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ASPERGE

nécessaire. Il est des individus chez lesquels cette opération a été pratiquée vingt, trente, cinquante, quatre-vingts fois et même plus. La facilité avec laquelle l'ascite se reproduit et presque incroyable, est la sérosité qu'on a retirée, par des paracentèses multipliées , du ventre de quelques ascitiques s'élève à une quantité prodigieuse.

On pourrait employer les purgatifs violens, les diurétiques et les sudorifiques, les mercuriaux, dans les cas que nous étudions ; mais la paracentèse est bien préféi-able à tous ces moyens. Outre qu'ils ne font pas constamment disparaître l'ascite , vu l'obstacle qui s'oppose à la résorption du liquide , ils peuvent déterminer des accideus très-graves. Je sais bien que des charlatans , comme aussi des médecins trés-éclairés et très-recommandables , ont guéri par les médicamens dont il s'agit et spécialement par les drastiques , les ascites les plus rebelles ; mais l'espèce de ces ascites n'est pas bien précisée, et je pense qu'une telle conduite thérapeutique , suivie dans tous les cas d'ascite indistinctement, pourrait entraîner les accidens les plus fâcheux. D'ailleurs, je le répète, il s'agit ici des ascites par obstacle à la circulation dans le tronc ou les principales branches de la veine-porte. Or, je le demande, que peuvent les purgatifs contre une cause de cette espèce ? Dans tous les cas où l'ascite ne se lie pas à un obstacle aussi évidemment au-dessus de la puissance de ces moyens et des autres indiqués ci-devant, je ne prétends pas que leur administration méthodique ne puisse opérer de bons effets , et loin de la condamner d'une manière absolue, je suis tenté de croire qu'on en a exagéré les inconvéuiens, en même temps qu'on a fermé les yeux sur les succès qui l'ont quelquefois couronnée. Mais il n'appartient qu'à une main habile, exercée et prudente , de se servir de ces instrumens en quelque sorte à double tranchant , toujoui's dangereux quand on les emploie mal à propos.

Je termine ici ce que j'avais à dire du traitement de l'ascite; ce n'est pas le lieu, ce me semble, de faire connaître les indications particulières que fournissent certaines altérations du sang, ou les maladies des organes centraux de la circulation, dont l'ascite et d'autres hydropisies ne sont qu'un symptôme ; ces indications seront exposées plus convenablement, soit aux articles où il sera traité des maladies qui les réclament, soit à l'article Htdropisie en général.

( J. BOUILLAUD

ASPARAGINE , substance solide que renferme l'asperge {asparagus officinalis), et qui en a été extraite pour la première fois par MM. Vauquelin et Robiquet, en faisant évaporer le suc exprimé de ses tiges. Purifiée par les moyens chimiques qui ne sont pas de notre sujet, l'asparagine se présente sous forme de cristaux rhomboïdaux , incolores, inodores, ayant une saveur fraîche et un peu nauséabonde. Il sont d'ailleurs solides et cassans , insolubles dans l'alcohol, mais assez solubles dans l'eau. La dissolution éprouvée par les réactifs ne se montre ni acide ni alcaline.

L'asparagine se trouve en fort petite quantité dans les asperges et, dit-on, aussi dans les pommes de terre ; elle offre une grande analogie si ce n'est même une parfaite identité avec VaLthéine ( vojez Guimauve ) ; sa rareté fait qu'on ne l'a point encore expérimentée comme agent médicamenteux ; et c'est par une pure supposition que quelques auteurs l'ont considérée comme la partie essentiellement agissante des asperges. {I^ojez ce mot.) (F. Ratier.)

ASPERGE. Jsparagus officinaiis . Hexand. monogyn.LiKW. asparaginées Jtjss. Dans cette plante deux parties sont à considérer : la racine qu'on a jadis vantée comme un puissant diurétique et qui figurait au rang des cinq racines apéritivcs majeures, et les jeunes pousses ou turions, qui sont employées comme substance alimentaire, et qui sont à la fois nourrissantes et de facile digestion.

L'analyse des turions, faite par MM. Robiquet et Vauquelin, y a montré, outre un peu de sucre, de mucilage et de mannite, un principe particulier auquel ils ont donné le nom d'asparagine. {Voyez ce m<ji.) Mais long-temps avant cette découverte , la plus simple observation avait signalé un fait remarquable , c'est l'odeur infecte et toute spéciale que les asperges, bien que peu odorantes par elle-mêmes, communiquentaux urines. Il n'en fallut pas davantage pour attribuer à cette substance une action directe sur les organes urinaires, et pour la faire entrer parmi les diurétiques les plus recommandés. On a même été, quoiqu'on ne dise pas l'origine de cette singulière opinion, jusqu'à vouloir faire passer l'aspei'ge pour aphrodisiaque. Il est bon d'observer de plus que la racine ne renferme point d'asparagine ni de mannite , ainsi que s'en est assuré le professeur Dulong, et que c'est précisément la racine qui figure dans les traités de matière médicale , tandis qu'il n'y est point parlé des turions.

En examinant sans prévention ce que rapportent les divers auteurs à ce sujet, il est facile de reconnaître qu'aucun d'eux n'a jugé convenable de vérifier par l'expérience les données transmises par la tradition. Ceux qui procèdent de cette manière ont pu constater, comme nous l'avons fait tout récemment encore dans des essais auxquels nous nous sommes soumis nous-mêmes : 1° que la sécrétion urinaire n'est point augmentée par l'usage des asperges , bien que l'odeur de son produit soit singulièrement modifiée pendant un temps assez long (vingt-quatre et même trente-six heures après l'ingestion); 2» que les urines ne présentent pas de différcncés dans leur aspect extérieur , qu'elles ne sont ni plus rouges ni plus épaisses que dans l'état naturel; 3° que,la décoction de la racine, bue à la dose ordinairement employée (deux onces pour une pinte d'eau ) , ne fait pas plus uriner qu'une égale quantité de boisson purement aqueuse , et ne communique pas aux urines d'odeur sensible.

D'ailleurs , sous le point de vue physiologique, l'odeur que présente constamment l'urine des personnes qui ont mangé des asperges constitue un fait curieux et inexplicable. Un seul fait analogue se trouve dans l'odeur de violette que communique aux urines l.i térébenthine , soit qu'on en ait usé intérieure- «lent, soit qu'on en ait seulement respiré les émanations. Sans doute il est

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évident que ces deux substances modifient diversement le produit delà sécrétion rénale ; mais c'est aller contre l'expérience, que de dire qu'elles en accroissent la proportion, et de- vouloir par conséquent les classer parmi les diurétiques dont le résultat en définitive doit être d'augmenter la quantité de liquide excrète par l'action des reins. ( yojez Diurétiqtje. )

Il serait intéressant d'analyser l'urine après l'usage des asperges et après celui de la térébenthine , afin d'y rechercher la cause de l'odeur particuhère qu'elle présente dans ces deux cas. Il est probable que c'est à l'action organique qu'est dû le développement du principe odorant, car il ne se manifeste pas dans un mélange d'urine et de suc d'asperges ou de thérébentine. Mais la découverte même de ce principe porterait peu de lumières sur la question de savoir si l'asperge est ou non diurétique, question qui peut être facilement résolue d'une autre manière.

Ce médicament a d'ailleurs beaucoup perdu de son ancienne réputation , et les praticiens de nos jours qui le considèrent encore comme apéritif et diurétique ne le comptent plus que parmi les plus faibles , et ne l'administrent qu'accompagné de substances plus actives. C'est la racine qu'ils emploient en décoction aqueuse et à la dose d'une à deux onces par pinte d'eau. Nous l'avons vu donner à dose double et triple sans inconvénient comme sans effet thérapeutique. Jamais surtout nous n'avons eu l'occasion d'observer l'hématurie , qui, suivant quelques compilateurs, a été quelquefois la conséquence de son administration. Nous n'avons trouvé nulle part qu'on se soit servi des turions autrement que comme substance nourrissante. ( F. Ratier.)

ASPHYXIE. {Physiologie path. et médecine légale.) Si l'on avait égard à' l'étymologie de cette dénomination , on entendrait sous le nom d'asphyxie cet état dans lequel il y a absence de pouls, et par conséquent cessation des fonctions du cœur; la syncope et l'asphyxie deviendraient synonymes. Il n'en est pas ainsi : l'asphyxie doit être définie la suspension des phénomènes de la respiration, survenant primitivement, pouvant entraîner celle de toutes les fonctions, et par suite la mort.

Cet état peut reconnaître un grand nombre de causes que la plupart des auteurs ont rapportées à trois chefs principaux ; 1" asphyxies par défaut d'air ; 2o asphyxies par un airimpropre à la respiration , mais n'exerçant pas d'action délétère sur l'économie; 3° asphyxies par les gaz délétères. Celte division embrasse, il est vrai, toutes les espèces d'asphyxies, mais elle me paraît confondre deux genres de mort tout-à fait opposés. Du moment qu'un corps est délétère par lui-même, il agit sur l'économie et amène la mort à la manière des poisons, c'est-à-dire, par une action spéciale. 11 peut faire périr l'homme , quoique l'homme respire de l'air. C'est le plus souvent en exerçant une influence délétère sur le système nerveux ou sur le sang, qu'il tue les animaux; et par conséquent, dans ce cas, la mort ne doit pas être regardée comme une asphyxie, mais bien comme un empoisonnement ; aussi je crois devoir retrancher de cet article tout ce qui regarde les gaz délétères, dont il sera traité d'une manière spéciale à l'article Gaz (médecine légale.) On pourra m'objecter que d'après cette manière de voir , qui du reste est aussi celle de plusieurs auteurs , il faudrait décrire isolément les asphysies par submersion et par suspension dans lesquelles la mort est due soit à une syncope , soit à une apoplexie ou à un engorgement apoplectique; ce raisonnement serait juste , mais il conduirait à isoler des sujets qui se rapprochent trop les uns desautres , et présenterait, par cela même, un inconvénient grave. La section que j'adopte m'en paraît exempte, et elle offre l'avantage d'être plus conséquente , si ce n'est tout-à fait exacte.

Dans l'article Asphyxie du Dictionnaire des sciences médicales , M. Savary a adopté une classification un peu détaillée, mais- à laquelle se rattachent toutes les causes de cette maladie. Je crois devoir l'adopter en y apportant quelques légères modifications , parce que je pense que de l'examen des causes d'une maladie découle fréquemment les moyens thérapeutiques qui doivent lui être appropriés. Mais dans la crainte que des divisions et subdivisions assez nombreuses ne m'entraînent à des répétitions, je rassemblerai dans des notions générales un grand nombre de faits communs à des asphyxies, dépendant de plusieurs causes différentes.

Classification. — L'asphyxie peut avoir lieu ou par cessation primitive des phénomènes mécaniques de la respiration, ou par cessation primitive des phénomènes chimiques. Au premier chef se rattache l'asphyxie résultant de l'inaction des muscles inspirateurs, ou dudéfautde l'expansion passive des poumons, les muscles inspirateurs pouvantencoreagir. L'aspiiyxie résultant de l'inaclioa des muscles inspirateurs peut reconnaître pour causes: 1° un obstacle mécanique appliqué à ces muscles ; c'est le cas d'un individu qui se trouve placé au milieu d'un éboulement, et chez lequel les muscles de la poitrine sont comprimés soit par une pression exercée sur la poitrine, soit par une pression exercée sur l'abdomen ; 2«> un défaut d'influence nerveuse à l'égard de ces muscles : la section de la moelle épinière à la suite d'une fracture de l'épine , celle des nerfs diaphragmatiques dépendant d'une blessure; la paralysie du système nerveux produite par la foudre se rattache encore à cette seconde subdivision; 3" une inertie des muscles inspirateurs : ici se range l'asphyxie par le froid, et celle des nouveau-nés. L'asphyxie dépendant du défaut de l'expansion passive des poumons comprend celles dans lesquelles un obstacle mécanique est appliqué à ces organes ; tel est le cas du passage des viscères abdominaux danï le thorax après une rupture ou une ouverture accidentelle ou naturelle du diaphragme produits , du reste , par plusieurs causes.

L'asphyxie qui résulte de la cessation primitive des phénomènes chimiques de la respiration comprend deux sections. Dans la première se rangent les asphyxies qui proviennent d'un obstacle mécanique à l'entrée de l'air dans les doumons; exemple: les corps étrangers introduits dans la trachée, la submcr-

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sion, la suspension et la strangulation. Dans la seconde on trouve les asphyxies qui résultent du défaut d'un air respirable, ainsi l'air trop raréfié , les gaz azote, hydrogène et protoxide d'azote , sont des causes de ce genre.

L'asphyxie peut être une maladie essentielle, ou n'être que la terminaison d'une maladie ; ainsi un individu est affecté de pneumonie , il succombe à l'âsphyxie résultant d'une hépatisation des poumons; ainsi, dans une pleurésie, il se fait un épanchement de sérosité qui , augmentant de plus en plus, fait périr le malade asphyxié. Ce sont autant de cas qui se rattachent à l'histoire de la mort plutôt qu'à celle de l'asphyxie; etnousn'avonspasdûles comprendre dans le tableau général que nous avons dressé.

Phénomènes généraux des asphyxies. — Le premier phénomène que présentent les individus soumis aux causes qui donnent lieu à l'asphyxie, consistent dans une gène plus ou moins grande de la respiration ; de là , des efforts volontaires pour opérer la dilatation de la poitrine, ou bien dés efforts instinctifs, tels que des bàillemens , des pandiculations. Bientôt survient un besoin impérieux de respirer, qui annonce un état d'angoisse difficile à supporter ; puis affaiblissement gradué des facultés intellectuelles , malaise général, vertiges, affaiblissement des sens, des organes de la locomotion; bientôt perte de connaissance; alors ont encore lieu la respiration et la circulation, mais la première ne consiste plus qu'en des mouvemens peu sensibles de dilatation et de resserrement de la poitrine; et la seconde fonction dans desbattemens de cœur que la main perçoit avec peine; de là un affaiblissement considérable du pouls. Survient ensuite l'immobilité générale la plus absolue, et la cessation de tout phénomène respiratoire. C'est alors que commencent à paraître les effets rcsultans d'un commencement de plénitude du système capillaire ; la face se colore en un rouge violet, les mains et les pieds prennent une teinte analogue; il en est de même de quelques points du corps où se développent de larges plaques rosées ou violacées qui s'étendent quelquefois à toute la longueur d'un membre. Enfin, la circulation s'arrête entièrement, et l'asphyxie est complète. La chaleur du corps et l'absence de la rigidité cadavérique sont les seuls phénomènes qui distinguent cet état de la mort caractérisée.

Ces phénomènes peuvent se succéder plus ou moins rapidement, suivant l'influence plus ou moins grande de la cause qui détermine l'asphyxie. Le tableau que nous venons de tracer a principalement trait à l'asphyxie dont la marche est lente. Dans beaucoup de circonstances, la respiration étant suspendue complètement de prime abord , les fonctions cérébrales et circulatoires s'arrêtent presque aussitôt , et la mort suit de près. Dans ce cas , la figure s'injecte immédiatement, devient violacée. Il en est de même de la peau du corps, mais à un moindre degré; l'individu se livre à des efforts inspiratoires des plus grands; il est dans un état d'anxiété extrême , et bientôt tombe dans l'affaissement le plus cotnplet.

Durée de la nie de l'asphyxié. — Si l'on veut se reporter à l'examen des causes qui produisent l'asphyxie , et surtout à leur mode d'action, on sentira facilement que le temps qui s'écoule entre le moment où la cause commence à agir et celui où l'asphyxie est complète, doit varier suivant que la soustraction de l'air est plus ou moins parfaite. Mais eu égard à la durée de la vie, une fois l'asphyxie survenue , c'est-à-dire, lorsque la suspension de la respiration et de la circulation est complète , elle paraît en général soumise à cette circonstance que plus l'asphyxie a eu lieu d'une manière lente, plus long-temps l'individu conserve la faculté d'être rappelé à la santé , et vice versa.

Etat des organes d'un individu asphyxié , examinés après la mort. — Coloration rose , rouge vif ou quelquefois violacée de la face et des diverses parties du corps. Cette coloration se distingue des lividités cadavériques en ce qu'elle peut avoir son siège sur les parties les moins déclives du corps , et que la situation des taches qu'elle forme ne peut jamais être expliquée par la position que le cadavre aurait conservée après la mort ; elle a son siège principal dans le tissu muqueux de la peau ; souvent le dterme y participe , mais à un moindre degré ; et alors , quand on l'incise il suinte de ses vaisseaux du sang qui constitue un état piqueté assez prononcé Les yeux sont ordinairement saillans , très brillans , très-fermes ; la bouche tantôt dans l'état naturel , tantôt exprimant la souffrance; la rigidité cadavérique très-prononcée et se conservant pendant long-temps. Ces vaisseaux veineux du cerveau contiennent assez de sang; la substance cérébrale est très-peu piquetée; on trouve quelquefois de la sérosité dans les ventricules cérébraux ; la base de la langue est presque toujours injectée , ses papilles sont très-développées dans ce point; la membrane muqueuse qui tapisse le larynx et l'épiglotle est rosée; cette coloration est limitée à l'épaisseur de la membrane muqueuse, comme celle de la peau ne s'étend pas au-delà de cette enveloppe; la membrane qui tapisse la trachée est très-rouge ; sa couleur est d'autant plus foncée que l'on s'approche des dernières ramifications des bronches ; souvent on rencontre à sa surface une matière spumeuse sanguinolente , analogue aux crachats des hémoptysiques ; et qui n'en diffère que par la plus grande viscosité du sang. La coloration de la muqueuse trachéale s'étend au tissu fibreux qui unit les cerceaux cartilagineux , ce qui établit un contraste avec la blancheur de ces cerceaux. Les poumons très-volumineux, recouvrent fortement le péricarde, et quelquefois même ils sont tellement développés que leurs bords chevauchent l'un sur l'autre après la section du médiastin antérieur. Cet effet n'a lieu qu'autant que les poumons sont dépourvus d'adhérences. Leur couleur est d'un brun noirâtre ; leur parenchyme est rouge ; comprimés, ils laissent suinter de leur tissu de larges gouttelettes d'un sang liquide très-noir et très épais. Le foie, la rate, les reins sont gorgés de sang et présentent le même résultat par la compression de leur tissu. Le veines du cœur sonttrès-dessinées ; les cavités droites de cet organe sont distendues, gorgées d'un sang noir, épais, mais liquide ou rarement coagulé; les

DiCT. DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE PRATIQUES.

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veines caves et leurs principales ramifications sont aussi gorgées de sang.

Tel est le type de l'état dans lequel on trouve les organes d'un asphyxié. Mais il y a loin de cet état à celui que l'on rencontre dans quelques asphyxies ; je ne puis pas spécifier ces différences ; il me suffira de faire observer que toutes ces altérations sont souvent beaucoup moins prononcées.

Théorie générale de V asphyxie. — Un ouvrage de ce genre ne comporte pas l'énoncé de toutes les théories de l'asphyxie ; une seule a mérité les suffrages de tous les médecins ; je me bornerai à en retracer les points principaux. Bichat en est l'auteur. Partant de ces deux données, 1» que le sang peut circuler à travers les poumons , quoiqu'ils soient dans l'affaissement ; 2" que le sang rouge est le stimulant de tous les organes de l'économie, et que certains organes peuvent être plus ou moins influencés d'une manière sédative par le contact du sang noir , Bichat a expliqué les symptômes de l'asphyxie dans l'ordre de leur succession , l'état pathologique que l'on observe à l'ouverture du corps, et a pu rendre compte en même temps de la cause pour laquelle le cadavre d'un asphyxié conserve pendant plus long-temps sa chaleur. Cette théorie a dû nécessairement conduire à un mode de traitement plus rationnel. En voici les principaux traits : le sang veineux, poussé par les contractions du cœur droit, traverse les poumons, qui ne contiennent que peu d'air propre à opérer sa conversion en sang artériel ; il arrive au cœur gauche , le stimule , détermine sa contraction , et bientôt il parcourt les artères à la suite du sang artériel qui le précède. Il parvient aux organes dans un espace de temps plus ou moins long, suivant qu'ils sont plus ou moins éloignés du cœur , n'ayant pas été revivifié ; il rie peut les stimuler ; il y a plus , il produit sur eux un effet stupéfiant d'autant plus marqué, qu'ils ontplus besoin d'une excitation parle sang rouge. On est force' de tenir compte de ces deux circonstances pour expliquer comment le cerveau et les poumons reçoivent une impression plus funeste à l'exercice de leurs fonctions que le cœur lui-même, qui, recevant le premier du sang noir, devrait cesser d'agir le premier. Toutefois, les poumons peuvent être placés au nombre des organes auxquels le sang arrive immédiatement; en sorte que le système capillaire pulmonaire doit cesser de se contracter lorsque le système capillaire général réagit encore sur le sang; de là la stase sanguine qui s'opère dans le premier système et qui constitue le point de départ de l'engorgement de toutes les veines. Ajoutons qu'outre le défaut de stimulation des vaisseaux capillaires des poumons par le sang rouge , deux autres causes viennent encore hâter leur cessation d'action : 1° le défaut du stimulus qu'ils reçoivent ordinairement de la part de l'air ; 2" celui qui provient de l'influence cérébrale anéantie par le contact du sang noir avec le cerveau. Tel est le rôle que jouent les poumons dans la production des phénomènes de l'asphyxie.

Le cerveau , un peu plus éloigné du cœur, ne tarde pas à ressentir les effets du sang noir. Les expériences de Bichat démontrent que , plus que tout autre organe, il en reçoit une impression funeste ; de là l'état comateux, la cessation de tout mouvement, le défaut de sensibilité et de perception que l'individu présente par suite du défaut de réaction du cerveau sur tous les organes de la vie animale. Le cœur lui-même cède à l'influence du sang noir sur son tissu, ses contractions s'affaiblissent et cessent bientôt complètement ; tout porte à croire cju'il continue encore à se contracter quand il ne reçoit plus de sang noir, car ses cavités gauches sont trouvées vides à l'ouverture du corps. La présence d'une grande quantité de sang dans ses cavités droites démontre que le cœur droit s'est contracté en vain sur le sang qu'il a reçu , un obstacle existant à son passage à travers le système capillaire pulmonaire. La circulation sensible est donc arrêtée quand celle qui s'effectue dans le système capillaire général existe encore; et c'est ce qui explique comment la chaleur peut se conserver plus long-temps chez les asphyxiés que chez les individus qui périssent parsyncone. La plénitude du système sanguin et la vacuité du système artériel rendent compte de la coloration bleuâtre de la peau et des muscles.

Mais il reste à faire sentir comment le cadavre d'un asphyxié paraît contenir beaucoup plus de sang que celui d'un individu qui a succombé à un autre genre de mort. Bichat lève cette difficulté de la manière suivante : il admet que les organes recevant un sang noir qui ne contient pas les matériaux propres à l'assimilation, cèdent à ce fluide tous les liquides qu'ils lui fournissent ordinairement sans lui prendre ceux qu'ils ont coutume de s'approprier, en sorte que la quantité de sang serait réellement augmentée.

Cette théorie peut encore expliquer comment , dans l'asphyxie qui a lieu d'une manière brusque et subite, les fonctions de la vie cessent dans un espace de temps trés-court, n'amènent pas l'engorgement du système veineux et celui des poumons, comme dans l'asphyxie par le charbon, par exemple, où l'individu ne meurt que graduellement. En effet, la suppression de la respiration étant complète de prime abord, le sang veineux ne subit aucun changement de la part de l'air, et il devient immédiatement aussi stupéfiant pour les organes qu'il peut l'être ; il exerce sur eux une influence beaucoup plus grande.

Traitement général de l'asphyxie. — L'examen des symptômes de cette maladie, les altéraHons qu'elle laisse à sa suite, la théorie de la production des phénomènes qu'elle présente, font pressentir la nécessité de remplir deux indications principales , 1° soustraire l'individu à la cause qui a déterminé l'asphyxie ; 2° rétablir la respiration et la circulation. Le rétablissement de la respiration entraîne le plus souvent celui delà circulation ; mais dans quelques cas il est nécessaire d'agir sur l'appareil circulatoire primitivement; de là deux marches différentes dans l'administration des secours.

Les moyens de soustraire l'individu à la cause qui a déterminé l'asphyxie varient comme la cause elle-même. Je ne dois donc que faire pressentir cette indication sans spécifier la manière dont elle doit être remplie. Pour rétablir la respiration 5 on a proposé : 1° Vexposilion du sujet à un air vjf. On sentira

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facilement combien cette proposition est généralisée , et combien par conséquent elle peut subir d'exceptions ; nous les ferons connaître lors de l'histoire de chaque asphyxie; 2o des pressions exercées sur la poitrine et l'abdomen de manière à simuler le resserrement et l'ampliation de la poitrine qui ontlieu dans l'acte respiratoire. Ce moyen est d'une grande efficacité dans presque toutes ks asphyxies; il ne doit jamais être négligé; il se pratique en rapprochant les fausses côtes de l'axe du corps, en même temps qu'on exerce une pression modérée sur l'abdomen. Celte conduite a pour but d'expulser l'air vicié contenu dans les poumons; on abandonne ensuite les parties à elles-mêmes; elles reviennent à leur position primitive par leur élasticité ; mais comme la capacité de la poitrine avait été diminuée, il s'y forme un vide que remplit l'air ambiant; souvent même, au lieu d'exercer des pressions modérées , il est bon d'imprimer des secousses à la poitrine en appliquant les mains à quelques pouces au-dessous des aisselles. C'est en prolongeant cette respiration artificielle que l'on aperçoit bientôt quelques contractions ou secousses convulsives qui ont leur siège dans les muscles dilatateurs de la poitrine; le sang revivifié commence à circuler dans le système capillaire pulmonaire , et bientôt le rétablissement complet de la respiration amène celui de la circulation. Il paraît que ces secousses imprimées à l'individu, et ces premiers efforts respiratoires , sont très-pénibles pour l'asphyxié , car on possède un a.isez grand nombre d'exemples d'individus qui, sauvés de cette manière, se sont jetés avec une sorte de fureur sur leurs bienfaiteurs ; dans d'autres cas, ils ont été pris d'un délire furieux qui n'a cédé qu'à l'emploi de larges saignées .Ces observations ont été faites chez les noyés ; je ne sache pas que l'on ait signalé des phénomènes analogues dans d'autres espèces d'asphyxies. S» "L'insufflation pulmonaire. Elle peut être pratiquée de deux manières, ou avec la bouche ou h l'aide d'instrumens. L'insufflation faite avec la bouche, appliquée sur celle de l'asphyxié , est préférée par quelques praticiens à l'insufflation. L'un des principaux motifs de cette préférence est d'introduire dans les poumons un air dont la température est approprie'e à celle du corps. Ce mode d'exécution offre encore l'avantage de ne pouvoir pas faire pénétrer dans les poumons une trop grande masse d'air. Beaucoup de médecins accordent une supériorité à l'insufflation au moyen d'un soutîlet, en ce que , 1° l'air introduitcontient plus d'oxygène que celui qui est expulsé de la bouche de la personne qui pratique l'insufflation ; 2" il pénètre plus directement dans les voies aériennes, car un tube est introduit dans la trachée pour l'y conduire; 3° on peut diminuer ou augmenter à volonté la quantité d'air introduit. Ces avantages me paraissent supérieurs à ceux que peut présenter l'insufflation à l'aide de la bouche, et m'engagent à lui donner la préférence. Voici de quelle manière cette opération doit être faite. On se procure un soufflet ordinaire, mais dont l'extrémité puisse être adaptée, soit à une sonde d'argent, soit à un tube en cuivre recourbé à la manière d'une sonde. Chanssier avait proposé un tube eu cuivre qu'il appelait laryngien , et qui ne différait d'une sonde d'argent ordinaire qu'en ce que le bec était plus effilé et l'ouverture de la sonde beaucoup plus large. Il avait fait adapter, en outre, à deux pouces ou deux pouces et demi du bec de ce tube une petite arrête en cuivre, garnie d'une rondelle en peau de chamois destinée à empêcher le tube de pénétrer à une trop grande profondeur dans la trachée, en venant s'appliquer siir l'ouverture supérieure du larynx. Après avoir placé l'individu sur un plan incliné , et de manière à ce que la tête soit plus élevée, on introduit la sonde dans le larynx, par la bouche, ou par les fosses nasales; on s'assure avec le doigt qu'elle y a pénétré ; on la fait maintenir, et alors, après avoir adapté le bec du soufflet à son ouverture extérieure, on pousse de petites quantités d'air à l'aide d'une légère pression exercée sur les branches de cet instrument, en ayant le soin de laisser entre chaque pression un faible laps de temps. C'est alors qu'il est convenable de joindre à cette insufflation les pressions sur la poitrine et l'abdomen, ainsi que quelques secousses propres à stimuler les organes respiratoires. On a reproché à ce moyen des inconvéniens graves , et tout récemment M. Leroy a lu à l'Institut un Mémoire dans lequel il cherche h démontrer que du temps de Pia , où l'on ne pratiquait que rarement l'insufflation , on sauvait beaucoup plus d'asphyxiés que de nos jours ; mais M. Marc a prouvé que les calculs sur lesquels cette proposition repose avaient des points de départ inexacts. L'un des plus grands reproches adressés à l'insufflation est la possibilité où se trouve l'opérateur de déterminer la rupture des vésicules pulmonaires , en sorte que ce moyenpourrait devenir dangereux entre les mains d'un homme étranger à l'art de guérir. Des moutons, des chèvres, des renards et des lapins ont succombé à l'insufflation, lors même qu'elle était faite avec la bouche. Les chiens résistent plus à cette opération ; il en est de même des cadavres d'enfans dont les vésicules pulmonaires n'ont pas pu être déchirées parle fait d'une insufflation assez forte. Des expériences analogues, faites sur des cadavres d'adultes, ont souvent déterminé cette rupture , avec épanchement d'^ir dans la cavité des plèvres. Chez les animaux dont les poumons à tissu moins dense ne résistent pas à l'insufflation , la mort arrive immédiatement par l'affaissement de ces organes, résultat du passage de l'air dans la cavité des plèvres. On prévient la mort en pratiquant immédiatement une petite ouverture aux parois thoraciques. Ces résultats obtenus par M. Leroy sont loin d'être d'accord avec ceux de M. Piorry ; il résulte des expériences toutes récentes de ce médecin, que les craintes manifestées par M. Leroy sont tout-à-fait exagérées.

Que conclure de ces expériences ? que l'insufflation pulmonaire pratiquée sans ménagement pourrait devenir nuisible et peut-être quelquefois mortelle. Est-ce une raison pour la rejeter? Je ne le pense pas , attendu que son efficacité a été démontrée, puisque l'autorité, sur le rapport de médecins instruits, en a recommandé la pratique , et que d'ailleurs les expériences faites sur les cadavres d'adultes ne donnent pas la preuve bien certaine que la rupture des

vésicules pulmonaires puisse avoir lieu quand Tiusufflalion est pratiquée avec la bouche, puisque c'est en introduisant un tube par une ouverture faite à la' trachée que l'on est arrivé au résultat que nous avons fait connaître. Or, est-il permis de penser qu'un homme du peuple puisse jamais pratiquer l'insufflation à l'aide du tube laryngien ? l'introduction de ce tube dans le larynx exige quelques connaissances anatomiques et même une certaine habitude ; par conséquent , dans la grande généralité des cas , pour ne pas dire dans la presque totalité, les médecins seuls seront appelés à mettre ce moyen en pratique. La question est donc réduite à celle-ci ; savoir si une insufflation faite avec ménagement par un médecin peut être utile ou nuisible. L'utilité n'en ayant pas été contestée nous devrons continuer à regarder son emploi comme avantageux. 4» Exciians externes et internes. L'électricité a été considérée comme l'un des moyens les plus puissans pour rappeler les asphyxiés à la santé. Collemann et J--P- Franck en ont surtout vanté les avantages ; certes, ce moyen a pu produire de bons effets, mais il est si rare d'avoir à sa disposition les appareils nécessaires à son usage que l'on peut réduire à des cas bien peu nombreux les cireonstances dans lesquelles il a été utile et celles où il le deviendra. On l'a employé sous diverses formes , tantôt en stimulant les parois de la poitrine à l'aide d'étincelles , tantôt à l'aide de décharges. C'est principalement sur la région du cœur qu'on le dirige de manière à susciter les contractions de cet organe. On a proposé de piquer les muscles intercostaux, d'introduire même des aiguilles jusqu'au diaphragme. Ou ne saurait recommander trop de réserve à l'égard de ces moyens. On a été jusqu'à conseiller de faire brûler sur le creux de l'estomac, les bras, les cuisses, des morceaux d'amadou, de linge , de papier et même des linges imbibés d'alcool. L'ammoniaque , l'éther et les liqueurs aromatiques, sont fréquemment employées; les excitations de la luette, des ouvertures et de l'intérieur des fosses nasales à l'aide des barbes d'une plume, peuvent être mises en usage. Je regarde comme de peu de valeur l'injection de liqueurs fortes dans l'estomac à L'aide d'une sonde introduite dans l'œsophage, et cette médication peut avoir dans quelques cas des inconvéniens. Il n'en est pas de même des frictions faites sur la région du cœur, les parois de la poitrine, la partie interne des bras et des cuisses. Ce moyen est fréquemment employé et avec succès ; plusieurs personnes peuvent le mettre en pratique à la fois ; des morceaux de laine chaude, de flanelle, du linge, et même la paume des mains seulement doivent être les agens de ces frictions. On ne saurait trop les recommander dans presque toutes les asphyxies. 5° La saignée. La saignée est , dans quelques asphyxies, l'un des agens thérapeutiques les plus efficaces, mais elle peut devenir très - dangereuse dans quelques cas. Eu général elle est utile lorsque la face est bouffie, injectée, violacée, que les mains et les pieds présentent la même teinte , que les veines sous-cutanées du front sont dessinées ; et lorsque la peau est colorée en rose , en rouge vif ou en violet. Elle offre alors l'avantage de dégorger le système veineux et de faciliter par là le rétablissement de la circulation. Mais il n est pas toujours possible de la mettre en pratique. Tel est le cas où quelque temps s'est écoulé depuis que l'asphyxie est complète. Ou ouvre souvent alors la veine sans obtenir d'écoulement de sang. Il n'en n'est pas de même lorsque l'individu vient Je perdre connaissance; alors une large saignée peut produire les résultats les plus avantageux. Si ce moyen ne peut pas toujours être employé primitivement, il I facilite souvent le rétablissement de la circulation lorsque des secousses respiratoires commencent à s'effectuer ; elle est surtout avantageuse dans le délire furieux qui accompagne le retour à la vie de quelques noyés , amsi qu'on en peut lire un exemple fort remarquable dans le numéro des Archives de médedecine , pour le mois de juin 1829.

Tel est l'exposé sommaire des principaux moyens proposés pour combattre les diverses espèces d'asphyxies. Je n'ai voulu que généraliser, je me réserve de revenir sur quelques-uns d'entre eux en traitant de chaque espèce. Je ne terminerai pas cet article sans énoncer un précepte très-général, c'est que l'usage de ces moyens doit être prolongé jusqu'à ce que la rigidité cadavérique soit survenue, et qu'ils doivent être mis en pratique, même lorsque l'asphyxie date de plusieurs heures.

AïPHTXiES EN PARTICULIER. — Aspliyxies pav cessation des phénomènes mécaniques de la respiration. Inaction, des muscles inspirateurs . — L'asphyxie qui est le résultat dp la compression, soit de la poitrine, soit de l'abdomen, est un état qui précède fréquemment la mort des individus qui se trouvent au milieu d'un éboulement , soit de terre , soit des matériaux d'un bâtiment quelconque. Ici elle survient avec une rapidité citrême lorsque la pression exercée est trèsgrande; la respiration peut être instantanément suspendue, et alors le sang devenant immédiatement, à l'égard des organes, aussi négatif qu'il peut l'être, la vie s'éteint, et l'ensemble des phénomènes communs aux asphyxies ne se montre pas; par conséquent aussi la description de l'état des organes que j'ai donnée au commencement de cet article, n'est pas applicable au cas dont il s'agit ; on ne trouvera donc pas cette coloration de la peau , cet engorgement des poumons et de tout le système veineux que j'5i signalés. Mais la compression exercée sur les organes contenus dans la poitrine peut offrir des nuances très-variées, et, dans quelques circonstances , tous les phénomènes de l'asphyxie comme toutes les altérations qu'elle laisse à sa suite, peuvent se rencontrer chez un individu qui a péri de cette manière. Il est important de tenir compte de ces deux genres déphasés par lesquelles l'homme soumis à la même cause peut passer avant de mourir. En effet, il est quelquefois nécessaire de déterminer lequel, de deux individus qui ont succombé dans un même éboulement, | est mort le premier. La question de survie peut être résolue d'après l'inspec- i tion des organes de la respiration et de la circulation ; nul doute qu'il ne faille ' regarder comme ayant survécu à l'autre celui qui présente toutesles altérations I

ASPHYXIE

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que l'asphyxie laisse à sa suite, car elles supposent uu certain laps de temps écoulé depuis la gêne de la respiration, jusqu'au moment de la mort. Ces sortes d'enquêtes n'ont lieu que pour résoudre des questions d'hérédité. Tout ce qui a été exposé dans le traitement de l'asphyxie est applicable au cas dont il s'agit.

L'asphyxie dépendant du défaut d'inHuence nerveuse des muscles inspirateurs peut reconnaître pour cause une section, une déchirure ou une désorganisation de la moelle, au-dessus des points de cet organe, ou naissent les nerfs qui se distribuent au diaphragme et aux autres muscles dilatateurs de la poitnne. Une fracture de l'épine , une forte commotion , l'introduction d'un instrument tranchant dans l'écartemeut que laissent entre elles les vertèbres , amènent souvent la mort de cette manière ; c'est ainsi que succombent les mdividus écrasés par le passage d'une roue de voiture sur la région du col. La luxation des vertèbres cervicales produit le même résultat; l'asphyxie n'est, dans ces cas, que l'effet d'une blessure mortelle, et devient plutôt un genre de mort qu'une maladie.

Presque tous les auteurs ont rapporté l'asphyxie par la foudre à celles qui résultent de l'inaction des muscles inspirateurs. C'est avec raison que M. Adelon {nout^eau Dictionnaire de Médecine) a élevé des doutes sur un genre de mort aussi localisé. La foudre n'agil-elle pas plutôt sur le système nerveux en général, et la mort n'a-t-e!le pas lieu primitivement par le système nerveux ? tout porte à le croire. Je sais que l'intensité de son action est très-variable; que, dans quelques circonstances , les fonctions sont momentanément suspendues, que l'individu peut être rappelé à la vie ; mais il reste toujours à déterminer si cet état de mort apparente, que l'on qualifie d'asphyxie, n'est pas le résultat d'une faible commotion du système nerveux. Toutefois, deux ordres de moyens particuliers ont été préconisés dans ce genre d'asphyxie, où l'on a rarement des secours à donner. L'un consiste à placer le corps de l'individu dans un tas de fumier ou dans une fosse creusée dans la terre ; il a, dit-on, quelquefois réussi : l'autre à employer l'électricité sous la forme de décharges très-faibles. Que si l'expérience avait confirmé l'emploi de ces moyens, je ne chercherais pas à les discuter; mais les cas de succès d'après lesquels ils ont été conseillés sont si peu nombreux, que le raisonnement peut ici infirmer ou confirmer leur emploi. C'est probablement dans le but de soustraire au corps de l'individu qui s'est trouvé sous le courant électrique, l'électricité dont i! est chargé , que l'on a préconisé le premier moyen ; on multiplie de cette manière les points de contact avec la terre , réservoir commun. Quoique ce raisonnement soit en apparence assez juste, et par cela même le moyen rationnel, sa valeur n'est-clle pasréduiteàbienpeu dechose quand on réfléchit que du moment qu'un individu surchargé de fluide électrique à l'aide d'une machine , se met en contact avec la terre par la surface la plus petite, il perd aussitôt l'excès de fluide qu'il retenait , que d'ailleurs , tout porte ù croire que c'est moins l'excédant d'électricité que les'effets résultans de l'influence de la foudre sur le système nerveux qu'il faut chercher à combattre? Quant au second moyen , il a été proposé d'après l'observation du fait suivant. Les poulets privés de tout sentiment et de tout i mouvement par des chocs électriques violens imprimés à la têle ou à la poitrine, peuvent être retirés de cet état à l'aide de chocs électriques moins forts. Il faui drait alors admettre qu'une décharge électrique forte est trop stupéfiante pour le système nerveux , tandis qu'une décharge électrique faible est stimulante. Quelques personnes trouveraient facilement des analogies dans les moyens thérapeutiques journellement employés : ne nous perdons pas en conjectures vaines; attendons que l'expérience prononce.

Enfin, dans celte première classe u asphyxies se trouvent encore rangées celle des nouveau nés et celle résultant d'un froid rigoureux et long-temps soutenu. Pour la première espèce, vojez Accouchemens, sect. 2 et 3; quanta la seconde, I elle n'est malheureusement que trop commune dans les saisons rigoureuses. : L'individu exposé au froid éprouve d'abord un sentiment de pesanteur, d'engourdissement et d'abattement ; ses jambes fléchissent, une tendance au sommeil se manifeste, et alors un sentiment de bien-être le porte à la satisfaire; bientôt il perd connaissance; la respiration et la circulalions'entretiennent pendant un certain temps pour se suspendre complètement. Si l'on en croit le rapport de plusieurs médecins , on aurait pu sauver des individus qui étaient restés très-long-temps dans la neige. Le mode de traitemeiit à employer dans ces sortes de cas est le suivant : dépouiller le malade de ses vêteraens, frotter toute la surface du corps , principalement la poitrine et l'abdomen , avec de la neige ; se servir ensuite de linges imbibés d'eau froide , dont on élèvera graduellement la température au moment où la chaleur commencera à se développer à la peau; porter ensuite le malade dans un lit non bassiné , commencer des frictions sèches , etj lorsque la chaleur est devenue générale, rétablir la respiration à l'aide des moyens ordinaires.

Asphyxies paf défaut d'expansion passii>e des poumons.— r Cette sous-division ne comprend qu'une seule espèce, celle qui est due au passage des viscères abdominaux dans la cavité de la poitrine, à travers une ouverture accidentelle du diaphragme ; l'individu est, ainsi qu'on le dit, sufibqué immédiatement. Cette rupture peut reconnaître plusieurs causes. Ordinairement c'est sous l'influence d'une pression très-forte exercée sur l'abdomen au moment de sa contraction, ou même pendant le relàchemejit du diaphragme , que la rupture a lieu. Il est assez fréquent de la rencontrer lorsqu'une roue de voiture a passé sur cette partie ; j'en ai vu récemment un exemple. Un homme ivre se trouvait au milieu d'une rue de Paris très-déclive , au moment où une grosse diligence la descendait avec rapidité; le postillon ne put pas être maître de ses chevaux ; ils renversèrent ce malheureux, et l'une des roues de derrière lui passa sur le corps. L'estomac , la rate et une partie des intestins avaient passé dans la

poitrine à travers une rupture du côté gauche du diaphragme. Quelle que soit, au surplus , la cause de la rupture , il n'est jamais possible d'apporter des secours à ce genre de mort par asphyxie.

Asphyxie par cessation primitive des phénomènes chimiques de la respiration. — Obstacle mécanique à Ventrée de l'air. — Cette sous divison embrasse quatre espèces d'asphyxies : 1° celle qui est le résultat de l'introduction accidentelle de corps étrangers dans le larynx, la trachée ou les bronches; 2° celle par submersion; 3° celle par suspension ou par strangulation. Tout ce qui se rapporte à l'asphyxie par suspension ou strangulation fera l'objet d'un article séparé que je traiterai au mot Pendu ; je sais que des travaux assez importans se préparent sur cette matière. Les mémoires de l'Académie royale de chirurgie contiennent un assez grand nombre d'exemples de corps étrangers introduits dans le larynx ou dans la trachée; j'ai eu occasion d'observer plusieurs cas de ce genre lorsque j'étais attaché comme interne à l'Hôtel-Dieu de Paris ; la pratique journalière en offre encore assez souvent des exemples. Les effets produits par ces corps étrangers varient en raison de leur volume et du lieu qu'ils occupent dans les voies aériennes ; s'ils ne sont pas extraits , ils irritent la membrane muqueuse qui tapisse ces organes ; l'inflammation et l'épaississement qui en sont le résultat, viennent encore ajouter à la gêne de la respiration en diminuant la capacité de ces conduits ; l'indication est donc bien précise : extraire le corps étranger. Ce n'est pas ici le lieu de décrire tous les procéde's proposés pour atteindre ce but ; je m'exposerais à des répétitions inutiles ; je renvoie le lecteur aux mots Corps étrangers et Trachée (maladies de la) ; je me bornerai donc à faire remarquer que dans ces sortes de cas l'asphyxie peut être plus ou moins imminente , suivant le volume du corps étranger et l'irritation qu'il détermine. De la toux , une difficulté plus ou moins grande de respirer , quelquefois un sifflement , une injection plus ou moins marquée du visage , des angoisses souvent très-fortes et même des convulsions, tels sont les principaux symptômes qui se montrent en premier lieu. Cet état peut cesseï peu à peu, mais jamais complètement, et toujours le malade rapporte à un point fixe le sentiment de gêne et dedouleur qu'il éprouve; il peut vivre pendant plusieurs jours si le corps étranger a une forme alongée , et qu'il n'obstrue qu'im- ' parfaitement la trachée; mais dans les cas où l'obstruction est complète, il tombe asphyxié dans l'espace de quelques minutes , et succombe peu de temps après.

Asphyxie par submersion. — 1° Symptômes que présente l'indit'idu au moment, de l'immersion , et modes suiuaiii lesquels la mort peut surt'enij: — Ici nous supposerons plusieurs cas : A. L'individu conserve l'intégrité parfaite de ses facultés intellectuelles. Il tombe dans l'eau à une profondeur plus ou moins grande suivant la hauteur de sa chute , remonte à la surface de ce liquide sous l'influence de son poids spécifique rendu moins considérable par l'air retenu dans les vètemens et par la position dans laquelle se met le corps par l'etret des mouvemens instinctifs , position qui a pour objet de présenter une plus grande surface au liquide. Alors de deux choses l'une, ou l'individu sait nager, et dans ce cas il parcourt involontairement la surface de l'eau jusqu'à ce que, fatigué, il rentre dans les conditions d'une personne qui ne sait pas nager, ou il se trouve dans ce dernier cas , et alors il exécute des mouvemens irréguliers des bras et des jambes, saisit tout ce qui se trouv£ sous sa main, gratte le fond de l'eau, prend les corps mobiles comme les corps immobiles ; mais par cela même que ses mouvemens sont irréguliers, il apparaît et disparaît successivement à la surface del'eau. Il est d'observation qu'au moment où la tête sort de celiquidc, il se fait une aspiration d'air et d'eau; celle-ci est en partie avalée, en partie rejetée par un effort involontaire de toux, résultat du contact de l'eau avec lelarynx, ce liquide s'étant introduit dans cet organe en même temps que l'air ; mais ces efforts ont amené l'expulsion de l'air inspiré, et le besoin de respirer ne tarde pas à se faire sentir. Si l'individu a pu gagner la surface de l'eau, il profite de son contact avec l'air pour le satisfaire ; mais comme la tête ne sort qu'imparfaitement de ce liquide, il se fait une nouvelle aspiration d'air et d'eau, de là de nouveaux efforts de toux ; bientôt l'individu ne peut plus nager qu'entre deux eaux, le besoin de respirer se fait sentir, il ouvre la bouche, l'eau seule y pénètre; elle est expulsée de la trachée, avalée par l'œsophage, et la quantité qui pénètre ainsi dans l'estomac peut égaler un litre et même un litre et demi ; il en entre toujours un peu dans la trachée pour former l'écume qui dans ces cas est constante. Pendant tous ces efforts pour retenir la respiration , il se fait un afflux de sang au cerveau, ce qui explique pourquoi cet organe est fréquemment piqueté , quelquefois même gorgé de sang , ce qui n'a pas lieu dans l'asphyxie franche. Enfin les mouvemens volontaires cessent j l'asphyxie devient complète, l'individu tombe au fond de l'eau en môme temps qu'il s'échappe des bulles d'air de sa poitrine par le retour des côtes et du diaphragme à leur situation ordinaire, sous l'influence de l'élasticité de toutes ces parties.'

B. L'individu perd connaissance au moment de son immersion. La frayeur, l'ivresse, l'impression d'une eau très-froide, une attaque d'hystérie , une syncope même peuvent produire cet effet; on en a rapporté plusieurs exemples. Dans ces cas , le corps de la personne va au fond de l'eau , remonte à une certaine hauteur, retombe sans exécuter aucun mouvement, et peut succomber dans cet état. La mort survient par syncope etnon parasphyxie. II peut encore se faire qu'en tombant dans l'eaula tête porte la première, rencontre une roche, un pieux ou tout autre corps dur, reçoive une commotion à laquelle l'individu succombe; ou bien que, saisi par le froid, une apoplexie survienne.

C. Arrivé dans l'eau avec l'intégrité parfaite de ses facultés intellectuelles , il les conserve pendant quelque temps , voit l'horreur de la mort à laquelle il va succomber , et tombe en syncope. Ici le noyé présente une partie des phénomènes que j'ai décrits dans le premier paragraphe, en sorte que, ne succom-

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bant pas à l'asphyxie seule , il peut cependant après la mort présenter quelques-uns des caractères qui lui sont propres. Il résulte de là qu'un noyé peut succomber à cinq genres différens de mort :

10 à l'asphyxie; 2» à la syncope; 3° à une commotion cérébrale; 4o à l'apoplexie; 5° à un état mixte dans lequel les fonctions des poumons , du cerveau et du cœur sont suspendues presque en même temps. Louis n'adoptait qu'un seul genre de mort, l'asphyxie avec matière ou eau écumeuse oblitérant la trachée; mais Louis n'avait ouvert que des chiens noyés. Rœderer et Pouteau avaient conçu des doutes sur l'universalité de celte cause; Desgranges , de Lyon, reconnut l'existence d'une asphyxie par syncope sans matière, et d'une asphyxie avec matière. Fine de Genève, Mahon et M. Marc, adoptèrent quatre espèces de mort qui sont aussi celles que je reconnais ; mais ils n'ont pas tenu compte de la mort par commotion, qui doit être assez fréquente dans les cas de suicide.

Etat des principaux organes chez les noy és qui ont succombe à ces différens genres de mort. 1» à l'asphyxie proprement dite. — Face en général pâle, quelquefois d'une teinte légèrement violacée; cette coloration peut être observée aux mains, aux pieds , et sur divers points de la surface du corps. Bave écumeuse à la bouche; langue fréquemment placée entre les dents. Écume dans la trachée-arfère , le larynx et les bronches, consistant plutôt en une mousse savonneuse rarement sanguinolente. Membrane muqueuse de la trachée légèrement rosée , le plus souvent incolore. Une quantité variable d'eau dans Ja trachée et les premières divisions des bronches , s'étendant quelquefois aux dernières ramifications. En général , on n'en trouve guère qu'une demi-cuillerée à une cuillerée; cependant, dans quelques cas, elle peut remplr les voies aériennes. On peut trouver aussi un peu de vase ou des débris de végétaux qui flottent au milieu de l'eau. Les poumons ont une teinte violacée ; ils contiennent beaucoup de sang fluide, moins cependant que dans l'asphyxie par le charbon ; ils sont très-développés et leur bord antérieur se recouvre mutuellement quand on a coupéle médiastin antérieur. Si l'on coupe leur tissu

11 en suinte de larges gouttelettes de sang très-fluide. Le cœur est rarement distendu par le sang; ses cavités droites en contiennent une assez grande quantité. Il en est de même pour les veines caves. Les cavités gauches ne sont presque jamais complètement vides ; toujours l'oreillette de ce côté renferme du sang; l'aorte, surtout, en fournit quand on la comprime de bas en haut. L'estomac présente presque toujours un liquide analogue à celui dans lequel l'immersion a eu lieu; sa quantité peut être considérable. Les intestins ont une teinte rosée ; le foie et la rate' contiennent beaucoup de sang; assez souvent il existe dans la vessie quelques cuillerées d'une urine rosée ou sanguinolente. Les vaisseaux du cerveau renferment un peu de sang ; la substance médullaire est en général piquetée ; la concavité des ongles offre souvent de la vase ou du sable.

État des organes chez les noyés qui meurent par syncope. — Face toujours pâle ainsi que la peau du reste du corps ; trachée vide ou contenant seulement un peu d'eau, mais sans écume; poumons peu développés, de couleur naturelle , un peu gorgés dans leur partie la plus déclive. Cœur présentant du sang dans les cavités droites et gauches; autant de sang dans les artères que dans les veines ; cerveau et autres organes dans l'état naturel ; estomac ne contenant pas d'eau à moins que l'individu n'en ait avalé avant la submersion.

Etat des organes chez les noyés qui meurent par apoplexie ou par congestion apoplectique. — Ce genre de mort est extrêmement rare. Je ne l'ai observé qu'une seule fois et chez un sujet qui avait déjà plusieurs mois de séjour dans l'eau ; et quoiqu'il fût difTicile d'aflirmer que la mort ait eu lieu de celte manière, on pouvait cependant établir de fortes présomptions, l'individu portant des traces évidentes de deux foyers anciens et d'un foyer récent. Il est évident que dans ces cas on trouvera toutes les altérations qui accompagnent ces maladies. Ne peut-on pas rapporter à ce genre de mort l'état suivant que présentent quelques noyés ? Tous les vaisseaux du cerveau sont gorgés de sang, la substance cébrébrale est trcs'piquetée , les cavités gauches du cœur contiennent souvent plus de sang que les cavités droites ; les poumons n'en renferment presque pas , ils ont conservé leur couleur.

État des organes dans les asphyxies mixtes. — Il n'existe qu'une petite quantité d'écume dans la trachée, et quelquefois on n'en rencontre pas ; peu ou point d'eau ; les poumons médiocrement gorgés de sang ; ce liquidese trouve et dans les cavités droites, et dans les cavités gauches du cœur, mais un peu plus à droite qu'à gauche; les vaisseaux veineu.x et les artères en renferment; la substance cérébrale est piquetée ; l'estomac contient de l'eau : c'est là l'état le plus commun des organes des noyés.

Les détails dans lesquels je viens d'entrer fournissent des documens propres à résoudre cette question : .Deux ou un plus grand nombre d^individus étant tombés ensemble dans une rivière , déterminer quel est celui qui a vécu le plus long-temps? Pour y parvenir il faut avoir égard lo à l'état du cadavre, à. l'aide duquel on peut spécifier ,dans quelques cas, le genre de mort, ordre déconsidération très-important , puisque si l'individu porte des traces d'apoplexie foudroyante , nul doute qu'il n'ait succombé le premier. D'asphyxie et de congestion cérébrale ? il aura vécu moins long-temps que celui qui sera mort d'asphyxie pure. D'asphyxie pure ? il aura vécu moins long-temps que celui qui présentera les caractères de la mort par syncope. 2° A l'âge. Un enfant dans le jeune âge tombera rarement en syncope, parce qu'il ne connaît pas le danger. 3o Au sexe. Une rdle,une femme se trouveront souvent dans le cas contraire. 4" Al'étatparticulierdu sujet. Une fille ou unefemme qui a ses règles tombe facilement en syncope. Une personne qui était alTectée d'anévrysme et dont le système nerveux était exalté par sa maladie , pourrait présenter une rupture du sac qui aurait déterminé une mort presque instantanée. Il en est de même à l'égard

de quelques maladies dontil faut tenir compte dans la solution deceîte question. 5° Aux lésions indépendantes de la mort par submersion et qui tiennent à la localité de la rivière ; ainsi, pendant la chute , la tête a pu venir frapper un rocher , un pieux , un piquet de bois , ou tout autre corps dur. Une commotion du cerveau, une fracture du crâne, une perforation des parois de la poitrine , du diaphragme, ont pu avoir lieu et amener diff'érens genres de mort dont on pourra appécier la durée. ,

Changemens que subissent les cadavres des noyés pendant leur séjour dans l'eau. —L^ mort étant survenue, l'extinction de la chaleur doit en général avoir lieu beaucoup plus rapidement que dans l'air ambiant, les. points de contact du corps avec le milieu étant multipliés par la densité du liquide. La température de l'eau et l'âge de l'individu sont les deux circonstances qui la modifient. On ignore l'époque du développement de la rigidité : comme dans l'air il doit dépendre du genre de mort ; mais, toutes choses égales d'ailleurs, il a certainement lieu plus tôt dans l'eau , puisqu'il paraît survenir lors de l'extinction de la chaleur, et que celle-ci s'effectue plus promptement. J'ignore s'il existe quelques différences dans la durée de la rigidité , mais ce que je puis affirmer, c'est qu'elle existe chez presque tous les noyés après vingt-quatre, trente-six ou quarante-huit heures de séjour dans l'eau , soit en hiver soit au printemps. Jo l'ai souvent observée à une époque avancée. Durerait-elle plus long-temps si le cadavre n'était pas exposé à l'air? je le pense, puisqu'il se trouverait dans des conditions moins favorables à la putréfaction. En résumé , nous ne possédons rien de bien certain sur les différences qui peuvent exister dans la durée de la rigidité dans l'air et dans l'eau ; je suis porté à penser que les chiffres des moyennes établies à l'égard de l'air peuvent être augmentés pour les noyés.

Ce n'est guère qu'au quatrième jour que l'épiderme de la paume des mains commence à blanchir, et cette coloration a lieu sur les éminences thénar et hypothénar , ainsi que sur les faces latérales des doigts. D'abord très-peu marquée , elle semble appliquée sur un fond bleuâtre qui donne à la main une couleur blanche ardoisée. La face dorsale de la main ne participe pas à cette coloration ; le reste du corps ne présente rien de particulier.

Les changemens que subit l'épiderme des mains el des pieds doit fixer l'attention des médecins ; c'est l'un des guides les plus sûrs pour arriver à la déter)nination du séjour des noyés dans l'eau. On sentira surtout l'importance de cette observation , lorsqu'il s'agira de préciser une époque à l'égard d'un noyé retiré de l'eau , en été , et exposé pendant quelques jours à l'air. La putréfaction de la tête, de la poitrine et de l'abdomen est déjà portée à un degré forl avancé, quand les mains conservent encore le cachet de la durée du séjour dans l'eau.

Vers le sixième ou huitième jour, l'épiderme de la face dorsale des mains commence à blanchir , en même temps que celui de la face plantaire des pieds a acquis une teinte blanche. La peau de la face est ramollie; elle offre une teinte d'un blanc plus mat, plus opalin que celle de la peau du reste dit corps.

Au quinzième jour, la face est légèrement bouffie, rouge par places ; une coloration verdàtre existe à la partie de la peau qui recouvre le sternum. L'épiderme des mains et des pieds est totalement blanc ; toutefois celui de lu face dorsale des pieds est encore dans l'état naturel , et la teinte blanche ne s'étend que jusqu'aux malléoles à un pouce au-dessus des bords interne et externe de ces organes. Il est d'observation que les pieds s'altèrent un peu moins promptement que les mains. L'épiderme de la face palmaire des mains commence à se plisser. Le tissu cellulaire sous-cutané de la poitrine , et surtout celui qui environne les organes profondément situés , se colore en rouge ; la substance corticale du cerveau prend une teinte verdâtre dans la partie antérieure de cet organe.

A un mois : face rouge brunâtre, paupières et lèvres vertes, tuméfiées ; nea d'un rouge-brun, développé par des gaz chez les femmes , et souvent aplati et déprimé chez les hommes. ( Ce fait paraît tenir à ce que dans l'eau le cadavre des femmes reste placé sur le dos, tandis que celui des hommes est sur le ventre ; en effet on rencontre assez fréquemment des traces d'une pression exercée sur les rotules chez ces derniers, altération qui ne s'observe que plus rarement chez les premières; ce sont ordinairement les femmes âgées et frcsmaigres qui portent de pareilles traces. Ces altérations paraisent coïncider avec le rapport des mariniers qui ont souvent fait la même remarque quant à la situation relative des cadavres, eu égard au sexe. Il peut être facilement expliqué en considérant la disposition de la graise chez l'homme et chez la femme. I^a partie antérieure du tronc de la femme en est pourvue d'une quantité considérable , quantité qui s'accroît encore à la suite des grossesses ; elle donne à cette région du corps un poids spécifique beaucoup moins grand. Une disposition inverse a lieu chez l'homrae.) Les joues développées, verdàtres, le pourtour des yeux et du nez d'une couleur brune , le col légèrement vert, une plaque d'un rouge-brun de six à huit pouces de diamètre, au centre et à la partie antérieure du sternum. Cette plaque est bordée d'une auréole verte ; eu sorte que la putréfaction en vert paraît précéder celle en rouge-brun. Les bourses sont énormément distendues par des gaz ; il en est de même de la verge qui est tenue en érection par ces fluides élastiques. L'épiderme des mains et des pieds est plissé et très-bl.mc ; on ne peut faire à ce sujet une comparaison plus exacte, qu'en assimilant leur état à cekii que détermine le contact prolongé de cataplasmes émolliens sur ces parties dans les cas de panaris. Les cheveux et les poils sont encore Jhrt adhérens ; il en est de même des ongles. Le tissu cellulaire est déjà très-rouge dans les parties du corps que la putréfaction a envahies. Les poumons sont très-emphysémateux ; ils remplissent la cavitédc la poitrine, s'étendent plus ou moins en avant sur le péricarde. Celle disposition est lout-à-fait inverse à celle que l'on observe dans une époque plus avancée.

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Dans quelques cas, des adhérences celluleuses fixent les poumons aux côtes, et alors leur augmentation de volume , sous l'influence des gaz provenant de la putréfaction, est beaucoup moins marquée. La trachée ne contient que peu ou point d'écume. La substance corticale du cerveau est verdàtre et répand une odeur forte.

A un mois et demi : outre les altérations de l'époque précédente, on observe ■que le col, les parties latérales de la poitrine, présentent une teinte verte très intense. Le tissu cellulaire sous-cutané est très-rouge. L'épiderme commence à se détacher à la base des mains. Les ongles sont encore fort adhérens.

Deux mois. A cette époque les cadavres sont presque toujours recouverts d'une vase h molécules très-ténues, qui filtre à travers les vêtemens , et quelquefois sans que ces vêtemens eux-mêmes en soient tapisse's. L'époque à laquelle les cadavres sont recouverts de vase est bien susceptible de varier , suivant que le milieu est plus ou moins bourbeux , plus ou moins agité; on peut la rencontrer avant cette époque ou seulement plus tard. La face est énormément tuméfiée, d'une teinte généralement brunâtre, les lèvres trèsvolumineuses, frès-écartées ; elles laissent à découvert les arcades dentaires ; en sorte que la bouche est largement ouverte. L'épiderme est soulevé dans quelque points de la face, de manière à former des vésicules remplis d'un liquide d'un brun rougeâtre ; on le détache très-facilement de toutes les parties. Le trajet des vaisseaux veineux superficiels du front est dessiné par une trace bleuâtre ; ces vaisseaux sont distendus par des gaz. La teinte brune de la peau du sternum est plus étendue et la coloration en vert des parties latérales de la poitrine a gagné en haut la partie supérieure des épaules, en bas les parties latérales de l'abdomen pour se joindre à une coloration verdàtre , développée isolément au pli des aines. La peau de la partie moyenne de l'abdomen est encore dans l'état naturel; il en estde même de celle des bras, des avant-bras, des cuisses et des jambes. Ce fait est fort remarquable, il établit une différence tranchée entre la marche que suit ordinairement la putréfaction des cadavres qui séjournent dans l'eau et celle des cadavres qui sont exposés à l'air. Chez les premiers la face , le sternum et la partie inférieure du col , sont les points où elle commence à se développer, pour s'étendre ensuite aux parties latérales de la poitrine, aux épaules, aux parties latérales de l'abdomen, aux aines, aux bras, aux cuisses , aux jambes et aux avant-bras. Chez les seconds , c'est par le centre de l'abdomen qu'elle débute pour se porter à la poitrine, au col, à la face, aux avant-bras, aux jambes , etc.; cette différence est telle qu'il est extrêmement facile d'établir à priori si un cadavre appartient à un noyé , ou s'il est celui d'un individu qui a succombé à un autre genre de mort. L'épiderme des mains et des pieds est soulevé, détaché de ces organes , les ongles sont en partie adhérens , en partie détachés, mais ils tiennent toujours à l'épiderme, et forment avec lui une sorte de gantelet. Les ongles des pieds sont encore adhérens, quand ceux des mains sont tout-k-fait séparés. Les cheveux et les poils commencent à se détacher, on les arrache facilement. Le tissu cellulaire sous-cutané et intermusculaire du col et de la poitrine , celui qui environne la trachée, les artères et les veines, est d'un rouge brunâtre , infiltré d'un liquide rougeâtre , uniformément disséminé dans ses cellules et sans aucune ecchymose. Les veines sont presque complètement vides , ordinairement distendues par des gaz ; les artères , d'une couleur rougeâtre à leur surface interne et externe, ainsi que dans l'épaisseur de leurs parois , offrent tous leurs vaisseaux propres injectés de sang. La trachée artère , d'un rouge brunâtre à l'intérieur , .présente à l'extérieur la même teinte dans les espaces qui séparent les cerceaux cartilagineux dont elle est formée , tandis que ces cerceaux conservent encore leur couleur blanche ; mais vers deux mois et demi à trois mois, cette teinte envahit les cerceaux eux-mêmes. Le péricarde partage la coloration des artères ; sa cavité contient de la sérosité sanguinolente. Le cœur ramolli, flasque, ne contient plus de sang, etsi'au moment de la mort les cavités droites de cet organe étaient gorgés par ce fluide , la surface interne du ventricule est d'un noir de fais. Une disposition analogue se remarque du côté opposé dans le cas contraire. Cette coloration contraste d'une manière extrêmement marquée avec celle du ventricule qui ne contenait que peu ou point de sang. Elle est tellement tranchée dans un grand nombre de cas , que je ne mets pas en doute qu'il ne soit possible , même après un temps très-long, de déterminer si un noyé a succombé ou non par asphyxie; ce fait est très-important pour les questions de survie. L'estomac et les intestins sont d'une couleur rouge très-intense , de manière à stimuler une gastro-entérite des plus intenses ; enfin il existe dans les cavités sphlanchniques une quantité plus ou moins considérable de sérosité sanguinolente.

La coloration des tissus est un effet cadavérique dont on peut facilement se rendre compte , en ayant égard à la vacuité de tous les vaisseaux sanguins , c'est probablement par suite d'un développement de gaz dans ces derniers organes qu'il s'opère une transsudatiou du sang à travers leurs parois , et par .suite une imbibition de tous les tissus. Ce développement de gaz n'est pas particulier au sang contenu dans les vaisseaux; il a lieu dans presque tous les organes creux. C'est à cette cause qu'il faut attribuer la sortie de l'écume contenue dans la trachée et la formation de la bave écumeuse.

Deux mois et demi. Cette époque n'apporte de difi'érence que dans la teinte verdàtre de la peau; elle est alors étendue aux bras, aux avant-bras et aux jambes. La peau du dos offre encore des plaques jaunes, vertes, bleues, disséminées sur un fond blanc , ce qui donne à ces parties l'aspect d'une marbrure çi larges plaques. Les ongles chez quelques noyés sont complètement détachés des mains, mais plus rarement des pieds; les doigts sont alors très-eflilés, fusiforraes, amincis,' dépourvus d'épiderme, ils sont gras au toucher et comme couverts de mucus.

Chez la femme , un séjour de deux mois à deux mois et demi amène une dif-

DlCT. DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE PRATIQUES.

férence notable dans l'état du cadavre; cette différence lient à la quantité de graisse dont est pourvu le tissu cellulaire sous-cutané. Voici à ce sujet les observations que j'ai faites : les cheveux sont encore attachés au cuir chevelu , mais la moindre traction suffit pour les en détacher ;la peau du visage offre un aspect blanchâtre opalin; de petites érosions superficielles sont disséminées sur les joues; la partie inférieure du col et la partie supérieure des épaules offre une teinte verte. Les seins dont le volume s'est accru, sont de couleur blanche opaline dans presque toute leur étendue; le mamelon et sou pourtour offre une couleur brunâtre, il est aminci, peu développé, et sa flaccidité contraste avec la densité accrue du sein ; l'espace compris entre les deux mamelles est d'un vert brunâtre. L'état du mamelon et de la peau du sternum est remarquable en ce qu'ilfait connaître la marche différente que suit la putréfaction dans les parties de peau placées sur du tissu cellulaire chargé de graisse, d'avec celles qui sont appliquées sur du tissu cellulaire qui en est dépourvu ou qui n'en contient que fort peu. Le ventre, très-volumineux, évidemment distendu par la putréfaction , ofire une couleur blanche opaline ; il en est de mène de la peau des cuisses, des bras et des jambes. L'épiderme des mains et les ongles sont le plus souvent détachés ou au moins les lavages et frottemens de balais , que des gens de service emploient pour nettoyer les cadavres , les font facilement tomber. Le tissu cellulaire sous-cutané est coni'erti en gras de cadavre , au centre des joues , au-dessous des sourcils , au menton , à la partie supérieure du col, très-superjiciellement aux mamelles et à la partie antérieure des cuisses , plus profondément aux aines. Ces différens états du tissu cellulaire retracent naturellement la marche que suit la saponification des cadavres et surtout les points de l'économie où elle se développe en premier lieu. Les muscles conservent encore à cette époque leur couleur naturelle ; leur texture ne paraît altérée en rien, ce qui tendrait à détruire cette opinion de quelques chimistes qui pensent que, dans la saponification , les muscles fournissent l'ammoniaque qui doit servir de base au savon cadavérique. Sans nier le concours des muscles dans la saponification , je pense qu'elle peut s'effectuer indépendamment d'eux ; et j'en trouve la preuve dans cette circonstance , que, dans les mamelles par exemple, c'est la graisse qui touche immédiatement la peau qui se saponifie la première, et lors même que la graisse placée plus profondément est encore dans l'état naturel, la peau est évidemment altérée; elle est modifiée dans sa consistance , quand les muscles paraissent être dans l'état le plus sain. Que s'il s'agissait de déterminer quelles sont les parties qui peuvent fournir alors de l'azote pour la formation de l'ammoniaque , je répondrais que j'en trouve une source assez abondante dans la peau , la trame celluleuse , les parois vasculaires , le sang et les fluides blancs qui circulent dans le tissu cellulaire et la graisse.

Le tissu cellulaire profond qui environne la trachée et les vaisseaux est rouge comme chez l'homme , mais moins imbibé de liquide ; à cette époque sa ~ densité est augmentée, ses cellules sont moins appréciables, les parois qui les forment sont plus rapprochées, et déjà , en exerçant sur elles des tractions, on voit que ce tissu devient filandreux. Les autres parties du corps sont dans le même état que chez l'homme.

Trois mois et demi. Le cuir «hevelu est ramolli , dépourvu de cheveux et d'épiderme ; la peau de la partie antérieure de la tête très-amincie , en partie détruite par places ; sa couleur est d'un blanc opalin dans les trois quarts postérieurs de la voûte du crâne, brunâtre au front; les yeux quelquefois saillans hors les orbites, dans d'autres cas affaissés. La peau du centre des joues et du menton opaline, recouvrant une couche de gras de cadavre ; les lèvres déprimées , saponifiées; la peau de la poitrine généralement d'un vert brunâtre ; le centre de l'abdomen de couleur opaline, parsemé de petites ulcérations produites par l'eau ; celle des membres offrant le même aspect que celle du centre de l'abdomen. Des corrosions de la largeur de dix, vingt ou trente sous sont disséminées sur les bras et les avant-bras ; leur forme est en général arrondie , leurs bords le plus souvent amincis, quelquefois découpés comme le sont ceux des ulcères vénériens. Il existe aux aines , tantôt des corrosions , tantôt des destructions de peau dans une grande étendue , et alors le tissu cellulaire échappé à la putréfaction est converti en gras'de cadavre. Les corrosions sont plus larges aux cuisses qu'aux avant-bras et aux bras ; elles égalent, terme moyen, un écu de six francs ; on les rencontre principalement à leur partie antérieure. Celles des jambes sont oblongues , placées au côté interne et principalement sur le trajet du tibia ; cet os est à nu , il en constitue le fond , et comme il a acquis une couleur rosée très-prononcée, l'ensemble de la corrosion simule assez bien un ulcère qui aurait eu lieu du vivant de l'individu. ( Il est important d'établir une différence entre les destructions de peau par la putréfaction en vert et en brun et entre celles qui ont lieu par le contact de l'eau , et surtout de l'eau courante, avec la peau saponifiée; les premières peuvent être comparées à ces ouvertures qui résultent d'une gangrène survenue à la peau placée sur un vaste foyer purulent; les secondes à un ulcère. Les unes ne s'observent jamais que dans les deux ou trois premiers mois de séjour dans l'eau ; elles correspondent à du tissu cellulaire en putréfaction ; les autres ne se rencontrent, en général , qu'après trois mois ; et toujours sur la peau ou sur le tissu cellulaire saponifié , mais les bords des destructions de peau sous l'influence de la putréfaction en vert et en brun , peuvent prendre plus tard les caractères de corrosions ( c'est le cas où ayant eu lieu dans les premiers mois du séjour dans l'eau, leurs bords se corrodent par suite d'un contact plus long-temps prolongé avec l'eau). Les mains et les pieds sont complètement dénudés ; la graisse sous-cutanée de la face , d'une grande partie du col , des mains et de la partie antérieure des cuisses est convertie en gras de cadavre. Le tissu cellulaire n'offre plus cette teinte i-ouge des époques précédentes; il est plus consistant, filandreux, se laisse tirer et déchirer comme de la filasse , dans la région du col et dans celle

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des aines. Tous les muscles placés superficiellement et particulièrement ceux qui appartiennent aux régions du corps dans lesquelles la putréfaction a commencé, perdent leur teinte rouge brunâtre , pour prendre une couleur rosée ; leur tissu encore flasque est abreuvé de sérosité. Les poumons ne remplissent plus comme aux époques précédentes la cavité de la poitrine; ils laissent entr'eux et la plèvre costale un espace rempli de sérosité rougeâtre. Le péricarde et le tissu cellulaire ambiant ont pri.s une teinte rouge brune foncée ; la sérosité sanguinolente qu'il contient parait être moindre qu'aux époques précédentes , mais elle semble moins liquide et plus foncée en couleur. Le cœur mou , flasque conserve la couleur noir de jais dans les cavités où le sang a séjourné ; le foie ramolli est d'un brun verdâtre ; la vésicule biliaire vide de bile ; les intestins sont d'un rouge brique ; la nfembrane interne de l'estomac est le plus souvent soulevée par des gaz; toutefois ce phénomène peut se rencontrer à une époque bien antérieure.

Quatre mois et demi. Cuir chevelu presque totalement dépourvu de cheveux, décollé des os du crâne , en grande partie détruit sur toute l'étendue du front. 11 n'existe plus que quelques débris des paupières; les yeux sont affaissés; les parties molles du nez n'existent plus; les lèvres , de'sorganisées par la putréfaction, laissent à nu les arcades dentaires et une partie des os maxillaires. L'ensemble de la tête, et particulièrement la face, est plus ou moins déformé suivant la position que le cadavre a gardée et les pressions auxquelles ces parties ont été soumises ; la peau du col , de la partie antérieure et latérale du tronc est d'un vert grisâtre parsemée de taches noires ; celle des cuisses est jaunâtre, plus consistante, plus dense; on commence à y apercevoir une série de petits mamelons plus durs que le reste de la peau et qui dénote l'origine des incrustations calcaires que l'on remarque à une époque plus avancée; les jambes présentent des taches d'un bleu foncé. Le tissu cellulaire de la face , du col , de la partie antérieure des cuisses est totalement saponifié. Le reste du tissu cellulaire est le siège d'un développement considérable de gaz qui donnent à toutes les parties une forme arrondie contre nature. Un grand nombre de muscles présente une teinte rosée très-prononcée. Il e.xiste de larges destructions de peau corrodées , à la partie interne des deux jambes , qui mettent à nu le tibia dans presque toute son étendue ; une foule de corrosions sont disséminées sur diverses parties du corps. La trachée-artère d'une teinte verdâtre est ramollie, déformée , dépourvue d'élasticité. Le cerveau est en partie putréfié, en partie converti en une matière grasse analogue au gras de cadavre ; c'est principalement en avant que cette transformation est plus complète. Les cavités sphlanchniques paraissent contenir une plus grande quantité de liquide rouge brunâtre qu'aux époques précédentes.

Je n'ai pas pu observer un assez grand nombre de sujets d'une époque plus avancée , pour puiser les caractères que présentent le corps des noyés à cinq, six, sept ou huit mois; mais voici les altérations qui dénotent un séjour de plus de quatre mois et demi : 1» une saponification plus complète de la face , eu même temps qu'une destruction plus étendue des parties molles qui constituent les ouvertures naturelles de cette partie. La saponification a fait des progrès dans les autres parties du corps comme à la face; l" des plaques rosées sont disséminées sur diverses parties du corps; 3° une série de petits mamelons ou tubercules incrustés de sels calcaires sont répandus sur les bras , les cuisses, les épaules ; 4» les muscles off"rent une teinte rosée très-prononcée ; 5o les parois vasculaires sont affaissées , molles , les vaisseaux ne contiennent plus de gaz ; 6" le cerveau diminue beaucoup de volume , il est en grande partie saponifié, off're une teinte assez analogue à celle de la terre glaise.

Un sujet, qui , je crois, avait séjourné de dix à douze mois dans l'eau , m'a offert les différences suivantes : 1" le cuir chevelu totalement détruit, laissant à nu le crâne ; 2o la face dure résonnant sous la percussion ; Z° une série de tubercules ou mamelons sur toute la peau du corps, offrant des différences de forme et de volume, arrondis à la partie antérieure, alongés et analogues à des tuyaux de plume sur l'abdomen, pyramidaux et très-petits sur les épaules et k la partie supérieure du dos. Ces tubercules durs résonnant à la manière d'une substance solide sous le scalpel ou tout autre corps dur; 4" les parties molles des pieds, des jambes détruites, laissant les os complètement dénudés dans toute leur étendue. Il ne reste plus des membres supérieurs qu'un moignon à la partie inférieure duquel l'extrémité inférieure de l'humérus fait saillie. Les mains et les avant-bras ont été entièrement détruits par la décomposition putride; 5" les cavités des plèvres eh le péricarde communiquent avec l'extérieur par de larges destructions de parties molles existantau-dessusdes clavicules, au devant du sternum et des fausses côtes, ainsi qu'entre les côtes elles-mêmes; Q° le tissu cellulaire sous-cutané de la partie antérieure du corps totalement converti en un savon très-léger: celui de la partie postérieure , lardacé, est très-consistant et très-dur; 7° une partie des muscles transformée eu gras de cadavre; 8° les parois artérielles se rapprochent de l'état de la saponification; 9» les membranes séreuses ayant acquis une densité très-considérable; lO" le cerveau totalement saponifié; 1 1° les poumons réduits au dixième de leur volume, leur texture parfaitement conservée, (f^oir, pour plus de détails, un mémoire sur les asphyxies que j'ai publié dans le troisième numéro des Annales d'hygiène et de médecine légale.)

Les tubercules qui se rencontrent à la surface de la peau , sont dus à la saponification des bulbes des poils; en effet, leur forme différente sur les diverses parties est expliquée par la forme différente des bulbes sur telle ou telle partie , ce dont on peut s'assurer en examinant un individu qui a , ainsi qu'on le dit communément , la chair de poule. Leur accroissement en volume est le fait de la saponification ; celte transformation produit cet effet sur toutes les parties qui en sont le siège.

Déterminer depuis combien de temps le cadavre d'un individu est dans l'eàu. — Les notions fournies par les auteurs de médecine légale nous ont mis jusqu'alors dans l'impossibilité de résoudre cette question , si souvent adressée aux médecins par l'autorité, et si souvent résolue par eux de la manière la plus inexacte. J'ai vu plusieurs procès-verbaux qui donnaient à des cadavres huit à douze jours de séjour dans l'eau quand ils y étaient restés un , deux, et même quelquefois trois mois. Les détails dans lesquels je viens d'entrer , et qui sont le résultat de recherches faites à la Morgue de Paris pendant l'année 1829, sur soixante-trois sujets, me mettent à même de donner des approximations. Toutefois, je dois prévenir que ces observations ont été recueillies pendant les mois de janvier, février, mars et avril, qu'une température constamment basse a eu lieu durant cet intervalle de temps , et que , si l'on appliquait aux noyés retirés de l'eau , pendant l'été, les altérations que j'ai observées en hiver , on serait induit en erreur. En effet , la température des mois d'élé apporte des différences extrêmement grandes dans la marche de la putréfaction, ainsi que je m'en suis assuré en poursuivant mes recherches. Tout ce que j'ai dit est donc seulement applicable à ce qui a lieu en hiver , que si je cherche à rassembler quelques caractères assez tranchés pour déterminer depuis combien de temps un noyé est resté dans l'eau, je suis conduit à admettre les moyennes suivantes: Trois à cinq jours , rigidité cadavérique , refroidissement du corps , pas de contraction musculaire sous l'influence du fluide électrique , épiderme des mains commençant à blanchir ; le reste du corps dans l'état d'un cadavre qui n'a pas subi de décomposition. Quatre à huit jours : souplesse de toutes les parties, pas de contractions sous l'influence du fluide électrique, couleur naturelle de la peau, épiderme de la paume des mains très-blanc. Huit à douze jours : flaccidité de toutes les parties , épiderme de la face dorsale des mains commençant à blanchir , face ramollie , présentant une teinte blafarde différente de celle de la peau du reste du corps. Quinze jours environ : face légèrement boufHe, rouge par places, teinte verdâtre de la partie moyenne du sternum , épiderme des mains et des pieds totalement blanc et commençant à se plisser. Un mois environ : face rouge brunâtre , paupières et lèvres vertes ; plaque rouge brune, environnée d'une teinte verdâtre à la partie antérieure de la poitrine ; épiderme des mains et des pieds blanc , développé et plissé comme par des cataplasmes. Deux mois environ : face généralement brunâtre , tuméfiée ; cheveux peu adhérens, épiderme des mains et des pieds en grande partie détaché, ongles encore adhérens. Deux mois et demi : épiderme et ongles des mains détachés , épiderme des pieds détaché, ongles encore adhérens, coloration en rouge du tissu cellulaire sous-cutané du col , de celui qui environne la trachée et les organes contenus dans la cavité de la poitrine; chez la femme, saponification partielle des joues, du menton , superficielle des mamelles , des aines, de la partie antérieure des cuisses. Trois mois et demi : face méconnaissable, destruction d'une partie du cuir chevelu, des paupières, du nez; saponification partielle de la face, de la partie supérieure du col et des aines; corrosion et destruction de la peau sur diverses parties du corps , épiderme des mains et des pieds complètement enlevé, ongles tombés. Quatre mois et demi : saponification presque totale de la graisse de la face, du col , des aines et de la partie antérieure des cuisses; commencement d'incrustation calcaire sur les cuisses , commencement de saponification de la partie antérieure du cerveau; couleur opaline de la plus grande partie de la peau; décollement et destruction de la presque totalité du cuir chevelu , laissant à nu toute la calotte osseuse qui commence à être très-friable. Que si la nature d'un dictionnaire me permettait de donner plus d'étendue à cet article, je fournirais ici quelques notions sur les modifications que les divers tissus .de l'économie éprouvent par le fait de la putréfactien; je suis obligé de renvoyer mes lecteurs au mémoire déjà cité.

Des signes à l'aide desquels on peut déterminer si un individu était vivant au moment de son immersion dans l'eau. — La science ne peut fournir sous ce rapport quedes données qui, prises isolément, sont souvent incertaines, et qui, groupées, réunies, coordonnées, peuvent quelquefois conduire à des résultats positifs. M. Marc est un de ceux qui ont le mieux précisé ce que l'on pouvait attendre de ces signes , dans un mémoire publié à la suite du Manuel d'autopsie cadavérique de Rose, traduit et publié en 1808. Depuis cette époque, M. Orfila a fait de nouvelles recherches : elles ont confirmé ce que M. Marc avait avancé; on doit cependant de plus à M. Orfila d'avoir éclairé par des expériences sur les animaux des faits importans. Je me suis livré pendant six mois à des recherches analogues sur les noyés de la Morgue, et je n'ai pas été plus heureux que ces savans médecins légistes ; les exemples ne me manquaient pourtant pas, car il entre chaque année dans cet établissement plus de trois cents sujets, dont la plus grande partie appartient à des noyés. J'examinerai successivement les signes donnés par les auteurs , en les envisageant isolément ; je tâcherai de les grouper ensuite pour en déduire les conclusions générales. Pour qu'un signe démontre qu'un individu était vivant au moment de l immersion dans l'eau , il faut 1° que ce soit un phénomène vital qui le développe ; 2" que ce phénomène ne puisse pas avoir lieu dans un autre genre de mort; 3° qu'autant que possible il se présente constamment. C'est sous ce triple rapport que je vais les envisager. 1° La face , a-ton dit, est bouffie^ rouge, livide; tes paupières sont entrouvertes, les pupilles dilatées, la bouche close, la langue entre les dents ; une bave écumeuse existe aux narines et à la bouche. Cette description comprend tous phénomènes purement cadavériques ; il faut seulement en excepter l'ia situation delalangue entre les dents , qui d'abord est loin d'être constante, et qui se trouve ensuite chez presque tous les pendus ; 2° la dilatation de la pupille, qui du reste est commune à une foule d'autres genres de mort. Les altérations de la face se succèdent chez les noyés de la manière suivante : elle se ramollit , se distend par des gaz , prend une teinte verte , puis une teinte brune ; les parties les plus

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minces, telles que paupières , ailes du nez, etc., se détruisent; elle acquiert ensuite une couleur opaline par le fait de la saponification de la peau; des corrosions superficielles ont lieu, et enfin elle s'incruste de sels calcaires. 2° La peau du cadavre est pâle ; les membranes muqueuses qui tapissent les ouvertures naturelles sont blanches et décolorées : Il suffira de jeter un coup d'œil sur ce que j'ai dit des changemens que subit la peau aux diverses époques pour apprécier la valeur de ce signe. Je ne ferai ici qu'une remarque , c'est que la couleur de la peau est tout-à-fait modifiée par son contact avec l'air; en été, ces changemens sont tellement prompts, qu'un cadavre , après deux heures d'exposition à l'air, est méconnaissable. Lorsque le cadavre a de dis jours à deux mois d'eau, la putréfaction est très-rapide; mais. plus le cadavre s'éloigne de deux mois de séjour dans ce liquide , et moins il s'altère à l'air. 3° // existe des écorchures [aux doigts : Je n'ai vu ce signe qu'assez rarement ; il peut se produire après la mort par le passage de bateaux sur les mains du cadavre, comme il peut avoir !lieu pendant la vie. Il disparaît du moment que l'épiderme des mains se développe par imbibitiou d'eau. 4» Les ongles présentent dans leur concavité de la houe, delà vase et du sable : Ce caractère, qui entraînerait avec lui l'idée de vie, puisqu'il suppose des efforts faits par l'individu pour saisir les corps qui l'environnent, peut avoir lieu après la mort lorsque le sujet est dans une rivière où un peu de vase ou de sable se trouve tenu en suspension : il est du reste assez I commun. 5» Les vaisseaux veineux du cerveau sont gorgés de sang ; les ventricules cérébraux renferment de la sérosité ; la substance cérébrale est dans l'état naturel : Chez presque tous les noyés où la mort est due à une asphyxie Jnixte, il existe une quantité très-notable de sang dans les vaisseaux veineux du cerîveau; la substance même de cet organe est en général très-piquetée , et les ventricules contiennent ou ne contiennent pas de sérosité. Cet état est applicable jaux noyés qui n'ont séjourné que peu de temps dans l'eau; mais, dans le cas j contraire, on voit d'abord la substance corticale présenter une teinte verdàtre, jdes gaz se développer entre le cerveau et ses enveloppes et distendre celles ci. I Bientôt cet organe s'affaisse, puis la substance blanche prend une teinte verte en même temps que la substance corticale se ramollit, se réduit en une matière pultacée, et soit que les gaz exercent sur elle une pression , soit l'effet de la position du cadavre, j'ai rencontré une fois la substance pultacée remplissant et [distendant la veine jugulaire interne et la veine cave supérieure; enfin la substance blanche se saponifie presque complètement, maisjlfaul alors dix à douze mois pour produire cette transformation. 6» L'épiglotte est abaissée : Ce fait est faux; l'épiglotte ne s'abaisse que dans les cas où la putréfaction a fait perdre à son cartilage l'élasticité dont il était pourvu. 7° // existe de l'écume et de l'eau ^dans la trachée-artère : Les opinions des auteurs ont été long temps partagées sur ce point. Wepfer , Conrad, Becker, "Waldschmidt, Littre et Petit n'ont pas trouvé d'eau dans les divers sujets de leurs recherches. Morgagni, Haller, Unyer, Fothergill, CoUemann , Evers, Desgranges, Fine de Genève et M. Marc assurent que, chez quelques noyés, on ne trouve ni eau ni écume. Evers a admis l'entrée de l'eau et la formation de l'écume dans la presque totalité des cas de submersion ; il a nié la possibilité de l'entrée de l'eau dans la trachée après la mort. Louis a inséré dans ses œuvres diverses de chirurgie un mémoire dans lequel il démontre qu'il se forme de l'écume dans la trachée des noyés, et qu'il y entre de l'eau. Louis a eu le premier l'idée, pour se convaincre de ce dernier fait, de plonger des animaux dans des liquides colorés par de l'encre et dans une eau bourbeuse. Il a vu que le liquide pénétrait dans la trachée , et Iquelquefois même dans les dernières ramifications des bronches ; il plongea imême des chiens dans l'eau, en faisant immerger seulement la tête et en les tenant suspendus par les pâtes postérieures. Goodwin répéta les expériences de Louis , et afin de s'assurer d'une manière positive de l'entrée de l'eau dans lia trachée, et faire dissiper toute idée qu'une sécrétion se soit effectuée au ■jmomentoù l'animal luttait contre la mort, il fit périr trois animaux dans ie mercure , et trouva une quantité très-notable de ce métal dans les voies aériennes. Berger, Orfila , RolJet et Piorry furent conduits aux mêmes résultats. Les jexpériences de M. Piorry portent à penser qu'il ne se forme d'écume que dans Iles cas où l'animal ne reste pas constamment entre deux eaux , mais qu'il vient respirer à sa surface. Les observations de MM. Marc et Orfila et les miennes permettent d'établir à l'égard de l'homme les faits suivans : on trouve de l'écume et de l'eau dans la trachée-artère d'un très-grand nombre de noyés , pourvu |qu'ils soient examinés avant le dixième ou le douzième jour de la submersion. Il est rare qu'elle s'y rencontre après cette époque , ou au moins elle ne «consiste plus qu'en quelques bulles placées à la division de la trachée-artère. Dans quelques cas plus rares , on ne trouve ni eau ni écume.

L'entrée de l'eau dans la trachée est-elle nécessairement le résultat d'un phénomène vital? Louis a tenu dans l'eau pendant plusieurs heures des animaux qu'il |avait étouffés auparavant. Il n'est jamais entré , dit-il, une seule goutte d'eau dans leurs poumons. Ed. Jenner Cox a publié en 182G des expériences, desquelles il tire cette conclusion , qu'on ne trouve jamais d'eau dans les poumons jdes chats que l'on a fait périr par strangulation, et dont les cadavres ont été laissés pendant douze ou quatorze minutes dans l'eau , à moins toutefois que le (ventre n'ait été comprimé; car alors l'air et les mucosités qui sont expulsées des ipoumons permettent au liquide de s'y introduire. Evers a émis la mêmeopinion. |MM. Orfila et Piorry déduisent au contraire de leurs expériences qu'il entre ? constamment de l'eau dans le canal aérien des chiens que l'on a fait périr par I strangulation, et que l'on a plongés dans l'eau peu de temps après la mort; 'qu'elle peut même pénétrer jusqu'aux dernières ramifications bronchiques , si l'animal a été tenu dans une position verticale, la tête en haut; en un mot , \ comme s'il eût péri submergé. L'entrée de l'eau dans les voies aériennes n'est donc pas nécessairement le résultat d'un phénomène vital. Sa présence dans 1 a

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trachée i dans les bronches , et même dans les dernières ramifications bronchiques , n'est pas un signe certain que l'individu ait été vivant au moment de l'immersion , quand même il serait démontré que l'eau est de même nature que le liquide dans lequel l'individu a été trouvé noyé. Je dois ajouter que cette conclusion n'est pas tout-à-fait rigoureuse, attendu que nous concluons de ce qui arrive chez les chiens à ce qui doit survenir chez l'homme.

La formation de l'écume entraîne-t-elle nécessairement l'idée de vie? Pour que de l'écume se forme, il faut : 1» un liquide, 2" de de l'air, 3° une force motrice pour en déterminer le mélange. Le liquide doit être un peu plus visqueux que l'eau ; or , l'eau qui pénètre dans la trachée , est dans toutes les conditions les plus favorables à la formation de l'écume , car elle se mêle à une petite quantité de mucus de la trachée. Il est important d'insister sur le mécanisme de sa formation , et afin de bien l'apprécier, je rechercherai comment il peut s'en produire dans les cas autres que dans l'axphyxie par submersion, dans un pneumonie aiguë, par exemple. L'individu est sollicité h cracher, parce que les ramifications bronchiques sont pleines de mucus et d'air, en sorte que le besoin de respirer nécessite la vacuité de ces ramifications. Le crachat est écumeux parce que l'air est battu avec le mucus. Il est d'autant plus écumeux, qu'il se forme dans les plus petites ramifications des bi-onches où le mucus et l'air sont mieux battus et plus divisés. Ici nous retrouvons les trois conditions pour la formation de l'écume : air, liquide et force expulsive; que si l'irritation avait lieu dans la trachée ou dans les premières divisions des bronches , les crachats seraient beaucoup moins écumeux , parce que , les conduits étant plus larges, l'air serait beaucoup moins battu avec le mucus. Ces notions me conduisent pour les noyés à une conséquence importante, à laquelle les médecins légistes n'ont pas encore réfléchi , savoir , que l'existence de l'écume seulement dans la partie supérieure de la trachée-artère et dans le larynx est une preuve plus certaine de la submersion pendant la vie, que dans les cas où elle se rencontre seulement dans les dernières ramifications des bronches, puisque dans la mort parasphyxie, sa formation peut avoir facilement lieu dans ces derniers conduits, et plus difficilement dans les premiers. En résumé, la formation de l'écume entraîne nécessairement avec elle l'idée de la vie.

Peut-on rencontrer de l'écume dans d'autres genres de mort ? M. Orfila admet qu'il n'est pas nécessaire que de l'eau pénètre dans la trachée pour qu'il se forme de l'écume ; que la trachée-artère des pendus en contient presque toujours. Quant à la première assertion, elle est le résultat de l'observation journalière ; et M. Piorry a constaté récemment ce fait chez des individus qui ont succombé à des maladies dans lesquelles la mort avait eu lieu par asphyxie. Pour la seconde , je suis loin de la nier ; mais j'ai ouvert treize pendus depuis peu de temps , et je n'ai jamais rencontré d'écume dans leur trachée. Je pense, au surplus , qu'il est peut-être nécessaire de bien préciser la nature de cette écume et d'en établir les caractères afin qu'on ne la confonde pas avec les crachats écumeux. L'écume des noyés est ordinairement blanche , à bulles trèspetites et très-mullipliées, constituant plutôt une mousse qu'une écume. Elle n'adhère jamais à la trachée par des mucus, mais elle est immédiatement appliquée sur ce conduit. La même eau légèrement visqueuse qui la forme est aussi celle qui l'attache à la trachée ; toutes les bulles qui la constituent ont une enveloppe aqueuse très-fine ; elles se laissent facilement diviser , et souvent à l'ouverture de ce conduit la plus grande partie s'affaisse à l'instar des bulles de savon. L'eau écumeuse des noyés n'a donc que peu d'analogie avec les crachats, soit de la pneumonie , soit du catarrhe , et il suffira de l'avoir observée avec attention pour ne pas la confondre.

8o On retrouve dans la trachée-artère et les bronches des débris de végétaux , de la vase ou des portions d'alimens : Ces cas sont assez rares ; la vase n'existe qu'après un séjour long-temps prolongé dans l'eau ; les débris d'alimens sont le fait de la putréfaction. 9° Les cavités droites du cœur . les veines caves , les veines et les artères pulmonaires sont distendues par une grande quantité de sang noir. Il y en a beaucoup moins dans les cavités droites et les vaisseux aortiques, qui pourtant ne sont jamais vides , comme le prétendait Currie. Le ventricule droit est brunâtre , le gauche d'un rose clair. Tous ces faits répétés par les auteurs ont été trop généralisés, a. Il est rare de rencontrer les troncs veineux et les cavités droites gorgées de sang; elles en contiennent, mais elles ne sont presque jamais distendues : les artères en renferment presque toujours une quantité très-notable ; b. l'état des vaisseaux étant le résultat du genre de mort auquel a succombé l'individu , peut varier chez les noyés comme le genre de mort; s;, la coloration du ventricule droit ne se rencontre jamais chez les noyés récens; elle est le résultat du séjour prolongé de ce fluide, et probablement d'une décomposition du sang ; car à l'époque où elle se manifeste , déjà il n'existe plus de sang dans ces cavités , des gaz se sont développés , et tous les vaisseaux veineux sont vides. lO" Le sang est et reste fluide pendant plusieurs heures , même dans les vaisseaux qui pénètrent la substance des os : L'existence des caillots est très-rare chez les noyés; je ne l'ai observée qu'une s.eule fois. La fluidité est telle qfxe le sang coule comme de l'eau. Mais cette fluidité me paraîtrait devoir être commune à tous les cas où la mort est subite ; au moins est-ce une observation que j'ai faite sur un grand nombre de suicidés autrement que par la submersion. Je dois ajouter que dans ces cas elle n'égale jamais celle du sang des noyés. Ce phénomène pris isolément ne peut cependant pas être regardé cumme un signe de submersion pendant la vie.

I lo Les noyés succombant dans l'inspiration , le diaphragme est refoulé vers l'abdomen , et la poitrine est élevée. Je ne sais pas comment on a pu émettre un pareil raisonnement. En supposant même que le fait fût exact , le diaphragme et les côtes ne reprendraient-ils par leur situation normale sous l'influence de leur élasticité et de la pression atmosphérique ? Ce n'est donc pas là un signe

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