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ATTITUDE

obéissent en partie aux lois de la pesanteur , dans les différentes positions du corps. Ils tendent vers l'une ou l'autre extrémité , selon que la tête ou les pieds sont plus déclives, se répartissent plus également dans la situation horizontale, et pourtant se répandent encore avec plus d'abondance vers les points qui supportent le corps. Est-il nécessaire d'ajouter que ces raouvemens des liquides sont subordonnés aux lois de l'organisation et aux impulsions diverses de l'action organique? Et ne voit-on pas aussi que ces effets seront d'autant plus prononcés que la vitalité des organes sera moindre , que les fluides formeront une plus [grande masse par rapport aux solides, etc. ? En vertu de notre organisation première, les membres pelviens et les parties voisines du tronc sont naturellement disposés pour supporter avec le moins d'inconvénient le poids des liquides ; tandis que le thorax et surtout la tête doivent être supérieurs au reste du corps pour n'en pas être incommodés , et ne restent même pas sans danger de niveau avec les autres parties , hors le temps du sommeil, bien que l'habitude puisse modifier leur tolérance , si je puis m'exprimer ainsi, pour la situation déclive.

Les fluides du corps humain reçoivent encore les impulsions communiquées par l'action musculaire aux cavités qui les renferment , dans les efforts occasionés par un grand nombre d'attitudes, par toutes les stations , par exemple ; ils sont soumis à l'influence des variations de figure et d'espaces dépendant des inflexions des parties, à celle des pressions déterminées par le poids du corps et la résistance du plan de sustentation , etc.

C'est par une conséquence de ces faits que , chez la plupart des malades , la face colorée , le teint animé , la température chaude de la tête , dans la situation horizontale, contrastent avec la pâleur et le refroidissement de ces parties, qui succèdent à une attitude droite , qu'après un long décubitus , les premiers efforts de station sont accompagnés d'étourdissemens , de vertiges, de nausées, et souvent d'une forte coloration de la face ; qu'une circulation plus active caractérise , en général , la situation droite , ainsi qu'on le voit par la moindre fréquence des contractions du cœur et desbattemens artériels dans le coucher.

On se rend raison, par les mêmes considérations, des congestions cérébrales, des apoplexies, qui se déclarent chez les vieillards forcés de garder long- temps la position horizontale , par exemple, à la suite des fractures dont ils sont atteints ; de la plus grande fréquence des inflammations et des congestions à droite qu'à gauche, comme on le remarque pour la pneumonie, les affections célébrales , etc. , par l'habitude assez générale de se coucher sur le côté droit ; de l'inflammation des parties postérieures des poumons à la suite d'un long décubitus sur le dos, particulièrement lorsque la vitalité est diminuée par des lièvres graves; des congestions qui se forment, dans les derniers instans de la vie, vers les parties qui supportent le corps; de la bouffissure et de l'infiltration des mêmes parties dans les maladies avec prédominance des fluides lymphatiques ; du déplacement des fluides des hydropisies dans différentes positions; du gonflement des pieds par les veilles prolongées; du développement des varices aux membres inférieurs par la station habituelle , comme celle que nécessitent quelques professions; des effets nuisibles de l'attitude droite dans les plaies, les ulcères, les inflammations de ces membres; de la stagnation de l'urine dans ses réservoirs, lorsque les malades restent long-temps couchés sur le dos, et des concrétions calculeuses, des inflammations de l'appareil urinaire, qui en sont la suite , etc. , etc.

Les malades doivent donc , en général , avoir la tête et le haut du tronc un peu plus élevés que le reste du corps. Cette précaution est surtout indispensable dans tous les cas où quelque partie située à la tête est menacée ou affectée de congestion ou d'inflammation. Dans les affections cérébrales , on donne même au tronc une situation presque verticale , en soutenant la tête avec des oreillers de crin. Les héraorrhagies des parties supérieures du corps , l'hémoptisie en particulier, exigent une position analogue et l'absence de tout effort musculaire. Il en est de même des anévrysmes du cœur, de l'aorte et des artères nées de sa crosse. La situation horizontale est un moyen de guérison direct dans la syncope , dans les hémorrhagies des parties inférieures , dans la métrorrhagie , par exemple ; elle est spécialement appropriée au traitement des maladies des membres abdominaux. La facilité de donner , par la flexion du coude , une position horizontale ou même relevée à la main et à l'avantbras, rend la station plus admissible dans Jes maladies des membres supérieurs.

Le coucher sur le côté , l'inclinaison du corps en avant , favorisent , chez l'enfant et le vieillard, l'excrétion des produits de la sécrétion bronchique ; les mêmes attitudes facilitent l'expulsion au dehors des matières contenues dans l'estomac. Une situation déclive de la partie rend également plus facile l'écoulement des liquides qui doivent sortir par des ouvertures accidentelles, comme dans les plaies pénétrantes , ou pratiquées par l'art, comme dans les diverses ponctions.

Le décubitus à gauche ou sur le bas-ventre excite souvent des palpitations du cœur , et doit être évité toutes les fois qu'il existe une disposition à celte affection.

Appareil respiratoire. — Les altitudes ont une influence directe sur cet appareil, par l'étendue variable qu'elles laissent aux mouvemens du diaphragme et des côtes pour l'inspiration , par la difficulté des mouvemens respiratoires qui accompagne les efforts musculaires généraux , par la fixité que certaines situations procurent aux muscles respirateurs accessoires.

La situation la plus favorable à l'ampliation de la poitrine est la rectitude du tronc. Dans la flexion de l'épine en avant , le diaphragme a moins d'espace pour s'abaisser, les côtes , plus rapprochées , sont plus gênées dans leur élévation , les omoplates , situées plus antérieurement , resserrent davantage le thorax. Aussi conseille-l-on , dans la disposition à l'hémoptisie et à la phlhisie

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pulmonaire d'éviter les mouvemens qui portent les bras et les épaules en avant, de se livrer à des exercices qui redressent le corps , comme l'équitation.

Dans la gêne de la respiration occasionée par la difficulté du passage de l'air à travers le poumon comprimé ou altéré dans son tissu, une position horizontale est difficilement supportée , à cause de l'obstacle que la pression du poids du corps met au mouvement des côtes. Si la gêne n'existe que d'un côté, comme dans la pneumonie , les abcès du poumon , l'empyème simple , le malade ne peut se coucher que sur le côté affecté , cette position étant la seule où le côté sain jouit de toute la liberté de ses mouvements. Lorsque ces maladies occupent les deux côtés de la poitrine , le décubitus a lieu sur le dos ; mais si la gêne est considérable , cette altitude devient impossible , et le malade est olaligé de rester sur son séant. On remarque les mêmes phénomènes dans l'hydro-thorax, l'hydro-péricarde , l'inflammation du cœur. La situation du malade peut donc servir à mesurer la gravité et l'étendue de ces affections; on a observé depuis long-temps qu'il existait un grand danger dans la pneumonie, quand le malade ne pouvait respirer qu'en s'asseyant sur son lit.

Dans les efforts respiratoires excessifs des personnes affectées d'angine de poitrine , d'aslhme convulsif , l'attitude assise est la seule possible; la tête, les épaules, le haut du tronc, sont jetés en arrière; les mains , fortement arc-boutées, soulèvent le corps et fournissent un point d'appui aux muscles thoraciques.

Les adhérences des plèvres et le rétrécissement du côté de la poitrine affecté dans les épanchemens pleuréliques terminés par résorption, déterminent l'inflexion du tronc de ce côté : réciproquement les courbures latérales du tronc ont pour effet immédiat le resserrement du thorax du côté où se fait l'inclinaison , et sa dilatation du côté opposé.

Le décubitus sur la partie antérieure du tronc , en exerçant une forte pression sur les points les plus mobiles du thorax , cause la gêne de la respiration: c'est surtout dans cette attitude que l'on est exposé au cauchemar pendant le sommeil.

Appareil digestif. — Les variations extrêmes de forme et de dimensions de l'abdomen par les effets de la situation et des inflexions du corps , la part que prend la paroi musculaire de cette cavité h. tous les efforts locomoteurs, établissent un rapport intime et réciproque entre les attitudes et l'état des organes digestifs. De là le dérangement fréquent des digestions et le développement d'affections gastriques par la flexion habituelle du tronc en avant , comme on le voit dans l'exercice de certaines professions ; et d'une autre part , la flexion de l'épine en avant déterminée par les souffrances des organes digestifs ; les effets utiles de la position horizontale dans les digestions laborieuses ; l'influence de la situation sur les excrétions diverses dont les organes digestifs sont le siège ; la disposition aux hernies produites par certaines attitudes ; les avantages que l'on tire de la situation pour palper avec plus de facilité les différentes régions de l'abdomen , et reconnaître l'état des viscères qu'il renferme ou les fluides qui y sont accumulés ; l'utilité du même moyen pour le traitement des plaies de celte partie, etc. La plupart de ces faits et beaucoup d'autres de la même nature ont été exposés avec détail à l'article Abdomen, [yojez ce mot.)

( Bouvier. )

AUNÉE COMMUNE , irada helenium. Deux plantes de ce nom ont été employées en médecine , mais une seule l'a été d'une manière assez suivie , c'est celle dont il va être question. Elle appartient à la syngénésie polygamie superflue, LiNw., et à la famille des synanthérées, et fournit à la matière médicale sa racine qui est fusiforme , grosse comme le pouce, charnue, rameuse , fauve ou brune en dehors , blanche en dedans. Son odeur, forte et aromatique lorsqu'elle est récemment recueillie, s'affaiblit par la dessiccation, et devient analogue à celle de la violette. Elle présente une saveur qui lui est particulière et qui est aromatique et piquante , avec une nuance d'amertume.

L'examen chimique de l'année n'y a rien fait découvrir qui mérite d'attirer l'attention, et moins encore qui justifie la réputation dont elle a joui. L'huile volatile concrète , analogue au camphre , de la résine , de l'acide acétique , quelques sels et une fécule particulière qu'on a nommée inuline, et qui jusqu'à présent au moins, n'a été qu'un objet de curiosité scientifique; tels sont les principes qu'elle renferme.

Si l'on consulte l'expérience impartiale et éclairée , on ne comprend pas comment elle a pu être vantée comme un médicament énergique, et considérée comme tonique, emménagogue , sudorifique , diurétique, expectorante et anthelmin tique tout à la fois, et l'on est obligé de penser qu'on s'est mépris en lui attribuant des effets qu'elle est évidemment incapable de produire. On ne peut y voir qu'un excitant assez faible , qui peut être i-emplacé par une foule d'autres , et dont l'action , dans la plupart des cas , dépend de la manière dont il a été administré , et de l'époque des maladies où il est intervenu.

Nous ne craignons point d'être démenti par les praticiens qui ont eu l'occasion d'administrer cette substance, en disant qu'elle ajoute peu de vertus aui composés dans lesquels elle entre , souvent associée à des médicamens doués de propriétés bien plus énergiques que les siennes , ainsi qu'il est facile de s'en convaincre en portant les yeux sur les formules où elle figure. L'année, de nos jours, est bien peu employée ; on voit combien elle mérite peu de l'être. Disons néanmoins qu'elle s'administre en poudre à la dose d'un demi-gros à deux gros; en décoction à celle d'une demi-once à une once pour deux livres d'eau; qu'on en prépare un extrait , un sirop , un vinaigre , un vin , une teinture; qu'enfin elle fait partie de l'orviétan , de l'alcool général , de l'emplâtre de Vigo , de l'élixir américain de Courcelles , et d'une foule d'autres préparations plus ou moins célèbres. (F. Ratieh.)

AUSCULTATION. On désigne ainsi une méthode particulière d'expleration qui a pour but de reconnaître , par les différens bruits qui ont lieu dans une

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partie (Juelcoiitjue du corps, l'état sain ou morbide de cette partie. Indiquée par Hippocrate, et mise en usage par plusieurs médecins des siècles derniers, l'auscultation avait présenté si peu d'avantages à ceux qui l'employaient, qu'on ne s'en servait presque plus , lorsque Laënnec vint démontrer l'immense parti qu'on pouvait en tirer dans le diagnostic des maladies de poitrine. Aujourd'hui l'auscultation est généralement pratiquée, et on la regarde avec raison comme un des plus puissans moyens d'investigation que possède le praticien , pour découvrir l'existence des maladies des poumons ou du cœur, ainsi que pour reconnaître leur nature , leur siège, leur étendue, leur degré, leurs périodes d'accroissement ou de décroissement. Il est bien des cas où , avant qu'aucun autre signe ait révélé , par exemple , l'existence d'une pneumonie , l'auscultation donne la certitude de son existence; indiquant en même temps le point précis où sévit l'inflammation, elle en mesure la gravité, et elle permet surtout de la combattre dès son principe par des moyens locaux (sangsues, etc.), appliqués sur le lieu même où elle existe. Pendant le cours de la maladie , l'auscultation peut en faire suivre, jour par jour, les progrès ; elle est surtout utile dans ces cas si communs où la pneumonie ne dépasse pas le degré d'engouement, où elle est disséminée sur un grand nombre de points que séparent des portions saines du parenchyme pulmonaire , car alors elle ne diminue en aucune façon la sonoréité des parois thoraciques. Plus tard enfin, lorsque tout semble annoncer une résolution complète de la phlegmasie pulmonaire, souvent elle indique par des signes non douteux , qu'au milieu de cette convalescence apparente , il reste encore dans le poumon un engorgement plus ou moins étendu , dont il est d'autant plus important de bien constater l'existence que, inconnu et non combattu , cet engorgement devient souvent un noyau dans lequel vient à se sécréter de la matière tuberculeuse. Parlerai-je encore de ces cas , non moins fréquens que les précédens, dans lesquels il y a un désaccord remarquable entre les symptômes généraux et les désordres locaux dont le poumon est le siège : c'est surtout depuis l'emploi de la méthode de l'auscultation qu'on a pu bien se convaincre que la saignée, par exemple , qui mesure la gravité des pneumonies, n'est pas toujours en rapport d'intensité avec l'étendue ou le degré de la phlegmasie pulmonaire. Comment distinguer, autrement que par l'auscultation , une pneumonie et un épanchement pleurétique , si ce n'est dans le cas rare où celui-ci a distendu les espaces intercostaux, et agrandi le côté de la poitrine où il a lieu ? Par quel moyen , autre que l'auscultation, établira-t-on d'utie manière rigoureuse que des cavernes sont creusées au sein du parenchyme pulmonaire? Aura-t-on recours pour cela aux signes qui annoncent souvent le dernier degré de la phthisie ? Mais , d'une part, tous ces signes ont été vus chez des individus qui n'avaient autre chose qu'une simple bronchite chronique , et d'autre part, il est des individus dans le poumon desquels l'auscultation reconnaît déjà des cavernes , à une époque où ils n'ont encore présenté aucun des symptômes qui se lient ordinairement à leur existence. Les chances plus ou moins grandes de curabilité qui restent à un phthisique, le temps plus ou moins long qu'il lui est encore donné de vivre, voilà autant de données importantes qui ne peuvent être fournies que par l'auscultation. Seule, elle peut révéler le nombre et l'étendue des cavernes, seule surtout elle peut indiquer l'état du parenchyme pulmonaire autour d'elles. Quant au cœur , combien de formes de lésions de cet organe étaient nécessairement méconnues pendant la vie , jusqu'à ce que l'auscultation fut venue en vérifier l'existence !

Je viens de rappeler quelques-uns des cas nombreux dans lesquels l'auscultation asingulièrement contribué à élever le diagnostic médical à une précision véritablement mathématique. Cependant, il ne faut demander à cette méthode que ce qu'elle peut donner , et il est aussi beaucoup de cas où , en accordant une trop exclusive confiance aux renseignemens qu'elle fournit, en ne voulant reconnaître de lésions, dans le poumon ou dans le cœur, que celles qu'elle y découvre, on arriverait aux plus singuliers mécomptes. Assez souvent, par exemple, on voit des phthisiques ari-iver à la dernière période de leur maladie, et succomber, sans que l'auscultation ait jamais donné aucun signe certain de l'existence des tubercules pulmonaires; il en est ainsi lorsque la mort arrive sans que des cavernes se soient formées dans le poumon. On observe alors tous les signes rationnels de la phthisie, tels que marasme, fièvre hectique, sueurs, expectoration puriforme , dévoiement , etc. , et cependant l'auscultation ne fournit d'autres renseignemens que ceux qu'elle donnerait dans un simple cas de bronchite chronique. Au début de la phthisie, il n'y a non plus aucun moyen de distinguer par l'auscultation s'il existe des tubercules dans le parenchyme pulmonaire. Parlerai-je encore de quelques cas d'affections organiques du cœur , dans lesquels cet organe présente après la mort une augmentation simultanée de l'épaisseur de ses parois et des dimensions de ses cavités, et où cependant la maladie du cœur a été reconnue bien plus d'après les si^es rationnels que d'après ceux fournis par l'auscultation , qui , plus d'une fois en pareil cas , n'apprend rien sur l'état du cœur ?

Lorsqu'on ausculte la poitrine , dans le but d'apprécier l'état de l'appareil respiratoire, on doit examiner, 1° le bruit respiratoire; 2° la voix; 3° les diflPérens bruits qui , dans l'état morbide , remplacent le bruit respiratoire , et qu'on désigne sous le terme générique de râles ; 4° la toux.

Lorsqu'on applique l'oreille, nue ou armée du stéthoscope, sur les parois thoraciques d'un individu bien portant, on entend, à chaque «louvement d'inspiration , dans toute l'étendue de ces parois en contact avec les poumons, une sorte de souffle ou de murmure qu'on ne peut comparer qu'à lui-même , qui varie beaucoup, non en nature , mais en intensité, suivant les sujets, et qui résulte bien manifestement de l'entrée libre de l'air dans les bronches et leurs ramifications, jusque dans les vésicules pulmonaires. Ce bruit , qui appartient à l'ctat normal, a été désigné, en raison de sa nature , sous le nom de bruit

respiratoire ; en raison du phénomène qui coïncide avec lui, on l'a appelé bruit d'expansion pulmonaire ; enfin, en raison de son siège, on lui a imposé la dénomination de respiration vésiculaire.

Le bruit respiratoire ne se montre pas le même chez tous les individu» supposés sains. 11 n'est pas semblable, par exemple , chez un enfant et chez un adulte. Chez le premier , depuis la naissance jusque vers la douzième année il est remarquable par sa grande intensité , et alors il peut être perçu par celui même qui n'a aucune habitude de l'auscultation. Quelle est la cause de cette intensité toute particulière que présente chez l'enfant le bruit respiratoire? Est-ce , comme on l'a dit , parce que chez l'enfant plus de sang dans un temps donné venant à traverser le poumon, il faut que plus d'air aussi vienne à y pénétrer ? Cette explication n'est pas à rejeter; car, lorsque, chez un adulte, une cause quelconque s'oppose à ce que, dans toute l'étendue des poumons, le sang se trouve , à chaque mouvement inspiratoire , en contact médiat avec l'air , le bruit inspiratoire s'entend avec une intensité inaccoutumée dans lej portions de poumons restées libres ; ce bruit redevient alors ce qu'il était dan» l'enfance. En pareil cas , il est clair que l'intensité plus grande du bruit respiratoire dépend d'une activité plus grande des fonctions du poumon dans quelques points de son étendue. Je crois, cependant , que la force remarquable du bruit respiratoire des enfans peut aussi reconnaître pour un de ses élémens la plus grande étendue de surface que présente chez les enfans l'arbre aérifère; ' le bruit respiratoire est aussi très-fort chez tous les animaux dont le poumon conserve , pendant toute la durée de leur vie , \me densité égale à celle du poumon humain dans le premier âge. Après la puberté , cette densité diminue; l'air qui pénètre dans le poumon trouve à se répandre sur une moindre surface, et le bruit respiratoire perd une grande partie de la force qu'il avait dans l'enfance. Enfin , chez le vieillard , la densité du poumon est à son minimum ; de larges cellules, comme l'a démontré un des premiers M. Magendie, remplacent les vésicules bien plus petites qui la constituaient aux autres âges; une surface de moins en moins étendue est offerte à l'air élaborateur, et le bruit respiratoire devient aussi de plus en plus faible. Ce bruit s'éloigne encore plus dans la vieillesse de ce qu'il est aux autres âges, lorsque l'atrophie prématurée du parenchyme pulmonaire y a produit la maladie désignée improprement souj le nom lïemphjrsème. Dans cette maladie, en effet, il y a un contraste remarquable entre la sonoréité des parois thoraciques qui est conservée intacte oa qui est même augmentée , et la faiblesse extrême du bruit d'expansion pulmonaire. Cependant il est des vieillards dont le bruit respiratoire est puéril, comme il est des enfans chez lesquels ce bruit est sénil. Mais ces sujets ne sont plus alors dans leur état physiologique.

Indépendamment des âges, il est des dispositions tout individuelles qui font que , chez des sujets de même âge et placés dans les mêmes conditions physiologiques apparentes , le bruit d'expansion pulmonaire sera loin d'avoir une égale intensité. Chez l'un , il sera tellement faible qu'il faudra une grande attention ou une grande habitude pour le percevoir; vainement même, dans plus d'un cas de ce genre , engagera-t-ou l'individu à faire de profondes inspirations ; on ne percevra pas mieux le bruit respiratoire ; toutefois il deviendra plus sensible , si l'on fait tousser l'individu , immédiatement avant et après la, toux. Chez d'autres sujets , le bruit d'expansion pulmonaire ne devient bien sensible que lorsqu'on- les fait inspirer profondément; chez d'autres enfin, il est habituellement assez fort pour que dans les inspirations ordinaires on l'entende très-distinctement. J'ai vu beaucoup de médecins engager de prime abord les individus dont ils examinent la poitrine, à faire de fortes inspirations; je crois que c'est là une pratique vicieuse, et qui a pour résultat de ne pas éclairer sur la manière dont s'accomplit ordinairement la respiration. Il faut commencer par écouter la respiration telle qu'elle s'exécuterait si on ne l'écoutait pas ; on arrive ensuite à l'écouter, après avoir engagé la personne qu'on examine à pratiquer de suite plusieurs inspirations profondes. Il arrive souvent que, pendant les premiers iustans de l'application de l'oreille sur la , poitrine , on n'entend aucun bruit respiratoire , soit que l'individu troublé retienne sa respiration, soit que l'oreille même de l'obsei-vateur ait besoin d'un certain temps pour s'isoler des bruits différons de celui qu'elle veut percevoir. Il ne faut pas non plus oublier qu'il est des personnes qui ne savant pas faire une inspiration profonde, et lorsqu'on les y engage, les efforts maladroits qu'ils font pour y parvenir, loin d'augmenter l'intensité du bruit respiratoire , le rendent moins sensible qu'il ne l'était dans leurs inspirations ordinaires.

Le bruit respiratoire ne s'entend pas, chez un même individu, avec une égale force dans toutes les parties de la poitrine : les parties où on le perçoit le plus facilement et le plus constamment sont, l" le creux de l'aisselle ; 2° l'espace situé entre la clavicule et le bord antérieur du trapèze ; 3o l'intervalle compris entre cette même clavicule et le sein; 4° en arrière entre la colonne vertébrale et le bord interne de l'omoplate. Son intensité, dans l'état sain , est toujours plus forte en avant qu'en arrière.

Chez un individu malade, le bruit respiratoire présente deux espèces dç ^ modifications : l'une porte sur son intensité , l'autre sur sa nature.

Toutes les fois qu'un obstacle quelconque empêche plus ou moins l'entrée de l'air dans un certain nombre de vésicules pulmonaires, le bruit respiratoire diminue ou cesse dans toute la portion du poumon soumise à cet obstacle. En même temps là où n'existe plus cet obstacle, on observe un phénomène inverse; les portions du poumon, restées perméables , suppléent celles qui ont cessé de l'être, et l'oreille, appliquée sur les parois thoraciques qui leur correspondent, perçoit un bruit respiratoire beaucoup plus intense que de coutume; c'est la un des cas où la respiration de l'adulte redevient semblable à celle de l'enfant. Tantôt celte respiration supplémentaire ne s'entend que dans une partie des

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poumons , tandis que dans les autres parties la respiration est très-faible ou nulle • tantôt c'est dans toute l'étendue du thorax que se perçoit un bruit respiratoire beaucoup plus fort qu'on ne devrait le rencontrer. En pareil cas, on peut être sûr que quelque part existe aussi un obstacle , soit à la circulation du sang, soit à la circulation de l'air. Alors , par exemple , il n'est pas rare que des tubercules plus ou moins nombreux soient disséminés au milieu du parenchyme pulmonaire , resté perméable autour d'eux. D'autres fois ce sont des pneumonies lobulaires profondément situées , non appréciables par l'auscultation, et qui coïncident avec cette exagération du bruit respiratoire. D'autres fois, enfin, le poumon lui-même n'a subi dans sa texture aucune altération. Il est resté sain, mais le cœur est malade ; le trouble de circulation qui en résulte suffit 'pour augmenter d'une manière très-remarquable l'intensité du bruit respiratoire. , Au lieu d'être modifié seulement dans son intensité , le bruit respiratoire peut l'être dans sa nature. On continue bien de l'entendre, mais le bruit que l'on perçoit n'est plus celui qui annonce, à chaque inspiration, l'entrée de l'air |dans les'vésicules pulmonaires. C'est qu'en effet il n'a plus lieu dans ces derjnières, mais seulement dans les tuyaux bronchiques. De là le nom de bruit (respiratoire bronchique , ou tout simplement de respiration bronchique , par lequel, en raison du siège du phénomène, on est convenu de le désigner. Cette modification remarquable du bruit respiratoire n'est pas toujours la même ; (elle présente plusieurs variétés , parmi lesquelles nous distinguerons les trois suivantes.

Première variété. — ■ Respiration bronchique ne différant à peu près, surtout pour les personnes peu habituées à l'auscultation, de la respiration vésiculaire, (que par l'extrême intensité du phénomène ; c'est la respiration puérile exagérée, 'u n'est pas rare de constater l'existence de celte première variété en des points où la percussion fait reconnaître un son mat ; il y a hépatisation pulmonaire, et cependant il semblerait que l'air pénètre librement dans ces vésicules , dont la percussion paraît indiquer l'oblitération complète; en pareil cas, l'auscultation semble d'abord fournir des renseignemens infidèles ; mais un examen plus attentif du phénomène nous apprend que ce bruit respiratoire très fort doit précisément son intensité k ce que l'air , dont il annonce l'entrée dans les bronches , ne pénètre pas au-delà de ces conduits.

Deuxième variété. — Respiration bronchique caractérisée par un bruit particulier semblable à celui que l'on produirait en faisant une expiration forte dans un tube de bois ou de métal , fermé par le bout opposé à celui sur lequel les lèvres sont appliquées. Dans ce cas , le bruit que l'on perçoit diffère tellement de celui qui se lie à l'entrée de l'air dans les vésicules pulmonaires, qu'on ne peut plus le confondre avec lui.

Troisième variété. — Ici le bruit que l'on entend diff'ère encore plus que le précédent de la respiration vésiculaire. Chaque inspiration est accompagnée [d'une sorte de souffle semblable à celui que l'on produit lorsqu'on veut éteindre (une lumière.

Toutes ces variétés de la respiration bronchique correspondent sans doute à un certain nombre de modifications que subissent les bronches dans leur force, dans leur calibre, dans leurs rapports avec le parenchyme puln^onaire, toutes îles fois que celui-ci est devenu , dans une certaine étendue , imperméable à l'air. On les entend également , et dans les cas d'hépatisation pulmonaire , et dans les cas d'épanchement pleurétique.

Il est des cas d'hépatisation pulmonaire où c'est surtout, et même exclusivement, pendant le temps de l'expiration, que se perçoit le phénomène de la respiration bronchique.

Il ne faut pas confondre le bruit dû à la respiration bronchique avec un autre bruit sur lequel M. Reynaud a récemment appelé l'attention (thèse inaugurale), et que l'on peut percevoir dans plusieurs cas d'épanchemens pleurétiques , en faisant coucher les malades sur le ventre. Ce bruit peut être exactement comparé à deux corps frottant l'un contré l'autre, il a lieu alternativement de haut en bas et de bas en haut dans les mouvemens d'inspiration; ce bruit peut devenir un très-bon signe pour distinguer une simple pneumonie d'une pleurésie avec épanchement.

1 Lorsqu'au sein du parenchyme pulmonaire s'est creusée une cavité dans laquelle s'ouvrent une ou plusieurs bronches , l'air qui s'introduit dans cette cavité à chaque inspiration , y produit deux phénomènes; si cette cavité, qui, dix-neuf fois sur vingt, succède à la fonte d'une masse tuberculeuse, est remplie de liquide, on entend un râle particulier sur lequel je reviendrai plus h&s ; c'est là le cas le plus ordinaire. Que si , au contraire , la cavité est vide , au lieu de râle , on entend à chaque inspiration un bruit de souffle très-prononcé , qui peut être désigné, en raison du siège du phénomène, sous le nom de respiration caverneuse. Elle peut être pure, ou plus ou moins mêlée à du râle ; elle peut alterner avec celui-ci, ou se montrer d'une manière permanente ; ce dernier cas n'a guère lieu que lorsqu'il y a tendance , dans l'excavation tuberculeuse , à un travail de cicatrisation. J'ai vu , dans quelque cas , une forte dilatation des bronches, produire dans le bruit respiratoire une modification qui le rapprochait beaucoup de la respiration caverneuse. Quelquefois , c'est surtout pendant le temps de l'expiration que le bruit de souffle devient le plus marqué; alors , dit Laennec , il semble à l'observateur qu^on lui souffle dans l'oreille.

L'air, en pénétrant dans les diverses ramifications , soit naturelles, soit accidentelles , de l'arbre respiratoire , peut y rencontrer un liquide variable par sa nature et par le siège qu'il occupe ; d'autres fois, il trouve des conduits dont le calibre est diminué. Dans ces cas divers le bruit respiratoire est remplacé par d'autres bruits que Laennec a appelés du terme générique de râles.

Comme la respiration , les râles peuvent être distingués en râles vésiculaire , bronchique et caverneux. Le premier se montre toutes les fois qu'un liquide

DlCT. DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE PRATIQUES.

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quelconque (sang ou mucus) vient à remplir, soit les vésicules aériennes, soit les dernières ramifications bronchiques qui se terminent à ces vésicules. L'état d'engorgement des parois des vésicules pulmonaires peut aussi concourir à le produire; on l'entend spécialement dans le premier degré de la pneumonie , dans l'hémoptisie et dans l'œdème du poumon. Ce râle a été appelé , par Laennec , râle crépitant , parce qu'il se rapproche assez , soit du bruit que fait du sel qui décrépite par la chaleur , soit du bruit que fait entendre un poumon sain et surtout emphysémateux que l'on presse entre les doigts. Du reste, ce râle vésiculaire peut souvent se confondre par des nuances insensibles avec quelques variétés du râle bronchique: aussi n'est-il pas rare d'entendre un râle qui se rapproche beaucoup du râle crépitant dans desimpies catarrhes pulmonaires; il suffit pour cela qu'une certaine quantité de mucus occupe quelques ramifications très-ténues de l'arbre bronchique. D'un autre côté, dans beaucoup de cas de pneumonies avec simple engouement du parenchyme pulmonaire, le râle crépitant est remplacé par un râle plus humide , semblable à celui qui appartient à l'inflammation des grosses bronches (râle muqueux).

Sous le nom de râle crépitant sec à grosses bulles ou de craquement , Laennec a décrit une variété du râle vésiculaire qui caractérise l'emphysème pulmonaire. U semble résulter de ce que l'air, à chaque inspiration, pénètre dans des vésicules trop sèches et inégalement dilatées; il faut donc admettre dans le râle vésiculaire deux variétés : 1° le râle vésiculaire humide ; 2» le râle vésiculaire sec.

Le râle bronchique, ainsi nommé en raison de son siège, présente aussi deux variétés : dans l'une d'elles, il est dû à une accumulation de mucosités dans les bronches; c'est cette variété que Laennec a a\i-pe\ëe râle muqueux ; il ne saurait être mieux comparé qu'au râle trachéal des raourans. On peut encore l'appeler râle bronchique humide. L'autre variété de râle bronchique , peut être désignée sous le nom de râle bronchique sec. Ici le râle paraît être spécialement dû k ce que l'air trouve une bronche qui , par suite de l'épaississement de ses parois, ne peut plus lui livrer que difficilement passage. Il en résulte des bruits qui diffèrent autant que peuvent elles-mêmes différer les conditions du phénomène ; tantôt , c'est une sorte de ronflement qui rappelle celui d'un homme qui dort , tantôt, ou croirait entendre le son d'une corde de basse que l'on fait vibrer; tantôt, en se prolongeant, l'inspiration s'accompagne d'un bruit que Laennec a très-exactement comparé au roucoulement de la tourterelle. D'autres fois c'est une sorte de sifflement plus ou moins aigu , que Laennec croit aussi pouvoir être produit par du mucus visqueux obstruant une petite bronche. Rien de plus commun que de voir ces nombreuses variétés du râle bronchique sec se montre simultanément ou se remplacer chez les individus atteints de catarrhe pulmonaire chronique.

De même que le râle vésiculaire humide se confond insensiblement avec le râle bronchique humide , de même entre celui-ci et le râle caverneux , il est difficile d'établir une ligne de démarcation bien tranchée. Ce dernier râle, dont le nom indique le siège, est caractérisé par un bruit semblable à celui que l'on produit eu soufflant avec un chalumeau sur une dissolution de savon. On l'appelle alors gargouillement ; aussi tranché, ce râle est, à mon avis, le meilleur signe à l'aide duquel on puisse diagnostiquer une excavation tuberculeuse. Mais il s'en faut que , dans tous les cas de cavernes , on entende un pareil gargouillement. Bien souvent, là où elles existent , on ne perçoit qu'un simple râle muqueux à petites bulles, qui quelquefois même se rapproche beaucoup du râle sous-crépitant. Si, en pareil cas, on fait inspirer plus profondément le malade , il n'est pas rare de voir un simple râle muqueux se transformer en un gargouillement des plus évidens ; souvent enfin on obtient le même résultat , en écoutant la respiration après avoir fait tousser le malade.

Lorsqu'on ausculte la poitrine d'un individu sain , en même temps qu'il parle , il arrive souvent que la voix résonne sous l'oreille dans toute l'étendue du thorax ; ce phénomène s'observe surtout chez les personnes dont la voix est naturellement grave, et qui ont une large poitrine. Il est d'autres individus, également bien portans , chez lesquels rien de semblable ne s'observe. Mais chez tous, si l'on applique l'oreille vers le milieu du dos , entre la colonne vertébrale et l'omoplate , là où existent de gros tuyaux bronchiques , l'on entend la voix résonner beaucoup plus fortement qu'en aucun autre point. Voilà ce que présente à remarquer l'auscultation de la voix chez un homme sain : dans le cas de maladie, elle présente trois modifications principales qui se rattachent k trois conditions anatomiques différentes. La première de ces modifications constitue la vois bronchique, ou la bronchophonie. Elle consiste dans un retentissement particulier de la voix qui se lie k l'induration du parenchyme pulmonaire , et quelquefois k utie simple dilatation des bronches, La seconde modification de la voix constitue la voix caverneuse , appelée aussi pectoriloquie , parce qu'effectivement il semble , lorsque le phénomène est bien tranché, que la voix arrive directement de la poitrine k l'oreille , comme si elle s'était formée à l'intérieur même des poumons. La pectoriloquie évidente ne peut avoir lieu que lorsqu'une excavation tuberculeuse est creusée dans le parenchyme pulmonaire ; mais toute caverne ne produit pas nécessairement la pectoriloquie : c'est à l'article Phthysie qu'il devra être question des conditions de la manifestation de ce signe et de sa valeur. Je dirai sèulement ici qu'il est si facile, à qui n'a pas une grande habitude de l'auscultation, de prendre pour de la pectoriloquie ce qui n'est que de la bronchophonie , qu'on ne doit conclure du retentissement de la voix k l'existence d'une caverne que lorsque la pectoriloquie est des plus évidentes , ce qui est beaucoup moins commun qu'on ne le pense ordinairement. L'existence d'une caverne me semble plus facile à constater par l'auscultation de la respiration , de la toux et des râles que par celle de la voix. En faisant ce dernier examen , il ne faut jamais oublier d'ausculter

AUSCtt ATIOS,

AVERSIÔPf.

comparativement les deux côtés ; car il est tel individu dont la voix a naturellement une résonnance si forte, qu'un observateur peu exercé pourrait attribuer à l'existence d'une excavation tuberculeuse un retentissement qui est l'état normal du sujet. C'est parce que j'ai vu souvent commettre une pareille erreur que j'ai cru devoir prémunir contre elle.

La troisième espèce de modification que présente la voix est celle que l'on connaît sous le nom A''égophonie, oa voix chevrotante. Elle appartient à l'épancbement pleurétique , et je renvoie pour l'indication de sa nature et de ses causes à l'article Pleurésie.

En appliquant l'oreille sur la poitrine, pendant qu'un individu tousse, on retire quelquefois de ce phénomène des signes utiles. C'est surtout dans deux cas que l'auscultation de la toux peut fournir des renseignemens utiles ; le premier de ces cas est celui où un obstacle quelconque empêche la libre entrée de l'air dans les vésicules pulmonaires ; chaque fois que la toux a lieu, on entend un retentissement particulier qui semble se passer dans les grosses bronches, et qui peut être désigné sous le nom de toux bronchique: Laennec l'a déjà appelée toux tubaire. On l'entend encore dans quelques cas de dilatation des bronches ; cette toux accompagne ordinairement la respiration bronchique. Le second cas où il importe d'ausculter la poitrine d'un individu , pendant qu'il tousse, est celui où l'on soupçonne l'existence d'une caverne ou de toute autre cavité' accidentelle creusée dans le poumon. On entend alors deux choses : ou bien chaque effort de toux est accompagné d'un gargouillement plus manifeste qu'auparavant, ou bien ce gargouillement manque, mais seulement le son qui accompagne la toux présente une modificatian toute particulière, qui annonce que le phénomène se reproduit dans une cavité plus ou moins large dans laquelle chaque mouvement d'inspiration ou d'expiration agite une masse d'air plus ou moins considérable. Cette modification de la toux, nous l'appellerons toux cai>erneuse. La grandeur des cavités , la disposition de leurs parois , le nombre, la forme et les rapports des brides qui les traversent, la quantité et les qualités du liquide qu'elles contiennent , le mode suivant lequel les bronches s'ouvrent dans ces cavités , sont autant de conditions qui exercent une trèsgrande influence sur la manifestation de la toux caverneuse.

Le bruit respiratoire, les divers râles, et enfin la toux sont quelquefois accompagnés , pendant leur production , d'un bruit particulier qui ressemble à celui que l'on produirait en frappant un vase de métal avec une épingle , ou mieux encore en laissant tomber un grain de sable au fond de ce vase. Ce bruit, désigné par Laennec sous le nom de tintement métallique , recoanaît comme condition de son existence un mélange de gaz et de liquides dans une cavité de grandeur variable. Les cas où l'on a constaté le tintement métallique sont les suivans ; 1° une excavation tuberculeuse du poumon; 2" un épanchementdans la plèvre d'un liquide quelconque mêlé à un gaz. Celui-ci provient des bronches dont il s'est échappé à travers une perforation du parenchyme pulmonaire produite soit par une escarre , soit par la paroi rompue d'une caverne ou d'un abcès. Laennec croyait que dans ces cas divers la production de tintement métallique résultait de la vibration d'une couche de gaz en contact avec la surface d'un liquide. On n'a pas jusqu'à présent^donné une meilleure explication de ce phénomène.

Ce n'est pas seulement l'appareil respiratoire dont l'auscultation peut aider à découvrir les maladies ; différens états morbides du cœur et de ses annexes peuvent aussi être reconnus par elle. En auscultant le cœur, on doit avoir pour but de s'assurer, 1° de l'impulsion que donnent ses battemens; 2° de leur étendue ; 3» du bruit qui les accompagne ; 4» de leur mode de succession ou de leur rhythme.

Dans l'état normal , le cœur écouté avec l'oreille nue ou armée du cylindre ne donne aucun choc appréciable; chacun de ses battemens produit deux bruits, l'un clair, sonore , semblable à un bruit de soupape, correspond à la contraction des oreillettes; l'autre, qui lui succède , est plus sourd , plus prolongé; il est isochrone au pouls, et correspond à la contraction des ventricules; vient ensuite un temps de repos , après lequel revient la contraction des oreillettes , puis celle des ventricules , et ainsi de suite. Cette analyse des battemens du cœur ne peut être bien faite que lorsqu'ils se succèdent avec une certaine lenteur. Il est des cas où chaque contraction , soit des oreillettes , soit des ventricules , est accompagnée d'un bruit particulier qui a été très-exactement comparé par Laennec tantôt à un bruit de soufflet qu'il imite parfaitement , tantôt à un bruit de râpe ou de lime avec lequel il a aussi quelquefois la plus grande ressemblance. Les causes sous l'influence desquelles se produit ce bruit de soufflet ou de râpe ne sont pas encore bien connues ; l'observation ne permet pas de soutenir qu'il soit toujours l'indice d'un rétrécissement d'un des orifices du cœur. Je l'ai observé , plus d'une fois , chez des individus qui avaient été pris de palpitations à la suite d'un rhumatisme articulaire dont ils avaient été plus ou moins long-temps atteints. Un bruit de soufflet, tout-à-fait analogue à celui du cœur, a été quelquefois entendu dans toutes les artères simultanément. J'ai vu un cas où ce bruit de soufflet était sensible jusque dans l'artère temporale. Tantôt ce bruit des artères persiste indéfiniment , tantôt il ne dure que quelques jours , puis il disparait complètement. J'ai vu un individu chez lequel il s'est produit à cinq reprises différentes : chaque fois il durait de quinze jours à trois semaines, et chacune de ses réapparitions coïncidait avec une exaspération des symptômes d'hypertrophie du cœur que présentait cet individu. Dans la plupart des cas que j'ai observés, il y avait en même temps afTection organique du cœur, dans quelques-uns cependant aucun signe ne révélait l'existence de cette affection; trois fois il existait de fortes palpitations qui furent regardées comme purement nerveuses ; dans un seul cas, le cœur ne parut altéré ni organiquement, ni dynamiquement. Je ne pense pas que, dans l'état actuel de la

science , on puisse donner quelque raison satisfaisante de ce bruit de soufflet i des artères.

L'étendue des battemens du cœur est peu considérable dans l'état naturel. Toutefois, dans cet état même, deux classes d'individus doivent être distinguées. Chez les uns , on n'entend le cœur battre qu'à la région précordiale proprement dite , au bas du sternum ; et , si celui-ci est court , à l'épigastre. Chez d'autres (ce sont spécialement les sujets maigres et les enfans) , on l'entend non-seulement dans ces points , mais encore dans toute l'étendue du sternum, au-dessous de la clavicule gauche , et même souvent au-dessous de la clavicule droite. Ces battemens sont rendus plus sensibles par l'existence d'une caverne , d'une hépatisation pulmonaire , ou d'un épanchement dans la plèvre. Une simple augmentation de l'action du cœur , sans lésion de son organisation , peut donner momentanément une grande étendue à ses battemens.

Ce serait sortir des limites de cet article que d'indiquer les anomalies diverses i que l'ausculation peut faire découvrir dans les battemens du cœur devenu malade, il en sera question dans d'autres articles auxquels je renvoie. Ici Seulement rappellerai-je que le cœur , simplement modifié dans son action, offre bien souvent dans ses battemens des anomalies tout-à-fait semblables à celles que produisent ses altérations de texture. Ainsi il bat irrégulièrement par une phlegmasie du péricarde, ou par une vice de l'influx nerveux , comme par l'ossification de son orifice aortique. Un trouble de l'innervation imprime à ses pulsations autant d'énergie et d'étendue qne pourrait le faire l'hypertrophie la plus considérable. D'autres fois, au contraire, on est étonné de trouver des cœurs à parois très-épaisses sur des cadavres d'individus chez lesquels aucune impulsion notable n'avait annoncé pendant la vie une pareille augmentation d'épaisseur ; cela s'observe surtout lorsqu'il y a en même temps dilatation considérable des cavités. En pareil cas , à mesure que les malades s'infiltrent de toutes parts i et s'affaiblissent, il arrive quelquefois qu'on ne perçoit plus les battemens du i cœur que d'une manière très-obscure.

Quelques médecins ont essayé de tirer parti de la méthode de l'auscultation i pour éclairer le diagnostic de quelques maladies autres que celles du cœur ou ij des poumons. Ainsi, en appliquant le stéthoscope sur l'apophyse mastoïde, j dans certains cas d'affection de l'oreille , on entend divers bruits qui peuvent I indiquer la facilité plus ou moins grande avec laquelle l'air pénètre par la i trompe d'Eustachi , dans la caisse du tympan et dans les cellules mastoïdiennes, i On a proposé , dans les cas de calculs vésicaux , d'appliquer le stéthoscope sur i le pubis , pendant que le chirurgien exerce le cathétérisme , et l'on a dit que I par ce moyen on entendrait d'une manière bien plus distincte le choc de l'in- i strument contre le calcul. M. Lisfranc s'est plusieurs fois servi de l'ascultation i pour reconnaître des fractures. Enfin M. de Kergaradec a cherché à appliquer cette méthode à l'exploration de la grossesse, (f^ojrez pour ce dernier point l'article Grossesse.)

I{.-T. £aennfc. De l'auscultatron médiate, ou trailé du diagnostic des maladies des poumons et du cœur, 2 vol. in-S". Paris, 1818. — 2« édition , 2 vot. in-S», fig. Paris, 1826.

Lejumeau de Kergaradec . Mémoire iur l'auscultation appliquée à l'stud» d« la grossesse, in-S». Paris, 1822.

J. ii,y/;-a«c. Mémoire sur de nouvelles applications du stéthoscope, in-8<'. Paris, 1823.

H.-Ch. Vanhall. De stetlioscopii in morbis pectoris usu, in-8». Lugduni Bat. , 1823.

V. Collin. Des diverses méthodes d'exploration de la poitrine, in-8°. Paris , 1824. '

J. Fortes. Original cases , with dissections and observations illustrating ihe use of the j stéthoscope, in-S». London , 1824.

Jf^. Slohes. Introduction lo the use of the stéthoscope , in-8'>. Edinburgh , 1825.

Ch. Scudamore . Observations on M. Laennec'» method offorming a diagnosis of the diseï- i ses of the chest , in-8°. London, 1826. (ÂHDRAL.)

AUTOPSIE. Le mot autopsie est aujourd'hui synonyme d'ouverture d'un I

cadavre. Ce mot ne peut pas avoir cette signification , car si l'on examine sou i

étymologie , on voit qu'il dérive de deux mots grecs , «uros , soi-même , et «^(5, ,

vision , action de voir par ses propres yeux. Dans quelques cas on lui adjoint I

l'épithète cadavérique , et alors le langage n'est pas beaucoup plus régulier; |

mais il est français , car si autopsie cadavérique ne signifie pas ouverture d'un 1

cadavre, ces deux mots intitulent ordinairement un chapitre dans lequel il est |

question des faits que l'on a observés par ses yeux sur ce cadavre. Il serait donc i

inconvenant de traiter à ce mot de l'ouverture juridique des corps , et c'est ce I

qui m'engage à renvoyer le lecteur au mot ouverture des cadavres considérée | sous le rapport médico-légal. (Alph. Devergie.)

AVERSION. [Physiologie pathologique.) On a donné le nom d'aversion à I

cette disposition naturelle ou accidentelle de la sensibilité dans laquelle cer- '

tains excitans sont devenus des objets de dégoût et de répugnance plus ou moins i

prononcés. Tous les sens, soit internes, soit externes, peuvent devenir autant I

d'instrumens d'aversion , comme ils peuvent manifester des appétences pour j

certains excitans accidentels. {Voyez Appétences). Et qu'on ne croie pas que i

ces anomalies de la sensibilité tiennent uniquement au caprice ou à la volonté I

des individus qui les manifestent , elles sont le plus souvent l'expression d'une I

sensation réelle , du mode d'affectibilité de l'organisme , d'une véritable mala- |

die , et méritent, sous ce rapport, toute l'attention du praticien. Pour ne parler |

ici que des aversions qui se manifestent dans l'état pathologique, il est certain j

que le plus ordinairement les malades témoignent beaucoup d'aversion pour de» |

substances dont l'usage leur serait évidemment nuisible. :

Tantôt cette aversion a lieu seulement pour des substances animales ; tantôt, | au contraire , elle a lieu pour des substances végétales ; quelquefois elle se manifeste indistinctement pour toute espèce d'alimens , comme on le remarque | dans la plupart des maladies aiguës. Tout le monde connaît l'espèce d'horreur I qu'inspire la vue d'un aliment qui a causé autrefois une indigestion et dont le j souvenir est resté , pour ainsi dire , gravé dans le cerveau.

AVORTEMENT

Sans prétendre qu'il faille souscrire constamment à certaines aversions dont les filles cfalorotiques et les femmes grosses nous fournissent tant d'exemples , nous croyons qu'il n'est nullement indiffèrent de les rattacher à l'étude de la pathologie et de les faire concourir au diagnostic et à la thérapeutique des maladies. Mais il s'en faut bien que toutes les aversions que témoignent les malades soient réellement l'expression de la sensation qu'ils éprouvent ; soumis à l'influence des habitudes sociales, et plus dépendant que l'homme en santé des préjugés des personnes qui l'entourent, le malade demande ou repousse ce que j son instinct, livré à lui-même, lui défendrait ou lui conseillerait. Il ne suffit I donc pas au praticien d'écouter les désirs ou les répugnances des malades, il doit apprendre à les saisir , à les deviner , à les apprécier dans ce qu'ils ont de vrai ou de réel , et cette tâche est d'autant plus difficile , qu'elle met le praticien dans le cas de lutter sans cesse contre une foule de préjugés.

Eu thérapeutique , le mot aversion exprime l'action des médicamens qui détournent d'un organe l'afflux des liquides , et les appellent vers un autre.

(P. JOLLT.)

AVORTEMENT. Ahortus , aborsus , affluxio. — Expulsion d'un embryon ou d'un fœtus non viable. Ce mot n'est point synonyme de celui d'accouchement prématuré qui ne s'emploie que relativement à un fœtus viable , c'est-à-dire qui a dépassé le sixième mois de la grossesse , ni de celui plus vague de fausse couche qui comprend également l'expulsion d'un embryon et d'un faux germe ou d'une môle.

A. L'étude des causes de l'avortement peut conduire à des données pratiques fort importantes ; il ne sera donc pas inutile de nous y arrêter, et nous examinerons successivement celles qui dépendent de la mère ou agissent primitivement sur elle, et celles qui ont pour point de départ ou d'action première le produit de la conception.

1° Nous avons parlé , an mot Abortif, des causes accidentelles que l'imprudence ou la malveillance peuvent faire agir pour amener l'avortement ; nous avons dit que la plupart de ces causes n'étaient réellement efficaces qu'autant qu'une disposition interne, dont nous parlerons tout à l'heure, rendait l'accident imminent : enfin, nous avons dit aussi que toute application volontaire de ces causes était regardée comme criminelle par notre législation, et que l'art ne devait jamais employer ses secrets à une pareille fin. Il n'est peut-être qu'un seul cas où l'on ait réellement conseillé de provoquer l'avortement, encore estce d'une manière indirecte et sans se le proposer pour but réel , c'est celui d'une rétroversion irréductible. Nous verrons , à l'occasion de cet accident , jusqu'à quel point il est permis au praticien d'y recourir.

Parmi ces causes accidentelles, comme parmi les spontanées, c'est-à-dire celles dont l'origine est involontaire, lente , obscure , il en est qui agissent directement sur la matrice , tandis que les autres ne l'influencent que d'une manière indirecte. Ainsi des contusions, le coït imprudemment répété, peuvent déterminer dans la matrice une vive excitation, accroître ou achever de lui donner la faculté contractile qu'elle n'acquiert d'ordinaire qu'après la durée d'une grossesse entière , et amener ainsi un travail anticipé et cette espèce d'accouchement intempestif qui nous occupe.

Au contraire, les médicamens violemment excitans, les bains chauds, la fatigue musculaire, les maladies fébriles, inflammatoires, catarrhales, épidémiques ou sporadiques, etsurtoutcellesquiagissentsurfê canal intestinal (dysenteries, etc.); la pléthore , si ordinaire aux femmes enceintes , et les retours du molimen menstruel qui présidait avant la grossesse à l'établissement des règles, et qui persiste souvent (avec ou sans résultats) pendant plusieurs mois, jusqu'à la fin même de la gestation , voilà des causes qui ne produiront que d'une manière indirecte, dans l'utérus , les changemens organiques dont nous parlions tout à l'heure , mais qui les détermineront d'une manière d'autant plus sûre qu'elles agiront avec plus de force et surtout de constance. Aussi , a-t-on remarqué que l'avortement survenait le plus souvent à une époque correspondant à l'une des révolutions menstruelles. Ce genre de causes deviendra surtout bien puissant s'il se joint à quelqu'une du genre précédent, ou si la matrice est naturellement peu extensible ou plutôt très-excitable, comme on le voit dans certaines maladies chroniques de cet organe , comme on le voit aussi chez certaines femmes bien portantes en apparence , soit que cette disposition soit pour ainsi dire innée , soit qu'elle dépende de l'habitude laissée à l'utérus par des avortemens précédens. Nulle femme en effet n'est plus disposée à cet accident que celle qui en a été déjà frappée une ou plusieurs fois. Ce ne sont pas les femmes les plus sanguines qui ont le plus à i-edouter l'avortement. La prétendue faiblesse des femmes dites nerveuses ou lymphatiques ne les met point à l'abri de l'influence des causes dont il vient d'être question , et en rend souvent, au contraire, les effets plus inévitables.

1° Le fœtus et ses membranes peuvent aussi être directement affectés par une violence extérieure ; une secousse, une contusion, une vive frayeur même, en troublant la respiration , peuvent le faire périr ou décoller ses enveloppes ; le molimen hémorrhagique indiqué ci-dessus peut aussi déterminer la rupture des vaisseaux mous et de nouvelle formation qui unissent l'utérus aux membranes fœtales ; plus souvent encore l'état pléthorique de la mère agit sur l'embryon qu'il engourdit et fait périr, puisque l'on voit souvent se rétablir, après une saignée, les mouvemens et la vivacité d'un fœtus qui depuis plusieurs jours était resté immobile dans le sein d'une mère malade. Quelle que soit la causé qui a donné, la mort au fœtus , qui, comme on sait, est susceptible dedevenir victime de diverses maladies (hy dropisies, gangrène, syphilis, variole, etc.) , rarement l'utérus le conserve long-temps encore; pendant quelques jours, quelques semaines, plusieurs mois même, le placenta et les membranes peuvent continuer de vivre et décroître, et lorsque l'œuf sera expulsé , on trouvera les

) avortement;

organes d'un volume disproportionné à la grandeur de l'embryon ; celui-ci sera flétri et d'une taille inférieure à celle qu'annonçait le terme où la grossesse était parvenue lors de la parturition. Telle est, pour le dire en passant, la principale cause des incertitudes qui existent encore chez les physiologistes relativement à la progression que suit durant la grossesse l'accroissement du nouvel être. Dans le cas dont nous parlons , bientôt les annexes du fœtus périssent euxmêmes , les vaisseaux utérins s'engorgent, une sorte d'inflammation, ou mieux de suraction , s'établit dans l'utérus qui devient contractile par le mécanisme ci-dessus indiqué , et se débarrasse bientôt d'un corps que son inertie lui a rendu étranger , et avec lequel il était auparavant en continuité de texture et de fonctions par les sinus et les artères utéro-placentaires.

B. Symptômes. — Il est rare que l'avortement se déclare sans symptômes' précurseurs , et cela ne peut guère avoir lieu que dans le cas où il est l'effet d'une violence directe. Le plus souvent on voit apparaître, quelques jours à l'avance , les signes ordinaires qui précèdent ou annoncent toute hémorrhagie active , ou bien un état pléthorique ou fébrile qui en tient lieu et produit des effets analogues ; tels sont les frissonnemens entremêlés de chaleur, l'élévation du pouls , la céphalalgie , la pesanteur générale , etc. Lorsque c'est la mort du fœtus qui précède et amène son expulsion, il est un certain nombre de signes assez souvent équivoques et qui peuvent faire prévoir l'événement. L'accablement général, la lipothymie, la pâleur de la face, la lividité des paupières , la fétidité de l'haleine, mais bien plus précisément encore la flaccidité des mamelles, l'affaissement, la mollesse du ventre et du globe utérin en particulier qui roule et tombe avec plus de facilité vers le point le plus déclive de la cavité abdominale dans les diverses attitudes que prend la femme, tels sont les principaux signes qu'on donne comme indiquant que le fœtus a péri. Il faut y joindre après le troisième mois la cessation de ses mouvemens spontanés et l'absence des battemens du cœur, de ceux même du placenta que le stéthoscope fait entendre dans l'état normal. (Voyez Grossesse.)

Deux phénomènes principaux annoncent que l'avortement se prépare d'une manière plus positive : l'écoulement du sang par le vagin et les douleurs utérines.

L'hémorrhagie précède le plus souvent l'apparition des douleurs ; d'abord quelques gouttes de sang tachent légèrement le linge , puis la quantité du fluide augmente au point de devenir quelquefois la source de craintes réelles et d'indications spéciales. 11 est bon de savoir distinguer cet écoulement fâcheux du retour des menstrues ; cette distinction est des plus simples quand l'existence de la grossesse est certaine, car alors toute perte de sang doit faire craindre l'avortement , bien qu'on ait des exemples de femmes réglées durant la gestation : ce sont là des exceptions rares. Mais une grossesse commençante n'est pas facile à distinguer d'une aménorrhée essentielle ; c'est donc alors dans les phénomènes précurseurs qu'on cherchera de premières différences entre l'hémorrhagie et la menstruation. Nous venons de décrire ceux de la première; ceux de la seconde varient suivant les sujets. D'ailleurs ils sont souvent nuls et jamais réellement morbides , à part quelques exceptions ; le sang produit par les règles est rarement aussi abondant , aussi apte à se réduire en caillots et à sortir sous cette forme des organes génitaux, que celui qui provient d'un utérus occupé par un produit qui doit bientôt s'en détacher. Cette distinction devient bientôt plus facile , mais c'est dès les premiers momens qu'il est important de la faire , et c'est pour cela que nous avons insisté sur ce point.

Les douleurs utérines se distinguent assez nettement des coliques, etc., par leur siège de la concomitance de l'hémorrhagie; mais il est aussi des menstruations douloureuses. Dans celles-ci , la douleur précède l'écoulement du sang; c'est le contraire dans l'avortement qui s'apprête.

Le toucher fournit encore des signes caractéristiques qui , à la vérité , ne se prononcent réellement que quand le travail anticipé est déjà assez fortement avancé que pour sa terminaison complète soit à peu près inévitable; et d'ailleurs, ou doit, autant que possible, s'en abstenir lorsqu'il n'y a <\viimminence de ce danger, qu'il pourrait contribuer à accroître. Le toucher fait d'abord reconnaître ou soupçonner la grossesse; souvent il apprend , dès le commencement des phénomènes précités , que l'orifice est entr'ouvert, ses bords mous et dilatables; plus tard , il fait découvrir que le col utérin se raccourcit et se dilate, que la poche membraneuse s'y engage ; plus tard encore, que le placenta le traverse ou que l'embryon l'a franchi.

Ces derniers signes ne peuvent exister qu'après l'apparition d'un autre qui ne réclame point le toucher, mais qui est parfois perdu pour l'accoucheur , si la femme n'y prête point une attention suffisante. Je veux parler de l'écoulement des eaux de l'amnios. Cet écoulement se confond quelquefois avec celui du sang; mais comme il est ordinairement subit , il est assez aisé de l'apercevoir. Cet accident semble, au premier abord , indiquer inévitablement une parturition précoce , et cependant on cite des exemples, et nous en avons vu nousmême quatre à cinq, dans lequels l'art a pu encore prévenir cette issue fâcheuse, soit que les membranes rompues se soient réunies ensuite , ce qui est peu probable , soit qu'une poche anormale, l'allantoïde peut-être, distendue d'une manière anormale par un liquide abondant, ait donné lieu aux phénomènes d'un travail commençant , puis à l'écoulement séreux dont il s'agit, sans que l'amnios ait été intéressé dans la rupture. ( Voyez Fausses Eaux. )

La possibilité de la continuation d'une grossesse régulière après un tel événement est bien moins surprenante encore que la permanence d'un jumeau dans l'utérus jusqu'au terme, et dans les conditions normales après l'expulsion d'un frère abortif; c'est cependant un fait, rare à la vérité, mais qui s'est vu, et dont, pour le dire en passant , on a plus d'une fois tiré parti pour soutenir la réalité de la yuperfétation chez la. femme.

AVORTEMENT

Pi-onoslic. — On voil souvent des femnaes terminer une fausse couche avec peu de douleurs et sans aucun accident sérieux pendant sa durée ou à sa suite, et ceci se remarque surtout quand l'avortement est spontané, n'est à-dire , sous l'influence des causes internes , agissant long-temps à l'avance, et, plus particulièrement encore , lorsque la mort du fœtus a précédé de beaucoup son expulsion. L'avortement par cause accidentelle est toujours plus pénible, plus difficile et plus dangereux pour ses suites, et nous devons ajouter encore que, plus la grossesse est avancée et plus la femme court de risques et éprouve de douleurs. Dans les premiers mois, l'œuf sort souvent tout entier et même sans rupture des membranes ; d'autres fois , la caduque seule reste dans la matrice dont elle sort bientôt par lambeaux. Plus tard, il n'en est pas ainsi; fréquemment le fœtus glisse dans le vagin avec le flot d'eau qui suit la rupture de l'amnios ; parfois même le cordon se rompt ; il s'échappe et se perd dans les caillots ; mais le placenta , déjà volumineux, déjà adhèrent à l'utérus par l'organisation plus complète des vaisseaux de la membrane pulpeuse, n'est souvent expulsé qu'après de longues douleurs, de violentes hémorrhagies. Il fautparfois des semaines, des mois entiers de souffrances, tantôt presque continues, tantôt réveillées, sous forme de travail, à deux et trois reprises, pour que son expulsion achève de soulager la femme ; mais en attendant, la métrite, la péritonite la menacent fortement , et si elle échappe à ces maladies dans leur acuité, elle peut conserver le germe d'affections chroniques non moins dangereuses. Enfin , un premier avortement a toujours ceci de fâcheux qu'il dispose éminemment à d'autres, et l'on a vu des filles qui s'étaient procuré la suppression d'une grossesse commençante, désirer vainement d'en continuer une jusqu'au terme normal, après leur mariage.

D. Traitement préservatif. — Si l'on avait toujours la certitude de la mort de l'embryou ou du fœtus, il serait inutile de chercher à prévenir un avortement tenant à cette cause , et c'est là l'utilité réelle de la connaissance des signes ci-dessus énoncés. Au contraire , quand c'est un état général de pléthore ou d'excitation chez la mère qui menace particulièrement d'amener cette parturition précoce ; l'art ne doit point rester inactif; 11 est alors tout-puissant. Nonseulement , en effet, il est possible d'arrêter la marche des phénomènes morbides lorsque les prodromes seuls existent; il est encore temps d'y recourir lors même que l'hémorrhagie a commencé , que les douleurs ont paru , que l'orifice s'est entr'ouvert, et nous avons vu plus haut que l'écoulement même d'une certaine quantité d'eau ne doit point toujours faire désespérer de la conservation du fruit de l'imprégnation. Mais quand une disposition défavorable existe chez la femme , quand des fausses couches antécédentes en font augurer de nouvelles, on ne doit pas même attendre le développement des prodromes, pour mettre en usage les moyens prophylactiques.

C'est dans l'étude des causes mêmes que ces moyens seront puisés. Le calme de l'esprit et du corps , le décubitus prolongé s'il le faut jusqu'après l'époque fatale que les avortemens précédens semblaient avoir adoptée, la continence, une diète modérée , les boissons délayantes , les bains tièdes employés avec la même constance , et plus sévèrement recommandés à chaque époque corresdant aux périodes menstruelles , reculent souvent le terme de ces fausses couches habituelles , les rendent de plus en plus tardives. Dans les grossesses successives, ils amènent enfin une révolution normale de la gestation. Plus souvent encore, les précautions conduisent, du premier coup, au but désiré. Ces moyens diététiques ne suffisent pas toujours, et dès que le molimen hémorrhagique s'annonce, dès que les mouvemens de l'enfant s'engourdissent, que le pléthore devient considérable chez la mère , la saignée est requise, et, nous devons le dire , c'est le moyen par excellence , c'est celui qui supprime le plus subitement, le plus complètement, les phénomènes d'un avortement imminent. Les préventions du public et de quelques médecins contre celte médication viennent de ce que, employée trop tard, elle n'arrête pas le travail et paraît même alors le précipiter, comme elle le fait dans certains cas d'accouchement naturel {voyez ce mot). Mais elle n'agit ainsi que quand l'avortement était inévitable, et c'est alors encore un bienfait réel que de le rendre moins pénible.

C'est à la saignée du bras que nous accordons le plus de confiance , moins à cause de ses prétendus effets révulsifs qu'à cause de la facilité de son e.\écution, de la promptitude de son action et surtout de sa certitude. Des bains tièdes , des boissons froides, amilacées ( riz, orge, etc. ), émulsionnées, gommées, des lavemens émoUiens , en seconderont utilement l'efficacité. Dans certains cas où la congestion paraît considérable du côté de l'utérus , quoique les phénomènes généraux soient peu intenses, les sangsues appliquées aux aines , à la vulve , ont également entravé la marche des accidcns.

E. Traitement palliatif. — Si l'on ne peut espérer de prévenir l'avortement, si, malgré tous les soins , il devient inévitable , il faut laisser aller les choses , à moins que les accidensne soient graves , ou les efforts naturels insuffisans pour une prompte terminaison.

1°. Une hémorrhagie abondante ou fréquemment réitérée pourrait devenir funeste à la femme; elle indiqua l'application du tampon, (f^ojez Hémorkhacie.)

En obturant le vagin , non-seulement on supprime une perte dangereuse , mais encore on favorise le décollement des secondines , on excite l'utérus à se contracter et à se débarraser de son contenu ; aussi ne doit-on , par cela même , y recourir qu'autant qu'aucun autre moyen n'y peut suppléer, le tamponnement ayant d'ailleurs l'inconvénient de joindre une irritation de plus h celles qui peuvent déterminer en pareil cas la métrite. On n'a guèçe à redouter ici , même après la rupture des membranes , etc. , l'hémorrhagie interne , si redoutable après l'accouchement naturel; la matrice, dans le premier mois , n'est point assez extensible pour admettre une quantité de sang telle que sou extra-

AVORTEMENT

vasation porte un coup funeste à l'existence de la femme. Néanmoins il est juste de dire que le danger devient de plus en plus réel à mesure que l'époque de l'avortement se rapproche du terme normal de la grossesse.

2". Le traitement antiphlogistique, propre à la métrite ou à la péritonite, est de toute nécessité quand l'avortement se complique de ces phlegmasies ou les amène à sa suite; mais quant aux douleurs qui dépendent de la rétention du placenta, les émolliens , les narcotiques sont sans efficacité. Si les bains , les fumigations de vapeur aqueuse et les injections émoUientes dans le vagin ont quelque efficacité, c'est en facilitant la dilatation de l'orifice utérin , en décollant le placenta et les secondines , en un mot, en déterminant l'expulsion àe» corps étrangers. Le seigle ergoté jouirait peut-être , en pareil cas, de quelque efficacité ; l'expérience n'a pas encore prononcé sur ce point. Quant aux instrumens proposés par divers auteurs pour l'extraction de ces corps , comme la pince à faux germe de Levret, etc. , ils ne sont jamais nécessaires et seraient souvent dangereux : leur introduction dans la matrice nécessiterait une distension énorme de l'orifice utérin, et probablement en causerait la déchirure ; et si cet orifice était suffisamment dilatable , la nature agirait plus puissamment seule que cette pince , avec laquelle on n'arracherait que des lambeaux , en cas d'adhérence. Enfin, quand le placenta détaché commence à traverser l'orifice ramolli et ouvert, la pince est encore inutile, même pour accélérer la marche des choses ; les doigts suffisent pour saisir et attirer au dehors , sans lacération, ce que la matrice a commencé de faire descendre.

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Albinus. De abortu , in-4°. Francof., 1699.

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Vugès. Mémoire sur les causes de l'avortement, etc. Revue médicale, 1824 , tom. 15. Ce Mémoire est refondu dans la pratique des accoucbemens, tom. 2.

Mme Boivin . Recherches sur une des causes les plus fréquentes et les moins connues de l'avortement. Paris, 1828. (DuGBS. )

AVORTEMENT. {Médecine légale.) Je crois devoir définir l'avortement, sous le rapport médico-légal : l'accouchement prématuré, provoqué et accompli dans une intention criminelle. De la législation établie à cet égard, on peut déduire les corollaires suivons : 1» J[l n'y a pas crime du moment que l'avortement n'est pas accompli. 2° La femme est coupable dans les cas où elle se procure les moyens de se faire avorter, quels que soient d'ailleurs ces moyens. 3» Elle est coupable quand elle cousent seulement à les employer. 4° L'individu qui procure ces moyens est aussi coupable que la femme qui les emploie; et par conséquent il encourt les mêmes peines. 5» Si l'individu qui procure ces moyens appartient à la classe des médecins, chirurgiens, officiers de santé, pharmaciens,il est considéré comme beaucoup plus coupable, et la loi lui inflige une peine beaucoup plus grande. Il résulte de là que les médecins experts peuvent être souvent appelés par les magistrats pour résoudre des questions qui se rattachent à l'avortement. En effet, il est évident qu'il y a toujours deux ordres de questions à résoudre pour déterminer si un individu est coupable ; 1 •> savoir si l'avortement a eu lieu et s'il a été provoqué ; 2° dans le cas où l'avortement aurait eu lieu et aurait été provoqué , savoir s'il a été provoqué et accompli dans une intention criminelle. Les jurés ne peuvent résoudre le premier ordre de questions s'ils ne sont aidés des lumières de la médecine. Aussi les magistrats adresseront le plus souvent aux médecins les questions ci-après : l'avortement a- t-i^ eu lieu? l'avortement a-t-il été provoqué ou s'est-il accompli naturellement? Tels seront aussi les deux chefs auxquels je rattacherai tout ce que comprend cet article.

Mais, d'après la définition que j'ai donnée de l'avortement, la question sin'vante, qui a long-temps occupé les médecins légistes et sur la solution de laquelle ils diffèrent , se trouve naturellement résolue , au moins quant à ma manière de voir. Un médecin peut-il impunément provoquer et accomplir l'afortement chez une femme enceinte qui n'est pas actuellement en danger, mais dont la conformation est telle que l'on pourrait regarder comme certaine la mort de la mère et celle de l'enfant si l'accouchement s' effectuait à terme ? Comment, en efl'et , considérer comme coupable l'homme qui voyant deux individus voués à une mort presque certaine, sacrifie l'un d'eux pour sauver l'autre! Mais dirat-on , le médecm peut se tromper ; l'étroitesse du bassin n'est toujours que relative, et ne peut pas être mesurée d'une manière tout-à-fait exacte ; la symphyséotomie , l'opération césarienne sont des ressources à l'aide desquelle» l'art peut suppléer à la nature. Ces objections sont justes et fortes , et c'est en y ayant égard que je regarderais comme très répréhensible celui qui déterminerait l'avortement avant de s'être aidé des lumières et des conseils de confrères instruits et dont la réputation est méritée; mais il me serait impossible de considérer comme susceptible même de reproches, l'homme de l'art, qu>j

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avant de pratiquer cette opération , se serait entouré de conseils éclairés , et aurait donné à sa conduite toute la publicité possible. A plus forte raison , lavortement accidentel ne peut-il pas être compris dans la classe de ceux que la loi atteint.

Pour résoudre la première question, l'avortement a-t-il eu lieu ? le médecin doit procéder à deux ordres de recherches. Les premières peuvent être faites sur le corps du fœtus , les secondes sur la femme soupçonnée. Dans un trèsgrand nombre de cas , les recherches sur le corps du fœtus ne conduisent à aucun résultat , parce que le produit de la conception ne porte aucune trace de violences exercées directement sur lui, et que les moyens employés ont principalement agi sur les organes génitaux de la mère. Mais il n'en est pas toujours ainsi : quelquefois des instrumens ont été portés à travers le col de l'utérus jusque sur le fœtus , et c'est dans ce cas qu'il peut présenter des traces de lésions. Il s'agit de déterminer si ces lésions ont pu causer la mort du fœtus , si elles ont été faites sur le fœtus encore vivant ; or , malgré ce qui sera énoncé à ce sujet à l'article Infanticide , on verra combien il est difficile, pour ne pas dire impossible , de fournir une réponse positive. On appréciera surtout cette difficulté en ayant égard à cette circonstance qu'une lésion qui intéresse très-superficiellement la partie la moins essentielle à la vie de l'enfant, a pu devenir la source de l'avortement, par les désordres qu'elle a occasionés sur ses enveloppes avant de l'atteindre. 11 n'en serait cependant pas ainsi lorsque des blessures graves , des déchirures considérables ou des araachemens de membres auraient eu lieu ; c'est dans ce cas que de fortes présomptions devraient s'élever sur l'avortement, avec celte restriction toutefois qu'il serait prouvé que ces blessures n'auraient pas été faites après la mort.

Quel que soit l'état dans lequel on trouve le produit de la conception, il est Toujours nécessaire de déterminer quel est l'âge du fœtus. Après deux ou trois mois de fécondation, il est difficile de commettre une méprise, et de prendre un caillot de sang pour un embryon ; mais il n'en est pas toujours ainsi avant cette époque , et le degré de certitude que l'on peut acquérir, dépend alors du soin que Ton apporte dans l'examen du corps de délit. C'est avec raison que M. Marc , dont le nom est une autorité en cette matière , a conseillé de placer la masse j examinée dans un vase contenant de l'eau , afin de dissoudre le sang d'une manière graduée et à l'aide de lavages faits avec soin et de mettre à nu l'embryon complètement isolé. La détermination de l'existence ou de l'absence d'un embryon est toujours dans ces sortes de cas de la plus haute importance pour la solution de la question dont il s'agit.

L'examen de la femme inculpée, surtout quand elle n'est pas primipare, et que l'avortement a eu lieu depuis plusieurs jours,, ne conduit pas à des résultats plus positifs. Les symptômes de l'avortement sont ceux de l'accouchement; les altérations générales et locales qu'il laisse à sa suite, sont analogues à celles que produit cet acte naturel , et elles sont beaucoup moins marquées , et d'une durée moins longue que dans l'accouchement; par conséquent , si déj'a l'on éprouve de grandes difficultés à déterminer si une femme est accouchée, à plus forte raison lorsqu'il s'agira de résoudre la question d'avortement. Je ne commenterai pas ici la valeur de chacun de ces signes qui seront exp osés dans l'article Infanticide; je me bornerai à recommander d'apporter l'attention la plus scrupuleuse dans l'examen, ["de l'abdomen, afin d'y noter son développement, sa sensibilité sous la pression , l'état de la peau , le volume de l'utérus et l'état douloureux de cet organe ; 2° des parties génitales , où les grandes lèvres , les petites lèvres , la muqueuse du vagin , le col de l'utérus auront pu subir des changemens dans leurs dimensions, leur aspect, leur sensibilité, leur état normal en un mot. Que s'il existait un écoulement, il faudrait en explorer les caractères, et chercher à déterminer s'il est l'effet des lochies ou de l'avortement, ou d'une inflammation accidentelle, ou même d'un état habituel. Je n'ai pas besoin de rappeler que le médecin , tout en procédant à une exploration exacte it complète , doit apporter la plus grande réserve et les plus grands égards reativement à la personne qui en est l'objet. 3" Des seins ; ils peuvent être le iiége d'un développement et d'une sensibilité contre nature ; ils peuvent même ;écréter du lait, si l'avortement a eu lieu à une époque déjà assez avancée de a grossesse.

Si , dans un grand nombre de circonstances , on éprouve beaucoup de diffi- ;ultés à déterminer si l'avortement a eu lieu ou non, à plus forte raison la soluion de la seconde question: l'avortement a-t-il été provoqué ou s'est-il accompli laturellement? offre-t-elle de doute. Ce n'est que de l'examensévère des causes jui peuvent le produire naturellement ou accidentellement qu'on peut arriver \ établir quelques présomptions; c'est surtout en appréciant à leur juste valeur es moyens dits abortifs, que le médecin pourra éclairer les magistrats. Or, eûtes les causes de l'avortement naturel ou accidentel ont été exposées dans 'article Avortement sous le rapport médical; il nous reste donc à passer en revue es principaux moyens abortifs , et à rechercher quelles sont les traces qu'ils meuvent laisser de leur emploi. Ces moyens sont des manœuvres qui ont pour )ut d'intéresser les enveloppes du fœtus ou le fœtus lui-même ; des agens éner- ;iques introduits dans la matrice et propres à déterminer sa contraction ; des 'iolences exercées sur l'abdomen , les évacuations sanguines, les pédiluves , les 'omitifs , les purgatifs drastiques et les emménagogues. De tous ces agens, il l'en est que deux qui puissent laisser des traces palpables de leur emploi ; ce ont , 1° les instrumens portés dans l'utérus et qui ont intéressé le fœtus ; 2° les 'iolences exercées sur l'abdomen. Or , déjà nous avons fait sentir les difficultés [ue l'on peut éprouver à déterminer si les lésions du fœtus sont le résultat de 'emploi d'instrumens ; si elles ont été faites pendant la vie ou après la mort; Uanmoins elles doivent être notées avec le plus grand soin, car si le médecin

DiCT. DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE PRATIQUES.

) BAILLEMENT

ne peut pas conclure d'après ce caractère , le jnré qui a pai'-d'e"fei'S fui des preuves morales que ne possède pas l'homme de l'art, pourra déduire des conséquences tout autres. Quant aux violences exercées sur l'abdomen elles consisteront le plus souvent dans des contusions plus ou moins étendues sur l'influence desquelles on doit être très-réservé, pour se prononcer sur les résultats qu'elles ont pu amener. Il faut surtout avoir égard à l'époque de la grossesse , à la constitution de la femme , aux avortemens ou aux accouchemens qui ont pu précéder et qui apportent des différences très-grandes dans la facilité avec laquelle l'avortement aurait eu lieu. Les saignées générales et locales ont une valeur bien variable considérées comme cause d'avortement; il nous suffira de rappeler les exemples fournis par Mauriceau, Baudelocque etZacchias, de femmes que l'on a saignées jusqu'à quatre-vingt-dix fois pendant leur grossesse, et qui sont accouchées d'enfaus à terme et très-bien portans. Un état anémique est ordinairement la suite de ces évacuations sanguines réitérées. Les vomitifs, les purgatifs , les drastiques et les emménagogues produisent fréquemment des phlegmasies de l'estomac, des intestins, du péritoine, de la matrice; mais de ce qu'une femme présente au médecin tous les caractères de l'une ou de plusieurs de ces inflammations , est-ce une raison pour qu'il se permette de prendre des conclusions négatives ou affirmatives? Il est évident qu'ici , comme dans beaucoup de cas de médecine légale, l'homme de l'art ne possède qu'un seul ordre de preuves, et c'est là ce qui doit l'obliger à rester souvent dans le doute. Loin de faire un reproche au médecin de cette réserve, les magistrats devraient au contraire lui en savoir gré , et réfléchir que les documens qui lui sont fournis , quoique matériels en apparence , sont toujours le résultat de phénomènes vitaux qu'il est difficile de pénétrer.

Enfin on a quelquefois adressé aux médecins la question de savoir si une femme peut simuler un avortement. Ce n'est qu'à l'article Maladies simulées et DISSIMULÉES que nous en traiterons. (Alph. Devergie.)

AVULSION. Foj-ez Arrachement.

AXONGE. Fojez Graisse.

AZOTE, f^ojez Gaz.

BAGUENAUDIER , colutea arhorescens ; diadelphie décandrie, Lihn.; légumineuses , Juss. C'est un arbrisseau cultivé dans nos jardins qu'il décore et dont les feuilles , qui ont une grande ressemblance avec celles du séné , sont employées pour falsifier ce médicament exotique. Cette falsification d'ailleurs est une des moins blâmables, puisqu'elle consiste dans la substitution d'une substance appartenant à la même famille végétale et pourvue de propriétés analogues. Les familles du baguenaudier étaient déjà connues comme purgatives; et lorsque la difficulté des communications maritimes obligea de chercher dés succédanées aux drogues fournies par les pays d'outre-mer, des expériences prouvèrent que ces feuilles pouvaient remplacer le séné ; elles étaient même connues sous le nom Ae fiiux séné, ou de séné cl' Europe. En effet, la saveur de ces feuilles est semblable à celle des feuilles du cassia senna , et une analyse inédite y a démontré les mêmes principes dans une proportion un peu moindre. (Voyez SÉNÉ.) Il serait donc utile de remplacer par une substance indigène et peu coûteuse un médicament que l'étranger nous vend à un prix assez élevé, et qui souvent ne nous arrive qu'après avoir subi des sophistications plus ou moins frauduleuses.

L'infusion de deux à trois onces de feuilles de baguenaudier dans huit à douze onces d'eau bouillante suffit pour purger un adulte. On pourrait en extraire la catluirtine pour l'administrer séparément. Quant aux circonstances dans lesquelles il peut être convenable d'avoir recours à ce médicament, nous renverrons aux articles Purgatifs, Séné. (F. Ratier.)

BAILLEMENT. [Séméiotlque.) Phénomène nerveux qui consiste dans une inspiration large , brusque, involontaire et profonde, avec écartement considérable des mâchoires, suivie d'une expiration plus complète que dans l'état ordinaire. Il a lieu toutes les fois qu'unecause physique ou morale, physiologique ou pathologique, agit de manière à diminuer la quantité ou à affaiblir les propriétés vivifiantes de l'air , ou bien à accumuler le sang dans le cœur ou le poumon j il a , par conséquent , pour effet nécessaire d'augmenter le volume d'air respirable et de le proportionner à la quantité de sang qui doit se revivifier dans l'acte respiratoire.

Les circonstances dans lesquelles le bâillement se manifeste , ainsi que les phénomènes physiologiques qui l'accompagnent, semblent également prouver qu'il est intimement lié à une modification spéciale , à une sorte d'appétence de la sensibilité pulmonaire ; on remarque , en effet , qu'il a lieu principalement dans la faim, dans le besoin d'air, dans l'asphyxie, au moment du réveil , dans certaines afi'ections morales débilitantes , telles que l'ennui , Va. tristesse , etc.

Comme la plupart des phénomènes physiologiques ou pathologiques qui s'opèrent sous l'influence immédiate du système nerveux , et plus qu'aucun aulre,le bâillement est soumis à la loi de réminiscence et d'imitation , à tel point qu'il se produit à la vue d'une personne qui l'éprouve , à l'idée, au seul souvenir de l'acte qui le constitue.

Comme symptôme de maladie, le bâillement mérite quelque attention de la part du praticien, en ce que la modification de la sensibilité pulmonaire qu'il suppose est le plus ordinairement liée à celle des centres nerveux. C'est ainsi , en effet, qu'il précède presque constamment l'apoplexie, l'épilepsie, l'hystérie, l'hypochondrie , les névralgies, les accès de fièvre intermittente, etc.

BAIN

BAIN

Le bâillement peut se répeter assez fréquemment et d'une manière assez douloureuse pour constituer par lui-même un véritable état morbide ; tel est le cas rapporté dans le journal de Leroux et Corvisart , pour Tannée 1814, d'une demoiselle chez laquelle il se renouvelait au point de ne laisser à la malade aucun instant de rémission ;tel est encore le cas d'une dame que j'ai vue plusieurs fois éprouver, pendant plusieurs jours de suite et sans interruption, tous les tourmens du bâillement comme phénomène précurseur d'une crampe de l'estomac. Le bâillement ne connaît pas de traitement spécial; les moyens à employer pour les combattre sont entièrement subordonnés à la nature des causes morbides dont il dépend , et l'on a vu que ces causes affectent ordinairement le système nerveux. (P. Jollt.)

BAIN, s. m., halneum. On entend par ce mot , pris dans son acception la plus étendue, l'immersion et le séjour plus ou moins prolongé du corps ou d'une partie du corps dans un milieu autre que celui qui nous entoure habituellement. Cette de'finition comprend les bains pris dans les substances solides , comme le sable , la terre , la cendre, etc.; dans les substances liquides, comme l'e^M , Vhuile, le vin , le lait , etc. ; dans les substances qui résultent de l'association des liquides et des solides , comme les boues minérales , le fumier , le marc de raz.sm ; dans les vapeurs , comme celle de l'eflu pure ou chargée de particules odorantes et volatiles; dans les fluides élastiques, comme le calorique , etc.; enfin dans le mélange des gaz aux liquides , comme les eaux minérales.

Dans son acception la plus restreinte et la plus ordinaire, le mot bain désigne l'immersion et le séjour du corps dans l'eau. Quant à l'étendue de l'application de l'eau sur le corps , c'est par une dénomination particulière, telle que celle de demi-bain , de bain de siège , de manuluve , de pédilut^e, qu'on distingue les bains partiels du bain entier, c'est-à-dire de celui dans lequel plonge tout le corps, la tête exceptée. C'est de celte espèce de bain que nous parlerons tant que nous n'en indiquerons pas une autre par une épithète quelconque.

On se sert des bains dans l'état de santé ou pour nettoyer la>peau et en faciliter les fonctions , ou bien pour se rafraîchir. Pris à des températures exagérées, comme les prennent certains peuples, les bains ne doivent plus être regardés comme agens hygiéniques ; il n'y a qu'une sorte de bains qui méritent réellement ce titre : ce sont eux qui, pris en tout temps, soit pour rafraîchir le corps, soit pour nettoyer la peau, ne produisent jamais sur cette membrane qu'une impression agréable. Ces bains, de même que nos vêtemens, varient avec la température extérieure. Ils sont frais en été pour nous enlever du calorique, chauds en hiver pour en empêcher la déperdition. Tous les bains qui sortent de celte catégorie et qui déterminent des sensations pénibles doivent être rejetés du domaine de l'hygiène , car pour l'homme et pour les animaux , une sensation pénible n'est qu'un avertissement dont l'objet est de faire éviter, comme nuisible à l'existence, ce qui détermine cette sensation. Quoi qu'il en soit , nous tiendrons compte de toutes les espèces de bains usitées , parce que s'il n'est pas naturel de les employer toutes en pleine santé et comme moyen d'hygiène, nous verrons qu'on peut tirer parti de la plupart d'entre elles comme moyen thérapeutique. Pour éviter les longueurs et les répétitions, nous limiterons le luxe facile des détails historiques à ce qui est rigoureusement nécessaire pour la médecine pratique; et immédiatement après avoir exposé les effets d'une espèce de bain , nous tiendrons de suite compte de son emploi hygiénique et thérapeutique.

Les effets communs des bains , quelle que soit leur température , sont les suivans : 1° tous les bains forment autour du corps de l'homme une atmosphère plus pesante, plus dense que l'air, et qui présente, dans une étendue déterminée , un grand nombre de molécules au contact du corps; c'est cette densité plus considérable de l'eau que de l'air qui fait qu'à température égale l'eau nous fait éprouver à un plus haut degré que l'air les sensations de chaud et de froid; la soustraction ou l'addition du calorique se fait donc beaucoup plus rapidement par l'eau que par l'air. C'est sans doute aussi cette même densité de l'eau qui fait éprouver à certaines personnes une espèce d'oppression à l'épigastre, et les empêche de prendre des bains entiers. Cette oppression épigastrique est néanmoins beaucoup plus fréquemment produite par la sensation à laquelle donne lieu la température. 2» Les bains empêchent le contact de l'air sur la peau et s'opposent aux effets , d'ailleurs peu connus , de la décomposition de ce fluide. 3» Les bains fournissent à l'économie, par le moyen de l'absorption, plus ou moins d'eau suivant leur température. 4° Certaines espèces debains (les bains chauds) agissent plus ou moins sur la peau par une espèce d'imbibilion de l'eau qui gonfle cette membrane , principalement aux pieds et aux mains , qui la ride , qui la macère , qui l'assouplit , qui l'adoucit , qui la rend sans doute plus impressionnable , tandis que d'autres espèces de bains ( les froids ) rendent la peau sèche, dure, peusoUple, peu impressionnable, quelquefois même, suivant Marcard , dure et ccailleuse chez les enfans. 5° Les bains agissent par la sensation que déterminent les diverses températures auxquelles ils sont pris.

Les effets particuliers des bains sont relatifs aux diverses températures et à quelques autres circonstances dont nous tiendrons compte en parlant de chaque espèce de bain. Il semblerait, d'après beaucoup d'auteurs, que le nec plus ultra de l'exactitude propre à déterminer les effets des bains soit de tenir strictement compte du degré que marque le thermomètre pendant les observations. Veut-on un exemple frappant de l'inanité prétentieuse de ces observations et expériences faites le thermomètre à la main? qu'on fasse entrer en même temps dans les bains d'une égale température cet homme vigoureux dont le teint est fleuri, dont la peau rosée, toujours en partie découverte, laisse apercevoir d'énorme muscles arrondis par un certain embonpoint , et cet homme paie, irritable , maigre, habituellement recouvert de tissus de laine, et ne pouvant supporter la plus légère vicissitude atmosphérique ; que , sans les interroger ni

l'un ni l'autre sur les sensations qu'ils éprouvent, on se borne h les observer; le > premier ne laisse apercevoir aucun changement extérieur ; cependant le second j tremble , sa mâchoire inférieure est agitée d'une manière remarquable, ses yeux ' semblent s'excaver, son nez s'effder, etc. Si vous augmentez la température des I deux bains , et qu'alors vous interrogiez vos deux individus, le sujet énergique, ; dont la tête est déjà couverte de sueur, vous dira qu'il étouffe, et le sujet irritable, 1 qu'il souffre encore du froid. Les effets consécutifs de ces deux bains seront ensuite { totalement différons , puisque l'un des deux individus aura éprouvé les effets du | bain chaud, et l'autre ceux du bain froid. Je ne parle pas des différences apportées j dans les effets du bain, à la même température , par les individus de divers ' climats, de divers âges, d'habitudes opposés. Pour éviter donc les erreurs j des observations faites le thermomètre à la main, et pour s'épargner la peine j de tenir compte , lorsqu'on étudie les effets du bain, de mille circonstance^ ; éventuelles, telles que l'âge, l'habitude, etc., il faut user d'un thermomètre 1 qui tient lieu de toutes ces indications, et mesure mieux que tous les instru- j mens de physique imaginables la chaleur relative des bains. Ce thermomètre I est la sensation , c'est-à-dire l'impression que perçoit le cerveau à la peau, j Quand donc nous parlerons des effets du bain froid , nous entendrons par cette ! épithète le bain qui , à quelque température qu'il soit, fait éprouver à un in- ' dividu la sensation du froid ; et de même, quand il sera question des effets du ! bain chaud, nous entendrons le bain qui fait éprouver la sensation du chaud, i

Art, I^"'. Des bains froids. Le bain froid , considéré sous le point de vue j hygiénique, ne peut être que celui qu'on prend à la température où se trouvent l les rivières pendant l'été. Il serait peut-être à plus juste titre nommé bain frais, j puisque c'est plutôt la sensation agréable de fraîcheur, que celle toujours péni- | ble du froid , que l'on recherche dans ce bain. C'est aux individus qui en usent, j à avancer ou à reculer l'époque à laquelle ils le prennent , suivant la suscep- j tibilité dont est douée leur organisation. Quand ces bains sont pris en temps ' convenable , leurs effets primitifs sont les suivans : soustraction du calorique , j léger spasme delà peau, resserrement de tous les orifices exhalans et sébacés, etc.; contraction ou resserrement des extrémités capillaires , suspension de l'exhala- j lion , effacement des veines superficielles, pâleur, léger tremblement convulsif, i respiration irrégulière et un peu précipitée, petitesse du pouls , qui d'abord I est plus fréquent , qui ensuite se ralentit , si l'on reste long-temps dans le bain \ et que l'on ne fasse aucun mouvement , surcharge sanguine des organes inté- j rieurs , sécrétion d'urine manifestement augmentée. |

Si les bains sont pris par une température trop froide pour l'individu , il y a ' souffrance réelle ; tous les phénomènes précités sont augmentés ; il y a, comme ' on dit , claquement des mâchoires ; le tremblement convulsif est considérable , i les membres s'engourdissent, les traits du visage se retirent comme chez un j agonisant, les yeux se cavent , le nez devient efiilé, la peau plombée; les doigts , se présentent décolorés et tellement diminués en circonférence, que les bagues ; les plus étroites en tombent sans peine ; il survient une douleur à l'épigasti-e et j à la tête , un resserrement dans les mâchoires ; le cœur redouble d'efforls pour j vaincre la résistance que le resserrement de toute la périphérie du corps oppose j à l'abord du sang; de là des douleurs sous-sternales , le trouble dans la circu- { lation des gros vaisseaux , le sentiment de constriction à la poitrine. .

A la sortie du bain et après que la peau est essuyée , ce refoulement des \ fluides cesse ; il se manifeste ce qu'on appelle une réaction. Le sang revient à '\ la peau ; celle-ci rougit; on y éprouve même un léger sentiment de cuisson et ! de chaleur ; la transpiration augmente , le pouls a repris sa plénitude, enfin ; les sources organiques de la chaleur animale redoublent d'activité. Cesphéno- . mènes de réaction sont en raison de la température des bains. Si ceux-ci n'ont ' produit, ainsi que cela devrait toujours être, qu'une sensation de fraîcheur | agréable, il n'y a pas ou presque pas de réaction; l'impression rafraîchissante \ causée par le bain, dure long-temps ; elle devient même l'effet consécutif du | bain. Les phénomènes de réaction sont, au contraire, très-considérables si le | bain a causé une sensation de froid pénible. Ces phénomènes enfin sont en raison ^ de la vigueur de l'individu ; ils apparaissent lentement chez l'homme faible ; il se j réchauffe difficilement , tremble long-temps , chancelle ; sa tête reste quelque- , fois douloureuse. J'ai vu , au reste , ce dernier phénomène survenir et durer long-temps chez des individus athlétiques et très-sanguins.

Quels sont maintenant les effets consécutifs du bain froid pris à une température convenable ? Son usage est-il tonique ou débilitant ? Nous verrons en \ parlant de l'exercice de la natation (voyez ce mot) , que c'est principalement j dans des mouvemens qui n'occasionnent aucune perte , à cause du milieu froid . et dense dans lequel ils ont lieu , que sont dues , dans la natation, et l'augmentation considérable des forces générales , et la sédation du système nerveux; :

puisq

rent davantage et deviennent sensiblement plus légers. Ce bain, si l'on ne tient compte que de la réaction , n'a donc pas les effets restaurateurs que lui attribuent Hallé , Nysten et tous ceux qui ont copié ces savans ; il n'est ni tonique ni débilitant; il donne lieu , chez un sujet faible , en supprimant les fonction» I sécrétoires et exhalantes peu actives de sa peau, à l'irritation des organes inté- | rieurs ; il cause des coliques , des diarrhées ; il stimule , au contraire , la peau | des sujets forts, les rend moins impressionnables, les endurcit contre les viscis- l situdes atmosphériques.

Mais si , laissant de coté ce phénomène consécutif de réaction , qui , comme j nous l'avons vu , n'est que le phénomène le moins saillant quand on prend le | bain à la température convenable , l'on tient compte de l'effet immédiat et | principal du bain froid, la soustraction d'une portion du calorique qui surcharge i

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B AÏN

et opprime reconomie , on trouvera dans le bain un fortifiant , ou plutôt un moyen de rendre libres des forces qui ne sont qu'enchaînées. Ce moyen n'apporte pas de matière animale dans les tissus vivans, m ais il rend à ceux-ci , j en les délivrant de leurs entraves, le pouvoir d'exécuter avec énergiè de- actes devenus languissans.il agit d'une manière semblable à la soustraction du sang, qui rend le mouvement à l'apoplectique, et lui permet d'user de ses forces , sausiui en donner de nouvelles. Si l'on a pris les précautions convenables pour que les premiers effets du bain froid, la soustraction du calorique et le refroidissement du corps^ durent assez long-temps, les bains froids, souvent répétés dans le jour, seront le moyen le plus avantageux de combattre les nuisibles efïets d'une I température trop élevée. Mis en usage dans l'été, quand les chaleurs sont considérables , ils renouvellent l'action nerveuse épuisée, rétablissent la myotilitc, diminuent la transpiration cutanée, s'opposent à la faiblesse qu'amènent des sueurs abondantes, et surtout rétablissent l'appétence de l'estomac. Pour obtenir ces effets, il faut renouveler le bain froid plusieurs fois-par jour , et s'abstenir de tout ce qui pourrait, après le bain , provoquer trop de réaction. L'on sait qu'aux Antilles, l'un des meilleurs moyens hygiéniques employés pour préserver de la fièvre jaune les équipages et les troupes, consiste à les faire baigner plusieurs fois par jour.

Le bain f«oid , pris dans l'eau courante , déterminera , à température égale , à cause du renouvellement continuel de l'eau, un eulèveraent plus prompt de calorique que celui qui est pris dans une baignoire. Un effet, pour le dire en passant, commun à toutes les espèces de bains , c'est l'augmentation par l'agitation de l'eau, de la sensation qu'on y éprouve; c'est-à-dire qui si on agite l'eau froide , on sent davantage le froid et que, si on agite l'eau très-chaude , on éprouve davantage la sensation de chaleur ; mais pour revenir au bain froid dans les rivières, beaucoup d'auteurs attribuent des effets toniques à la percussion que l'eau courante exerce sur le corps.

Ce mode d'action est plus prononcé encore dans le bain de mer , qui , par le mouvement de la vague et la plus grande densité de l'eau , produit au plus haut degré la percussion et l'enlèvement du calorique , mais qui , d'un autre côté, par les substances salines contenues dans l'eau, stimule davantage la peau.

L'assertion du voyageur Bruce n'implique pas contradiction avec ce que nous venons de dire de l'effet fortifiant du bain froid. » Que le bain froid , dit-il , doive agir comme fortifiant dans un climat très-chaud , c'est une opinion qui n'est pas fondée sur la vérité ; j'ai souvent observé qué, lorsque j'étais échauffé par de violens exercices du corps , un bain tiède me rafraîchissait et réparait mes forces beaucoup mieux qu'un bain froid de même durée. » L'assertion de Bruce est vraie, et tout le monde peut l'avoir vérifiée; mais elle n'est vraie qu'appliquée au bain pris dans de l'eau trop froide , mais elle n'est vraie que pour l'homme qui est échauffé par de violens exercices de corps. Dans ce cas, le bain tiède est celui qui délasse le mieu.x ; l'état d'expansion, de relâchement qu'il permet aux tissus, est bien plus propre, en effet, à leur rendre leur vigueur , que l'état de contraction dans lequel les jette le bain trop froid : ce dernier état est une espèce de fatigue. Sous ce point de vue , le bain tiède est infiniment plus fortifiant et plus réparateur que le bain froid ; il a , dans la manière d'agir, quelque ressemblance avec le repos, et mêrne avec le sommeil. Mais lorsqu'au contraire l'accablement n'est occasioné que par la sensation de chaleur , ou par la raréfaction des fluides, le bain frais est beaucoup plus avantageux. Au reste, on peut voir par ce que nous avons dit, que les effets des bains froids ont été exagérés ou plutôt confondus, mal analysés. Les bains froids, sans mouvement , ont des propriétés fortifiantes aussi faibles que la natation en a de puissantes.

Appliquons maintenant aux différens individus, en particulier, les préceptes que nous venons d'émetti'e sur les bains froids.

On dit que les peuples du Nord plongent les nouveau-nés dans l'eau froide ou dans la neige : ce fait peut être vrai ; cependant Martin , médecin suédois , avance tout-à-fait le contraire (Mémoires de l' Jcadémie des sciences de Suède), au sujet des habitans de la Finlande. Tous les auteurs répètent que Rousseau conseille cette pratique : c'est là une absurdité qu'on prête à l'homme qui , en hygiène , n'anima jamais , de sa brûlante éloquence, que la raison et la vérité. Nous prouverons (article Lotion) la fausseté de cette assertion que nous avons vue répétée par beaucoup d'autres trop confîans, dont nous n'estimons pas moins le mérite et la bonne foi. Continuons : ce n'est pas , comme le disent Halié et Nysten , parce que l'enfant est assujetti à des éruptions cutanées , que le bain froid lui est contraire (car une fatalité nécessaire ne lui impose pas ces éruptions) ; c'est tout simplement parce que la sensibilité encore excessive de la peau du nouveau-né serait douloureusement affectée de l'impression d'un modificateur qui n'est point fait pour elle : mais ces auteurs confondent toujours le bain froid hygiénique, qui ne doit produire qu'une sensation délicieuse, avec le bain froid capable de produire une sensation pénible. Le premier, loin d'être nuisible à l'enfant, lui sera au contraire très-avantageux. Quant au second, une habitude tellement graduée, que l'enfant n'éprouve rien de pénible en entrant dans l'eau, pourrait seule le rendre sans danger. Pans cette précaution, il n'y aurait qu'absurdité et barbarie à soumettre à un pareil bain l'enfant bien portant. Nous avons déjà dit ( article Air ) , en parlant des viscissitudes atmosphériques , comment on peut rendre, après les premiers temps de la Baissance, la peau de l'enfant moins susceptible. Nous reprendrons cet objet en parlant des Lotions.

Le bain froid est encore très-avantageux à l'adolescent et même aux adultes. Quant aux vieillards, commechez eux les facultés productrices de la chaleur ne sont plus très-actives , ils devront ou s'abstenir du bain froid , ou du moins prendre pour l'adapter à leur sensibilité, beaucoup plus de précautions que les

jeunes gens , c'est-à-dire n'user des bains d'eau courante que lorsque la température des rivières sera très-élevée, rester moins de temps dans l'eau, ne se baigner qu'au milieu de la journée, prendre un peu d'exercice après le bain, etc.

Pour nous résumer , nous dirons que le bain froid hygiénique ou le bain frais convient à tous les individus auxquels la température de l'eau ne fait pas éprouver une sensation désagréable , à ceux que la chaleur de l'atmosphère affecte assez péniblement pour leur rendre indispensables tous les moyens propres k délivreij l'économie de l'excédant du calorique qui l'opprime.

Ce même bain sera contraire à toute personne atteinte, dans le moment même, de sécrétions naturelles ou d'affections morbides susceptibles d'être répercutées , telles que les règles , une sécrétion abondante de sueur ou d'humeur sébacée , les dartres et autres éruptions , la goutte et les hémorrhoïdes. Enfin le bain froid sera nuisible aux individus dont la poitrine est irritable , à ceux qui sont sujets aux rhumatismes ou à d'autres irritations qui sont facilement reproduites par le froid.

Les précautions à prendre lorsqu'on use du bain froid, sont d'en sortir avant qu'un second frisson ne soit venu remplacer l'impression agréable qui suit le premier frisson qu'on éprouve au moment de l'immersion dans l'eau. 11 faut, en sortant du bain , s'essuyer promptement et s'habiller.

Si l'on prend , comme cela doit être , le bain froid pour se rafraîchir , il faut se garder de tout ce qui pourrait pi'oduire trop de réaction , comme l'exercice , etc.; car ce serait le moyen de perdre promptement l'effet rafraîchissant du bain. Les autres précautions relatives au bain froid, regardent plus particulièrement l'article Natation.

On a conseillé le bain froid comme moyen thérapeutique , dans beaucoup de maladies , principalement dans les affections nerveuses , comme la chorée , la catalepsie, l'hystérie, l'épilepsie, le priapisme,la nymphomanie, la rage, etc., etc. ; il suffit d'avoir observé combien quelques-unes de ces maladies s'exaspèrent sous l'influence d'une température élevée, pour donner quelque confiance à l'eflîcacité de ce moyen.

Bain tièsfroid. D'après ce que nous avons dit en commençant cet article , le bain très-froid n'est pas un agent hygiénique ; c'est donc seulement dans un but thérapeutique , et comme nous le ferions à l'égard d'un médicament quelconque, que nous allons en étudier les effets. Quand nous avons pris ce bain, nous sommes sans doute resté trop peu de temps dans l'eau ou peut-être nous l'avons pris trop peu froid, mais nous n'y avons éprouvé autre chose que les effets très-prononcés décrits à l'occasion du bain froid hygiénique , pris à une température très-basse. A l'exception de M. Bégin, les auteurs qui ont fait des expériences sur les bains , n'ont pas mentionné d'autre résultat. C'est donc à cet excellent observateur que nous allons recourir, et c'est de son travail sur les scrofules que nous allons extraire ce qui suit. M. Bégin a pris neuf bains froids du 12 au 20 octobre 1819. 11 se jetait dans la Moselle sous les remparts de Metz, à huit heures du matin , par une température qui varia du deuxième au sixième degré du thermomètre de Réaumur. Une phlegmasie bronchique attribuée à une cause étrangère au bain, empêcha M. Bégin de continuer ses expériences. 11 décrit ainsi les phénomènes qu'il observa : « A l'instant même où l'on se précipite dans l'eau , on éprouve une vive sensation de refoulement des liquides dans les grandes cavités, et spécialement dans le thorax; la respiration est haletante , entrecoupée , très-rapide; il semble qu'incessamment elle ne pourra plus s'exécuter; la peau est pâle, le pouls concentré, petit, profond et dur; tous les tissus sont rigides; on ne tremble pas, mais il existe un spasme universel, avec lequel se concilie à peine la régularité du mouvement. Après deux ou trois minutes au plus , le calme renaît et succède à cet état pénible et presque insupportable ; la respiration s'agrandit, le thorax se dilate , les mouveraens sont revenus libres et faciles, la chaleur se répand sur la peau , toutes les actions musculaires sont vives , légères et assurées ; ou croit sentir que les tégumens et les aponévroses sont appliqués avec plus de force sur les muscles , et que ceux-ci , mieux soutenus , agissent avec plus de précision , plus de force, plus d'énergie que dans l'état naturel ; bientôt une vive rougeur couvre toute la surface du corps; une sens.;tion très-prononcée et très-agréable de chaleur se répand sur la peau ; il semble que l'on nage dans un liquide élevé à ti'eute ou trente-six degrés de chaleur ; le corps semble vouloir s'épanouir afin de multiplier les surfaces du contact; le pouls est plein , grand, fort, régulier ; peu de sensations sont aussi délicieuses que celles qu'on éprouve en ce moment : tous les ressorts de la machine animée ont acquis plus de souplesse, de vigueur et de fermeté qu'ils n'en avaient précédemment ; les membres fendent avec facilité le liquide qui ne leur offre plus aucune résistance ; on se meut sans effort , avec vivacité, et surtout avec une légèreté inconcevable. Cette sensation ou plutôt cet état dure quinze ou vingt minutes ; le bien-être diminue ensuite graduellement, et bientôt le froid se fait ressentir. Alors, si l'on ne s'empresse de sortir de l'eau , des frissons , et bientôt après un tremblement général s'emparent de la machine ; les mouvemens deviennent si pénibles , que certaines personnes courraient le danger de se noyer, surtout lorsque le bain se prend dans un fleuve profond. 11 ne faut donc jamais attendre le renouvellement complet du froid et de la chute entière de la réaction. En sortant un peu auparavant , on n'éprouve aucune sensation désagréable ; et en passant de l'eau à l'air, la mutation presque insensible occasionne plutôt un sentiment de chaleur que de froid , malgré le vent et malgré l'évaporation du liquide qui couvre la peau. On observe un ifait fort remarquable , c'est que les tégumens sont presque insensibles au contact des corps extérieurs : ce phénomène est tel, que le passage du linge avec lequel on s'essuie, n'est pas senti , et il est arrivé plusieurs fois que dans cet état d'orgasme et de constriction du derme, des frictions assez rudes

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poui- l'enlever l'épiderme , n'ont produit aucune sensation perceptible. Il semble qu'on se rapproche alors de l'état de ces peuples septentrionaux qu'on voit demeurer étrangers aux sensations les plus vives et même aux blessures les plus cruelles. «

M. Bégin a observé que pendant les premiers bains qu'il a pris , la re'action a été plus prompte que dans les derniers; mais que, dans ceux-ci, elle a été plus durable. Il n'a pu supporter le baiu en y entrant lentement et en y restant dans l'inaction ; enfin , quand il s'est jeté dans l'eau immédiatement après une promenade assez longue pour exciter la rougeur de la peau, et même couvrir celle-ci de sueur, loin d'en éprouver quelque inconvénient, il a remarqué que la réaction était plus prompte, plus facile et plus complète.

Tous les auteurs qui ont écrit sur des bains froids ont , en parlant du bain qui n'est que frais, tenu compte de la réaction ;je dirai plus: ils en ont fait un phénomène tellement capital , même quand elle n'existe qu'au plus faible degré, que c'est toujours par lui seul qu'ils expliquent les avantages de ce bain, et qu'ils tiennent à peine compte de ce qu'a de Ibrlifiant la soustraction d'un calorique énervant; mais, par une singularité inconcevable, ils n'ont pas assez insisté sur la réaction , précisément dans les cas où elle se manifeste le plus énergiquement, c'est-à-dire après le bain très-froid, et, à l'exception de M. Bégin, aucun d'eux, que je sache , n'a avancé que , dans le bain très-froid , la réaction pût avoir lieu , le corps étant encore plongé dans l'eau, et dans une eau que l'expérimentateur ne pouvait échauffer , puisqu'elle se renouvelait continuellement, tant par son propre cours , que par le mouvement qu'il s'y donnait. IJ est résulté de là que la plupart des auteurs ont confondu avec les effets du bain frais , qui n'est que rafraîchissant , ceux du bain très-froid , toujours suivi de la vive et prompte stimulation de la peau; qu'en conséquence ils ont conseillé celui-ci dans la manie , dans certaines fièvres bilieuses , ardentes , accompagnées d'une chaleur vive et acre de la peau ; que d'autres médecins, justement effrayés des revers de leurs confrères , et ne tenant compte que de l'effet immédiat et passager du bain très froid (le spasme violent et la gêne de la circulation), ont hautement blâmé ce moyen en rangeant son emploi , ainsi que celui des sangsues, au nombre des égaremens de l'esprit humain, et en traitant de médecins d'une tête ardente ceux qui s'en rendent coupables. Nous n'imiterons pas les auteurs qui , dans leurs exagérations , ont prôné outre mesure ou repoussé ce moyen. Sans élever ses avantages aussi haut que l'ont fait certains écrivains, nous ne pouvons convenir avec d'autres que nul médecin prudent et instruit ne pourra le conseiller dans la classe entière des phlegmasies aiguës ; par exemple , dans la variole, la scarlatine , la rougeole, etc. Après l'exposé que nous avons présenté des effets du bain froid , et qui est suffisant pour faire apprécier la nature de cet agent thérapeutique, nous dirons, au contraire, qu'on l'a quelquefois employé avec succès pour faire reparaître des phlegmasies aiguës de la peau , précisément celles du traitement desquelles nous venons de le voir proscrit. Dans ce cas , loin de le considérer comme un réfrigérant , les praticiens physiologistes qui l'ont employé n'ont vu en lui que l'apphcation à la surface cutanée d'une stimulation très-vive et très-étendue. Nous dirons que d'autres médecins également physiologistes , MM. Fournier, Pescay et Bégin , ont encore employé favorablement ce moyen dans les scrofules et dans le tempérament qui en est la prédisposition , qu'ils n'y ont vu de fondamental que la réaction sanguine , et que cette réaction sanguine a été déterminée même chez les sujets les plus faibles. Nous dirons qu'employé comme moyen prophylactique des scrophules, l'usage du baiu très-froid a encore, suivant MM. Fournier et Bégin , qui en ont si physiologiquement apprécié les effets , déterminé en peu de temps, chez les sujets caractérisés par un lymphatisme exagéré, le développement rapide d'une sorte de tempérament sanguin ; une turgescence générale, une vive coloration de la peau, de fréquens épistaxis , un surcroît d'activité dans l'appareil à sang rouge, enfin une véritable permutation de constitution ; nous dirons enfin que le bain très-froid a été employé avec succès dans les phlegmasies chroniques des viscères abdominaux, particulièrement dans la dysenterie chronique ; qu'il l'a également été dans la leucorrhée. Mais nous dirons en mime temps que le bain très froid est avec raison regardé comme contraire à tout individu prédisposé aux congestions cérébrales ou pulmonaires , aux anévrysmes du cœur ou des gros troncs; que, dans tous les cas , le bain froid est , comme les médicamens prétendus héroïques , un moyen hardi. Ensuite, n'adoptant ni ne rejetant ce moyen d'une manière exclusive, nous laisserons ceux de nos collaborateurs chargés de la description des maladies dans lesquelles on a conseillé le bain froid, calculer les chances qu'il présente selon le plus ou le moins d'irritabilité du sujet , selon son plus ou moins d'aptitude à la réaction , la disposition plus ou moins grande aux congestions inférieures , et, pour terminer ce qui a rapport à cette espèce de bain thérapeutique, nous indiquerons comment il doit être pris.

Quand on administre le bain très-froid il ne faut jamais oublier que la réaction est d'autant plus prompte et plus considérable que l'eau est plus froide; un pareil oubli pourrait être cause de mort chez un sujet faible, soumis à un bain dont, par une timidité intempestive, on n'aurait pas rendu Ja température assez basse. La réaction ne se manifestant pas , il pourrait périr victime de l'excès de froid, le plus débilitant de tous les agens naturels. Dans cette circonstance la peau serait frappée d'une impression glaciale alors même qu'on devrait avoir pour but d'y déterminer une chaleur âcre, mordicante, et d'y faire momentanément apparaître tous les phénomènes de l'inflammation. I! sera donc très-important de graduer la température de l'eau et la durée de l'immersion sur la force du sujet. Plus il sera faible , plus l'eau devra être froide et le temps du bain court. On usera pour les individus très-faibles , d'un bain à zéro dont la durée sera de deux ou trois minutes ; au sortir de l'eau ils seront essuyés avec

des linges chauds , placés dans un lit bien bassiné, et abandonnés au repos après avoir pris une ou deux tasses d'une boisson chaude excitante , propre à favoriser le mouvement des fluides vers la périphérie. Si le sujet est moins faible on prolongera davantage le temps de l'immersion. On pourra même le prolonger asseï pour que la réaction se manifeste au milieu même du liquide que l'on devra toutefois abandonner aussitôt que celle-ci apparaîtra. Comme après quelquesuns de ces bains , la peau ne reçoit plus, à cause de l'habitude , une impression de froid aussi vive , il sera nécessaire , pour obtenir le même résultat, d'abaisser chaque jour la température du bain.

Art. II. Bains chauds. — Nous comprenons sous le nom de bain chaud les bains qu'on prend en hiver comme moyen d'hygiène et dont la température varie de 24 à 32 degrés suivant la susceptibilité des individus ; c'est ce baia qu'on appelle communément bain tiède; quelques auteurs l'appellent bain tempéré et vont jusqu'à préciser le degré que doit avoir ce bain tempéré , comme si ce qui est tempéré pour un individu l'était pour un autre. Nous ne fixerons pas plus un degré à ce bain qu'aux autres , et nous lui conserverons le nom de bain chaud. Ea effet, à quelque degré que soit le thermomètre, qui, comme nous l'avons prouvé , est une mauvaise boussole pour calculer les effets du bain, puisqu'ils ne peuvent être déduits que de la susceptibilité individuelle, à quelque degré , dis-je, que soit le thermomètre , il n'y a pour nos sensations que deux qualités dans le bain , auxquelles nous devions nous arrêter , le froid et le chaud ; il n'y a même que ces deux qualités réellement existantes, car à quelque terme moyen que l'on suppose l'eau , elle nous fera toujours éprouver l'une ou l'autre de ces sensations. Tout ce que l'on peut exiger de nous , c'est que nous tenions compte des qualités précitées quand elles sont exagérées; c'est aussi ce que nous avons fait et ce que nous ferons encore. Nous mentionnerons donc les effets du bain très-chaud , parce que si , comme le bain très-froid, il sort du domaine de l'hygiène, il peut, de même que ce deiniier , être employé comme moyen thérapeutique ; ensuite, parce que l'emploi de ce moyen peut avoir des dangers qu'il est bon de faire connaître.

Les effets primitifs du bain chaud sont les suivans : au moment de l'immersion , sensation de chaleur douce et agréable perçue dans toute la surface de la peau , et qui semble se répéter daps les viscères ; expansion des liquides de l'économie, relâchement de la peau , dont les débris épidermoïques se détachent et viennent flotter à la surface de l'eau ; ralentissement des battemens du cœur et des mouvemens circulatoires ; état de calme , qui finirait par conduire doucement au sommeil , pour peu qu'ony fût disposé. Pendant ce bain, néanmoins, quelques fonctions paraissent avoir acquis de l'activité : l'absorption cutanée et la sécrétion rénale sont dans ce cas ; au moins Falconner prétend , d'après ses expériences , qu'un adulte peut absorber dans un bain quarante-huit onces d'eau par heure , et le docteur Westrumb (Voj-ez Journal hebdomaire , n° 7, pag. 200) vient de prouver que, dans un bain tiède , la peau de l'homme est susceptible d'absorber diverses substances qui sont dissoutes dans l'eau du bain* Il a retrouvé dans l'urine, dans la lymphe d'un vésicatoire , dans le sang, de l'hydrocyanate de potasse dissous dans l'eau du bain; il y a retrouvé aussi la matière colorante de la rhubarbe , et ce fait était depuis long-temps connu, puisqu'on traitait la syphilis par les bains. Ce qu'il y a de positif, c'est que , pendant qu'on est dans le bain tiède , le besoin d'uriner se manifeste ordinairement plusieurs fois , et que l'urine excrétée est claire et limpide.

Les effets consécutifs de ce bain sont caïmans et relâchans ; il délasse parfair tement et mieux que le bain froid. On sent, après en avoir fait usage, toutes les fonctions s'exécuter, sinon avec plus de force , du moins avec plus de liberté et d'aisance.

Considéré comme moyen hygiénique, le bain chaud convient à tout le monde , car quel que soit le sexe , le tempérament , la profession d'un individu, la propreté lui est indispensable; mais c'est particulièrement aux tempéramens secs , irritables, aux vieillards , aux enfans , aux femmes, même à celles qui sont dans l'état de grossesse , ou qui nourrissent, que les bains chauds sont avantageux. Depuis l'usage du linge, ils sont devenus moins indispensables qu'ils ne l'étaient chez les anciens , dont les draperies flottantes laissaient exposées à la poussière plusieurs parties du corps ,'"et dont la garde-robe était si peu fournie, qu'Épaminondas , par exemple , était obligé de rester au logis quand on dégraissait son vêtement. C'est parce que les Orientaux ne portent pas. de chemise ou autre linge susceptible d'être renouvelé , que leurs législateurs ont atta ché aux bains et aux ablutions une importance assez grande pour exiger du peuple ces pratiques au nom de la divinité.

Les précautions relatives au bain chaud consistent : 1» à s'assurer de la pror prêté des baignoires, sur lesquelles pourraient avoir été déposés des principes de contagion; 2° à user des moyens convenables pour prévenir l'asphyxie à laquelle pourrait donner lieu la vapeur du charbon , dans le cas où l'on échaufferait les baignoires au moyen d'un cylindre rempli de ce combustible ; S" K veiller à ce que le col et les épaules ne restent pas exposés à l'air pendant le bain , après avoir été préalablement plongés dans l'eau; 4° à s'essuyer de suite, en sortant du bain . avec des linges bien secs et chauffés , et à se garantir du froid, car la peau , débarrassée des débris d'épiderme et de l'enduit qu'y avait laissé la sueur, reste quelque temps plus impressionnable qu'elle ne l'était avant le bain. Nous ne mentionnerons pas le danger attaché à la température trop élevée du bain. On le déduira facilement de ce que nous dirons plus loin des effets du bain très-chaud.

Considéré comme agent thérapeutique , l'espèce de bain que nous venons d'étudier convient dans les maladies caractérisées par un état d eréthisme, dans les maladies nerveuses , dans les phlegmasies aiguës et chroniques. Ce baiu est un des moyens les plus propres à produire la détente et le relâchement

BAIN

Iles tissus , et à ramener le calme dans l'organisme. On l'emploie ordinairement Mans cette vue, de concert avec les antiplilogisliques ; sa durée, surtout dans les phlegraasies externes , doit être de quatre , six et même dix heures. Si l'on

obtient pas toujours , dans les phlegmasies, les résultats qu'on attend de ce ïbain , c'est parce qu'il survient trop fréquemment , dans les hôpitaux surtout , 'un des cas suivans : ou il est de trop courte durée , ou il est pris trop frais, ou 1 est pris trop chaud , ou enfin les malades qui le prennent se refroidissent en e quittant pour regagner le lit. Si le bain est de tropcourte durée ilne produit as d'effet notable , car la détente qu'on cherche à obtenir dans les tissus est toujours précédée de la légère stimulation cutanée à laquelle donne lieu l'immersion dans ce bain , et ce n'est qu'après cette légère stimulation que se manifeste l'effet émollient de celui-ci. S'il est pris trop frais , il augmente les congestions intérieures, en produisant les phénomènes que nous avons exposés a l'article Bain froid. S'il est pris trop chaud, il agit de la même manière ; il augmente encore la congestion intérieure, mais il l'augmente par un mécanisme ifférent dont il sera tenu compte en parlant du bain très-chaud.

Bain très-chaud. — Le bain très-chaud n'est pas plus un agent hygiénique que le bain très-froid. C'est donc, ainsi que nous l'avons fait pour cè dernier, 3t dans un but purement thérapeutique, et dans la vue de rendre plus rares es accidens produits par le bain très-chaud, que nous allons tracer ce qui suit. 4^11 moment de l'immersion dans un bain très-chaud , on éprouve une sensation pe chaleur piquante et incommode, au lieu de celte sensation agréable de chaleur douce que faisait éprouver lebain échauffé dans une justemesure. La peau Lstle siège d'une espèce de spasme, de contraction presque analogue à celle |ju'on ressent dans le bain froid. Ce phénomène disparait promptement, et si l'on reste dans le bain , cette membrane , vivement excitée , rougit de suite par 'afflux du sang; elle .se gonfle, ainsi que toutes les parties sous-jacentes ; le sang se trouve considérablement raréfié par la présence du calorique, qui dans ce bain , ne peut plus être soustrait à l'économie ; le cœur se contracte ivec rapidité; les artères carotides et temporales battent avec violence ; la "ace est rouge ; les yeux sont injectés ; la respiration est fréquente et embarrassée : alors, pour peu que l'on soit' disposé aux congestions cérébrales, on ipeut périr d'apoplexie. Cependant, après dix minutes ou un quart d'heupe ji'immersion , et tandis que ces phénomènes se passent , la sueur ruisselle de la '"ace , et enlève une prodigieuse, mais insuffisante quantité de calorique à l'é- :onomie. J'ai, dans des expériences que je faisais sur les bains, supporté, le 9 août 1824, en présence de plusieurs personnes , un bain à 35° et demi o, jlont j'ai pu , en me faisant une forte saignée , élever encore de trois degrés la température. Les effets de ce bain ont été un spasme périphérique en entrant laus l'eau , une plus grande fréquence du pouls , une exhalation de sueur abonlante, etc. ; mais, en sortant du bain, et eri reprenant la position verticale, ai de suite éprouvé l'effet de la triple perte que je venais de faire en sang, en lUeur et en calorique ; une défaillance m'a prouvé que la pléthore factice qu'a- ,'ait produite le calorique en dilatant le sang venait de cesser, et qu'il existait )our l'économie, et surtout pour le cerveau, une déplétion réelle. Pendant un )ain trop chaud , l'exhalation de sueur sur les parties qui sont hors de l'eau est l'autant plus abondante , que le milieu qui environne le reste du corps est plus ;hargé de calorique, en soustrait conséquemment moins à l'économie, ou ■nême lui en communique davantage. Si cette exhalation n'avait pas lieu pour lébarrasser l'économie du calorique surabondant, la mort surviendrait promp- ■ement par l'effet de cette pléthore accidentelle extraordinaire.

On conçoit, d'après cela, que l'effet immédiat d'un bain très-chaud, abstraction aite des dangers que ce bain fait encourir sur le moment même , est stimulant t phlogistique ; aussi, M. Broussais a-t-il eu soin de rappeler souvent cette érité, méconnue de trop de praticiens, que rien n'est plus propre à réveiller la outte, les rhumatismes, les gastrites et mille autres irritations, qu'un bain pris i une trop haute température. J'ai eu plusieurs fois occasion d'observer ce fait. I Quant aux effets consécutifs du bain très-chaud, ils sont évidemment débililans. ]e bain produit trop de pertes pour qu'il en puisse être autrement. Ce sont les )erles, la sensation de chaleur qu'on vient d'éprouver à un haut degré, et l'ex- )ansion de nos fluides, qui rendent compte du sentiment de fatigue, d'abattenent, du défaut d'appétit, et de l'espèce d'engourdissement des facultés intelectuelles qu'on éprouve après un bain très-chaud.

Si le bain a été pris à une température excessivement élevée, il reste, imméfliatement après ce bain, dans l'économie, une surabondance de calorique telle, fue l'impression du froid extérieur le plus considérable n'est pas perçue, et que, oalgré ce froid, le travail qui doit débarrasser l'économie de l'excédant du alorique, continue d'avoir lieu. Ceci explique pourquoi les anciens Romains louvaient, sans inconvénient, se plonger dans un bain froid au sortir d'un |)ain chaud, et pourquoi , de nos jours , les Russes et les Finlandais peuvent, ans aucun préjudice pour leur santé , se rouler nus dans la neige en sortant de , eurs étuves brûlantes. Du reste, cet usage, de prendre un bain froid après un oain chaud, de se rouler dans la neige ou de se faire faire des lotions froides, ;st conservé par beaucoup de peuples. Je veux bien croire , puisqu'ils n'y re~ loncent pas, qu'ils n'en éprouvent 'aucun inconvénient; mais il m'est difîi- ;ile d'ajouter foi à la prétendue propriété tonique attribuée par Hallé et '^ysten , à cette succession de bains. Il ne paraît pas qu'aucun peuple soit laus l'habitude de faire succéder le bain chaud au bain froid.

Le bain très-chaud peut être employé dans les cas suivans : 1° dans ceux où 1 s'agit de déterminer une vive excitation générale; 2° dans ceux où il s'agit le déterminer une vive excitation cutanée, par exemple lorsque les éruptions ie font mal , et que le pouls est trop faible pour que l'on ose, par des émissions anguines, tenter de détruire la concentration des forces qui ^ lieu sur les prin-

DlCT. DE MÉPECIÎfE ET DE ChIRORGIE PRATIQUES.

cipaux viscères; dans ce cas, le bain doit être de courte durée ; la rougeur de toute la surface cutanée peut s'obtenir par une simple immersion ; 3° dans le cas où l'on a pour but de terminer, à l'aide de grandes révulsions cutanées, l'irritation chronique ou des muscles, ou des gros cordons nerveux, ou des articulations, ou même de certains viscères ; 4° dans les irritations chroniquesdela peau. On peut quelquefois enlever une inflammation aiguë quelconque, une bronchite par exemple, en employant le bain très- chaud. La maladie cède alors à la forte révulsion opérée sur la peau ; mais ce moyen , qui agit d'une manière analogue à une boisson très-excitante, au punch, par exemple, pris dans le même but, peut aggraver la maladie en agissant sur elle par son effet immédiat, l'accélération de la circulation, et conséquemment l'envoi dans un temps donné de plus de sang à la partie irritée. Le bain très-chaud n'est pas même toujours sans inconvénient dans les cas que nous avons indiqués; ainsi il peut quelquefois ramener à l'état aigu des irritations chroniques

Lorsqu'on use du bain très-chaud, il est une précaution à laquelle on ne doit jamais manquer, c'est celle d'avoir à sa portée, pour prévenir l'apoplexie, des réfrigérans que l'on applique sur le front seulement ou sur tout le péricrâue, aussitôt que quelques phénomènes annoncent que le sang se porte avec trop de violence à la tète. {Voyez Affusion.)

Art. III. Des bains d'étuues. — L'on a jusqu'ici placé à l'article Bain et sous le nom de bains d' étuves, les étuves sèches et les étuves humides. Nous nous conformerons à cet usage à cause des rapports que présentent entre eux ces divers moyens, et de l'étude comparative que nous devons en faire.

Les étuves sèches ne sont autre chose que des appartemens fortement chauffés où l'on se place pour suer. Ces étuves, en usage chez les anciens Romains, sont conservées aujourd'hui comme moyen hygiénique chez les Turcs, les Finlandais et les Russes. Les étuves des premiers sont des appartemens en pierre de taille, pavés de marbre , chauffés au moyen de tuyaux qui parcourent leurs parois et portent la chaleur partout. Le Turc, déshabillé , enveloppé d'une serviette de coton , ayant des sandales aux pieds pour les préserver de la chaleur du pavé , entre dans l'étuve, y sue , y est lavé, essuyé, frictionné et massé. Au luxe près sans doute, la même chose a lieu chez les autres peuples.

Les étuves humides sont des lieux également très-échauffés, mais où l'on s'expose à la vapeur de l'eau. Elles subsistent encore dans beaucoup de pays, comme moyen hygiénique. Le Russe, en pleine santé, s'étend sur une large banquette dans une salle construite en bois, s'y expose à la vapeur de l'eau que l'on projette toutes les cinq minutes, sur des cailloux devenus incandescens par le feu d'un fourneau. Après être resté quelque temps dans cette étuve, dont la température s'élève de 40 à 45 degrés Réaumur, le seigneur russe se fait battre avec du bouleau plongé dans l'eau très-chaude, frotter avec du savon, puis il reçoit des douches d'eau froide , prend sa rôtie au vin et à la bière , et s'étend sur son lit. L'esclave, qui ne peut se faire rendre de pareils soins, court, au sortir de l'étuve, se rouler dans la neige, ou se plonger dans un étang, puis il boit un verre d'eau-de-vie de grain et reprend ses travaux. Aujourd'hui, en Russie , la plupart des gens riches prennent le bain de vapeurs isolément et souvent chez eux, et quant à ceux qui le prennent mêlés au peuple, ils restent sur les banquettes inférieures de la salle , tandis que celui-ci , moins délicat et plus endurci à la chaleur, gagne les banquettes les plus élevées. Le Finlandais fait usage des étuves sèches et des étuves humides , plus fort chauffées encore que celles du Russe ; et le sauvage de l'Amérique, si l'on en croit le missionnaire Loskiel, se procure, dans un trou pratiqué sous terre , un bain de vapeurs à la manière des peuples précités.

En France, on reconnaît aujourd'hui l'insalubrité de celles des étuves où plusieurs individus renfermés respirent un air imprégné de leurs émanations réciproques, chargé de l'exhalation pulmonaire, de la perspiration cutanée, d'une proportion surabondante de gak; acide carbonique, et enfin de tout ce qui peut rendre l'atmosphère insalubre. La raison a donc fait abandonner l'usage de ces antres impurs, importés des hôpitaux de Londres dans ceux de Paris. On a également reconnu que si l'étuve , soit sèche, soit humide , dans laquelle s'enferme un seul individu, a des avantages sur celle où l'on se renferme en compagnie, elle présente eucore l'inconvéïiieiit qui résulte de l'action immédiate de la chaleur, soit sèche , soit humide , sur le poumon. Pour faire disparaître cet inconvénient , qui peut bien pourtant, dans certains cas , devenir un avantage, on a imaginé divers appareils au moyen desquels tout le corps , la tête ou seulement la face exceptée, est exposé à l'action des vapeurs, tandis que les poumons continuent de recevoir un air pur et frais. Celui de M. Monroy , dont l'établissement se trouve rue Montmartre, n" 133, nous a paru parfaitement construit pour administrer, dans la chambre même des malades, avec facilité, promptitude , propreté et sécurité, un bain de vapeurs quelconque. Cet appareil , qui nous a servi aux observations que nous avons faites , consiste en un fourneau de tôle , un sphéroïde en cuivre présentant un col qui entre dans le fourneau, des tuyaux flexibles, conducteurs de la vapeur, une extrémité en arrosoir pour les bains , une extrémité particulière pour les douches , une corbeille en osier et une toile imperméable destinées à former une chambrelte où le corps du malade se trouve environné jusqu'au cou d'une atmosphère de vapeurs. Une femme transporte avec facilité tous ces objets au domicile du malade , et les dispose de la manière suivante : le fourneau garni de charbons incandescens est placé dans la cheminée de l'appartement; le sphéroïde, rempli du fluide que l'on veut vaporiser, est placé sur le fourneau ; on y ajuste une extrémité du tuyau conducteur. Le malade est disposé convenablement, c'està-dire, assis sur une chaise qu'on place sur une toile cirée, afin de préserver le parquet de l'humidité , les pieds posés sur un tabouret garni de linge , enfin entouré de la corbeille d'osier recouverte immédiatement d'une toile imper-

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