‹ Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques [electronic resource]Chapitre 75 sur 234 · ARRETE-BOEUF · texte numérisé non relu

ARRETE-BOEUF

ARSENIC

par expérience que le prolongement frangé de la tunique extérieure du vaisseau , ainsi que la rétraction de celui-ci dans les chairs, n'était que secondaire dans la production du phénomène , qui n'est point empêché le plus souvent lorsque ces conditions dernières manquent , ou lorsqu'on les fait manquera volonté sur les animaux.

Comme nous l'avons fait remarquer plus haut, l'arrachement peut être le produit d'un accident, ou bien il constitue une opération chirurgicale; c'est sous ce dernier rapport que nous devons exclusivement l'examiner ici. Quant à ce qui concerne les plaies proprement dites par arrachement , il en sera question à l'article Plaie. ( Voyez ce mot. )

En médecine opératoire , il faut soigneusement distinguer l'arrachement de Yablalion, celle-ci est le genre, dont celui-là, au contraire, constitue seulement une espèce ou variété. Le mot arrachement du reste est complètement synonyme de celui iVai^ulsion.

Tantôt l'arrachement constitue seulement un des élémens d'une opération compliquée, comme dans certaines extirpations de tumeurs que l'on commence par incision, tantôt il suffit à lui seul pour toute une opération , ainsi dans l'ablation de certains polypes.

L'arrachementaélé employé ,dans un grand nombre decas : pour l'ablation des dents carriées , ou vicieusement développées , pour l'extirpation des polypes, etc. ; il a été proposé par Celse pour l'ablation des amygdales , le professeur Dubois conseille de le mettre en usage pour enlever les ganglions lymphatiques engorgés dans le fond du creux axillaire, enfin les ongles et les cheveux dans certaines maladies de leurs parties productrices, ont élé également arrachés dans un grand nombre de cas. Souvent l'arrachement a élé conseillé dans le but d'éviter une hémorrhagie , en produisant sur les vaisseaux de l'organe enlevé les modifications signalées plus haut; c'est , comme on le voit, une heureuse application h l'art des leçons que la nature elle-même nous a souvent données dans des circonstances remarquables. Serait-il possible d'étendre le procédé de l'arrachement des vaisseaux artériels à toutes les opérations, même aux grandes amputations des membres, afin de pouvoir éviter par là l'hémorrhagie et la nécessité des ligatures que l'on dirige contre elle? Cette idée a été partagée par quelques personnes , cependant elle est peu rationnelle ; nous savons bien que le jouroù parce moyen on aurait appris à se passer des ligatures après les grandes amputations , la science chirui-gicale aurait fait un grand pas vers la perfection ; mais malheureusement nous craignons bien que jamais on ne puisse ainsi obtenir ce résultat désirable; il n'est guère possible qu'en tiraillant les grosses artères sur la surface d'un moignon, on produise sur elles des effets analogues à ceux qui ont été observés dans les grands arrachemens des membres rapportés par les auteurs ; au reste, dans ces cas, sans doute l'hémorrhagie a été principalement empêchée par les conditions dans lesquelles l'artère a été mise, mais on ne peut pas savoir cependant jusqu'à quel point l'état de stupeur dans lequel la partie a été plongée par le fait même de l'accident, n'a pas concouru aussi à ce résultat. Enfin, que l'on ne se hâte pas trop non plus de conclure dans les expériences faites à ce sujet, des animaux à l'homme; car les propriétés des artères sont bien différentes des deux côtés; sur le chien, spécialement, les artères sont douées d'une telle contractilité de tissu et leur sang jouit d'une force plastique si marquée, qu'une hémorrhagie mortelle est difficile, soit que les artères les plus volumineuses aient été arrachées, soit qu'elles aient été simplement coupées à un degré plus ou moins complet. Nous nous rappellerons long-temps le fait d'un chien sur lequel nous avions simplement coupé dans plusieurs endroits les deux carotides primitives, et que nous ne pûmes réussir de la sorte à faire mourir d'hémorrhagie. Nous avons fait auparavant la même expérience sur un mouton, et avec le même résultat. Or il faut bien se garder, dans les expériences sur les animaux, d'attribuer à l'arrachement ce qui est seulement l'effet des conditions particulières de leurs artères et du sang qu'elles contiennent; l'erreur ici pourrait avoir des conséquences d'autant plus fâcheuses, que, prise pour la vérité, elle autoriserait la même pratique chez l'homme , dont le systènie artériel et le sang présentent des conditions différentes, et chez lequel par conséquent les choses se passeraient tout autrement.

Les doigts suffisent souvent pour l'arrachement de certaines parties peu adhérentes, mais le plus ordinairement on emploie à cet effet des pinces ou crochets de diverses formes imaginées par les chirurgiens ; la description de ces instrumens ne saurait appartenir à des généralités; on la trouvera seulement dans les articles dans lesquels il est traité de chaque espèce d'arrachement en particulier, [l^ojez à cet égard les mots Amygdales, Dekïs, Okgles, etc.)

( Fréd. Ph. Iîlandin. )

ARRETE-BOE'UF. Bugrane. Ononis spinosa. Monadelphie décand. Limm. Légumineuses Juss.

Une des cinq racines apéritives mineures admises par les anciens, et vantée, on ose à peine l'écrire, contre la dysurie, l'ischurie, l'hydrocèle et même le sarcocèle. Celte plante est une des mille preuves de l'inconcevable légèreté avec laquelle on introduisait dans la matière médicale lies substances inertes.

Si l'on doit juger de l'efficacité médicinale d'une substance d'après ses propriétés physiques et sa composition chimique , on a peu de chose à espérer de celle qui nous occupe. Sa racine a un goût douceâtre mêlé d'un peu iramcrlume. Elle n'a pas été analysée ; on est porté à croire , en lu voyant, qu'elle doit contenir beaucoup de fécule. Son administration ne détermine aucun effet primitif appréciable; d'ailleurs clic n'était jamais employée que réunie à d'autres médicamcns plus actifs, et dont les propriétés masquaient facilement les siennes.

La dose indiquée est d'une once par pinte d'eau en décoction ; mais on n'y a presque jamais recours. (F. Ratieu.)

ARROW-ROOT. On nomme ainsi l'amidon extrait de la racine àumaranu jW2'ra, plante originaire des Grandes-Indes, mais cultivée aujourd'hui à la Jamaïque , où sa fécule est devenue un objet de fabrication assez considérable. ( V oj-ez ^pour ses propriétés l'article Amidon.) (Guibourt.)

ARSENIATES. {Chim. médic.) Sels produits par la combinaison de l'acide arsenique , avec les bases salifiables. Plusieurs se trouvent dans la nature, tels sont les arséniates de chaux, de fer, de cuivre, de cobalt, de nickel et de plomb ; tous sont vénéneux , en raison de leur acide, qui est le plus actif des poisons minéraux ; deux seulement ont été employés en médecine, ce sont ceux de potasse et de soude.

bi-arséniate de potasse. Ce sel se prépare en chauffant jusqu'au rouge , dans une cornue , un mélange à parties égales de nitrate de potasse et d'acide arsénieux. L'acide nitrique se décompose , et l'acide arsenique formé reste dans la cornue, combiné à la potasse. On le fait dissoudre dans l'eau et cristalliser. Ce sel est avec excès d'acide et rougit le tournesol : il se présente sous forme de prismes tétraèdres , terminés par des pyramides à quatre faces. 11 est blanc, soluble dans l'eau ; il forme avec le nitrate d'argent un précipité rouge briquelé. Chauffé dans un tube de verre avec du charbon, l'acide arsenique se décompose et l'arsenic se sublime, partie à l'état métallique et partie à l'état d'oxide ou d'acide arsénieux.

Arséniate de soude. On se procure ce sel en chauffant , dans une cornue lutéc, un mélange de cinq parties de nitrate de soude et tle six parties d'acide arsénieux. Il en résulte un arséniate acide de soude que l'on fait dissoudre dans l'eau , afin de le neutraliser avec de la soude ou son carbonate ; on fait évaporer et cristalliser. Le sel cristallise en beaux prismes hexaèdres réguliers. Il se compose avec le nitrate d'argent et le charbon comme celui de potasse, et de plus il précipite les dissolutions de sels barytiques et calcaires , ce que le pre-i mier ne fait pas , en raison de son excès d'acide. (Guibouet.)

ARSENIC. (Chim. médic.) L'arsenic estun corps métallique d'un gris d'acier,' cristallisé et très-brillant lorsqu'il est pur, mais se ternissant promptementà l'air et y prenant une teinte noirâtre due à un commencement d'oxidation, Pulvérisé, cette oxidation devient plus rapide, et lorsque la masse est considérable, la chaleur dégagée peut augmenter au point d'en déterminer la combustion , ce qui n'est pas sans danger pour les magasins où on le conserve.

L'arsenic du commerce provient surtout des mines de cobalt arsenical, que l'on grille dans des fourneaux à réverbère , terminés par une longue cheminée horizontale. L'arsenic volatilisé, et brûlé en partie par l'o.xigène de l'air, se condense à l'état d'oj:(c?e blanc ou d'acide arsénieux, dans le tuyau de cette cheminée, tandis que la portion qui a échappé à la combustion s'arrête à la naissance du tuyau. On recueille cet arsenic et on le sublime de nouveau dans des cornues de fonte.

Cet arsenic est en masses noirâtres , formées d'aiguilles prismatiques lamelleuses, peu adhérentes les unes aux autres, jouissant d'ini grand éclat tlans leur intérieur. Sa pesanteur spécifique est de 4,1C6, à cause des interstices que le» aiguilles laissent entre elles ; mais celle des cristaux isolés est de 5,789, et celle du métal pur de 5,959, et non de 8,308 comme la plupart des auteurs l'onli admis , en se fondant à tort ou à raison sur l'autorité de Bergmann.

L'arsenic chauffé sur des charbons ardens, se réduit en vapeurs qui répandent une forte odeur alliacée, et qui, reçues dans un entonnoir de verre le recouvrentd'une poussière blanche facile à reconnaitrepour de l'acide arsénieus } chauffé dans un tube de verre fermé, il se sublime en petits cristaux gris trèséclatans; il se dissout à chaud dans les acides hydrochlorique et sulfurique concentrés , et donne lieu à des dissolutions d'acide arsénieux. L'acide nitrique le transforme, partie en acide arsénieux, partie en acide arsenique; l'acide hydro-chloro-nitrique ou eau régale le fait entièrement passer à l'état d'acide^ arsenique.

L'arsenic métallique porte dans le commerce le nom de cobalt ou de mortaux-mouches , parce qu'il est usité surtout pour empoisonner ces insectes ; il doit à ce changement de nom d'avoir pu être employé généralement jusqu'ici sans que les malfaiteurs aient cherché à s'en servir dans un but criminel; mais sa véritable nature commence à être mieux connue, et l'usage devra en être incessamment proscrit.

ARSENIC ( Sulfures d' ). ( Chimie médic.) L'arsenic se combine en plusieurs proportions avec le soufre, et de cette union résultent au moins trois sulfure* qu'il convient d'étudier séparément :

lo Sulfure d'arsenic rouge natif ou réalgar. Ce sulfure est d'un rouge vif ^ fragile, facile à rayer au couteau et donnant une poudre d'une belle couleur orangée. 11 se volatilise au feu en répandant une forte odeur d'ail ; il contient. 0,30 de soufre , ou 2 atomes sur 1 atome d'arsenic. On le trouve surtout dans, les environs des volcans , à Kapnick en Transylvanie , et dans l'Ile de Ximo , au. Japon. Les Grecs le connaissent sous le nom de sandaraque et paraissent' l'avoir employé à l'intérieur comme médicament.

2" Sulfure d'arsenic jaune natif ou orpiment. Ce sulfure se trouve en Souabe, en Hongrie, en Transylvanie, et dans une grande partie de l'Orient. Il est d'un jaune citron , souvent très-vif et très-éclataiit , ordinairement lamelleux, tendre, flexible et légèrement transluciLle; il pè.<e 3,45; il se volatilise entièrement au clialuiiieau en répandant une odeur mixte d'ail et d'acide sulfureux; il est proportionnel à l'acide arsénieux et identique avec le sulfure jaune qui provient de la décomposition de cet acide par l'acide hydrosulfurique. Il contient par conséquent 3 atomes d'oxigène , ou 39 pour 100. Il est très-usité dans la jjcinture, et doit être soigneusement distingué du faux orpiment ou arsenic jaune des droguistes, lequel, ainsi que je l'ai démontré, est presque entièrement formé d'acide arsénieux. Cet arsenic jaune se préparc en Allemagne , en subli-

ARSENIC

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liant, ilans des vases de fonte, de l'oxide blanc d'arsenic avec une certaine [uantité de soufre. Il est en masses jaunes , compactes , presque opaques, ayant 'éclat vitreux de l'acide arsénieux , et offrant souvent comme lui plusieurs couhes superposées. Il pèse de 3,60 à 3,65; sa poudre est d'un jaune serin; il se olatiiise au feu comme l'oxide et les sulfures d'arsenic, en répandant une forte Ideur d'ail; il se dissout presque entièrement dans l'eau bouillante, à laquelle l communique tous les caractères d'une forte dissolution d'acide arsénieux; je 'ai trouvé formé , sur 100 parties , de 94 d'acide arsénieux et de 6 seulement le sulfure d'arsenic.

Sulfure d'arsenic rouge artificiel. Ce sulfure se prépare en Allemagne, en aisant fondre, dans un creuset fermé , de l'arsenic métallique ou son oxide , vec un excès de soufre ; il est en masses d'un rouge orangé , d'une cassure anchoïde, un peu transparent dans ses lames minces, et donnant une poudre 'une belle couleur orangée. Sa pesanteur spécifique est 3,24 ; il se volatilise au halumeau, en répandant une odeur mixte d'ail et d'acide sulfureux; il conient , suivant les analyses de M. Laugier, de 41,8 à 43,8 de soufre pour 100. i renferme environ 0,015 de son poids d'acide arsénieux. (Gbiboiirt.)

ARSENIC. {Toxicologie.) Pour étudier ce métal sous le rapport de ses propriétés vénéneuses , il convient d'abord d'apprécier ses dilTcrens degrés d'oxiation : il est, comme On l'a déjà dit (vojez pag. 334) , terne ou brillant suivant u'il a été exposé ou non au contact de l'air ; volatil , la couche qu'il forme ans un tube de verre peut être facilement déplacée par la chaleur ardente, lis sur des charbons, il répand des vapeurs blanches d'une odeur alliacée. ;c:. vapeurs peuvent être reçues sur une lame de cuivre bien décapée et y former ne couche d'un blanc mat, si la lame a été opposée à la vapeur, à une certaine istance du charbon. La couche est noire dans le cas où la lame métallique a lé très-rapprochée du corps incandescent; dans le premier cas, l'arsenic volallisé absorbe l'oxigène de l'air, et passe à l'état d'oxide blanc ; dans le second

est seulement volatilisé , et l'espace qu'il parcourt dans l'air est trop petit our que l'oxidation puissesefaire. Si l'on verse sur la couche obtenue quelques buttes de sulfate de cuivre ammoniacal, et que l'on élève légèrement la terapé- (atiire de la lame cuivreuse, il se forme un corps vert (arsenite de cuivre, vert e Schéele); enfin, réduit en poudre très-fine et placé dans une petite quantité c sulfate de cuivre ammoniacal peu concentré, l'arsenic devient vert. Cet effet c se produit le plus souvent qu'au bout de quelques heures.

L'arsenic n'a pas par lui-même des propriétés vénéneuses; il n'agit sur l'écooraie qu'autant qu'il s'oxide dans l'estomac , ou qu'avant son ingestion il avait ■ jà été trahsformé en oxide par le contact de l'air. Ce fait explique pourquoi n a pu donner ce métal à des animaux, quoiqu'à la dose de plusieurs gros, ins produire d'accidens; toutefois la facilité avec laquelle il change de nature c permet pas de le considérer que comme une substance inerte. Lorsqu'il agit iir l'économie, il produit des effets analogues à ceux que détermine l'oxide lanc d'arsenic.

ylcicie arsénieux (oxide d'arsenic, mort-aux-rats , oxide blanc d'arsenic), olide ou pulvérulent, blanc, demi-vitreux ou presque complètement opaque, jivant le temps depuis lequel il a été préparé , ressemblant assez à du sucre iiand il est réduit en poudre, peu sapide ; mis sur des charbons ardeus il ;pand des vapeurs blanches d'une odeur alliacée; si au lieu de projeter l'oxide 'arsenic sur des charbons, on le met sur une lame de métal chauffée au rouge, ;s mûmes vapeurs se produisent; mais l'odeur alliacée ne se manifeste pas. Ce lit , constaté il y a deux ans par un élève en médecine dont le nom ne m'est as connu , peut être expliqué de la manière suivante : l'oxide blanc d'arsenic olatilisé n'est pas odorant par lui-même; lorsqu'il est placé sur un charbon i-dent, il est décomposé par le charbon , ramené 'a l'état métallique et volatilisé ;)us cet état. L'arsenic métal dégage seul l'odeur alliacée, odeur d'autant plus irfe dans une quantité donnée de vapeurs que moins de métal a passé à l'état oxide par son contact avec l'air. Celte décomposition n'ayant pas lieu sur une ime métallique , l'oxide est volatilisé sans être réduit.

Dans tous les cas , les vapeurs blanches dégagées peuvent se condenser sur lie lame de cuivre parfaitement décapée et placée au-dessus d'elles ; elles y irment une couche blanche de deutoxide d'arsemc qui devient d'une couleur crt-pré , quand on l'arrose de sulfate de cuivre ammoniacal étendu d'eau , et ue l'on élève légèrement la température de la lame (arsenite de deutoxide de jivre, vert de Schéele). On peut obtenir, au lieu d'une couche blanche, une Duche noire dans les cas où, ayant mis l'oxide d'arsenic sur un charbon ardent. In place la lame de cuivre à une ou deux lignes du charbon. Dansée cas l'oxide ' été réduit par le charbon et le métal rais à nu a été volatilisé et condensé sur 1 lame cuivreuse avant son oxidation par le contact de l'air. L'odeur alliacée c ces vapeursnedoitêtre considérée que commeun caractère secondaire. (Dans ne affaire d'empoisonnement assez récente, on a pris l'odeur que répandent s matières animales décomposées par le feu pour celles de l'oxide d'arsénié , |t ce caractère devient d'autant plus trompeur qu'il existe souvent dans i'estomae des corpuscules blanchâtres de matière animale que l'on pourrait ■3garder comme de l'acide arsénieux , ainsi que je l'ai observé dans un empoijnnement par la coloquinte.) Le liquide vert obtenu par le contact du sulfate e cuivre ammoniacal étendu d'eau avec la couche blanche et recueilli dans un erre à expérience , ne laisse , au contraire , aucun doute. Réduit en poudre ne et mêlé intimement avec son poids de charbon et de sous-carbonate de iotasse, et introduit dans un petit tube de verre ferme à l'une de ses extréjiiilés , l'oxide d'arsenic fournit une couche d'arsenic métallique si le mélange st chauffé graduellement jusqu'au rouge. Ce métal est reconnaissable aux jractères suivans ; 1° il forme une couche brillante d'un gris' noirâtre; 2° il Hirnit dos petits cristaux visibles a l'œil nu si la couche est très-abondanic ;

3o rais sur des charbons ardens , il donne des vapeurs blanches de deutoxide d'arsenic qui peuvent être recueillies sur une lame de cuivre comme nous l'avons dit; 4» réduit en poudre fine et placé dans une dissolution de sulfate de cuivre ammoniacal étendue d'eau, il y fait naître un précipité vert d'arsénite de cuivre après un certain temps ; il faut toujours laisser séjourner les deux corps en contact l'un avec l'autre pendant vingt-quatre heures pour acquérir la certitude qu'il ne s'est pas formé d'arsénite de cuivre. Lorsque la couche métallique n'est pas très-visible, il faut casser le tube et placer les fragmens dans la dissolution saline dont il vient d'être fait mention.

Dissous dans l'eau, l'oxide d'arsenic rougit très-faiblement la teinture de tournesol, et ne modifie pas la couleur du sirop de violette; sa saveur est légèrement acre; elle précipite en jaune serin par l'acide hydrosulfurique gazeux ou liquide (sulfure d'arsenic). Ce réactif agit avec beaucoup plus d'intensité quand on ajoute à la dissolution quelques gouttes d'acide liydrochlorique ; ainsi il arrive souvent que la dissolution d'acide arsénieux est tellement affaiblie qu'elle se colore en jaune sans fournir de précipité par ce réactif, au moins instantanément, car ce précipité se produit par le repos prolongé, on le fait naitre par l'addition d'acide hydrochlorique. Les hydrosulfates de potasse, de soude ou d'ammoniaque ne troublent point la dissolution d'oxide d'arsenic ; mais si dans le mélange on verse une ou deux gouttes d'acide hydrochlorique, il se forme un précipité jaune serin (sulfure d'arsenic ) ^floconneux et non pulvérulent; caractère essentiel , car les hydrosulfates traités par les acides fournissent un précipité blanc et quelquefois blanc jaunâtre, mais qui est pulvérulent (soufre mis .à nu). On doit préférer à ce réactif l'hydrogène sulfuré parce qu'il ne peut pas être une source d'erreurs. Le sulfure d'arsenic recueilli, desséché, introduit dans un tube de verre avec du sous-carbonate de potasse , fournit de l'arsenic métallique reconnaissable aux caractères dont nous avons fait mention, et du sulfure de potassium qui, resté au fond du vase, exhale une odeur d'œufs pourris quand on le traite par l'eau.

M. Berzelius a conseillé de recueillir le sulfure d'arsenic , de le mêler à de la potasse ou à du sous-carbonate de potasse, de l'introduire dans un tube de verre et d'y faire passer un courant de gaz hydrogène en soumettant graduellement le tube à une chaleur forte. ( T^oj-ez Antimoine, appareil pour le procédé de M. Turner.) Le premier mode d'expérimentation étant plus simple et conduisant aux mêmes résultats, je le préfère au procédé de M. Berzelius.

Le sulfate de cuivre ammoniacal précipite en vert la dissolution d'oxide d'arsenic (arsénite de cuivre soluble dans un excès d'ammoniaque). Ce réactif doit toujours être employé étendu d'une certaine quantité d'eau et ne contenant pas trop d'ammoniaque en excès; il doit être ajouté goutte à goutte ; sans ces précautions , on court le risque de ne pas obtenir de précipité. Le sulfate de cuivre seul produirait à la longue les mêmes phénomènes ; l'ammoniaque favorise donc leur développement en s'unissant à l'oxide d'arsenic pour former un arsenite d'ammoniaque qui agit ensuite sur le sulfate de cuivre , ainsi que le font deux sels doubles qui contiennent les élémens d'un sel soluble et d'un sel insoluble.

Si l'on ajoute à la dissolution d'oxide d'arsenic quelques gouttes de potasse de manière à la rendre alcaline et qu'on verse le mélange dans une dissolution de nitrate d'argent , il se forme immédiatement un précipité jaune serin d'argent , en partie solubk- dans l'acide nitrique ( la portion insoluble devient blanche), et soluble en totalité dans l'ammoniaque.

Tous ces précipités desséchés et placés sur des charbons ardens , répandent des vapeurs blanches d'une odeur alliacée, qui peuvent être recueillies sur une lame de cuivre comme nous l'avons dit. Tous, traités par un mélange de sousearbonate de potasse et de charbon et introduits dans un tube de verre, fournissent de l'arsenic métallique.

L'oxide d'arsenic dissous dans une grande quantité d'eau, donne avec l'hvdrogène sulfuré gazeux une coloration jaune qui, par un contact long-temps' prolongé, fournit un précipité de sulfure d'arsenic ; le précipité se forme trcspromptement si l'on ajoute quelques gouttes d'acide hydrochlorique. Néanmoins, de ce qu'on n'obtiendrait pas de précipité il ne faudrait pas conclure que la liqueur ne contient pas d'oxide d'arsenic ; on devrait laisser reposer le liquide ainsi traité pendant quelques heures ; on verra plus tard un exemple à l'appui de ce conseil. On voit que l'hydrogène sulfuré est le réactif le plus puissant pour démontrer l'existence de l'o.xide d'arsenic, car il fournit un précipité encore très-abondant quand les autres réactifs n'en donnent plus.

Oxide d'arsenic dissous dans du l'in. — Il ne fait subir aucun changement à ce liquide quoique son contact soit prolongé pendant plusieurs mois, ainsi que je m'en suis assuré. Analyse. Il ne faut jamais décolorer le vin par le chlore ; ce corps transforme l'oxide d'arsenic en acide arsénique qui n'agit plus de la même manière sur les réactifs. L'acide hydrosulfurique et le sulfate de cuivre ammoniacal ne fournissent plus de précipité dans ce mélange; il y a plus, si l'on a primitivement traité le vin qui contient de l'oxide d'arsenic par l'acide hydrosulfurique, et que l'on ait obtenu un précipité jaune serin de snlfur<; d'arsenic dont la couleur soit en partie masquée par celle du vin , et que l'on cherche ensuite "a enlever la matière colorante de ce liquide à l'aide du chlore, le précipité peut se redissoudre et disparaître. Le nitrate d'argent devient un réactif aussi infidèle, car il précipite abondamment enblanc l'oxide d'arsenic mêle au vin décoloré par le chlore. Il faut pour constater la prérence de ce corps, décolorer le vin par le charbon animal et agir sur la liqueur comme ime dissolution simple d'oxide d'arsenic.

Oxide d'arsenic mélangé ou dissous dans du lait. — Il n'apporte aucun changement dans les propriétés physiques de ce liquide. Analyse. 1° Constater que le lait n'est pas coagulé (cependant u.t pareil mélange ayant été f.ùt depuis

ARSENIC

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quelque temps, la coagulation du lait aurait pu s'opërer spontane'merit) ; 2° qu'il ne rougit pas fortement la teinture du tournesol; 3" traiter le lait par cinq à six fois son volume d'alcool , agiter fortement le mélange et le laisser reposer pendant une heure, filtrer la liqueur, l'évaporer de manière .H la réduire au cinquième de son volume, filtrer de nouveau et agir avec l'hydrogène sulfuré et le sulfate de cuivre ammoniacal , comme il a été dit ; recueillir les précipités, les mettre sur le feu pour obtenir des vapeurs blanches et en retirer l'arsenic métallique en les introduisant dans un petit tube avec du charbon et de la potasse.

On pourrait encore adopter le procédé suivant : porter le lait à l'ébullilion , y verser quelques gouttes d'acide acétique, filtrer, traiter par l'hydrogène sulfuré et parle sulfate de cuivre ammoniacal.

Quand on procède à l'analj'se du lait ou de tout autre liquide animal , dans lequel on soupçonne que l'acide arsénieux a été mis eu poudre, il est important d'examiner avec soin la liqueur , afin de s'assurer s'il n'existerait pas au fond du vase une portion de poison à l'état pulvérulent.

^cidc arsénieux incorporé à un emplâtre ou à une pommade. — Faire bouillir le mélange dans de l'eau, prolonger l'ébuUition pendant long-temps; observer si, au moment où la séparation de la graisse devient huileuse par la chaleur , il ne reste pas au fond du vase une poussière blanche qui pourrait être l'acide arsénieux lui-même, et, dans ce cas, la recueillir pour la traiter comme nous l'avons dit à l'article Acide arséniedx; laisser refroidir toute la masse, décanter l'eau employée et séparée de la graisse devenue solide , agir sur cette eau comme sur une dissolution simple d'oxide d'arsenic.

Acide arsénieux existant dans l'estomac. — Un grand nombre de méthodes d'analyse ont été proposées pour constater la présence de l'oxide d'arsenic incorporé ou dissous dans des matières animales. Hahnemann, Fischer, Rose, RololF, Jœger, Rapp, ont successivement conseillé l'emploi de procédés plus ou moins compliqués. Celui de Rapp étant supérieur à tous les autres, je le ferai connaître en peu de mots. On se procure un matras à long col et du nitrate de potasse privé par le nitrate d'argent de l'hj'drochlorate de potasse qu'il renferme presque toujours ; on fait dessécher peu à peu et à l'avance , à l'aide d'une cvaporation lente, les matières animales mêlées au poison; on introduit le nitrate de potasse dans le matras, et on le chauffe jusqu'au point où la masse commence à rougir; on y projette alors, par petites portions , les matières animales desséchées, jusqu'à ce que tout phénomène de décomposition ait cessé ; alors on reprend la masse par une quantité d'eau suffisante pour la dissoudre, et on met la liqueur en contact avec du nitrate d'argent. Il doit alors se former im précipité rouge brique d'arséniate d'argent, si la matière animale contenait de l'acide arsénieux. (l^ojez Arséniate de potasse. )

Le but de ce mode d'expérience est de détruire la matière animale et de transformer l'acide arsénieux en acide arsénique. L'acide nitrique du nitrate de potasse est l'agent de ce phénomène; il cède de l'oxigène aux élémens de la matière animale , de manière à la transfoi mer en des produits gazeux qui se dégagent, et c'est encore ainsi qu'il transforme l'acide arsénieux en acide arsénique.

Ce procédé est très-long , exige beaucoup de soins dans son exécution, mais il peut fournir une preuve certaine qu'il n'y avait pas d'oxide d'arsenic combiné intimement avec les tissus. Il ne doit être employé que dans les cas où les recherches que je vais faire connaître auraient été infructueuses.

Je crois que l'on s'est beaucoup exagéré la difficulté de retrouver l'oxide d'arsenic après la mort; c'est en effet l'un des poisons qui soit le moins susceptible de s'altérer par son contact prolongé avec les matières animales , ainsi que le démontrent les expériences de MM. Orfiia et I;esueur , au l apport médico-légal fait par M. Orfila , sur l'exhumation d'un cadavre qui était reste' six semaines dans la terre et dans le canal intestinal duquel on a retrouvé ce poison: (Je viens d'apprendre que ce poison a été retrouvé par M. Idt , dans le détritus d'un cadavre qui avait été enterré aux environs de Lyon , depuis sept ans. )

Quand on a ouvert l'estomac dans lequel on soupçonne l'existence de celte matière vénéneuse , il faut faire écouler les liquides dans un vase à part, et rechercher si au fond de la liqueur une poussière blanche ou de petits corps blancs très-durs ne s'y rencontreraient pas. Ne pas confondre surtout des corpuscules graisseux qui ont été observés dans les cas d'empoisonnement par des matières végétales, ou même dans quelques affections chroniques du tube digestif. Ces petits corps blancs ne doivent être caractérisés oxide d'arsenic que lorsqu'ils offrent une forme irrcgulièrc, qu'ils sont durs, so\ivent demi-vitreux, et quelquefois opaques , faciles à réduire en poudre, complètement solubles dans l'eau, et leur dissolution présentant tous les caractères de l'acide arsénieux. C'est ici surtout qu'il faut attacher peu d'importance à la manière dont ils se comportent sur le feu, car ce mode d'expérimentation est devenu une source d'erreur dans une accusation récente d'empoisonnement. Les corpuscules graisseux , que l'on a pris pour de l'oxide d'arsenic , dccrépitaicnt légèrement sur le feu, répandaient une l'apeur blanchâtre . d'une odeur désagréable , et comme nos sens sont souvent trompeurs , on a comparé cette odeur à celle de l'ail, et conclu à l'existence du poison. Si ces vapeurs avaient été recueillies sur ime lame de cuivre , et qu'elles eussent été traitées comme je l'ai conseillé au commencement de cet article, on eût évité le désagrément d'une réfutation complète des faits énoncés dans un rapport.

Après avoir séparé les liquides contenus dans l'estomac, il faut étendre cet organe sur une table ou une planche, le déployer de manière à eff.icer ses replis et h explorer les cavités qu'ils formaient par leur réunion , y rechercher encore des fragmcns de poison ; faire bouillir la totalité de l'organe dans de

l'eau , et soutenir l'ébullition pendant un quart d'heure environ ; filtrer les deux liqueurs ainsi obtenues , et les traiter isolément par un courant d'hydrogène sulfuré gazeux, employé en excès; ajouter au liquide ainsi traité quelques gouttes d'acide hydrochlorique , afin de faciliter la formation du sulfure d'arsenic, et surtout sa précipitation; que si, malgré cettedernière précaution, on n'obtenait pas encore de précipité immédiatement, il faudrait, avant de conclure , abandonner la liqueur à elle-même pendant trente-six ou quarantehuit heures , temps au bout duquel il serait possible que le sulfure d'arsenic se fût rassemblé au fond du vase. Voici un fait à l'appui de cette proposition : on me pria d'analyser du bouillon dans lequel on soupçonnaitl'existcnce del'oxide d'arsenic, à cause des coliques et des vomissemens auxquels son usage avait donné lieu. Ce liquide, traité par les réactifs propres k déceler le poison , ne formait aucun précipité ; cependant pour plus de certitude , je crus devoir mettre de coté les verres à expéi-iences qui contenaient la liqueur essayée : le lendemain et le surlendemain aucun phénomène n'avait eu lieu, mais plusieurs" jours après il s'était formé un dépôt assez abondant de sulfure jaune d'arsenic.

Que si tous ces moyens étaient insufîisans, il faudrait faire évaporer jusqu'à siccité toutes les liqueurs , les réunir aux parois de l'estomac que l'on aurait conservées dans de l'alcool, et après quele toutauraitélé parfaitement desséché; traiter les matières d'api ès le procédé de Rapp.

Action de l'acide arsénieux sur V économie animale. — II n'est peut-être pas un poison qui ait fixé à un plus haut degré l'attention des médecins. Des expériences variées ont été faites sur les animaux et même sur les végétaux ; des observations nombreuses d'empoisonnement ont été recueillies, et de toutes ces données on peut établir que l'acide arsénieux est vénéneux pour l'homme , les animaux et presque tous les végétaux. Je me bornerai à rappeler quelques-uns des faits qui viennent à l'appui de cette proposition. Jœger, en expérimentant sur des plantes , a été conduit à admettre que l'acide arsénieux est absorbé par elles. Qu'il semble d'abord porter son action sur l'irritabilité du végétal; qu'au fureta mesure de l'absorption, la vie s'éteint dans les parties où l'oxide d'arsenic a pénétré , ce que semble démontrer l'odeur alliacée que ces partie» développent en brûlaut.

Suivant le même auteur, les animaux des classes inférieures périssent en peu de temps lorsqu'ils sont sous l'influence de ce poison. Ceux des classes supérieures résistent plus long-temps à son action. Chez tous, on observe une augmentation dans les quantités des fluides sécrétés , et principalement de ceux fournis par les membranes muqueuses; une diminution plus ou moins marquée des mouvemeus volontaires , des convulsions , et l'anéantissement de l'irritabilité. Injecté dans le système sanguin , ou appliqué sur des plaies , il agit avec plus d'intensité que lorsqu'il est introduit dans l'estomac.

Brodie a cherché à combattre une opinion généralement admise autrefois, que l'acide arsénieux produisait la mort par l'inflammation locale qu'il déterminait. Tout en faisant sentir l'influence que ce poison exerce sur le système nerveux, il ne nie pas la possibilité que l'individu ne puisse succomber à l'inflammation des organes, en contact avec l'oxide d'arsenic; mais il faut alors , selon lui , qu'il ait résisté aux accidens dépendans de l'absorption.

Les expériences faites par Cambell s'accordent avec celles de Jpeger et de Brodie.

Smith pense que l'acide arsénieux détermine presque constamment une inflammation locale; qu'il agit sur le cœur d'une manière spéciale , et que la mort est le résultat nécessaire de l'extinction graduée des contrations du cœur sous l'influence de ce poison.

Si l'on examine avec soin les observations d'empoisonnement par l'oxide blanc d'arsenic, et que l'on rapproche les symptômes morbides des altérations cadavériques , on est porté à penser que l'arsenic agit et sur les parties où il est appliqué, et sur toute l'économie ; que, placésur la peau, sur une plaie, ou introduitdans l'estomac, il donne lieu aux mêmes symptômes généraux ; que par conséquent, il est absorbé et porté dans le torrent de la circulation; que, presque constamment , il détermine une inflammation locale plus ou moins forte , mais que , dans quelques cas, et quoique pris à forte dose, il peut agir sur l'économie sans laisser de traces notables de son contact avec les parties sur lesquelles il a été appliqué; que, toutes choses égales d'ailleurs, il agit pliw rapidement quand il est en dissolution que lorsqu'il est en masse ou en poudre; que les expériences faites sur les animaux portent à penser qu'il exerce une action sur le cœur. Consiste-t-clle dans une diminution de la contraclililé de cet organe? est-ce une irritation portée sur sa membrane interne? Les tacbei rouges des valvules et des colonnes charnues militeraient en faveur de cett« dernière hypothèse. La flaccidité du cœur , observée après la mort par Smilli, et les syncopes réitérées auxquelles sont sujets les individus qui succombent à cette sorte d'empoisonnement , tendraient à faire adopter la première. Bornons-nous donc à noter l'action de ce poison sur cet organe , et attendons , pour la spécifier , que de nouvelles observations viennent nous éclairer.

Je crois devoir rappeler le fait suivant comme l'un des plus remarquables de ceux que la science possède. Desgranges a rapporté, dans le Recueil périodique de la Société de médecine de Paris, l'observation d'une jeune femme de chambre , qui, pour se faire passer des poux , se frotta la tête avec une pommade chargée d'arsenic ; cette partie ne présentait aucune trace d'érosion avant les frictions. Le cuir chevelu , la face et toutes les glandes environnantes devinrent, au bout de quelques jours , le siège d'une inflammation considérable , en même temps que l'ensemble des symptômes qui appartiennent à l'empoisonnement par l'oxide d'arsenic introduit dans l'estomac se développa. Celle malheureuse ne dut son salut qu'à une médication énergique et aux soins les plus assidus. Quant à l'absorption de l'oxide tl'arsenic par les plaies, outre

ARSENIC

ARSENIC

q'elle est démontrée par les expériences faites sur les animaux, il est peu de pticiens qui n'aient eu connaissance de faits dans lesquels l'emploidela jte arsénicale , appliquée sur des ulcères cancéreux, aurait développe un esemble de symptômes extrêmement graves, si l'on ne se fût hâté de cesser Si usage.

ivoici maintenant quel est l'ensemble de phénomènes morbides que l'on (serve dans celte sorte d'empoisonnement. Saveur peu désagréable ; on a vu i grand nombre d'individus ronger des morceaux d'arsénic et les avaler peu àieii; nausées, envies de vomir, vomissemens de piatières muqueuses mêlées <!stries de sang; ces vomissemens ne se montrent pas immédiatement après ■Ijigestion du poison ; le plus souvent ils n'ont lieu que deux, quatre , six et ifme huit heures après. Si l'acide arsénieux a été pris en substance et par j^its fragmens , on en retrouve des traces dans les matières vomies. Anxiété jlpcordiale , douleur même avec chaleur, et quelquefois sentiment de brûlure ('ns la région de l'estomac. Coliques plus ou moins fortes suivies d'évacuations ; ines ; bientôt se développe de la soif, un sentiment de constriction à l'œsojagc; les boissons les plus douces sont rejetées aussitôt leur ingestion; le juls devient fréquent et plus développe, les battemens du cœur sont plus f ts, la respiration est gênée , la peau se couvre de sueur; le visage s'injecte, s colore ; l'urine est rouge et dans certains cas sanguinolente; vine déman- {jison se manifeste sur toute la peau du corps, quelquefois même une c'rup- ■lin niiliaire l'accompagne; mais bientôt un autre ordre de symptômes se ipecte : le malade tombe en syncope, son pouls devient irréguiier ; il est pris «puite de convulsions~qui cessent pour faire place à une nouvelle syncope ou i'in calme trompeur. Cet état s'aggrave de plus en plus, et bientôt une sueur iiidc couvre tout le corps ; les mouvemens du cœur deviennent de plus en

us faibles et irréguliers , et l'individu expire dans l'état de prostration le plus |ind. Souvent la mort survient au milieu d'un appareil de symptômes des

js effrayans, l'individu est en proie à des convulsions horribles ; il exprime iec force les souflrances auxquelles il est en proie , se roule sur le carreau , niiitsurson sort, et appelle une mort qui ne peut le fuir et qu'il n'achète

< "à force de doulcuis.

Le tableau que nous venons de tracer est loin d'être constant, et nous devons :;na]er cette circonstance importante, que l'on connaît plusieurs exemples individus empoisonnés par l'oxide blanc d'arsenic, qui ont succombé sans :oir présenté de symptômes autres que quelques syncopes. Laborde et haussier ont rapporté des cas de ce genre.

Les altérations pathologiques que laisse l'empoisonnement par l'oxide blanc (irsenic , sont les suivantes : rougeur plus ou moins marquée de la membrane 1 iqueuse gastrique , s'étendant quelquefois à l'œsophage ; teinte brunâtre de

< elques replis de l'estomac; ecchymoses sous-muqueuses plus ou moins l 'ges, se montrant principalement dans des points où un petit fragment d'oxide ijjrsenic a séjourné ; injection plus ou moins marquée des vaisseaux gastriquesl'îmbrane muqueuse intestinale participant, dans quelques cas, à ces altéra-

ins ; quelquefois aussi, plaques rouges sur les valvules mitrale ou tricuspide,

isi que sur les principaux faisceaux des ventricules du cœur. Rien de plus ■'riable que ces diverses altérations ; dans cerlains cas elles manquent entière-

;nt , ainsi que Chaussier , Etmuller et Marc en ont rapporté des exemples ; ' ns d'autres circonstances elles sont à peine prononcées, en sorte qu'il ne

jdrait pas conclure de leur absence que le poison a été introduit après 1 mort.

Traitement de l'empoisonnement par l'acide d'arsenic. — lo Existe-t-il

< elque contre-poison de l'oxide d'arsenic? M. Bertrand a fait à ce sujet, en 11, quelques expériences sur les animaux et sur lui-même, qui l'ont porté à

. nsidérer le charbon et l'albumine, comme l'antidote de l'empoisonnement r l'oxide d'arsenic, et de celui produit par le sublimé et l'acétate de cuivre oyez ces poisons). Ces expériences zootomiques laissent quelque chose à sirer , relativement à l'oxide d'arsenic , parce que la dose de poison admistré est très-faible (6 grains), et que les expériences sont peu nombreuses, ^antpris lui-même 5 grains d'acide arsénieux dans un demi-verre de décoc- )n de charbon, il éprouva une sensation de chaleur et de douleur à la région igastrique, une soif assez intense , phénomènes qui disparurent dans l'espace

! trois heures, temps pendant lequel il but plusieurs tasses de la même décoc- )n. Tout porte à croire que la décoction de charbon n'exerce aucune action

ia température de l'économie , non plus que le charbon lui-même , quoique lté substance décompose l'oxide d'arsenic; elle ne produit cet effet qu'à une mpérature voisine de la chaleur rouge , et il y a loin de celle du corps qui ne ■passe guère 39 degrés cenlig. à celle nécessaire pour opérer cette décompoion. M. Orfila a répété les ^expériences de M. Bertrand, et a obtenu des sultats négatifs.

On a tour à tour conseillé les huiles , les graisses , le lait, l'eau sucrée et les codions de quinquina, de noix de galle, d'écorce de pin, de grenade ; tous s moyens ne paraissent pas exercer d'action chimique neutralisante. En résumé, c'est principalement eu raison de la quantité de liquide qu'elles nlerment, qu'elles deviennent plus ou moins efficaces. M. Renault a cherché déterminer si les sulfures alcalins ou l'hydrogène sulfuré ne pourraient pas venir des contre-poisons de l'oxide d'arsenic. Pour les sulfures alcalins , ces cherches étaient h peu près inutiles, puisqu'ils ne décomposent la dissolution l^xide d'arsenic qu'autant qu'on ajoute un acide au mélange. Toutefois , elles |it été fort mal faites , car pour annuler l'action de 2, 3 ou 4 grains d'oxide •Sarsenic, on a administré 5 grammes du sulfure de potasse ou de chaux, |; qui représente 60 grains de sulfure dissous, dose beaucoup plus considéble que celle nécessaire pour tuer les chiens; aussi ces animaux sont-ils

DiCT. DE MÉOECIHE ET DE ChIRUBGIE PRATIQUES.

morts sous l'influence du contre-poison prétendu. Il n'en est pas de même de l'acide hydrosulfurique. Dans tous les cas où cette substance a été employée, les animaux n'ont pas péri, bien qu'ils aient pris jusqu'à' 10 grains d'acide arsénieux; mais ce moyen serait de bien peu de valeur dans les cas d'empoisonnement par l'acide arsénieux solide (dans toutes les expériences , l'oxide d'arsenic] était en dissolution); néanmoins comme on transforme une partie de la substance soluble en un corps diflicilement soluble , et par conséquent moins énergique , on aura toujours de l'avantage à employer de l'hydrogène sulfuré, non pas la dissolution des laboratoiresde chimie, qui peut exercer une influence délétère , mais bien les eaux minérales sulfureuses naturelles. Ce moyen a été conseillé de nouveau par MM. de Rayer et Chevalier.

La conduite à tenir dans un cas d'empoisonnement par l'oxide d'arsenic, consiste : 1° à déterminer l'expulsion du poison en provoquant le vomissement. Il est convenable de ne l'opérer qu'après avoir rempli l'estomac d'une grande quantité de liquide ; les eaux minérales sulfureuses, les infusions ou décoctions mucilagineuses , le lait, l'eau sucrée ou l'eau tiède, doivent être employés a cet effet; 2" à calmer l'irritation ou l'inflammation déterminée par le poison, à l'aide des moyens antiphlogisliques ordinaires; 3° s'attacher à provoquer des évacuations alvines; 4° administrer des remèdes propres à diminuer 1 excitation portée sur le système nerveux ; les ]5i éparations opiacées ne seraient propres à remplir cet effet, qu'autant que l'excitation générale serait tresgrande , car dans les cmpoisonnemens où les syncopes,

l'affaiblissement des

contractions du cœur constituent les symptômes dominans , ces moyens pourraient peut-être devenir dangereux.

Sulfure d'arsenic. — 11 existe dans le commerce deux sulfures d'arsenic ; l'un , rouge , constitue le réalgar, l'autre , jaune , porte le nom A'orpiment. Ces deu.^ sulfures jouissent de propriétés chimiques communes; mais ils ont des caractères physiques bien tranches. Tous deux se rencontrent en masses plus ou moins volumineuses, d'une cassure brillante et polie; mais le premier est d'un rouge de brique, et le second offre une belle couleur jaune ; ils peuvent être réduits en poudre et offrir alors une foule de peltls points brillans. Le sulfure jaune pouvant être préparé en décomposant l'oxide d'arsenic dissous . par l'hydrogène sulfuré , est alors sous la forme d'une poudre très-fine dont les molécules sont tout-à-fait opaques , ce qui provient du mode différent de préparation ; on les reconnaît à l'aide d'une seule expérience. Il suffit d'en introduire une petite portion pulvérisée et mêlée à de la potasse ou du sous-carbonate de potasse et du charbon, pour en séparer l'arsenic métallique {voyez Oxide d'arsekic pour les caractères de ce métal), qui se volatilise sur les parois du tube dans lequel on a fait l'expérience , et obtenir pour résidu du sulfure de potassium qui , mis en contact avec quelques gouttes d'eau , fournit une liqueur qui noircit une lame .d'argent qu'on y plonge et laisse précipiter du soufre , si on la traite par un acide fort ; ce résidu dégage encore une odeur d'œufs pourris. Du reste ces sulfures réduits en poudre et mis sur des charbons ardens dégagent des vapeurs blanches d'oxide d'arsenic, à la manière de l'acide arsénieux.

Ces deux sufures se rencontrent aussi à l'état natif; mais le sulfure rouge d'arsenic natif est peu répandu dans le commerce.

M. Guibourl (7oiir/îa/ de Chimie médicale, mars 1826) a fait voir que les sulfures d'arsenic artificiels contenaient une certaine quantité d'oxide d'arsenic. Sur 10 grammes du sulfure jaune traités par l'eau et bouillis avec elle, il n'a retiré que 0,6 de sulfure d'arsenic. Quant au sulfure rouge traité de la même manière , il ne perdit que Ojl.'î grammes , ce qui explique les propriétés vénéneuses énergiques du sulfure d'arsenic jaune artificiel , puisqu'il contient une très-grande quantité d'oxide d'arsenic. Ce fait est bien connu des fabricans , qui le considèrent comme un poison violent, tandis qu'ils n'attachent aucune idée d'action délétère au sulfure jaune naturel.

Il suit de la que l'on devra traiter le sulfure d'arsenic jaune par l'eau distillée bouillante , après l'avoir finement pulvérisé , afin de constater la présence de l'oxide d'arsenic, et d'obtenir un résidu jaune insoluble, entièrement formé par du sulfure d'arsenic.

Action sur l'économie animale. — M Renault, à qui nous devons une série d'expériences faites sur les animaux , dans le but de constater l'action des sulfures d'arsenic sur l'économie, a été conduit à admettre : 1° que le sulfure jaune du commereeproduit la mort dans l'espace de quelques heures, quand on le fait prendre à des chiens à la dose de 3 ou 4 grains, ou lorsqu'on l'applique sur le tissu cellulaire à celle de 18 grains et même de 8 grains; 2° que le même sulfure naturel (orpiment) peut être donné impunément à la dose de 1 à 2 gros ; 3° qu'il en est de même des sulfures rouges d'arsenic artificièl et naturel , l'un par rapport à l'autre, cependant que le sulfure rouge artificiel parait moins vénéneux que le sulfure jaune artificiel. Ces expériences ont été répétées par MM. Orfila et Smith; il sont été conduits à admettre que tous ces sulfures étaient vénéneux , mais que les sulfures naturels l'étaient moins que les sulfures artificiels.

M. Robert, interne à l'Hôtel-Dieu, m'a donné l'observation d'un homme qui, s'étant éveillé pendant la nuit pour faire et prendre un vem d'eau sucrée , mit dans ce liquide nne assez grande quantité d'orpiment pulvérisé , au lieu de cassonade qui se trouvait dans un papier voisin. Il avala le verre d'eau sans éprouver aucune saveur désagréable et s'endormit. Trois heures après , il fut réveillé par des douleurs vives à l'estomac et au ventre, vomit abondamment quelques heures plus tard, et rendit deux selles jaunâtrés. Alors il se borna à prendre de l'eau sucrée. Le lendemain, troisième jour, entré à l'Hôtel-Dieu , il présentait des symptômes de phlegmasie gastro-intestinale , consistant dans une douleur vive à la base de la poitrine , se propageant le long de l'œsophage et venant se terminer par un sentiment de constriction à la gorge ; le ventre

ARSENIC

ARSEIÏIC.

douloureux à la preasion, le pouls à peine sensible , la face pâle, les lèvres tremblantes , la peau froide ; trente sangsues sont appliquées sur r'abdonien, des sinapismes aux extrémités et des boissons délayantes sont prescrits. Mais le lendemain de son entrée, et le quatrième jour de l'accident, le malade'expire à dix heures du matin, après avoir offert des vomissemens moins fréquens , des selles plus abondantes et un délire tranquille.

Les altérations pathologiques que l'ouverture du oorps a offertes , consistaient dans une injection et rougeur de la tunique muqueuse de l'estomac , de la partie supérieure de l'intestin grêle et du milieu du gros intestin; la portion pylorique de l'estomac était principalement le siège de cette rougeur. Le mucus qui tapissait la membrane interne de cet organe, examiné avec soin , présentait une foule de petits grains d'une poussière jaune et brillante qui paraissait adhérer à la membrane muqueuse de l'estomac , mais qu'on enlevait très-facilement avec l'extrémité du doigt ; ces parcelles étaient en plus grande quantité dans les replis de la membrane muqueuse; elles n'y avaient pas produit d'altération profonde , mais seulement une rougeur un peu plus prononcée ; cette poudre brillante se rencontrait dans presque toute la longueur du tube intestinal au milieu d'un mucus épais et jaunâtre (tout porte à croire que c'était de l'orpiment ). Le cœur était hypertrophié, la valvule auriculoventriculaire gauche offrait quelques taches irrégulières , d'un rouge foncé . qui ressemblaient à des ecchymoses. Elles étaient immédiatement placées à l'extérieur de la membrane interne et ne s'étendaient pas plus profondément. Comme cette oreillette contenait un caillot sanguin , ou pourrait peut-être regarder ces taches comme une imbibition de tissu; cependant l'oreillette qui contenait du sang en plus grande quantité n'offrait rien de semblable. Même traitement que pour l'empoisonnement par l'oxide d'arsenic. Acide arsénique , solide ou liquide , inodore , rougissant la teinture de tournesol; mis sur des charbons ardens il répand des vapeurs blanches d'une odeur alliacée, qui , recueillies sur une lame de cuivre , se comportent avec le sulfate de cuivre ammoniacal, à la manière de l'oxide blanc ; versé dans du nitrate d'argent, cet acide y fait naître un précipité rouge-brique d'arscniale d'argent soluble dans l'acide nitrique. Pour opérer avec succès , il faut se servir de nitrate d'argent neutre , car s'il était avec excès d'acide, le précipité n'aurait pas lieu à cause de sa solubilité dans cette substance; enfin, le sulfate de cuivre ammoniacal est précipité en bleu par l'acide arsénique (arséniale de cuivre ). Ces deux précipités desséchés, mêlés à de la potasse et à de l'arsenic métallique et introduits dans un petit tube de verre, fournissent du charbon quand ils sont soumis à une température élevée.

L'acide arsénique est un poison aussi violent que l'acide arsénieux , s'il ne l'est pas plus; il donne lieu aux mêmes symptômes. Il ne peut donc pas être rangé dans la classe des acides agissant seulement comme corrosifs sur l'économie ; il détermine constamment une inflammation dans la partie sur laquelle il est appliqué, mais la mort est presque toujours la suite de l'action qu'il exerce sur le système nerveux. Il résulte de là que , dans un cas d'empoisonnement par celte substance , ce sont moins les neutralisans des acides qu'il faut prescrire aux malades que les moyens propres à expulser le poison.

Absénite de potasse od de soude. Corps liquide précipitant en jaune serin par l'hydrogène sulfuré (sulfure d'arsenic ) ; en jaune serin par le nitrate d'argent (arsénite d'argent) ; en vert par le sulfate de cuivre (arsénite de cuivre) , répandant des vapeurs blanches quand on le dessèche et qu"on le met sur des charbons ardens, fournissant de l'arsenic métallique quand on le chauffe dans un tube avec du charbon; il est beaucoup plus vénéneux que l'acide arsénieux.

Arséniate de potasse. -^Présentant les caractères indiqués à l'article Acide ARSÉNIQUE, à l'exception qu'il ne rougit pas toujours la teinture de tournesol ; de plus, il précipite en jaune serin par l'hydrochlorate de platine.

Poudre aux mouches. — Le plus souvent elle est entièrement formée de mine de cobalt arsénicalc, quelquefois d'oxide noir d'arsenic (mélange d'arsenic et d'oxide blanc). Dans tous les cas, elle est d'un gris noirâtre, pulvérulente .ou en morceaux qui se réduisent facilement en poudre ; sans odeur ni saveur ; répandant des vapeurs d'oxide blanc d'arsenic quand on la met sur des charbons ; se dissolvant en partie dans Peau, à l'aide de l'ébullition, et fournissant une liqueur qui se comporte avec les réactifs à la manière de l'acide arsénieux. Elle est très-vénéneuse. (Alph. Devercie.)

ARSENIC.( T'/iéra/jeui/^ttc. ) L'acide arsénieux, l'arséniate de soude et l'a rsénite de potasse sont les principales préparations arsenicales usitées en médécine. Toutes paraissent jouir de propriétés analogues, toutes sont douées d'une grande activité que semb'e même rappeler le nom de ce métal (a.f.rsi-Hy.o'i) , anciennement appliqué à toutes les substances douées de propriétés énergiques.

§ icr. M. Devergie ayant décrit plus haut les effets des préparations arsenicales, sur les animaux et sur l'homme sain , il me suffira de rappeler ici, qu'il résulte des expériences et des observations de MM. Jœgcr, Crodie, Campbell, E. Smith, C. Renault, de INLOrfila, d'Hahneman, etc., que ces préparations, à haute dose , sont des poisons énergiques : que l'acide arsénieux, l'arsénite de soude et l'arsénite de potasse sont plus actifs, dissous que non dissous ; que leur action parait être la même, quelle que soit la voie par laquelle on les ait introduisit (canal digestif, tissu cellulaire , vessie, cavités séreuses, vagin); qu'elles enflamment le canal digestif, lors mêmes qu'elles n'ont pas été appliquées à sa surface , et produisent des nausées et des vomissemens dans les animaux qui peuvent vomir ; qu'elles agissent aussi sur le système ncri'eux , et déterminent tlivers symptômes, tels que la paralysie des extrémités postérieures, et ensuite de toutes les autres parties du corps , les convulsions , la dilatation des pupilles et l'insensibilité générale ; que leur action s"étend aux ■organes de la circulation, dont le trouble est anuoncc par la lenteur, la

faiblesse et l'extrême intermittence du pouls , la faiblesse des contractions di cœur après la mort, etc. ; que la mort est le résultat de ces diverses influences: qu'elle peut être prompte , presque subite même, si la dose d'arsenic est consi dérable , et souvent alors sans produire de lésion appréciable ( Bull, de la Soc médic. d'cmulat. , décembre 1821). A faible dose, l'action des préparations arsenicales est probablement la même ; seulement les effets sont moins dangC' reux et plus obscurs. Au reste, plusieurs thérapeutistes ont aussi observé que les préparations arsenicales donnaient lieu à diverses lésions des organes diges^ tifs et du système nerveux. Verat, Heimerich et Girdlestone les ont vues occasioner des éruptions à la peau ; en voici un nouvel exemple : Joseph Hubert, deux jours après^ avoir broyé et pilé une grande quantité d'acide arsénieux, fût atteint d'une éruption qui existait depuis huit jours, lorsque je l'observai à l'hôpital de la Charité. Toute la figure, les points pourvus de barbe, comme ceu.x qui n'en étaient point garnis, étaient couverts de croûtes d'un jaune vert, les unes isolées, les autres confluentes, et au-dessous desquelles la peau était rouge. Entre ces croûtes, çà et là, on distinguait de petites pustules psydraciées, analogues à celles de l'impétigo; les yeux étaient larmoyans et légèrement enflammés ; la figure était tuméfiée , mais moins que le deuxième jour de l'éruption; quelques petits groupes de pustules et de semblables croûtes étaient disséminés sur les mains, les bras, les bourses et la racine du pénis. Ou n'en observait point sur le cuir chevelu, ni sur le tronc. Le malade n'avait point de fièvre; la langue était blanche et l'estomac peu douloureux. Une saignée du bras, l'usage du petit lait et un régime doux amenèrent une guérison rapide.

Le docteur J. Walt {Bulletin des sciences médic. de Ferrussac, t. 14 , 285) s'étant exposé, dans une chambre close, aux vapeurs de six grains d'aoMe arsénieux, n'éprouva rien durant le jour; mais lu nuit suivante, après deux heures de sommeil , il se réveilla dans un état d'anxiété extrême avec constriction à la trachée-artère ét céphalalgie. Le pouls était régulier, mais fréquentjt après avoir donné issue aux vapeurs , il se coucha, trés-fatigué ; le lendemain ,ij après avoir sué, il conservait encore de la douleur de tête. Des phénomènesÉ analogues, mais plus intenses , eurent lieu chez un autre expérimentateur; et'l le docteur Walt en conclut que ces vapeurs ont une action spéciale sur lesfij organes de la respiration. j § II. M. Jourdan a ressemblé dans sa Pharmacopée wwersellc (art. ArsenicY presque toutes les préparations arsenicales qui ont joui de quelque célébrité ; je; me bornerai à indiquer celles qui sont ou qui ont été le plus généralement usitées.

Sulfure d'arsekic. — Le sulfure rou^e natif d'arsenic, réalgar, scandaracha de Pline, a été employé par Hecker contre les fièvres intermittentes. C'est probablement le rubis arsenical, indiqué par Jean de Gorris, contre les ulcères et comme sudorifique. L'orpiment, sulfure d'arsenic jaune natif, entre dans 1 composition du baume vert de Metz, du collyre de Lnnfranc et dans celle di plusieurs dépilatoires. Sublimé et alors plus ou moins rouge , il a été autrefoisj/ employé sous le nom de fleurs ou i-ubine diaphoréliçue d'orpiment , contre la! syphilis , la gale , etc.

Poudre d orpiment factice. Pienez : Sulfure d'arsenic , un demi-grain; sucre blanc, un demi-scrupule; huile essentielle d'anis , une goutte. Pour douzei prises. Une toutes les heures , dans l'apyrexie des fièvres intermittentes.

Pdte dépilatoire. Prenez : Orpiment, une once; chaux vive, une livre;:* amidon , dix onces ; eau, quantité suffisante pour faire une pâte molle , dotttij on oint la partie qu'on veut épiler , et qu'on enlève avec de l'eau , dès qu'elle yl commence à se sécher.

Acide arsékieux. — L'acide arsénieux est la base de divei'ses /.»ouf//-M ou « pdtes arsenicales, employées comme escharrotiques , et qui ne sont que des f modifications de celles que Rousselot a décrites dans sa Dissertation abrégée sur le traitement et la guérison du cancer ( Paris , I7C9 ) , et qui consiste en vai mélange de deux onces de cinabre et de sang-dragon, avec deux gros d'aci^j arsénieux. Celle du frère Cosme , dont on a publié deux receltes authentiqua)^, et pourtant fort différentes , rapportées par Baseilhac et le frère Bernard, |l joui et jouit encore d'une grande célébrité. M. Patrix, qui le, premier a bitn décrit, et d'après les instructions de M. Dubois, la manière d'appliquer la pâte arsenicale, insiste sur la nécessité d'cmploj'cr au lieu de cinabre , le vermillon de Hollande , et de se servir de salive pour opérer le mélange des ingrédiens. Cullcrier attribuait au sang-dragon la propriété d'empêcher l'absorption de l'acide arsénieux. Ce même acide forme aussi la base d'autres composés destinés h des usages analogues, indiqués dans la Pharmacopée uniferselle de M. Jourdan ; tels sont: \a pommade d Uellmund , acquise par le gouvernement prussien , et qui ne diffère pas essentiellement de la poudre du frère Cosme; le remède anti-cancéreux , de Davidson, celui de Guy, usité autrefois en Angleterre, celui de Chenet, etc. Au reste, quand on emploie l'acide arsénieux à l'extérieur, ce ne doit jamais être qu'à petite dose ou mélangé à des substance» i(| propres à lui servir de correctif ou à en diminuer l'action. On ne doit en outre ne l'appliquer que sur des parties où l'abpsortion n'est pas trés-active , sur des tji surfaces peu étendues , et en surveiller soigneusement les effets. A l'intérieur \ l'acide arsénieux a été administré dans plusieurs maladies. Le remède de 'I Lefebvre de Sainl-Ildifont , contre le cancer , est une solution de 4 grains de : cet acide dans un pinte d'eau distillée, qu'il faisait prendre par cuillerées, H dans du lait édiilcoré avec du sirop diacode. Les piluUs asiatiques en conticD- i nent chacune 1/12 ou 1/13 de grain , associé à du poivre noir ; dans les pilules \ de Barlon , qui en contiennent 1/14 île grain, il est associé à l'opium et au i savon médicinal; les pilules de Tanjore , recommandées contre la morsure i des serpeus vénéneux , renferment chacun près de 3/4 de grain. Dans la poudre de Plenciz, recommandée contre les fièvres intermittentes , il en entre 1/21 de \^ grain eavirou , par dose de 6 à 8 grains . - j

ARSENIC

ARSENIC

Solution d'acide arsénieux. —Prenez : Acide arséoicux pulvérisé, 2 grains ; eau distillée , une livre. Faites bouillir et filtrez après le refroidissement. On donne d'abord cette solution à la dose d'une cuillerée le matin, avec autant de lait et un peu de sirop , en augmentant par degrés jusqu'à six cuillerées par jour.

Sa fori arsenical. — Prenez : Lessive caustique des savonniers, quatre onces (concentrée au point que, mise dans une bouteille qui contienne juste une once d'eau, elle pèse onze gros); arsenic blauc cristallin, demi-once; antimoine cru pulvérisé , une once.

Faites dissoudre le tout à froid dans la lessive , mise dans un matras bien couvert, ou à chaud, au bain de sable; prenez ensuite de la même lessive concentrée , quatre onces ; huile d'amandes douces, huit onces ; faites ainsi à froid un savon qui sera très-blanc. La dissolution hépatico-arsenicale étant faite, filtrez et faites évaporer au moins le tiers de la liqueur, dans le matras. Ce savon a été recommandé comme une préparation digue d'être expérimentée, par Harles.

Solution de L?fehvre de St.-Ildefont, n» 1.— (Pour usage interne.) Prenez : Arsenic sublimé blanc, quatre grains; eau distillée, deux livres. Une cuillerée à bouche , dans le traitement du cancer.

Solution de Lefebi^re de St.-Ildefont, n» 2. — (Pour usage externe.) Prenez: Acide arsénieux, huit grains; eau distillée, une livre; en lotion. Pilules asiatiques. — Prenez : Acide arsénieux , 6S grains ; poivre noir , 1 1 nces et 68 grains. Broyez dans un mortier de fer , pendant quatre jours et par intervalles; puis, avec suffisante quantité d'eau et de gomme arabique, faites 800 [pilules , qui contiennent chacune un peu plus de 1/13 de grain. On peut en donner une par jour ; mais il ne faut pas dépasser le nombre de deux, surtout si on les continue long-temps.

Pilules arsenicales de Barton. — Prenez : Oxide d'arsenic , un grain; opit^m, quatre grains; miel ou savon , un scrupule pour seize pilules. — Deux ou trois par jour, à un adulte.

Toudre fébrifuge de Desp-anges. — Prenez : Poudre diatraganthe froide , et d'extrait de réglisse, un gros et demi de chaque; de semences d'aiiis, un gros; arsenic blanc, deux grains ; mêlez exactement. Huit grains , répétés trois fois par jour, ou seulement deux fois.

Poudre de Plenciz. — Prenez : Arsenic blanc, myrrhe choisie, terre sigillée rouge, poivre long, deux grains; fleurs de soufre, demi-once; bczoard minéral, un gros ; mêlez et faites du tout une poudre trés-subtile , dont la tlose est de six k huit grains, une ou deux heures avant l'accès, avec une infusion de fleurs de sureau ou de camomille , etc.' Plenciz le fils attribue au soufre la faculté d'atténuer la propriété délétère de l'arsenic.

Ethiops arsenical. — C'est une préparation faite avec une partie d'arsenic blanc , mélangée avec deux ou trois parties de soufre, et bien triturées. Ce remède a été recommandé par Adair, contre l'yaws et quelques autres maladies invétérées de la peau. (Duncan, Médic. comin. , vol. 9, 1785.)

AifsÉNiATE DE POTASSE, — La solulion arsenicale de Fowler est un compose' i'oxide d'arsenic et de potasse ( arséniate de potasse) dissous dans l'eau. Le Codex, d'après la Pharmacopée dé Londres , donne la formule suivante de la solution de Fowler : on fait dissoudre cinq parties d'oxide d'arsenic blanc en Ipoudre , et autant de'sous-carbonate de potasse, dans cinq cents parties d'eau distillée , parfaitement pure, que l'on fait bouillir dans une capsule de verre , usqu'à ce que tout I'oxide d'arsenic soit dissous. On ajoute à la liqueur efroidie seize parties d'alcool de mélisse composé , et quantité suffisante d'eau our que le poids de toute la liqueur s'élève à cinq cents. Cette solution ontient l/-!-! de son poids d'acide arsénieux, ou quatre grains par once ou un 'emi-grain par gros.

Fowler administrait ce remède à la dose de dix à douze gouttes , deux ou rois fois par jour, dans le traitement des fièvres intermittentes. A cette dose, 1 donne presque toujours lieu à un dérangement non équivoque des fonctions tligeslives. Les médecins français qui l'ont le plus recommandé dans le traitement des maladies de la peau , ont conseillé, avec raison , de ne donner, deux U trois fois par jour , que trois à quatre gouttes de ce liquide , dans une soluiou de gomme ou tout autre véhicule analogue, et d'arriver graduellement à des doses plus élevées, sans dépasser quinze à vingt gouttes par jour. De la sorte, le.s operatit^e effects de la solution ne deviennent souvent appréciables ju'après plusieurs jours de son usage. Très- peu de malades peuvent en supporter une plus grande quantité, sans qu'il ne se manifeste des' gastrites , des gastroentérites ou une irritation marquée vers la poitrine. M, Ireland dit l'avoir ilonnée à la dose énorme de deux gros, avec un succès constant, dans la morsure les serpens venimeux de Sainte-Lucie et de la Martinique. Il l'associait à du suc de citron , et, suivant la remarque de M. Chevallier, c'était de l'acide arsénieux qui se trouvait réellement administré. ( Mec/jc-CAi/w. /"/a/zi. IL — Journ. gén. de Méd. , liV , 409.) Il serait imprudent de suivre cet exemple. Dans tous les cas , il faut surveiller attentivement l'administration de ce médicament dangereux, en diminuer la dose, ou en suspendre tout-à-fait l'usage, toutes les fois qu'il survient des signes d'irritation constante de l'estomac ou de l'intestin. La solution de Fowler est prescrite surtout dans le traitement des fièvre.s intermittentes, dans celui des maladies chroniques de la peau, telles que les lichens chroniques, la lèpre, le psoriasis, etc. Lorsqu'on l'emploie avec persévérance, il faut en interrompre de temps en temps l'administration. L'arséniate de potasse fait aussi partie de la solution ai^senicale de Jacob.

Arséniate de soude. — Solution de Peoj-son. Cette préparation est aussi connue souslenomd'açua/zû;«7'/arienza£/, et consignée dans la Pharmacopciu Georgiana. i'rmez : Arséniate de soude , seize grains ; eau distillée, uuè livre. Cette

préparation est moins dangereuse et moins active que la solulion de Fowler. On peut la donner à la dose de vingt-quatre grains , et même d'uu demi-gros , ce qui fait 1/16 de grain d'arséniate de soude. Celte dose , à laquelle on arrive graduellement, peut être divisée en deux prises pour les individus irritables , surtout chez les femmes. Pearson faisait prendre sa solulion jusqu'à la dose de soixante et de cent vingt gouttes, dans les fièvres intermittentes et les maladies cutanées.— Cette liqueur contient, par gros, 1/8 de grain d'arséniate de soude.

L'arséniate de soude fait aussi partie de la solution de Heineke , qui contient en outre une certaine quantité d'opinm et qu'on emploie dans les mêmes circonstances que la solution de Pearson.

Arséniate d'ammokiaque. — Solulion d arséniate d'ammoniaque. — Pr-enez : Arséniate d'ammoniaque, quatre grains; eau distillée , quatre onces.

Cette solution s'emploie de la même manière et dans les mêmes conditions que la liqueur de Pearson.

Arséniate de fer. — Il a été employé eu Angleterre, à la dose d'un seizième de grain , en pilules , contre les aflections cancéreuses et la lèpre.

§ m. Les médecins indiens passent pour avoir les premiers administré à l'intérieur l'acide arsénieux , et pour en faire un fréquent usage dans le traitement de plusieurs malad'ies { Jsiatic Researches , tom. 11, pag. 1,53, in-8o). Des expériences plus rigoureuses et plus généralement connues ont été faites ensuite en Angleterre , en Allemagne et en Russie, surtout dans le but de constater les propriétés fébrifuges des préparations arsenicales. Ce n'est que vers le commencement de ce siècle que leur emploi a été tenté par quelques médecins français; le prix élevé du quinquina les ayant conduits à répéter les expériences de Fowler. Une foules iVabseruations ou de mémoires parurent , sur ce sujet , dans l'espace, d'un petit nombre d'années. Aujourd'hui, la découverte du sulfate du quinine et l'abondance de l'écorce qui en foui nit la base , et surtout une étude plus rigoureuse des effets de% préparations arsenicales, nous ont fait à peu près renoncer à leur emploi , dans le traitement des fièvres d'accès et des névralgies intermittentes. D'un autre côté , des accidens que j'aurai soin de rappeler, et des insuccès presque constans, attestés par des expérimentateurs dont les lumières égalaient la bonne foi , ont restreint l'usage des préparations arsenicales à un petit nombre de cas, dans le cancer, contre lequel elles avaient été recommandées d'une manière générale , comme une sorte de spécifique. J'ai encore le regret d'ajouter que les espérances nées de quelques tentatives faites dans Vépilepsie, la r.tge, Vhjdropisie, la pluhisie, ne se sont pas réalisées; et qu'après avoir été presque abandonnées dans le traitement des maladies aussi graves, les préparations arsenicales ont été surtout dirigées , dans ces derniers temps , contre les maladies de la peau. Sans anticiper sur les observations que je ferai plus loin , je crois devoir déclarer de suite, que depuis que j'ai fait une étude spéciale des effets primitifs ou éloignés des remèdes arsenicaux, je me félicite , tous les jours , d'avoir contribué à rendre plus rare leur emploi que s'efforçaient de propager quelques médecins français, à l'instar des thérapeutistes anglais et allemands. S'il est permis de chercher jusque dans les poisons, des remèdes contre des maladies opiniâtres, lors mêmes qu'elles sont peu dangereuses, il est aussi une sage réserve et des précautions sans nombre à mettre dans ces investigations , qui elles-mêmes ont leurs limites. Et si personne ne conteste qu'on ne doit pas être arrêté , dans ces tentatives hardies , par la crainte des fâcheuses conséquences qu'elles pourraient avoir si elles étaient répétées par des expérimentateurs peu éclairés, il faut également s'empresser de connaître que la transformation possible des préparations arsenicales en un poison lent, n'est que trop justifiée par la connaissance de leurs effets physiologiques ( operative ejfects , Fowler ) , et la fréquence des altérations chroniques des organes digestifs. Enfin si Monro , Baker, Dehaen , Storck , Peyrilhe se sont montrés trop sévères, en repoussant complètement les préparations arsenicales de la thérapeutique, ces remèdes héroïques , comme on s'est plu à les appeler, ont été , suivant moi , employés avec plus de hardiesse que de bonheur , par quelques autres. Au reste , je ne veux imposer ma conviction à personne; et c'est pour cela que je vais rappeler rapidement, dans cet article, non-seulement les principales applications qu'on a faites de ces préparations à diverses maladies , mais encore les nombreux témoignages qui se sont élevés de toutes parts , et à diverses époques, en faveur de ce genre de remèdes. Ce ne sera qu'après avoir soumis ces faits et ces assertions à un nouvel examen , et les avoir rapprochés des résultats de mes observations personnelles, que j'essaierai de préciser le petit nombre de conditions dans lesquelles l'emploi de l'arsenic peut être tenté , aujourd'hui, sans inconvénient ou avec quelque espérance de succès.

§iv. Une foule de témoignages attestent que diverses préparations arsenicales ont été, de temps immémorial, employées, par le peuple , contre les fœvres intermittentes, en France, en Angleterre, en Italie (Lemery , Slevogt, Lanzoni),enDalmatie (Lange, Moscati), en Russie (Rieger), en Sibérie (Gmelin), dans l'Inde (Russel) , etc. ; et ce n'est pas sans effroi qu'on réfléchit à la popularité dont paraissent avoir joui des préparations aussi dangereuses, dans des mains aussi inexpérimentées. D'un autre côté, un volume suffirait à peine à l'indication de tous les farts qui ont été publiés en faveur des préparations arsenicales, depuis Linsenbarth ( /?oi;'wii Lentilius) , qui exerçait la médecine à Stuttgard vers la fin du dix-septième siècle, et qui passe pour le premier avoir recommandé l'usagée interne de l'arsenic dans le traitement des fi'evres d'accès (Mise, natur. dec. 2, 3, 1684, p. 131 , et 1686, p. 474). Qu'il me suffise de rappeler les principaux : Wepfer parle d'une décoction arsenicale qu'on lui avait appris être très-efficace dans les fièvres ; Frédéric Hoffmann cherche à disculper les anciens du reproche qu'on leur avait fait de donner intérieurement rorpimentet le réalgar; Fusch assure avoir constaté l'efficacité de l'arsenic

ARSENIC

dans les fièvres intermittentes , contre lesquelles ses effets sont , dit-il , aussi sûrs que ceux du quinquina, expericnlia nos docebit arsenicum in Jcbribiis interniitteiitibus adiiibilum omnes , eas dotes possidere quibus optima remédia prœdila esse [debent (Tractatus médians de -virtute ■uenenorum medicà. TJlm , I693 in-Sû) ; uu aulie médecin allemand, Sievogt, qui exerçait à peu près à la même époque , dit avoir fait usage de Tarseuic dans cinquante cas de Jihvre d'accès, et Gaspard Neuman parle de gouttes contre la Jièvre , remède célèbre à Berlin , qui n'étaient qu'une préparation d'arsenic. Ces gouttes, essayées" avec succès à l'infirmerie du comté de StafTord, et décomposées, firent naifre à Fowler l'idée de sa solution , à l'aide de laquelle il opéra la guérison d'un grand nombre de fièvres intermittentes et de plusieurs cas de maux de tête périodiques. Le docteur Arnold, de Leicesler, a essayé la solution arsenicale de Fowler, dans quatre-vingts cas de fièvres intermittentes quotidiennes, tierces et quartes , et l'a vu rarement échouer; le docteur Withering a guéri, par son usage , trente-trois fébricitans , et, dans ce nombre , trois seulement se sont plaints de douleur à l'estomac, de perte d'appétit, et ont eu le visage boiijfi... Freer, cliirurgicn à Birmingham , a donné ce remède à plus de mille malades sans inconvénient ; mais ces trois praticiens l'administraient à des doses moins élevées que Fowler. Un médecin du comté de Dorset, après avoir traité beaucoup de malades avec l'arsenic, a également rapporté que ce remède manquait rarement d'arrêter les accès de très-bonne heure, et que les rechutes assez fréquentes qu'on observait cédaient au même moyen. Il avoue néanmoins qu'il a vu plus d'une fois des fièvres guéries de cette manière se terminer par la paraljsie des extrémités injérieures. Sir Georges Baker parle de ce rémèds uni à l'opium , comme étant fort en usage parmi les gens du peuple. Quelquefois il occasionait des -uoinissemens violens , des coliques et la dj seiitcrie ; mais c'était lorsque les malades , impatiens de guérir, augmentaient trop rapidement la dose de fébrifuge. Robert Wdlan, médecin de l'hôpital de Finsbury, à Londres, a fait l'épreuve de la solution de Fowler dans cinquante cas de fièvres intermittentes, et sur des sujets de différens âges , toujours avec succès, sans occasioner ni douleur ni tranchées. Pearson n'a jamais administré d'autre fébrifuge que sa solution, et n'en a jamais vu résulter ni coliques, ni oppression , ni pbthisie , ni agacement nerveux, etc. Robert Jackson a employé la solution d'arsenic à Saint-Domingue, avec plus de succès que le quinquina, dans les fièvres à types réglés , qui régnèrent parmi les loupes anglaises en 1 794 et 1795. David Macliesh se servit du même remède , en Corse , contre les fièvres qui y régèrent en 1795 et 1 796, et sans en ohsevvQi- aucune suite fâcheuse. Il guérit aussi beaucoup de fièvres tierces qni avaient résisté à l'écorce de Pérou et à d'autres remèdes usités dans les fièvres intermittentes opiniâtres. Walker , pharmacien-chimiste de l'hôpital d'Oxford , dit avoir prescrit, avec beaucoup de succès , la solution arsenicale de Fowler, dans le traitement des fièvres intermittentes, en la combinant quelquefois avec le quinquina. Benjamin Barton a employé l'acide arsenieux uni à l'opium , et deux grains de cet acide lui ont souvent suffi pour guérir une fièvre intermittente. Dans la plupart des cas , la dose, pour vingt-quatre heures , était de 3/16 de grain. Pour les enfans, qui avalent difficilement les pilules , Barton les faisait dissoudre dans une solution de gomme arabique , qu'il donnait par gouttes. Suivant lui, l'acide arsénieux guérit plus sûrement les fièvres qu'aucun autre remède, si on en excepte l'écorce du Pérou. Il n'a rencontré que trois cas où l'usage de cet acide a été suivi d'un œdème à la face.

Si les médecins anglais se sont montrés très-partisans de l'administration intérieure des préparations arsenicales , en Allemagne , les docteurs de Plenciz père et fils en ont été de véritables enthousiastes. Le premier affirme avoiradministré l'acide arsenieux pendant plus de quarante ans, contre les fièvres intermittentes , tierces et quartes, sans qu'il ne soit jamais résulté aucun accident; et son fils dit avoir eu beaucoup à s'en louer, surtout dans les fièvres d'accès qui régnèrent dans l'automne de 1780. Ils assurent n'avoir jamais rencontré de fièvres intermittentes, même parmi les plus rebelles, qui n'aient cédé à trois prises de ce remède, et ils n'en ont jamais vu résulterde mauvais effets ; l'arsenic seul , disent-ils , guérit la fièvre , tulb, ciio et jucundè. Plenciz fils convient que ce remède n'agit pas toujours d'une manière uniforme; que tantôt il purge, que tantôt il fait vomir ; qu'il excite la sécrétion des urines ou celle des sueurs, mais c'est sans qu'il s'ensuive aucune incommodité, si on en excepte un peu de bouffissure au visage. M. ï'odéré est le premier médecin français qui ait employé l'acide arsénieux, à l'intérieur, comme fébrifuge. Il a guéri quelques centaines de fièvres intermittentes de toutes espèces, soit avec la solution de Pearson, soit avec les pillules arsenicales de Barton. Des observations analogues ont été publiées par MM. Desgranges , Gase, Lordat, C.-L. Dulour, A. Bouiller, Bry, J,-C. Dupont, etc. Enfin , l'exactitude des résultats annoncés par Fowler a été confirmée en Allemagne, par Marcus, Winkler , Heim , Horn, Fleischmann, Bernhard, Hermant, Kûttlinger, Hoff'man, Nasse, etc. ; en Bavière, par Schaffer; en Italie , par Lanzoni , Moscati , Brera , Marrugi , Locatelli ; en Russie , par Riéger , etc. : de sorte qu'il est demeuré irrévocablement âemonXxè que les fièvres intermittentes pouvaient être guéries à l'aide des préparations arsenicales.

§ V. Ce qu'il importait donc aujourd'hui, c'était de déterminer s'il existait quelque autre médicament d'une efficacité plus constante, ou d'une administration moins dangereuse; c'était, en outre, d'examiner si les préparations arsenicales ne fatiguaient pas les malades ; si elles ne pouvaient favoriser chez eux le développement d'autres aff'ections ; enfin, si les accidens observés à la suite de leur emploi par Monro, Baker, Dehaen, Stork, M. Broussais, etc., pouvaient être facilement et constamment prévenus. Or, pour cela, il fallait non-seulement se livrer à de nouvelles expériences, mais encore soumettre à un es amen iinparti3l les observations 4es inçdecips c[ui s'e» étaient montrés le

(3W) AÎISENIC.

plus partisans. C'est dans ce but que je présente ici le tableau des principaux résultats obtenus par Fowler, dont les travaux ont été souvent invoqués en faveur des préparations arsenicales. — Ire Observation. Catherine Hames, de Tamwoeth, âgée de dix-sept ans, avait une fièvre quotidienne depuis trois jours; l'appétit était diminué. Elle prit huit gouttes de solution arsenicale, trois fois par jour, et la continua pendant trois jours. 26 janvier : la solution n'avait pas causé d'accidens ; la malade n'avait pas eu d'accès; l'appétit était nul; seize gouttes de solution le soir, et pendantdeux jours même prescription. 28janvier . les seize gouttes n'ont pas eu d'effets vomitifs ; mais elles ont produit une selle " liquide et quelques tranchées . "Les doses suivantes , de huit gouttes chacune, n'ont pas occasioné de malaise ; la fièvre a cessé ; point d'appétit. (Demi-once de teinture spiritueuse de rhubarbe au moment' de coucher.) 7 février : il n'y a pas eu de rechute (Fowler, 1" observation). — Ile Observation. Dorothés Perkins, de Hopton , âgée de quatorze ans , atteinte d'une fièvre quotidienne depuis huit jours, entra à l'hôpital le 4 février 1784. (Dix gouttes de solution, deux fois par jour et trois jours de suite.) 1 1 février : la malade n'a pris la solution que la veille, et , par erreur, elle en a avalé cinq doses, en neuf heures. Dn moment où elle a pris la seconde, elle a éprouvé de forts vomissemens, suivis de nausées et de tranchées , et d'une pm-gation violente qui a duré dix heures, après quoi, tous ces effets ont cessé; elle n'a eu depuis aucun symptôme de fièvre. (Fowler. 2= observation.) — III' Observation. William Blewer, de Vallon, âgé de quatorze ans, atteint d'une fièvre quotidienne depuis deux mois, fut reçu le 3 mars 1784. Ses selles étaient irrégulières. (Vingt gouttes de solution, trois fois par jour, pendant trois jours.) La solution produisit des nausées et trois ou quatre selles par jour, avec des tranchées . et chaque dose , excepté celle du soir, eut un effet émélique. Le malade n'eut plus d'accès. Après deux jours de repos, il prit la même dose pendant trois jours, mais seulement le matin et le soir. 11 n'eijt plus de tranchées ; il éprouva seulement des nausées [et des vomissemens à la seconde dose; il n'a plus 'eu de fièvre; le 31 mars, il continuait à êrre bien. (Fowler, 3e observation.) — IV« Observation. Sara Blewer, âgée de quatre ans , reçue à l'hôpital , le 14 mars 1784 , avait depuis huit jours une fièvre tierce; le dernier accès avait eu lieu le vendredi matin ; le ventre était libre. (Huit gouttes de solution , deux fois par jour, pendant trois jours.) La solution causa , tous les matins, des nausées et des vomissemens. La malade avait eu un accès il y a deux jours ; celui de ce matin a manqué. Après deux jours de repos, elle a repris la même dose deux fois par jour, pendant deux jours, les effets de la solution ont été les mêmes ; plus de retour de fièvre. ( Fowler, 4e observation. ) — V= Observation. Anne Tomkinson, âgée de dix-huit ans , atteinte , depuis deux mois et demi , d'une fièvre quotidienne , avait maigri, perdu ses forces, et était devenue cachectique; l'appétit et le sommeil étaient mauvais ; ils existait de la constipation. Vingt-six gouttes de solution, deux fois par jour, pendant trois jours. (La solution occasiona des nausées , et toutes les doses , excepté une, produisirent le vomissement, mais il n'y eut pas de tranchées ni de selles. Le quatrième jour, plus d'accès. Après deux jours de repos , la malade reprit la solution de la même manière. I7 avril : pas de retour de la fièvre; point de malaise ; l" mai : point de rechute. (Fowler, 8c observation.) — VI'= Observation. John Bulter, âgé de seize ans, fut guéri, d'une fièvre quotidienne qui durait depuis sept semaines, par dix-huit gouttes de solution, prises trois fois parjour, pendanthuil jours sur quinze , durant lesquels il eut deux accès. La solution eut un léger effet émétique accompagné de nausées. (Fowler, 20= observation.) — VII" Observation. Mary Smith, âgée de dix-neuf ans , fut guérie d'une fièvre tierce dont elle était affectée depuis huit jours, par vingt-huit gouttes de solution, répétées deux fois par jour , pendant quatre jours : elle eut un seul accès. La solution agit constamment comme émétique , et causa des tranchées. ( Fowler, 22o obsérvation.) — VHP Observation. William Povey , âgé de trente-deux ans , parut guéri d'une fièvre qui avait été successivement quotidienne, tierce et quarte, en prenant vingt-huit gouttee de solution , deux fois parjour, pendant cinq jours sept; dans cet intervalle, il eut un seul accès. La solution agit comme émétique et cathartique, et causa des nausées et des tranchées. (Fowler. 23e observation. )

^ VI. — Fowler a administré la solution minérale aux adultes, à doses élevées , depuis dix gouttes, deux fois par jour, jusqu'à vingt, prises trois fois dans les vingt-quatre heures ; et il a guéri des fièvres d'accès par toutes les doses intermédiaires. Néanmoins, dit-il , les larges doses employées trois fois par jour et à courts intervalles, sont plus efficaces que les petites doses , répétées , deux fois par jour ; mais les effets des doses modérées ou intermédiaires étant beaucoup moins douloureux et moins fatigans pour les malades, on doit les préférer, puisqu'ils suffisent pour obtenir une prompte guérison. En général , les malades doivent prendre les doses suivantes :

De 2 à 4 ans 2, 3, ou 5 gouttes.

De5à7 3à5.

De 8 à 12 7 à 10.

De 18 et au-dessus . . . , . 12.

De la cinquième année à la septième, le nombre des gouttes peut être proportionné à celui des années. Lorsqu'on fait prendre la solution trois fois par jour, la première dose doit être administrée à huit heures du matin , 1b seconde à deux heures de l'après-midi, et la troisième à dix heures du soir. Lorsqu'on ne l'emploie que deux fois , c'est le matin et le soir. On doit conserver ces heures, quelles coïncident ou non avec l£S parnxj'smes fébriles. Je n'ai pu* trouvé , continue Fowler , le moindre inconvénient à observer la raèoïc règle, lorsque, par le défaut d'efficacité de la solution, je ne l'ai associée au quinquina.

ARSENIC

ARSENIC

Dans les fièvres d'accès, en général, il faut qiic les doses, proportionnées

1 l'âge des malades, soient'administrées trois fois par jour, pendant cinq lurs, au bout desquels les accès étant suspendus , on laisse reposer le malade eux ou trois jours; on répète la même dose, trois jours déplus, pour prévenir :s rechutes. La treizième partie d'un grain est une dose suffisante pour un dulte; trois grains et trois quarts de grain suffisent ordinairement pour guérir ne fièvre d'accès. Il y a un grain d'acide arsénieux dans cent soixante gouttes u deux drachmes de solution ; le Irailcmenl élanl de huit jours, ou de vingtruatre doses, la quantité de solution qu'il faut pour guérir, peut être ainsi xprimée dans les difFcrens âges : Un enfant de trois ans , à quatre gouttes par .oses, prend quatre-vingt-seize gouttes de solution , ou près de 5/8 de grain ; 11 garçon de douze ans, à dix gouttes par doses, en prend deux cent quarante, u un grain et demi ; et un houime de vingt ans , à douze goullcs , deux cent [uatre-vingt-huit , ou un peu plus d'un grain et trois quarts. S'il n'y a pas de uspensiou des accès pendant les cinq premiers jours, si la solution n'a eu que les effets modérés , on doit continuer les mêmes doses , sans interruption , leiidant trois jours de plus. Si le médicament n'a pas produit d'effets sensibles n doit élever successivement la dose pendant ces trois jours , mais de manière ne pas augmenter de plus d'un quart, la dose primitive. Au bout de huit 3urs , si la suspension des accès a lieu , le médicament doit être supprime, et épris ensuite, comme il a été dit plus haut, pour prévenir les rechutes. Si, près une heureuse administration delà solution, une rechute est occasionée lar le froid , une intempérance , une grande fatigue , ou toute autre cause ccidentelle, le même traitement doit être répète sur-le-champ, et sans hésitalion; si la rechute n'a pas été produite par une de ces causes , et que le médica- □ent ait été donné deux fois par jour , ou à petites doses trois fois le jour, lu si le traitement a été plus court qu'à l'ordinaire, s'il y a eu de trop fréquentes m de trop longues intermissions , et que les effets physiologiques ( operatit^e i^ffects) aient été peu marqués, on doit en augmenter les doses ou éloigner les ■irconstances qui ont rendu le premier traitement infruclueux. Mais s'il n'y a 'as eu de suspension des accès, après un emploi régulier de la solution pendant mit jours, ou si une rechute a eu lieu bientôt après ce traitement, et sans cause :vidente ; si le cas est grave et rebelle , ou bien si les effets de la solution ont léjà été fatigans pour le malade , il est convenable d'employer le quinquina, înfin, lorsque la solution et l'écorce du Pérou , administrées séparément , ont xhoué,il est quelquefois utile de combiner leur action, mais à doses plus jlaibles que si on les employait isolément. Cette méthode réussit souvent dans es fièvres d'accès rebelles. La guérison des fièvres d'accès est bien plus difficile orsqu'elles sont liées à une constitution cachectique. Alors, lorsque les accès i)nt été suspendus par la solution, au lieu de laisser le temps ordinaire de repos, F'owler conseille de continuer le traitement par le quinquina, qui agit à-la-fois ;orame fébrifuge et comme fortifiant.

Si les effets physiologiques de la solution {operatwe effects) sox\\. fatiguans, les ioses doivent être diminuées d'une goutte , chaque fois, jusqu'à ce que le naïade puisse continuer ce médicament pendant le nombre de jours indiqués; nais si les effets physiologiques sont supportables et bornés à des tranchées et ion suivis de constipation , le malade , si c'est un adulte (car la dose devra être noins forte pour un enfant), prendra quatre à six gouttes de laudanum liquide, ivec la solution , trois fois par jour , et elle pourra être continuée sans qu'il loit nécessaire d'en diminuer les doses. Cependant il faut suspendre la solution lendant l'intervalle d'une ou deux doses , ou même d'un ou deux jours, lorsque esoperatwe effects sont très-intenses. Une telle nécessité est toujours fâcheuse, orsqu'elle arrive avant que les accès soient arrêtés, parce qu'en général cette |,iuspeusion prolonge ie traitement. Après la suspension des accès, cet inconvénient est peu grave , parce qu'on a presque toujours assez de temps pour éprendre le médicament avant qu'une rechute se soit déclarée. A la fin des cinq premiers jours du traitement , s'il y a eu cessation des accès, et que la solution lit eu des effets physiologiques prononcés, il est prudent d'en suspendre momenanément l'usage pour prévenir leur aggravation , ou pour donner à la solution e temps d'agir, afin que les effets déjà produits se calment avant d'admiaistrer de nouveau ce médicament. Le régime de vie des malades doit être réf;ulier;on doit éviter de surcharger l'estomac ; car le principal inconvénient le la solution est le dérangement qu'elle occasionne souvent dans les voies ligcstives.

Chez les adultes d'une constitution délicate , spécialement chez les femmes , Fowler conseille de donner seulement dix à douze gouttes de solution , deux "ois par jour , pendant la période ordinaire. Il faut cependant reconnaitrc que a faiblesse apparente de la constitution n'est pas une règle aussi sûre qu'on pourrait le penser; car quelques personnes qui lui semblaient faibles ont pu supporter de fortes doses de solution trois fois par jour, tandis que chez d'autres :iui paraissaient robustes il a fallu réduire de beaucoup la dose ordinaire. Fowler a employé la solution minérale chez quelques femmes enceintes , et les j guéries sans qu'elles en aient éprouvé d'inconvéniens. Il croit donc qu'on faeut s'en servir, pourvu qu'elle ne produise pas d'effets physiologiques (operatiVe effecis) considérables; si elle en déterminait, il faudrait la cesser, dans la crainte que l'inflammation de l'estomac ne réagit sur l'utérus. Dans de tels cas, la ';^uérison doit être opérée parle quinquina ou tout autre fébrifuge. Fowler a également essayé la solution minérale chez des enfans au-dessous de deux ans, et avec succès; mais comme les operative ejfects sont moins faciles à corriger ique chez les individus plus âgés , il pense que la solution ne doit pas être ^employée chez d'aussi jeunes sujets, ou que si on y a recours à cause de sa facile administration (la solution étant sans goût et sans odeur) , ou parce que tout autre remède a échoué, on ne devra pas la continuer si ses effets physio-

DlCT. DE MÉDHCINE ET DE ChIRCRGIE PRATIQUES.

logiques sont prononcés. Pour pouvoir varier plus facilement les doses , chez les enfans au-dessous de cinq ans, on ajoute une once d'eau distillée à une once de solution , dont on peut donner dix gouttes à un enfant de cinq ans, et ainsi de suite , en proportion de l'âge.

Huit jours d'administration de la solution suffisent , en général , au traitement d'une fièvre d'accès; dans quelques cas heureux la cure a été complète après trois, quatre, cinq ou six jours d'emploi de la solution. Si le malade a depuis long-temps une bonne santé, s'il n'a eu que peu d'accès, qu'ils soient, quotidiens ou tierces , et ^[u'il n'ait jamais encore eu de fièvres intermittentes , il y a de grandes chances pour que la guérison soit rapide , et vice ziersâ.

§ VII. — Fowler a désigné sous le nom A'operalU'e effecis , les phénomènes physiologiques produits par la solution minérale, tels que les nausées, les tranchées , les purgations , et qui sont distincts des effets qui marquent la guérison des fièvres d'accès (ruratiue effecis).

La soluiion minérale, donnée d'après la méthode de Fowler, produit fréquemment des nausées, souvent accompagnées de légères tranchées , et détermine Tpre&c^ne \.ou]ouvs \ai liberté de ventre , c'est-à-dire une ou deux selles déplus par jour que celle que le malade est dans l'habitude d'avoir : rarement elle occasionne des vomissemens ou un effet purgatif. Lorsqu'on l'emploie à forte dose , trois fois par jour, elle cause généralement des nausées et des vomissemens , ou des nausées avec tranchées et vomissement. La bouffissure de quelques régions du corps , surtout celle de la face , et la perte de l'appétit , sont quelquefois produites par des doses considérables de solution, et parfois aussi par les peliles. Dans quelques cas, elle a été évidemment diurétique, tandis que deux ou trois fois elle a paru diminuer la sécrétion urinaire. Chez un petit nombre de malades , elle a occasioné du malaise et de la douleur à l'estomac et une légère éruption de la nature de l'urticaire. Elle a paru rarement produire de la gêne dans la respiration, du mal de tête ou de légers tremblemens. Ces effets pris séparément ou collectivement, ont été si peu fréquens qu'ils ne doivent pas être considérés comme faisant partie Acs operative effects ordinaires de ce médicament. J'ai expérimenté , continue Fowler, la solution dans plus de trois cent vingt cas , contre diverses maladies , et j'ai soigneusement observé ses effets. Plus d'un tiers de ceux chez lesquels je l'ai employée ont eu des nausées ; près d'un tiers le ventre libre., et environ un tiers des tranchées; les vomissemens , les purgations, les enflures , l'anorexie étaient rares en comparaison des effets précédons ; et leur développement avait lieu , en général , dans l'ordre où je les ai mentionnés ; l'enflure et l'anorexie étant les plus rares. Chez un tiers environ des malades les effets physiologiques {operatife effects ) ont été nuls. Environ un cinquième des cas suivis de nausées , et un quart de ceux accompagnés de dévoiement, n'ont pas présenté d'autres symptômes ; les tranchées accompagnent rarement la purgation , et l'anorexie presque jamais ; les vomissemens étaient toujours plus ou moins précédés ou accompagnés de nausées ; de sorte que l'association d'un ou deux effets physiologiques était assez fréquente, tandis que celle d'un plus grand nombre n'avait pas lieu ou était très-rare. Dans la plupart des cas , il n'y avait que de légères nausées ou une simple liberté de r>entre. Suivant Fowler, des nausées pendant une demiheure , une selle ou deux de plus par jour , ou de légères douleurs et des tranchées , sont des effets si doux du médicament qu'ils exigent rarement que son administration soit suspendue. Un vomissement continuel précédé de nausées fréquentes , de vives tranchées avec des évacuations abondantes , de l'enflure et de l'anorexie demandent une attention plus soutenue. Je n'ai jamais eu l'occasion de combattre l'effet émétique , continue Fowler; lorsqu'il s'est présenté on a supprimé le médicament, et cet accident a disparu spontanément ; mais s'il n'avait pas cédé, j'aurais traité le malade comme s'il avait pris une dose trop forte de tartre stibié. Après l'emploi de la solution, quand la purgation devient fatigante , quoique accompagnée de peu de tranchées , l'emploi de l'opium , à petites doses , deux ou trois fois par jour, produit , en général , un grand soulagement. JJenJlure qui suit quelquefois l'administration de la solution , est élastique et se montre ordinairement au visage; elle affecte surtout les paupières qui sont plus gonflées le matin. Quelquefois le ventre est tuméfié; parfois même l'enflure est générale et s'étend aux membres. Quand cet accident survient, c'est, en général, peu de temps après avoir commencé l'emploi du médicament; et il disparait au moment où l'on en suspend l'usage. Au reste, cette sorte de bouffissure tend à se reproduire lorsqu'on recommece le traitement à moins qu'on ne diminue les doses delà solution, ou qu'on ne les donne moins fréquentes. Elle n'a pas cependant pas un caractère dangereu.x , car elle disparait spontanément en cessant le remède qui l'a produite. Uanorexie diffère des nausées en ce que , bien qu'elles soientlcs deux effets les'plus ordinaires de la solution , la première continue pendant la plus grande partie de la durée de l'administration du médicament, tandis que l'autre est seulement un effet momentané , qui n'a souvent lieu qu'après la prise de chaque dose. Dans le cas d'anorexie , l'appétit revient ordinairement bientôt en suspendant le remède; mais lorsqu'il ne reparaît pas rapidement , un prompt soulagement est produit par de doux évacuans. Les nausées, sans anorexie, sont un effet si passager qu'il est inutile de les combattre.

§ VIII. L'ouvrage de Fowler contient cinquante cas de fièvres d'accès traitées avec succès par la solution arsenicale. Seize ont été rapportés avec détails, et trente-six d'une manière abrégée. Dans quelques-uns la solution a été donnée à doses modérées; dans d'autres, à doses plus élevées, et dans tous, avec succès. Chez quelques malades, les accès s'arrêtèrent presque'tout à coup , tandis qu'il yen eut encore un, deux, trois ou même plus chez plusieurs autres, dont la fièvre fut prolongée par des rechutes. Fowler rapporte, en outre, douze cas de fièvres d'accès qui, inutilement attaquées parla solution, ont été guérios

ARSENIC

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par le qiiinqiiina , employé seul chez Luit malades , et associé à la solution chez les quatre autres. Sur six autres cas traités par la solution , dans trois, les accès furent suspendus seulement; dans deux , il ne furent que diminués, et chez un malade ils ne subirent aucune modification. Dans seize cas de fièvre rémittente et septdemaux de tête périodiques, la solution a eu le mêmesuccès que dans les fièvres. En résumé , cent soixante-onze fièvres d'accès traitées par Fowler ont été guéries; cent quarante-quatre ont offert des rechutes ; quarante- . cinq fièvres d'accès, co ntre lesquelles la solution avait échoué, ont été guéries par le quinquina ; vingt-quatre n'ont pas été guéries , parce que les malades ont négligé le traitement.

Dans les fièvres quotidiennes, la cessation des accès a eu lieu ordinairement dans les quatre premiers jours du traitement. Cependant les accès se suspendaient peut-être plus généralement après le second accès. Dans le fièvres tierces , et dans un quart au moins des cas , il n'y a pas eu ce retour des paroxysmes; cependant la suspension n'avait eu lieu, en général, qu'après un ou deux accès. Quant aux fièvres quartes, celles qu'il a traitées sont en trop petit nombre pour qu'on puisse en tirer des conséquences générales. Les fièvres tferces et quotidiennes demandent à peu près les mêmes doses et le même temps pour leur guérison ; elles ont cédé après un ou deux accès. A peine le quart des cas a dépassé ce nombre. Les mêmes doses ont été suivies des mêmes succès dans les fièvres rémittentes ou les maux de tête périodiques. Fowler croit que les non succès du quinquina sont aussi fréquens que ceuxdelasolution. Sans compter les malades qui ne peuventouneveulentpasprendrele quinquina, combien en est-il qui ne le supportent pas, soit qu'ils le vomissent ou qu'il leur donne le dévoiement ! D'ailleurs , il est difficile de l'administrer, à dose suffisante, dans l'intermission de quelques fièvres quotidiennes ou doubles tierces; il échoue quelquefois contre les fièvres de longue durée et en particulier contre les fièvres quartes, chez les malades dont la constitution est depuis trop long-tems accoutumée à ce remède.

En résume , il résulte des expériences de Fowler : lo que la solution arsenicale peut guérir les fièvres d'accès ; 2° qu'elle a paru également utile dans les fièvres rémittentes et les maux de tête périodiques ; 3° qu'étant sans goût , elle a pu être employée chez les enfans et chez quelques adultes que l'on ne pouvait déterminer à prendre le quinquina en poudre, à cause de son amertume; 4o que, dans quelques cas rares , les accès n'ont été qu'affaiblis ou suspendus ; 5o qu'une des causes de l'insuccès de la solution tient aux accidens qu'elle détermine dans les organes digestifs, qui obligent à éloigner ou à affaiblir la dose de ce remède , et ne permettent pas de l'administrer d'une manière régulière ; 6° enfin, que pour tout homme de bonne foi, les operatwe effects de la solution prouvent de la manière la plus incontestable que les préparations arsejiicales , administrées comme médicament, produisent souvent les accidens attribués à dii'erses nuances de l'inflammation de l'estomac et de l'intestin.

J'ai moi-même expérimenté l'acide arsénieux , l'arséniate de soude et l'arséniate de potasse dans le traitement des fièvres intermittentes , et j'ai pu constater l'exactitude des observations de Fowler; mais je ne pense pas commelui, qu'ti« vomissement continuel, précédé de nausées et de vives tranchées, demande seulement une attention soutenue , et que de légères douleurs et des tranchées dans le ventre, soient de effets si doux qu'il semble le dire. J'ai vu la convalescence des fièvres intermittentes ainsi traitées, marquée par une inflammation chronique de l'estomac et de l'intestin. Aussi ai-je, généralement, employé les préparations arsenicales à plus faible dose que Fowler, et de manière à rendre leurs opérative effects de moins en moins sensibles ; mais alors aussi les effets curatifs sont moins prompts. On doit donc, aujourd'hui, s'interdire l'emploi des préparations arsenicales dans le traitement des fièvres d'accès , puisque l'art possède dans le sulfate de quinine un remède plus certain dans ses effets , et qui n'a aucun de leurs inconvéniens. Si , à une certaine époque , on a pu reprocher au quinquina d'être rare , très-coûteux, fréquemment sophistiqué , dégoûtant, nauséeux, difficile à administrer aux enfans; ces reproches, à part le prix élevé du remède, ne sont plus applicables au sulfate de quinine. Et si la solution minérale a l'avantage de ne pas avoir de saveur désagréable, si elle est d'un bas prix, si on la prend sans peine et sans dégoût, si on peut l'administrer aux enfans sans qu'ils s'en aperçoivent, toutes ces considérations ne me paraissent pas balancer ses inconvéniens, indiqués avec tant de bonne foi par Fowler dans le tableau de.s opératiue effects. Ma répugnance pour ce remède n'a pu, dans ces derniers temps, être ébranlée par des assertions dénuées de faits , ou qui ne reposent que sur des observations incomplètes , et dans lesquels les opératiue effects de la solution n'ont été ni indiqués m recherchés. Au reste ce n'est pas aujourd'hui que les inconvéniens des préparations arsenicales ont été observes. Antoine Stork ayant administré le fébrifuge arsenical de Jacobi à deux adultes , ce remède occasiona des accidens graves ; la fièvre fut arrêtée, mais les malades se plaignirent de chaleur à la poitrine, d'une toux mêlée d'une grande soif, de perte d'appétil , de diminution des Jorces, etc. , quoique, pour l'un d'eux, Storck eût eu l'attention de réduire la dose de l'arsenic , d'un tiers. Un homme , atteint d'une fièvre quarte , prit neuf pilules arsenicales , en une seule dose, au lieu de trois, en trois doses, que lui avait conseillées M. Fodéré ; la fièvre fut guérie de suite , mais le malade cul un flux dysentérique qui dura huit jours ( Essai de phjsiologie positive , t. 3 , p. 66). J'ai vu un enfant, dit Girdiestone , qui avait perdu les ongles , les cheveux et une partie de l'cpidermc , par la solution arsenicale qu'une dame lui avait administrée , à doses trop élevées. Il parait même que les vapeurs arsenicales exercent une action analogue , car le D'' Paris assure avoir observé que les chevaux et les vaches des environs des mines de Cornouailles perdent leurs poils et leurs sabots. Enfin le D"^ Thers , de Breslaw , a publié dans le Journal

de Hufeland (septembre et octobre 1813 ) , plusieurs observations contre l'em- i , ploi des préparations arsenicales, et déjà l'auteur d'une note insérée dans le I i Recueil périodique de la Société médicale, t. 9, p. 406, avait été jusqu'à avancer i que le résultat de tous les essais faits avec l'arsenic , comme fébrifuge, avait été d'en imposer d'abord par une action énergique , mais que les années sui- j vantes, les malades avaient succombé aux effets consécutifs de ce remède. | - Cette dernière assertion étant au moins exagérée , et les accidens dont je viens déparier, pouvant être attribués, avec raison, à la mauvaise administration i de l'arsenic , j'ai pensé que le tableau présenté par Fowler des opérative effects de cet agent, était une meilleure preuve de ses inconvéniens et de cè que • j'avais avancé sur son action.

§ IX. Le docteur Samuel Argent Bardeley, médecin de l'hôpital de Manchester, , dans ses Rapports médicaux d'expériences et d'observations, publiés à Londres en 1807, a indiqué les préparations arsenicales comme un remède très-puissant dans les rhumatismes chroniques. Il cite trois guérisons remarquables , dont deux ont été observées par lui-même , et il ajoute qu'un médecin de Dumfrieshire emploie l'arsenic, avec succès, dans les rhumatismes anciens et rebelles. Bûchner et Fr. Hoffmann ont conseillé le sulfure d'arsenic, dans les mêmes conditions. Bateman ayant e'ié moins heureux, dans quelques cas de rhumatisme aigu , la publication de ses remarques engagea le docteur Jenkinson à écrire une lettre aux rédacteurs de VEdinburgh médical and surgical Journal ([809, p. 309), dans laquelle il s'attacha à démontrer que l'insuccès da remède avait été dû à ce qu'on l'avait administré dans des conditions qui ne ■ réclamaient point son emploi. Suivant Jenkinson , les préparations arsenicales ' ' ne sont indiquées que lorsque le rliQmatisme est ancien , ou lorsqu'il a attaqué i primitivement le tissu fibreux voisin des articulations ; elles échouent , dit-il, contre les accidens récens et légers de rhumatisme , et réussissent contre des I altérations anciennes et profondes. Fleischraanu cite aussi deux cas d'arthrites chroniques guéries par une solution arsenicale. Mais , suivant d'autres obser- i vateurs , les succès encore peu nombreux obtenus par ces préparations sont, U en grande partie, compensés par les accidens qu'elles déterminent quelquefois. i< Ils ont vu survenir de la tuméfaction et de la rougeur aux paupières, des ulcé* '( rations aux gencives , des phlyctènes , des démangeaisons sur tout le corps , de 'I l'insomnie, delà toux, des douleurs à l'estomac et des maux de tête , qui ont i obligé de suspendre le remède avant que les malades eussent éprouvé un soula- j gementréel dans I eurs douleurs. Pour moi, je n'ai expérimenté l'acide arsénieux t qne dans un petit nombre de cas analogues , et progressivement à la dose I de I/I6, l/lO, 1/6, de grain, et je ne suis point encore fixé sur l'utilité qu'il peut offrir. On a conseillé d'unir dans ce cas , son action à celle de l'opium ; ce qui ne peut qu'être utile , car j'ai vu des effets très-avantageux des narcotiques ' dans de semblables conditions.

§ x. Fowler a administré sept fois, avec succès, la solution arsenicale contre des maux de tête périodiques. Anne Bentley , de Stafford , âgée de cinquantehuit ans , fut guérie d'un mal de tête périodique , développé depuis dix-neuf i jours, par quatorze gouttes de solution répétées deux à trois fois par jour, pendant trois jours, durant lesquels elle n'eut plus de paroxysmes. La solution/ui causa seî/Zeme/ît c/ej nausées (Fowler^ obs. 81). Elisabeth Hough , de Milwich, âgée de 25 ans , fut guérie d'une céphalalgie quotidienne qui existait ; depuis cinq semaines, par quatorze à vingt gouttes de solution , prises deux i; fois par jour, pendant dix jours, sur dix-huit pendant lesquels elle eut cinq à \ six accès décroissans ; le remède produisit des. nausées et de légères tranchées. 1 (Fowler, obs. 82). Sarah Spilsbury, âgée de quarante-deux ans, atteinte d'un I mal de tète périodique, développé depuis cinq semaines, et qui, dans les l'i quatre premières, avait présenté le type quotidien, et dans la dernière le type 'ji tierce, fut guérie par quatorze à dix-huit gouttes de solution, administrées I deux fois , dans vingt-quatre heures, pendant sept jours sur dix, et dans les- I quels elle n'eut plus A^ACo'e.s.l.iA so\a\.\on produisit des évacuations alvines et | la tuméfaction de l'abdomen {obs. 85). Sarah Eldershow, de Stafford , âgée de i i vingt-trois ans , était affectée d'un mal de tête périodique depuis six jours. Les ' i proxysmes furent calmés par quatorze gouttes de solution, prises trois fois par i jour. La solution produisit des vomissemens , des nausées et des] tranchées i j (Fowler, obs. 86). M. Lalaurie a rapporté un exemple de névralgie frontale , 1 1| contre laquelle l'arsenic fut donné, avec succès, à la dose de 1/6 de grain ^Jl [Journal complémentaire , i. 12, p. 327). Hill et T. Weaver ont publié des jif exemples de semblables succès; et le docteur Harles cite , [d'après M. Hoffmann, i | un cas analogue fort remarquable : « Vir quadraginta annorum laborabat jam j j inde ex aliquo tempore cephalœâ periodicà, quotidie ipsà horâ septimà matu- i i tinà redeunte, et usque ad unam lioram promeridianam durante, et ad delirium i ! furens usque crescente. Frustra contra eam adhibita erant opium, valeriana, || spiritus cornu cervi vol., aliaque. Addito tandem elixirio arsenicali ad infusum Mi valerianœ et calami aromatici, intra nyctemeron malum hoc pertinacissimum i\ est. » Le docteur Hoffmann cite aussi le cas d'un homme de trente-six ans, i | affecté d'une scialique intermittente , dont les accès revenaient tous les soirs . j vers cinq heures, et persistaient quelquefois pendant six heures , et qui , après i i avoir vainement essayé plusieurs remèdes, fut guéri par l'acide arsénieux uni à i i l'opium, dans l'espace de trois jours. Enfin, John Jenkinson et Hill ont vu le tic i douloureux céder à l'emploi des préparations arsenicales lorsqu'il se montrait a sous la forme d'accès réguliers, et plusieurs observations attestent que des ( accès de migraine ont été prévenus par ces moyens énergiques. Mais comme | il est incontestable qu'on a obtenu des succès aussi nombreux, à l'aide du sul- I fate de quinine, et qu'il ne détermine ni nausées, ni vomissemens, ni tranchées ; \ I il me semble qu'il n'est plus permis de recourir, aujourd'hui, aux préparations \ arsenicales dans de semblables circonstances, avant d'avoir employé ce sulfate. 1 1

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J'ai essaye , sans succès , dans le tic douloureux continu, la solution deFowler et la solution de Paarson , à haute dose.

§ XI. Ed. Alexander dit avoir guéri une êpilepsie qui durait depuis cinq mois, avec la solution de Fowler. Duncan Senior, médecin d'Édimbourg, assure avoir obtenu un semblable succès. Appelé moi-même, plusieurs fois , à traiter cette affreuse maladie, et trop souvent témoin de sa déplorable résistance, je n'ai cependant essayé la solution de Pearson que chez deux malades sujets à de fréquentes attaques depuis plusieurs années , et ce remède a échoué , comme plusieurs que j'avais déjà employés. Je me propose cependant de poursuivre ces essais, les préparations arsenicales n'ayant pas7 comme le nitrate d'argent, le grave inconvénient d'imprimer à la peau une couleur particulière dont l'existence décèle la nature de l'affection contre laquelle il a été employé. S'il est une maladie dans laquelle les opéralwe effects des préparations arsenicales doivent être pris en moindre considération , et contre laquelle il est permis de i^rescrire un remède énergique à haute dose, assurément c'est l'épilepsie. Je transcris ici deux observations rapportées parHarles, quoiqu'elles ne soient pas très-concluantes. Un jeune homme âgé de vingt deux ans , frais et doué d'embonpoint, à la suite d'une vive frayeur excitée par un sot jeu de fantasmagorie , Fut frappé d'épilepsie dont les paroxysmes, pendant trois années, surtout dans les mois de décembre et de janvier, revenaient chaque jour fréquemment, et juelquefois jusqu'à quinze ou dix-huit fois dans vingt-quatre heures. La fréjuence des attaques fut diminuée par l'emploi delà valériane, des feuilles l'oranger, et de quelques autres antispasmodiques ; mais aucun de ces remèdes ae put les supprimer. Depuis deux ans, les accès épileptiques, devenus de louveau plus forts et plus fréquens, avaient été de nouveau calmés par les remèdes jui avaient été déjà employés. Toutefois le malade éprouvait , tous les matins, m accès, précédé d'un léger frisson, suivi de céphalalgie et de stupeur. On lui it prendre Yélixir arsenical de Hoffmann , avec une infusion de vulnéraire et Je menthe poivrée. Le succès de ce moyen fut si complet, qu'après quatre jours de son emploi , le malade fut délivré de ses attaques, qui ne se sont pas reproduites (Hoffmann). Une jeune fille, âgée de vingt ans, bien constituée, était Revenue épileptique depuis trois ans, à la suite d'une vive frayeur; les atta- Ifues étaient très-fréquentes et se répétaient souvent deux ou trois fois le jour, '■aissant cependant quelquefois, entre elles, plusieurs jours d'intermission. Elle îrit d'abord, d'après les conseils du docteur Harles , une infusion de valériane, ivec de l'eau de laurier-cerise, et fut ensuite mise à l'usage des préparations ^rsenicales. Elle prit douze à quinze gouttes de solution de Fowler, deux ou rois fois par jour , dans une mixture aromatique. Huit jours après, le père de ette jeune fiHe annonça , avec joie , au docteur Harles . que dès les premiers jOurs de ce traitement les attaques étaient devenues moins fortes et plus rares, jln'en survint point dans la seconde semaine; le remède fut discontinué malgré es instances du médecin , et plus tard une rechute eut lieu.

§ xn. L'histoire de la médecine offre quelques exemples de singulières jnéprises produites par la confusion d'un même nom appliqué à des substances lifférentes. Aristote ayant désigné sous le nom Sauolîz^x/C) le sulfure d'arsenic , [t les Arabes la gomme de genévrier sous celui de sandarach , quelques médejins ont cru imiter les Indiens , en faisant respirer des vapeurs arsenicales et l'encens , dans les accès iVasthme. Ed. Alexander , chirurgien d'Hallifax en Angleterre , a depuis assuré avoir guéri deux cas d'angine de poitrine, à l'aide l'une solution arsenicale analogue à celle de Fowler, et donnée, pendant treize purs, d'abord à la dose de six gouttes toutes les vingt-quatre heures , et portée tuccessivement jusqu'à treize gouttes. Ferriar assure avoir employé les prépalations arsenicales, avec succès, dans la toux conwulsiwe des enjans. Haies les a bnseillées dans la chorée contre laquelle Hamillon et le Dr Salter les ont

ijmployées avec sncces [Méd. chir. jour, qf London, 1320), et Jenkinson dans \hj'pochondrie.

I D'un autre côté le docteur Fischer , dans un voyage fait en Angleterre, a vu l; lonner la solution de Fowler dans les affections spasmodiques , mais avec peu e succès. Un septuagénaire , attaqué de tremblemens de la tète, et de tous les membres , n'en retira aucun avantage ; une jeune fille , tourmentée d'une toux ■iolente avec suspension des règles , en éprouva des accidens fâcheux , Remarques de médecine et de chirurgie sur Vart de guérir en Angleterre, lœlting , 179S.) Je n'ai expérimenté l'arsenic dans aucune de ces maladies ; ai essayé l'acide arsénieux à la dose de 1/16 et progressivement jusqu'à 1/6 de rain chez un jeune ouvrier affecté d'une paralysie des avant-bras , déterminée ar les préparations de plomb. J'avais d'abord employé sans succès l'éleetroluncture et la strychnine qui m'avaient réussi dans des cas analogues. Ce jeune lomme a guéri ; mais cet heureux résultat m'a paru devoir plutôt être attribué au ;mps , qui amène des changemens favorables dans cette affection , qu'à l'acide rsénieux, dont l'emploi n'a eu lieu qu'à une époque où ce malade éprouvait |éjà une amélioration remarquable. A C(itte occasion, je dois raj)peler que les |réparations arsenicales ont été recommandées (Asiaiic lesearches) contre les \istoi'sions du visage , et que Jenkinson assure avoir guéri plusieurs paralysies 'c la face parleur usage. Une femme, dit-il, fut atteinte d'une distorsion du 5té droit de la figure et du col , après un exercice violent ; la paupière supéeure était abaissée et restait jour et nuit dans cette situation ; les larmes joulaient continuellement le long de la joue; les pilules arsenicales furent dministrées , pendant trois semaines , et la malade guérit. Un semblable ssultat mérite d'être vérifié; mais lorsque Jenkinson va jusqu'à recommander ;s préparations arsenicales comme un excellent préservatif des convulsions bez les enfans , il donne , ce me semble , un conseil bien étrange. '§xin. Les préparations arsenicales paraissent avoir été employées pour la remière fois, dans le traitement des maladies de la peau , par Girdleston de

Yarmouth. Il essaya d'abord la solution de Fowler, dans un cas de lèpre qui existait depuis quatorze ans. Le malade guérit à l'aide de petites doses souvent répétées de cette solution. Girdlestone assure qu'il obtint ensuite plusieurs centaines de guérisons, dans des cas de lèpre, de prurigo , de psoriasis et de teigne. Le second cas de lèpre offrit un phénomène qui attira son attention. Après trois doses, de huit gouttes chacune, en vingt-quatre heures, le corps entier du malade devint d'un rouge d'écrevisse , et son visage offrit l'aspect d'une inflammation érysipélateuse commençante. Girdlestone fit suspendre la solution jusqu'à ce que la rougeur disparût, et plus tard ne la prescrivit qu'à une dose moitié moins forte que la première : cette faible dose fut continuée et fit disparaître graduellement la maladie. Dans un troisième cas, la disparition de la lèpre fut précédée de larges bulles sur les fesses. Girdleston constata ensuite que la disparition des maladies de la peau , produite par la solution de Fowler, était souvent marquée par un accroissement de l'éruption, quelquefois par le 'développement de bulles ou des fissures aux pieds, aux orteils, aux mains et aux doigts. Un autre malade , qui avait depuis deux ans de larges plaques àe lepra nigricans s,m les joues, et qui avaient résisté aux efforts de différons praticiens , prit quatre gouttes de solution minérale deux fois par jour; lapre- . mière dose produisit une i-ougeur d'écrevisse à la peau , de la tension dans tout le ventre et un léger évanouissement. Le malade fut soulagé par un grain dj calomel , et sa lèpre fut guérie par deu.x gouttes de solution prises deux fois par jour, pendant six semaines. Après une légère récidive, il reprit le médicament à la dose de quatre gouttes, qui produisirent les mêmes effets que ceux décrits ci-dessus; enfin le malade parvint à guérir de nouveau, en prenant la solution à la dose de deux gouttes , et sans en éprouver d'accidens.

La plus forte dose à laquelle Girdlestone ait donné ce médicament a été douze gouttes , trois fois par jour. Mais il a reconnu ensuite que six gouttes sufîisaient dans la plupart des cas. L'insipidité de la solution ayant porté quelques malades à augmenter le nombre des gouttes qu'il avait prescrites, il a toujours eu soin de recommander aux malades de ne pas dépasser le Jiombre de gouttes qu'il avait indiqué. Quoiqu'il ait quelquefois réussi en peu de jours, à diminuer la gravité des maladies cutanées, cependant il a appris, pur expérience, à ne pas croire la guérison complète, à quelque dose que la solution ait été portée, à moins de six à sept semaines de son usage. Un malade prit la solution arsenicale, à la dose de vingt gouttes, trois fois par jour, pendant plus de trois mois, avant que sa lèpre disparût. I^a dose avait été trop forte, et les fonctions des intestins furent dérangées sans avancer la guérison de la lèpre : ce même malade eut des symptômes nerveux, des évanouissemens., de la diarrhée, etc., qui, malgré des soins assidus, persistèrent pendant plusieurs semaines. J'ai vu, ajoute Girdlestone, qe la faiblesse, des douleurs de ventre, des lièmorrhagies nasales de la toux, des symptômes ictériques , et l'hydropisie , survenir après l'emploi inconsidéré de la solution. De trop fortes doses donnent, en général, une couleur ictérique à l'urine. Lorsque les malades sont constipés , la solution arsenicale suflit quelquefois pourrégulariser les selles. Lorsqu'il existe de la diarrhée, il faut donner un quart de grain d'opium , deux ou trois fois par jour , pour corriger les effets de la solution.

Quoique j'aie réussi à guérir un assez grand nombre d'affections cutanées , dit Girdlestone , cependant plusieurs malades ont éprouvé des rechutes. Mais alors , le mal était ordinairement moins rebelle. Il faut toujours commencer par de très-petites doses de solution, et ne les porter jamais au-delà de cinq à six gouttes, trois fois par jour, et persister dans de semblables doses tant qu'elles ne produisent pas d'accidens. Chez les enfans, les doses doivent être d'une, deux , trois ou quatre gouttes , une ou deux fois par jour.

Suivant M. Duflîn , qui a étudié l'action de la solution de Fowler, dans les affections squammeuses , on a beaucoup abusé de ce remède , et il a dû souvent être abandonné comme nuisible ou dangereux. Cependant il l'a lui-même administré, dans plus de, quatre cents cas, et ne l'a jamais vu produire de mal. Il le fait prendre ordinairement dans une décoction de douce-amère, de daphné mézeréum ou de salsepareille , qu'il regarde comme A'^uilles auxiliaires. Relativement aux <3?oi<?s de la solution arsenicale , il j.ense qu'un petit nombre de gouttes prises à des intervalles courts et rapprochés , sont plus utiles et plus sûres dans leurs effets , qu'une quantité plus considérable. Il a eu rarement occasion d'en prescrire plus Aedix, trois fois par jour; six suffirent ordinairement; et dans un court espace de temps, dix ou quinze jours au plus, on peut observer les effets Aa vem'eàe , non-seulement sur la maladie , mais encore sur la constitution. Le premier symptôme que produit la solution est une accélération sensible du pouls , qui , si le médicament est long-temps continue, peut s'élever à vingt ou trente pulsations, par minute, au-delà du nombre qu'onavait observé, avant son emploi. En outre , le pouls devient vif et dur; bientôt le malade se plaint de ^jcoîeraewi, de mal aux yeux , on Ae démangeaisons ; les paupières enjlenl , surtout l'inférieure, et l'œil est entouré d'un léger cercle livide ; ces symptômes précèdent quelquefois l'accélération du pouls. Si le médicament est continué , les malades éprouvent des faiblesses d'estomac, des douleurs de ventre, etparfoisdes élancemcnsdans la poitrine, et des tranchées; la langue devient blanche , la face est altérée ; son expression est triste et accompagnée d'anxiété précordiale, etc. : ces symptômes indiquent que l'emploi de l'arsenic a été suivi trop long-temps ; il faut en cesser l'usage lorsque l'accélération du pouls et l'enflure des paupières se déclarent.

Les médecins anglo-américains n'ont pas non plus hésité à avoir recours aux préparations arsenicales, dans plusieurs maladies cutanées. Le docteur Kush de Philadelphie, a prescrit l'acide arsénieux , en pilules, contre les dartres , et les autres affections graves de la peau, ajin d'augmenter la transpiration. Il le faisait prendre deux fois par jour, à la dose d'un quinzième, d'un dixième

ARSENIC

ARSENIC

et d'un huitième de grain, mêlé avec du savon, et faisaitboire, en même temps, une infusion à^cupaiovium perfoUatum , plante amère , très-commune dans les litats-Unis. M. Valentin , qui a fait connaître ce fait, a vu plusieurs personnes suù're ce traitement pendant plus de deux mois , sans en observer aucun cliangement/at^orable dans leuv maladie; mais aussi sans aucune aZiemï/o« apparente de leur santé.

Willan et Bateman ont aussi beaucoup vante les effets delà solution minérale de Fowler, dans les cas opiniâtres de lèpre, de lichen, de prurigo, et de teignes. Us assurent qu'elle peut être emi5loyée, avec toute sécurité, lorsqu'elle est administrée avec prudence ; mais ils ne paraissent pas en avoir étudié ses operatifc effecls avec le soin que Fowler et Girdlestone y avaient apporté.

Bans des Eé/lexions sur l'usage de l'arsenic , lues devant le lycée de Philadelphie, en 1812, John Hedman-Coxe , après s'être élevé contre la répugnance qu'inspire ce remède à beaucoup des praticiens, rapporte l'observation d'une dame, lépreuse depuis quatorze ans , qui , n'ayant retire aucun avantage des remèdes les plus énergiques , fut guérie par l'usage de la solution minérale à la dose de cinquante gouttes , trois fois par jour, pendant deux ans et demi; il y eut, sur la lin du traitement, cela de particulier , que lorsque l'affection fut sur le point de se dissiper, la malade ne pouvait plus supporter au-delà de cinq gouttes de la solution , trois fois le jour, sans éprouver une tuméfaction à la face , des nausées , la perte de l'appétit, une pesanteur dans les yeux et la tète , ce qui indiquait , dit-il , qu'il fallait cesser pendant quelque temps le remède. Les operatit^e effects des préparations arsenicales ont été assez prononcés , dans ce cas, pour donner beaucoup à réfléchir : pour mon compte, je ne soumettrai jamais un malade, pendant deux ans et demi, à un semblable traitement. Le D"^ Otto, de Philadelphie, a aussi publié, dans le même temps, trois faits de i/arï/'ei opiniâtres qui avaient résisté au soufre, à l'antimoine, au sublimé , à la salivation, et qui ont cédé aux préparations arsenicales : deux ans après , il n'y avait pas la moindre apparence de retour de la maladie , ni d'aucune conséquence fâcheuse de l'action du médicament. Le Dr Bardeley a aussi employé la solution de Fowler contre les maladies cutanécsj mais, suivant lui , il ne faut pas en continuer trop long-temps l'usage , parce qu'il a cru s'apercefoir ciue , comme Iqs préparations de plomb , l'arsenic s'accumule dans l'économie et y produit des effets très-fâcheux, tels que des tranchées, des vents et des paralysies des membres. M. Fodéré dit avoir employé la solution de Fowler, avec succès, dans quelques dartres rebelles. L'observation suivante rapportée par ce médecin, prouve-t-elle réellement l'utilité de l'arsenic? «Une femme de trente-six ans , épouse d'un capitaine , prisonnier en Russie, obligée de gagner péniblement sa vie , avait la respiration gênée , une menstruation très-irrégulière , et les mains couvertes d'une dartre écailleuse , qui l'obligeait de travailler avec des gants. Cette malade , d'un teint altéré et d'un tempérament très-bilieux, avait essaye infructueusement toutes sortes de remèdes. Les premiers effets des pilules arsenicales furent de régulariser la menstruation, de rendre la respiration plus libreetleteintplus c\a\r;mais les dartres n'auaient pas changé quoiqu'il y eût déjà près de cent pilules de prises. V or donnai de continuer, et au bout d'un mois je fus prié de visiter cette dame, que je trouvai attaquée d'une fluxion de poitrine, avec fièvre et crachement de sang; en même temps la dartre aidait disparu et les mains étaient parfaitement nettes. Je traitai cette nouvelle maladie, qui céda au bout de huit jours à l'usage des adoucissans , et je fis suspendre l'arsenic , pendant un mois. Après ce terme, la dartre s'annonçant de nouveau, la malade reprit son remède, et à la deux cent cinquantième pilule , les mains étaient comme dans l'état naturel , à part un peu plus de rudesse à la peau. Elle partit de Strasbourg sur la fin de 1816, jouissant d'une bonne santé , pour aller joindre son mari rentré en France, et je n'en ai plus eu de nouvelles. «

Enfin, dans ces derniers temps, tandis que deux ou trois médecins français s'efforçaient de propager l'emploi des préparations arsenicales dans le traitement des maladies de la peau , soit en préconisant outre mesure leurs avantages, soit en dissimulant les operatife effecls, s'ils ne les ont pas méconnus , je me suis attaché à en restreindre l'emploi k un petit nombre de conditions, que je vais rappeler rapidement :

1° Elles ne doivent jamais être employées dans les inflammations exanthémateuses ;

2» Elles sont bien rarement utiles et souvent dangereuses dans les inflammations huileuses chroniques ;

3° Quelques eczéma chroniques rebelles, des bourses , de la marge de l'anus, des grandes lèvres, etc. , sont de toutes les inflammations vésiculeuses , celles dans lesquelles l'emploi de ces préparations peut être le plus facilement justifié.

4o Parmi les affections papuleuses, les lichens circonscrits, confluens et chroniques , en réclament seuls quelquefois l'usage. C'est singulièrement en abuser que de les recommander dans le prurigo.

5" Dans les inflammations squarameuses (pityriasis , psorasis , lèpre) ., on a fait un emploi abusif et condamnable des préparations arsenicales Lorscfue ces maladies ne sont pas très-anciennes , elles cèdent plus vite et plus sûrement à des médications topiques; lorsqu'elles sont mFcieVe'ei , l'action prolongée et soutenue des préparations arsenicales altère plus sûrement la membrane muqueuse des organes digestifs , qu'elle ne modifie l'état de la peau.

G" Ceux-là seuls qui croient qu'un remède jouit de propriétés d'autant plus cflicaces , qu'il est plus dangereux et doué de propriétés plus énergiques , ont pu recommander les préparations arsenicales dans le lupus et l'éléphantiasis des Grecs. Dans les chapitres consacrés à l'histoire de chacune de ces maladies , j'examinerai plus particulièrement les faits sur lesquels on a ctayé cette singulière opinion. J'aualiscrai surtout, avec soin , les observations de M. Robinson ,

et celles d'Horace Hayman Wilson , sur l'emploi des préparations arsenicales dans le traitement de l'éléphantiasis des Grecs. Au reste , des expériences personnelles m'ont appris que non-seulement les altérations profondes de la peau, qui caractérisent ces deux maladies, ne sont point modifiées avantageusement par ces préparations , mais que celles-ci provoquent des désordres et des complications graves, lorsque leur emploi est prolongé pendant plusieurs mois, ou alterné avec d'autres médicamens susceptibles d'être transformés immédiatement en poisons , lorsqu'ils sont administrés à une dose élevée. Dans un cas d'éléphautiasis des Arabes , M. Delpech a administré , sans succès , pendant deux mois la solution de Fowler ; il n'en est résulté qu'une diminution de l'appétit, un peu de dévoiement et d'amaigrissement. Enfin , si on a été jusqu'à les employer dans l'ichthyose , il faut espérer qu'on sera bientôt dégoûté de faire de semblables tentatives.

§ XIV. Indépendamment des altérations que les préparations arsenicales peuvent déterminer dans les organes digestifs , et que peut faire prévoir la connaissance de leurs operatii'e effects ; indépendamment des tremblemens et des paralysies des membres observe's par plusieurs auteurs , le fait suivant, et deux faits analogues dont j'ai eu connaissance , tendent à établir qu'elles peuvent déterminer quelquefois une véritable paralysie des parties génitales. J'ai soigné à l'hôpital de la Charité , de la lèpre et d'une entérite chronique, un compositeur en imprimerie , âgé de vingt-trois ans, jouissant habituellement d'une bonne santé, quoique d'une constitution assez faihle, atteint depuis cinq ans d'une lèpre vulgaire , qui d'abord, bornée aux coudes et aux genoux, s'étendit ensuite, les années suivantes, à toutes les autres parties du corps. Les deux premières années, elle fut combattue par les bains simples, les bains sulfureux, et d'autres préparations de soufre. La troisième année , il fit divers remèdes, et fut enfin soumis à l'action de la solution de Fowler, qu'il prit progressivement, depuis cinq jusqu'à vingt gouttes, pendant trois mois. Peu de temps après avoir fait usage de ce remède, il éprouva des douleurs à l'estomac, les digestions devinrent pénibles, il perdit ses forces, fut pris d'une diarrhée assez abondantÇj et les organes de la génération furent frappés d'une véritable paralysie. Elle a persisté depuis dix-huit mois, et il m'assure aujourd'hui que la diarrhée est rappelée par le plus léger écart de régime.

Les préparations arsenicales, appliquées à l'extérieur avec peu de mesure, peuvent aussi déterminer des accidens graves , analogues à ceux qu'occasionne leur introduction dans les organes digestifs. M. Desgranges rapporte qu'une jeune femme de chambre , ayant eu l'imprudence, pour faire passer des poux, de se frotter la tête avec de la pommade chargée d'arsenic , six à sept jours après, elle fut atteinte des douleurs les plus cruelles. Toute la tête devint enflée; les oreilles doublèrent de volume, se couvrirent de croûtes; les glandes sousmaxillaires, les jugulaires, celles du tour du cou, du derrière de la tête , les parotides même s'engorgèrent rapidement. Les yeux étaient étincelans et gros, le visage tuméfié et presque érysipélateux ; la malade avait le pouls dur, tendu et fiévreux ;la langue aride , la peau sèche : elle se plaignit d'une chaleur vive sur tout le corps , et d'un feu dévorant qui la consumait. A ces maux extérieurs s'étaient joints des vertiges , des faiblesses syncopales , des cardialgies, des vomissemens de temps à autre , de l'altération , des ardeurs en urinant, une longue constipation et des tremblemens dans les membres , avec impossibilité de se soutenir sur ses jambes. La tête s'embarrassait, et il y avait des momens de délire. M. Desgranges fit sur-le-champ une copieuse saignée , et recommanda de saigner le malade au pied, pendant la nuit. Il prescrivit une ample boisson d'eau de poulet émulsionnée et nitrée, des lavemens avec la graine de lin et le miel mercurial, des pédiluves alcalins, etc. Il fit oindre la tête avec une pommade qui contenait un quart de son poids de craie blanche en poudre... Le lendemain il y eut un peu d'amendement , mais il y avait de l'assoupissement. Il fit appliquer alors huit k dix sangsues aux cuisses ; la nuit fut agitée, l'enflure de la tête parut s'être accrue , et, sur le matin, tout le corps se couvrit d'une éruption considérable de petits boutons, à pointes blanches comme du millet, surtout aux mains et aux pieds. La malade fut très-faible , et ne pouvait rester assise sans éprouver des maux de cœur. On administra des laxatifs, et en moins de quarante-huit heures, l'éruption se sécha, et tomba par desquammation ;le ventre s'ouvrit et tous les accidens diminuèrent. La malade était hors de danger; mais comme il restait de la sécheresse et de l'irritation dans la poitrine, avec un peu de toux , elle fut mise à l'usage du lait d'ânesse.... Dans le cours de la convalescence, les cheveux tombèrent. Il faut rapprocher de cette observation celle de Léonard de Capoue , qui rapporte qu'un enfant fut enlevé par des vomissemens et des déjections terribles , à la .suite d'une écorchure faite à la tête par les dents d'un peigne enduites d'huile dans laquelle on avait infusé de l'arsenic. {Hec. périod. de la soc. méd. de Paris , tom. 6 , pag. 22.)

§ XV. J'ai rappelé, dans un autre article {voyez Antimoine ) que l'arsenic entrait dans plusieurs décoctions recommandées depuis long-temps conXre la syphilis. Gmelin assure que l'arsenic est employé contre cette maladie , par les habitans de la Sibérie. Zugenbûhler rapporte avcir soulagé une arthrite .<:yphi- Zù/^ue, compliquée de douleurs ostéocopes , par une solution d'arsenic , avec addition d'extrait de belladone, continuée pendant long-temps ; dans l'espace d'environ deux ans , la malade prit cent quarante-huit grains d'acide arsénieux. Girdlestone pense aussi qu'un praticien habile peut tirer un grand parti du mercure et de l'arsenic , donnés alternativement , dans le traitement des maladies vénériennes. Avec la solution de Fowler et de petites doses d'opium , il a guéri des ulcérations sj'philitiques qui avaient été aggravées par le mercure , et qui avaient résisté à d'autres remèdes. Adair et Horn ont observé des faits analogues. M. Thomas Morisson , chirurgien à Dublin, dit avoir guéri plusieurs ulcères vénériens par Tapplicalion de l'acide arsénieux , combiné avec le pre-

ARSENIC

ARSENIC

cité rouge, et plus sûrement qu'avec le mercure seul. L'ar-enic a été aussi riommandé comme un puissant résolutif, contre les engorgemens syphilitiques dî ganglions lymphatiques. On sait aussi que Fallopia, Libavius, F. HofTmann, I chner, Kuppermann, ont recommandé les préparations arsenicales dans le llitementde la syphilis invétérée. En6n, Harles assure que, dans ces graves éditions , on peut administrer les préparations arsenicales à L'inlérieur, de (hcert avec le mercure, à l'extérieur. Quant aux préparations arsenicales qu'il ]îfère, ce sont le savon arsenical sulfuré et l'arsenic sulfuré, d'après les mél'odes de Kîaproth et de Hecker. Toutes ces assertions , sur les bons effets at- Ibués à l'arsenic , sont trop générales. Je crois même devoir déclarer que j'ai (jpérimenté comparativement les préparations arsenicales et l'opium , dans le (iilement des syphilis chroniques , et notamment dans plusieurs cas de rupia iphilitiques, compliqués d'exostoses et de douleurs arthritiques, et que l'a- ■ptage a été constamment du côté des narcotiques. J'ajouterai même qu'il n'est s rare de voir ces syphilides compliquées d'inflammation chroniques del'es- Imac et de l'intestin, et que, dans ce cas, les préparations arsenicales seraient 'contestablement nuisibles.

§. XVI. Le cancer est une des maladies contre lesquelles les préparations arsecales ont été le plus spécialement rècommandées. A l'extérieur, sous forme ■ topiques , elles ont été employées par Théden , Richter, Siebold , Stark, icrchen , Althof, Schmalz, etc. Elles ont aussi été administrées , à l'intérieur,

!ins le traitement de cette maladie, par Loder, Lentin, Selle, Tode, Pfaehler, ahnemann , CoUenbusch, etc. Enfin , quelques praticiens ont combiné leur nploi à l'extérieur ei a l'intérieur ; tels sont Arneman, Klein, Hargens, le [ère Cosme , Lefebure et Jastamond. Pluncket , Adair, Guy, Simmons, en jngleterre; Rush et Martin, en Amérique ; Ronnow , en Suède; Fleisclxmann, ^chmann, en Allemagne; en Dannemark , Winslow , Land , Boysen et jeaufin ; en Italie , Flajani , Locatelli , etc. , en ont préconisé et singulièrement sagéré les heureux effets.

j La plus eflicace des préparations arsenicales est, sans contredit , l'acide armieux (arsenic blanc du commerce), qui ne guérit pas, à proprement parler, ; cancer ; mais qui , appliqué sur les parties dégénérées , agit comme escaroquQ.Fusch parait être le premier qui l'ait employé. Il étendait, sur les ulcères aucéreux une poudre composée d'arsenic blanc , de suie de cheminée et de tacine de grande serpentaire (De Houpeville, la guérisondu cancer, pag. 174). lu bout de peu de jours, toute la surface ulcérée était convertie en une escarre lus ou moins épaisse , donfla séparation donnait lieu à une plaie susceptible e guérison. Mais quelquefois il survenait une fièvre de mauvaise nature, acompagnée de frissons , de vomissemens , de syncopes , etc. , qui obligeait de renoncer a ce remède.

A diverses époques on a cherché à combiner l'acide arsénieus h différentes ubstances qui pussent s'opposer à son absorption, sans l'empêcher d'agir |;omme escai'otique. La poudre de Rousselot et celle du frère Cosme, surtout telle qu'elle a été modifiée par M. Dubois , sont fréquemment employées en (t'rance pour détruire les surfaces cancéreuses; cependant on ne doit, en général , attaquer avec les pâtes arsenicales que les cancers superficiels et les blaies qui résultent de l'extirpation d'une tumeur cancéreuse, lorsque la maladie menace de repulluler. La fameuse poudre de Pierre Alliot , qui fit tant de bruit au milieu du dix-septiéme siècle, était une préparation d'arsenic, qui n'avait aucun avantage sur les pâtes arsenicales , d'après le témoignage de ^''acher et de plusieurs autres praticiens recommandables, qui en ont fait usage. [Il en est de même de la solution d'arsenic , employée comme escarotique ipar William Shearly, chirurgien anglais , et d'une foule d'autres prépara- Itions arsenicales , qui ont été tour à tour préconisées , sous différens noms. ||Eu 1775, Lefebvre de Saint-Ildefond signala l'acide arsénieux comme un remède éprouvé pour la guérison du cancer, occulte ou ulcéré. Il faisait dissoudre quatre grains de cette substance dans une pinte d'eau distillée , dont le malade prenait d'abord , tous les matins, une cuillerée unie à une égale quantité de lait et à un demi-gros de sirop de diacode. Au bout de huit jours , s'il n'était survenu aucun accident , on donnait une seconde dose le soir, puis une troisième au milieu de la journée, à compter du quinzième jour. La première bouteille étant consommée on en préparait une seconde avec six grains d'acide arsénieux , au lieu de quatre; on en mettait huit grains dans la troisième bouteille , et on n'allait jamais au-delà de cette dernière dose ; six bouteilles suffisaient , disait-il , pour le traitement d'un cancer au sein. L'ulcère étaitbassiné, tous les jours , avec une solution de huit grains d'acide arsénieux dans une pinte d'eau , et couvert d'un cataplasme de pulpe de carotte cuite dans une semblable solution , à laquelle on ajoutait une demi-once d'acide arsénieux dissous dans du vinaigre distillé , du sucre de saturne , du laudanum et de l'extrait de ciguë , dans des proportions variables. Dans le cancer de l'utérus, on faisait des injections avec une décoction de carotte , de ciguë et d'opium, chargée d'acide arsénieux. En 1778 , Ronnow publia, dans les Mémoires deV Académie de s sciences de Stockholm , une dissertation sur les propriétés médicales de l'acide arsénieux, où il annonça que depuis cinquante ans qu'il faisait iisage de ce remède, il avait guéri trente cancers bien caractérisés. Le docteur Munniks assura avoir guéri un cancer ulcéré au sein , par l'usage interne d'une solution d'acide arsénieux dans de l'eau distillée. M. Éverard Home , dans ses Observations pratiques sur le traitement des ulcères aux jambes , fit un grand éloge des bons effets de l'arsenic , employé tant à Yextérieur qu'à Vintérieur, contre les ulcères de toutes les parties du corps , désignés sous le nom de noli me tangera. Dans une Dissertation sur l'usage de l'arsenic blanc dans le cancer, le docteur Simmons rapporta quelques faits qui tendaient à établir que la solution minérale de Fowler,

à la dose de douze gouttes , trois fois par jour, diminuait les douleurs et favo-

DlCT. DE MÉDECINE ET DE ChIKHRGIE PRATIQUES.

risaitla cicatrisation du cancer ulcéré. Fort de tous ces témoignages plutôt que de son expérience, le docteur Harles en a conclu : lo que l'acide arsénieux , appliqué à l'extérieur ou administré intérieurement, a une efficacité spéciale, supérieure à tout autre remède, contre le cancer ouvert ou sur le point de s'ulcérjer; 2» que, dans le cancer, si l'arsenic pris intérieurement a des effets salutaires moins prompts qu'appliqué à l'extérieur, il remédie au mal d'une manière plus constante et plus sûre ; que dans le cancer, dans le fongus hématode, dans le lupus, les applications de pâtes arsenicales sont quelquefois suivies d'érysipèle ; que chez les hommes bien constitués , peu irritables , il convient d'employer à la fois l'arsenic à l'intérieur et à l'extérieur; que des ulcères cancéreux ont été guéris par l'usage extérieur de l'acide arsénieux, dans le court espace de quatre, six , huit et quatorze jours ; mais que de semblables résultats ne sont ni constans ni durables ; que le mal repullule souvent après quelques mois ou quelques années; que les récidives sont plus rares, après l'usage intérieur des préparations arsenicales; que les ulcères cancéreux et cancroïdes de la face , des lèvres , des joues , du nez , des articulations et des parties génitales externes , réclament surtout les applications extérieures de l'arsenic; que celles-ci sont contre-indiquées dans le cancer des mamelles, et surtout lorsqu'il a déjà envahi les glandes de l'aiselle , et qu'il est largement ulcéré ; enfin que le cancer de la langue et du palais , celui des yeux , des testicules et de l'utérus , ne peuvent être attaqués, avec quelques chances de succès, que par l'usage intérieur des préparations arsenicales , seules ou associées à l'opium ou à la belladcnne.

Malheureusement, les espérances que devaient faire naître tant de témoignages et de semblables conclusions paraissentdevoir être restreintes à un bien petit nombre de cas. L'acide arsénieux employé à Stockholm par Acrel , en Angleterre par Bell, n'a pas opéré une seule guérison de cancer, et a causé souvent des accidens qui ont fait renoncer à son usage. M. Desgranges a essayé le remède de Lefébure, à l'hôpital de Lyon, sur plusieurs femmes affectées de cancer aux seins , aux aines , à la matrice; aucune des ces malades n'en a ressenti du soulagement; toutes en ont éprouvé des angoisses précordiales , des spasmes et des soiffrances dans l'estomac et les intestins , qui lui firent renoncer à ces essais. Le docteur Melzger , de Kœnigsberg , n'a jamais vu l'arsenic produire de bons effets contrôle cancer du visage, plus fréquenten Prusse que le cancer au sein. Une femme de soixante ans fut obligée de quitter vite ce remède, qui lui causa des coliques affreuses , qui même continuèrent après qu'elle en eut suspendu l'usage. M. Fodére' ayant essayé l'arséniate de soude et les pilules asiatiques , chez la femme d'un tailleur qui avait un horrible cancer aux mamelles , fut bientôt obligé de renoncer à ce remède. Il a fait prendre intérieurement de légères doses d'arséniate de soude, et en a fait injecter par le vagin dans une décoction émolliente et narcotique, aune pauvre femme atteinte d'un ulcère carcinomateux au col de l'utérus, avec cachexie générale ; il en est résulte' un redoublement de Thémorrhagie et des douleurs. J'ai moi-même plusieurs fois essayé les préparations arsenicales , à l'intérieur dans les cancers de la langue, du sein , des testicules, de l'utérus et de la peau ; et si je n'ai jamais eu à regretter d'avoir fait des tentatives , des insuccès constans m'ont presque dégoûté de les continuer.

Nou-seulemcnt les préparations arsenicales ont échoué contre le cancer, mais elles ont quelquefois déterminé des accidens très-graves. Fernel rapporte qu'une femme attaquéed'uu cancer au sein, sur lequel on appliqua un mélange d'arsenic et de sublimé corrosif, mourut au bout de six jours avec tous les symptômes de l'empoisonnement. {Univ. medec. melh. med.. lib. 6 , ch. 18. ) M. Roux avoue avoir vu une jeune fille de dix-huit ans mourir empoisonnée à la suite d'une application de pâte arsenicale sur un sein cancéreux. (Nouv. élém. de médec. opérât. , tom. I , p. 64. ) Une dame , dit Paris , se laissa appliquer un caustique chargé d'arsenic sur la poitrine, et elle fut frappée de paralysie ; un maître de pension, dit le même auteur, devint également paralytique, à la suite d'une semblable application. On consultera avec fruit, sur ce sujet: le mémoire de Thiébault (Réflexions sur l'arsenic considéré comme médicament, ■ — Journ. génér. de méd. , tom. 30, p. 241 , 235. 1817. ) ; la thèse de M. Simonet (R) (sur l'emploi et les effets de la pâle arsenicale , Paris , 1817 , in-d" ) ; et les observations de L. Smith ( Disc, sur l'usage et l'abus des caustiques , Paris, 1815) , celles de Meau (Biblioth. méd., tom. 24, p. 401 ) et de Dugas (Trav. de la soc. de méd. de Marseille , 1818 , p. 9) , etc. J'ai déjà dit que, mises en contact avec la peau snine , les préparations arsenicales pouvaient donner lieu à des accidens graves , observés par Desgranges ( Rec. périod. de la soc. de médec), indiqués dans les Acta germanica , année 1730, et produits par Renault sur les animaux. Quant aux iuconvéniens des préparations arsenicales , administrées à l'intérieur , dans le traitement du cancer, le principal est sans contredit le développement d'une inflammation chronique dans une étendue plus ou moins considérable des organes digestifs.

XVII. On a aussi recommandé les préparations arsenicales pour détruire l'action des poisons animaux. Russcl , dans son ouvrage sur les serpeus de l'Inde, rapporte trois expériences qu'il a faites avec des succès variés, au moyen des pilules de Tanjore sur divers animaux mordus par des serpens venimeux ; il annonce avoir donné ces pilules , avec succès, à quatorze personnes mordues par des chiens enragés, mais avant le développement de l'hydrophobie. M. Ireland , chirurgien anglais , assure que l'arsenic peut être employé avec succès pour combattre le venin du coluber carinatus. (Med. chir. trans. , vol. 2, pag. 393. ) Quelques expériences ont été faites aussi par M. P. Ranken, dans le but de constater l'action del'acide arsénieux contre le venindes serpens. Un chien fut mordu , entre le nombril et le pubis , par un coluber naja, et la plaie fut lavée immédiatement avec une solution d'un quart de grain d'acide

ARSENIC

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