ASTHÉNIE
Ces trois derniers assaisonnemens sont très-stimulans , et ne conviennent qu'à très-peu de personnes. {Voyez Poisson , à l'article' Alimens. )
Truffes. Cryptogame très-recherché , contient de la fécule; il est stimulant et nutritif. Les meilleures truffes sont noires en dehors et en dedans : ce sont celles du Périgord. Celles de Bourgogne sont noires en dehors et blanches en dedans ; celles de Provence, grisâtres en dehors et en dedans, sont les moins estimées des trois espèces. Les truffes ne jouissent pas de propriétés plus aphrodisiaques que les assaisonnemens aromatiques dont nous avons fait mention précédemment.
. Champignons. — Ce dernier assaisonnement eût pu être rangé au nombre des alimens. En Russie , en Pologne et en Toscane même , il tient , dit-on , lieu de pain pour les pauvres pendant un certain temps de l'année ; il est compose' de fungine, d'acide fungique , d'osmazome, d'une matière animale insoluble dans l'alcool, d'albumine, d'adipocire, d'huile et de sucre.
Le champignon est donc un aliment très-azoté , tenant beaucoup de la nature des chairs , très-nutritif, et d'une digestion assez pénible pour certaines personnes.
Les signes extérieurs sont insuffisans pour distinguer les champignons comestibles des champignons vénéneux. La description des caractères botaniques peut seule suffire, et cependant les espèces les plus saines peuvent devenir vénéneuses lorsqu'on les récolte trop tard, lorsqu'elles sont développées dans des lieux humides, lorsqu'on les conserve trop long-temps, tandis que d'autres espèces également comestibles se conservent parfaitement bien. ( Foj-ez pour plus amples détails , l'article Champignon. ) '
Nous terminerons ce que nous avons h dire sur les assaisonnemens par une remarque qui n'est peut-être pas sans utilité dans la médecine pratique. L'habitude rend les assaisonnemens aussi indispensables que les alimens. Elle met ceux-ci dans l'impossibilité de ne pouvoir , sans l'aide des premiers , servir à la nutrition. Quand on veut soustraire , sans inconvéniens , à l'habitude des assaisonnemens forts, un individu auquel un tempérament énergique et des travaux peu fatigaus les rendent inutiles , mais qui se plaint de ne rien pouvoir digérer sans leur secours , il faut commencer par le réduire à une moindre quantité d'alimens, avoir soin que ceux-ci soient de nature à n'exiger que peu de travail de la part de l'estomac. On augmentera ensuite graduellement la dose et la cohésion de ces alimens; et le viscère , dont l'excitabilité avait été épuisée, reprendra bi;eutôtla vigueur nécessaire à la digestion.
Mais si cet état d'apathie de l'estomac coïncide avec de grands travaux musculaires qu'on ne peut suspendre , et s'il devient indispensable de prendre pour la réparation beaucoup d'alimens, alors l'usage des assaisonnemens stimulaiis ne peut être abandonné, car sans eux l'estomac, épuisé comme le reste de l'économie , ne pourrait digérer. Le moyen de remédier à cet inconvénient funeste à la santé , est de réduire à une juste mesure les fatigues musculaires, et cette remarque s'applique également aux actions de tous les genres qui sont Susceptibles de jeter l'économie dans l'épuisement.
Si l'état d'apathie de l'estomac tient à l'apathie générale de la constitution, jcomme cela a lieu chez les sujets d'un tempérament extrêmement lymphatique, il faut, pour remédier à cet état, agir sur tous les organes à la fois; car des assaisonnemens stimulans , sans autre changement dans le régime, ne feraient qu'irriter la membrane muqueuse de l'estomac , sans donner plus d'énergie à ce piscère. Il faut faire coïncider avec les stimulans de l'estomac ceux de la peau ît des poumons , tels que l'air sec et chaud , la lumière solaire , les vêtemens de laine , les frictions , etc. (f^ojrez ces articles.)
Il est bien rare que les langueurs des digestions ne soient le résultat des gas- .rites chroniques. Il faut bien prendre garde de commettre des méprises à cet îgard, car celles-ci sont mortelles. Il existe un moyen sûr de les éviter : ce noyense tire d'une-connaissance exacte des symptômes de la gastrite, ensuite le l'effet produit par l'ingestion des premiers assaisonnemens. Ceux-ci, en effet, ;oncourent à la digestion, si la langueur habituelle est due à la simple faiblesse le l'estomac ; ils augmentent au contraire le malaise éprouvé après l'ingestion les alimens , si celui-ci doit son origine à une irritation gastrique ; de sorte que fuelques verres de vin pur, ou quelques épiées, sont une pierre de touche pour iécider si les langueurs des digestions sont dues à l'inertie de l'estomac ou à son rritation, en supposant que les symptômes laissent quelque obscurité sur ce loint. Il y a pourtant une observation à faire, c'est que certaines personnes, )ien qu'atteintes évidemment de lésions gastriques, digèrent mieux les alimens, orsqu'elles y ajoutent des substances stimulantes, et cependant l'usage contilué de celles-ci, en augmentant l'excitation du viscère , finit par en amener la lestruction.
Tout ce que nous venons d'exposer dans ce passage est applicable , non-seuement aux assaisonnemens proprement dits , mais encore aux boissons fermenées, aux boissons alcooliques, aux boissons aromatiques, qui ne sont réellement |ue des assaisonnemens. (Ch. Lokde).
ASSOUPISSEMENT, rojez Sombolence.
ASTHENIE , s. f. , asihenia , de « primitif, et tsSfMi, force, défau^ de force, iminution des forces , faiblesse générale , suivant les anciennes théories ; iminution générale ou partielle de l'action organique , dans les théories odernes.
L'asthénie générale s'observe quelquefois chez les vieillards , et principaleent chez ceux qui, parvenus à la décrépitude , s'affaiblissent graduellement It meurent de vieillesse. On voit chez eux toutes les fonctions perdre successi- ^ment leur énergie; les sens s'émoussent, les facultés intellectuelles s'affaiilissent; les mouvemens , de plus en plus lents, deviennent impossibles; les igestions se ralentissent j l'appétit disparaît ; les sphyncters se relâchent ; les
inspirations ne se font plus qu'à de longs intervalles ; le cœur cesse de battre , et la vie s'éteint comme la flamme qui manque d'aliment s'évanouit. L'asthénie générale s'observe encore chez les individus épuisés par les excès vénériens , par l'allaitement , par les suppurations excessives, la sécrétion trop abondante du mucus, de la salive , les longues hémorrhagies , et par le défaut d'alimentation suffisante. La langueur de toutes les fonctions la caractérise suffisamment pour qu'il soit facile de la reconnaître; la nature de la cause éclaire d'ailleurs le diagnostic.
On doit rapprocher de l'asthénie générale , celle qui frappe quelquefois l'un des systèmes élémentaires de l'économie, le système cellulaire, le système nerveux, et le système vasculaire sanguin; on ne connaît pas l'astliénie du système lymphatique. Mais elle est presque toujours sympathique de l'irritation de quelque organe important. C'est ainsi que le marasme est le plus ordinairement l'effet des maladies prolongées ; Vanesthésie , le symptôme d'un état morbide du cordon rachidien ou du cerveau ; et Vancmie , le résultat de quelques phlegmasies chroniques. Cependant le marasme ou la maigreur extrême existe quelquefois indépendamment de toute maladie. C'est l'état habituel d'une foule d'individus ; et l'on voit la maigreur portée à tel point chez quelques-uns, que sans qu'il en résulte pour eux une maladie réelle, ils ne jouissent cependant que d'une santé précaire. Ainsi , ils sont excessivement sensibles au froid , leur sauté se dérange pour la moindre cause, et surtout à la moindre infraction à leurs habitudes ; ils n'ont de goût que pour un petit nombre de rùets , et tous les autres leur sont nuisibles. L'anesthésie générale se rencontre aussi quelquefois sans lésion aucune du cerveau ou du cordon rachidien. Les individus chez lesquels on l'observe , ont les mouvemens lents , l'intelligence obtuse, le caractère apathique; chez eux, les phénomènes inflammatoires, quand il en survient, sont en général peu marqués, les sympathies difficilement mises en jeu, et les organes se détruisent parfois sourdement sans provoquer des phénomènes morbides en rapport avec le degré de leur désorganisation. Enfin , l'anémie s'observe chez quelques judividus sans être produite par la souffrance d'aucun organe. Ces individus sont pâles , leurs chairs sont flasques , ils s'œdématient facilement; on aperçoit à peine leurs veines sous-cutanées , et elles sont très-petites ; leurs phlegmasies affectent dès le début ou revêtent promptement le caractère chronique ; enfin , ils supportent en général assez mal les évacuations sanguines. Ces trois états d'asthénie presque générale sont précisément les états opposés à Vobésité, Yexaltation neri^euse , et la pléthore sanguine.
'L'asthénie locale ou partielle se développe souvent sous l'influence de causes excitantes, et principalement de celles qui augmentent la fonction des organes. Ainsi , le cerveau long-temps et fortement excité par le travail et la méditation, tombe fréquemment dans un collapsus, un véritable état asthénique, que le rend inpropre à l'exercice de la pensée, si des excitans énergiques ne le sortent de sa torpeur. II en est de même des organes des sens et du système musculaire ; leur action s'épuise , pour ainsi dire, par l'exercice exagéré de leurs fonctions, et ils deviennent ensuite inhabiles à agir pendant un temps plus ou moins long. D'autres causes irritantes peuvent encore produire l'asthénie, mais c'est après avoir provoqué d'abord l'inflammation ; ou plutôt , ce dernier état morbide laisse quelquefois après lui , dana les tissus qu'il a occupés , un véritable état asthénique qui réclame l'emploi des stimulans, mais qui n'est pas en général de longue durée. L'asthénie locale est aussi produite par l'action directe de certaines causes , telles que le froid humide , l'absence de la lumière , les alimens fades , muqueux , non excitans , les mucilages , les émoUiens , l'application prolongée des astringens , les bains tièdes , l'opium , les gaz délétères , la digitale , etc. ; et comme l'asthénie générale , elle peut être encore l'effet des suppurations et des hémorrhagies trop considérables. Quelquefois elle se développe par l'absence des stimulans ; mais cela est rare , et l'on sait que les sens de la vue , de l'ouïe et du goût deviennent plus vivement impressionnables à la lumière , aux sons et aux saveurs , lorsqu'ils sont depuis long-temps sans exercice. Enfin, dans quelques cas, l'asthénie de certains organes est héréditaire , et les causes n'en sont pastoujours connues. Nous ne parlons pas ici de l'asthénie qui est l'effet de l'irritation d'une autre partie ; dans ce cas , cet état morbide n'est plus qu'un symptôme.
L'asthénie est susceptible de plusieurs degrés , depuis la simple diminution d'action d'un organe ou d'un tissu jusqu'à sa paralysie complète. Cependant , si dans les organes des sens , dans le cerveau , et dans quelques glandes , elle peut s'élever jusqu'à la perte complète de la fonction , il ne paraît pas qu'il en soit de même pour les organes de la vie végétative. Disons plus, leur paralysie ne nous paraît pas possible , dans le cœur , dans les poumons , dans l'estomac et dans les reins; elle serait suivie dHjne mort prompte qui ne laisserait pas même le temps de la reconnaître; et , par analogie, nous pensons que le foie et le pancréas n'en sont pas susceptibles. En interrogeant les faits, d'ailleurs, nous voyons qu'il n'existe dans les auteurs aucun exemple bien évident de l'une ou de l'autre de ces paralysies. Les paralysies du rectum et de la vessie sont seules bien constatées ; mais elles portent principalement sur les sphyncters, et l'on sait en outre que ces parties appartiennent autant au domaine de la vie animale qu'à celui de la vie nutritive.
Certains états morbides des organes de la vie végétative ont été pris pour des paralysies, et n'en sont réellement pas. Ainsi, il arrive quelquefois que des corps gazeux , solides ou liquides , s'accumulent dans leurs cavités , et les distendent outre mesure. Cette distension est parfois portée au point de devenir elle-même un obstacle à l'accomplissement d'une fonction , comme lorsque l'estomac, les intestins ou la vessie, ampliés au-delà de certaines bornes, ne peuvent plus réagir sur les matières qu'ils contiennent. C'est alors
ASTHENIE.
ASTHME
que Ton dit que ces organes sont paralysés ; on le dit siirloul de la vessie. Mais il est évident qu'il n'y a pas là de véritable paralysie , car il suflit presque toujours, pour rendre dans ce cas à la vessie, par exemple, le ressort qu'elle a momentanément perdu , d'évacuer par le cathétérifime l'urine qui la distend.
L'asthénie est ordinairement continue , mais il n'est pas rare de l'observer interuiittente ; dans ce dernier cas, elle n'est jamais précédée de frisson, ni suivie de sueur comme cela s'observe dans les irritations qui affectent cette marche.
Les phénomènes locaux dont s'accompagne l'asthénie dans tous les tissus sont de quatre ordres; tantôt ils consistent dans la pâleur et le refroidissement des tissus , ou la diminution générale de la masse du sang, ou la suppression d'un écoulement sanguin habituel^ tantôt le tissu a perdu la faculté de sentir ou de se mouvoir , ou , si c'est le cerveau , la faculté de penser ; dans quelques cas , la nutrition seule de la partie asthéniée diminue; enfin, dans un plus petit nombre de circonstances , une sécrétion naturelle ne peut plus s'exercer. La première de ces variétés de l'asthénie constitue les asthénies sanguines , c'est l'état opposé à l'inflammation et à l'hemorrhagie ; la seconde forme ies asthénies neri'euses , c'est l'état contraire aux nécroses ; la troisième comprend les asthénies nutritives ou atrophies, c'est le phénomène morbide opposé aux irritations nutritives ou hypertrophies ; enfin , la quatrième renferme les asthénies sécréloires , état contraire aux irritations sécrétoires ou hyperdiacrisies.
L'asthénie d'un organe, quelque important qu'il soit dans la chaîne des fonctions , n'entraîne pas en général l'asthénie des autres parties. Ainsi , l'asthénie du cerveau de l'idiot ne trouble en rien le jeu des autres fonctions. Qu'une partie irritée exerce au loin de nombreuses influences, cela se conçoit; dans l'état normal, elle agissait déjà sur plusieurs organes , elle doit nécessairement les influencer davantage lorsque son action organique augmente. Mais lorsque, au contraire, son action organique s'affaiblit, l'influence sympathique qu'elle exerce doit nécessairement aussi diminuer dans la même proportion , jusqu'au point de l'isoler , pour ainsi dire , du reste de l'économie , si elle se paralyse complètement. Cette vérité , émise pour la première fois par M. Bégin, nous paraît incontestable. Mais , comme le fait observer notre savant collaborateur, il faut distinguer dans les maladies par faiblesse, ce qui appartient à la débilité locale de ce qui est produit par l'interruption des fonctions de l'organe affaibli. En efl'et , si l'estomac affaibli ne provoque pas un état sympathique d'asthénie dans les autres organes, il en entraîne cependant la débilité , en ne faisant plus subir aux alimens une élaboration suffisante. C'est faute d'avoir fait cette distinction importante que des médecins du plus grand mérite ont soutenu qu'un organe asthénié exerçait des sympathies.
Il suit de ce qui précède , que les symptômes de l'asthénie sont en général peu nombreux et bornés à l'organe affecté. Ces symptômes sont toujours en quelque sorte passifs; ils consistent dans la langueur d'un système, ou dans la suspension d'une ou de plusieurs fonctions, ou dans le défaut de nutrition d'un organe. On ne voit jamais les asthénies véritables augmenter la chaleur générale ni accélérer les contractions du cœur ; aussi, quelle que soit l'apparence asthénique d'une maladie , lorsqu'elle s'accompagne de ces deux symptômes, elle n'est jamais sans mélange d'irritation ; et souvent même ce dernier état morbide la constitue toute entière; l'asthénie n'est plus qu'un symptôme. Telle est l'asthénie que produisent les gaz délétères et les miasmes, lorsque leur action n'est pas assez forte pour donner la mort immédiatement et que les tissus réagissent contre leur influence; telle est aussi celle que font naître les grands foyers de putréfaction et les gangrènes humides.
La nature de l'asthénie semble, dans la plupart de ces cas, consister dans un épuisement du fluide nerveux, comparable en tout à l'épuisement du fluide galvanique dans une pile qui vient de produire de grands effets. Ainsi le collapsus dans lequel tombent les facultés intellectuelles après une trop forte contention d'esprit, l'anaphrodisie prolongée qui suit quelquefois les excès vénériens, la diminution ou la perte de la sensibilité ou du mouvement d'une partie , sans lésion quelconque d'une portion du système nerveux , ne ressemblent-ils pas à ime sorte d'épuisement matériel du fluide qui produit l'intelligence, les désirs amoureux, le sentiment et le mouvement. Cette hypothèse me parait très-probable. Je penche donc à croire que l'asthénie de tous les tissus reconnaît pour cause une diminution partielle de l'influx nerveux , et que les stimulans n'agissent qu'en excitant l'abord de ce fluide. Enfin , ce qui vient encore à l'appui de ces idées, c'est que l'appareil producteur du fluide reprend surtout son énergie par le repos, tandis que les tissus dans lesquels nous supposons le fluide diminué de quantité , ne regagent le ton qu'ils ont perdu que par les excitans , ce qui offre la plus parfaite analogie avec les principaux phénomènes électriques. Dans quelques cas , la nature de l'asthénie ne paraît pas être telle que nous venons de la supposer; ce sont les asthénies par gaz ou par miasmes délétères qui semblent principalemeut échapper à cette théorie. Mais, en y réfléchissant , on voit qu'elles s'y rattachent avec autant de facilité que les autres. N'esl-il pas probable , en effet , que les gaz et les miasmes délétères agissent en neutralisant le fluide nerveux, et n'est-ce pas ainsi seulement qu'on peut concevoir qu'ils donnent parfois immédiatement la mort ?
Le traitement de l'asthénie en général se compose de stimulans et d'un régime excitant et tonique. Les spiritueux , les éthers , et toutes les substances à odeur vive et pénétrante ; les toniques proprement dits , le calorique, l'électricité, l'clectro-puncture , les rubéfians , les caustiques et tous les médicamens à propriétés spéciales, tels que les sudorifiques , les vomitifs, les purgatifs , les diuréti(/ues , les sialagogues , les cmménagogues et les ahortiys , sont tous des stimulans , et offrent de précieuses ressoui'ces aux praticiens pour réveiller l'ac-
tion engourdie des organes frappés d'asthénie. On exposera les règles de leur emploi en traitant de chacun d'eux en particulier. Des alimens sains, excitans et Irès^-nourrissans , tels que les bouillons gras , les consommés , les viandes rôties , l'usage modéré d'un bon vin, l'exercice à dieval , tous les exercices gymnastiqucs bien dirigés , un sommeil habituel de six à sept heures et à des heures réglées, une température chaude , l'habitation à la campagne et dans un lieu sec et un peu élevé , des vêtemens de flanelle , des frictions sèches ou aromatiques sur tout le corps, des bains frais suivis d'un court sommeil et d'un léger repas ; telles sont les bases du régime qui convient dans l'asthénie. C'est dans l'histoire particulière de chaque asthénie que l'on fera connaître les modifications qu'il doit subir selon les cas.
On peut regarder comme des asthénies sanguines : Vanémie, \e Morose et Vaménorrhée , comme asthénies nerveuses : Vhéméralopie , Vamaurose , le glaucome, la surdité , Yanosmie , Vanaphrodisie , Yaphonie , l'asthénie de I cStoinac^ des intestins, de la vessie, du rectum, l'inertie de l'utérus, l'asthénie des organes génitaux, le coLlapsus cérébral, la démence, V idiotie, la congélation, la sjncopi et Yasphjxie ; comme asthénies nutritives : Y atrophie des membres, celle des testicules ) ell'alopécie ; enfin, comme asthénies sécrétoires : Yagalaxie et ^'aspermasie. Quelques-uns de ces états morbides sont sans doute assez fréquemment symptomatiques d'autres affections ; mais il suffit qu'on les observe quelquefois indépendans de toute autre maladie , pour que nous ayons dû les rau' ger parmi les asthénies. (L.-Ch. Roche. )
ASTHME , asthma , «.aO^i-u, de wco, «rf^atv.-iv , respirer difficilement.
La plupart des auteurs , tout en généralisant le mot asthme de manière à ën faire presque le synonyme de dyspnée , se sont cependant accordés sous ce nom à décrire une maladie de l'appareil respiratoire, caractérisée par une dyspnée intermittente ou rémittente, dont les accès ont lieu le plus ordinairement pendant la nuit, et sont accompagnés de phénomènes que l'on retrouve plus ou moins complètement dans tous les cas où il existe un obstacle quelconque au mécauisaiede la respiration. Ainsi, pour ne parler que des écrivains d'un temps peu éloigné de nous on voit Hoffmann distinguer avec soin l'asthme convulsif des autres espèces d'asthme , et indiquer la périodicité comme un des caractères les plus tranchés de cette affection; Sauvages et Cullen définir l'asthme une dyspnée intermittente, revenant par accès, dans l'intervalle desquels la respiration est quelquefois tout-à-fait libre; Th. Willis rapporter l'asthme au spasme des muscles de la respiration, et Pinel placer cette maladie au rang des névroses de l'appareil respiratoire.
Dans un temps où l'on négligeait les recherches d'anatomie patJiologique , où l'on se contentait trop volontiers des phénomènes les plus apparens pour établir des groupes de maladies purement symptomatiques, on a pu multiplier outre mesure les espèces d'asthme , confondant trop souvent sous un même nom beaucoup des maladies différentes, et qui n'avaient entre elles de commun que la dyspnée qui masquait plus ou moins les autres symptômes. ( Voyez Hoffmann, Morgagni, Sauvages, Millar , Floyer , etc. ) De nos jours, au contraire , on a vu des auteurs tomber dans un excès opposé , vouloir rayer entièrement de la pathologie l'asthme considéré comme maladie essentielle , parce que, dans un très-grand nombre de cas , on croit avoir saisi , à l'aide de tous les perfectionnemens apportés dans le diagnostic , soit sur le vivant , soit après la mort, les lésions matéri^^es de la maladie. Nous verrons toutefois ce qu'il faut penser de l'une et de l'autre opinions, lorsque nous aurons, autant que possible, cherché à réunir les élémens les plus propres à caractériser cette affection, d'après l'étude et l'appréciation rigoureuse de ses causes, de ses symptômes et de son traitement.
§. I. Causes. — Nous distinguons les causes de l'asthme en anatomiques , physiologiques , pathologiques et hygiéniques.
A. Causes anatomiques et physiologiques. — L'étroitesse de la glotte, la susceptibilité extrême de cette ouverture et de la membrane qui tapisse l'intérieur des voies aériennes, la quantité desangqui pénètre le poumon et que beaucoup) de causes peuvent y faire séjourner, semblei-aient bien rendre raison de !la facilité avec laquelle surviennent, chez quelques individus, des accès d'asthme, si ces circonstances anatomiques n'étaient communes à tous les sujets; mais eUrSS concourent du moins à expliquer pourquoi une augmentation passagère de la i sensibilité des voies aériennes, une stase accidentelle du sang dans le poumon, I une étroitesse congéniale ou accidentelle de la glotte , des bronches , de Ja j trachée, une mauvaise conformation qui rétrécit les diamétres de la poitrine, etc., peuvent exposer transitoirement ou d'une manière habituelle certaines personnes à éprouver les atteintes de cette maladie.
Les auteurs s'accordent généralement à regarder l'asthme comme une affection héréditaire, et si l'on peut croire que, dans quelques cas, ils ont confondu sous ce rapport l'asthme nerveux avec une dyspnée dépendant d'une affection organique de la poitrine, il ne paraît pourtant pas douteux que, dans beaucoup de cas , l'asthme ne se soit manifesté avec un caractère purement héréditaire et exempt de toute altération organique appréciable, soit du cœur soit du poumon. ^ne observation de M. Deleiis , rapportée dans le soixante-douzième volume de lu Bibl. méd., est remarquable sous ce rapport. L'âge paraît avou' une influence bien évidente sur la production de l'asllune ; on l'observe rarement dans l'enfance , à moins qu'on ne rapporte à cette affection la maladie^ désignée par les auteurs sous les noms de croup spasmodique, de catarrhe sulPo- 1 cant des enfans , ce qui serait peut-être plus rationnel que ne l'a pensé un praticien distingué de notre époque, qui professe qu'il n'y a rien d'analogue entre ces deux maladies. Mais nous reviendrons sur ce point en discutant le diagnostic de l'asthme.
C'est en général pendant la période de l'âge adulte que l'on observe le plus
ASTHME
iM'nairemenl rasthme; peut-être même , contre l'opinion la plus universelle- 'ïient accréditée, doit-on reconnaître que celte maladie, telle que nous Tenendons, est beaucoup plus rare chez les vieillards que chez les adultes ; car, Ihez les premiers, les phénomènes dyspnéiques sont presque toujours liés à les lésions .organiques de la poitrine , et surtout à des maladies du cœur ou des \tos vaisseaux , comme l'a fort bien démontré M. Rostan , qui a seulement eu e tort de généraliser ce fait au point de nier qu'il existât aucun exemple d'ashme sans lésion organique dans ces parties.
Les hommes sont en général plus sujets à l'asthme que les femmes, et cette emarque n'est peut-être pas inutile à signaler. Nous avons vu , en parlant de 'angine de poitrine, que cette maladie affecte également les hommes plutôt i^ue les femmes ; ajoutons ici, comme une observation assez constante, que la inème préférence a lieu pourles hommes relativement auxnévralgics externes, |ux fièvres intermittentes larvées , etc. , tandis que les femmes sont plus souàent affectées de névralgies abdominales. Certains tempéramens paraissent blus que d'autres prédisposés au développement de l'asthme; en général le lempéiament nerveux proprement dit est celui que l'on regarde comme le plus i'avorable à celte maladie. On l'observe également chez les individus qui offrent les traits d'une constitution pléthorique, dont le col est court, la poitrine grasse , le pouls plein et résistant , la tête volumineuse , le moral offrant tous |es attributs qu'on s'est plu à donner au tempérament bilieux, c'est-à-dire un ^baractère irascible , des passions vives, des idées ambitieuses , etc. lij Les excès vénériens , la masturbation , ont paru dans quelques cas produire ilil'asthrae , et s'il y a de l'exagération dans l'idée de beaucoup d'auteurs , relativement à cette influence, on en conçoit sans peine la réalité quand on se [i'eprésente les effets de l'orgasme vénérien sur la circulation pulmonaire. Les ^causes morales occupent une place importante dans l'étiologie de l'asthme ; on sait quelle puissante influence exercent sur les organes de la circulation et de la respiration, toutes les passions vives et notamment la colère, la frayeur, etc.; aussi voit-on très-souvent l'asthme se développer chez les personnes tourmentées ipar de telles émotions, et les accès se reproduire facilement chez les asthmatiques qui s'y abandonnent sans ménagement.
t B. Causes pathologiques. 11 est d'observation , pour ainsi dire vulgaire , que ïltoutes les maladies organiques peuvent donner naissance à des phénomènes sympathiques ou nerveux , variables suivant la nature et l'importance des oi ga- ,iies qui en sont le siège; c'est ainsi que la néphrite donne lieu à une névralgie (iîlioscrotale , l'hépatite à une névralgie très-souvent cervicale, la métrite à une Sciatique , l'anévrysme de l'aorte , du tronc brachio céphalique , à une névralgie Icerviclae,' etc.; il ne paraîtra donc pas surprenant que l'asthme considéré comme maladie nerveuse , ait pu , dans beaucoup de cas , se développer sous l'influence de causes pathologiques diverses , sans que celles-ci, toutefois , puissent être regardées comme constituant la maladie elle-raêmp. Quoi qu'il en soit, on regarde comme les causes pathologiques les plus fréquentes de l'asthme , les maladies du cœur et des gros vaisseaux, l'ossificationdes cartilages et la soudure des côtes, les phlegmasies chroniques delà muqueuse bronchique, les tumeurs comprimant la trachée-artère, les altérations dans lesquelles étaient compris les nerfs diaphragmatiques ou ceux de la huitième paire ; certaines affections du cerveau même, comme Fodéra et Georget l'on fait observer, et comme nous en avons rapporté un exemple remarquable dans l'ancienne Bibliothèque n.édicale (année 1822) ; enfin toutes les lésions capables d'entraver plus ou moins, soit directement soit indirectement, l'exercice de la circulation pulmonaire et de la respiration.
A cet ordre de causes se rapportent aussi la rétrocession de la goutte, du rhumatisme, la supression de flux habituels , les métastases, etc.; Fabrice de Hilden rapporte qu'un jeune homme de vingt ans fut pris tout à coup d'un violent accès d'asthme auquel il succomba , après la disparition brusque d'une affection cutanée produite par un topique répercussif. Hoffmann dit avoir vu plusieurs fois des accès d'asthme convulsif déterminés par la métastase d'affections arthritiques répercutées par des applications de camphre, d'opium, etc. On a vu quelquefois l'asthme succéder comme par une sorte de transformation morbide à d'autres névroses, et constituer ce que des auteurs ont appelé asthmes hystérique , rhumatismal, hypochondriaque , etc. Quelquefois même, et c'est un fait qui confirme surtout le caractère nerveux de l'asthme, on a vu celte maladie alterner avec des névralgies externes , tels que le tic douloureux , la sciatique, etc.; on l'a vue aussi tantôt coïncider avec le retour d'une fièvre inter. niittente, tantôt la précéder ou lui succéder presque immédiatement. Tels sont les faits rapportés par Casimir Médicus , Torti, Alibert, etc. Les deuxsuivans méritent d'être consignés ici sous ce rapport.
l''I]n jeune officier se portant fort bien, éprouva en 1814 une impression morale très-vive en voyant les troupes étrangères occuper la capitale; il ressentit sur-le-champ beaucoup de malaise et sa respiration devint difficile. Il eut la nuit un violent accès d'asthme ; les nuits suivantes furent aussi pénibles , et ce ne fut qu'après plus de quinze jours que les accidens diminuèrent d'intensité. Corvisart fut consulté et n'aperçut aucun signe de lésion organique ; le malade alla passer l'hiver dans le midi de la France et se rétablit entièrement; mais en 1815 de nouveaux chagrins rappelèrent les accès d'asthme à des intervalles plus éloignés, pendant lesquels la santé était parfaite. Plus tard le malade éprouva une fièvre intermittente très-rebelle , et à peine s'en trouvait-il débarrassé qu'il fut pris d'un violent accès d'asthme , après un bain tiède et un séjour de quelques heures dans une salle de spectacle. On ne remarquait alors aucun changement dans l'état de la circulation ; les accès se répétèrent quatre ou cinq nuits de suite puis cessèrent sans retour.
^ 2° Un homme de lettres, calculateur profond , financier éclairé , en proie à 'de vives et nombreuses affections morales, avait éprouvé depuis un grand
DiCT. DE MÉDECIKE ET DE CHIRURGIE PRATIQ-UES.
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nombre d'années , des attaques de calarrhe pulmonaire aliernnul cniec des attaques de migraine. La phlegmasie de la muqueuse bronchique, d'abord légère et accompagnée d'une sécrétioh analogue à celle qui caractérise la fin de cette maladie , devient bientôt plus intense , la toux a lieu par quintes , l'expectoration est nulle. Vers le dix-huitième jour , les quintes de toux sèche diminuent, l'expectoration devient facile ; il survient quelquefois un léger crachement de sang, dont la durée est subordonnée K celle des quintes de toux ( deux ou trois heures ), et la convalescence commence.
Lorsque le malade est exempt des attaques de catarrhe pulmonaire, il éprouve des douleurs céphalalgiques , qui occupent la moitié du côté gauche de l'occipital. Elles simulent une sorte d'accès de fièvre intermittente , dont la période de fi'oid serait seule très-marquée. On observe aussi que le pouls conserve toujours son état naturel, et que les facultés digestives ne sont jamais troublées; la sécrétion du tube intestinal est seule altérée, elles déjections alvines offrent un aspect gluant. ( Nouvelle Bibliothèque médicale, tome 8. )
Ces deux faits ne déposent pas seulement en faveur de l'existence de l'asthme nerveux ou idiopathique , ils tendent aussi à prouver l'analogie qui semble exister entre cette maladie et les névralgies proprement dites.
C. Causes hygiéniques. Les circonstances atmosphériques ont une grande part dans la production de l'asthme ; on observe plus souvent cette maladie dans les climats froids et humides que dans ceux qui sont secs et chauds. Le docleur Henderson a rapporté dans le Journal de Médecine d'Edimbourg qu'il existe dans quelques parties de l'Indostan une affection parfaitement semblable à celle connue sous la dénomination d'asthme spasmodique, et qui paraît attaquer très-souvent certains indigènes lorsqu'ils sont privés par une cause quelconque (la réclusion , par exemple ), de la dose d'opium dont ils font un usage journalier. La maladie se développe chez eux avec un tel degré de violence, qu'elle se termine par la mort au bout de quelques heures , si l'on n'administre à temps une quantité suffisante de cette substance.
D'après Couzier, auteur d'une topographie médicale de l'île de Bourbon, l'asthme est très-commun dans cette contrée. Le séjour des grandes villes y prédispose d'une manière incontestable , et sous ce rapport Pans en fournit assez fréquemment des exemples. Les grandes variations de l'air peuvent produire l'asthme, et surtout favoriser le retour des accès chez les personnes qui y sont sujettes; c'est surtout en hiver, et dans les vicissitudes brusques qui s'observent parfois en été , que, les accès se manifestent. D'un autre côté, la chaleur, et surtout la chaleur étouffante d'un lieu où l'air est stagnant et chargé d'émanations animales , comme dans les salles de spectacle, dans les cuisines, ilétermine fréquemment des accès d'asthme. L'électricité atmosphérique exerce une influence très-remarquable sur les sujets asthmatiques ; elle augmente leurs souffrances et favorise singulièrement le retour des accès. Il en est de même de l'influence nocturne , tout aussi réelle , mais tout aussi inexplicable que celle de l'électricité ; il est même assez rare que les accès d'asthme aient lieu dans le jour. Laennec raconte à ce sujet le fait très-curieux d'un individu dont les accès étaient tellement subordonnés à cette influence, qu'ils ne manquaient jamais d'avoir lieu quand la lampe qui brûlait toute la nuit dans sa chambre venait à s'éteindre. 11 est du reste assez digne de remarque que la circonstance de la nuit ou de l'obscurité est également favorable à l'invasion des maladies nerveuses , et surtout de celles qui affectent le système nerveux cranio-vertébral. ( Voyez notre mémoire sur les névralgies , TSouv. Bibl. méd.., vol. 8, année 1828. )
Sans prendre à la lettre tout ce que racontent beaucoup d'auteurs sur l'influence lunaire dans les maladies, il est quelques faits qui ne permettent guère de douter que les changemens qui s'opèrent dans les degrés de force d'allraction des corps célestes , par suite des révolutions qu'ils subissent, ne puissent modifier l'état actuel du système nerveux , et donner lieu dans quelques cas aux désordres de la respiration. Le docteur Fransery a rapporté dansie tom. 1er des Mém. de l'Acad. royale de Madrid., l'histoire singulière d'un asthme tellement soumis aux périodes lunaires , que, pendant vingt-un ans, il s'est constamment renouvelé à chaque retour des pleines et des nouvelles lunes. Des émanations odorantes, celle de la tubéreuse, de l'héliotrope, des pommes entassées, du foin , etc., ont souvent déterminé des accès d'asthme. M. Ratier a rapporté dans le Journal général., année 1825, un exemple d'asthme dû à l'inspiration du chlore. Une autre cause dont les auteurs n'ont tenu jusqu'à ce jour aucun compte , bien que déjà elle ait été signalée par plusieurs observateurs, est l'inspiration de la poudre d'ipécacuanha. Des ouvriers travaillant à piler la racine de cette substance ont été pris de tous les accidens de l'asthme. On sait que les oxides de plomb donnent fréquemment lieu à des phénomènes dyspnéiques qui simulent l'asthme. Un régime trop substantiel , l'usage habituel des liqueurs alcooliques sont très-nuisibles au.x asthmatiques, et chez plusieurs individus , la pléthore et l'embonpoint qui sont la conséquence de cette manière de vivre, paraissent les seules conditions organiques auxquelles on puisse rattacher le développement de cette affection.
Certaines professions influent très - manifestement sur la production de l'asthme; toutes celles dans lesquelles on se livre à des efforts violens, à des causes habituelles de congestion pulmonaire et de dilatation des vaisseaux thoraciques ; celles dans lesquelles ou soumet la poitrine à une pression habituelle , où l'on respire des molécules pulvérulentes, des émanations irritantes , prédisposent plus ou moins à l'asthme. C'est ainsi qu'il est assez fréquent chez les hommes de peine, chez les plâtriers, les verriers, les amidonnicrs, les cordonniers, les crieurs publics, etc. Mais il est vrai de dire que le plus souvent alors il est symptomatique de quelque affection du cœur ou du poumon. Ajoutons aussi , en terminant ce qui est relatif à l'étiologie de l'asthme , que , dans la plu-
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part des cas , l'invasion des accès exige , indépendamment des lésions organiques qui peuvent la favoriser, le concours d'une disposition toute particulière du système nerveux, en même temps que l'influence des causes accidentelles que nous avons énume'rées; mais c'est cette disposition spéciale , cette aptitude à recevoir certaines influences extérieures , d'où résultent plus ou moins rapidement le spasme des tuyaux bronchiques , l'augmentation du besoin de respirer, en un mot, l'asthme, qu'il nous est impossible de saisir.
§. II. Caractères cliniques ou symptômes. — L'asthme, comme nous l'avons dit , est le plus ordinairement périodique; il se compose d'accès qui laissent entre eu.x des intervalles plus ou moins longs, durant lesquels la sauté se rétablit plus ou moins complètement (sauf les cas de lésions concomitantes), de telle sorte que les malades , une fois débarrassés de leurs souff'rances , peuvent la plupart reprendre leurs occupations habituelles.
L'invasion des accès est quelquefois subite, d'autres fois elle est précédée de phénomènes variables, tels que des éructations, des flatuosités, des bâillemens, du malaise , une sorte de gêne et de resserrement dans la poitrine , une toux sèche, l'excrétion abondante d'une urine aqueuse et limpide.
Les accès se montrent le plus souvent le soir, dans la nuit et vers les premières heures du jour, ce qui fait qu'en général les asthmatiques redoutent cette époque, ainsi que la position horizontale , comme les circonstances les plus favorables à leur retour. On a vu même des malades renoncer , pendant plusieurs années, à se coucher, dans la crainte de les provoquer par cette seule cause. Au moment de l'invasion, le malade est brusquement réveillé par un sentiment d'oppression et de gêne dans la poitrine ; il se met sur son séant ou même quitte le lit, court à sa fenêtre, appétant l'air frais et l'aspirant de toutes ses forces. Bientôt tous les accidens de la dyspnée la plus intense se manifestent; la respiration est précipitée, haletante, entrecoupée; l'inspiration et l'expiration sont bruyantes, et s'accompagnent d'une sorte de ronflement ou de sifflement , manifestement dus au rétrécissement de la glotte et des tuyaux bronchiques. Les phénomènes mécaniques de la respiration s'opèrent avec cfuelque lenteur et avec une sorte de réserve et de crainte de la part du malade, soit pendant l'inspiration , soit pendant l'expiration ; la parole est brève , difficile ; une toux pénible et suflbcanle survient; la figure exprime l'anxiété et l'effroi: tantôt elle est pâle, fatiguée, maigre (asthme idiopalhique), tantôt elle devient livide , tuméfiée comme dans l'asphyxie et l'apoplexie (asthme symptomatique). Souvent l'auscultation ne fournit que des signes négatifs, excepté un râle sibilant et sec qui est , pour ainsi dire , caractéristique de la maladie (asthme idiopathique ). Quelquefois on observe du trouble et de l'irrégularité dans les battemens du cœur et du pouls (asthme symptomatique) ; d'autres fois, ils sont seulement plus précipités que dans l'état naturel (asthme idiopathique) ; le corps se couvre de sueur, tous les muscles de la respiration se contractent avec force ; les bras s'attachent à un point d'appui solide ; les épaules se portent en haut et en arrière.
Après avoir ainsi lutté contre une suffocation qui paraît imminente, pendant un e.space de temps qui peut varier de quelques minutes à quelques heures, le malade voit peu à peu décroître les phénomènes de l'accès; la toux s'humecte, l'expectoration se rétablit, le spasme des muscles respiratoires se modère, la respiration acquiert plus de plénitude et d'étendue, le visage reprend sa coloration et son expression accoutumées ; le calme se rétablit, un sommeil paisible et réparateur succède à l'agitation observée pendant l'accès; quelquefois une urine épaisse , colorée et sédimenteuse , en quelque sorte critique , est rendue à la fin du paroxysme.
On observe beaucoup de variétés dans la durée et dans l'intensité de l'accès; il est rare qu'il se prolonge au-delà de trois h quatre heures, et assez souvent la durée des accidens les plus intenses n'excède pas une demi-heure. Quelquefois il avorte, soit spontanément, soit sous l'influence de quelques circonstances déterminées, et il cesse au bout de quelques minutes sans avoir acquis le degré de violence que nous venons de signaler.
Dans un grand nombre de cas , il y a une succession d'accès qui reviennent chaque nuit pendant un certain temps , laissant entre eux des intervalles de douze ou quinze heures, durant lesquelles il reste souvent un peu de gêne dans la respiration, de la toux, de l'oppression ; en sorte que ce n'est qu'après la cessation définitive des accès que la santé se rétablit, et que le malade peut reprendre ses occupations.
Rien de plus variable que l'époque du retour des accès; ils peuvent être séparés par des intervalles de plusieurs mois et même de plusieurs années ; ils peuvent même constituer une aflèction accidentelle évidemment produite par certaines influences extérieures, et qui se dissipe avec la cause qui leur a donné naissance. Chez un grand no j:ibredc sujets, au contraire, l'asthme se prolonge, les accès se reproduisent avec facilité, pour les causes les plus légères et même sans cause appréciable; des lésions organiques du cœur, des gros vaisseaux, du poumon , se manifestent soit comme cause , soit comme effet de la maladie , et les sujets succombent tôt ou tard aux progrès de ces lésions.
Il est fort rare , surtout dans le cas d'asthme purement nerveux, que les accès entraînent directement la mort par suffocation ; les malades ne périssent guère que par suite des complications qui surviennent ; en sorte que cette terminaison n'arrive qu'à une époque assez avancée de l'asthme , et quand un plus ou moins grand nombre d'années s'est écoulé depuis l'invasion des premiers accès.
§. m. Caractères anatomiques ou siés^c de l'asthme. Espèces et variétés de celte maladie. — Rien de plus variable que les vestiges anatomiques signalés par les auteurs qui ont écrit sur l'asthme. Par conséquent rien de moins satisfaisant et de moins déterminé que ce que l'on trouve à ce sujet dans leurs écrits. Il est
vrai que les occasions d'observer les véritables caractères anatomiques de l'asthme proprement dit sont peu fréquentes , en ce que , d'une part , la maladie est assez rare, et très-rarement mortelle par elle-même; que, de l'autre, les asthmatiques qui meurent après un temps plus ou moins long , offrent presque toujours des maladies organiques dont le début a pu être entouré de beaucoup d'obscurité. Ajoutons, en outre, que quand les individus meurent suffoqués par un accès d'asthme intense et prolongé , il se trouve dans le parenchyme et les membranes pulmonaires , ces mêmes congestions sanguines qui s'observent également après la mort par asphysie , et auxquelles l'on aurait tort , par cela même , de rapporter la maladie. Les autres circonstances anatomiques qui ont pu déterminer des phénomènes plus ou moins analogues à ceux de l'asthme , et contribuer à obscurcir son diagnostic, sont des adhérences pulmonaires (Bartholin, Baillie) , des tubercules, l'emphysème, du poumon (Ruysch , Rivierre, Laennec , etc. ) ; l'épaississement et les tubercules des bronches (Hoffmann) l'ossification du péricarde , les lésions organiques du cœur (Bonnet) , les lésions organiques de l'aorte (Morgagni, Corvisart , Rostan), l'ossification du diaphragme (Rostan) , celle des valvules du cœur, des artères et des veines coro- , naires (Portai, Le Roux , etc. ). Mais ici se présentent plusieurs questions aussi importantes que difficiles à résoudre : doit-ou toujours regarder comnïe symptomatique l'asthme même qui est joint à quelque lésion matérielle des organes de la circulation et de la respiration ? Ne peut-il pas se faire que , dans certains cas , ces lésions soient consécutives et amenées graduellement par les désordres que causent dans les organes les accès répétés de la maladie ? Ne peut-il pas encore arriver qu'elles soient simplement concomitantes , et qu'une ossification du cœur , des vaisseaux, une adhérence du poumon, des tubercules pulmonaires, etc., se rencontrent chez le même sujet avec un asthme, sans que celui-ci soit nécessairement sous la dépendance de ces lésions? Ces diverses questions , que l'on ne peut s'empêcher de soulever aujourd'hui à l'occasion de toutes les maladies regardées si gratuitement comme essentielles , offrent , dans beaucoup de cas, des difficultés que l'anatomie pathologique elle-même n'a pu encore aplanir.
Dans beaucoup de cas , en effet , on n'a pu découvrir , soit pendant la vie, soit après la mort , aucune lésion matérielle qui put rendre raison des accidens éprouvés par des individus affectés d'asthme, et ici nous ne nous appuierons pas seulement de l'autorité des médecins du siècle dernier, qui confondaient sous le nom d'asthme tant de maladies différentes , dont l'aveuglement allait jusqu'à méconnaître sur le cadavre les preuves matérielles de ces maladies, ou à ne leur accorder que la plus faible part dans les productions des phénomènes morbides ; nous invoquerons le témoignage des observateurs les plus éclairés de notre époque, celui de MM. Andral , Bouillaud , CoIsoh, Cruveilhier, Guersent, Laennec, Récamier, etc., qui, plus d'une fois, après les recherches les plus minutieuses , n'ont pu découvrir la moindre trace de lésion organique capable d'expliquer les accidens de l'asthme. D'une autre part, on observe quelquefois des lésions organiques très-avancées des appareils de la respiration et de la circulation sans aucun signe d'asthme. Les pneumonites les plus aiguës sont dans ce cas. Bien plus, on a vu des exemples d'asthme précéder le développement des maladies organiques du thorax, et cesser comme par le fait de celte dernière maladie ; tel est le cas d'un individu observé par M. Briquet, lequel après avoir été tourmenté par des accès d asthme pendant plusieurs années de sa jeunesse, parvint ensuite à un âge assez avancé sans offrir aucun trouble de la respiration , et mourut ensuite d'une attaque d'apoplexie dépendant d'une hypertrophie qui s'était manifestée dans les derniers temps de sa vie, sans s'accompagner de dyspnée. Nous nous appuierons surtout des exemples si fréquens d'individus réputés asthmatiques, qui, explorés avec toute la perspicacité qu'il est permis d'apporter aujourd'hui dans l'observation clinique, n'offrent souvent aux sens les mienx exercés et les plus clairvoyans aucune lésion organique manifeste. Ajoutons toutefois qu'il est un ordre de lésions capables d'échapper aux recherches les plus minutieuses des anatomistes , recherches dont on s'est trop peu occupé jusqu'à ce jour, à cause des difficultés mêmes qu'elles offrent , bien qu'elles puissent répandre de vives lumières sur la question dont il s'agit ; nous voulons parler des altérations de texture des nerfs chargés de présider à l'action de la respiration. Peu d'observateurs, en effet, se sont attachés à rechercher dans le système nerveux le véritable siège de l'asthme ; le hasard seul semble avoir fourni les faits que la science possède sur ce point important de la pathologie, et ces faits malheureusement sont peu nombreux, peu concluaus. Rappelons-les toutefois à l'attention du lecteur.
M. Ferrus dit avoir rencontré chez un asthmatique, au centre du plexus pulmonaire, une ossification assez étendue, qui comprimait une partie des nerfs de ce plexus. Bcclard n'a trouvé d'autre lésion, dans un cas de dyspnée mortelle, qu'une tumeur développée sur l'un des nerfs diaphragmatiques. M. Andral a vu périr suffoqué par suite d'une dyspnée chronique, un jeune scrophuleux sur lequel il trouva, à l'ouverture du corps, outre quelques tubercules miliaires dans les poumons, une altération cancéreuse des nerfs diaphragmatiques confondus dans une partie de leur trajet avec des engorgemens glandulaires formés dans le médiastin antérieur. WiJlis a trouvé dans le crâne d'un asthmatique un épanchement considérable de sérosité auquel il a attribué l'impossibilité où était le malade de respirer dans une position horizontale. Nous avons rencontré une altération de la substance cérébrale voisine de l'origine de la huitième paire, chez un sujet qui succomba à tous les accidens de l'asthme , et dont le cœur et le poumon étaient parfaitement sains. ( Bibliolh. média., ann. 1822.) Georget dit avoir souvent remarqué des altérations de texture et de couleur du cerveau , chez des individus qui avaient succombé à l'atshme j circonstance qui le porta à regarder cette maladie comme pouvant
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avoir sa cause organique dans le centre même de la sensibilité. {Physiologie du système nerf eux. ) Une observation de M. Delens, publiée dans le tom. 65 de la Bibliothèque médicale, dépose également en faveur de cette opinion. En6n , il faut le dire , dans quelques cas toutes les recherches des anatomistes ont été infructueuses , et l'on n'a pu rapporter la maladie qu'à une perversion de l'influence nerveuse, dernier retranchement où il faut bien nous réfugier en pareil cas pour ne pas être obligé d'admettre , comme nos prédécesseurs , des maladies essentielles, des maladies sans matière, bien qu'à vrai dire, notre explication ne soit pas beaucoup plus satisfaisante que l'espèce d'obscurité dont ils cherchaient à couvrir leur ignorance.
Quoi qu'il en soit , on ne peut gubre , d'après ce qui précède , se refuser de reconnaître que, dans l'asthme, l'élément nerveux se trouve spécialement sinon exclusivement affecté, lorsque l'on voit cette maladie se développer sous toutes les influences que l'on sait déterminer les maladies nerveuses ; se montrer sou-
I vent sans lésion matérielle appréciable, ni pendant la vie, ni après la mort; s'offrir le plus constamment avec des retours périodiques et sans fièvre; ne laisser ordinairement, dans l'intervalle des accès, aucun trouble dans l'organisme , en un mot , dont l'étiologie , l'invasion , la marche et la durée sont communes et le traitement applicable aux maladies dites nerveuses.
La physiologie expérimentale a voulu aussi diriger ses recherches sur la nature de l'asthme, et est parvenue à imiter sur les animaux quelques-uns des
II accidens de cette maladie , en produisant l'occlusion de la glotte et la paralysie du poumon par la ligature ou la section des nerfs de la huitième paire. On connaît à ce sujet les expériences curieuses de MM. Dupuytren, Legallois, Dupuis et Magendie, qui ont opéré à volonté tous les degrés de rétrécissement des voies aériennes par ce moyen. On sait également que MM. Reissessen et Cruveilhier, après une suite d'expériences entreprises dans le but de déterminer la disposition analomique et l'action physiologique de l'appareil musculaire bronchique , se sont cruS fondés à admettre que , dans l'asthme, il y a rétrécissement des bronches dû au spasme des fibres musculaires qui les composent;
]î ce qui n'est , du reste , que la traduction de la théorie des auteurs qui ont admis dans l'asthme une convulsion des muscles du larynx , un spasme des ramifica-
1 tions bronchiques, une lésion spéciale qui détermine une plus grande appétence pour l'air , un plus grand besoin d'oxigénatioii du sang, etc. , etc.
Mais , nous le répétons , les exemples d'asthmes exempts d'altérations organiques sont assez rares , soit sur le vivant, soit sur le cadavre , aujourd'hui surtout où nos moyens d'exploration en ont singulièrement réduit le nombre , tandis qu'il est assez fréquent d'observer , chez les asthmatiques , des symptômes plus ou moins permanens , qui indiquent l'existence d'une maladie du cœur, des gros vaisseaux , du poumon , etc. , en sorte que , tout en admettant la réalité de l'asthme nerveux ou idiopathique comme un fait constaté par l'expérience la plus exempte de prévention, on est forcé de reconnaître comme un fait bien
j; plus commun et plus positif l'asthme symptomatique. Mais comme il est également certain que des accidens rémittens , fort analogues à ceu.K de l'asthme, peuvent être produits par des altérations matérielles des organes circulatoires et respiratoires, il importe au praticien de rechercher la source des phénomènes dyspnéiques qui s'offrent à son observation, c'est-à-dire , de s'attacher à distinguer l'asthme symptomatique de l'asthme idiopathique ; cette distinction , en
: effet, est de la plus haute importance en pratique, puisqu'elle doit être l'objet
I essentiel des règles du traitement. Aussi est-elle la seule que nous croyons devoir admettre dans l'esprit de ce dictionnaire.
L'espèce A^asthme avec respiration puérile, admise par Laennec, nous semble résulter évidemment d'une disposition physiologique habituelle des individus , plutôt qu'elle ne constitue un état morbide proprement dit. Toutes les variétés décrites par Willis, Floyer , Sauvages, CuUen , etc. , sous les noms d'asthme pneuïnonique , mixte , sec , humide , fatulent , continu, périodique, ne sont également fondées que sur des circonstances qui ne peuvent être prises pour base d'une division méthodique , en ce qu'elles se rapportent tout naturellement à des complications , à des exemples d'asthme symptomatique ou à de simples dyspnées accidentelles et passagères.
Quant à l'espèce décrite par Millar sous le titre d'asthme aigu des en/ans , admise par "Wichmann, Dreissy, Michaclis , Royer-CoUard , Double, etc., et confondue par M. Guersent avec ce qu'il appelle faux croup, elle nous semble appartenir bien évidemment à l'asthme nerveux ou convulsif. Nous ne voyons pas du moins ce qui pourrait séparer deux affections qui paraissent liées aux mêmes causes, affecter le même élément organique , offrir la même marche, les mêmes symptômes et céder au même traitement. En d'autres termes, il peut exister, chez les enfans comme chez les adultes , une forme de dyspnée offrant tous les caractères attribués à l'asthme, c'est-à-dire, se manifestant tantôt indépendamment d'aucune altération organique appréciable , tantôt, au contraire, résultant de lésions diverses des organes de la poitrine, se développant l'une et l'autre sous certaines influences hygiéniques, s'accompagnant également de toux, de suffocation, sans expectoration de mucosités ni de fausses membranes , n'ayant par conséquent , sous ce rapport, aucune analogie avec le croup, malgré tout ce qu'ont pu dire à ce sujet 'Onderwood, Cullen, les deux Albers, etc., en un mot, pouvant être rapprochée du croup spasmodique, de ce que l'on a si improprement , si faussement nommé faux croup, sous le triple rapport de l'invasion, delà marche et du traitement.
Pour quiconque a observé l'asthme de Millar , le croup spasmodique de 'Wichmann , il est certain qu'il n'existe de différence entre lui et l'asthme des adultes, que le nom qu'on leur a imposé et le caractère particulier que leur imprime la circonstance de l'âge. Il est peu de praticiens qui n'aient eu occasion d'observer, chez les enfans, ces mêmes phénomènes dyspnéiques accompagnés
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de toux, de respiration sibilante, de suffocation imminente, que l'on pouvait prendre pour de véritables croups , mais qui cédaient en peu d'heures , soit spontanément, soit à des pédiluves sinapisés, à des boissons antispasmodiques et autres moyens généraux, sans être suivis d'expectoration de fausses membranes. Je ne doute pas que ces accès ne soient encore le résultat du spasme de la glotte et des tuyaux bronchiques , dont le rétrécissement peut être porté au point d'amener la suffocation, sans toutefois laisser, après la mort, aucune trace visible de la maladie , ainsi que M. Guersent en a rapporté plusieurs exemples.
Ainsi donc, l'asthme aigu de Millar, dont on a cru pouvoir faire une espèce particulière, nous semble devoir apparlenir à l'espèce que nous avons décrite , et les détails qu'il comporte rentrer tout naturellement dans la description que nous en avons donnée.
§. l'y. Diagnostic et pronostic. Les caractères de l'asthme sont tellement tranchés qu'il n'est guère possible de le confondre avec aucune autre affection du thorax; le seul point importaut du diagnostic est de s'attacher à reconnaître , par tous les moyens d'exploration tirés de la percussion et de l'auscultation , l'état sain ou morbide des organes contenus dans la poitrine, de manière à pouvoir déterminer l'espèce, soit idiopathique, soit symptomatique, qui s'offre à l'observation.
Cartheuser nous a pour ainsi dire tracé la marche à suivre pour arriver à la connaissance des caractères distinctifs de l'une et de l'autre , dans les deux vers suivans :
Dyspnœa se celât, canil asthma, raalumijue révélât, Expirât lalè , trahit ad se cum gravitate.
Lorsque les accès sont séparés par des intervalles dans lesquels il ne subsiste aucun phénomène morbide, on est surtout fondé à croire que la maladie est idiopathique, c'est-à-dire exempte de toute lésion organique sensible. Lorsqu'au contraire il existe , durant et hors le temps des accès , des signes évidens de lésion du cœur, des poumons , etc. , ce n'est que par un examen attentif des symptômes actuels, et une comparaison approfondie de ceux-ci avec les commémoratifs , que l'on peut parvenir à établir que ces lésions sont ou effets , ou causes, ou seulement complications de l'asthme; et alors on arrivera nécessairement à reconnaître que les phénomènes nerveux dyspnéiques sont sous la dépendance des altérations organiques dont on a constaté l'existence.
Mais ces phénomènes diffèrent sous quelques rapports de ceux qui appartiennent à l'asthme proprement dit; et d'abord, il n'y a dans ce dernier cas ni palpitations de cœur, ni irrégularité dans le pouls; la face n'est ni tuméfiée, ni rouge; elle est plutôt maigre et pâle; àmesure que le spasme cesse, l'expiration devient plus libre ; le râle sibilant est remplacé par le râle muqueux , à cause de la sécrétion bronchique qui termine l'accès d'une manière en quelque sorte critique ; et l'on voit le malade recouvrer promptement la santé sans laisser ,• dans l'intervalle des accès , aucun symptôme de lésion organique de la poitrine. Le contraire a lieu dans les dyspnées ou asthmes symptomatiques d'une affection du cœur ou de l'aorte : les palpitations , la matité plus ou moins étendue de la région cordiale , les irrégularités du pouls, les altérations de la face , l'infiltration du tissu cellulaire sous-cutané , etc. , sont autant de circonstances qui ne permettent pas de confondre ces deux espèces d'asthme.
La plupart des auteurs dusiècle dernier confondaient l'asthme avec la dyspnée symptomatique due à un épanchement pleurétique ; aujourd'hui une pareille méprise ne pourrait plus être commise , ou plutôt une pareille confusion de langage ne serait plus tolérée; car plusieurs de ces auteurs reconnaissaient bien l'existence de I hydrothorax chez certains sujets qu'ils disaient cependant être asthmatiques (Baglivi, Hoffmann, Morgagni, etc.).
La plus simple comparaison entre l'apoplexie pulmonaire et l'asthme ne permet pas de confondre entre elles ces deux affections ; il y a bien, dans le cas d'asthme violent, et principalement sur la fin de l'accès , une expuition de crachats sanguinolens par suite de la congestion qui s'opèi-e dans les vaisseaux bronchiques ; mais cet accident, quand il existé , n'est jamais considérable, tandis qu'il constitue le symptôme dominant de l'apoplexie pulmonaire. La dyspnée est également intense dans les deux cas , mais, dans le dernier seul , elle s'accompagne parfois d'une vive irritation au larynx, de l'absence complèt e du son dans une partie plus ou moins étendue de la poitrine , d'un bruit de soufflet plus ou moins marqué à la région du cœur , de la fréquence et de la vibration du pouls.
L'emphysème du poumon, notamment celui que Laennec a désigné sous le nom de vésiculaire , pourrait plutôt simuler l'asthme en raison de la violence de la dyspnée , jointe à la non-existence ou à l'obscurité de signes positifs ou stéthoscopiques , à la régularité du pouls , etc. ; mais dans l'emphysème pulmonaire, la dyspnée est habituelle, bien que sujette à, des retours d'exacerbation ; les lèvres sont violettes, gonflées, indépendamment d'autres signes de maladies du cœur , ce qui n'a pas lieu dans l'asthme idiopathique.
L'angine de poitrine, ainsi que nous l'avons fait sentir en décrivant cette maladie (voyez ce mot) , a des caractères si tranchés, si distincts, que, quoi qu'on ait dit , il n'est pas probable qu'elle puisse être confondue avec l'asthme , même par le praticien le moins exercé; ici, en effet, tous les élémens du diagnostic se tirent de l'état de l'appareil nerveux et musculaire bronchique, tandis que, dans l'angine de poitrine, on ne les trouve que dans l'appareil nerveux et musculaire des parois thoraciques ; on a donc lieu de s'étonner que Thomas 'Willis , Darwin, Robert Brée, Georget même, aient pu confondre ces deux maladies dans les' descriptions qu'ils en ont données , en les rapportant l'une et l'autre à l'état convulsif des muscles inspirateurs des parois thoraciques. Il suffit, en effet, d'analyser et de comparer entre elles les principales circonstances de ces deux affections , pour trouver en elles les différences les
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pKis frappantes, sinon dans la nature de l'une et de l'autre, au moins dans leur sic'ge et leurs symptômes principaux.
Mais il est une affection qui se trouve si souvent liée à l'asthme, que plusieurs auteurs n'ont pas hésité à la regarder comme la cause la plus fréquente de cette maladie ; je veux parler du catari-he aigu que Laennec lui-même regardait quelquefois comme identique à l'asthme. C'est encore l'examen attentif des causes de la maladie, de la marche , de l'état actuel des organes de la circulation et de la respiration, qui pourra seul apprendre h reconnaître si l'on a affaire à une dyspnée essentielle, ou si l'existence d'une phlegmasiedu larynx ou de la trachéeartère, n'est pas la cause directe des accidens que l'on a à combattre. Mais, dans cet examen , il importe de ne pas confondre la phlegmasie muqueuse des bronches considérée comme affection primitive, avec celle qui peut résulter de la fluxion répétée qui s'opère dans le système capillaire bronchique, pendant les accès d'asthme; l'expérience prouve assez que des altérations matérielles et passagères peuvent devenir permanentes, sous la seule influence nerveuse. Ainsi, dans un accès de névralgie de la face, par exemple , on peut voir la sécrétion des larmes et celle de la salive s'accroitre , une fluxion se former sur la joue, les gencives, et constituer des phénomènes matériels que personne ne sera tenté de regarder comme causes, mais bien comme effets de la névi-algie. Il est même assez probable que c'est par suite de ces altérations passagères , mais souvent renouvelées et susceptibles de se perpétuer , que s'établissent ces lésions organiques du cœur , de l'estomac, et qui reconnaissent pour causes évidentes des impressions morales vives, et surtout des chagrins long-temps concentrés.
Nous pourrons de même concevoir l'emphysème des poumons , la dilatation partielle des bronches , aussi bien que les lésions organiques du cœur, comme effets consécutifs des dérangemens suscités dans les fonctions de la circulation et de la respiration, par des accès d'asthme répétés , c'est-à-dire par une irritation nerveuse , qui pervertit l'action des j)hénomènes respiratoires et circulatoires.
Le prognostic de l'asthme idiopathique n'offre pas ordinairement de danger prochain et imminent. Les accès, même les plus intenses , cessent ordinairement sans mettre la vie eu péril ; mais d'une part, ils sont sujets à récidive , et l'on ne connaît guère de moyen certain pour en prévenir le retour; d'une autre part, il y a lieu de craindre que, tôt ou tard, quelque lésion organique ne se développe, si même on n'est déjà fondé à craindre qu'elle n'existe, bien que trop peu avancée pour donner des signes certains de son existence. Ce n'est donc que dans les cas où l'accès déterminé par une cause évidente, paraît tout-à-fait accidentel, que l'on peut porter un jugement favorable sur l'issue de la maladie , et nous avons déjà dit que ce cas est le plus rare. L'aslhme aigu des enfans, décrit par quelques pathologistes sous le nom de faux croup , qui paraît être dans ce dernier cas, a par cela même assez ordinairement une terminaison heureuse.
Quant à l'asthme symptomatique ou qui se lie à quelque affection organique du cœur ou du poumon, son prognostic est entièrementsubordonné à la nature, à l'ancienneté et à la gravité de l'affection qui le complique. ( Voyez Maladies
DU COEUR , des gros VAISSEAUX , DU POUMON , CtC. )
§ V. Traitement. — Deux points principaux doivent fixer l'attention du praticien dans le traitement de l'asthme, savoir, combattre la violence des accès, et prévenir, s'il est possible, leur retour , un éloignant les causes qui peuvent le favoriser. L'un et l'autre varient nécessairement en raison des indications excessivement nombreuses qui se présentent à l'observation.
La première chose à faire, si déjà elle n'a été faite avant l'arrivée du médecin, est de placer le malade dans une position verticale ou assise, de favoriser l'introductioa et la circulation de l'air dans l'appartement, d'enlever les liens et les vêtcmens qui pourraient gêner la circulation et la respiration , d'éloigner les assistans trop nombreux ou incommodes, etc.
Durant l'accès , il se manifeste ordinairement des signes non équivoques de congestion pulmonaire , aussi la saignée a-t elle été conseillée , par tous les auteurs, comme le premier des moyens à employer, lorsqu'il n'y a point de contre-indication , et principalement lorsque la maladie est violente et récente. Hippocrate, dans ses épidémies, donner le conseil de saigner hardiment quand la respiration est très-gênée , lors même que le malade serait atteint d'hydropisie. Baglivi , qui rappelle le texte d'Hippocrate , développe lui-même ce précepte dans le passage suivant : « ydsthmata veliementia quaiidocjue in imminens » rnortis periculuni conjiciimt œgrotum ; à morte libérât plilebotomia citissimè » instituta , et si nécessitas urgeat repelita , aut eodem tempore in ambobus « brachiis imperata. » Mais ce remède, qui apporte souvent une diminution prompte des accidens, n'a, la plupart du temps, que peu d'influence sur le retour des accès suivans, et, dans quelques cas même, n'abrège pas sensiblement la durée du paro.^ysme actuel. 11 n'a guère d'effet bien marqué que dans les circonstances où les accès d'asthme , provoqués accidentellement par une une congestion pulmonaire, par la pléthore , par l'exacerbation d'un catarrhe pulmonaire qui simule plutôt l'asthme qu'il ne le constitue réellement, sont bien évidemment entretenus ou accrus par un engorgement sanguin.
La saignée locale agit trop peu et trop lentement sur la circulation pulmonaire pour qu'on l'emploie lorsqu'il s'agit de combattre un violent accès d'asthme, à moins qu'on n'y joigne une action révulsive, comme celle des ventouses scarifiées. Les dérivatifs propres à appeler le sang vers les extrémités , tels que les manuluves , les pédiluves , les frictions , les cataplasmes irritans, les sinapisraes appliqués aux membres et surtout aux membres inférieurs , doivent être également placés au nombre des moyens les plus propres à combatire les accès d'asthme et à en abréger la durée. On a cherché . dans ces derniers temps
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à remettre en vigueur une pratique tombée dans l'oubli, et qui parait toutefois avoir eu quelques effets avantageux dans les accès d'asthme , je veux parler de la ligature circulaire apphquée aux membres, de manière à y retenir le san" et à diminuer d'autant la quantité de celui qui se porte vers les poumons ; je l'ai moi-même employée quelquefois avec un succès réel. Mais j'ai remarqué que ses effets étaientbien plus prompts, bien plus certains quand ils étaient joints à ceux des irritans cutanés, tels que des pédiluves et des manuluves, ou plutôt encore à des cataplasmes sinapisés dont on enveloppe les pieds et les jambes dans des espèces de sacs disposés à cet effet, et fixés au-dessous des genoux par des liens qui servent en même temps de moyen de compression. On ne néglige pas, pendant l'emploi de ces moyens , d'exposer le malade à un air frais et pur, de diriger vers lui une forte colonne de ce fluide, au moyen d'en ventilateur, d'un soufflet; ou de tout autre instrument propre à atteindre le même but. Si la dyspnée devenait telle que le malade fût menacé d'asphyxie^ on aurait recours aux moyens usités en pareil cas. {Voj'ez Asphyxie.) Quant aux moyens médicamenteux que l'on peut employer pendant la durée des accès , ils doivent varier en raison de la nature et de l'intensité des accidens.
Quand l'aslhme est simple ou seulement compliqué d'un peu de catarrhe pulmonaire , ce qui est le cas le plus ordinaire , on se trouve bien de l'usage des potions dans lesquelles entrent les eaux distillées , les sirops et autres substances antipasmodiques , telles que les eaux de fleurs de tilleul, d'oranger, de primevère, d'hysope, de lierre terrestre, de véronique, de polygala, etc-, etc. ; les sirops de coquelicot, de karabé, de diacode, d'élher ; l'assafœtida, le musc, le castoréum, etc., et, sur la fin de l'accès , l'oxymel simple ou scillitique, une faible quantité de termès, le sirop d'ipécacuauha, le baume du Pérou, le sirop de tolu , etc. Baglivi loue beaucoup l'administration du blanc de baleine à la dose d'un scrupule à un gros dans un bouillon chaud; mais peu de praticieni ont constaté les effets de ce moyen. Un bien plus grand nombre ont préconisé les boissons froides , acidulées et aromatiques. Ou a vanté également les solanées , et en particulier la belladone , la jusquiame, la stramoine , soit en substance , soit en fumigation. On a conseillé l'usage de la pipe comme le meilleur moyen de donner à cette dernière classe de médicamens une application utile ; et tout récemment M. Cruveilhier paraît avoir fait un heureux emploi de cette forme de médication ; mais outre les difficultés qu'elle peut offrir pendant l'accès, et surtout chez les femmes et les enfans, peut-être conviendrait-il davantage d'employer les mêmes substances sous forme de vapeur aqueuse; on éviterait par là de porter avec le principe calmant de la fumigation une huile empyreumatique plus ou moins irritante, que produit nécessairement l'usage de la pipe. Beaucoup d'autres substances minérales et végétalès ont été préconisées par quelqués praticiens; tels sont le phosphore à la dose d'un quart de grain , l'oxide de zinc' (demi-grain ) , le nitrate d'argent, le narcisse des près, l'eau distillée de laurier-cerise, l'acide hydrocyanique, etc. Laennec parle de ces deux derniers médicamens comme des seuls dont il ait constaté l'efficacité. Après les narcotiques on a recommandé les résines et les gommes résines, telles que la gomme ammoniaque, l'assafœtida ,1a myrrhe, le camphre seul ou dissous dans l'huile de pétrole.
Quand l'accès est passé , et que l'on a lieu de craindre qu'il ne revienne après un temps plus ou moins long, il convient de soumettre le sujet à un traitement dans lequel les moyens hygiéniques doivent encore occuper le premier rang. Un air pur et léger est celui qui convient le mieux à la plupart des asthmatiques. Quelques auteurs même ont conseillé à ces malades de respirer les émanations qui s'élèvent de la terre, fraîchement retournée par le soc de la charrue. Ecoutons à ce sujet le précepte de Baglivi : In diuturno ac desperato asthmate , sii'e humorali, siwe coni'ulsii'o , aërem rusticanum œgrotanlibus impero , et potissimiim , ut campos habitent, quos arant bubulci ; débet itaque asthmalicum, sequi bubidcum , quando terrant arat et incedere per sulcum , sit>e viamab aratro recenterin terra factam,etaperlo are rcspirare aërem,siue halitus nitro-salinos ac sulphureos à recenter ruplis terrœ glebis prodeiintes ; tonus pulmonum , longo morbo relaxalus , nitro-salinâ centralis terrœ caloris substantid roboralur, cotijirmaturac resùtuitur, eoque reslituto, circidus quoque liquidoriim perpulmonum telas inlibertatem ponitur, morbusqde profligatur.
On sait que plusieurs auteurs, entre autres Fourcroy et Beddoës, ont propose l'inspiration de l'oxigène comme un des moyens les plus propres à combattre la dyspnée des asthmatiques ; mais le peu de succès qu'on a obtenu de ce remède, joint à la difficulté de le préparer dans l'occasion, l'a fait à peu près abandonner. On conçoit cependant qu'il puisse, dans quelques cas, opérer d'heureux effets , combiné dans des proportions voulues avec l'air atmosphérique.
Comme il est arrivé aussi que l'asthme s'était manifesté sous l'influence d'émanations animales , ainsi qu'en offrent tant d'exemples les individus qui habitent les cuisines, ceux qui fréquentent les spectacles et autres lieux où il y a encombrement, on a proposé de placer dans les lieux qu'habitent les asthmatiques de l'eau chlorurée. Déplus, comme il est assez généralement reconnu que les époques où l'atmosphère acquiert le plus de condensation sont aussi celles où les accès ont lieu le plus ordinairement, on a eu recours au même moyen, et l'on a observé que les accès d'asthme sont non-seulement plus rares. m.ais bien moins intenses chez les asthmatiques qui ont soin de placer dans leur chambre à coucher, pendant la nuit, des vases contenant du chlorure au huitième du chloromètre de Gay-Lussac.
Bien qu'en général l'air de la campagne, et surtout celui des climats tempérés, convienne aux asthmatiques , il est pourtant quelques sujets qui supportent mieux un air plus épais et plus humide, tel que celui des grande» villes. On connaît, à ce sujet, l'histoire singulière rapportée par Laennec,
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d'un individu qui ne pouvait sortir de la ville qu'il habitait sans éprouver tous les accidens de l'asthme , fait qui prouve assez que , dans cette maladie , comme dans toutes celles qui ont un caractère nerveux , il est de la plus haute importance d'étudier l'idio-syncrasie ou la susceptibilité du malade, et les causes extrêmement variées de la maladie.
Un régime doux et léger , le laitage , le lait d'ânesse , les végétaux de facile digestion , les viandes peu excitantes , les fruits cuits et bien mûrs , sont en général utiles aux asthmatiques , chez lesquels on a constamment remarqué qu'une vie trop somptueuse, des excès de table, des liqueurs alcooliques, étaient nuisibles.
Un exercice modéré et journalier dans un lieu salubre , en évitant tout ce qui pourrait précipiter les mouvemens de la respiration , produit aussi d'heureux effets.
Les voyages ont souvent été utiles par le changement de climat , l'exercice du corps , la distraction qu'ils procurent.
Le traitement médicamenteux doit nécessairement varier , suivant l'état du sujet , les phénomènesde la maladie , les complications. Les remèdes que l'expérience a le plus généralement consacrés, et qui sont le plus ordinairement suivis de succès pour combattre la violence des accès , peuvent encore être administrés avec avantage pour dissiper leurs suites, et pour modifier les conditions organiques qui favorisent le développement de l'asthme. Ainsi, la saignée chez les sujets qui présentent des indices de pléthore générale ou pulmonaire , les ventouses scarifiées sur la poitrine , ou aux membres inférieurs , chez les femmes dans le cas de dysménorrhée, les sangsues appliquées à l'anus, en plus ou moins grande quantité, mais toujours assez fréquemment pour entretenir , vers cette partie , nn mouvement fluxionnaire habituel, tendant à remplacer un flux hémorrhoïdal supprimé , ou à en provoquer un factice , peuvent avoir les plus grands avantages. Les pédivules , les manuluves souvent répétés , ainsi que d'autres révulsifs plus actifs, tels que des vésicatoires, des cautères , etc. , peuvent devenir égalemement de puissans secours. On conçoit aussi combien il est important d'entretenir les fonctions de la peau, des reins et du canal intestinal.
Comme chez un très-grand nombre de sujets , l'asthme coexiste avec un catarrhe pulmonaire plus ou moins prononcé, comme on a remarqué qu'à la fin des accès une expectoration plus ou moins abondante s'établissait, comme enfin , dans ce que les auteurs ont appelé asthme humide , on a observé que cette expectoration, même hors le temps des accès, paraissait produire du soulagement, les médicamens dits expectorans et incisifs ont été conseillés par la plupart des médecins tant anciens que modernes. Hoffmann est un de ceux qui eu faisaient le plus grand cas : Ubi vesicularis et vasculosa pulmonum compages , dit-il , crassâ , tenaci pituitâ firmiter inhœrescente farta et ohstipia in asihmate , gitmmi ammoniacum , halsamus perwianus , crocus , oppoponax, vel in pilularum consistentiam , vel cum tinclurâ tartari in essentiam redacta, usum atque utilitatem prceslant incomparahilem.
Le sous-carbonate de fer, le café, paraissent avoir obtenu quelques succès entre les mains de plusieurs médecins anglais ( Percival , Bree , Laennec , etc. , etc. ) ; on sait que Floyer , atteint lui-même de la maladie dont il s'agit , et qui prolongea sa carrière au-delà de quatre-vingts ans , a recommandé le café comme le moyen dont il éprouva le plus de soulagement.
Laennec regardait aussi comme pouvant être utiles en pareil cas l'oxymel simple ou scillitique , les préparations de kermès, l'ipécacuanha , la gomme ammoniaque unie au savon , à la scille , au calomel , etc.
Lorsque les accès ont des périodes régulières, on peut espérer les plus grands avantages, dans rintermissiou,de l'usage des antipériodiques, du quinquina, et surtout du sulfate de quinine uni àl'opiumet àl'éther. Aucunremède ne me parait alors d'une efficacité plus certaine que la combinaison de ces derniers moyens.
Les évacuans ont souvent été employés avec avantage dans cette maladie , soit donnés à petite dose habituelle , et comme laxatifs , chez les sujets replets et lymphatiques, soit comme vomitifs et purgatifs. Les secousses imprimées par ces remèdes aux organes de la respiration et de la digestion, ont, outre leur effet révulsif , l'avantage d'activer la circulation pulmonaire, et de faciliter l'excrétion bronchique.
Le traitement de l'asthme comme celui de toutes les maladies nerveuses a aussi sesélixirs, sesopiats, dans lesquels se trouvent mêlées des substances toniques , purgatives , expectorantes , dont il suffît de reconnaître la source pour les apprécier, et en redouter les effets. Il est pourtant certain que chez quelques sujets , replets , mous , catarrheux , ils ont souvent produit des effets propres à exalter le ridicule enthousiasme des dupes qui se chargent de prôner les remèdes des charlatans.
Quant aux remèdes empiriques vantés par quelques auteurs, comme l'électricité ( Sigaud Lafond ) , le galvanisme ( Wilson , Andrieux ) , l'application de l'aimant (Laennec) , le magnétisme animal , etc. , nous ne nierons pas que là, comme dans la plupart des névroses , ces pratiques ne puissent amener des changemens dans l'état de certains malades dont le moral eat facile à émouvoir, mais nous serons toujours porté à leur préférer des agens plus rationels et moins infidèles. Rappelons seulement ici une observation importante en pratique, et que l'expérience a surtout confirmée dans le traitement de l'asthme, c'est que les effets des nombreux remèdes qu'on a cherché à opposer à cette maladie, sont tellement variables que le praticien est souvent obligé d'en essayer successivement plusieurs séries différentes avant d'en obtenir quelques résultats. Il est d'ailleurs presque inutile d'ajouter que les indications particulières peuvent varier comme les causes spéciales , les complications de la maladie, ( y oyez Maladies du coeur , de l'aokte , du poumon , etc.) DicT. DE Médecine et de Chirurgie pratiques.