‹ Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques [electronic resource]Chapitre 68 sur 234 · APOPLEXIE DES MUSCLES · texte numérisé non relu

APOPLEXIE DES MUSCLES

Proposition XXIV. — Les muscles sont souvent le siège de déchirures spçntanèes afec collection de sang qui présentent tous les caract(:res d un foyer apoplectique .

A côté de l'apoplexie du cœur, je crois devoir placer l'anoplexie des muscles, qui est peut-être la plus fréquente de toutes après l'apoplexie cérébrale. Or cette apoplexie musculaire présente absolument les mêmes caractères que l'apoplexie cérébrale, l» Sur le corps d'un épileptique mort pendant une attaque, j'ai trouvé des petits foyers de sang dans l'épaisseur du muscle trapèze; 2° j'ai i rencontré un grand nombre de fois dans mes dissections une déchirure des muscles droits à leur partie inférieure , cette déchirure occupant tantôt les fibres les plus postérieures du muscle seulement, tantôt toute son épaisseur. Des caillots de sang ti ès-adhérens au.x fibres musculaires remplaçaient la partie i déchirée. Jamais je n'ai vu de cas plus remarquable de cette décliirure que celui d'une femme du dépôt de mendicité de Limoges , affectée d'une fièvre quarte rebelle , qui , plusieurs fois coupée , avait reparu : tout à coup , elle est ; prise d'une douleur extrêmement vive à l'abdomen; le moindre contact estiD- ' supportable ; je crus à une péritonite, un grand nombre sangsues furent appliquées ; la malade succomba. A l'ouverture, je trouvai les deux muscles droits | remplacés par des caillots sanguins, excepté à leur extrémité supérieure. La ! gaine aponcvrotique était distendue par ces caillots au milieu desquels on dé- 1 couvrait les débris des fibres musculaires. Tout récemment j'ai observé cette déchirure chez un individu mort de deliriuni tremens. On trouve dans la thèse ' de M. Rousset {Recherches anatomiques sur les Aé«jor/7irtij/es) l'observation d'un homme qui mourut le douzième jour environ de l'invasion d'un érysipcle phlegmoneux ; vingt-neuf tumeurs sanguines furent trouvées dans l'épaisseur des muscles; les unes formées par du sang noir en partie coagulé , d'autres par du sang lie de vin, d'autres par un pus phlegmoneux encore mêlé de caillots de sang, quelques-uns contenaient du pus crémeux. Trois petits foyers sanguins du volume d'un pois existaient dans l'épaisseur du cœur. Un petit foyer du volume d'un pois soulevait la muqueuse du larynx au niveau de la partie postérieure du cartilage thyroïde. Ces foj^ers sanguins et purulens ont une connexion ' évidente avec l'érysipèle phlegmoneux ; ils me paraissent dus à une phlébite • consécutive à l'érysipèle pldegmoneux, ainsi que le démontrent mes expériences sur la phlébite produite par l'introdoction du mercure dans le système veineux. Autour de chaque globule mercuriel se forme un foyer de sang d'abord , puis ' un foyer purulent, et cela dans tous les tissus, les poumons, le foie, les mus- ; des, etc.; et l'identité de ces foyers sanguins et purulens, multiples, cir- î conscrits , produits par le mercure avec les foyers sanguins et purulens qui surviennent chez les amputés ou bien dans le cas de phlébite utérine, d'éry- , sipçle phlegmoneux, prouve avec toute la rigueur des expériences physiques la ! véritable origine de ces foyers. j

Des expériences plus directes encore m'ont démontré que l'apoplexie mus- ! culaire est une phlébite, et révèle le mécanisme de ces déchirures spontanées ■j des muscles , avec épanchement de sang , si fréquentes dans le scorbut. J'ai « injecté un corps irritant dans la veine fémorale de plusieurs chiens, du cœur fl vers les capillaires. Un stylet très-fin a été préalablement introduit pour briser ^ quelques valvules. Chez les animaux qui ont succombé au bout de deux ou trois , jours, j'ai trouvé tous les muscles de l'extrémité inférieure infiltrés de sang ' extravasé, parsemés de foyers sanguins que formaient des caillots déposés au i milieu des fibres musculaires déchirées. Chez ceux qui ont survécu un mois ou i deux, j'ai trouvé des cicatrices tout-à-fait semblables aux cicatrices qu'on reu- ' contre dans le cerveau ; les muscles qui avaient été infiltrés de sang présentaient ^ eux-mêmes cette couleur ocrée, qui atteste un épanchement sanguin antérieur, j et qui me paraît indélébile. ,

C'est sans doute par un mécanisme analogue , c'est à-dire , parune irritalioD, ^ veineuse, suite probable de qualités irritantes du sang, qu'ont lieu les foyers ^ sanguins musculaires, si fréquens dans le scorbut. La fibre musculaire, dans celte maladie devient tellement fragile, que le moindre mouvement produit sa ^ déchirure. J'ai vu des scorbutiques qui , voulant lutter outre mesure contre le ^ sentiment de lassitude qu'ils éprouvaient à un haut degré, présentaient au retour ^ delà promenade des mollets très-volumineux, bosselés, comme dans le cas decon- , tusion violente surcetlerégion ; et ces bosselures étaient évidemment le résultat d'une extravasation de sang, suite elle-même de la déchirure du tissu musculaire.

Page 1