APHONIE
exempts d'un rétrécissement des orifices du cœur, de Torifice aorlique en particulier, il m'est arrivé, un certain nombre de fois , d'annoncer l'existence d'une aorlite chronique, et l'ouverture des cadavres justifiait ce diagnostic.
Les complications nombreuses dont l'aortite peut être accompagnée ajoutent aux difficultés de son diagnostic ; elles sont quelquefois l'objet unique de l'attention du médecin , en sorte qu'il ne faut pas s'étonner si, dans ces cas, l'ouverture des cadavres révèle seule l'existence de l'aortite.
§ m. Des causes de L'aortite. — On doit placer parmi ces causes , 1» les violences extérieures , telles que des coups , des chutes, les contusions, etc.; 2° les exercices violens et trop prolongés , pendant lesquels le cours du sang se précipite, ce qui doit augmenter le frottement qu'il exerce normalement sur les parois intérieures de l'aorte; 3" l'usage d'alimens trop stimulaus, de boissons excitantes, spirilueuses , l'introduction de matières irritantes, acres, telles que certains poisons, dans le système circulatoire; 4° enfin l'inflammation de l'aorte , dans certains cas , ne paraît s'être développée que par l'extension d'une phlegmasie des organes qui avoisinent cette artère , tels que les poumons, la plèvre , par exemple.
§ IV. Pronostic. — Nous ne possédons pas un assez grand nombre de faits bien authentiques d'aortite aiguë pour jiouvoir préciser rigoureusement les dangers de cette maladie. Quant à l'aortite chronique, comme les altérations qui la caractérisent favorisent le développement des tumeurs anévrysmales , et comme d'ailleurs certaines ulcérations peuvent se terminer immédialement par une perforation mortelle , on a le droit de dire que cette maladie est une des plus graves que nous connaissions parmi les phlegmasies chroniques.
§ V. Du traitement de Vaortite. — Le traitement de l'aortite doit reposer sur les mêmes principes que celui de toutes les phlegmasies en général. Existe-t-il des symptômes d'une irritation aiguë de l'aorte ? on devra recourir aux émissions sanguines, soit générales, soit locales, aux boissons adoucissantes , délayantes, rafraîchissantes, à la diète absolue, au repos le plus parfait, etc. L'emploi des moyens qui calment la force et la fréquence des mouvemens circulatoires , de la digitale pourprée surtout, ne doit pas être néglige. Il faut avant tout éloigner , s'il est possible , les causes présumées de la maladie.
On avait prétendu que les altérations de l'aorte , qùe nous avons rattachées à son inflammation , étaient quelquefois produites par le virus vénérien, et on avait proposé de les combattre par l'usage du mercure. Je ne sache pas que ce conseil, quels qu'en soient les avantages ou les inconvéniens , ait encore été mis en pratique, vu la diflîculté de reconnaître les lésions qui caractérisent l'aortite chronique. Quoi qu'il en soit, les doutes qui s'élèvent aujourd'hui sur l'existence du virus vénérien, sont de nature à nous rendre très-eirconspects dans l'administration d'un médicament plus propre, peut-être, à produire qu'à guérir une inflammation du système vasculaire.
J'ai rapporté , dans le Traité des Maladies du cœur, deux cas où des battcmeus très-violens de l'aorte furent heureusement combattus par des sangsues appliquées sur la région de l'abdomen correspondante au trajet de l'aorte. J'ai vu depuis un fait analogue , à la Charité, dans le service de M. RuUier. Ces battemens étaient-ils l'elTet d'une véritable aorlite? J'avoue qu'il m'est plus facile de l'affirmer que de le prouver.
Je n'ai rien de particulier à dire sur le traitement de l'aortite chronique. Je renvoie à l'article Inflammation chronique, et à ce que j'ai dit en m'occupant de l'anévrysme de l'aorte. Un régime sévère . la tranquillité du corps et de l'esprit, [peuvent favoriser les efforts réparateurs de la nature. De petites saignées doivent être pratiquées toutes les fois qu'il se manifeste des .symptômes d'une congestion plus ou moins violente , soit dans le cœur , soit dans les poumons , soit dans l'encéphale.
Le temps et de nouveaux faits ajouteront à ce qui vient d'être dit sur l'aortite, et rectifieront les erreurs que l'auteur de cet article pourrait avoir commises.
( S . BOUILLAUD
APEPSIE. Foj-ez Dyspepsie.
APERITIF, aperitii^us , de aperire , ouvrir. Ce mot, qui reste encore dans le vocabulaire médical, comme un monument d'une époque passée, date de celle où les théories mécaniques étaient en faveur. Quand on attribuait les maladies à l'obstruction ou au rétrécissement des vaisseaux , il était naturel d'admettre des médicamens propres à remédier à ces désordres. Ce fut alors qu'on créa les apéritifs divisés (car on aimait alors la précision) en désobstruans ^ fondans, atténuans ou incisifs, selon qu'on les considérait comme dilatant les vaisseaux, ou comme délayant les fluides.
De pareilles explications ne sauraient être admises de nos jours où ces théories sont abandonnées : cependant il convient au plan de cet ouvrage de lier ensemble deux périodes distinctes, et de retracer brièvement les faits sur lesquels a été basée cette théorie des apéritifs, maintenant discréditée. Dans les cas de phlclhore générale ou de congestion locale, l'idée d'une altération des liquides, consistant dans leur épaississement, s'est présentée assez naturellement; la simple observation suffisait pour l'établir. De cette première idée découle tout simplement celle de l'étroitesse relative des vaisseaux qu'ils avaient à parcourir , et, comme on remarqua que divers moyens amenaient des changeinens notables dans la manière d'être des liquides, ou bien produisaient la délumescence des parties engorgées, on supposa qu'ils diminuaient la densité des liquides dans le premier cas; qu'ils dilataient seulement les vaisseaux dans le second, et ces moyens reçurent le nom d'apéritifs.
Des faits du même genre, car les faits sont de toutes les époques, se passent aujourd'hui sous nos yeux, et nous en donnons une interprétation , sinon meilleure au fond , au moins plus en rapport avec l'étal actuel de nos connaissances
anatomiques et physiologiques ; ou plutôt nous nous bornons, eu général, kî:' l'exposé du fait que nos devanciers voulaient à toute force expliquer. I \
On leur reproche avec raison d'avoir réuni sous un nom commun des médica-î i lions essentiellement différentes : c'est ainsi qu'ils ont fait figurer au rang des ■ apéritifs, des purgatifs, des sudorifiques , des diurétiques et des excitans de^ ' toute espèce, parce qu'à la suite de leur administration , ils ont observé des j ] résultats qu'ils ont cru devoir leur rapporter, savoir, la modification de liqui- [ i des sécrétés ou exhalés, ou les résolutions d'engorgemens. Ils auraient été plus! ' conséquens , s'ils eussent composé leur classe d'apéritifs des bains , des saignées, j i des boissons aqueuses abondantes , et de quelques stimulaus spéciaux des orga-; ; nés secrétoires , moyens dont l'ensemble concourt effectivement , d'une manière! i puissante, à modifier la composition intime de nos humeurs et leur direction 5 vers tel ou tel émonctoire. j
On a lieu d'être étonné de nos jours ^-^n voyant un médecin , d'ailleurs très- < recommandable , disserter longuement sur le mode d'opération des apéritifs, i et les diviser en apéritifs salins , en apéritifs excitans et astringeus (des apéritifs \ astringens !) et en apéritifs toniques , amers ou ferrugineux. Nous le disons à \ regret, mais poussés par un sentiment d'une profonde conviction, toutes ces i divisions ne reposent sur rien de certain, et ne conduisent à aucun résultat ) avantageux. Tout se peut résumer en ce petit nombre de mots : c'est que lès j apéritifs sont, en général, des stiuiulans dirigés sur tel ou tel organe secrétoirc \ plus ou moins éloigné de l'organe affecté. De là , cette conséquence qu'on ne ;i doit les employer qu'avec réserve, quaitd 'il s'agit d'affections inflammatoires i accompagnées de réaction générale. Les anciens attribuaient à certains apéritifs ' j une action spéciale sur tel ou tel appareil , action dont aucune expérience posi- j tive n'a démontré la réalité. Ces assertions, récemment reproduites, nous / semblent devoir être combattues, parce que le nom de leur auteur pour- J rait leur donner une fâcheuse consistance. Ainsi , rien n'est moins prouvé que' \ l'action apéritive du fer, et ses propriétés désobstruantes et toniques dans les! " engorgemens mésentériqucs, et dans certains gonflemens douloureux de la raie 1 et du foie, dans la chlorose et l'atonie de l'utérus, non plus que l'impression' i directe des chicoracées sur l'appareil biliaire.
Il serait donc inconvenant et superflu , tout à-la-fois , de donner des précepil tes généraux sur l'emploi d'une classe de médicamens qui ne saurait subsister ' parce qu'elle n'est basée que sur une pure hypothèse. '
Remarquons d'ailleurs que, suivant l'usage ancien , il y avait cinq racine apcritives majeures et autant de mineures. Ces divisions bizarres sont aban-; données. (F. R.4.tier,)
APNÉ. Voy ez Dtspkée.
APHONIE, aphonia., de « privatif, et de œtovvj', voix, c'est-à-dire extinction d la voix. L'aphonie consiste dans l'impuissance de produire des sons. Elle diffèr du mutisme, qui prive de la faculté d'articuler les sons et de la mussiîation qu rend plus ou moins difficile l'émission de la voix. Elle a pour siège les organe de la phonation , c'est-à-dire le larynx, la trachée artère, et même le pharyn: et la cavité de la bouche ; elle suppose une lésion quelconque , soit anatorai que soit physiologique, de quelqu'une de ces pai ties; une blessure qui divisi' T la membrane crico-thyroidienne , les cartilages thyroïde et arylhénoide, c i' surtout les nerfs récurrens ou les muscles thyro-arithénoïdiens qui paraissen 4' être les instrumens principaux de la voix; une cause inflammatoire, ou ulcéra j tive de la g'otte, du pharynx, de la trachée, des bronches; toutes les maladie f dans lesquelles le système nerveux est plus ou moins profondément affecté |' telles que les fièvres dites ataxiques et adynamiques , certaines fièvres inter'i' mittentes pernicieuses , l'apoplexie , la catalepsie , etc., peuvent donner lieu |' l'aphonie. |
L'expérience prouve aussi que l'appareil génital n'influe pas moins dans l'éta il pathologique que dans l'état physiologique, sur les degrés de force et de fai I blesse de la voix. Ainsi on a vu survenir l'aphonie, dans la grossesse, pendan ' la menstruation; on l'a vue même résulter du prolapsus de l'utérus et céder .» dans ce cas, à l'application du pessaire. |^^«
Comme toutes les fonctions qui sont sous la dépendance immédiate du systèmiiB* nerveux, la phonation peut d'ailleurs subir des altérations pour les causes le 'S plus légères ; tel est le cas des personnes qui éprouvent les effets d'une passioi i vive, d'une frayeur subite , d'une chute où de toute autre cause capable d s suspendre l'action nerveuse destinée à l'exercice de la voix. J'ai rapport 'i ailleurs (Naiw. Bihlioth. médic.) le faitsingulier d'une aphonie qui avait succédi 1 à un hoquet des plus violens ; accompagnée d'une céphalalgie circonscrite ki t partie postérieure de la tête, et que l'on pouvait présumer résulter d'une iSet' ii tion quelconque du cerveau ou des nerfs piieumo-gastriques. L'immersion di '«i corps ou des membres dans l'eau froide, des boissons glacées, etc., ont quel 'lu quefois donné lieu à l'aphonie; on voit même des personnes perdre tout à cou| \k l'exercice de la voix après l'usage de boissons émollientes, telles que les dc'coc \ lions d'orge et de gruau , après celui de certains alimeus , tels que le melon ai le concombre , la laitue, etc. Sauvage a raconté le fait curieux de plusieuf ;i( voleurs des habitans de Montpellier, qui avaient trouvé le moyen de rendr jif muets par aphonie , ceux qu'ils voulaient dépouiller , en leur faisant boire di 'j vin dans lequel ils faisaient infuser des semences de siramoine. Le même lai jilé a été observé tout récemment à Paris et dans un cas à peu près analogue. llti
D'après quelques recherches particulières, dues à MM. Savartet Deleau, e \k dont le résultat a été communique à l'Académie des sciences, le 17 mai 1829 % il paraîtrait que l'exercice de la voix est moins qu'on ne le croit généralemen iii sous la dépendance immédiate et exclusive du larynx. Des expériences dar lesquelles on est parvenu à soustraire le larynx à l'exercice de la voix, ont e j ( pour résultats de constater que , dans la formation de la voix , c'est le pala u