'hui réduites à leur juste valeur , et ne méritent plus de nous occuper. L'organisme et les phéiiombhes appréciables qu'il présente doivent seuls fixer

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l'attention des médecins. Sous ce rapport , la force ou la faiblesse des sujets , l'état sain ou détérioré de leur constitution , l'intégrité ou la lésion de leurs viscères sont autant de circonstances qui exercent sur l'issue, et qui doivent , par conséquent, exercer aussi sur le pronostic des abcès de tous les genres, une influence considérable, dont il importe de tenir incessamment compte dans la pratique.

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