APOPLEXIE DU FOIE
Proposition XXV. — Le foie, en raison de sa structure et de sa grande vascularite, | est fréquemment le siège d"fluxion sanguine spontanée avec déchirure de son j tisiu et collection de sang. !
Il n'est pas fort rare de rencontrer dans l'épaisseur du foie un ou plusieurs
APOPLEXIE
APOPLEXIE
byers apoplectiques à divers degrés. Presque toujours ces foyers de sang sont nultiples,et sesontformés à des époques différentes. Delàde singulières erreurs lans la description anatomique qu'on a quelquefois donnée de cette altération. Souvent des portions de foie ainsi altérées m'ont été apportées comme exemple ll'encéphaloides , et j'ai pu constater, dans cette fibrine décolorée, plus ou iioins compacte, les débris d'un foyer sanguin. Dansbeaucoup de cas, on pouvait uivre sur le même individu tous les degrés qui conduisent de l'épanchement Je sang récent à cette époque où l'absorption en a presque complètement débarrassé l'organe. Cette fibrine , qui a été si souvent prise pour de la matière ncéphaloïde , peut-elle revêtir l'organisation ? L'analogie ne me permet pas le l'admettre. Voit-on l'organisation du caillot dans l'apoplexie cérébrale, dans ie caillot qui succède à une contusion? Au demeurant, je suis persuadé que 'apoplexie du foie est beaucoup plus fréquente qu'on ne le croit communément; friabilité de cet organe, l'abondance de son système sanguin, et surtout du stème veineux , prouvent sa prédisposition à ce genre de maladie. Les abcès uUiples du foie, suite d'amputation, de lésion traumatique grave, de phlébite térine ou autre, sont constamment précédés d'une induration rouge , d'une oi-te de combinaison du sang avec le tissu du foie , qui représente assez bien
0 foyer apoplectique. Il arrive quelquefois que le iiialade succombe à cette iiériode de la maladie, et j'ai pu constater l'existence d'une multitude de foyers Lnguins, que j'ai produits à volonté en injectant du mercure , soit dans le jystème veineux général, soit dans le système delà veine-porte. Au reste, l'anuîjgie qui existe entre les foyers sanguins spontanés du foie et les foyers sanguins toontaués du cerveau et du poumon, ne saurait être révoquée en doute. On leut même admettre tous les degrés possibles dans l'apoplexie du foie, de mémo lue dans l'apoplexie du cerveau, depuis la congestion sanguine la plus forte, îans laquelle le tissu du foie est noir de sang, depuis la plus légère ecchymose ^ontanée sous-pcritonéale ou profonde, jusqu'à ces déchirures du foie dans bsquelles le sang se fait jour dans la cavité du péritoine. Dans cette dernière
atégorie est un cas cité par M. Andral {Clin. MécL, tom. 4) , qui trouva la
ource d'une hémorrhagie périlonéale mortelle dans la perforation d'une des
rincipales branches de la veine-porte hépatique.
Enfin , il est des cas dans lesquels le foie tout entier paraît converti en un illot de sang , traversé par des filamens celluleux et vasculaires qui le souennent. Tels sont quelques-uns des faits rapportés par M. Bailly {Hist. aitatom. patlinl. des Fièvres interm., liv. 3), qui parle « de foies noirâtres, lesquels semblent composés de sang noir légèrement coagulé et de filets celluleux qui, seuls, offraient quelque résistance au doigt; quand cette résistance était vaincue , le foie n'avait plus que la consistance d'une gelée qui commence à fondre; car le sang paraissait épanché dans son tissu, qui, d'ailleurs, n'existait plus comme tissu , mais comme bouillie. » Et ailleurs : « Le foie était si gorgé de sang , qu'il se détachait par lambeaux quand on l'enlevait avec la main; il semblait que la plus grantle partie des'vaisseaux était rompue, et que presque toute la structure intérieure était convertie en une masse d'extravasation , etc. « Assurément voilà des cas d'apoplexie sanguine du foie, fiite de fièvre intermittente pernicieuse ; et si l'on considère que ces fièvres itermittentes pei nicieuses sont le plus habituellement le résultat d'un empoiijnnement miasmatique végétal ; que le poison absorbé est porté dans le sang ; lue le foie est un des principaux centres ou aboutissans delà circulation, et Brtout de la circulation capillaire abdominale; que , dans mes expériences , |s corps étrangers introduits danslesystèmede la circulation ont été retrouvés |ans le foie presque aussi souvent que dans le poumon, on comprendra jusqu'à n certain point le mécanisme de la formation de ces apoplexies sanguines du |)ic, ou, si on l'aime mieux, de ces solutions de continuité spontanées, par jaxion sanguine, avec foyer de sang, que l'on confond trop souvent avec l'inlimmation. Toutefois, il faut bien distinguer ces foyers de sang, qui surviennent )ontanément au milieu d'un tissu sain, des foyers de sang qui naissent si souvent
1 sein de tumeurs encéphaloïdes;de même qu'ilfautbien distinguer les caillots jé sang décoloré d'un foyer apoplectique ancien , de la matière encéphaloïde |le-même. L'erreur est si facile dans quelques cas, qu"il faut être bien prévenu
our pouvoir s'en garantir.