ATTITUDE
Appareil locomoteu?: — Deux forces déterminent les mouvemens et les attitudes du corps : l'une , puissance inerte , purement physique , toujours la même , pareille dans le cadavre et dans l'homme vivant , est la pesanteur ; l'autre, pouvoir essentiellement actif, organique, vital, sans cesse variable , comme la vie, à l'empire de laquelle il est soumis , est la force locomotrice. L'équilibre d'une situation tixe peut résulter de la seule action de la première, comme dans le décubitus , où les seules forces de la pesanteur, se contrebalançant mutuellement , peuvent suffire à maintenir le corps sur le plan qui le soutient : c'est le repos parfait. Les organes de la locomotion n'ont là qu'un rôle passif, consistant uniquement dans la résistance opposée par les parties solides de l'appareil , en vertu de propriétés toutes physiques , à la pression exercée sur elles par leur propre poids et par celui des parties molles. Mais communément les deux forces concourent , et l'attitude résulte de leur équilibre et du point d'appui commun qu'elles trouvent dans la résistance indiquée. Même dans le coucher, la force locomotrice conserve presque toujours un certain degré d'action , et contribue à l'équilibre en résistant aux impulsions de la pesanteur.
Les inflexions qui caractérisent les attitudes s'opèrent de plusieurs manières. Lorsqu'elles se font dans un sens où la pesanteur porte naturellement les parties, cette force en est l'agent réel, et le pouvoir locomoteur, qui s'exerce uniquement dans le sens opposé, ne sert qu'à lui faire contre-poids et à arrêter le mouvement. Ce n'est que dans des efforts violens , tels que ceux qu'exigent des attitudes pénibles ou accompagnées d'une impulsion sur les corps extérieurs, que la force locomotrice agit, en outre, conjointement avec la pesanteur, dans le sens de l'inflexion ; de sorte qu'alors , cette force , seule d'un côté , a pour antagonistes de l'autre, la pesanteur et la puissance locomotrice opposée. Quand la pesanteur n'agit pas dans le sens de l'inflexion , celle-ci n'est maintenue que par l'équilibre entre les forces locomotrices contraires. Si , dans ce dernier cas, les parties reposent sur un plan, l'inflexion peut subsister sans aucune action organique, par la seule force d'inertie.
Il existe donc, comme on le voit, des rapports nombreux et directs entre les attitudes et les fonctions de l'appareil locomoteur. Les différentes situations du corps ayant pour conditions l'intégrité et une certaine mesure d'action des organes des mouvemens , toute modification dans ceux-ci doit avoir sur celles-là une influence immédiate ; et réciproquement , les attitudes , par les phénomènes organiques qu'elles nécessitent dans l'appareil locomoteur, doivent porter leurs premiers effets sur les diverses parties de ce système. C'est aussi ce que démontre une foule de faits.
Dans les maladies, on juge par les attitudes de l'état des forces locomotrices. Dans l'abattement causé par les fièvres graves, le typhus, les inflammations violentes du tube digestif, les malades restent constamment couchés en supination , sur le dos , les membres étendus , cette position étant celle qui exige le moins d'action musculaire. Le corps n'obéit plus alors qu'aux lois de la pesanteur. Si l'oppression des forces est extrême , les organes ne peuvent même résister à la tendance de leur poids qui résulte de l'élévation plus grande du lit du côté de la tête, et le malade glisse continuellement au pied du lit, on est obligé de le relever à chaque instant. On voit quelque chose de semblable dans l'attitude du repos après la fatigue d'un exercice violent , dans l'ivresse , lorsque l'individu qui l'éprouve est, comme l'on dit , wre-mort , dans le narcotisme , l'apoplexie , l'asphyxie , la syncope , et , en général , toutes les fois que la force locomotrice est anéantie ou affaiblie. C'est donc un signe avantageux dans les affections aiguës , que le malade supporte des attitudes fatigantes, qu'il puisse se lever ou s'asseoir, qu'il change facilement de position et se retourne aisément dans son lit, qu'il se couche sur l'un ou l'autre côté, les membres légèrement fléchis. Au contraire , l'immobilité complète , sans perte de connaissance, et uniquement par l'impossibilité des mouvemens, est du plus mauvais augure , comme on le voit dans la fièvre jaune , le typhus , la peste, etc. Les jambes pendantes hors du lit , sont, par la même raison , un très-mauvais signe, que l'on remarque ordinairement dans le délire qui précède la mort, à la suite des inflammations de poitrine.
C'est encore la débilité musculaire qui amène , dans l'enfance et la jeunesse, l'inflexion habituelle des parties supérieures du corps en avant dans la station ; c'est l'attitude de la fatigue, de la convalescence des maladies longues, etc.
Les lésions du système osseux , notamment les solutions de continuité , les luxations , impriment aux attitudes des modifications qui servent au diagnostic de ces affections. L'impossibilité où se trouve le malade de prendre certaines positions , la situation que contracte la partie par les effets de la pesanteur et de l'action musculaire , ou par les rapports nouveaux des os , fournissent des signes propres à faire reconnaître les fractures de la clavicule, du radius , du col du fémur, les luxations du bras , de la cuisse, des vertèbres cervicales, etc. Les maladies des articulations donnent aux membres des positions que souvent ils conservent à la longue , c'est ce qu'on voit dans les tumeurs blanches , la goutte , etc. Certaines lésions du système musculaire , comme les spasmes , le tétanos, la paralysie, se reconnaissent aux changemens qu'ils produisent dans les attitudes des parties aftectées.
Le déplacement du centre de gravité du corps par le développement anormal de quelqu'une de ses parties , donne lieu à des attitudes particulières , nécessaires pour le maintien de l'équilibre dans la station. Ainsi , dans l'hydropisie, la grossesse, les tumeurs saillantes extérieurement , les difformités consistant dans l'inégalité de volume des parties, le corps s'infléchit constamment du côté opposé à celui vers lequel l'entraîne ce poids surajouté , afin de ramener le centre de gravité au-dessus de la base de sustentation.
Les déformations du système osseux qui surviennent dans le jeune âge ,
doivent en grande partie leur origine à l'influence des attitudes. L'action de la pesanteur sur cet appareil dans la station , les compressions et les distensions déterminées , dans les inflexions du corps, par cette force seule ou réunie à l'action musculaire, plus rarement par celle-ci seulement, expliquent ces développemens irréguliers, ces courbures des membres inférieurs, de la colotine vertébrale , si communes dans l'enfance à l'époque de la puberté ; véritables aberrations de la nutrition, consistant dans l'hypertrophie d'un côté, l'atrophie de l'autre , et reconnaissant pour cause déterminante l'influence toute mécanique de la situation. Des courbures analogues , quoique moins prononcées se développent chez les adultes par les mêmes causes. De là la nécessité , pouE prévenir ces courbures , de ne pas exposer trop tôt les enfans aux effets de là station , surtout s'ils sont faibles et rachitiques ; d'éviter , particulièrement aui approches de la puberté , qu'ils conservent long-temps les mêmes inflexions • d'imprimer également une direction convenable à l'action de la pesanteur et de la force locomotrice , dans le traitement de ces déformations ; problème complexe , dans lequel on a eu tort de ne voir autre chose que des muscles prédo- i minans d'un côté , qu'il fallait simplement contrebalancer par les muscles i opposés. (F^o^ez Orthopédie. )
Les attitudes pénibles ou forcées occasionnent à la longue la distension des : ligamens et des membranes synoviales , la fatigue et des crampes dans les i muscles, la compression des surfaces articulaires, et souvent de véritables douleurs ou même l'inflammation de ces parties. Le lumbago , le torticolis proviennent fréquemment de cette cause.
Les plaies des muscles , les maladies articulaires , les luxations après leur réduction , et surtout les fractures , réclament l'emploi de la situation comme \ moyen thérapeutique. Le traitement de quelques fractures en particulier , ' comme de celles de la clavicule, du col du fémur, a presque uniquement pour base l'influence des attitudes sur les rapports des fragmens et sur l'état des i muscles qui les environnent. ,
Appareil sensitif. — Les attitudes sont, comme les mouvemens dont elles : dépendent, soumises à l'empire des sensations. Les besoins, les instincts, les habitudes , les affections de l'âme , les désordres du système nerveux , font i varier à chaque instant la situation du corps , dans l'état de santé comme dans l'état de maladie.
Une position tranquille des malades , dans la veille et dans le sommeil, est, en général , un bon signe , qui indique le calme du système nerveux ; il ne faut : pas toutefois confondre avec cet état l'immobilité par faiblesse , dont il a été '< question plus haut. 11 est également avantageux que le "malade conserve son attitude ordinaire , soit qu'il ait l'habitude de se coucher , dans son état de santé , sur le dos ou l'un des côtés , la tête très-haute ou très-basse.
Au contraire, un changement continuel dans la position du corps, est l'indice d'un malaise général, comme on le voit dans la chaleur de la fièvre, dans celle qui accompagne les maladies inflammatoires, les éruptions, principalement dans leur début. L'envie continuelle de sortir du lit ou de s'asseoir est un signe dangereux dans les maladies aiguës , et la marque d'un grand trouble dans le système sensitif. Il en est de même de l'inflexion en avant de tout le corps , qui se courbe de la tête aux pieds , à moins que cette attitude ne soit le résultat de vives douleurs, ou qu'elle ne se manifeste chez des enfans, ou ne se lie à un état s particulier de l'intellect. On a remarqué que le décubitus sur le bas-ventre était le prélude du délire, lorsqu'il n'était pas causé pas des douleurs abdominales.
L'aliénation mentale donne lieu à des attitudes variées, selon le caractère des désordres intellectuels qui la constituent; elles ont une grande ressemblance avec celles qui peignent les passions et les sentimens de l'âme, et résultent en efiét des sentimens divers qui dominent les aliénés. Souvent il existe, dans ce cas, une répugnance extrême pour la position horizontale, et les malades, veulent constamment rester debout ou assis. D'autres , au contraire , refusent obstinément de se lever, et ont un penchant singulier à garder le lit. L'attitude des maniaques marque la force et le surcroît d'énergie qui les caractérisent.
Plusieurs maladies du système nerveux ont pour signes caractéristiques les attitudes qu'elles déterminent : telles sont la ohorée,les convulsions, l'hystérie, l'épilepsie , la catalepsie. Les positions les plus bizarres et les plus difficiles sont souvent une des anomalies les plus remarquables de ces affections. Observons que les attitudes étant soumises à la volonté , il en résulte que , sous ce rapport du moins , toutes ces maladies peuvent être simulées.
Lorsque, dans les fièvres graves, le malade , inaccessible aux sensations de froid et de chaud, ne recherche pas mênae les attitudes par lesquelles nous rendons plus supportables les différences de la température extérieure , qu'il reste couché sur le dos , les jambes et les bras écartés , le col, la poitrine , les mains et les pieds découverts , quoique ces parties soient sensiblement refroidies , cette position , en indiquant une lésion profonde de la sensibilité , annonce un grand danger. S'il se joint à cet état le renversement de la tête en arrière, l'écartement des lèvres, qui cessent de recouvrir entièrement les dents, la maladie est ordinairement mortelle.
La sensibilité génitale est excitée par certaines attitudes , par exemple, dans le décubitus sur le dos et sur le bas-ventre, sans doute à cause de la chaleur et de la pression que ces positions occasionnent dans le voisinage des organes génitaux. Cette considération ne doit pas être négligée dans le traitement des maladies de l'appareil génital.
La compression des nerfs , dans certaines situations du corps , donne lieu à des engourdissemens, des fourmillemens , des crampes , à la faiblesse et même à la paralysie des parties qu'ils animent. Ces symptômes cessent ordinairement avec la cause qui les a produits, ou se dissipent d'eux-mêmes quelque temps après qu'elle a cessé d'agir.