ABERRATION
ter la laxité et l'abondance du tissu cellulaire qui unit le péritoine aux parois abdominales , d'où la facilité de son décollement dans la taille hypogastrique , dans la ligature des vaisseaux ; d'où la facilité des infiltrations urinaires et purulentes. Ce tissu cellulaire est susceptible de se pénétrer de graisse ; d'où les hernies graisseuses , etc.
Enfin je ne dois pas omettre les vaisseaux hypogastriques et le plexus nerveux hypogastrique , plexus qui ne me paraît pas avoir suffisamment fixé l'attention des anatomistes et des physiologistes , et qui avec le plexus solaire , le plexus cardiaque et le plexus pharyngien, constitue les centres principaux d'innervation auxquels se rapportent toutes les impressions venues du dedans ou du dehors.
EXPLORATION DE l'abdomen.
D'après les détails dans lesquels nous venons d'entrer , on conçoit combien une bonne méthode dans l'exploration de l'abdomen peut être utile : la vue, le toucher sont généralement les seuls sens employés pour cet objet. L'existence de gaz en circulation dans une bonne partie de l'étendue de cette cavité , les gros troncs artériels qui la traversent doivent y faire associer le sens de l'ouïe qui a été appliqué avec tant de bonheur par Laënnec aux maladies du thorax.
Les parois abdominales étant susceptibles d'affaissement permettent de palper médiatement les viscères contenus ; c'est la seule cavité splanchnique qm se prête à ce mode d'exploration , lequel , bien dirigé , peut conduire à de grands résultats. Que cherche-t-on à apprécier par le palper? les points sensibles et les points volumineux ou d'une résistance extraordinaire dans quelques cas. Le sens de la vue doit être associé au toucher et précéder son action. On déterminera d'abord si l'abdomen est plus ou moins volumineux que dans l'état naturel. L'intumescence, la tension, jointes à la douleur, senties signes caractéristiques d'une péritonite aiguë ; dans certains cas de contraction spasmodique des viscères , on voit les intestins se dessiner à travers les parois. Dans quelques maladies , on voit une tuméfaction circonscrite qui décèle le siège et l'organe. Le mode de tuméfaction de l'abdomen , sa forme pointue dans la grossesse , dans la rétention d'urine , dans l'hydropisie enkystée , sa forme plus large dans l'ascite, enfin la rétraction des parois dans la colique métallique et autres coliques spasmodiques, c'est-à-dire avec constriction du canal intestinal, sont des signes extrêmement précieux.
Après cet examen préalable , on palpe les parois abdominales: pour cela il faut que ces parois soient dans le plus grand relilchemcnt possible ; tendues , elles interceptent toute action exploratrice ; relâchées, elles sont déplacées, refoulées par les doigts qui s'habituent à distinguer , à travers leur mollesse, l'état des viscères. C'est dans ce but qu'on maintient la tête et la partie supérieure du thorax relevées , les jambes fléchies sur les cuisses, celles-ci sur le bassin. C'est dans le même but qu'on doit occuper l'attention du malade, sans provoquer de réponse de sa part , caria crainte et la douleur suffisent quelquefois pour déterminer dans les parois une roideur convulsive. Impossible d'explorer un abdomen douloureux; car, indépendamment de tout contact, les muscles sont dans un état de contraction tonique permanente , comme pour éviter les mouvemens habituels d'action et de réaction des parois abdominales. Cette contraction, qui tient à une sympathie directe, je veux dire sans l'intermédiaire du centre cérébro-rachidien , des viscères sur les parois, est un signe assez constant d'inflammation abdominale. Mais devons-nous admettre que les limites de la tension des parois abdominales sont mesurées par l'inflammation? Je n'ai point constaté ce fait, que M. le docteur Devergie a cherché à établir dans sa dissertation inaugurale , pas plus que le défaut complet de dilatation du thorax dans les points correspondans à la phlegmasie thoracique : toujours est il qu'il existe une sympathie toute spéciale entre les viscères et les parois abdominales correspondantes ; qu'il n'est pas du tout indifférent d'appliquer les moyens thérapeutiques ici ou là , et que tous les jours on voit céder à des évacuations sanguines , à des dérivatifs loco dolenti des affections qui avaient résisté aux mêmes moyens placés partout ailleurs. Ce n'est pas ici le lieu d'agiter cette question , que Barthez a traitée d'une manière si supérieure.
Que cherche-t on lorsqu'on explore un abdomen? A découvrir les points douloureux et les points indurés. La douleur décèle des maladies aiguës ; l'induration ou la résistance dans un point qui doit être souple dans l'état naturel décèle en général une maladie chronique ou le développement , l'hypertrophie de quelque organe. Or, la douleur n'accompagne que quelques-unes des maladies aiguës des viscères. Combien de phlegmasies latentes de l'abdomen ! L'entérite ulcéreuse ou pustuleuse présente presque constamment ce caractère , et il a fallu un nombre immense d'ouvertures cadavériques pour appeler l'attention des praticiens sur cette lésion si remarquable devenue presque fondamentale en pathologie , que quelques praticiens regardent encore comme consécutive.
Pour explorer l'abdomen , il faut promener successivement les doigts rapprochés sur toutes les régions de cette cavité , comprimer largement , soit d'un côté à l'autre, soit d'avant en arrière , soit de haut en bas , soit de bas en haut ; la pression doit être douce , graduelle : trop forte , elle émousse le tact de l'observateur , elle cause de la douleur au malade , et provoque des contractions ; bien plus , elle peut être funeste. On a vu une exploration trop forte, exercée sur l'abdomen d'un enfant, déterminer la déchirure du foie, chez d'autres celle de la rate engorgée. Des coliques assoupies sont souventréveillées; des inflammations sourdes aggravées ; une douleur, une grimace provoquées par une pression semblable , ne peuvent être d'ailleurs d'aucun secours pour le diagnostic , car l'une et l'autre peuvent être mises sur le compte de la pression bien plutôt que sur le compte de la maladie. Depuis que j'ai l'habitude de palper l'abdomen avec la plus grande douceur , je reconnais bien mieux l'état des viscères.
DiCT. DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE PRATIQUES.
Il est quelques maladies dans lesquelles l'exploration, dans l'attitude verticale , doit être associée à celle dans l'attitude horizontale ; telle est l'ascite. Cette attitude permet en effet aux liquides de gagner le lieu le plus déclive en même temps qu'elle augmente la tension des parois. Cette tension , si avantageuse dans le cas d'accumulation de liquides , diminue les bons effets de l'attitude verticale dans les maladies du foie, de la rate et de l'estomac , attitude qui leur permet d'ailleurs de proéminer , dans l'épigastre , ce qui , dans certains cas, est d'un grand secours pour le diagnostic.
La percussion de l'abdomen est un autre moyen d'exploration. Elle peut être médiate on immédiate : immédiate, elle a été employée de tout temps; c'est par elle qu'on reconnaît la présence des gaz et celle des liquides ; la présence des gaz par le son tympanique , celle des liquides ou d'un autre corps étranger parle son mat, obtenu dans un point où le son clair devrait être perçu; celle d'un liquide seul par le flot que déplace un choc léger , et que reconnaît la main appliquée sur le point diamétralement opposé. Mais la percussion immédiate est souvent douloureuse ; elle serait intolérable s'il y avait douleur; d'où la percussion médiate, proposée depuis peu par M. Piorry , et qui me paraît devoir être un auxiliaire avantageux dans le diagnostic. Une lame mince et solide est promenée successivement sur tous les points de l'abdomen, et percutée avec la pulpe des doigts. Chaque région rend un son particulier : le son mat qu'on obtient au niveau du foie établitses limites dans tous les sens ; le son clair qu'on obtient au niveau de l'estomac ou d'un gros intestin distendu par les gaz n'est pas celui des intestins grêles , n'est pas celui des poumons. Je suis persuadé , d'après quelques essais, que les praticiens ne tarderont pas à confirmer les résultats auxquels est parvenu M. Piorry , et qu'il a consignés dans son ouvrage (de la Percussion médiate , etc.). Je dois cependant dire que la percussion immédiate pratiquée av.ec une grande douceur m'a donné des notions tout aussi positives que la percussion médiate , et cela sans causer plus de douleur. Peut-être cela tient-il au peu d'habitude que j'ai du premier mode de percussion.
Enfin l'auscultation médiate, qu'on peut employer pour reconnaître Fétat de l'aorte et des gros vaisseaux qui en naissent, qui, sur l'épigastre, permet de reconnaître l'état des cavités droites du cœur , qui, appliquée sur les divers points de l'abdomen , peut conduire à quelques résultats relatifs à la circulation des gaz, l'auscultation a été appliquée avec beaucoup de succès par M. de Kergaradec à la détermination de la grossesse ; par M. Lisfranc , à l'appréciation plus exacte du bruit produit par la percussion du cathéter sur la pierre vésicale. Elle ne serait pas moins précieuse pour établir la rupture des abcès ou kystes acéphalocystes du foie dans le poumon, la communication des abcès ou kystes du poumon avec la cavité abdominale. Nous ne saurions saisir avec trop d'avidité tout moyen propre à nous aider dans la recherche de la vérité. On ignore peut-être à quel degré de précision nos sens, dirigés et perfectionnés par une bonne éducation médicale , peuvent arriver. ( J. Cruveilhier.)
ABERRATION , s. f, ah er ratio , de aberrare , s'égarer; mot vague^ puisqu'aucune idée précise ne s'y rattache; mot insignifiant , parce qu'on veut lui faire exprimer une foule de choses indéterminées ; mot qui serait depuis longtemps proscrit de la langue médicale si l'on était plus généralement convaincu de la nécessité d'un langage sévère dans les sciences, et.cependant mot journellement employé pour exprimer toute anomalie que l'on observe, soit dans la forme , la position , la texture ou les fonctions des organes , soit dans les forces que quelques physiologistes prétendent présider à leur action , soit enfin dans les phénomènes morbides eux-mêmes.
Quelque extraordinaire que soit un fait d'organisation ou d'action vitale, on ne le considère jamais comme une aberration , tant qu'on peut le rattacher bien ou mal aux lois connues de l'organogénie , de la physiologie ou de la pathologie ; et ce n'est què lorsqu'il s'en écarte , lorsque l'on ne peut ni l'expliquer ni le comprendre , qu'on lui donne cette dénomination. Dire qu'un phénomène est une aZ(er7'at2072 , c'est donc dire qu'il est isolé , inexpliqué, et, sous ce rapport, mal connu. Si l'on s'en était tenu à celte acception du mot, tout en le regardant comme inutile, nous n'en proposerions peut-être pas le rejet : un mot oiseux surcharge le vocabulaire , mais n'introduit pas du moins d'idées fausses dans la science. Mais on a voulu lui donner une valeur ; on a prétendu expliquer quelques phénomènes par Vaberration , et on a cru le faire ^ussi clairement en les disant aberrês qu'en les disant augmentés ou diminués, sans remarquer que les mots augmentation et diminution peignent des idées positives et précises, tandis que ce\m ^Vaberration , au contraire , n'exprime qu'une idée vague et indéterminée. Ainsi , des anatomistes ont cru trouver la cause de certaines monstruosités dans Vaberration de la force formatrice ; des physiologistes se sont imaginé expliquer certains phénomènes insolites, en les attribuant à Vaberration des propriétés vitales; des pathologistes ont espéré porter la lumière dans certaines néi/roses , en plaçant leur cause prochaine dans Vaberration de la force nerveuse ; d'autres enfin se sont flattés d'avoir découvert la nature de plusieurs maladies en la faisant consister dans une ahei-ration de l'action organique. Les uns et les autres n'ont fait évidemment que se payer de mots vides de sens. Mieux vaut cent fois ne pas expliquer que de le faire ainsi ; c'est un double mal , car on s'expose à ajouter une erreur à celles qui encombrent déjà la science, et l'on arrête les recherches de ceux qui, faute d'y faire attention, regardent le problème comme résolu.
Le mot aberration doit donc être banni du langage de la médecine. Nous aurions donné Texeuiple en ne le plaçant pas dans ce Dictionnaire , si nous n'avions pas cru qu'il importait d'en faire sentir l'insignifiance, et de détruire les erreurs auxquelles il se rattache, dans un moment où nous le voyons tous les jours encore employé par des médecins du plus grand mérite, plus par
ABLACTATIOW.