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APOPLEXIE DU COEUR

Proposition XXIIL — L'apoplexie du cœur n'a été obsert'ée jusqu'à ce jour que dans l'épaisseur du ventricule gauche hjrperthrophié , elle détermine presque toujours une mort subite.

J'ai déjà appliqué ce nom { A nntomie pathologique avec planches, 3'= livraison, planche l ) à la solution de continuité spontanée du cœur par fluxion sanguine. Je ne crois pas qu'd soit possible de donner une place dans nos cadres nosologiques à cette lésion organique qui a été présentée isolément comme un phénomène insolite , sous le litre de rupture du cœur. M. Rostan a consigné dans le nouveau Journal de médecine , de chirurgie et de pharmacie, un travail sur les ruptures du cœur (tom. 7, pag. 265, 1820 ), qui appartient parfaitement à notre sujet. Je dois faire abstraction ici des cas beaucoup plus nombreux de ruptures spontanées du cœur qui sont le résultat de l'amincissement ou ramollissement^ ou d'une autre altération préalable de cet organe.

Les cas de perforation du cœur que j'ai eu occasion d'observer avaient lieu, quelques-unes au sommet ,1e plus grand nombre sur quelqu'un des points des parois du ventricule gauche; tous étaient liés à un étatd'hyperthrophie plus ou moins considérable du cœur, l'un d'eux à un rétrécissement par pétrification des valvules aortiques. Pourquoi le ventricule droit est-il moins exposé à cette rupture malgré son peu d'épaisseur, et pourquoi l'hyperthrophie semble-t-eUe y prédisposer? Cela tient peut-être à ce que ces ruptures étant essentiellement actives , il est besoin d'un surcroît de vitalité pour les produire. Les ruptures par amincissement , par atrophie , par transformation adipeuse, ramollissement gélatiniforme, s'observent surtout au ventricule droit. Je crois devoir rapporter au sujet qui nous occupe un cas de perforation de la cloison ventriculaire à sa partie la plus inférieure , perforation que j'ai observée chez une jeune fille; les fibres musculaires étaient déchirées, la perforation étaitbouchée par des caillots qui pénétraient dans l'épaisseur des libres charnues. La mort avait été subite. Dans le plus grand nombre des cas, la solution de continuité s'est présentée avec les caractères anatomiques suivans. Le cœur était enveloppé par une couche de sang coagulé; ce sang enlevé, on voyait une déchirure inégale; l'ouverture agrandie , on découvrait un foyer sanguin irrégulier occupant l'épaisseur des parois du cœur, les fibres du cœur lacérées, adhérentes au.x caillots; et ce foyer s'ouvrait dans la cavité du ventricule par im orifice égalementîacéré. Dans le cas représenté ( /Inatomie pathologique , planche I, livraison ) , et qui m'a été donné par M. Piorry, il existait dans l'épaisseur des parois du cœur plusieurs petits foyers sanguins dont l'un seulement s'était ouvert au dehors ; on conçoit que si le foyer sanguin avait été plus voisin de la surface interne que de la surface externe du cœur, il se serait ouvert au dedans du ventricule , que le sang du ventricule aurait fait irruption dans la petite cavité résultant delà solution de continuité , et que bientôt le cœur eût été transpercé. Il pourrait se rencontrer cependant que, dans ce dernier cas, la portion des parois du cœur restée intacte fût suifisanfe pour résister à l'effort du sang; alors existerait une pelite poche anévrysmale dans l'épaisseur des parois du cœur; cette poche, sans cesse irritée par l'effort du sang, se cicatrisera, s'organisera et ses parois subiront successivement la transformation fibreuse, cartilagineuse , osseuse. Voilà peut-être le mécanisme de la formation de quelques-unes de ces poches anévrysmalcs du cœur dont j'ai observé un exemple fort remarquable consigné dans les bulletins de la société anatomique , dont M. Bérard avait décrit deux cas particuliers qu'il avait rapprochés des faits déjà publiés, et dont M. Breschct a parlé plus amplement sous le titre d'anévrysuie consécutif du cœur. Je ferai d'ailleurs remarquer que ce mécanisme, tel que je viens de l'indiquer, n'est que l'application d'une des lois qui président à la formation des anévrysmes des artères. Un petit foyer purulent s'établit dans l'épaisseur des parois d'une artèi e ; ce petit foyer s'ouvre au dedans du vaisseau , le sang s'y introduit, une poche anévrysmale existe, pelite d'abord, et acquérant bientôt d'énormes dimensions.

D'après cette manière de voir , les apoplexies du cœur ne seraient pas constamment mortelles; elles ne le sont pas toujom-s immédiatement. Un cas rapporte par M. Rostan (loc. cit. , p. 278 ) lui montra une ouverture récente; celte ouverture conduisait dans une sorte de cavité creusée dans l'épaisseur de la substance du cœur, remplie par une concrétion fibriueuse absolument semblable à celle qu'on rencontre dans les poches anévrysmalcs des gros vaisseaux, et qui paraissait se confondre avec le tissu du cœur. On conçoit même que la guérison pourrait s'opérer sans les mouvemens continuels de sj'stole et de diastole, mouvemens qui rendent toute cicatrisation impossible. Peut-être quelques-uns des kystes fibreux trouvés dans l'épaisseur du cœur reconnais-

APOPLEXIE

sent-ils pour cause des foyers sanguins qui ne se sont ouverts ni au dedans ni au dehors. |

Du reste , le cas que j'aipublié prouve de la manière la plus manifeste quela solution de continuité n'est pas le résultatmécanique de l'effort du sang contre un point du ventricule qui cède et se déchire, mais bien le résultat d'une fluxion sanguine spontanée ou vitale qui a pour effet la déchirure des fibres charnues du cœur : la rupture complète et le passage du sang sont l'effet mécanique du défaut de résistance relative des parois.

Le diagnostic de cette maladie est presque impossible dans l'état actuel delà , science : elle ne peut être que soupçonnée lorsqu'à la suite de syncopes la mort i a lieu subitement. Le traitement ne pourrait donc être que préservatif. Or des saignées pratiquées de temps en temps chez les individus affectés d'hypertrophie du cœur préviennent un nombre prodigieux de maladies consécutives.

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