ARTÈRES (MALADIES DES
les premiers temps. Les artères traversent des arcades aponévrotiques, et quelques précautions qu'ait prises la nature, il y a toujours une compression plus ou moins forte sur les vaisseaux pendant la contraction du muscle ; d'où une source d'anévrysmes. Les artères sont environnées d'une gaîne cellulaire, lâche, plus ou moins abondante, qui permet à l'artère et sa dilatation et sa locomotion; c'est à travers cette gaîne cellulaire qu'arrivent aux parois artérielles leurs vaisseaux nourriciers ; d'où l'inconvénient d'un isolement trop considérable des vaisseaux dans l'opération de l'anévrysme. Indépendamment des foyers et des fusées de pus qui ont lieu dans cette circonstance , c'est que les parois vasculaires , dépourvues de leurs vaisseaux nutritifs , vivent moins , et même tombent en gangrène.
§. n. Conséijuences pratiques qui découlent de lu texture des artères , relativement à leurs lésions physiques. — Les lésions des artères dérivent de leurs propriétés , et ces propriétés dérivent elles-mêmes de leur texture. Les artères sont essentiellement constituées , lopar une membrane propre composée de fibres circulaires, jaunâtres, qui ont beaucoup de rapports avec le tissu des ligamens jaunes des vertèbres, et du ligament cervical postérieur des animaux, mais qui sont moins résistantes que ces derniers; c'est la membrane jaune ou élastique des artères : l'extensibilité, l'élasticité et la fragilité , voilà ses attributs essentiels; 2" par une membrane externe ou celluleuse, composée de tissu cellulaire filamenteux , très-délié , très-serré , comme feutré , jamais graisseux, jamais infiltré de sérosité ; la résistance est son caractère essentiel ; 3° par une membrane interne , sans disposition linéaire, demi-transparente, se détachant plus aisément, suivant la longueur de l'artère , que dans le sens transversal, qui semble n'être autre chose que le tissu de la membrane moyenne quia perdu sa disposition linéaire , fragile comme elle ; 4o par une pellicule extrêmement ténue , semblable à une pelure d'oignon , se déchirant avec la plus grande facilité, transparente lorsqu'elle est étendue sur les parois artérielles , rougeâtre lorsqu'elle est ramassée sur elle-même, et susceptible de diverses lésions. De petits vaisseaux artériels et veineux [vasa -vasorum) amxaent\&i parois des artères. Plusieurs des nerfs plexiformes qui environnent les artères se perdent manifestement dans l'épaisseur de leurs parois.
A. Ainsi organisées, les parois artérielles sont extensibles et élastiques dans le sens longitudinal de même que dans le sens transversal , d'où le phénomène du pouls , mais extensibles et élastiques jusqu'à un certain point, d'où les déchirures artérielles, produites par une extension trop considérable; exemple: les anévrysmes des artères poplitée, axillaire et fémorale , dans la production ou la réduction d'une luxation , d'où les déchirures artérielles , produites par un effort latéral trop considérable du sang. Un homme meurt subitement dans un effort violent : l'artère aorte était déchirée dans sa portion péricardique ; il n'existait d'ailleurs aucune lésion préalable , appréciable dans les parois du vaisseau.
B. De l'élasticité de l'artère découle la rétraction du vaisseau artériel, à la suite de la section , rétraction très-favorable à la cessation de l'hémorrhagie, au point qu'on l'a regardée comme le moyen principal dont la nature se sert pour arrêter l'hémorrhagie, et que l'art est quelquefois parvenu à ce but, en rendant complète une section incomplète. Celte même élasticité explique le resserrement du vaisseau, lorsque ce vaisseau cesse d'être distendu parle sang, resserrement non moins favorable que la rétraction à la cessation spontanée de l'hémorrhagie. D'une autre part, de l'élasticité artérielle découle le défaut d'affaissement d'une artère coupée en travers , l'écartement des bords d'une solution de continuité par une piqûre large du vaisseau, conséquemment la préexistence de l'hémorrhagie , car la solution de continuité tend sans cesse à s'agrandir.
C. Dela fragilité des membranes interne et moyenne des artères et du défaut de fragilité de sa membrane externe ou cellulaire découle le mécanisme des ligatures qui agissent en coupant les deu.x membranes internes; d'où les efforts des anciens chirurgiens pour substituer à la ligature une autre méthode qui pût aplatir le vaisseau sans le couper; d'où la théorie des ligatures médiates , des ligatures à l'aide d'un fil aplati en manière de ruban ou du presse-artère. Mais voilà que cette même section des membranes internes , si redoutée par nos devanciers , est aujourd'hui regardée comme un moyeu indispensable de guérison, si bien que quelques praticiens se servent , dans le but formel de couper ces deux membranes , d'un fil de soie très-résistant , qu'ils suppriment aussitôt après la section. La membrane celluleuse acquiert quelquefois une fragilité insolite, c'est lorsqu'elle est enflammée; d'où la proscription générale des ligatures d'attente qui coupaient constamment le vaisseau; d"où la nécessité d'aller saisir l'artère loin de la première ligature , lorsque celte ligature est tombée prématurément.
D. De l'inégale extensibilité, fragilité et élasticité des diverses tuniques artérielles découle le mécanisme des plaies par arrachement , plaies toujours sans héraorrhagie. Voici , en effet, ce qui arrive : la membrane interne, plus fragile , se rompt la première, puis vient la membrane moyenne; la membrane cellulaire très-extensible s'alonge en cône, se déchire inégalement, et forme comme un bouchon; joignez à cela la rétraction , qui est proportionnelle à la distension qui a précédé. Ces mêmes phénomènes s'observent dans la torsion des artères , qu'on vient de proposer comme méthode généi-ale pour remplacer la ligature. Attendons, pour prononcer, la sanction de l'expérience, qui, je le crains bien , ne lui sera pas favorable , si toutefois on ose la tenter sur des vaisseaux considérables.
m. Conséquences pratiques qui découlent du peu de vitalité des artères ; de l'inflammation et de la rougeur de leur membrane interne. — Les artères sont-elles passibles du phénomène si général de l'inflammation ? Conducteurs
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assifs du sang, les artères n'ont juste que le degré de vitalité nécessaire pour 1 réparation des pertes qu'elles font ~ continuellement , comme tout solide ivaut ; on peut les mettre, à cet égard, sur la même ligne que les tendons et les ponévroses ; aussi les voit-on traverser, pour ainsi dire impunément, des pyers tuberculeux , cancéreux et phlegmoneux : jamais cette espèce d'invule'rabilité des artères n'est plus prononcée que dans les vastes cavernes du .ommet des poumons , dans la phthisie tuberculeuse ; toutes ces brides ou jolonnes , qui parcourent les parois , qui traversent les foyers de part en part, te sont autre chose que des vaisseaux artériels qui ont échappé à un travail lésorganisateur. Les praticiens qui ont l'habitude surannée d'introduire le doigt lans un abcès ouvert et de déchirer les brides qu'ils rencontrent déterminent (uelquefois des hémorrhagies considérables. La gangrène la plus aiguë , a pourriture d'hôpital elle-même respectent souvent le tissu artériel ; d'où les idmorrhagies qui accompagnent l'ablation prématurée de ces escarres, lors uéme qu'on coupe dans les tissus privés de vie. Comment faire concorder ce )hénomène avec la nature celluleuse de la membrane externe? C'est que le issu cellulaire n'est passible d'inflammation qu'en raison inverse de sa densité; le degré en degré' , vous arrivez du tissu cellulaire le plus lâche , de celui des )aupières, au tissu cellulaire le plus serré, à la membrane celluleuse des irtères et aux tendons. Il suit de là que la membrane celluleuse des artères est rès-raremenl enflammée, soit primitivement, soit consécutivement. Cepenlant , j'ai vu -un cas de pourriture d'hôpital dans lequel l'artère fémorale fut lînvahie; d'où une hémorrhagie mortelle. Dans plusieurs cas , l'artère , mise à lue , s'est recouverte de caroncules , et sa membrane celluleuse transformée 3st devenue la base d'une cicatrice.
La membrane interne , que quelques anatomistes ont comparée aux séreules, que d'autres ont comparée à l'épiderme, à un produit de sécrétion inorganique, est-elle passible d'inflammation? I^a réponse ne sauraitètre équivoque. Pour la développer , celte inflammation, il suffit que le sang ne circule pas dans la cavité artérielle. C'est ainsi que le canal artériel et les artères ombilicales s'oblitèrent immédiatement après la naissance; c'est ainsi que la ligature d'un vaisseau produit son oblitération , dans tout l'espace qui n'est plus parcouru par le sang. La tendance à l'inflammation adhésive , la ténuité , l'absence des vaisseaux , en un mot la similitude d'usages, qui sont de tapisser des cavités qui n'ont point de communication avec l'air, me font pencher pour la nature séreuse de la membrane.
jRougeu7\ Rien de.plus commun que la rougeur de la surface interne de l'artère : tantôt peu intense , elle est bornée à la pellicule interne que j'ai décrite,
Itantôt elle a son siège et dans la pellicule et dans la membrane subjacente ; cette rougeur présente différentes nuances, depuis le rouge violet ou noirâtre, jusquau rouge écarlate et même au rose; le siège le plus commun de cette coloration est l'aorte , et nommément sa crosse. Quelquefois uniforme , elle offre dans d'autres cas chez le même sujet les diverses nuances que je viens d'indiquer; souvent on ne l'observe que par plaques, çà et là et par bandes. Ce phé^iomène remarquable de coloration paraît avoir été signalé pour la première fois par Frank, qui en a fait la base de sa fièvre inflammatoire, et par Pinel , qui, s'emparant de cette idée , a désigné cette fièvre sous le titre de fièvre angéioténique ; mais cette coloration coïncidant toujours avec la présence du sang liquide ou des caillots de sang, coïncidant le plus souvent avec un commencement d'altération cadavérique, doit être placée à côté de la teinture de la vésicule du fiel par la bile, comme un phénomène de transsudation.
^Je dois noter ici que l'artère, les veines pulmonaires et les cavités du cœur sont absolument dans le même cas , et que la coloration , bornée d'abord à la pellicule et à la membrane qui la soutient, s'étend plus tard à toute? les tuniques des vaisseaux. Je ne regarde donc pas l'arlérite comme caractérisée par cette rougeur uniforme non vasculaire , non pénicillée ; et toutefois cette rdu-
I geur s'oJ)sérve dans l'artérite , ainsi qu'il est facile de le prouver.
I Le caractère essentiel de l'artérite commençante est , d'après mes observations , la coagulation du sang; c'est ce qu'on voit tous les jours dans le caillot,
I suite de plaies artérielles , soit par instrument piquant, soit par instrument
. tranchant, soit par constriction. Pourquoi ce caillot obturateur est-il ici trèslong, là très-court? Sans doute la présence d.'une artèrç collatérale a beau-
( coup de part à cette différence de longueur, mais la cause véritable est dans
j l'étendue variable de l'inflammation. Quel que soit le stimulus de l'inflamma-
I tion adhésive , son premier effet est la coagulation du sang. Le sang coagulé, voilà en général la fausse membrane des artères; dans un grand nombre de cas,
j ce coagulum est absorbé au bout d'un temps plus ou moins long , et l'artère est convertie en un cordon fibreux. D'autres fois , il se décolore , est absorbé et remplacé par une fausse membrane qui représente exactement les fausses membranes organisées des séreuses. J'ai vu des vaisseaux très- multipliés dans l'épaisseur d'une concrétion très-dense , très-adhérente, demi-transparente , qui obturait complètement l'artère carotide primitive. La pellicule et même la membrane interne sont rouges dans tout l'espace occupé parle caillot; cette rougeur est peu foncée, et la pellicule interne est un peu épaissie. Ici la rougeur n'est certainement pas cadavérique ; on l'observe toujours dans ce cas.
C'est surtout dans l'artérite spontanée que la coagulation du sang est remarquable. Si l'inflammation n'occupe que des points isolés, l'artère présente çà et là, au niveau de ces points seulement, un coagulum adhérent; si l'inflarnmation occupe tout le cylindre, le coagulum adhérent obture complètement l'artère; si l'inflammation n'a lieu que dans un court espace, de telle façon que la circulation collatérale puisse r.împlacer la circulation directe, aucun phénomène notable n'a lieu; si l'inflammation occupe un grand espace , et que la circulation collatérale ne puisse pas se rétablir, il y a gangrène spontanée, et
DiCT. DE MÉDECINE ET DE ChIRUKGIE PRATIQtjÊs,
) ARTERES (MALADIES DES).
l'étendue de la gangrène est exactement proportionnelle à Fétendue de l'obstruction. Pour toute lésion cadavérique, on trouve les artères principales, et quelquefois seulement les artères de deuxième, de troisième et de quatrième ordres obturées par le coagulum adhérent ; c'est là la cause la plus commune de la gangrène dite sénile, qu'on doit appeler spontanée, et que j'ai observée aux membres supérieurs comme aux membres inférieurs , chez les jeunes gens comme chez les vieillards.
Si le malade ne succombe pas dans le premier temps de l'artérite, alors de deux choses l'une : ou l'artère s'oblitère dans toute l'étendue du coagulum, comme il arrive au-dessus et au-dessous d'une ligature, ou bien, l'inflammation adhésive devenant suppurative, on trouve du pus au centre d'un caillot plus ou moins décoloré. Quelquefois la totalité du caillot est remplacée par une matière séreuse, puriforme, et un coagulum résistant se voit aux limites de cette altération. L'artère est remplie d'une matière purulente, qui ne communique plus avec le reste du vaisseau, une inflammation adhésive établissant les limites. Les faits me manquent pour savoir ce qui doit arriver plus tard ; mais l'analogie de ce qui se passe dans les veines me parait établir, ou bien que l'oblitération aura lieu dans toute l'étendue du cylindre malade , ou bien que le pus doit se faire jour au dehors par l'érosion des parois artérielles. Je viens de voir le cadavre d'un enfant de quelques jours , chez lequel l'artère ombilicale trèsdilatée était remplie de pus dans l'étendue de deux pouces environ; ce pus était parfaitement circonscrit. Peut-être ce pus aurait-il fini par se faire jour à travers l'ombilic , qui n'était pas encore complètement cicatrisé. Quant au mélange du pus avec le sang artériel , je ne le crois pas possible , l'adhésion s'ctablissant dans les artères avec une extrême facilité. Ce que je viens de dire est le résultat de faits recueillis chez l'homme et d'expériences sur les animaux. Dans une série d'expériences faites dans le but de comparer l'artérite de la phlébite, j'ai vu que l'injection d'un corps irritant dans l'artère principale d'un membre avait pour résultat la gangrène immédiate, la putréfaction du membre en douze heures, lorsque toute circulation artérielle était interceptée, des gangrènes partielles lorsque l'interruption n'était que partielle. La gangrène spontanée, voilà, cliniquement parlant, le signe pathognomonique de l'artérite qui occupe une certaine étendue; la coagulation du sang, voilà le signe anatomique. Dans tous les cas où la membrane interne est en contact avec du sang coagulé, elle est rouge et épaissie; cette rougeur est toujours d'imbibition , jamais pénicillée, car la membrane interne des artères n'est pas injectable, mais, en revanche, l'injection vasculaire pénicillée occupe les vasa vasorum qui traversent et la membrane celluleuse et la membrane propre.
§. IV. Pétrifications et dépôts de matières puriforme et caséiforme dans l'épaisseur des parois artérielles. — Presque toutes les altérations des parois artérielles se rallient autour du dépôt de phosphate calcaire dans leur épaisseur. Bien de plus commun que ces altérations ; voici les principales :
A. Première altération : petites taches jaunâtres , presque toujours longitudinales , ponctuées, qui paraissent formées aux dépens de la pellicule mince ou épidermique, et s'enlèvent avec elle ; quand on presse ces taches entre deux ongles, on en exprime une matière d'un blanc jaunâtre; d'autres fois cette matière est concrète. Dans quelques cas, la tache est considérable et réside dans la membrane interne tout entière ; aussi persisle-t-elle après l'ablation de la pellicule.
B. Deuxième altération : taches plus considérables , dont les unes sont formées par une matière puriforme qui soulève la pellicule mince ; c'est une sorte d'abcès sous-épidermique de l'artère; la pellicule se déchire, d'où l'ulcération. D'autres fois, c'est une matière sèche , comme pulvérulente, ou bien elle est molle, assez semblable à la matière caséeuse; dans l'un et l'autre cas, cette matière pénètre toute l'épaisseur de la membrane interne , et même de la membrane moyenne. Il est rare qu'en même temps il n'existe pas de pétrification. Souvent il arrive que cette matière stéatomateuse s'altère, se putréfie, contracte une couleur brunâtre; la tunique celluleuse résiste , la pellicule interne est déchirée. J'ai vu plusieurs fois des ulcérations qui n'avaient épargné que la tunique celluleuse, sans que celle-ci présentât la moindre dilatation. Il n'en est pas de même lorsqu'une petite poche s'est formée préalablement dans l'épaisseur des parois de l'artère; cette poche ouverte, le sang remplace la matière stéatomateuse, et un aiiévrysme exisle. Dans quelques cas rares , la membrane celluleuse participe au travail d'ulcération; alors il y a perforation du vaisseau sans dilatation préalable.
C. Troisième altération: l'artère est parsemée de plaques cartilagineuses d'une grande densité, proéminentes, semblables , suivant la comparaison très- exacte de Morgagni , à des gouttes de cire blanche concrète. La dissection attentive de ces plaques montre une substance cartilagineuse , au milieu de laquelle se trouve une matière jaunâtre , stéatomateuse, plâtreuse; elles sont ordinairement formées aux dépens de la pellicule et de la membrane interne. Mais la pellicule seule peut en être le siège. Souvent la membrane propre offre une dépression sensible à l'endroit de ces plaques ; quelquefois même ses couches les plus internes sont envahies. Je ne connais pas d'altération des artères qui donne à leurs parois une plus grande épaisseur que la transformation cartilagineuse ; quelquefois la membrane interne et sa pellicule, si ténues dans l'étal naturel , égalent , surpassent même de beaucoup en épaisseur les autres membranes ; d'où un rétrécissement considérable du tube artériel. Ce travail de transformation est ordinairement sub-aigu, presque toujours en même temps les membranes moyenne et celluleuse sont traversées par un grand nombre de vaisseaux sanguins. Lorsque cette altération occupe l'aorte , le rétrécissement du vaisseau n'a aucun résultai notable , à moins qu'il ne soit assez considérable pour troubler l'harmonie delà circulation; mais lorsqu'elle occupe l'origine
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d"'un gros vaisseau, de l'artère carotide primitive ousous clavière, par exemple, il en résulte souvent l'oblitération complète de ces vaisseaux ; j'en ai rencontré plusieurs exemples.
D. Les transformations ossiformes des artères présentent deux espèces principales ; dans la première , l'ossification occupe la membrane mojenne , dans la deuxième , elle occupe la membrane interne.
Première espèce. Celle-ci est propre aux vieillards ; il est rare qu'on ouvre un individu un peu avancé en âge sans rencontrer ce genre d'ossification. Elle procède toujours circul^irement ; la matière phosphatique est déposée le long des fibres qui composent la membrane moyenne; la membrane interne et la pellicule les recouvrent; cependant elles finissent tôt ou tard par être envahies; presque toujours cette altération se voit de distance en distance dans toute l'étendue de l'arbre artériel. Il n'est pas rare de voir l'ossification former un cylindre complet ; l'origine des artères, la convexité des flexuosités en sont le plus souvent le siège. Presque toujours c'est aux dépens du calibre des vaisseaux que se fait le dépôt du phosphate calcaire : delà, un rétrécissement, dont l'effet est en général peu appréciable pour les artères de gros et même de moyen calibre, mais qui a pour résultat l'oblitération complète dans les dernières ramifications. La pétrification des dernières ramifications artérielles est une cause de gangrène sénile non moins fréquente que l'artérite , j'en ai cité ailleurs un exemple. {Essai sur l'anatomie pathologique , tom. 2, pag. 57. )
Cependant il n'est pas rare de rencontrer l'orifice des grosses artères ossifiées rétréci et même oblitéré comme dans le cas de cartilaginifîcation. D'autres fois , au contraire, il y a dilatation , la portion ossifiée est comme excavée , et forme une petite poche anévrysmale à parois osseuses. Ij artère splénique est tr'es-sujette à ce genre de dilatation , sans doute à cause de ses flexuosités ; on voit au niveau du sommet de chaque courbure, du côté de la convexité, une concrétion bien circonscrite qui ne dépasse pas la moitié delà circonférence du vaisseau , qui , à l'extérieur , présente une saillie plus ou moins considérable , au niveau de laquelle l'artère présente une dilatation proportionnelle. Ce n'est jamais au niveau de l'ossification que peuvent s'opérer ces ruptures, mais bien à la circonférence et les ruptures spontanées de l'artère splénique ne sont pas trèsrares ; dernièrement j'en ai observé un exemple.
L'ossification des artères cardiaques a fixé l'attention des observateurs du dernier siècle; et peut-être les modernes n'y attachent-ils pas assez d'attention; il en résulte le rétrécisement, l'oblitération du vaisseau, et quelquefois sa rupture. On a considéré cette ossification comme cause de l'angine de poitrine.
li'ossification des artères cérébrales , ou plutôt leur altération plâtreuse, leur transformation cartilagineuse sont extrêmement fréquentes, et la source de ces hémorrhagies cérébrales foudroyantes qui ne sont annoncées par aucun symptôme précurseur. ojez Apoplexie. ) '
Deuxième espèce d' ossification des artères , plus fréquente, encore que la précédente. L'ossification précédente occupait la membrane moyenne, celle-ci occupe la membrane interne, elle se présente sous la forme de plaques jaunâtres , irrégulièrement circulaires , elliptiques , plus ou moins épaisses , fragiles; la pellicule mince les recouvre d'abord ; plus tard elle disparaît envahie peut-être par l'ossification, d'abord au centre , plus tard à la circonférence ; alors la plaque osseuse est en contact immédiat avec le sang. Souvent la pellicule , devenue cartilagineuse , recouvre soit la totalité de la plaque , soit seulement la circonférence. Souvent ces plaques sont entourées de toute parts par la matière stéatomateuse qui est quelquefois noirâtre et comme putréfiée; plus souvent cette matière n'occupe que leur face externe. Ordinairement lisses par leur surface interne, ces plaques sont quelquefois hérissées de concrétions irrégulières qui font saillie dans l'intérieur du vaisseau. Des espèces d'ecchymoses , des ulcérations profondes , une injection vasculaire très-considérable dans l'épaisseur des membranes moyenne et celluleuse accompagnent ordinairement cette altération. La membrane moyenne , indépendamment de la vascularité insolite qu'elle présente, est plus ou moins fragile, ses fibres sont plus faciles à déchirer ; elle adhère presque toujours intimement aux plaques ossifiées.
C'est presque toujours dans l'aorte, surtout à sa crosse, quelquefois dans toute sa longueur, qu'on observe cette transformation osseuse qui coexiste et avec une dilatation notable de ce vaisseau , et avec une hyperthrophie du ventricule gauche , en sorte que je regarde comme prouvé que cette transformation est le résultat de l'effort du sang qu'anime une force d'impulsion trop considérable. Je possède une pièce pathologique dans laquelle non-seulement la crosse de l'aorte est énormément dilatée et transformée , mais encore le tronc brachiocéphalique qui présenta pendant la vie , à la région cervicale, des battemens tels qu'on avait pu croire à un anévrysme de la carotide. Au plus haut degré de celte transformation , un tiers ou la moitié de la circonférence de l'aorte est convertie en écailles de volume variable , et entre lesquelles il existe de très-petites portions artérielles non ossifiées qui permettent le jeu de ces écailles les unes sur les autres; on conçoit que des ruptures spontanées très-fréquentes doivent avoir lieu à la circonférence irrégulière de ces écailles.
^. V. De l'anéi>rysme. — Toute dilatation d'artère assez considérable pour déterminer des symptômes morbides mérite le nom d'anévrysme. J'admets donc un anévrysme par dilatation pure et simple, et un anévrysme par érosion des tuniques artérielles.
lolj'anétJiysme par dilatation occupe ordinairement l'aorte ; il est presque toujours consécutif à une hypertrophie du cœur. Tantôt la dilatation occupe toute l'aorte, d'autres fois la crosse et la portion pectorale, quelquefois la crosse seulement. La dilatation peut être circonsci ile à uu point de la longueur de l'aorte ; alors elle occupe tantôt la circonférence du vaisseau : anévrysme circulaire ou
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fusiforme., tantôt un seul point de la circonférence ; anévrysme petr dilatatiorl latérale. L'artère pulmonaire est susceptible de cette espèce d'anévrysme quiî peut affecter tout l'arbre artériel ou bien un point plus ou moins circonscrit; il est rare que la dilatation ne soit accompagnée de l'une ou l'autre des diverse^ altérations que je viens d'indiquer, surtout de l'ossification de la membrane interne.
2° L'anévrysme par érosion est le plus fréquent; il procède du dedans aui dehors ou du dehors au dedans. loDu dedans au dehors, une ossification delà membrane interne existe avec ou sans dilatation , l'un des points ou pkisieurs' points de l'ampoule artérielle offrent moins de résistance; tout l'effort du sang se concentre sur ce point ou sur ces points; alors les membranes de l'artère sont attaquées ; fragiles , cassantes , elles s'éraillent, se fendillent entre deux plaques osseuses ou ossiformes. 2° L'anévrysme procède du dehors au dedans lorsqu'une matière plâtreuse , puriforme , se forme dans l'épaisseur des parois , soulève la pellicule, la déchire; d'où une petite poche que le sang remplit bientôt comme dans le cas précédent, et quelquefois la rupture de l'artère a lieu immédiatement. (F'oyez Akatomie pathologique, avec planches, 3e livraisou . )
Plus souvent ce sang se concrète, forme une espèce de bouchon qui prévient la perforation , et p'est à ces concrétions sanguines qu'est dû l'état stationnaire d'un grand nombre d'anévi'ysmes ; mais ce bouchon , incessamment frappé par le sang en circulation, agit à la manière d'un coin pour augmenter la poche, laquelle va toujours croissant, et s'appropriant tous les tissus qu'elle rencontre. Tout le temps que la membrane interne n'est pas entamée, il n'y a pas de caillots; mais à peine le sang est-il en contact avec un autre tissu que la pellicule interne, aussitôt il y a coagulation , adhérence du caillot aux parois , et ce caillot fait l'office d'une fausse membrane réparatrice. J'ai exposé ailleurs la manière dont les caillots s'arrangent en couches concentriques plus ou moins cohérentes par une sorte de cristallisation , comment la barrière qu'opposent ces concrétions à la rupture de la poche est quelquefois détruite, comment le sang liquide se fraie un passage au travers d'elles , arrive aux parois qu'il irrite par l'impulsion dont il est animé , et comment cette irritation entraîne la rupture, qui est souvent précédée de la formation d'une seconde, d'une troisième poche anévrysmale. D'autres fois la rupture est précédée d'une inflammation avec sécrétion de pus; quelquefois cette inflammation est suivie de l'oblitération de la tumeur ; l'oblitération est en effet le seul moyen de guérison d'un anévrysme par érosion ; on a vu cette oblitération produite par des contusions , et même par la gangrène spontanée de la poche. (Ployez Anévrysme.)
(CRUVEILHIJiR.)
ARTlÉRIOTOmiE. Voyez Saignée.
ARTHRITE, ou inflammation des artères. — Les artères ne constituant pas un tissu simple , mais bien un tissu assez composé , on conçoit que chacun des élémens qui concourent à leur composition est susceptible d'une inflammation qui lui est propre. Plusieurs de ces élémens , d'ailleurs, peuvent être simultanément atteints de phlegmasie. Enfiu, quelquefois , cette maladie s'empare de la totalité des parois artérielles. Parmi les élémens du tissu artériel , ceux qui me paraissent s'enflammer le plus fréquemment sont la membrane interne et le tissu cellulaire sous-jacent.
L'artérite est partielle ou générale, aiguë ou chronique. Ou la distingue encore en celle qui occupe les troncs artériels , et en celle qui affecte les capillaires artériels. L'artérite capillaire se confond avec l'inflammation proprement dite , s'il est vrai, comme le professent plusieurs pathologistes, que celle-ci réside dans les systèmes capillaires. Quelle que soit la valeur de celte opinion sur le siège de l'inflammation, elle n'est pas à l'abri de toute objection depuis que certains faits semblent prouver que l'inflammation peut s'emparer de parties dépourvues d'un système capillaire sanguin. Quoi qu'il en soit , nous ne nous occuperons spécialement ici que de l'inflammation des artères non capillaires.
Les lésions analomiques que nous considérons aujourd'hui comme le produit d'une arlérite , ont été long-temps étudiées sous un autre point de vue. De nos jours même, tous les pathologistes ne sont pas d'accord sur l'influence de l'inflammation dans le dévelo{)pement des diverses lésions dites organiques, et spécialement dans la génération , ou , comme le dit l'illustre auteur des Phlegmasies chroniques, dans la fabrication des produits anormaux.
Je n'espère donc pas , dans cet article , exprimer des opinions universellement adoptées, mais seulement celles des médecins qui , mettant à profit, au lieu de les répudier, les beaux travaux des Broussais,desPujol, etc., admettent comme une vérité d'observation qu'un grand nombre d'altérations organiques ^ jusqu'ici réputées pour absolument indépendantes de l'inflammation, se rattachent d'une manière plus ou moins directe à cette maladie. Les altérations dont il s'agit constituant un certain nombre d'espèces différentes , je sais bien que leur rapprochement peut paraître forcé , au premier abord; mais en y réfléchissant sérieusement, on verra qu'il est tout aussi logique de rapporter à l'inflammation ces diverses lésions , que de rapporter à un même genre plusieurs espèces de plantes, ou que de rallier à une même fonction plusieurs actes différens, comme on le fait pour la digestion, l'innervation, etc., pourvu qu'on n'oublie pas de tenir compte de la spécialité de chacun des élémens qui concourent à composer le phénomène complexe de l'inflammation. Ainsi doncjj bien convaincu que c'est un vice de logique médicale que de faire dériver d'une seule et même cause des altérations différentes entre elles, en groupant autour de l'inflammation artérielle diverses lésions qui ne sont pas absolument semblables , j'admets d'abord que cette maladie diffère dans ses effets, suivant ses degrés d'intensité et de durée, et suivant la structure des organes qu'elle affecte; j'établis, en second lieu, que, parmi les altérations rencontrées dans les artères,
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les unes , encore vierges pour ainsi dire de tout changement ultérieur , sont le résultat immédiat , primitif de l'artérite, tandis que les autres ne constituent que des suites plus ou moins éloignées de cette maladie, et proviennent le plus souvent des modifications qui s'opèrent dans les premières, même après que l'inflammation a disparu. L'inflammation , sorte de nutrition ou d'action formatrice morbide , tend à donner naissance , comme on l'a très-bien dit dans ces derniers temps , à des produits nouveaux. Cette sorte de génération étant une fois accomplie, l'inflammation peut disparaître, sans que, avec elle, disparaissent constamment ses produits; ceux-ci peuvent, au contraire, lui survivre, comme des enfans k leurs parens ; et après avoir parcouru les phases d'une évolution particulière, ils peuvent aussi présenter la même organisation que la partie qui les a sécrétés sous l'influence de l'acte inflammatoire. A cette époque, il est évidentque les produits dont il s'agitne se raltachentà l'inflammation que sous le rapport de leur origine première. Eux-mêmes alors, ils peuvent contracter l'inflammation et sécréter des produits organisables, à peu près , si l'on ose se servir de cette comparaison , comme le produit de la conception, parvenu à soir complet développement, peut donner naissance à un être semblable à lui.
Ces explications préliminaires étant bien comprises, peut-être le lecteur partagera-t-il les idées que nous allons maintenant développer dans cet article, où nous étudierons successivement les caractères anatomiques , les caractères physiologiques , les causes et le traitement de l'artéi ite.
§. 1. Caractères anatomiques de l'artérite. — Les lésions que l'on rencontre dans les artères enflammées varient beauco"up suivant l'époque ou la période de l'inflammation à laquelle on les examine. N'oublions pas , d'ailleurs , que l'examen fait après la mort ne nous donne qu'une idée incomplète de ces lésions, attendu qu'on n'observe véritablement alors que le cadavre Je la maladie. Quoi qu'il en soit, les lésions dont il s'agit doivent être étudiées et dans les parois artérielles elles-mêmes et dans les nouveaux produits que ces parois sécrètent sous l'influence de l'inflammation.
A. Lésions des parois artérielles — • 1° Rougeur, èpaississernent, friabilité. — Dans la première période d'une artérite aiguë, on observe une rougeur plus ou moins vive de la membrane interne des artères , laquelle en même temps se gonfle et s'épaissit un peu. Il faut convenir cependant que le gonflement de la membrane interne des artères ne se rencontre pas toujours après la mort, chez les individus où l'on trouve , d'ailleurs , d'autres caractères d'artérite aiguë. L'épaississement des parois artérielles, leur hypertrophie , devient appréciable à tous les yeux , dans les cas où une inflammation s'est emparce de toutes les membranes qui composent ces parois, et y a régné pendant un temps assez long. Quant à la rougeur, elle peut manquer , de même que l'épaississement, dans les cas d'artérite ; et d'une part, elle peut se présenter en l'absence de toute inflammation, comme cela se voit si souvent chez les sujets que l'on ouvre après un commencement de putréfaction du cadavre, circonstance qui permet au sang d'imbiber les parois artérielles et de donner à leur membrane interne-, en particulier, une rougeur dont la teinte varie. Ainsi donc la rougeur iet le gonflement sont des caractères anatomiques dont il faut tenir compte iparmi ceux qui appartiennent à l'artérite , sans toutefois se faire une idée exagérée de leur valeur. Il est bon de noter que la rougeur de la membrane interne des artères, même dans les cas où l'on croit pouvoir la rapporter à une artérite aiguë, n'est par produite , du moins dans l'immense majorité des cas , par une injection capillaire, mais bien par une sorte de teinture , ou de fixation de la rmatière colorante du sang sur la membrane interne. Sous ce nouveau point de |,vue, la rougeur inflammatoire ne différerait pas essentiellement de celle qu'on appelle cat/ace'r/^ue. Depuis les observations que j'ai publiées ailleurs , sur la rougeur de la niembrane interne des artères , j'ai fait , en 1823 , à l'hôpital de la Charité, de nouvelles recherches sur ce sujet. Loin de dissiper mes doutes sur la nature de la rougeur artérielle que l'on observe dans beaucoup de cas, ces recherches les ont pour ainsi dire augmentés. Ce qu'il y a de bien certain, c'est que cette r1)ugeur existe à peu près constamment chez les individus qui , comme je viens de le dire plus haut, ne sont ouverts qu'après un commenceiment de putréfaction, surtout si ces individus ont une grande masse de sang, circonstance qui favorise d'ailleurs , et hâte en quelque sorte le mouvement de décomposition putride. Mais il est également incontestable que l'on trouve des rougeurs artérielles chez des sujets ouverts avant le développement de la putréfaction; ces rougeurs existent quelquefois dans des artères entières, ou idans des portions d'artères qui ne contiennent pas de sang au moment où l'on en fait l'examen, tandis que d'autres artères qui contiennent beaucoup de sang ioffrent en même temps leur coloration normale. J'ai trouvé des rougeurs de icette espèce dans un très-grand nombre de cas. J'en ai vu dans les artères de membres qui avaient été le siège de phlegmons très-aigus, ou d'une phlébite avec production de pus. J'avoue donc que certaines rougeurs artérielles me «emblent assez raisonnablement devoir être attribuées h l'inflammation. Toutejfois je n'oserais affirmer que , même parmi les rougeurs artérielles qui se sont 'développées pendant la vie , il n'en est aucune qui ne soit l'effet de l'artérite. Tel est le résultat auquel m'ont conduit les recherches multipliées que j'ai faites en 1828 ; je l'expose de bonne foi, en faisant des vœux pour que de nouveaux faits ne tardent pas à dissiper complètement les obscurités d'un des Ipoints les plus importans de la pathologie.
I Lorsque les parois artérielles sont enflammées dans toute leur épaisseur , la i membrane externe est généralement rouge, et cette rougeur est ici le résultat |de la vive et riche injection des nombreux vaisseaux qui pénètrent de toutes parts dans cette membrane. On observe aussi quelquefois une légère infiltration I sanguine.
) ARTÉRITE.
Si l'inflammation de la membrane interne date d'un certain temps , non-seulement elle apparaît légèrement épaissie , mais encore elle a perdu de sa force de cohésion , et il est facile d'en détacher de larges lambeaux , ce qui tient sans doute, en partie, k ce que le tissu cellulaire sous jacent est devenu friable, cassant pour ainsi dire, par suite de l'inflammation dont il a été lui-même le siège. Ce qui vient d'être dit de la membrane interne est applicable aux autres membranes des artères. On sait que les ligatures , appliquées sur les artères , déterminent une inflammation qui n'amène la solution de continuité de toutes les parties qu'elle embrasse , qu'après les avoir ramollies , comme on dit , ou , ce qui est la même chose , qu'après avoir triomphé de leur force de résistance et de cohésion.
2° Ulcérations , perforations , indurations. — Quand l'inflammation se prolonge dans les artères , c'est-k-dire , quand l'artérite devient chronique , les parois artérielles s'altèrent de plus en plus profondément ; elles s'indurent , s'épaississent; quelquefois, au contraire, elles s'amincissent, s'ulcèrent, se perforent même complètement. Comme elles perdent en grande partie l'élasticité dont elles sont douées- k un degré si éminent, elles deviennent inhabiles krésister à l'efTort latéral du sang et se dilatent plus ou moins sous cet effort, ainsi que nous l'avons expliqué k l'article Anévrtsme. D'un autre côté, la perte de leur élasticité ne permettant plus aux artères de remplir le rôle qu'elles jouent normalement dans 1^ circulation , il en résulte de nouveaux accidens que nous signalerons plus bas. Insistons un moment ici sur les ulcérations des artères. Les ulcères artériels ne sont pas rares ; ils sont même beaucoup plus fréquens qu'on ne l'aurait pensé à priori, en réfléchissant que la membrane interne des artères a une grande analogie avec les membranes séreuses , membranes qui s'ulcèrent si rarement. Les ulcérations des artères présentent plusieurs variétés relativement à leur étendue, k leur forme, k leur profondeur et k leur nombre. Je n'ajouterai rien ici k ce que j'ai dit sur ces variétés, en m'occupant de celles de l'aorte, les seules que j'aie eu de très-fréquentes occasions d'observer. Les ulcérations artérielles sont susceptibles de cicatrisation. On trouve quelquefois dans les artères des espèces d'excavations , froncées k leur circonférence , tapissées par une membrane lisse qui ne paraît pas différer essentiellement de celle qui revêt le reste de la cavité artérielle ; il me paraît très-probable que ces excavations ne sont réellement que d'anciennes ulcérations cicatrisées. La membrane interne des artères est quelquefois décollée, dans une étendue plus ou moins considérable , autour des ulcérations dont ces vaisseaux peuvent être le siège. Il n'est pas très-i-are non plus de voir une certaine quantité de sanoinfiltrée au-dessous de la membrane ainsi décollée. Lorsque les membranes interne et moyenne ont été k la fois détruites par l'ulcération , le sang infiltré au-dessous de la membrane externe la soulève peu k peu, et c'est ainsi que se forment à la longue les tumeurs anévrysmales proprement dites , ou les anévrysmes par érosion , tels que les a décrits l'illustre Scarpa. Sous ce point de vue , l'artérite ne saurait trop fixer l'attention des médecins et des chirurgiens. Le secret, en effet , de prévenir un grand nombre d'anévrysmes consisterait k prévenir l'artérite elle-même , ou du moins k la guérir avant qu'elle n'eût entraîné k sa suite les altérations que nous venons de voir constituer, en quelque sorte, le premier degré de Tanévrysme, tel que le concevait le célèbre professeur de Pavie.
Les perforations par lesquelles peuvent se terminer les ulcérations artérielles ayant été examinées à l'article Anévrtsme, nous nous contenterons de les avoir indiquées ici. Il n'est pas nécessaire d'insister sur leur gravité, surtout quand elles affectent une artère d'un gros calibre. Celles de l'aorte , par exemple , sont ordinairement suivies d'une mort vraiment subite, et presque aussi rapide que la foudre.
B. Produits sécrétés par les artères enjlammées , et métamorphoses qu'ils subissent. — 1° Exsudation pseudo-membrdncuse. — L'artérite aiguë peut déterminer une exsudation plus ou moins abondante de matière plastique , coagulable , ûbrineuse , organisable , dans l'intérieur de la cavité de l'artère enflammée. Quoiqu'il soit plus rare de rencontrer des pseudo-membranes récentes dans les artères que dans les veines , néanmoins ce genre d'altération se présente quelquefois. J'en ai observé un exemple qui se trouve consigné dans le Traité des maladies du cœur etdes gros vaisseaux. Suivant M. Hodgsou, la quantité de lymphe coagulable épanchée peut être assez considérable pour oblitérer complètement des artères d'un très-gros calibre. Il dit avoir vu une oblitération de la sous-clavière gauche produite de cette manière. Le dernier numéro du Mémorial des hôpitaux du Midi, publié par M. Delpech , professeur k la Faculté de Montpellier , contient quelques cas d'artérites terminées par la formation de pseudomembranes de l'espèce que nous signalons ici (sur l'artérite et la gangrène momifque , par les professeurs Delpech et Dubreuil ; mai 1829). Les fausses membranes récentes sont comme collées plutôt que véritablement adhérentes à la membrane interne des artères. Au-dessous d'elles, cette membrane est ordinairement le siège de la rougeur que nous avons décrite plus haut. Si l'on ne rencontre pas plus souvent de ces pseudo-membranes, peutêtre cela dépend-il de ce que la matière plastique, à mesure qu'elle se forme, est entraînée dans l'onde sanguine qui frotte en se mouvant contre les parois intérieures des artères. D'après cette considération et quelques autres faciles k prévoir , ou conçoit qu'il doit arriver bien rarement que les artères d'un trèsgros calibre se trouvent oblitérées par une effusion de matière coagulable. Mais il peut se faire que l'inflammation détermine la coagulation du sang qui circule dans l'artère , et l'on explique alors facilement comment la matière sécrétée , jointe k la masse du coagulum sanguin , peut amener l'oblitération artérielle. Une oblitération de ce genre sera beaucoup plus facile dans les artères d'un petit calibre , et , par conséquent , dans les capillaires artériels
ARTERITE,
ARTÉRITË.
eux-mêmes. Il est vrai que jusqu'ici l'op n'a pas démontré expérimentalement cette oblitération des capillaires artériels. Si l'on y parvenait quelque jour , le système de l'obstruction , fruit de l'imagination de Boerhaave , ne serait plus aussi absurde qu'on se plaît à le répéter aujourd'hui.
2o Organisation de la pseudo-membrane ; ses transformations. — Quoi qu'il en soit, si la matière plastique ou coagulable reste adhérente à la membrane qui l'a sécrétée, elle est susceptible de s'organiser comme celle sécrétée par les membranes séreuses enflammées; comme celte dernière, elle peut, dans le cours de ses métamorphoses, off"nr les caractères du tissu séreux , des tissus fibreux, Obro-carlilagineux, cartilagineux, ou même se convertir en lames ou masses calcaires. Je pense quel'on doit, dansl'étatactuel de la science, considérer comme dusàces états divers de la matière plastique sécrétée, les points, les plaques, les stries blanchâtres ou jaunâtres que l'on rencontre si fréquemment à la surface interne des artères. J'ai examiné un nombre infini de fois ce genre d'altération dans l'aorte , et j'avoue que plus je l'examine , plus je me sens porté à lui attribuer la même origine qu'aux plaques blanchâtres , aux points cartilagineux , aux lames ou concrétions calcaires que l'on rencontre dans le péricarde , et dans d'autres membranes séreuses, à la suite des inflammations dites chroniques de ces membranes. La matière furfuracée, comme sablonneuse ou pulvérulente qui se trouve déposée sous forme de points , de plaques , d'iles, ou de traînées plus ou moins longues , s'enlève en partie , et quelquefois en totalité , par le raclement avec l'ongle ou le scalpel; mais les plaques ou lames fibreuses, fibro-cartilagineuses ou calcaires sont ordinairement tellement adhérentes à la membrane interne, qu'il est impossible de les en séparer ; dans plusieurs cas , il semble que ce soit cette membrane elle-même qui ait subi les transformations indiquées. Lorsque la surface interne des artères est le siège des altérations dont il s'agit , elle est inégale , rugueuse et comme raboteuse ; dans quelques cas, singulièrement accrues par une sorte de ciistallisation purement physique , les productions calcaires que nous avons signalées représentent des espèces de stalactites qui proéminent dans la cavité des artères.
Jusqu'ici nous n'avons parlé que des produits sécrétés à l'intérieur même des artères ; il nous reste maintenant à dire quelques mots de ceux qui sont déposés au-dessous de la membrane interne, entre elle et la membrane moyenne ou fibrineuse. Ce n'est plus une fausse membrane proprement dite que nous rencontrons ici, mais bien un véritable pus, ou cette matière athéromateuse de Scarpa, qui n'est elle-même qu'une variété de pus. J'ai cité, à l'article Aor.TiTE , un cas dans lequel M. Andral avait trouvé dans l'aorte divers foyers contenant du pus analogue à celui du phlegmon ; en parcourant , pour la composition de cet article ,• les observations que j'ai recueillies en 1828 sur les maladies des artères , j'en ai trouvé une qui appartient à la catégorie des altérations qui nous occupent. « Chez un individu sexagénaire qui succomba à une » grave affection de la vessie , nous rencontrâmes l'aorte dans l'état suivant : la » membrane interne , à l'origine de ce vaisseau , offi-ait une teinte rosacée, des » plaques calcaires existaient aux valvules aortiques ; dans tout le reste de son » étendue la membrane interne était parsemée et comme pavée de lames >i calcaires ou fibro-cartilagineuses plus ou moins proéminentes. On voyait n aussi le long de l'artère de petits dépôts purulens; la pression exercée sur ces
dépôts en faisait sortir un liquide que chacun des assistans reconnut pour du « véritable pus (au nombre de ces assistans se trouvait M. Mouret, observateur > très-habile, alors élève à la Charité, etaujourd'hui médecin dans les environs » de Soissons). »
La matière purulente, ou simplement puriforme, sécrétée au-dessous delà membrane interne, forme, en soulevant celle-ci, des espèces de pustules dont la rupture , soit par distension , soit par érosion , me parait être la première origine de plusieurs des ulcérations qui existent quelquefois à l'intérieur de l'aorte.
Quoi qu'il en soit de cette opinion , ce n'est que dans le plus petit nombre des cas que la matière sécrétée en dehors de la membrane interne se fait jour dans la cavité des artères. Elle reste ordinairement dans les points où elle a été déposée , et c'est elle , si je ne me trompe, qui , par une suite de métamorphoses, comparables à celles de la matière sécrétée à l'intérieur même de l'artère , produit ces lames , ces plaques , ces points, ces concrétions que l'on rencontre, non plus à la surface même de la membrane interne ou dans son épaisseur , mais bien entre cette membrane et la moyenne. Les concrétions calcaires , formées au-dessous de la membrane interne , la soulèvent quelquefois la déchirent en quelque sorte pour faire saillie à l'intérieur de l'artère. Les espèces de fissures qui résultent de cette circonstance sont suivies , selon l'opinion de quelques palhologistes, de la formation d'une tumeur anévrysmale. Enfin il est des cas où les membranes interne et moyenne des artères sont totalement transformées en matière calcaire, et représentent une sorte de tuyau inflexible qu'on pourrait , jusqu'à un certain point, comparer à un tuyau de pipe , quand la cavité artérielle persiste encore , et à une branche de corail , lorsque celte cavité a disparu, ainsi que cela s'observe quelquefois. Je conviendrai volontiers que , dans les cas de celte espèce, l'inflammation, surtout telle que la conçoivent certains palhologistes , paraît, au premier abord, tout-à-fait étrangère à la dégénérescence artérielle ; cependant nous sommes forcés de rattacher cette dégénérescence aux suites que peut entraîner une artérite chronique , lente , jusqu'à ce qu'on ait démontré par des faits incontestables que les causes sous l'influence desquelles la dégénérescence indiquée s'opère , difi"èrent essentiellement de celles qui déterminent une irritation chronique des artères.
Je n'ai jamais rencontré de véritable cancer dans les artères. Elles sont quelquefois parsemées de points ou de petites plaques noirâtres analogues à la pro-
duction décrite sous le nom de mélanose ; mais quiconque examinera avec soin | l'altération dont il s'agit ne tardera pas à se convaincre qu'elle n'est autre chose qu'une portion de sang , dont la matière colorante rouge est passée à rétatnoir (nous avons dit plus haut qu'une certaine quantité de ce liquide pouvait s'infiltrer au-dessous de la membrane interne ). Je me suis surtout bien assuré de la vérité de cette opinion , dans un cas où l'on voyait la matière qui formait une plaque ardoisée , mélanique , se perdre par une sorte de dégradation dans une autre plaque produite par du sang conservant encore sa couleur rouge. Dan» ce cas , il y avait à l'intérieur de l'aorte , ainsi mélanosée, une autre plaque entièrement rouge, et tout-à-fait analogue à une ecchymose. Je présume que si le sujet eût vécu plus long-temps , la couleur rouge aurait fait place à une teinte noirâtre , et qu'il en serait résulté une sorte de tapis noir, tout-à-fait semblable à une couche de ce qu'on a décrit sous le titre de mélanose infiltrée.
Il n'est pas facile d'analyser ce qui se passe dans le mécanisme de la génération, de l'évolution et de la nutrition de plusieurs des produits que nous venons de décrire; l'obscurité qui règne sur la formation et le développement j de ces produits, je dirai presque de ces organes accidentels, se retrouve quand 1 il s'agit de la formation , de l'évolution et de la nutrition des organes normaux. Il ne paraît pas , d'ailleurs, qu'il y ait des diff'érences bien essentielles entre lês ! lois qui président aux formations d'origine morbide, et celles qui régissent le» [ formations d'origine normale ; seulement, dans le premier cas , la matière organisable se trouve sécrétée dans des points où elle ne se dépose pas normalement, et elle ne s'y organise qu'autant qu'elle y trouve des conditions favorablei.
Quoi qu'il en soit , nous répéterons que nous ne confondons point l'opératiou par laquelle s'organisent et croissent ensuite les produits sécrétés , avec l'inflammation elle-même, pas plus que nous ne confondons avec cette maladie la nutrition ordinaire, dont elle est une modification, une lésion.
Les lésions de structure que nous venons de parcourir entraînent souvent des changemens dans la forme normale des artères. C'est ainsi que ces vaisseaux peuvent être rétrécis ou oblitérés par la déposition continuelle de matières accidentelles dans leur cavité ou dans l'épaisseur même de leurs parois. Le rétrécissement des orifices artériels du cœur dépend ordinairement d'une cause de ! cette espèce.
L'oblitération peut encore s'opérer dans les cas d'exsudation pseudo membraneuse, par l'agglutination des surfaces opposées de la circonférence intérieure des artères ; de là , dans certains cas , la transformation des artères en cordons ligamenteux.
Les lésions qui viennent d'être décrites se rencontrent plus fréquemment dans le système artériel aortique que dans le système artériel pulmonaire. La fréquence de ces lésions n'est pas , d'ailleurs , la même dans les différentes portions du système aortique. On les trouve plus souvent dans l'aorte elle-même que partout ailleurs; elles ne sont pas rares dans les artères cérébrales ; elles sont plus communes dans les artères des membres inférieurs que dans celles de» supérieurs.
Il est probable que, dans la plupart des cas d'artérite intense et très-étendue, le sang contenu dans les artères enflammées , et par suite la masse du sang elle-même, éprouvent des altérations plus ou moins profondes. Nous avons déjà dit que ce liquide pouvait se coaguler dans l'artère enflammée, et que la matière sécrétée à l'intérieur de celle-ci devait se mêler au sang et circuler avec lui, soit en nature, comme le présumait Bichat, soit dans un état de décomposition. Quant aux autres altérations que le sang peut subir dans les cas qui nous occupent , nous ne possédons sur elles aucune connaissance positive , et nous nous bornerons ici à en recommander l'étude aux vrais observateurs.
Avant de terminer ce paragraphe , nous dirons que , pour rencontrer sur le cadavre les diverses lésions qui viennent d'être signalées, il faut que l'artérite ait été très-aiguë ou prolongée. Nous regardons comme un fait incontestable qu'il peut exister pendant la vie des signes d'une irritation légère du système artériel, sans que l'on trouve après la mort des altérations notables dans ce système. C'est surtout ce qui arrive dans les irritations sympathiques du système artériel , telles que nous les observons dans la plupart des phlegmasies aiguë» des principaux viscères. Il importe beaucoup de ne pas perdre de vue cette vérité. Sans doute, il n'y a point de lésion fonctionnelle sans une lésion quelconque des organes; mais cette dernière se dérobe quelquefois à nos moyen» actuels d'exploration. On dit alors (jue la lésion est purement nerveuse ou dynamique. D'ailleurs , pour être nerveuse, la lésion n'en est pas moins dans le domaine de l'organisation , car aucun phénomène morbide ne peut se passer hors de ce domaine.
§. II. Caractères physiologiques, ou symptômes de l'artérite. — Les symptôme» de l'artérite varient comme les lésions anatomiques dont ils ne sont que l'expression ou la traduction.
lo Symptômes de t artérite , dans la période d'irritation. — Ces symptôme» sont l'augmentation de la force des baltemens artériels , un sentiment de chaleur et de malaise dans la région qu'occupe l'artère enflammée. Lorsque l'irritation artérielle est générale , elle se lie à celle du cœur, et comme l'a remarqué le célèbre J.-P. Franck, on observe alors les divers symptômes à la collection desquels les palhologistes qui nous ont précédés ont donné le nom de fièvres inflammatoire, vasculaire , angio-ténique. Je crois devoir me borner ici à l'indication de cette opinion que j'ai longuement discutée dans le Traité cliniqu» et expérimental des Jièvres essentielles , et sur laquelle on reviendra à l'ai'ticle Fièvre de ce dictionnaire.
Les pulsations vives et fortes que nous offrent les artères voisines d'un panaris très-aigu sont l'image de celles qui caractérisent l'irritation artérielle en général.
ARTÉRITE.
ARTHRITE
Les phénomènes de l'irritation des réseaux capillaires artériels se confondent •op intimement avecceuxde l'inflammation considérée d'une manière abstraite, our que nous en fassions ici l'exposition. ( Fojez Inflammation.) L'examen du pouls , qui, depuis tant de siècles , est destiné principalement nous instruire de la présence ou de l'absence de la fièvre, doit aujourd'hui ervir à nous éclairer sur l'existence ou la non-exislence d'une irritation des rtéres' et du cœur. La fièvre , si je ne me trompe , n'est réellement que la reirésentation et pour ainsi dire l'ombre de cette irritation.
Nous savons cju'il peut arriver que, dans la période qui nous occupe, un panchement plastique ou une coagulation du sang soient suivis de l'oblitéraion de l'artère à l'intérieur de laquelle ils s'opèrent. Dans ce cas , la circula- [ion du sang rouge continuera ordinairement, par l'intermédiaire des arlères ollatérales , dans les parties où se distribue celle qui est oblitérée. Toutefois, jette circulation collatérale , dont la nature n'a pas eu en quelque sorte le emps de préparer les voies , peut être insuffisante pour entretenir la vie dans es parties indi<juées. On pense assez généralement aujourd'hui que plusieurs as de gangrène improprement appelée sénile dépendent d'une oblitération de ette espèce. Plusieurs faits observés dans ces derniers temps paraissent déposer n faveur de cette opinion. Si l'oblitération s'étend à. un grand nombre d'arères capillaires , la grangrène en sera d'autant plus inévitable. L'un de nos colaborateurs , mon savant ami le docteur Roche, est, je crois , le premier qui lit signalé formellement Tinfluence qu'exerce l'artérite sur la production de la jangrène appele'e sénile : L'artérite, dit-il (^Noiw. EUm. de paihol. médicochiru?'., tom. I, pag. 220), produit assez souvent la gangrène des parties auxquelles l'artère enflammée se distribue , et parmi les gangrènes séniles des auteurs , il en est un grand nombre qui reconnaissent pour cause cette in- ) flammation. Mais nous sommes loin de prétendre que toutes les artérites ) soient des causes de gangrène , et encore moins que toutes les gangrènes > soient dues à cette plilegmasie. »
En se généralisant , l'irritation artérielle partielle détermine les phénomènes fébriles, et si une certaine quantité de matière purulente roule dans le torrent sanguin , il en résulte dans diverses sécrétions des altérations que nous décrirons ailleurs. ( F^oj-ez Crises.) La présence du pus produit aussi d'autres accidens qui seront étudiés à l'article Phlébite.
2° Symptômes des diverses d,'-génèi esceiices artérielles rapporiéi's à l'artérite phronique. — Le diagnostic de l'artérite appelée chronique est, en général, hérissé des plus grandes difficultés. Les ulcérations ne donnent lieu à aucun phénomène remarquable , qu'au moment où elles se terminent par la perforation , ou que dans les cas où elles sont suivies de la formation d'une tumeur ^névrysmale. Lorsque les artères sont en grande partie ou presque en totalité converties en substance terreuse , calcaire , etc. , la circulation doit y être plus bu moins entravée. Mais , comme la plupart de ces artères sont inaccessibles à nos sens 5 nous ne pouvons recueillir aucun signe direct de cette dégénérescence. Ou a considéré l'ossification des artères comme pouvant donner lieu à la gangrène sénile. Il n'est pas extrêmement rare, en effet, de rencontrer les artères ossifiées chez certains individus affectés de cette gangrène. D'un autre côté, cette ossification s'observe très-fréquemment sans qu'il ait existé de gangrène. Dans les cas où j'ai vu cette grangrène coexister avec une ossification .des arlères , ces vaisseaux étaient en même temps plus ou moins complètement bblitérés par de longs caillots de sang. Je crois que cette circonstance joue un f'ôle important dans le développement de la gangrène. On conçoit , du reste, que l'ossification des artères favorise la formation des concrétions sanguines en ralcLtissant le cours du sang. Ainsi donc , dans tous les cas de gangrène dite sénile , il importe d'examiner les artères qui se distribuent dans la partie gangrénée , attendu que leurs lésions peuvent être la cause réelle et prochaine de la gangrène observée. On reconnaît quelquefois par le toucher la dégénérescence de certaines artères superficiellement situées. C'est ainsi , par exemple , qu'en tàtant le pouls de quelques individus j'ai trouvé l'artère radiale dure comme un tube de verre , inégale , inflexible , incompressible.
Je me bornerai à ces réflexions sur les symptômes et le diagnostic de l'artérite chronique ; mais je ne terminerai pas sans faire remarquer que les altérations que l'on désigne sous ce nom , ne doivent pas être négligées quand il s'agit d'examiner les causes prochaines ou éloignées d'un grand nombre d'hémorrhatgies. C'est ainsi que dans un travail publié dans le tome 9 des Mémoires de la [Société médicale d'émulation, je crois avoir prouvé par des faits que l'apoplexie proprement dite, ou l'hémorrhagie cérébrale, dépendait souvent des altérations qu'amène à sa suite une inflammation chronique des artères de la base du crâne et de leurs ramifications, {^oj-ez Akévrysme, Hémorrhacie.)
§. III. Des causes de Vartérile. — On doit placer parmi les causes de l'artérite générale ou partielle , les violences extérieures, les plaies, les blessures , les opérations chirurgicales , une chaleur excessive et prolongée, certains agens chimiques introduits dans le système circulatoire, les exercices fatigans et continus , les boissons excitantes, prises en trop grande quantité, l'abus des liqueurs spiritueuses. Si l'on voulait, au reste, faire une énumération complète des causes de l'artérite, il faudrait indiquer toutes celles qui peuvent produire les autres inflammations en général. C'est pourquoi, pour éviter d'inutiles répétitions, nous ne signalons ici que les principales , renvoyant pour les autres à l'article Inflammation.
Nous ferons remarquer que les causes fraumatiques déterminent l'artérite bien moins fréquemment que la phlébite , si l'on n'admet l'existence de la première que dans les cas où l'on rencontre des lésions très-évidentes des parois artérielles; d'un autre côté , s'il était reconnu que la fièvre qui accompagne si souvent les grandes blessures et les graves opérations de la chirurgie, et qu'on
DiCT. DÇ MÉDECINE ET DE ClIIRCRGIE PRATIQUES.
appelle traumatique, suppose un degré quelconque d'irritation du système artériel , rien ne serait plus commun qu'une irritation de cette espèce.
§. IV. Traitement de l'artérite. — 1° Artéritc aiguë. — Jusqu'ici on n'a guère employé contre l'artérite aiguë , soit générale, soit partielle , que les moyens doilt l'ensemble constitue la méthode anliphlogislique commune, tels que les saignées générales et capillaires, la diète, les boissons rafraîchissantes, acidulés, délayantes, les lavemens émoUiens, etc.
Comme les irritations artérielles générales sont ordinairement sympathiques d'une phlegmasie viscérale , leur traitement se confond en quelque sorte avec celui de celte phlegmasie. Quand elles sont consécutives 'a une grande opération chirurgicale, telle qu'une amputation, la plaie qui succède à cette dernière doit sans doute fixer sérieusement l'attention du praticien ; néanmoins il faut bien se garder de négliger les phlegmasies veineuses ou artérielles qui peuvent en être la suite. Ces phlegmasies réclament des soins d'autant plus pressans , que c'est ordinairement à cette funeste complication et à ses suites que succombent les opérés.
Ce qui paraît principalement constituer le danger des phlegmasies vascnlaires, en général, c'est la circulation dans le sang, de la matière purulente dont ces phlegmasies déterminent quelquefois la sécrétion. Comme c'est pins particulièrement dans l'inflammation des veines que se développent les accidens dus à la présence de cette matière dans le torrent circulatoire, j'ai deja dit qu'on y reviendrait plus en détail à l'article Phlébite. On examinera alors par quelles voies le système sanguin élimine ou tend à éliminer l'espèce de corps étranger qu'il contient, et l'on exposera les moyens que l'art doit employer pour seconder la nature.
Quand l'artérite est bornée aune seule artère, son traitement consiste presque exclusivement dans l'emploi des saignées locales et des topiques «.■molliens; il est rare, d'ailleurs , qu'on l'observe indépendamment d'une plilegmasie de la partie que traverse l'artère malade.
2° Artérite chronique. On ne possède aucun moyen de rendre aux pavois artérielles l'organisation normale qu'elles peuvent avoir perdue par suite d une irritation lente et prolongée. Les ulcérations se cicatrisent quelquefois par le seul bénéfice de la nature. Des soins hygiéniques multipliés sont les seules ressources que possède la médecine contre les dégénérescences des parois artérielles. S'il survient des tumeurs anévrysmales , des affections gangreneuses, i faufrecourir à des moyens chirurgicaux, dont les uns ont été indiqués à 1 article Akévrysme , et dont les autres le seront aux articles Gangrené , Hemorrhaoie.
On voit par ce qui vient d'être dit dans cet article , combien est importante l'histoire des phlegmasies artérielles ; faisons des vœux pour que les observateurs et les praticiens ne tardent pas a remplir les lacunes que présente encore cette grande division du domaine de la pathologie. (J • Bouillacd.)
ARTHRITE , s. f., arthritis, inflammation des articulations. Si , comme le pensent plusieurs auteurs modernes, Yarlhriie traumatique , le ihumatisme articulaire et la goutte, occupent les mêmes tissus, si leur nature est la même , si les mêmes causes peuvent les produire , si leurs symptômes ne présentent que des différences légères, si enfin elles cèdent souvent au même traitement , il faut en conclure, sans doute , que ces trois affections, décrites séparément dans les auteurs , n'en forment réellement qu'une , et doivent être confondues sous la même dénomination. Mais, quoiqu'elles occupent les mêmes tissus, s i est loin d'être démontré qu'elles soient de même nature , si , comme le soutiennent beaucoup d'autres écrivains, bien que pouvant naître sous l'influence des mêmes causes , chacune d'elles en reconnaît cependant de spéciales dans le plus grand nombre des cas ; si malgré la ressemblance de leurs symptômes il existe pourtant entre elles des différences dont on ne peut se rendre compte , dans l'hypothèse que ce sont des maladies de nature identique ; si enfin certains modes de ti aitement , applicables à l'une avec succès, ne peuvent souvent être employés contre les deux autres sans danger, on doit regarder Varihnte traumatique, le rhumatisme articulaire et \a goutte comme trois maladies distinctes, que, malgré leurs analogies, on ne saurait confondre dans la même étude. Nous voilà donc arrêtés dès les premiers pas dans l'histoire de l'arthrite par une grande difficulté. Adoptant la première des deux opinions que nous venons d'exposer, embrasserons-nous dans une description commune , et comme ne formant qu'une seule et même maladie, la goutte, le rhumatisme articulaire et l'arthrite traumatique ; ou bien , nous rangeant à l'avis contraire , decnronsnous séparément ces trois maladies ? Il nous est impossible de passer outre avant d'avoir discuté ces opinions. Aussi bien, en adoptant immédiatement l'une, nous n'en devrions pas moins faire connaître nos motifs de préférence pour elle et nos raisons de rejeter l'autre , et par conséquent il nous faudrait toujours apprécier, déterminer, comparer la valeur scientifique de toutes deux. Puis donc que la discussion est inévitable, essayons d'exposer les faits qui doivent lui servir de base , sans idée préconçue , comme s'ils se présentaient pour la première fois à notre examen, et disposés à en accepter indifféremment les conséquences quelles qu'elles soient.
'Voyons d'abord quelles sont les causes de l'arthrite en général. Ce sont , d'une part, toutes les violences extérieures, telles que les coups, les chutes sur les articulations, leur distension , les luxations et les plaies articulaires; de l'autre, tout ce qui a pour effet de supprimer la sueur des pieds ou des autres partips du corps, tout ce qui peut faire disparaître brusquement une dartre, un érysipèle, arrêter un écoulement blennorrhagique , une hémorrhagie habituelle, et, à plus forte raison, les règles, suspendre la suppuration d'une plaie ou celle d'un cautère ou d'un vésicatoire , enfin , le froid humide , en troisième lieu , l'usage des alimens acres, fumés , salés, épicés, celui des li-
ARTHRITE
ARTHRITE
queurs spiritiienses, toutes les irritations prolongées de la membrane muqueuse gastro-intestinale (quibusjehres longœ , his tuhercula ad arliculos, aul chlores Jiunt, Hippocrate) ; enfin, une nourriture trop abondante et surtout trop succulente.
Or, en étudiant le mode d'action de ces causes, on ne tarda pas à s'apercevoir que les unes peuvent faire naître les phlegmasies articulaires sur tous les individus indistinctement, quels que soient leur âge, leur sexe, leur tempérament, leur manière de vivre, etc. , telles sont les causes mécaniques; que d'autres , pour produire leurs efTets^ ont besoin du concours de certaines conditions d'organisation chez les individus qu'elles frappent, conditions dont les principales consistent dans l'âge adulte , un tempérament sanguin ou pléthorique , une hématose très-active, de l'embonpoint, des formes robustes, une irritabilité très-grande de la peau et du système fibreux articulaire [prédisposition, causes prédisposantes] • enfin qu'il en est un certain nombre dont la manière d'agir est analogue à celle des causes prédisposantes dont nous venons de parler , et qui seules , sans le concours d'aucune autre , peuvent produire l'arthrile. On remarque, en d'autres termes, que, parmi les maladies articulaires, quelquesunes se développent constamment sous l'influence exclusive de causes externes ; d'autres exigent pour leur production le concours indispensable de causes externes et de causes internes, et plusieurs naissent de l'action de causes internes seulement. Les premières constituent rar//irùe trawnatique , les secondes le rhumatisme articulaire, et les troisièmes \at goutte. D'où il suit, qu'à chacun des trois ordres de causes de l'artrite correspond une forme particulière de celte maladie.
Tel est le principal fait qui ressort de l'étude générale des causes des affections articulaires. Il tend , comme on le voit, à établir entre l'arthrite traumatique , le rhumatisme et la goutte , une distinction profonde, puisqu'elle semble reposer sur la nature même de ces maladies. L'étude et la comparaison des symptômes viendront-elles confirmer ou détruire cette première donnée ?
Examinons premièrement quels sont les caractères comraunsàces trois maladies ou à ces trois formes d'une même maladie. Quand l'arthrite est algue, quelle que soit la nature des causes sous l'influence desquelles elle s'est développée, elle présente toujours les symptômes suivans : douleur , gonflement et chaleur de l'articulation malade, et quelquefois coloration rosée de la peau qui la recouvre, mouvemens de cette partie difficiles et p^irfois même impossibles ; enfin réaction sur les voies digestives , le cœur, et quelquefois l'encéphale, d'où résultent la perte d'appétit, la soif, les nausées , les vomissemens , l'accélération du pouls, l'accroissement de la chaleur de la peau, l'injection de la face et des yeux , la céphalalgie et le délire. Quand l'arthrite est chronique , les seuls signes constans et communs aux trois formes de la maladie sont la douleur et la gêne des mouvemens; il n'y a pas de réaction sur les organes éloignés, et la chaleur et la tuméfaction locales n'existent pas ou sont à peine prononcées.
A ce petit nombre de points se borne la ressemblance qu'on remarque entre l'arthrite traumatique , le rhumatisme articulaire, et la goutte. Les différences qui les séparent sont bien autrement nombreuses. Ainsi, l'arthrite traumatique est toujours bornée à l'articulation sur laquelle la cause a agi ; le rhumatisme articulaire occupe presque constamment plusieurs articulations à-la-fois; la goutte se confond avec le rhumatisme sous ce dernier rapport. L'arthrite traumatique n'abandonne pas l'articulation dans laquelle elle s'est développée pour en envahir une autre; le rhumatisme articulaire et la goutte se déplacent au contraire avec la plus grande facilité. L'arthrite traumatique est continue ; le rhumatisme est souvent intermittent ; mais alors même qu'il ne l'est pas , il n'a pas la marche régulière de l'arthrite traumatique; il cesse et reparaît, diminue et se ranime tour à tour plusieurs fois dans le cours de la maladie; la goutte prend par accès ; chaque accès dure ordinairement six à huit heures et redouble un peu le soir; après un certain nombre d'accès la maladie cesse pour reparaître au bout de quelques jours , en suivant à peu près la même marche que dans l'attaque précédente. L'arthrite traumatique suit en général trèsrégulièrement la marche d'accroissement d'état et de déclin, commune k la plupart des phlegmasies; le ihumatisme a souvent, dès le début, ou acquiert très-rapidement son plus haut degré d'intensité, et sa guérison est fréquemment aussi brusque que son invasion; les accès de goutte vont en décroissant en intensité, le premier est le plus fort et le dernier le plus faible. Enfin, l'arthrite traumatique n'a aucune tendance à la récidive , et il faut un nouvel accident pour la reproduire; le rhumatisme articulaire tend au contraire toujours à reparaître, parce qu'il a un de ses élémens d'existence dans la constitution même passagère o'e l'individu ; il faut cependant encore qnc les causes se renouvellent pour qu'il récidive , et les exemples sont fréquens d'individus qui n'en ont qu'une seule atteinte dans toute leur vie; la goutte se reproduit très-souvent sans cause occasionellc, par cela seul qu'on en a déjà éprouvé une attaque, et c'est une exception très-rare que de voir des individus n'eu être tourmentés qu'une seule fois dans leur vie.
La comparaison des symptômes et de la marche des différentes formes de l'arthrite nous conduit donc à la même conséquence que l'étude des causes de ces maladies. Toutefois, il faut remarquer qu'aucun des caractères différentiels que nous venons de trouver entre elles n'est pris dans leur nature même, tandis que leurs caractères communs paraissent reposer sur cette base. Ainsi on peut soutenir, avec quelque apparence de raison , qu'il importe fort peu que l'arthrite soit bornée à une seule articulation ou en occupe plusieurs , qu'elle soit fixe ou moblie, continue ou intermittente, régulière ou iriéguliere dans sa marche, etc., etc. , et qu'il suffit que, dans tous les cas et sous toutes les formcS; elle s'annonce p.ir de la douleur, du gonflement, de la chaleur et de
la rougueur lorsqu'elle est aiguë , pour en conclure que la nature de l'arthrite traumatique, du rhumatisme articulaire et delà goutte est identique et consiste dans une inflammation. L'anatomie pathologique serait donc ici d'un grand secours pour décider la question, mais malheureusement elle n'a jeté jusqu'à l ce jour que des lumières incertaines sur ce problème, et nous l'invoquerions en vain pour le résoudre. Mais , quelle que soit la force du dernier argument que nous venons de faire valoir en faveur de l'identité de nature de l'arthrite traumatique , du rhumatisme articulaire et de la goutte , il ne fait qu'affaiblir k nos yeux les conséquences que nous avons déduites de l'examen des causes et des symptômes de ces affections; il ne les renverse pas. Ces maladies diffèrent cela ne nous paraît pas douteux. Mais en quoi et jusqu'à quel point différentr elles? on ne saurait douter que l'arthrite traumatique consiste dans Vinflammation pure et simple des tissus fibreux et séreux qui concourent k former l'articulation , et l'on conçoit que cette inflammation doive rester locale comme sa cause , qu'elle soit fixe , continue , régulière, et non sujette k récidiver. 11 nous paraît certain que , dans le rhumatisme , outre Y inflammation articulaire, il existe une altération de sang qui tient même en partie celle-ci sous sa dépendance. On s'explique alors très-bien par cette hypothèse pourquoi l'invasion de cette maladie est si souvent précédée, pendant un certain temps, par des i malaises de toute espèce, par des congestions sur divers organes, des étourdissemens, des céphalalgies, des tintemens d'oreilles, des saignemens de nez, des chaleurs de la gorge, des palpitations, des oppressions, des hémorrhoïdes , etc. ; pourquoi le sang est presque constamment couenneux après la saignée; on s'explique l'extrême mobilité de la maladie, sa disparition instantanée d une articulation, son apparition subite dans une autre, sa dispersion sur plusieurs , la facilité avec laquelle elle envahit le tissu du cœur, son irrégularité, sa durée en général plus grande que la précédente. Enfin , nous pensons i que chez les goutteux, la texture des tissus articulaires est depuis long-temps i modifiée lorsque Vinflanimntion vient k les frapper, et que cette modification consiste en ce que ces tissus sont plus animalisés , doués de plus de vitalité quefi dans l'état ordinaire chez les autres hommes, enfin plus irritables que ne le* comporte la nature de leurs fonctions, et qu'en outre le sang est surchargé de;i matériaux nutritifs. Cela semble résulter du fait singulier de la prédilection presque exclusive de la goutte pour les gens riches, fait qu'on ne peut expli- i quer qu'en disant que l'alimentation trop succulente dont ils font usage sur- i charge le sang de matérianx nutritifs, suranimalise tous les tissus , et donne k par conséquent aux tissus articulaires un degré de sensibilité incompatible avec les fonctions entièrement passives qu'ils sont destinés k remplir autour des articulatiousr On se rend assez bien compte par cette étiologiede la difficulté extrême qu'on éprouve à déraciner la disposition goutteuse une fois qu'elle est établie , et de la tendance des attaques k récidiver. On voit comment l'exer-i cice , en dépensant le surcroît de matériaux nutritifs , devient nécessaire auxi goutteux, et pourquoi l'oisiveté leur est nuisible ; on y trouve la raison toute: naturelle de la présence de l'acide urique dans les tophus qui entourent les articulations, puisque l'urée est une des substances les plus animalisées de l'economie ; en un mot, tous les faits importans de l'histoire de la goutte sont expli- ] qués par cetle hypothèse , qui a aussi l'avantage de dissiper tout le mystère qui semble attaché k la nature de cette affection. Par tous ces motifs , et bien que la nature de l'arthrite traumatique, du rhumatisme articulaire et de la goutte soit en apparence identique , nous croyons devoir séparer ces affections et !( traiter de chacune d'elles isolément.
Si la longue discussion k laquelle nous venons de nous livrer ne devait avoir d'autre résultat que d'éclaircir un point de théorie, malgré notre conviction profonde de la grande influence qu'exercent les théories sur l'application ou la pratique, nous ne lui aurions pas donné place dans ce Dictionnaire ; mais nous espérons pouvoir en faire jaillir quelques vérités pratiques importantes, et nous justifier ainsi de lui avoir consacré quelques pages. ' Le caractère inflammatoire étant commun aux trois formes de l'arthrite, il suit sans doute de là que le traitement antiphlogistique leur estapplicable k toutes trois. Mais ce traitement ne saurait leur convenir k un égal degré ; principal et unique moyen de guérison pour la première, il a besoin, le plus communément, pour être efficace contre la seconde , du concours d'autres médications dont l'utilité est beaucoup plus grande que la sienne, et il ne devient plus qu'agent trèssecondaire de la guérisondans la troisième. Enfin, ce traitement lui-même subit i des modifications dans chacune d'elles, soit dans le choix des moyens, soit dans leur application. Or, la théorie prévoit toutes ces conséquences pratiques; elleles justifie, leur donne l'autorité scientifique etles érige en préceptes; il n'était donc pas inutile de l'exposer. Enfin , l'expérience vient confirmer ses résultats. i
En effet, l'arthrite traumatique étant locale comme sa cause, un traitement i local doit suffire en général k sa guérison : des applications de sangsues , des topiques émollients ou résolutifs, en devront être les principaux , et souvent les uniques moyens ; c'est ce que l'expérience confirme complètement. Et telle ' e.st même la rigueur de cette conséquence, que lorsqu'une arthrite traumatique ne cède pas , dans un temps déterminé , k ces moyens convenablement ■ employés , on peut en conclure hardiment qu'une cause générale inhérente k i l'individu et qu'il importe de déterminer s'oppose k la guérison. Cette phieg- , masie étant en outre continue et fixe , on doit pouvoir, sans crainte de la voir i envahir un organe intérieur, tenter de la faire avorter dès le début , et quelle I que soit sou intensité , par des topiques répercussifs , tels que l'application du I froid, et l'expérience est encore ici d'accord avec la prévision théorique. Enfin, I l'arthrite trauraati([ue n'ayant aucune tendance k récidiver, rien n'indique le besoin de précautions hygiéniques pour la prévenir ; chacun sent combien elles seraient superflues.