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BAUME

non putréfié , on peut recourir à la céphalotomie ou craniotomie , toutes les fois que le bassin a moins de trois pouces. Si le rétrécissement est des plus considérables, la simple ouverture de la voûte du crâne ne suffirait pas , la base offrirait encore trop de volume; il est alors possible de fracturer, de broyer cette base et de lui donner ainsi la flexibilité nécessaire.

En résumé on peut donner, non comme invariables, mais comme le plus fréquemment applicables, les rî'gles suivantes :

1° De 3 pouces ^ à 3 pouces l , forceps ou version.

2° De 3 pouces J à 2 pouces J , enfant vivant , symphyséotomie.

3" De 3 pouces i à 2 pouces J , enfant mort, céphalotomie simple.

4° Au-dessous de 2 pouces | , enfant vivant , hystérotomie.

5» Au-dessous de 2 pouces ^, enfant mort, céphalotomie et brisement.

(Fbjez pour plus de détails chacun di: ces mots en particulier. )

Ed. Sandifort.V)iss. (le pelvi ejusque in paiiu dilatalione. Tlies. Sandif., lom. 3, pag. 169.

J.-M. Thierry. Diss. de parlu difficili l'i malâ conformalioiie pclvis. Ibid., pag. 191.

J.-H. Joerdens. Diss. de viliis pelvis muliebrii ralioue parlus. Sylloge sciileg. , lom. 2 , pag. 1.

Madame Lachapelle. Obstacles dus au bassin. Prat. des Accouch. , 1I« mémoire. Vrolick. Coosidéralious sur la diversité des bassins des différentes races bumaiues. Amslerdnm, 1826, in-8», fig.

J.-L. -C- Ebermaier. De nimi.î pelvii Ampliludine , etc. , [n-8°, Goett. , 1797. C.-C- Kjanse. De metiend.i Pelvi fœmineâ , diss. in-4°. Lipsise, 1781.

Schworer. De situ pelvis in ventre, cavique ejus direclione Spicilcgium et Lucubraliones , 10-4" , fig.

Madame Boivin. Recliercbes sur l'avortemenf , suivies d'un mémoire sur l'intro-pelvimètre, io-S", fig. Paris , 1828.

Lobstein. Sur la direction du détroit supérieur. Bull. Fac. méd. Paris , 1817, n°' 9 el 10. Ncegelé. Sur la direction des détroits du bassin. ( Ant. DuGES.)

BASSORINE. rojez Gomme.

BAUME , halsamum ou ^xXaxiJ.c-i. Ce nom , qui ne désignait d'abord que le baume de la Mecque ou de Judée j a été appliqué ensuite aux autres sucs végétaux résineux doués d'une odeur suave , et enfin à un grand nombre de compo« sitions pharmaceutiques très-différentes par leur nature et leurs propriétés. Pour faire cesser une aussi grande confusion , les chimistes ont proposé de restreindre le nom de baume à ceux des sucs résineux naturels qui contiennent de l'acide benzoïque : alors ceux qui en sont privés ne sont plus considérés que comme des résines liquides ou des térébenthines ; et quant aux composés pharmaceutiques que l'on avait décorés du même nom , on les répartit parmi les teintures alcooliques, les huiles médicinales, les onguens , etc. , suivant que leur excipient est alcoolique , huileux , résineux, etc.

Ainsi réduits , les baumes naturels se distinguent par plusieurs propriétés qui les font facilement reconnaître; ils sont solides, mous ou liquides , suivant la quantité d'huile volatile qu'ils ont conservée; ils ont une odeur aromatique qui est ordinairement très-suave; ils sont fusibles au feu , solubles dans l'éther et l'alcool , et en sont précipités par l'eau ; enfin ils cèdent à l'eau bouillante une quantité plus ou moins grande d'acide benzoïque, qu'on peut également en retirer en les chauffant dans un vase sublimatoire , ou par d'autres procédés indiqués par la chimie. Les baumes principaux sont le Benjoin , le Liquidamhar, le Baume du Pérou , le Baume de Tolu et le Stjrax. ( l^oyez ces dilTérens noms.)

Baume acétique cAMPHnÉ. Ce médicament appartient à la classe de ceux qui ont un éther pour excipient ou aux éthérolés. On le prépare en faisant dissoudre , à une douce chaleur , un gros de savon animal et un gros de camphre dans huit igros d'éther acétique; on l'aromatise avec dix gouttes d'huile de thym. Il est ■employé en frictions contre les douleurs rhumatismales.

Baume ANODIN DE Bates , médicament du genre des teintures alcooliques ou des alcoolés , formé de savon blanc, d'opium , de camphre et d'huile volatile de romarin; il est employé contre les rhumatismes.

Baume d'acier ou Baume d'aiguilles, médicament huileux, de consistance onguentacée , que l'on prépare en ajoutant une dissolution de fer dans l'acide nitrique à un mélange d huile et d'alcool. Il en résulte , après l'évaporation de celui-ci, une combinaison de nitrate de fer et de graisse acide , que l'on employait autrefois en frictions contre les douleurs d'articulation; mais ce composé, qui ne tarde pas d'ailleurs à s'altérer et à durcir considérablement, est entièrement tombé en désuétude.

Baume d'Arc^us. Foyez Onguent d'Arcsus.

Baume du Canada, frayez Térébenthine du Canada.

Baume DU Commandeur. Voyez Teinture balsamique couposée.

Baume de Copahu. Foyez Copahu.

Baume de Fioravakti. Foyez Alcoolat de térébenthine composé. Baume de Giléad. F oyez Térébenthine de la Mecque. Baume de la Mecque. Foyez Térébesthine de la Mecque. Baume de Lucatel. Foyez Onguent de Lucatel.

Baume de Lectoure. Ce médicament , du genre des myrolés , c'est-à-dire de ceux qui ont les huiles volatiles pour excipient , est un mélange de plusieurs de ces huiles , dans lequel on fait digérer du camphre, du safran , du musc et de l'ambre gris. On le prend par gouttes sur du sucre; on le porle sur soi comme aromate, ou on le brûle dans les appartemens. C'est un puissant excitant et eudorifique.

Baume nerval. Foyez Vonmhxi'e. nervale.

Baume opodeldoch, médicament alcoolique et savonneux , dont la composition très-variable paraît être fixée aujourd'hui. L'ancien Codex de Paris le préparait en dissolvant une partie de savon d'huile d'olives dans quatre parties d'une teinture aromatique très-composée. La pharmacopée d'Édimhourg faisait

423 ) BDELLOMETRE.

dissoudre quatre onces de savon, deux onces de camphre et une demi-once d'huile de romarin dans vingt-quatre onces d'alcool rectifié. Cette composition était liquide comme la première. Le baume opodeldoch se prépare aujourd'hui en faisant dissoudre , à chaud , quatre parties de savon de graisse de veau dans quarante-huit parties d'alcool rectiflé. On y ajoute trois parties de camphre purifié, une partie d'huile volatile de thym et de romarin, une partie d'ammoniaque liquide , et l'on filtre la liqueur chaude au-dessus de flacons dans lesquels elle se refroidit. Le médicament , ainsi obtenu, est demi-solide , gélatineux, d'une transparence imparfaite, et offre souvent dans son intérieur des ramifications arborisées de stéarate ou de margarate de soude. Il est très-usité en frictions contre les maladies rhumatismales , l'affaiblissement des membres, etc.

Baume du Pérou , véritable baume naturel provenant d'un arbre de la famille des légumineuses, qui a été nommé par les botanistes myroxylon ou myrospeimum peruiferum. On en connaît deux espèces : uuffiuM qui vient dans de petites coques de cocos , et l'autre tout à fait liquide.

Le baume du Pérou en coques parait distiller naturellement ou par incision des rameaux de l'arbre. Il est d'une couleur brune et d'une consistance de térébenthine épaisse. Il parait formé de deux sortes de matières : une plus fluide, et l'autre plus solide et grumeleuse. Il offre une saveur douce et parfumée et une odeur qui tient le milieu entre celle du baume de Tolu et du liquidambar.

Le baume du Pérou noir est obtenu par la décoction dans l'eau de l'écorce et des rameaux de l'arbre ; il a la consistance d'un sirop cuit, est transparent , d'un rouge brun, d'une odeur forte et suave, d'une saveur acre, amère et presque insupportable. Il est très-souvent falsifié , et est plus usité aujourd'hui comme aromate que comme médicament.

Baumes de soufre. On a donné ce nom aux produits de la dissolution du soufre dans différentes huiles : celui formé avec l'huile de noix se nomme baume de soufre de Ruland ; avec l'huile volatile d'anis , baume de soufre anisé ; avec l'essence de térébenthine, baume de soufre térébenthiné , etc. On les préparc tous en chauffant dans un matras le soufre sublimé avec quatre parties d'huile , jusqu'à ce que celle-ci ait acquis une belle couleur rouge, et que le soufre soit en grande partie dissous. On laisse refroidir en repos pour séparer le soufre en excès et celui qui se sépare du liquide sous forme de cristaux. Tous ces baumes ont une odeur mixte de l'huile qui leur sert d'excipient et d'hydrosulfure. On les employait autrefois dans les maladies du poumon. Le baume de soufre anisé entre encore dans les pilules balsamiques de Morton.

Baume de Tolu ou de Carthagène. Vrai baume à acide benzoïque , obtenu , dans l'Amérique méridionale, par des incisions faites à un arbre de la famille des légumineuses nommé myrospermum toluferum , lequel est congénère et très-peu différent de celui qui donne le baume du Pérou.

Le baume de Tolu est solide et cassant à froid, mais il coule facilement et se réunit en une seule masse , qui prend la forme des vases qui le contiennent. Il est fauve ou roux , d'une transparence imparfaite , d'une cassure grenue ou cristalline , surtout lorsqu'il est ancien , d'une odeur très-suave , d'une saveur douce et agréable. Il est très-soluble dans l'alcool et dans l'éther ; il cède à l'eau bouillante une grande quantité d'acide benzoïque.

Le baume de Tolu sert de base à plusieurs compositions pharmaceutiques, mais surtout aux tablettes et au sirop de ce nom, qui sont souvent employés pour faciliter l'expectorlition chez les personnes atteintes de phthisie pulmonaire, ou pour relever les forces dans les cas d'atonie générale. Ou en prépare également un éther dit balsamique , dont on fait respirer la vapeur aux phthisiques , en le renfermant dans un flacon disposé de manière que l'air aspiré par le malade est obligé de traverser l'éther avant d'arriver à la bouche; mais il est douteux que ce médicament agisse autrement que ne le ferait l'éther pur, et que le baume qui reste en entier au fond du flacon contribue en quelque chose à la médication produite.

Baume tranquille. Foyez Huile des narcotiques composés. Baume de tie d'Hoffmann. Voyez Teinture d'ambre succinée. Baume vert de Metz. Voyez Huile d'acétate de cuivre.

(Guibourt.)

BDELLIUM, gomme-rcsine connue des anciens , et cependant d'une origine encore incertaine. On la trouve toujours mêlée en petite quantité à la myrrhe et la gomme arabique , de même que dans celle du Sénégal ; quelquefois aussi elle vient séparément de ce dernier pays et de la côte de Guinée.

Le bdellium est en morceaux plus ou moins gros , arrondis , d'un gris jaunâtre ou rougeâtre, demi-transparent, d'une cassure terne et cireuse. Il a une odeur faible , une saveur amère et adhère aux dents ; il n'est plus guère employé que comme ingrédient de l'emplâtre diachylon gommé. D'après M. Pelletier, il est composé de résine , 59 ; gomme soluble , 9,2; gomme insoluble ou bassorine, 30,G ; huile volatile et perte, 1,2. (Guibourt.)

BDELLOMÈTRE ( /S^àïoi/ii'rpui'j) , nom d'un instrument inventé, il y a quelques années , par M. Sarlandière , pour pratiquer les saignées locales , et mesurer la quantité de sang qu'on retire ; ce mot vient de ^i^'^^m , j'attire ou j'aspire du sang, et de /arpèv , mesure.

Le bdellomètre de M. Sarlandière se compose de plusieurs parties que nous allons indiquer : 1° un globe de verre ayant la forme d'une ventouse ordinaire, et dont le sommet est terminé par une tubulure garnie d'un compartiment de cuivre sur lequel doit être vissé un cylindre de même métal, contenant des lamelles de cuir superposées et percées à leur centre; 2° par ce conduitil entre à frottemens une tige cylindrique, terminée supérieurement par un bouton , et couronnée à son extrémité inférieure par un disque en cuivre d'iui pouce de diamètre et de trois lignes d'épaisseur ( ce disque se visse sur la tige , et peut

BEC DE LIEVRE

être ainsi facilement remplacé par un plus petit ou un plus grand , selon les cas). 3" Le disque dont il s'agit est traversé par trois rainures, servant à introduire des traverses de cuivre , sur lesquelles se vissent de petites lancettes longues de quatre lignes. 4" On visse sur ce disque une plaque en forme de gril, et on l'ajuste de manière à ce que les pointes des lancettes , dirigées dans l'intervalle des traverses de ce gril , les dépassent d'une ligne, de trois quarts de ligne , ou même seulement d'une demi-ligne , selon la profondeur où l'on veut pénétrer. Ce gril est destiné à empêcher que la peau , se boursouflant, comme il sera expliqué plus bas , ne monte le long des lancettes , et ne les fasse ainsi s'enfoncer trop profondément; des vis latérales fixent le gril à une distance déterminée des pointes de lancettes. 5° A côté de la tubulure du sommet du globe de verre est pratiquée obliquement une autre tubulure , surmontée d'une pompe aspirante pour faire le vide dans l'intérieur du globe de verre. Cette pompe est traversée h sa partie inférieure par un robinet propre à ralentir la succion, et surmontée d'une cheville, servant à introduire l'air dans la ventouse pour favoriser la désapplication de celle-ci. 6» A la partie latérale inférieure du corps de la ventouse existe une troisième tubulure , servant à visser au besoin un robinet, propre à donner issue à la quantité de sang qu'on voudrait éliminer, sans désappliquer l'instrument.

Le corps de ventouse dont il vient d'être question, ne pouvant , en raison de sa large ouverture, être appliqué que sur une région étendue, telle que l'abdomen , le thorax , la cuisse , etc. , M. Sarlandière a composé un autre corps de rechange qui peut être appliqué sur des régions étroites, ou des aufractuosités , comme aux tempes, à l'anus, etc. M. Sarlandière a même eu soin de faire construire des corps de ventouse de telle forme , que l'on peut appliquer le bdellomètre aux orifices des membranes muqueuses.

Voici comment on doit se servir de l'instrument de M Sarlandière : si l'on se sert du grand corps de ventouse, après que celui-ci a été exactement appliqué sur la peau , on en ferme le robinet , tandis qu'on ouvre celui de la pompe aspirante ; puis fixant d'une main le corps de la ventouse , et saisissant de l'autre le bouton qui termine la tige de la pompe, on fait plusieurs aspirations, jusqu'à ce que , le vide s'opérant , la peau monte en se boursouflant dans le corps de la ventouse de manière h y être fortement tendue. Cela étant fait, on presse sur le bouton qui termine supérieurement la tige armée de pointes de lancettes, et celles-ci pénètrent dans la peau ; on retire aussitôt la tige, puis on fait de nouveau mouvoir la pompe aspirante , et le sang afflue dans la cavité de la ventouse. On voit facilement, à travers celle-ci , la quantité de sang qui s'est écoulé ; en ouvrant le robinet du corps de la ventouse , on donne à volonté issue au sang qu'elle contient , et l'on peut en retirer ensuite une nouvelle quantité, sans désappliquer l'instrument. La rapidité de l'afflux du sang est proportionnelle à celle avec laquelle on meut la pompe aspirante. Pour ralentir l'abord du sang dans la ventouse, on retire la cheville qui termine le robinet de la pompe.

On voit, d'après la description que nous venons d'en donner, que le bdellomètre de M. Sarlandière n'est réellement qu'un moyen très-ingénieux de pratiquer des ventouses scarifiées. C'est même en pai tie pour obvier aux incouvéniens de ces dernières, et h ceux des sangsues, que M. Sarlandière a imaginé son instrument. Je me trompe peut-être, mais s'il était nécessaire d'inventer im instrument qui obviât aux inconvéniens des sangsues , tout en conservant leurs avantages , cet instrument est encore "a trouver ; et, à mon avis, ce sont les sangsues qu'il faudrait inventer , si elles n'existaient pas , pour obvier aux inconvéniens du bdellomètre. Mais si je regarde comme une vérité incontestiible que les sangsues sont préférables au bdellomètre , il ne s'ensuit pas que cet instrument ne soit , à son tour , préférable aux ventouses sacrifiées ordinaires. Il ne s'ensuit pas non plus que, dans les cas où l'on manquerait de sangsues , le bdellomètre ne pût être employé avec avantage. Je pense, au contraire, que c'est précisément dans les cas de cette dernière espèce qu'il convient de recourir à l'instrument de M. Sarlandière. Nous nous réservons d'examiner aux articles Vektooses , Scarifications, Saignée locale , des questions qu'il n'est pas aussi convenable d'aborder à l'occasion du bdellomètre.

Au reste , l'instrument de M. Sarlandière a été encore trop peu mis en pratique , pour que l'on puisse portei' un jugement bien motivé sur ses avantages et ses inconvéniens. Dans la brochure que ce médecin a consacrée à la description du bdellomètre , il ne rapporte aucun fait qui lui soit propre en faveur de cet instrument; il se borne à dire que MM. Dcmours et Regnault ont employé le bdellomètre avec succès. Quoi qu'il en soit, nous répéterons que c'est un procédé très-ingénieux de pratiquer des ventouses scarifiées, et bien que nous lui préférions les sangsues , nous reconnaîtrons cependant, avec M. Sarlandière , que par son emplji seulement le médecin jouit do l'avantage précieux de pouvoir évaluer d'une manière jn-ccise la quantité de sang retiré.

, ( J. BOUILLACD. )

BEC DE LIEVRE, s. m. lubium Irporinum. Solution de continuité ancienne et non suppurante de l'une des lèvres. Ce nom est déduit de l'analogie qu'établit cette affection , entre la lèvre supérieure de l'homme et celles des mammifères rongeurs , les lapins en particulier , chez lesquels cette disposition est normale à l'état adulte.

Le bec de lièvre se rencontre le plus ordinairement h la lèvre supérieure; cependant la lèvre opposée en a quelquefois été le siège. Il affecte rarement la ligne médiane , et a|)paraît en général du côté gauche.

Le bec de lièvre ofTic une foule de différences, depuis la simple solution de continuité de la lèvre jusqu'à cet état dans lequel non-seulement la lèvre, mais encore la voûte palatine et le voile du palais phriicipent à la bifidité anormale. El d'abord , il peut être coii£ciiial ou accidentel ; dans l'un et dans l'autre cas,

BEC DE LIEVRE

tantôt il intéresse la lèvre en totalité, tantôt il est borné à l'un de ses points ; seulement , soit que la solution intéresse exclusivement la moitié antérieure de la ' lèvre, soit qu'elle reste limitée à son bord libre. Chez certains individus, la i fente anormale est parallèle à l'axe du corps ; chez d'autres , elle est oblique , ; ou plus ou moins sinueuse. |

Sous le rapport de son degré , le bec de lièvre peut être simple ou compliqué , distinction plus importante que la première, sous le rapport thérapeuti- i que , et sur laquelle conséquemment il importe surtout d'insister dans cet arti- 1 cle. Le bec de lièvre simple consiste en une bifidité des parties molles seule- ! ment , tandis qu'au contraire , s'il est comphqué , on voit des lésions de divers ^ genres s'ajouter à la première ; ainsi, un bec de lièvre peut être compliqué : 1 1° de division double de la lèvre, bec de lièwre double ; 2» de division du lobe i du nez , ou de l'une des ailes de celte partie ; 3° de séparation de la voûte pala- 1 tine, soit seulement en avant, soit dans toute son étendue; 4» de séparation I de la voûte palatine et du voile du palais ; 5o de direction vicieuse des dents ' correspondantes; 6° de saillie des os sur lesquels s'appuie la lèvre malade; i 7u d'absence de la voûte palatine tout entière el de l'os vomer. ;

L'état anatomique des parties sur lesquelles porte la bifidité dans le bec de i lièvre plus ou moins avancé , est un point de l'histoire de cette maladie , dont i la connaissance exacte est réellement contemporaine, et qu'il est absolument ' important d'examiner , afin de pouvoir déterminer le mode de développement de ce vice de conformation. Il est inutile de faire remarquer ici que tout ce ' qui va suivre se rapporte presque exclusivement au bec de lièvre cougénial de ! la lèvre supérieure.

Les bords de la solution de continuité qui caractérise un bec de lièvre sont rouges , muqueux et arrondis ; ils ressemblent, sous beaucoup de rapports, au • bord libre de la lèvre la mieux conformée. Ils sont séparés l'un de l'autre par i un espace de forme triangulaire , espace qui résulte de la traction exercée en i sens opposés sur la lèvre par ses agens moteurs ; le nez des individus qui por- ] tent un bec de lièvre est toujours un peu applati , parce que ses ailes suivent ] plus ou moins la lèvre dans sa rétraction, et aussi parce que dans les becs de ] lièvre compliqués , la cloison nasale s'affaisse en bas. Dans les becs de lièvre ! doubles, l'une des fentes peut bien à la rigueur avoir son siège sur la ligne '■ médiane , mais le plus souvent toutes deux sont latérales; elles interceptent , entre elles un petit bouton ou mamelon , qui représente cette région de la lèvre sur laquelle est tracée la dépression sous-nasale de cette partie. Ce mamelon est très-variable sous le double rapport de la forme et du volume ; tantôt, il est sphéroidal , très-petit , et rétracté vers les narines ; tantôt il présente la ; forme d'un triangle à base le plus souvent inférieure ; il est plus alongé que ] dans les cas précédens , et descend jusqu'au bord libre de la lèvre; enfin, il ; manque lout-à-fait dans le bec de lièvre le plus compliqué, surtout dans le | degré le plus avancé de cette espèce que l'on a désignée sous le nom de gueule '■ de loup. Nous avons disséqué deux fœtus qui étaient dans ce cas.

Pour peu que la division labiale soit ancienne , ce qui est surbordonné à l'âge de l'individu lorsque le vice est congénial , le rebord alvéolaire tend à s'élever ' par une véritable hypertrophie locale dans l'espace ouvert de la lèvre; d'autres i fois les dents incisives seules se dirigent en avant , et deviennent saillantes au-de- ; hors ; la division delà voûte palatine dans les becs de lièvre compliqués est soumise ' de son côté à plusieurs déformations qu'il importe de signaler ; déjà nous avons ] fait remarquer que tantôt elle est complète , c'est à dire étendue depuis le bord ' alvéolaire jusqu'au voile du palais , et que tantôt elle est bornée à la moitié ou \ au quart antérieur de la bouche ; mais nous devons ajouter qu'en arrière cette j division palatine est toujours et nécessairement médiane, tandis qu'antérieure- < ment , tantôt elle est médiane , et tantôt elle est latérale ; en arrière, toujours | on la trouve simple, tandis qu'en avant quelquefois elle est double : lorsquela division de la voûte palatine est médiane et complète , elle consiste en un \ défaut d'articulation des parties horizontales des os maxillaires supérieurs et 1 palatins ; et lorsqu'en avant elle est latérale simple , ou latérale double , il y a j absence de soudure de l'épiphyse antérieure d'un seul ou des deux os maxil- | laires supérieurs , de cette épiphyse, enfin , distincte seulement dans les pre- : miers temps de la vie chez l'homme , mais qui dans les grands animaux se I réunit par une suture avec l'os maxillaire supérieur et constitue l'os que l'on j appelle incisif. i

Lorsque la division de la voûte palatine est médiane , le vomer reste libre I en bas et se trouve un peu enfoncé entre les os maxillaires supérieurs et pala- j tins séparés; quelquefois il leur est uni par la muqueuse olfactive : lorsque la division . au contraire , est latérale simple , le vomer reste uni en avant à l'os i maxillaire intact; si la division est latérale double, le vomer supporte en > avant le bouton médian de la voûte palatine formé par les deux os incisifs, et 1 cette pièce , qui n'est plus maintenue latéralement , tend toujours à se porter en i avant dans l'espace laissé par les bords de la solution de continuité labiale ; la , voûte palatine , alors , offre en avant une fente pour chaque fosse nasale ; enfin, j dans les cas plus rares , et que nous avons observés quelquefois , où l'on voit , manquer toute la voûte palatine, la bouche et les fosses nasales ne forment i plus qu'un vaste sinus , au milieu duquel on n'aperçoit aucune cloison , car ni "i le vomer ni la lame perpendiculaire de l'ethmoiJe ne se sont développés; la ^ lame criblée de l'elhmoïde manque également. Dans quelques cas , eu outre, comme il nous a été donné de le voir une fois, le nerï alfa ciif, et le filet naso- ^ palatin du ganglion de Meckel sont absens , et le cerveau lui-même , singulière- , ment défectueux , présente une surface plus globuleuse que de coutume, tan- j dis que ses deux lobes sont supérieurement confondus en un seul. .

Nous ne disons rien ici de l'état dans lequel se présente le voile du palais . dans les cas de bec de lièvre complique de la solution de cette partie ; ce vicp ^

BEC DE LIÈVRE

BEC DE LIÈVRE

ie conformation fera, en effet, l'objet d'un article à part. {Foyez Sta-

HTLORAPHIE. )

Le bec de lièvre accidentel est toujours la suite de plaies ou d'ulcérations es lèvres dont les bords se sont cicatrisés isolément ; le bec de lièvre congéial,au contraire, paraît dépendre d'un trouble apporté dans la formation es lèvres, trouble ou dérangement tel , que ces parties conservent leur type udimentaire pendant un temps plus long que de coutume. Mais quelles sont es causes de cette perturbation du développement des lèvres ? c'est ce qu'il 3t fort difficile de dire dans l'état actuel de la science , bien que ce soit un iointsur lequel il est au moins fort curieux de porter son attention. Nous ne jappellerous point à cet égard l'opinion des anciens médecins , toucbant l'in- Juence de l'imagination de la mère , frappée pendant sa grossesse par la vue fan enfant affecté du bec de lièvre , ou par celle d'un lapin ou de tout autre Inimal de la famille des rongeurs, chez lesquels la solution de continuité de la èvre supérieure est chose de régulière conformation; opinion trop négligée leut être, et tombée aujourd'hui dans le domaine des croyances vulgaires ; lous nous contenterons de faire remarquer que la difformité qui nous occupe oincide , dans les cas très-compliqués , ainsi que nous l'avons vu , avec une mperfection remarquable du système nerveux; soit que, suivant l'opinion de îéclard , cette imperfection puisse être considérée comme le principe du vice |ie la lèvre et du palais ,soit qu'au contraire , on l'en regarde comme une consé. [uence, ce qui nous parait plus probable : au reste, si nous admettions la pre- Wère hypothèse , il est évident que nous ne ferions que reculer la difficulté , f.u la reportant plus loin, sur le système nerveux. Dans l'impuissance où nous ommes placés de trouver la cause réelle du bec de lièvre congénial, il faut ■len nous borner à étudier sa nature, et à rechercher comment, cette cause ■tant donnée , il parvient lui-même à s'établir. Or, c'est sur ce point que se sont ixercés les anatomistes, Meckel surtout ; et tous ils ont démontré que ce vice le conformation consiste réellement en un arrétde développement de la lèvre ; in mot sur le développement normal de cette partie fera concevoir de suite ;ette proposition.

Tous les auteurs, depuis Blumenbach . ont répété que la lèvre supérieure se orme par trois points distincts , un méJian , et deux latéraux, points dont la éunion se ferait au niveau des deux petits raphés, qui limitent à droite et h auche la dépression iow-/ia5a^e. Voil'a , en effet, ce que semble indiquer la onsidération de celte lèvre , même chez l'homme adulte ; toutefois il n'en est loint réellement ainsi , et nous croyons le premier ( ^«nt. top.) avoir établi ine doctrine différente , dont l'observation nous démontre tous les jours la ustesse; doctrine que notre collègue et ami le docteur Sanson a rapportée, ans doute par inattention , à M. Meckel.

La lèvre supérieure et le voile du palais se moulent dans leur développenent sur la portion de la voûte palatine à laquelle ils touchent immédiatenent ; toute celte partie des parois de la bouche se forme de pièces distinctencnt placées sur les côlés de la ligne médiane , et dont la plupart, parleur ■éunion, concourent à un raphé médian; deu.x pièces constituent primitivenent la moitié postérieure , c'est-à-dire le voile du, palais et la partie attenante le la voûte palatine ; quatre , au contraire , appartiennent à la partie antérieure lu palais et à la lèvre supérieure , à la lèvre les deux points centraux se réulissent de très-bonne heure, de manière à constituer un noyau qui tlevicnt mpair , bien que formé dans le principe de deux moitiés symétriquement dis- )osces ; c'est cette réunion prompte qui a ici abusé Blumenbach, Meckel , Bé- •lard , etc. , et leur a fait croire que la lèvre supérieure était seulement trijide ]aus l'origine ; c'est cette circonstance encore qui fait que le raphé médian de x'ite lèvre est si peu apparent, et à peine indiqué par une petite saillie du )ord libre de la lèvre. Cette évolution par quatre points est patente, au reste , ,iur la partie voisine de la voûte palatine de laquelle procède la lèvre supéieure ; le squelette de cette voûte reste long-temps formé des épiphyses anaogues des os incisifs , et des os maxillaires supérieurs proprement dits ; dans es animaux, la séparation médiane primitive de la lèvre supérieure est plus ipparenteque chez l'homme ; dans quelques-uns même, les rongeurs et quellues espèces du genre chien , cette disposition persiste pendant toute la vie à 'état régulier. La lèvre inférieure se forme seulement par deux pièces, dont a réunion constitue le raphé ; au reste , en cela cette lèvre se comporte comme a partie antérieure de l'os maxillaire qui la soutient.

Quoi maintenant de plus facile à concevoir que le développement du bec de lèvre ? qui pourrait voir dans ce vice de conformation autre chose qu'un déveoppement arrêté des lèvres ? Il est toujours médian à la lèvre inférieure , parce jue la ûssurc primitive de cette lèvre est médiane; à la lèvre supérieure, au :ontraire , le bec de lièvre médian est rare , parce que la fissure centrale de :etle lèvre disparait très promptemeiit. Toutefois, on conçoit la possibilité l'une bifidité médiane de la lèvre supérieure , en supposant que la cause perturbatrice ait exercé son action sur elle à une époque très-rapprochée de celle le sa formation ; le fait rapporté par Moscati , et un autre que nous avons cité iilleurs , ne laissent d'ailleurs aucun doute à cet égard ; néanmoins, à la lèvre supérieure, le bec de lièvre est le plus souvent latéral, simple eu double, parce [jue les fissures latérales que présente cette lèvre , se comblent plus tard que la première , et laissent consequemment plus de prise à l'action de la cause déterminante ; lorsque le bec de lièvre est simple , ii existe plus fréquemmentà jauche ; sans doute parce que la fissure labiale de ce côté disparait un peu plus tard que l'autre, par suite de la vitalité moindre de toutes les parties gauiches du corps. Quant à l'état varié dans lequel se présente la fissure de la voûte palatine , il est bien plus clairement encore que celui de la lèvre , la reproduction de l'état rudimentaire de cette voûte ; ainsi quand la séparation est mér

DlGT. DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE PRATIQUES.

diane , elle consiste en une absence de réunion des os maxillaire» supérieurs; lorsque la séparation est latérale , elle a lieu au point où se seraient reuuis , dans l'état normal, les os incisifs et maxillaires supérieurs. Dans cette circonstance , les os incisifs , si peu apparens dans l'homme , que leur existence y a été révoquée en doute , sont aussi distincts , plus distincts même que dans les animaux , chez lesquels une suture les réunit à l'os maxillaire correspondant. La fissure de la partie antérieure de la voûte palatine entraîne nécessairement celle de la lèvre, mais l'inverse n'a point lieu ; ce qui dépend de la manière dont procède le développement de ces parties ; en effet, les points rudimenlaires du palais sont déjà réunis à une époque où ceux de la lèvre supérieure sont encore très-distincts; et ainsi il est impossible , d'une part, que la cause qui a agi sur le palais à une époque assez voisine de la conception pour empêcher la réunion de ses parties principales, n'ait pas surpris la lèvre supérieure dans des conditions favorables au dcvelopjiemeut du bec de lièvre ; et , d'autre part , si la cause a exercé son action plus tard , elle a pu être impuissante pour produire une bifidité sur la voûte palatine déjà réunie, et cependant agir, sous ce rapport, sur la lèvre supérieure , plus tardive dans sa formation.

Une foule de causes après l'époque de la naissance s'opposent à l'oblitération de la fissure plus ou moins compliquée qui constitue le bec de lièvre : le passage de l'air ou des alimens, les mouvemens de déduction des bords, delà solution de continuité , mais surtout l'organisation , sur ces bords d'une membrane muqueuse revêtue d'un véritable épiderme : aussi jamais ii'arrive-t il que l'on observe une tendance à l'oblitération de la fente anormale qui appartient à la lèvre. Il en est autrement pour la voûte palatine, dont la fissure ne saurait être agrandie par l'action musculaire ; aussi long temps que dure l'accroissement des os, il existe une tendance marquée, sinon à son oblitération complète , au moins à une diminution réelle , diminution qui , une fois produite, met plus de chances en faveur de l'opération faite sur la lèvre ; toutefois, comme nous le dirons plus bas , ce rétrécissement de la voûte palatine produit par l'âge, ne serait pas une raison pour engager à différer trop long-temps l'emploi de l'opération , seul moyen capable de guérir la difformité; car on sait parfaitement qu'après la réunion de la lèvre, la solution de la voûte palatine, lorsqu'elle existe, éprouve par ce seul fait une plus grande tendance au rétrécissement , et que celui-ci peut dès lors être porté jusqu'à un point tel, qu'il en résulte une véritable oblitération, comme Sharp l'a plusieurs fois observé. ^

Le bec de lièvre constitue une difformité d'autant plus prononcée, qu'il est porté à un degré plus avancé; et non-seulement, comme nous l'avons dit , il donne à la bouche une expression toute particulière , hideuse même, lorsque la fente labiale est double , et que les os inter-ma.xillaires et les dents incisives font en avant une saillie considérable; mais, en outre, le nez est d'autant plus surbaissé que la fente de la lèvre est plus prononcée et que les os sont plus écartés. Dans ce dernier cas, les narines offrent un écrasement tel , que le lobe du nez, dirigé en arrière, semble rentrer à l'intérieur. La difformité qu'eutraîne le bec de lièvre augmente encore pendant le rire et la prononciation, en raison de la traction plus forte en dehors des bords de la solution labiale. Dans les becs de lièvre compliqués de division de la voûte palatine, la voix est sourde et nasonuée ; la prononciation est difficile , et pour cette raison les enfans apprennent beaucoup plus tard à parler; lorsque la fente palatine est trcs-lai-ge , la déglutition est très-pénible ; les alimens solides, pressés parla langue, passent dans les fosses nasales, se portent soas les cornets, dans les diverses anfractiiosités olfactives, et déterminent une gène considérable et des éternuemcns incommodes. Heureux les eiifans , dans ce cas , lorsque la succion du mamelon et par suite la nutrition ne sont pas rendues tout à fait impossibles ! Quant au bec de lièvre compliqué d'absence de toute la voûte palatine , du vomer et du corps de l'ethmoitle, il est toujours accompagné d'une telle imperfection du système cérébral, qu'il est incompatible avec la vie; aussi le voit-on souvent coïncider avec plusieurs autres vices de conformation plus ou moins graves ; il est commun , par exemple , chez les anencéphales.

C'est seulement à l'aide d'une opération que l'on peut faire disparaître le bec de lièvre.

Les chirurgiens ne sont point tous d'accord sur l'âge auquel il convient d'opérer le bec de lièvre. Garangeot et Diouis conseillent d'attendre que les enfans aient atteint leur quatrième ou leur cinquième année , afin que la réunion ne soit point contrariée par les cris et les mouvemens désordonnés , et aussi de peur de voir survenir ces convulsions qui- sont si comuiunes et si graves dans les premières années de la vie. Ledran, Bull, Muys, Roonhuisen avaient adopté une conduite toute différente : le premier a opéré des enfans encore à la mamelle ; Bell guérit par l'opération un enfant de trois mois; Muys était d'avis de ne pas attendre plus de six mois après la naissance , et Roonhuisen opérait à l'âge de di.x semaines. Comme on le voit, chaque opinion compte pour elle des autorités et des succès ; toutefois , voici ce que l'on peut établir de positif relativement à ce point de médecine opératoire : 1° il est des cas dans lesquels il faut opérer immédiatement après la naissance ; par exemple , lorsque le bec de lièvre apporte un obstacle invincible à la succion du mamelon, et par suite à l'alimentation ; 1° il convient d'opérer de bonne heure les enfans qui ont des becs de lièvre qui, sans être aussi gènans que les précédens, sont cependant compliqués de divisions de la voûte palatine ; delà sorte on met, comme nous l'avons déjà dit, plus de chances en faveur de l'oblitération de la fissure du palais ; 3° dans les cas de becs de lièvre simples, on peut sans inconvénient attendre pour faire l'opération jusqu'à l'âge de cinq ou si.x ans; mais un retard plus grand aurait le désavantage de donner lieu à une cicatrice dont les traces persisteraient plus long temps. Au reste, c'est une erreur de croire que les enfans de quatre ou cinq ans se prêtent moinsfacilement à l'opération que ceux

BEC DE LIEVRE

BEC DE LIEVRE

d'un âge plus avancé ; il y a sous ce rapport , au contraire, une différence qwi nous a le plus souvent paru être à l'avantage des premiers.

Il est peu nécessaire d'employer , pour préparer à l'opération , les diverses précautions conseillées par plusieurs chirurgiens ; aussi les emplâtres, les bandelettes agglutinatives , les bandages et les autres moyens propres à habituer les bords de la plaie au rapprochement qu'ils doivent subir, sont-ils complètement et justement négligés ; on ne tient pas non plus un grand compte aujourd'hui de la pratique indiquée par Roonhuisen, pratique qui consiste à empêcher les enfants de dormir pendant quelques jours, ou bien à leur administrer des narcotiques, pour qu'ils se trouvent forcés de se livrer à un long sommeil après l'opération.

L'opération du bec de lièvre se compose réellement de deux temps, sur l'exécution desquels les chirurgiens ont varié h l'infini : Va^wernent des bords de la solution de continuité, et la i-éuiiion de ces bords avwés.

L'avivement des bords d'une solution de continuité ancienne, et celui des bords du bec de lièvre en particulier, peut être fait de deux manières : 1" en déterminant l'ulcération superficielle de la membrane tégumentaire des parties séparées , 2» en pratiquant la rescision de ces parties , de telle sorte qu'elles se correspondent par une surface vive , saignante , et en tout semblable à celle d'une plaie récente.

Divers moyens ont été proposés pour ulcérer superficiellement les bords du bec de lièvre ; les chirurgiens arabes , Abulkasis en particulier, employaient la cautérisation avec le fer i-ougi au feu ; Thevenin se servait du beurre d'antimoine, et , suivant quelques personnes, d'emplâtres épispasliques (Fabrice d'Aquapendente scarifiait les bords, et 3^ répandait du bol d'Arménie, de l'encens et de l'alocs. Sans doute on a pu , et l'on peut encore , par le procédé de l'ulcération , mettre les bords d'un bec de lièvre dans des conditions propres à leur réunion ; mais aujourd'hui cette pratique doit être entièrement abandonnée; elle est, en effet, entachée de plusieurs vices essentiels : 1° elle laisse subsister la forme ronde des bords de l'ouverture, d'où il suit qu'ils ne peuvent se réunir sans laisser en avant et en arrière de la lèvre une rigole plus ou moins profonde, objet d'une ineffaçable difformité; 2° elle ne permet la réunion que par seconde intention, réunion qui ne s'établit que par un travail long, qui laisse prise pendant long-temps aux causes de dérangement des bôrtls du bec de lièvre, et nuit à la régularité de la cicatrice.

La rescision des bords du bec de lièvre n'est point sujette aux inconvéniens que nous venons de signaler; aussi est-elle généralement préférée. On liouve dans l'histoire de la chirurgie des Arabes des traces de cette rescision qu'ils employaient quelquefois, mais à laquelle ils préféraient pourtant la cautérisation, comme déjà nous l'avons dit; leur ignorance , leur timidité extrême dans r usage des instrumens tranchans , surtout la crainte d'une hémorrhagie , à laquelle ils n'auraient su remédier que d'une manière vicieuse, et dont ils redoutaient les suites , leur faisaient cette loi. On ne sait pas positivement de quelle manière on opérait alors la rescision des bords du bec de lièvre ; il paraît cependant probable que l'on employait le bistnuri. Ce fut plus tard seulement que les ciseaux furent proposés par Durand Scultet. Aujourd'hui encore , le bistouri et les ciseaux se partagent Ihonneur de la rescision du bec de lièvre; mais les derniers cependant nous paraissent plus généralement préférables ; ce sont ceux que nous employons dans la circonstance. Vainement Louis a-t-il objecté contre l'usage des ciseaux l'action par pression de ces instrumens , les douleurs qui doivent résulter de la section qu'ils produisent, et la forme de la plaie, forme telle, que sa surface résulterait de deux plans réunis angulairement vers le milieu des bords du bec de lièvre, et dirigés en sens inverse. Tous ces inconvéniens, bien moins réels qu'ils semblent au premier abord , sont peu de chose en comparaison des avantages qui résultent de la rapidité opératoire, et de la rare précision que permettent les ciseaux ; au reste on rend complètement nuls ces inconvéniens lorsque l'on emploie des ciseaux bien construits, ceux de M. Dubois, par exemple, dont les branches sont longues, et les lames bien tranchantes et bien évidées.

Les anciens chirurgiens employaient pour fixer la lèvre pendant la rescision , et aussi pour empêcher l'hémorrhagie et la douleur, des pinces en bois appelées depuis morailles, et dont la construction a beaucoup varié ; l'idée première paraît en appartenir à Fabrice d'Aquapendente. Celles qu'employait Marc-Aurèle Séverin étaient propres surtout à faciliter l'action du bistouri ; elles étaient disposées de façon que l'un des deux mors , celui qui devait être placé en dedans de la lèvre, était plus large que l'autre, de manière à le déborder, et à fournir un point d'appui 'a l'instrument tranchant pendant son action d'avant en arrière. Ganngeot blâmait fortement l'idée de ces pinces . dont la pression est douloureuse et sujette à d'autres inconvéniens; Louis , Heister, et tous les chirurgiens depuis , ont adopté les opinions de Garangeot, et les pinces ne sont presque plus employées de nos jours. En effet, pour la lèvre, les doigts seuls suffisent, quand on se sert des ciseaux; tandis que l'on pince cette partie appliquée sur une lame de bois ou de carton interposée entre elle et la gencive , lorsque l'on emploie le bistouri. Il est nécessaire aussi , pour faciliter la section des bords du bec de lièvre, et pour les mettre dans des conditions plus propres au rapprochement, de détacher la lèvre de l'arcade dentaire correspondante , en coupant transversalement son frein , comme Fabrice d'Aquapendente et Durand Scacchi l'ont conseillé et pratiqué.

La réunion des bords avivés du bec de lièvre est un des points les plus importans de l'opération , et l'un de ceux sur lesquels il a régné le plus de dissidence entre les chirurgiens aux diverses époques de la science. Les Arabes faisaient la suture des lèvres de la plaie; mais quelle suture ? on l'ignore. Quelquefois seulement ils pratiquaient celle que l'on a appelée empluinée ; Ambroise Paré

est rinventeur de la suture entortillée ; il se servait pour la pratiquer d'aisuill d'acier anguleuses, garnies d'un chas , dont on ne conçoit pas trop ici la né'cer' silé, et autour desquelles il contournait des fils cirés en manière de 8 dê^ chiflre. Fabrice d'Aquapendente modifia les aiguilles de Paré en les rendanl' flexibles à leur extrémité , afin de pouvoir les coui ber, et les empêcher ainsi de ' léser la joue. Pierre Franco rejeta les aiguilles et se borna à l'emploi de la i suture sèche , faite avec des bandelettes agglutinatives; J.-L. Petit chaneeï' tout à fait la forme des aiguilles ; il les fit construire en argent ou en or et ' leur donna, précaution inutile , une tête renflée aux deux extrémités , de p'eup' qu'elles ne pussent s'échapper; il introduisait ces aiguilles à l'aide d'une lardoire ' garnie à une extrémité d'une pointe à double tranchant , et présentant de l'autre ^ une fente dans laquelle il engageait le petit instrument. Sharp se servait d"ai-i ' guilles d'argent à pointes d'acier;. Georges Heuermann substitua la suture entre- < coupée à la suture entortillée; Pibrac ensuite revint à l'opinion de Franco ^ que partagea |)lus tard Antoine Loui?; il rejeta la suture, et proclama les'j avantages d'un bandage unissant simple , bandage que Louis modifia avantagea- ! sèment, comme nous le dirons plus loin, et qu'il employa exclusivement J Suivant Louis , en effet , on n'a employé la suture que d'après l'opinion erronée ; que le bec de lièvre consiste essentiellement en une perte de substance de la i lèvre. Toutefois , nous ferons remarquer que la suture, et surtout la suture ij entortillée qui doit ici être préférée, présente le remarquable avantage de per-! mettre le plus exact rapprochement des bords de la plaie, d'arrêter complète- \ ment l'hémorrhagie qui résulte de la section des artères labiales , et de s'opposer i d'une manière invincible à la séparation des parties rapprochées ; aussi , malgré) l'autorité de Louis, celle de Pibiac , celle plus ancienne de Franco, l'usage de i la suture a prévalu dans le traitement du bec de lièvre , et chaque jour on »1 l'occasion d'en constater les excellons effets. Au reste , Louis lui-même , malgré i sa répugnance pour la suture du bec de lièvre, se fiait si peu à l'eflicacité de 1 son bandage unissant, qu'il pratiquait presque toujours un point de suture à la I partie inférieure de la solution de continuité. Les assertions de Louis furentj vivement combattues par Valentin , qui proposa également un instrument par-! ticulier, auquel on a donné le nom d'o^ï-a/é ; c'est une sorte de pince à branches ! parallèles , garnies de linge, et qu'il croyait très-propre à opérer le rapproche-Jj ment des bords de la plaie; cet instrument, vanté par Sabatier, nous paraiti justement abandonné. Enfin plusieurs chirurgiens, tels que Caqué , Desault,, et le professeur Chaussier, ont imaginé comme Louis, des appareils plus oa^■ moins compliqués , qui peuvent efficacement concourir avec la suture au rap-i| prochement des bords du bec de lièvre , mais qui sont tous infidèles quand on | les emploie seuls. On en trouvera la description détaillée dans tous les traités , de bandages ; qu'il nous suffise ici de dire , que tous prennent un point d'appui.j sur la nuque , et refoulent eu avant la jouevers la lèvre sur laquelle l'opération ! a été pratiquée. ( '

Ces travaux entrepris dès long-temps sur le point de médecine opératoire) qui nous occupe , ont amené des résultats de plus en plus parfaits, et ont con- ' couru plus ou moins les unes et les autres à constituer l'état actuel de l'art j sous ce rapport. En effet , le mode opératoire adopté maintenant par les chi- 1 rurgiens instruits ne saurait être rapporté à un seul homme ; il résume à lui t seul les idées de plusieurs : ainsi , en citant seulement l'opération qui a trait au j bec de lièvre simple , pour l'avivement , on emploie les ciseaux , suivant les con- j seils anciens de Scacchi et Scultet ; pour la réunion on se sert de la suture en- ' tortillée d'Ambroise Paré, suture toutefois pour laquelle ona adopté lesaiguilles; 1 de Sharp ; puis enfin on termine en refoulant les joues en avant , à l'aide d* bandage unissant de Louis et de Desault , auquel on ajoute quelquefois les ban- ' delettes agglutinatives de Franco. Voici au reste de quelle manière on procède '; à cette opération , d'abord dans le bec de lièvre simple, ensuite dans celui qui'j offre quelques complications. S l» Opération du bec de liètre simple. — Un bistouri ordinaire , des ciseaux ' un peu forts , une pince à disséquer, ou un tenaculum de Bromfield ; des aiguilles • longues d'un pouce et demi , aplaties en fer de lance à une extrémité , tranchantes \ sur les bords et pointues du même coté, arrondies et sans tête du côté opposé, ' aiguilles d'argent, d'or ou de platine, et terminées par un bout d'acier; deux j fils cirés formés par la réunion, à l'aide de la cire, de trois ou quatre brins , j fils offrant , l'un une longueur de trois pieds , l'autre un peu plus court ; deux j petites compresses pour placer sous les extrémités des aiguilles; deux cornpresses graduées un peu fortes et carrées ; une compresse longuette assez < étendue pour aller facilement du sommet de la tête vers le moignon de l'épaule j de chaque côté ; une bande longue de trois aunes, large d'un travers de doigt ; et demi, et roulée à deux globes; une autre compresse taillée en fronde ; tels ' sont les instrumens et les pièces d'appareil nécessaires pour l'opération. Il faut J être assisté de deux aides, l'un qui devra fixer le malade, l'autre auquel sera i confié le soin de présenter au chirurgien les choses nécessaires à l'opération'; et au pansement.

Tout étant disposé comme il vient d'être'dit, le malade sera placé en face^ d'une croisée bien éclairée, assis sur une chaise, s'il est un peu grand, et sur \ les genoux d'un aide si c'est un enfant. L'aide, placé derrière le malade dans i tous les cas, retiendra la tête de celui-ci contre sa poitrine, en plaçant ses'! deux mains sur les joues, au-devant de la partie inférieure du masseter, vers ; le point où l'os maxillaire inférieur est croisé dans sa direction par l'artère ; faciale, et se tiendra prêt à comprimer ce vaisseau; les mains du patient de- i vront être retenues par des personnes placées à ses côtés ; ou bien on les enve- j loppera dans le drap ou l'alèze placée autour de lui pour le protéger contre le ■ sang qui doit s'écouler pendant l'opération. Cependant le chirurgien, placé eu face, retourne la lèvre de la main gauche, de manière à mettre à découvert le ;

BEC DE LIEVRE

BEC DE LIEVRE

repli muqueux qui la fixe au rebord alvéolaire , et d'un coup de bistouri il i divise ce repli transversalement; alors il saisit le bord droit de la solution de continuité entre le pouce et l'index gauche ; sur ce point il porte ses ciseaux , applique l'une de leurs branches eu arrière , l'autre en avant de la lèvre , et après avoir disposé leur tranchant perpendiculaireuient à la surface de celte partie, d'un seul coup il pratique une incision qui doit remonter un peu audessus de l'angle supérieur de la solution de continuité, et en comprendre tout le bord rouge et arrondi ; ensuite il pince à son tour la partie inférieure du bord gauche du bec de lièvre , il le tend en l'attirant en bas , et avec les ciseaux tenus et disposés comme précédemment , il pratique une seconde incision qui doit entamer ce bord du bec de lièvre au même degré que l'autre , et se réunir d'une manière anguleuse avec la première. Souvent les deux languettes séparées par les ciseaux tiennent encore un peu en haut , et il convient d'achever leur ise'paration avec le bistouri.

Cette première partie de l'opération terminée , et l'héraorihagie arrêtée par la compression que l'on fait exercer sur les artères faciales, ou plus immédiatement sur les artères labiales dans l'épaisseur même de la lèvre , on doit procéder ainsi au pansement : on saisit le bord gauche de la solution de continuité , et on l'attire en bas et en dedans ; une des aiguilles est tenue de la main droite , I entre le pouce et le doigt médius, l'index appuyant sur son extrémité mousse ; on en porte la pointe près du bord de la lèvre , sur le lieu où la peau et la muqueuse se réunissent et se confondent , et à deux lignes environ de la surface saignante ; on l'enfonce par un ^mouvement dirigé obliquement de dehors en dedans , d'avant en arrière , de bas en haut , et de telle façon que l'instrument chemine dans l'épaisseur de la lèvre , à l'union de ses trois quarts antérieurs avec son quart postérieur ; dès que la pointe de l'aiguille a paru sur la surface de la plaie, on abandonne ce côté de la lèvre, pour saisir l'autre de la même manière , et pour le rapprocher du précédent afin de jugerla hauteur à laquelle la pointe de l'aiguille doit y commencer son trajet; ensuite cet instrument est enfoncé de ce côté , et conduit de 'dedans en dehors , d'arrière en avant et de ]\aut en bas, jusqu'à ce qu'il vienne sortir sur un point analogue à celui au niveau duquel il a été enfoncé de l'autre côté; on prend ensuite le fil de moyenne longueur qui a été placé parmi les pièces d'appareil , comme nous l'avons dit; on le jette en anse autour de cette aiguille, et l'on donne ses deux extrémités h tenir en bas à un aide. Ce fil sert non-seulement à empêcher les bords de la plaie de s'écarter, ou même d'abandonner l'aiguille; mais il offre encore l'avantage de maintenir la lèvre solidement fixée , et de faciliter l'application nécessaire des autres aiguilles. On place en général trois aiguilles ; quelquefois cependant on en met quatre , ou seulement deux, suivant que la plaie est plus ou moins étendue en longueur. Au reste , le placement des seconde , [ troisième ou quatrième aiguilles est fort simple : l'instrument est enfoncé transversalement à travers l'une et l'autre lèvres de la plaie , et à une distance de celle-ci semblable à celle que nous avons indiquée; pouraider au placement de ces aiguilles il estfort avantageux de glisser l'index de la main gauche derrière la lèvre. La première aiguille seule doit être conduite de bas en haut en, commençant, puis ensuite de haut en bas ; pour elle cette précaution est nécessaire, non pas comme la plupart des auteurs le répètent à l'envi, pour former vers la partie inférieure de la cicatrice un petit renflement qui simule le renflement médian du bord libre de la lèvre , car le bec de lièvre étant le plus souvent latéral , le renflement que l'on produirait ainsi occuperait une position telle qu'il ne pourrait en rien simuler la disposition normale , et serait un objet de difformité, mais afin d'empêcher qu'il reste une échancrure sur le bord libre de la lèvre après l'opération. L'omission du précepte que nous avons posé pour le placement delà première aiguille ne manque jamais d'amener cette échancrure.

Pour achever la suture, le chirurgien fait tirer doucement en bas l'anse de fil jetée depuis long-temps sur la première aiguille; il s'empare du long fil qui a été préparé , en place le milieu au-dessus de l'aiguille inférieure, il en forme une anse , le ramène au-dessous de l'aiguille, le croise en 8 de chiffre au-devant de la plaie , et le passe trois ou quatre fois autour de cette aiguille , le croisant de la même manière , et serrant légèrement afin d'appliquer exactement les lèvres de la plaie l'une contre l'autre ; ensuite il remonte vers la seconde aiguille , en faisant un croisé dans l'espace qui la sépare de la première, il passe le fil derrière elle, et revient en avant faire un croisé semblable au premier en serrant de la même manière ; après avoir répété ces tours trois ou quatre fois , l'opérateur monte le Si vers la troisième et même vers la quatrième aiguille, s'il y en a quatre, et se conduit en tout comme il vient d'être dit pour la seconde; on doit ensuite descendre vers l'aiguille moyenne, et là arrêter les extrémités du fil par une rosette. Le nombre des croisés que l'on doit faire avec le fil doit être tel, que toute la face antérieure de la plaie s'en Uouve entièrement cachée.

On place de petits linges fins sous les extrémités des aiguilles , et l'on termine en faisant le bandage unissant de Petit ou de Desault, et en appliquant une mentonnière.

Après l'opération le malade doit garder le repos et le silence le plus absolu, jusqu'après la levée du premier appareil ; il s'abstiendra do tous les alimens solides ; une tisane rafraîchissante , et quelques légers bouillons que l'on donnera à l'aide d'un biberon , telles sont les seules substances qui seront portées dans l'estomac. Des pédiluves chauds ou sinapisés sont quelquefois nécessaires lorsqu'il survient de la céphalalgie , et que le malade est menacé de congestion cérébrale ou de convulsions.

2» Opération du bec de lièvre compliqué. — Mais l'opération du bec de lièvre , dans quelques cas , est plus compliquée et plus diflicile que nous ne l'avons d'abord supposé ; ce qui arrive lorsque la bifidité de la lèvre offre quelques-

unes des complications que nous avons signalées plus haut. Examinons maintenant ces cas , qui sont heureusement les plus rares.

A. Bec de lièvre double. — Si le petit bouton qui sépare les deux solutions de continuité est très-petit et rétracté vers les narines , il faut aviver les deux bords principaux du bec de lièvre, comme il a été dit pour le bec de lièvre simple ; mais il convient d'avoir soin de réunir obliquement les deux incisions au-dessus de ce petit bouton , afin de l'emporter; alors le reste de l'opération s'achève comme dans les cas les plus simples. Que si, au contraire , le bouton médian de la lèvre offre une longueur plus grande, s'il est large et extensible , il doit être ménagé ; alors on avive successivement , et le même jour , les deux côtés et les bords opposés des deux fentes , puis on place les aiguilles avec la précaution de les faire passer à travers la partie médiane de la lèvre ; si le mamelon descend jusqu'au bord libre de la lèvre , sa résection ne présente rien de spécial ; mais si , au contraire , il est trop court pour arriver jusqu'à ce point, il faut , en l'avivant, lui donner la forme d'un triangle à base supérieure et à sommet inférieur, de telle façon qu'après la réunion de la plaie, le sommet de cette partie se cache dans l'intervalle des deux bords principaux du bec de lièvre, et que I on obtienne une cicatrice qui ait la forme d'un V ouvert en haut : dans ce cas encore il importe de traverser le sommet du bouton avec la première aiguille. On doit tout à fait rejeter la pratique conseillée par quelques chirurgiens, et qui consisterait à opérer en deux fois le bec de lièvre double; on évite par là au malade une double opération, et on lui procure une cicatrisation plus parfaite,

B. Bec de lièvre compliqué de la bijîdilè du lobe du nez , ou de l'une des ailes de cette partie. — Les complications de ce genre sont plus rares , et ne modifient en rien l'opération pour ce qui concerne la lèvre ; il s'élève seulement ici cette question : convient-il d'opérer en même temps la lèvre et le nez ? Nous nous déciderions pour l'affirmative dans l'occasion; et après avoir avivé très-superficiellemeut , avec les ciseaux , les bords de la solution de continuité nasale, nous en pratiquerions la synthèse à l'aide dé quelques points de suture entrecoupée.

C. Bec de lièvre compliqué de séparation de la voûte palatine. — Cette circonstance , lorsqu'elle vient seule s'ajouter à la bifidité de la lèvre supérieure , prescrit de hâter l'opération , comme nous l'avons déjà dit, mais elle ne change en rien la conduite de l'opérateur relativement à la lèvre. La solution de la voûte palatine ne réclame elle-même aucun traitement chirurgical ; c'est de la nature seule que le médecin prudent doit attendre la guérison de cette difformité. Les moyens divers proposés pour pousser l'un vers l'autre les os maxillaires séparés , sont peu rationnels , parce qu'ils ne pourraient être efficaces que par une action ou très-forte , ou très-prolongée , conditions également propres à amener des accidens fâcheux.

D. Bec de lièvre compliqué de bifidité de la voûte palatine et du voile du palais. — Dans les becs de lièvre de ce genre , il existe un écartement trèsgrand des bords de la lèvre, et le rapprochement par l'opération en est plus pénible; partant les bandelettes agglutinatives et le bandage unissant, employés comme auxiliaires de la suture , sont d'une nécessité plus impérieuse. M. Roux donne le conseil , dans les cas qui nous occupent, de ne réunir la lèvre supérieure qu'après avoir pratiqué la slapliyloraphie : sans doute la manœuvre de cette dernière opération est rendue plus aisée par l'écartement de la voûte du palais ; mais nous ne devons pas perdre de vue ce fait important , signalé également par M. Roux, que la staphyloraphie ne réussit presque jamais lorsque la voûte palatine est largement divisée ; et comme il n'en est pas de même pour l'opération du bec de lièvre, nous croyons qu'il faut commencer par elle, et surtout la faire de très-bonne heure , afin de favoriser le rapprochement, sinon l'oblitération entière , de la voûte palatine , ce qui mettrait bien plus de chances en faveur de la staphyloraphie pratiquée plus tard. ( Voyez plus loin l'article Staphyloraphie. )

E. Bec ae lièvre compliqué d'une saillie des dents correspondantes. — Il faut arracher les dents si elles sont fortement portées en avant , et pour le reste se conduire comme dans les cas les plus simples.

F. Bec de lièvre compliqué de saillie des os. — Cette variété réclame un traitement tout particulier. Il est des cas dans lesquels la saillie osseuse est formée parles os intermaxillaires séparés des maxillaires supérieurs, et tenant seulement à la cloison des fosses nasales; alors il convient, suivant le précepte donné par Desault, d'exercer une compression long-temps soutenue sur ces parties ; ce grand maître a pu de la sorte refouler ces os en arrière d'une manière suffisante. Dans les cas où les os ne peuvent céder, il faut emporter leur partie saillante avec des tenailles incisives. Daniel Ludovici a conseillé cet expédient , qui depuis lui a été souvent employé avec succès.

G. Bec de lièvre compliqué de l'absence de toute la voûte palatine. — Dans cette variété, comme nous l'avons déjà fait remarquer, l'enfant apporte on naissant d'autres imperfections plus graves que celles de la bouche, et il meurt promptement. Si toutefois un individu ainsi conformé avait pu respirer et vivre, il faudrait se hâter de faire l'opération sur la lèvre , afin de favoriser la formation en arrière de quelques substances osseuses ; mais comme la succion du mamelon est impossible dans cet état, il faudrait, à l'aide d'un long biberon , ou d'une sonde de gouime élastique, porter jusque dans le pharynx du petit malade , du lait ou d'autres substances nutritives.

L'appareil que l'on applique après l'opération du bec de lièvre doit être levé an bout de trois jours chez les en fans , et après quatre chez les adultes; on commence pour cela par extraire l'aiguille la plus éloignée du bord libre de la lèvre , puis ensuite successivement toutes les autres; on doit prendre la précaution d'enduire de cérat l'extrémité de ces petits instrumens , qui doit traverser

BÉCHIQUES.

BÉGAIEMENT

les cliairs ; il faut également , pendant l'extraction des aiguilles , appuyer légèrement sur la partie antérieure des fils , afin de ne pas trop ébranler la cicatrice et ne point s'exposer à la déchirer; on enlève ensuite le lil en le tiraillant de haut en bas , et dans le sens même de la plaie. Pendant tout ce temps, un aide placé derrière le malade fixe sa tête et contient ses joues poussées en avant ; ensuite il ne faut point encore abandonner les parties à elles-mêmes : la cicatrice, encore faiblement organisée, serait sollicitée en sens contraire par les muscles de la lèvre , et pourrait subir un alongement transversal qui serait une cause grave de difformité ; pour éviter cet inconvénient, api ès a voir appliqué quelques brins de charpie enduits de cérat surles trous enflammés et suppurans des aiguilles, on place par dessus une longue bandelette agglutinative , et le tout est assujetti à l'aide du bandage unissant qui avait été employé après l'opération.

De grands ménagemens sont encore néces.saires pendant un jour ou deux, et ensuite le malade est abandonné totalement à lui même. Quelquefois on n'enlève pas le même jour les aiguilles et le fil qui ont servi à la suture de la lèvre ; mais on laisse ce dernier jusqu'au lendemain , et l'on se conduit comme il a été dit dans le cas où l'appareil a été levé plus complètement.

Quelques accidens, heureusement fort rares, suivent parfois l'opération du bec de lièvre : certains petits malades sont pris de convulsions; d'autres fois il s'est manifesté une hémorrlîagie de l'artère labiale; les aiguilles, dans quelques cas, ulcèrent profondément la lèvre , ou déterminent une inflammation très-vive qui se propage vers la surface de la plaie, et empêche la réunion par première intention ; enfin , chez d'autres , la cicatrice s'est rompue le jour de la levée de l'appareil. Presque tous ces contre-temps fâcheux peuvent être conjurés par les soins apportés dans l'exécution de l'opération : l'hémorrbagie, l'ulcération et l'inflammation vive delà lèvre dépendent en particulier, la première , du peu de solidité de la réunion de la plaie, et les seconde et troisième , de la constriction trop forte du fil croisé autour des aiguilles. Sous ces rapports divers , il est un juste milieu dont on ne doit jamais dévier , et dont la pratique, mais seulement la pratique , indique le secret. Quant aux convulsions qui arrivent aux enfans dans le cas qui nous occupe, elles ne peuvent être ni prévues ni évitées d'une manière certaine ; c'est un accident que l'on doit toujours craindre , quelque opération qu'on leur pratique ; mais après l'opération du bec de lièvre , il n'olTre rien de spécial.

On a désigné souvent , sous le nom de bec de lièvre accidentel et récent , les plaies simples des lèvres. Dans ces cas , en elÎL't, le mode de réunion qu'on emploie ressemble tout à fait à celui que nous avons décrit pour l'opération du bec de lièvre véritable ; toutefois nous n'entrerons dans aucun détail à cet égard ( Voyez l'art. Lèvres, plaies de cette région.) Nous passerons également Sous silence ici tout ce qui a trait à l'opération que réclament certaines difformités acquises des lèvres , soit qu'elles résultent d'une plaie , ou d'une destruction de ces parties opérée de toute autre manière ; il en sera question également plus tard. ( Voyez l'article Cheiloplastie. ) (Fréd. Ph. Blandin. )

BECCABUNGA. Veronica beccahunga, Linn. Celte plante , dont on emploie principalement les feuilles , figure au nombre des antiscorbutiques. Les anciens même lui avaie.it attribué des propriétés assez importantes , puisqu'ils l'avaient placée parmi les cinq plantes composant ce qu'on nomme les espèces antiscorbiiliques , et qu'on doit supposer être choisies comme les plus actives de celles qui portent cette dénomination. Cependant le beccabunga n'a point d'activité remarquable, et l'on citerait un grand nombre de plantes qui pourraient lui être préférées , à cause de l'énergie et de la proportion de leurs principes constituans. Que présentent en effet ses feuilles? Une odeur faible , une saveur un peu âcrc , piquante et amère. On n'a pas été porté à faire une analyse bien délicate de cette plante , olans laquelle on n'a trouvé de prime abord qu'un peu d'huile volatile acre , de l'alburaine et du sulfate de chaux.

Que peut-on attendre d'un pareil médicament, sinon des effets à peine appréciables et incapables d'imprimer ultérieurement à l'économie aucune modification importante ? Aussi est-il généralement abandonné, et ne figure-t-il que dans les prescriptions où l'on veut rassembler un grand nombre de médicaraens. Le beccabunga est encore un des ingrédiens du sirop et du vin antiscorbutiques , dont il est peut-être l'élément le moins actif, et qui, d'ailleurs, commencent h faire place à des préparations plus en rapport avec l'état actuel des connaissances. Ou prépare un suc exprimé de feuilles de beccabiniga qu'on prescrit à la dose de deux à quatre onces ; mais rarement on l'administre seul, et le plus ordinairement il est mêlé aux sucs d'autres plantes pour former les sucs antiscorbntiques , dépuratifs , etc. On en préparait autrefois une eau distillée et un sirop tout h fait inusités maintenant , et un extrait qui devait être absolument inerte , si l'on se rappelle que les extraits se préparaient par cvaporation, opération dans laquelle l'huile volatile , la seule partie active du produit, devait nécessairement se dissiper. (F. Ratier. )

BECHIQUES , de Bi-*', toux ; dénominalion vicieuse ci'éée jadis, et depuis consacrée par l'usage , pour désigner les moyens propres à calmer la toux. Or, comme on le sait, ce phénomène morbide est loin de reconnaitie la même cause dans tous les cas, et par conséquent d'exiger constamment les mêmes remèdes. Aussi voit-on figurer au nombre des béchiques une foule de substances très-différentes par leurs propriétés , et par leur manière d'agir sur l'économie. Cependant , lorsqu'on les examine avec soin ; on voit que les médicamcns qui réunissent le plus de suffrages , à ce titre, sont tous pris dans la classe des narcotiques ( voyez ce mot). Les béchiques, d'après les théories dominantes , avaient été divisés en incisifs et en atténuans ; la même division s'appliquait aussi aux expectorans. { Voyez ce mot. )

Il est inutile de s'étendre davantage sur ces hypothèses , actuellement tombées dans l'oubli ; on doit seulement en tirer ce fait important, savoir , que de

tout temps , la toux a paru un phénomène morbide assez grave pour qu'on dût diriger contre lui des moyens spéciaux. Les anciens avaient bien observé que si la toux est généralement l'expression de la souffrance d'un organe, elle peut à son tour, par les secousses qu'elle occasione , aggraver l'affection existante et susciter même de nouveaux accidens. Cette observation pratique n'a pas vieilli , et l'on a tous les jours l'occasion de la vérifier; seulement l'explicatiou qu'on en donne est plus en rapport avec l'état actuel de nos connaissances. On sait que , quand l'état inflammatoire est passé, les narcotiques sont un moyen salutaire , en ce qu'ils ralentissent la respiration et la circulation , qu'ils diminuent la susceptibilité de l'organe malade et le mettent dans un état de repos très-favorable à sa guérison. (F. Ratier )

BÉGAIEMENT, PSELLISME , difficulté plus ou moins grande dans la parôle, hésitation, répétition saccadée, suspension pénible et même empêchement complet de la faculté d'articuler, soit toutes les syllabes, soit certaines .syllabes en particulier.

Le bégaiement présente une foule de nuances , soit d'intensité , soit de caractère ; il peut n'être qu'un défaut de prononciation à peine sensible et dont le bègue se rend aisément le maître ; il peut être une infirmité des plus difformes, pire que le mutisme complet , car , à ce degré, le bègue se consume en efforts, grimaces, contorsions, suffocations, et ne parvient le plus souvent qu'à produire quelques sons sourds et inarticulés qui tiennent plus du rugissement d'une bête féroce que du langage humain.

Par bonheur le bégaiement est rarement porté 'a ce degré extrême ; dans le plus grand nombre des cas, les bègues, après un certain nombre de répétitions de la même lettre ou de la même syllabe, parviennent a s'exprimer, et jouissent ainsi , quoiqu'avec peine , du bienfait de la parole.

Une foule de circonstances extérieures influent sur le bégaiement : tel bègue hésite davantage s'il est en présence de plusieurs personnes ; tel autre, au contraire , maîtrise alors son infirmité ; tel est incapable de lire sans bégayer beaucoup , et tel ne bégaie jamais en lisant ou en déclamant.

Fréquemment les bègues n'éprouvent auciuie difliculté, soit à chanter, soit à dire des vers , particulièrement les alexandrins ; cependant cette règle n'est pas sans exception ; il y a des bègues qui le sont même en chantant.

Emportés par une passion vive , certains bègues parlent couramment ; d'autres , sous la même influence , font des efforts inouïs : leur respiration s'arrête » leur figure devient vultueuse , enfin ils éprouvent une véritable suffocation, sans pouvoir prononcer le moindre mot ni même produire aucuns sons vocaux,

Des auteurs ont soutenu que les femmes ne bégaient jamais ; cette assertion , sérieuse sans doute, n'est pas exacte. J'ai connu plusieurs femmes bègues; j'ai même vu une famille dont la mère et les deux filles étaient affectées de bégaiement.

L'enfant , ne parlant pas , ne saurait bégayer ; ce n'est qu'àl'àge où la parole se développe et devient un moyen de relation et d'expression des besoins, qu'on s'aperçoit de l'e.-sistcnce du vice de l'organe de la parole. Mais à la puberté où tant de nouvelles idées assiègent l'esprit , où tant de nouveaux besoins se font sentir , le bégaiement qui s'oppose à l'expression devient beaucoup plus manifeste; la gêne qu'il apporte dans le langage , le ridicule qui s'attache au bègue et qui lui enlève jusqu'à l'espoir d'arriver jamais à satisfaire ses désirs, les obstacles nombreux qu'il rencontre dans son éducation, les entraves qu'il prévoit dans la carrière quelconque qu'il est appelé à parcourir, sont autant de circonstances qui contribuent à augmenter le bégaiement, et donnent à l'esprit du bègue une direction particulière. Porté au silence et à concentrer en lui-même ses impressions , il devient observateur attentif et tin en même temps qu'il reste d'un caractère timide et réservé. D'autres fois les mêmes causes irritent le caractère du bègue, le rendent colère et emporte; sa physionomie prend une expression de brusquerie et de violence.

Le bégaiement n'est pas toujours continu , il subit quelquefois des intermittences ; certains bègues passent des jours entiers , des mois même , sans éprouver la moindre hésitation de parole. D'autres ressentent une influence marquée des circonstances atmosphériques , sont beaucoup plus ou beaucoup moins bègues , selon que le temps est sec ou humide , ou bien qu'il fait chaud ou froid.

Il est rare que le bégaiement se prolonge jusqu'à la vieillesse ; presque toujours il cesse ou diminue beaucoup vers l'âge mûr, soit que l'infirmité s'amende d'elle-même, soit que le bègue , prenant plusd'assurance avec les années, parvienne à la maîtriser.

Tel que nous venons de le peindre , le bégaiement est plutôt une mauvaise disposition de l'organisme qu'une maladie. Il faut se garder de le confondre avec les balbutiemens accidentels , passagers ou continus, qui sont symplomaliques de lésions plus ou moins graves du système nerveux.

Piicn de moins rationnel que les causes auxquelles les auteurs anciens ou modernes ont rapporté le bégaiement. On l'a successivement attribué au volume trop consitlérable de la langue, à la longueur du filet, au mode d'implantation des dents incisives inférieures, à la division congéniale de la luette, à une mauvaise conformation de l'hyoïde, à l'existence île trous insolites dans l'os maxillaire, etc. Mais l'inspection des organes locaux d'un bègue, faite avec toute l'attention imaginable , n'y montre le plus souvent aucune différence ai)préciable avec les organes d'une personne qui n'est point bègue. Et d'ailleurs comment allier des causes physiques constantes , avec les variations sans nombre que présentent les phénomènes du bégaiement?

Sauvages ( i\'oWo^.''e ) place le bégaiement parmi les affaiblissemens. Cette opinion ancienne est professée de nos jours par des hommes de mérite ; M. Itard, dans son Mémoire sur le bégaiement, parait l'adopter. Il se fonde sur le fai^

BEGAIEMENT. ( 429 )

incontestable que les grands affaiblissemens des systèmes nerveux et musculaire qui accompagnent les fièvres graves , les apoplexies , les congestions cérébrales, la paralysie des aliénés , etc. , sont accompagnés d'une diflicullé de parler cjui offre beaucoup d'analogie avec le bégaiement, mais qui cependant en diffère essentiellement.

Dans l'article BÈcnE du Dictionnaire de médecine , M. Rullier fait remonter plus liautla cause du bégaiement, en la plaçant , non dans les muscles vocaux , non dans les nerfs qui les animent, mais bien dans le cerveau lui-même. « Les raisons, dit-il, qui appuient cette idée sont que, dans l'état physiologique ordinaire , les phénomènes de la voix et de la parole sont dans un rapport constant avec dwers degrés d'excitation cérébrale , et répondent toujours , par leur précision et leur facilité , à l'énergie des sentimens et à la clarté des idées, n On sait, à ce sujet, que le trop ou trop peu d'excitation cérébrale exerce sur notre langage une inûuence si marquée , que nos paroles faciles jaillissant comme une source féconde, ou se traînant avec lenteur et difficulté , attestent alors tout ce qu'elles coûtent de travail k l'intelligence. «Or, ce que nous avons dit précédemment de l'influence analogue et si marquée des diverses affections de l'âme, excitantes ou sédatives, du centre nerveux cérébral , comme la colère , la crainte, la timidité, la confiance , l'impatience, etc., sur les phénomènes du bégaiement , prouve que ceux-ci découlent de la même source, et doivent se rapporter dès lors à quelques modifications de l'action du cerveau. Mais en quoi consiste cette modification? Sans prétendre l'expliquer , voici peut-être la conjecture que l'on peut hasarder : chez le bègue Virradiation cérébrale qui suit la pensée et devient le principe propre à mettre en action les muscles nécessaires à l'expression orale des idées, jaillit avec une telle impétuosité etse reproduit avec une telle vitesse qu'elle passe la mesure de mobilitépossibledes agens de l'articulation; dès lors ceux-ci , comme suffoqués par cette accumulation de la cause incitante ordinaire à leur mouvement, tombent dans l'état d'immobilité spasmodique et de secousses convulsives qui caractérise le bégaiement. D'après cette conjecture, l'hésitation de la langua ne serait qu'une débilité purement relative des organes de l'articulation résultant du défaut de rapport établi entre l'exubérance des pensées , la vitesse concomittante d'irradiation cérébrale qui leur correspond , et la vitesse possible des mouvemens successifs et variés , capables d'exprimer les idées parla parole. t> L'auteur appuie ce qu'il appelle son hypolhèse sur ce -que les bègues ont l'esprit vif, le caractère pétulant, qu'ils bégaient moins lorsqu'ils sont calmes, que l'âge diminue le bégaiement, que le bégaiement diminue singulièrement ou même disparaît complètement lorsque le bègue, dispensé de frais d'esprit, fait un simple appel à sa mémoire , et que la fidélité de celle-ci le sert dans un discours qu'il récite, une chanson qu'il met sur un air, ou des vers qu'il déclame. Que les soins des bègues à exercer les organes de la parole finissent par diminuer le bégaiement en mettant la vitesse de ces organes en rapport avec l'irradiation - cérébrale ; que si les passions véhémentes et explosives font momentanément disparaître le bégaiement , cela tient à ce que la secousse vive , inaccoutumée, qu'en reçoivent tous les muscles, et par conséquent ceux de la langue, les met alors en harmonie d'action avec l'état des affections de l'âme ; que les femmes enfin , qui parlent vite , mais qui ont en revanche reçu de la nature une prononciation si facile et si déliée qu'elles se montrent capables de la plus grande volubilité de parole, ne bégaient que fort rarement. »

Telle est l'explication du bégaiement que nous propose un médecin recommandable dans un ouvrage que l'on doit croire au niveau de la science ; mais , de bonne foi, est-il possible d'entrer dans les conjectures de l'auteur qui semble supposer que, chez les bègues, la pensée est toujours rapide et les mouvemens musculaires trop lents ? J'ai vu beaucoup de bègues, et si j'en ai rencontré quelques-uns où l'intelligence paraissait fort active, j'en ai vu d'autres où le temps ne manquait pas aux muscles de la parole pour exprimer des idées qui n'étaient rien moins qu'abondantes et rapides.

D'ailleurs, que dire des bègues qui ne bégaient que dans les momens de calme? de ceux qui ne bégaient qu'en lisant? que penser de ceux qui sont voisins de l'état d'idiotisme , etc. ? Le tort est ici, comme dans une multitude d'autres circonstances , de chercher à expliquer ce qui est inexplicable. Le bégaiement est évidemment une modification delà contraction des muscles de la parole; or , puisqu'en saine physiologie on ne peut donner aucune explication de cette contraction elle-même, comment tenter d'expliquer ses nuances?

Prétendre rendre raison du bégaiement en disant que les muscles de la parole sont faibles , c'est faire un cercle vicieux. Comment sait-on que les muscles sont faibles ? c'est , sans doute, parce que le bégaiement existe. Or, l'explication arrive donc à dire qu'on bégaie parce qu'on bégaie ! La plupart des prétendues explications médicales sont de ce genre ; on remplace un mot par quelques autres qui ont la même signification, et ou est convaincu qu'on a trouvé une explication.

Sans nous occuper d'une recherche qui ne saurait nous conduire à un résultat utile , bornons-nous à des remarques sur le genre de contraction des muscles qui concourent à la parole, et dont l'action est plus ou moins altérée dans le bégaiement.

Des muscles qui servent à articuler, les uns sont soumis à la volonté; ce sont ceux des lèvres et des joues, et ceux qui portent la pointe de la langue en haut, en avant pour sortir de la bouche, et ceux qui la font rentrer dans cette cavité. Mais les autres muscles de la langue , ceux qui portent sa base en haut, eu arrière ou eu bas , les muscles du voile du palais , ceux du pharynx ou du larynx ne sont que très-incomplètement sous l'empire de la volonté ; aussi quelle difficulté n'éprouvent point la plupart des malades quand il s'agit , par exemple, de montrer au médecin l'arrière-bouche! On a beau leur dire de baisser la base

DiCT. DE MÉDECIliE ET DE ChIBURGIE PRATIQUE?.

BÉGAIEMENT

de îa langue parce qu'elle cache les amygdales , ils font nombre d'efforts, et ! c'est plutôt par hasard que par une véritable influence de la volonté que le mouvement voulu s'opère; que s'il faut relever le voile du palais, le plus souvent la volonté y est impuissante; que , s'il fallait contracter isolément les muscles du pharynx et du larynx , la volonté y échouerait entièrement. Les organes musculaires n'agissent d'une manière complète que pour atteindre un certain but. Quand nous avons mâché suffisamment une portion d'aliment , et que le moment de la déglutition est venu , aussitôt tout s'émeut , tout concourt à cet acte digestif. Mais quelle est au juste la part de chaque muscle dans cette action? On le comprend d'une manière générale par l'étude anatomique des parties; il serait impossible de le dire exactement. Pour que la déglutition s'effectue , il faut qu'il y ait quelque chose à avaler , ne fût-ce qu'un peu de salive ou d'air; il serait impossible de faire une déglutition entièrement à vide. Ainsi , sous un certain point de vue, les muscles de la déglutition ne sont pas soumis à la volonté. ( Voy ez ma Physiologie , tom. 2. )

Ce qui vient d'être dit pour la déglutition est applicable aux autres phéno mènes qui se passe dans la bouche. Rien n'est si simple que de cracher, se gargariser , etc. Mais ici , comme pour avaler, nous atteignons le but au moyen d'organes qui nous servent , sans que nous sachions exactement quelle est la part que chacun y prend. 11 en est de même pour produire des sons dans le larynx ; il en est de même pour parler : nous produisons la voix , nous articulons sans savoir au juste quel mouvement se passe, soit dans le larynx, soit dans la bouche; il y a nombre de phénomènes vocaux dont le mécanisme est encore loin d'être connu du physiologiste. Nous voulons le but, nous l'atteignons, voilh tout.

C'est là un des résultats merveilleux de l'organisation des animaux ; cette mécanique parfaite par laquelle s'exécute leurs actes les plus compliqués n'est point soumise à leur volonté ; un instinct admirable y préside , sa perfection sera peut-être toujours hors de la portée de l'esprit humain.

Cet instinct , ou si l'on veut cette intelligence organique presque aussi admirable que l'intelligence même , établit la différence des hommes sous le rapport de la précision et de la régularité des mouvemens. Cet instinct fait l'homme adroit ou maladroit ; celui qui danse en suivant ou ne suivant pas la mesure , celui qui chante juste ou chante faux; il fait le grand artiste, le grand génie d'exécution. C'est lui qui donne la grâce ou la disgrâce, la physionomie ou le silence des traits ; c'est lui qui préside aux innombrables mouvcmfens nécessaires à la voix et à la parole ; c'est donc cet instinct qui fait les bègues. On comprend maintenant combien il est inutile de chercher la cause du bégaiement, et combien sont illusoires toutes les explications qu'on a voulu en donner.

Mais si la recherche de la cause du bégaiement doit être négligée, il n'en est pas de même de l'étude des organes de la parole, chez les bègues, dans le moment même où leur infirmité se fait sentir.

Une dame américaine a fait sur ce point une observation fort importante , qui a conduit à un moyen de guérisou des bègues , en même temps qu'elle a excité l'attention et des spéculateurs et des savaus sur celte infirmité:

Cette dame a remarqué que, dans le moment où les bègues hésitent et s'efforcent de prononcer, sans y réussir, leur langue séjoCirn^e dans le bas de la bouche , derrière les dents inférieures , et que, dans l'instant où ils surmontent la difficulté qui les arrêtait, la langue s'élève et se rapproche du palais. De cette simple observation , facile à constater , l'auteur en a tiré une méthode curalive qui est aujourd'hui en usage non-seulement en Amérique, mais dans toute l'Europe.

M. Malbouche, ayant eu connaissance de cette méthode alors secrète, se chargea de l'exploiter en France ; il fit annoncer un moy en de guérir les bègues ; il présenta sur ce sujet un mémoire à l'Académie des sciencés , etM. Duméril et moi nous fûmes chargés de l'examiner il y a aujourd'hui près de deux ans. Depuis cette époque M. Malbouche a continué de soigner des bègues. 11 a donc été à même d'en voir et d'en étudier un grand nombre , et de faire , par conséquent, sur le bégaiement, des remarques dont il nous a permis de profiter, ce que je fais d'autant plus volontiers qu'elles me semblent de nature à éclairer quelques points du mécanisme de la parole.

Pour se livrer avec tout le succès désirable à ce genre d'investigation , il faudrait connaître exactement les mouvemens de la langue qui se passent chez les personnes qui ne sont pas bègues , afin de fixer en quoi ceux du bègue en diffèrent. Malheureusement on ignore et on ignorera sans doute long - temps les innombrables nuances des mouvemens qui se passent dans la langue et la bouche , le pharynx , etc. , lors de l'exercice de la parole. Il faut donc s'allendre à beaucoup d'empirisme dans tout ce qui va être dit sur le mécanisme du bégaiement et sur les moyens par lesquels on parvient aujourd'hui à guérir ce vice.

N'oublions pas cependant que la plupart des mouvemens de la langue sont instinctifs , et non directement soumis à la volonté , et que , pour les exécuter avec précision et agilité, il faut plutôt en détourner l'attention que l'y concentrer ; ce fait physiologique nous sera utile quand il s'agira du traitement.

Remarquons d'abord que tous les sons vocaux, dits voyelles , aussi bien que les consonnes ou articulations, exigent, pour être formés, un certain mouvement de la langue. De ces mouvemens , les uns ont été signalés par les auteurs qui se sont occupés du mécanisme du langage, et eu dernier lieu par M. Lafforre ; les autres sont moins connus , probablement parce qu ils coïncident habituellement avec des mouvemens plus apparens d'autres parties de la bouche. Par exemple, les consonnes labiales/.; et b semblent être formées par le seul mouvement des lèvres. Mais , quand on y fait attention , on voit que la langue y participe par un léger mouvement, d'autant plus important à indiquer, que * ^ 108

BEGAIEMENT.

BÉGAIEMENT

c'est l'hésitation dans sa production chez les bègues qui cause le plus souvent le bégaiement sur ces lettres. Il n'est pas dans la nature de cet article que j'entre dans tous les détails des jnouvemens de la langue qui sont nécessaires à la production de chaque lettre, cela ne conduirait point à des résultats pratiques assez cvidens; je me bornerai à exposer un fait capital qui servira de fondement aux procèdes curatifs que j'indiquerai plus tard.

Dans l'état normal des organes de la parole , et durant le silence , la langue est appliquée par sa face supérieure contre la voûte palatine et le voile du palais , sa base est soulevée et la pointe est placée derrière les dents incisives supérieures. Un mot doit-il être prononcé , instantanément la langue fait un léger mouvement d'abaissement qui permet la production du son vocal par le larynx, et plusieurs autres mouvemens plus ou moins apparens et compliqués pour les articulations qui entrent dans la constiuction du mot; tout cela se passe dans un instant indivisible , et il y a simultanéité entre la volonté de parler et l'exécution de la parole : tel est l'état ordinaire de l'homme , condition qui, pour être générale et nous être familière au point que nous en jouissons sans y songer, n'en est pas moins merveilleuse et digne d'attention si l'on veut arriver à guérir le bégaiement.

En effet , ce que l'on remarque d'abord chez la ydupart des bègues , c'est la position de leur langue durant les instans de repos qui séparent les mots ou les phrases ; elle n'est pas soulevée et appliquée contre la voûte palatine; séparée du palais par un intervalle plus ou moins considérable , elle descend au niveau de la mâchoire inférieure, et sa pointe est placée derrière les dents incisives d'en bas. Dans cette position , lorsque le bègue veut parler, il lui est impossible de produire les mouvemens de la langue nécessaires à la formation du son vocal; il n'arrive que difficilement, et par une série d'efforts plus ou moins prolongés, à articuler; de la l'absence de simultanéité entre la volonté de parler et l'exécution , en d'autres termes le bégaiement. Ce fait, avons-nous dit , est capital ; et , en effet , comme en général le mouvement par lequel nous appliquons la langue au palais est soumis à la volonté , il est possible de remédier à une des circonstances du bégaiement, en recommandant aux bègues de tenir leur langue collée au palais, et d'en contracter l'habitude, de manière à ce que cette position se conserve , même quand la volonté n'y prendra plus aucune part.

Quand la position déclive de la langue existe chez les bègues, et qu'ils veulent parler, il faut d'abord qu'ils fassent un effort pour appliquer la langue au palais , et ils le font si complètement que le conduit vocal ou le conduit portevoix que représente la bouche, se trouve fermé dans l'instant où il devrait être ouvert ; delà l'impossibilité de produire aucun son , et les efforts inouïs auxquels se livrent certains bègues, les suffocations, les tiraillemens d'estomac ; le plus souvent toutes ces contorsions ces efforts n'aboutissent qu'à porter la langue en avant, comme il est naturel de le faire quand nous éprouvons un sentiment de strangulation. M. Malbouche nomme bégaiement en cwaiit cette manière de bégayer : on s'en rend facilement maître ; souvent même les bègues parviennent à le surmonter en reprenant haleine.

Dans une seconde espèce de bégaiement , admise par M. Malbouche ,1a langue n'est pas portée en avant , elle reste en haut , mais ses mouvemens ne coïncident pas avec la production du son vocal ; il en résulte un vice de parole dont le principal caractère est la répétition des syllabes incomplètement prononcées ; cette repétition est presque toujours très-rapide et convulsive; dans cette sorte de bégaiement, la voix n'est pas étouffée, le bègue n'éprouve point de ces pertes de respiration , de ces tiraillemens d'estomac dont nous venons de parler , car les mouvemens de la langue, nécessaires au passage du son vocal à travers la bouche, s'exécutent; il n'y a défaut de coïncidence que lors du besoin d'arti- ' culcr ; mais comme la langue retombe incessamment dans le bas de la bouche , il faut qu'elle fasse plus de mouvemens que celle des personnes qui parlent sans bégayer , et ces mouvemens qui sont faciles , le bègue les répète jusqu'à ce qu'il ait rencontré celui qu'il cherche. Cette espèce se confond souvent et coïncide quelquefois avec le bredouillement. Quelques bègues parviennent à la surmonter par la lenteur et la régularité de l'articulation.

La troisième espèce de bégaiement, qui est en même temps la plus fréquente, est celle où il y a difficulté des mouvemens de la langue <?/i «rr/ère. Les personnes qui en sont affectées n'ont aucune difficulté à élever la langue et à la maintenir dans cette position; ce sont les mouvemens de rétraction qui sont difficiles , à quoi se joint une sorte de mollesse et d'épaisseur d'organe. Les difficultés se font particulièrement sentir dans les lettres qui exigent la rétraction, telles que b , d ,f, g , p , t, s. Biais le /<; le p et le élant les lettres qui exigent la rétraction de la langue la plus prononcée , sont aussi celles qui sont les plus réfractaires. Il existe même des bègues qui n'ont de difficultés que sur ces trois lettres , et qui d'ailleurs parlent bien; seulement leur diction paraît un peu saccadée. Cette variété pourrait former une espèce particulière.

Le bégaiement iVai j'ière est souvent accompagné de circonstances fâcheuses; il y a des contractions forcées des muscles du visage , des pertes de respiration; il y a souvent des avrils prolongés , et quelquefois , quand les bègues peuvent en surmonter l'obstacle , leurs paroles sont entrecoupées de hoquets désagréables et faligans.

Il m'est impossible de pousser plus loin les détails relatifs à la classification du bégaiement établie par M. Malbouchc , je dois me borner à l'énoDcer textuellement.

Bégaiement avec :

1° Impossibilité momentanée d'articuler.

2" Doublement précipité des syllabes.

30 Arrêt de la parole par habitude d'esprit.

4" Bredouillement.

5" Difficulté pour les lettres A'avant.

Ct° Zézaiement.

7° Difficulté pour les lettres de haut. 8o Difficulté pour les lettres (Vnrrière. 9° Difficulté pour les trois articulations k, p, t.

Tel est le tableau que l'on peut faire de la classification des divers bégaîemens d'après les idées de M. Malbouche. Je suis loin de la regarder comme complète ou définitive; sans doute qu'elle sera améliorée à mesure que l'on acquerra de nouvelles notions sur le vice du langage auquel elle s'applique ; mais elle ne peut manquer de fixer l'attention des médecins , au moins comme point de départ dans une route toute nouvelle et d'autant plus digne d'intérêt •! qu'elle doit conduire à la cure du bégaiement.

Traitement du bégaiement. — On peut guérir du bégaiement, le fait n'est pas ' douteux; et sans remonter à Démoslhènes et à ses cailloux, il est certain que i nombre de bègues doués d'une volonté ferme et persévérante, et poussés parla ■ nécessité, sont parvenus à se débarrasser entièrement de leur infirmité. Un des • ' présidens à la convention, dit M. Itard dans sa savante Dissertation sur le Psel- \ LiSME , célèbre par son héroïque sang-froid et son éloquence imposante au . milieu d'une scène d'horreur, était né bègue ; il avait lutté avec tant d'avantage i contre cet embarras de la parole , qu'il avait fini par le surmonter. Les faits de i cette nature ne sont pas extrêmement rares ; mais ils ne sont l'apanage que de ] certaines personnes privilégiées et douées des qualités morales nécessaires pour vaincre de grandes difficultés. D'ailleurs, quels moyens ont employés ces per- ' sonnes qui se sont ainsi guéries elles-mêmes? comment sont-elles parvenues à ) vaincre les vices de leurs organes vocaux ? on l'ignore. Elles se sont sans doute , appliquées à parler lentement, posément , et, à force de répétitions et d'efforts, elles sont arrivées à ne plus être arrêtées par aucune syllabe. Mais pour un bègue qui réussit en ce genre , combien se sont consumés en infructueux efforts , et ont enfin renoncé à une entreprise au-dessus de leurs forces ! En tous cas, ces j moyens curatifs, hors du domaine de la médecine, étaient plutôt d'heureux essais de l'instinct qui préside aux mouvemens des agens de la parole qu'une . véritable thérapeutique. ;

Quelques procèdes curatifs ont cependant été proposés. De ces procédés les \ uns consistent à détourner l'attention du bègue , en exigeant de lui qu'au mo- ' > ment de parler il remue un doigt ou un orteil. Ce moyen estfondé sur l'obser- i vation journalière que certains mouvemens compliqués sont plus faciles si nous en détournons notre attention. D'autres procédés étaient de placer dans la bouche des corps étrangers , qui , situés transversalement sous ou sur la langue , j maintiennent cet organe relevé ou abaissé. On recommande alors au bègue I de faire agir la langue le plus possible. Ces moyens comptent , au dire même j des inventeurs, bien peu de faits en leur faveur, et éxigent un temps considé- i rable, plusieurs années-par exemple, pour obtenir guérison. On a aussi pro- J posé de faire donner du cor aux bègues , afin d'exercer la langue. D'autres per- ^ sonnes ont pensé que l'art de faiVe parler les bègues n'était que l'art de les faire j respirer régulièrement. Aucun de ces moyens curatifs n'a reçu une sanction i sufiisan'.e de l'expérience. Il n'en est pas de même de celui dont je vais par- ' 1er, et sur lequel, à raison de son importance, je vais entrer dans quelques ' détails. (

Madame Leigh, habitant New-York, devenue veuve à l'âge de trente six ans, fut accueillie avec bienveillance dans la famille du docteur Yates, et reçut les ] soins les plus désintéressés. Une des filles de ce médecin, âgée de dix-huit ans, ', était atteinte d'un bégaiement prononcé. Madame Leigh ne crut pas témoigner \ mieux sa reconnaissance à ses hôtes, qu'en délivrant cette demoiselle de son | infirmité. Elle lut à cet effet tous les ouvrages anglais qui ont trait au bégaie- ,J ment ; mais , n'obtenant pas de cette étude ce qu'elle en désirait , elle se borna i' à observer avec persévérance la nature de l'infirmité qu'elle voulait guérir , sur '; le sujet même qui en était atteint. Après un grand nombre de tentatives infruc- | tueuses , elle crut enfin avoir trouvé la cause immédiate du bégaiement. Elle 1 imagina en conséquence un .système d'exercice des organes de la parole, au i moyen duquel elle obtint la guérison radicale qu'elle avait à cœur d'obtenir.

La remarque que fit la veuve Leigh, et qui la conduisit à son moyen curatif, est (je l'ai déjà dit ) que , dans l'instant où un bègue hésite, sa langue est placée dans le bas de la bouche au lieu d'être appliquée contre le palais , position la | plus ordinaire chez ceux qui parlent sans hésiter; elle sentit qu'en recomman- ] dant au bègue de relever la pointe de la langue et de l'appliquer au palais , on | remédierait au bégaiement. Cette idée était d'une exécution d'autant plus facile , que le mouvement de la langue par lequel nous en appliquons la pointe | contre le palais est soumis à la volonté ; et en effet elle eut la satisfaction de ; voir que dans cette position le bégaiement disparaît. 11 est vrai que la parole n'est ni pure ni facile; la prononciation est empâtée; mais enfin relever la i pointe de la langue, l'appliquer au palais, est un moyen de s'opposer au ^ bégaiement. Cette dame exerça donc son élève à parler de cette manière , lui j interdit expressément de parler autrement, et ramenant ensuite peu à peu la j prononciation à son type naturel , elle obtint guérison complète.

Ayant obtenu ce premier succès, madame Leigh fit l'application de sa méthode curative sur un certain nombre d'autres bègues, et, ayant été assez heureuse pour réussir , elle se décida à ouvrir à New-York une institution pour la guérison du bégaiement. Depuis 1825, plus de cent cinquante bègues , ; dit-on, en sont sortis guéris. Le temps nécessaire pour une cure complète est , variable , mais la durée du traitement dépend beaucoup moins de l'intensité de ; la maladie que du degré d'énergie et de la tournure d'esprit de chaque sujet ; i les plus longs traitemens n'excèdent pas six semaines , et il est très-ordinaire

Bl^GAIEMENT. (

d'en voir qui sont terminés au bout de quelques jours ou même Je quelques heures. C'est ce qui ariive quand le bègue , à qui on apprend qu'en relevant la pointe de la langue on surmonte aussitôt la difficulté , pénétré proraptement de cette vérité , y place toute confiance , et , dès lors , sûr de ne plus bégayer, se trouve immédiatement guéri.

Encouragé par les succès qu'elle obtenait en Amérique, madame Leigli voulut propager sa méthode curative en Europe; elle la confia sous le secret à M. Malbouche , frère de celui qui est en ce moment à Paris ; la méthode fut d'abord transportée dans le royaume des Pays-Bas. Une commission fut nommée par le roi pour l'examiner; plusieurs bègues confiés aux soins des frères Malbouche furent guéris, et les frères Malbouche reçurent des récompenses proportionnées aux résultats qu'ils obtenaient. Il paraît que cette même méthode a aussi été introduite en Angleterre. Les journaux de ce pays ont cité la guérison de plusieurs bègues par le docteur Hart , et entre autres celle du fils du docteur Johnson de Londres, rédacteur du médico-chirurgical Revit w.

Chargé par l'Académie des Sciences de porter un jugement sur celte méthode curative de concert avec mon savant collègue Duméril , nous avons dû apporter toute l'attention possible pour pouvoir asseoir un jugement solide. Nous avons eu une conférence avec M. Malbouche, qui nous a confié dans les tiétails les plus circonstanciés la méthode dite américaine. Il nous a présenté ensuite plusieurs bègues, sur lesquels il se proposait d'employer son moyen curalif. Au bout de quelques jours il nous a montré les mêmes bègues dans un état d'amélioration évident; et après un temps variable suivant les indiviilus , il nous les a présentés entièrement guéris. Nous avons nous-mêmes , pour surcroît de précaution , choisi deux bègues qui nous étaient connus depuis long-temps. L'un d'eux fut promplement guéri de son infirmité , qui était fort grave ; le second ne fut pas aussi heureux; il a éprouvé à peine une légère amélioration dans son bégaiement ; il est vrai que ce bègue est en même temps bredouilleur , et qu'il ne s'est point astreint à suivre strictement le traitement , et particulièrement à ne plus parler pendant plusieurs jours que la langue relevée et appliquée au palais. On conçoit en effet que, si on n'emploie ce moyen que par intervalle, l'habitude vicieuse de la prononciation se maintient dans foule sa force , tandis qu'en évitant avec soin d'y retomber , elle finit par se perdre et disparaître.

Un fait a vivement frappe' la commission. Un jeune homme de Nérac, M. Lavergny, âgé de vingt-quatre ans , ayant eu connaissance de l'existence de la méthode Malbouche , vint à Paris avec son père, au mois de janvier 1828. Ces messieurs se présentèrent d'abord chez moi pour prendre des renseignemens. Je pus me convaincre dans cette entrevue que ce jeune homme. Lien constitué d'ailleurs, avait un bégaiement des plus prononcés. Il éprouvait des pertes de respiration et des tiraillemens d'estomac dans les efforts qu'il faisait pour articuler : les muscles de la figure se contractaient d'une façon dif- . forme; il avait surtout de la difficulté à prononcer le /jr et le tr. Sa guérison fut des plus promptes ; car, après deux conférences avec M. Malbouche.il comprit si bien et mit si heureusement en pratique les avis qu'il avait reçus, que dès ce moment il se regarda comme guéri ; et en effet , l'ayant examiné de nouveau , ce n'est pas sans peine que nous avons retrouvé dans sa parole quelque trace de son infirmité. Un autre cas nous a aussi beaucoup frappés en ce que le jeune bègue soumis au traitement, ne trouvant pas en lui assez d'énergie morale pour mettre en pratique les exercices qu'on lui enseignait, fut obligé de s'exciter par du café et des liqueurs spiritueuses , et que cette force factice a eu sur sa guérison la plus heureuse influence. Voici comment ce jeune homme s'exprimait lui-même sur ja guérison dans une lettre où il nous rendait compte de ce qu'il avait éprouvé :

« Mon traitement n'a pas été long, car j'ai pris tout au plus une douzaine de leçons. Les premières produisirent une amélioration remarquable, qui eût été suivie d'une guérison immédiate, si de nouvelles occupations, en me détournant de mes exercices , n'eussent aussi relenti mon ardeur. Mais l'exemple de la guérison prompte et radicale de M. Lavergny ( le même dont il vient d'être fait mention plus haut) , et dont je fus témoin , la ranima tout à fait ; je quittai pour un jour mes occupations , afin de pouvoir me livrer sans interruption à mes exercices; et pour donner la force d'en surmonter la fatigue , je bus du café noir et des liqueurs spiritueuses. Un violent mal de gorge et une extinction de voix qui m'effraya d'abord furent la suite de mes efforts ; mais l'un et l'autre se dissipèrent en peu de temps, et je sentis alors que j'exécutais avec facilité les mouvemens qui m'avaient été indiqués.

1) Je me déclarai guéri ; en effet la discussion, qui était l'écueil de ma langue , ne m'offrit plus aucune difficulté , et je parlai sans éprouver de hoquets et sans faire aucune espèce de contorsion, ainsi que cela m'arrivait avant mon traitement. Aujourd'hui tout le monde convient qu'on ne se douterait pas que j'aie été bègue. »

Tels sont les succès que l'on peut obtenir en employant la méthode de la veuve Leigh. M. Malbouche assure , dans un mémoire qu'il a récemment présente a l'Académie des Sciences , qu'elle a cependant des imperfections graves auxquelles il a dû chercher k remédier, et qui l'ont conduit à une méthode curative plus parfaite.

Il reproche à la méthode américaine de ne pas s'appliquer à tous les cas de bégaiement, et particulièrement de ne pas être efficace dans le bégaiement d'arrière. J'ai vu , en effet, un jeune homme affecté de ce genre de bégaiement, qui était complètement arrêté dans l'émission de la parole , bien qu'il eût la pointe de la langue appliquée contre la voûte palatine; il est vrai que le corps même de l'organe était fort éloigné de sa position naturelle , et qu'il était presque au niveau de la mâchoire inférieure.

I } BÉGAIEMENT

M. Malbouche assure aussi que les guérisons très-promptes ne se soutiennent pas ; je n'ai aucune connaissance personnelle d'un tel fait.

Enfin il veut , ce qui semble fort logique, que l'on traite chaque espèce de bégaiement par des procédés distincts ; cependant , dans le mémoire que j'ai maintenant sous les yeux et dont je vais extraire les points principaux de la thérapeutique du bégaiement, il me paraît qu'il y a plus d'empirisme que l'auteur ne semble le croire.

Opposer directement les moyens curatifs aux élémens de l'organe de la parole dont l'action est viciée, tel est le point de départ de l'auteur. Il ne regarde pas la respiration seule comme pouvant produire le bégaiement, et ne croit pas nécessaire Ae s'occuper de cet élément fondamental de la parole, qui se régularise de lui-même dès cfue le bégaiement diminue. Cependant il est d'observation fréquente qu'eu faisant souvent reprendre haleine aux bègues les plus affectés , on parvient à leur donner la possibilité d'exprimer quelques idées ; mais c'est l'a seulement un artifice par lequel on tourne la diiBculté sans la vaincre directement.

M. Malbouche donne une attention spéciale aux lèvres , qui, par leurs mouvemens réguliers ou leur hésitation, agissent sur la prononciation; il recommande comme règle générale que les lèvres soient retirées de manière que 4a bouche paraisse agrandie. Ces organes placés ainsi , ne doivent faire que trois sortes de mouvemens ostensibles : d'arrière en avant, d'avant en arrière , et d'écartement ou d'ouverture de la bouche ; et dès que l'émission du son a cessé , il faut les replacer en arrière , les laisser dans cette position jusqu'à la prochaine articulation; il faut enfin que cette position soit dominante entre celles que doivent prendre les lèvres durant la parole.

Quant à la langue, au lieu de recommander seulement d'en élever la pointe comme l'indique la méthode américaine , M. Malbouche veut que la totalité de l'organe soit élevé et appliqué contre la voûte palatine avec autant de rétraction que l'on pourra; il assure que de cette manière le bègue s'aperçoit des mouvemens qu'il doit faire pour prononcer , il les distingue et finit en s'exerçant par les reproduire d'abord imparfaitement , puis mieux, et enfin il y parvient sans peine. C'est alors qu'il prend de la confiance dans la méthode , et bientôt en lui-même; c'est alors qu'il commence à comprendre sa guérison. Il se trouve dès ce moment dans une position toute nouvelle; l'espoir de se débarrasser de son infirmité l'anime et lui donne le courage et la persévérance nécessaires pour exercer continuellement les organes vocaux ; s'il peut contracter l'habitude d'avoir la langue placée en haut, sa guérison n'est plus douteuse.

Il faut d'abord le faire lire lentement, en prononçant toutes les syllabes , et , pendant qu'il lit , ne pas perdre de vue sa langue. Dès qu'il éprouve un arrêt ou une simple hésitation, on lui fait remarquer la position vicieuse de sa langue, ce à quoi il n'avait jamais pensé; il parvient bientôt à sentir de luimême cette position vicieuse, et y remédie , en général , en soulevant l'organe et en le rétractant.

Il faut que le bègue arrive à prononcer toute espèce de syllabe et de mot la langue ainsi collée au palais; il y réussit après un temps plus ou moins long , suivant le degré d'intelligence , et le degré de souplesse ou de docilité des organes de la parole. Mais la parole, ainsi formée, est fort altérée ; elle est empalée f comme on dit. L'expérience a appris que ce défaut disparaît à mesure que le bègue devient plus certain de ses mouvemens. En voici l'explication telle que la donne M. Malbouche dans son mémoire. L'empâtement , dit-il, ne vient pas de ce que la langue est haute et rétractée, mais de ce que le bègue ne sait pas lui imprimer , dans cette position nouvelle , les mouvemens nécessaires. Lorsqu'il est parvenu k la bien maintenir en prononçant , n'importe comment, il s'applique k lui donner, dans cette position , des mouvemens plus énergiques , qui cependant ne la déplacent pas entièrement , mais qui laissent passage k l'air en diminuant d'autant cet empâtement. Mais comme on peut , quand on le veut , rendre le passage aussi large qu'il est indispensable pour la nettèté de la prononciation, on peut aussi k volonté faire cesser l'empâtement : il suffit, pour que le bégaiement ne lui survive pas, que l'on ait appris à maîtriser la langue , et qu'elle soit retenue et en quelque sorte bridée k sa base par la volonté. Il est nécessaire de ne pas céder k l'empressement du bègue, et de le faire long-temps empâter; par ses efforts réitères, il faut qu'il parvienne k prononcer nettement tout en maintenant la langue dans la position indiquée, ce qui n'est pas l'œuvre d'un jour. Au reste , la règle irn'ariahle , infaillible est celle-ci : articuler le plus nettement possible en détachant du palais la langue le moins possible. Plus on est parvenu à parler nettement en rétractant la langue , et plus la guérison est parfaite.

Une condition importante et même indispensable , c'est que le bègue cesse , pour se guérir, toute occupation, qu'il se voue k un silence complet hors le temps de ses exercices. On l'exerce d'abord syllabe par syllabe ; quand il est arrêté par une, on lui fait connaître comment il faut la surmonter, et il doit s'en occuper sans cesse jusqu'k ce qu'il y soit parvenu , après quoi on le fait lire; mais il ne doit donner aucun intérêt au sens ; toute son attention doit être fixée sur la position de la langue et sur les mouvemens qu'elle doit faire pour articuler. Quand le bègue a acquis de l'assurance, on lui permet de s'occuper du sens de ce qu'il lit, bien qu'il conserve la conscience des mouvemens nécessaires pour ne pas bégayer. Après cet exercice il doit parler quelque temps seul , raconter un fait d'une certaine étendue , et prendre ainsi confiance eu lui-même; enfin la dernière épreuve, et sans doute aussi la plus périlleuse, est la conversation ; d'abord très-lente , ce n'est que graduellement qu'il lui donnera son caractère ordinaire.

Par ce système d'exercices de la langue , des lèvies et des autres organes de

BÉGAIEMENT

la parole , il se produit un véritable changement physique dans les organes ; les muscles , qui n'obéissaient qu'incomplètement , acquièrent l'habitude de se contracter sans retard. Ordinairement le ton et le timbre de la voix changent, ce qui n'a rien d'extraordinaire , puisque la forme du conduit vocal est raodiflée par la nouvelle position que la langue conserve habituellement. Ce changement est regardé par l'auteur comme un des signes les plus certains d'une parfaite guérison.

Tellçs sont les idées fondamentales du système de traitement de M. Malbouche ; sans doute qu'elles seront modifiées et perfectionnées par l'expérience. On doit lui savoir gré de ne plus faire un mystère de sa méthode curative du bégaiement , et de la soumettre à la critique des médecins, qui seuls sont aptes à en apprécier les avantages et les inconvéniens.

L'énergie de la volonté est la condition la plus essentielle du succès ; il importe de la concentrer exclusivement sur l'objet du traitement. Les enfans et cette classe de gens du monde qui s'est accoutumée à disserter, à discuter sur tout sans jamais conclure sur rien , sont incapables de cette concentration , et offrent pour cette seule cause des cas fort difficiles. L'expérience a montré que les paysans, les ouvriers, et, en général , les personnes privées d'instruction étaient faciles à guérir. Ces personnes , ayant peu d'idées , saisissent avec une grande énergie celles qu'elles peuvent comprendre et qui les touchent de près. Elles montrent dans le travail qui leur est imposé une singulière vigueur d'exécution. Voici à cet égard un fait remarquable raconté par M. Malbouche.

« Un cultivateur des environs de Saint-Germain , nommé Racine, avait un bégaiement avec impossibilité momentanée d'articuler et difficulté spéciale de prononcer les lettres d'arrière. Son infirmité n'offrait presque pas d'intermittence , il bégayait continuellement. Le cas était évidemment fort grave. Je lui prescrivis un silence absolu , excepté pendant les heures d'exercices. Il l'observa avec tant de rigueur qu'il s'exposa plusieurs fois à manquer des choses les plus nécessaires à la vie. Il ne parlait que par gestes , et n'étant pas fort habile dans ce nouveau langage , il ne réussissait pas toujours à se faire comprendre ; il aimait mieux s'égarer dans les rues de Paris , que demander celle qu'il habitait; il lui avait été onlonné de passer son temps de manière à travailler pendant une heure et à se reposer pendant une autre ; il pensa qu'il devait en être de la nuit comme du jour, il la consacra également au travail ; après avoir dormi quelques momens , il se réveillait en sursaut et recommençait son exercice. Je fus obligé de lui prescrire, pour que sa santé ne s'altérât pas, de ne travailler que pendant le jour. Ce fut à son grand regret, et il lui arriva souvent, pendant le cours de son traitement, d'interrompre son sommeil et de ' reprendre son livre. Mais cette forte concentration de l'attention , ce travail violent produisirent les plus hein-eux effets , et au bout de trois semaines il a été radicalement guéri. Cette cure est faite depuis un an , et quoique cet individu ait depuis éprouvé une maladie fort dangereuse qui l'a beaucoup affaibli, le bégaiement n'a pas reparu; il se souvient à peine qu'il a été bègue. »

M. Malbouche a traité environ cent bègues; les cinq sixièmes ont été guéris après un traitement dont la durée à varié de trois à six semaines ; deux seulement ont exigé deux mois. Cinq ou six n'ont pas conservé tous les résultats qu'ils avaient obtenus , faute de s'être soumis à un traitement suffisant. Cinq autres n'ont obtenu , même après le traitement , qu'une amélioration plus ou moins marquée ; il n'y en a que trois qui n'ont rien obtenu. M. Malbouche n'hésite pas à penser que cela a tenu à des causes particulières. Les règles s'appliquent à tous les cas ; mais le manque absolu de confiance peut empêcher d'obtenir des effets d'un traitement qui exige le concours le plus énergique de la volonté. Le cas peut aussi être tellement grave que le peu de succès qu'on obtient d'abord dégoûte le bègue. Ceux qui ont le plus tôt réussi à se guérir avaient déjà fait preuve d'une volonté forte. Tel est un prêtre , desservant àMontreuil- Besfroi ( près Angers). A vingt ans cet ecclésiastique savait à peine lire et de plus était obligé de travailler pour vivre. Il conçut le projet d'entrer dans les ordres sacrés , malgré son âge , son état d'ouvrier et son infirmité ; il sut partager son temps entre des études pénibles et un travail fatigant , et après dix années passées de cette manière , il se présenta pour être admis dans les ordres ; son instruction fut jugée suffisante , mais son infirmité parut un obstacle. Ce ne fut qu'après trois années de sollicitations et par égard pour les études qu'il avait faites , qu'on le fit desservant d'une paroisse qui contient à peine cinquante personnes. On peut juger par ce fait de la gravité de son bégaiement et de la force de volonté dont il était doué. Aussi son traitement fut-il fort court , il ne dura que huit jours; mais pendant ce temps son application fut si persévérante et la gymnastique vocale à laf|uelle il se livra fut si forte (ju'il éprouva des douleurs assez violentes dans la langue et dans les mâchoires. Depuis quinze mois sa guérison est complète. Aujourd'hui il se livre à la prédication.

Plusieurs autres moyens de guérirles bègues ont été récemment proposés. Nous citerons celui de M . Deleau. La nature des occupations habituelles de ce jeune médecin le forçant à des observations suivies sur le mécanisme de la parole, il a conçu une méthode de traitement du bégaiement.

Il en distingue trois espèces, dans la première , les bègues, dit-il, répètent plusieurs fois les sons avec une volubilité extrême, ils font entendre des demiexplosions ou des bruits sifllans interrompus qu'ils laissentéchappersans efforts et sans fatigue. C'est la langue seule qui par ses mouvcmens désordonnés produit cette espèce; il le nomme lingual ou loquax. Les personnes qui en sont atteintes ne s'aperçoivent pas de la fatigue qu'elles font éprouver à celles qui les écoutent , elles parlent beaucoup et ne sont pas timides.

La deuxième espèce se compose des bègues qui font entendre une parole étouffée, contractent les muscles de la face avec violence , ouvrent et ferment la bouche : c'est le bégaiement labial ou difforme. Enfin , il est des bègues qui

) BELLADONE. j

ne peuvent proférer aucun son, ils suffoquent dès qu'ils veulent parler: c'est le •; bégaiement douloureux ou muel.

Quant au traitement , il consiste à fixer l'attention du bègue sur toutes les ' positions que prennent les organes de la parole durant la formation des lettres et des syllabes ; mais c'est là justement la grande difficulté , il faudrait que ces ■ mouvemens et ces positions fussent bien connus. Or, non-seulement elles ne sont , rien moins que constatées en général, mais elles doivent subir de grandes { modifications suivant la conformation individuelle des organes de la parole. ' Pour juger d'une manière convenable des avantages de la méthode de M. De- j leau , il faut attendre qu'il ait pu eu vérifier les principes par un nombre suf- ; fîsant d'expériences.

M. le docteur Serres, d'Alais, a proposé, dans le Mémorial des hôpitaux du ; midi, année 1829, un traitement particulier pour la cure du bégaiement. '

M. Serres voit chez les bègues une affection nerveuse , et dans celle-ci deux « modes bien tranchés ; le premier semble consister dans une danse de saint Guy j des muscles modificateurs des sons; le second est une raideur tétanique de» 1 muscles de la voix et de la respiration. Par le premier mode , la volonté perd j son influence sur les mouvemens rapides des lèvres et de la langue; par le 1 deuxième la respiration manque.

Pour guérir le bégaiement léger, M. Serres dit qu'il suffit de prononcer 1 brusquement chacjue syllable. Pour courtage il faut émettre cou d'une manière sèche, rapide; ra et g'e seront prononcés de même , par la brusquerie ; le ton arrive, par l'étendue des mouvemens , ou on évite la répétition involontaire.

Si le bégaiement est bien prononcé , cette simple gymnastique devient insuf- j fisante ; il faut y joindre les mouvemens des bras. Pour faire parler un bègue j embarrassé, dit M. Serres, il faut tirer brusquement son bras en bas à chaque : syllabe ; qu'il fasse ensuite de lui-même cet exercice , et il sera surpris de la : facilité que lui donnent ces mouvemens. L'auteur s'appuie, 1° du cri perçant , , ordinairement involontaire , que jettent les boulangers et les fendeurs de bois ] dans les violens efforts qu'ils exercent ; 2" d'une expérience : Que l'on produise, J dit-il, un son continu et qu'au même instant on imprime aux bras des mouve- '< mens très-brusques, le ton se renforce au moment de la secousse et diminue un < instant après pour se renforcer encore par une nouvelle secousse.

N'ayant aucune expérience personnelle sur la valeur réelle de ce moyen * curatif, j'ai dû me borner à l'énoncer dans ses principales bases. ( Magendie. ) |

BELLADONNE. Atropa belladona. Solanum furiosum , letliale. Pentandrie '] monogynie, Likn. ; solanées, Juss. 1

La belladone est une substance des plus remarquables par la certitude et la spécialité de ses effets immédiats, qui permettent d'en déduire plusieurs appli- ; cations rationnelles et salutaires, sans parler de celles qu'on en a faites à contre- ; temps ou sans motifs, et qui ne sont pas une raison pour méconnaître les | avantages qu'elle peut procurer lorsqu'elle est employée avec talent. Celte. î plante croit dans les climats tempérés et dans les lieux cultivés ; elle est vivace, ; et se compose d'une racine ligneuse, d'une tige dressée qui s'élève à la hauteur , de deux à trois pieds, rameuse et portant des feuilles alternes, péliolées, glabres 1 et d'un vert sombre. Ses fleurs sont axillaires et pédiculées; leur calice à cinq | divisions supporte une corolle campaniforrae d'un bleu noirâtre, à laquelle ; succède une baie globuleuse de couleur violet foncé. Ces baies, dont la forme ') etle goùtdouceàtre engagent souvent les enfans à les manger, sont vénéneuses, ] de même que tout le reste du végétal, et d'autant plus dangereuses que l'ap-^j parence extérieure n'avertit pas du danger qu'on doit redouter. En effet , la : plante entière n'exhale qu'une odeur herbacée, faiblement nauséabonde , et ne i présente qu'une saveur faible d'abord, puis un peu âcre. Ce sont les racines et '\ les feuilles qu'on emploie en médecine; quant aux baies , dont on faisait jadis I un sirop , on y a renoncé de nos jours ; cependant, les uns et les autres contiennent le même principe vénéneux, et il n'y a de différence que dans la pro- | portion. Cette différence d'ailleurs deviendra indifférente si l'on emploie ce j principe isolément. \

La belladonne a été l'objetde travaux chimiques fort curieux. M. Vauquelin, ; dont l'analyse est déjà assez ancienne, y a trouvé une substance animale (azotée) j en partie coagulable par la chaleur, et en partie restant en dissolution dans le <| suc au moyen d'un excès d'acide acétique ; du nitrate, du muriate, du sulfate, ^ de l'oxalate acide et de l'acétate de potasse ; enfin , une substance d'une saveur } amcre, et nauséabonde, soluble dans l'alcool, et donnant de l'ammoniaque j lorsqu'elle est soumise à l'action du feu. C'est dans cette substance, dont l'il- j lustre chimiste ne précise pas la nature, que réside la propriété active ; on peut ■ inférer de ces recherches que l'extrait alcoolique doit être plus actif qu'aucun J autre. M. Brandes y a reconnu l'existence d'un principe alcalin-qui s'y trouve ,j à l état de surmalate, et qu'il a désigné sous le nom d'AïROPiKE (voyez ce mot), et qui, séparé par les moyens chimiques , se présente en prismes très-petits , | brillans, transparens et d'un blanc éblouissant. Cette substance est insipide, j très-peu soluble à froid dans l'eau , dans l'alcool , mais soluble en partie dans j l'alcool bouillant qui la laisse précipiter en se refroidissant. L'éther et l'huile i de térébenthine sont sans action sur elle; mais l'huile d'amandes douces la j dissout partiellement à chaud. Elle forme, des sels avec les acides sulfurique, ^ nitrique et acétique. Le premier est eflloresceut, et les deux autres déliquescens ; ! tous les trois d'ailleurs sont solubles dans l'eau. M. Brandes considère l'atropine ; comme une substance non azotée. Ces essais ont été répétés avec des résultats variables; plusieurs chimistes ont trouvé l'atropine avec les caractères indiqués ; ^ d'autres n'ont pu parvenir à se la procurer ; mais, ce qui est important, tous \ sont d'accord sur l'existence des phénomènes morbides que la belladone pro- | duit chez l'homme et chez les animaux, et sur l'analogie qu'ils présentent avec j peux cjue détermine la jusquiame. [Fojrez Jusqciame. ^

BELLADONE

BELLADONE

Les eflfets immédiats ou physiologiques de la belladone sont très-connus ; et des enipoisonnemens nombreux, dont les observations sont conservées, ont permis d'étudier avec détail les phénomènes morbides qu'elle suscite , et de distinguer ceux qui lui appartiennent d'une manière toute particulière, de ceux qui, observés il est vrai chez quelques-uns des sujets empoisonnés , ne doivent être considérés que comme des coïncidences fortuites. Dans la première série se placent, I ° la sécheresse et la chaleur singulière de la bouche et de la gorge, se propageant quelquefois jusqu'à l'estomac et aux intestins, la soif, les nausées, les déjections plus ou moins multipliées (les observateurs ne parlent point, en général, de voraissemens spontanés) ; 2° une gène plus ou moins marquée dans les régions temporales et orbitaires , un trouble notable de la vision , des éblouissemens , des vertiges, une dilatation considérable de la pupille, avec insensibilité h la lumière, et cécité plus ou moins complète, proéminence et immobilité du globe de l'œil, injection de la conjonctive ; 3° un délire ordinairement gai, et qui ne devient pas furieux , au moins d'après les observations connues ; des hallucinations diverses, des mouvemens spasmodiques, enfin , un assoupissement comateux et toujours croissant qui peut se terminer par la mort. Les accidens de la seconde série, et qui ne doivent pas être rapportés à la belladone, sont les sueurs, l'écoulement abondant des urines, l'éruption prématurée des règles , Ja salivation, etc. M. Brandes rapporte que la seule vapeur îles dissolulions de l'atropine ou de ses sels occasione la dilatation et la paralysie de la pupille , et qu'il a éprouvé en outre un violent mal de tête , des vertiges , des nausées et des douleurs dans le dos. Ces diverses souffrances furent tellement pénibles qu'il eut peine à terminer son opération. Ayant goiité une petite quantité de sulfate d'atropine qu'il trouve plutôt salé qu'amer, il sentit un embarras extrême dans la tête, un tremblement dans tous les membres, des alternatives de chaleur et de frisson , une violente tension de la poitrine avec difficulté de respirer, faiblesse du pouls, affaiblissement des mouvemens du cœur. Tout se dissipa au bout d'une demi-heure. Le traitement de l'empoisonnement par la belladone est celui des empoisonnemens par les nai-cotiques. ( Voyez Empoisonnement.) Evacuer le poison ingéré par des vomitifs ou des purgatifs , et employer ensuite les moyens appropriés à la nature des symptômes , telles sont les indications générales à remplir : car il n'existe aucun moyen spécial d'agir sur le poison absorbé , ni d'en arrêter les effets. L'ouverture des corps montre peu de traces dans l'empoisonnement par la belladone. Les organes digestifs ne présentent guère de traces d'inflammation. M. Flourens a observé chez les oiseaux une infiltration sanguine du diploé, dans l'endroit correspondant aux tubercules quadrijumeau.x , sur lesquels il pense que la belladone exerce principalement son action.

lies expériences directes tentées sur la belladone et ses produits ont mis à même d'observer des faits curieux. On a constaté d'abord que l'administration par l'estomac n'était pas le mode le plus propre à donner des effets prompts. D'après M. Orfila l'injection dans les veines , l'application dans le tissu cellulaire, enfin l'introduction dans l'estomac , tel est l'ordre d'après lequel on doit classer les différentes méthodes. Nous avons expérimenté que l'extrait de belladone préparé avec l'alcool, mis en digestion sur les'feuilles sèches, puis évaporé à une chaleur d étuve , agissait très-promptement lorsqu'il était appliqué sur la surface d'un vésicatoire. Un demi-grain appliqué ainsi a produit au bout de cinq à quinze minutes une dilatation sensible des pupilles, et l'affuij blissement de la vue , qui ont duré pendant près de vingt-quatre heures. L'ac- I tion de la belladone sur l'œil semble s'exercer localement lorsqu'elle est applijl quée immédiatement , et d'une manière en quelque sorte élective, quand elle |l est confiée à l'absorption. Ainsi lorsqu'on met de cet extrait dans l'angle d'un œil, au bout de deux à trois minutes la pupille de cet œil se dilate d'abord , et ce n'est qa'au bout d'un certain temps que la pupille du côté opposé parait en ressentir l'influence. Au contraire, quand on le prend à l'intérieur , la dilatation des pupilles a lieu d'une manière égale et simultanément des deux côtés. ! Une fois amené à un certain degré , la dilatation de la pupille et la cécité complète qui en est la suite sont assez durables. J'ai vu plusieurs jeunes conscrits qui , par ce moyen , ont réussi à se faire réformer comme myopes, et chez lesquels la vue ne s'est rétablie complètement qu'au bout de plusieurs jours. Je signale ce fait aux praticiens qui se trouvent chargés d'examiner les jeunes gens appelés au service militaire , parce qu'il est extrêmement diflîcile et peutêtre impossible de reconnaître immédiatement cette fraude. En effet, l'usage I de la belladone amène un état de myopie réelle, qui rend facile aux individus j l'usage des lunettes concaves, dont ceux qui ne sont pas véritablement myopes ont peine à se servir, même quand ils s'y sont exercés; aussi ces derniers sont-ils facilement découverts par l'épreuve de lire alternativement avec ou sans lunettes , le nez touchant le livre , et par le changement successif et imprévu de verres de différens numéros. Ceux , au contraire , qui ont employé la belladone supportent ces diverses expériences. Un moyen assez avantageux consiste à soumettre l'iris h l'action vive et instantanée de la lumière; chez un véritable myope elle se contracte vivement, tandis que dans l'amaurose produite parla belladone, sa contractilité est sensiblement affaiblie. Mais cette exploration même n'offre point assez de certitude , et ce n'est qu'en tenant les individus pendant un certain temps hors d'état d'employer leur manœuvre qu'on voit la pupille revenir à son état naturel, et la vision reprendre sa mesure accoutumée.

Il est il remarquer , d'ailleurs, que, chez les sujets affectés d'amaurose, la belladone ne produit pas d'action appréciable sur la pupille ; ce qui , joint à ce que la dilatation de la pupille est le premier phénomène qui se montre dans l'administration de cette plante , et par quelque voie qu'elle ait lieu , et à ce qu'elle reste seule dans les cas où l'on se borne à des doses peu considérables , porte à penser que cette substance impressionne spécialement la portion du

DiCT. DE MÉPECIME ET DE CHIRURGIE PRATIQUES.

cerveau d'où naissent les nerfs optiques. Du reste , les amaurotiques ressentent les autres effets de la belladone lorsqu'elle leur est administrée à dose convenaljle. En général , ce médicament parait agir d'une manière sédative sur les organes contractiles , dont la nature musculaire n'est pas encore démontrée; et celte observation doit être comptée pour beaucoup dans l'application qu'on en peut faire au traitement de diverses maladies.

L'emploi médical de la belladone parait avoir précédé de beaucoup l'observation raisonnée de ses propriétés toxiques , et l'expérimentation méthodique de ces mêmes propriétés ; c'est d'ailleurs ce qu'on est à même de conslater à chaque instant en matière médicale. Quoi qu'il en soit , examinons d'abord les affections dans lesquelles on peut en attendre raisonnablement du succès , et dans lesquelles on en a obtenu, après quoi nous jetterons les yeux sur celles où l'emploi de la belladone a été superflu ou même nuisible.

C'est dans les maladies des yeux qu'on peut utiliser un médicament dont l'action principale s'exerce sur le nerf optique et son expansion ; et la paralysie passagère qu'elle suscite est utile dans certains cas. Ainsi dans les ophthalmies violentes, où l'impression de la lumière est très-douloureuse, la belladone; en diminuant la sensibilité de la réline , établit une condition favorable à la guérison. Elle est également utile dans la maladie connue sous le nom A'iritis , dont la nature n'est pas encore bien connue : mais , comme son symptôme dominant est une sensibilité excessive de l'œil à la lumière, et qu'il existe une contraction extrême de la pupille et même des paupières , on a été conduit par une analogie directe à essayer l'extrait de belladone , et les bons effets qui ont suivi ont fait voir que cette médication était rationnelle.

Dans la cataracte , la belladone fournit à la fois un moyen d'exploration et de traitement , outre qu'elle peut encore servir à faire attendre l'opération d'une manière plus supportable. Dans le premier cas, l'action de cette substance sur la rétine sert à faire reconnaître si cette expansion nerveuse jouit encore de sa sensibilité normale; ou bien si , comme cela s'observe trop souvent, la cataracte est compliquée d'amaurose ; elle fait reconnaître encore si l'iris n'a pas contracté des adhérences avec les parties voisines ; et à signaler d'avance une des diflicullés ou des contre-indications à l'opération. Avant il'opérer, et quelle que soit la méthode à laquelle on donne la préférence, la belladone sera utilement appliquée sur l'œil; d'après l'expérience des chirurgiens les plus distingués, elle est un auxiliaire fort avantageux, parce qu'elle diminue la sensibilité et la mobilité du globe oculaire, qui constitue nu obstacle puissant a l'opération, et qu'en dilatant la pupille d'une manière permanente, elle favorise le jeu des instrumens , et les diverses manœuvres nécessaires powr extraire ou déplacer le cristallin.

L'efficacité de la belladone pour faire cesser le spasme du col utérin, bien que signalée par des auteurs recommandables , est peut-être moins certaine que dans le cas précédent, où l'on peut à chaque moment répéter une expérience dont les résultats sont il'une certitude mathématique. La dilatation de la pupille est un phénomène extraordinaire , au moins au degré où la produit le médicament qui nous occupe ; au contraire, celle du col utérin dans l'accouchement est naturelle , et doit être amenée tôt ou tard par les seuls efforts de l'organisme. Lorsqu'on l'administre, comme faisait Chaussier, avant de donner le seigle ergoté , dans la vue d'en favoriser l'action, on complique encore la question , et l'on s'interdit le mo^'en de prononcer sur la valeur de la belladone. Ne sait-on pas en efl'et que le seigle ergoté suffit pour procurer la dilatation du col , en même temps que les contractions plus énergiques du corps de la matrice ? et comment , dans cette médication complexe, peut-on apprécier séparément l'influence de chacun des deux agens? Enfin , je ferai remarquer que l'application de la belladone sur le col de l'utérus est assez difficile; en effet, si l'on emploie une pommade consistante, formée de quatre parties de cérat et d une d'extrait , il ne peut y avoir qu'une absorption bien bornée, car il n'y a que simple apposition; et la membrane muqueuse utéro-vaginale ne jouit pas d'une faculté absorbante bien énergique; les corps gras, d'ailleurs ne se prêtent pas facilement à être saisis par les radicules veineuses ou lymphatiques , et sont même peu propres à imbiber les tissus sur lesquels on les dépose. Aussi , dans le cas où l'on voudrait employer la belladone , devrait-on préférer un morceau d'extrait qu'on placerait dans l'orifice utérin et qu'on maintiendrait dans cette situation avec de la charpie et un bandage approprié. Le docteur Will. Chevalier dit avoir observé sur plusieurs centaines de malades que la belladone , appliquée localement sur le col de l'utérus en même temps qu'on administre le seigle ergoté , n'a qu'un effet local et ne cause jamais les accidens généraux qu'elle occasione quand elle est employée seule; tels sont la cécité , etc. Pour m exprimer sans tlctour a ce sujet , je dirai qu'il faut une longue pratique , fût-ce dans un hôpital , pour trouver l'occasion d'appliquer ce moyen sur plusieurs centaines de malades; car les cas où la nature ne saurait se suffire à elle-même ne se présentent point par centaines au même praticien. Admettons donc que le docteur Chevalier ait eu aussi fréquemment recours au moyen en question , il faut admettre également qu'il l'a employé dans une foule de circonstances où la marche naturelle des phénomènes de l'accouchement ayant amené la solution désirée , c'est-à-dire la dilatation du col de la matrice sans phénomènes généraux , il l'a attribuée à la méthode dont il s'était servi. Ce n'est pas que je veuille mer absolument l'action locale de la belladone , mais je veux montrer qu'elle est difficile à constater ; et l'absence des phénomènes spécifiques vers les yeux me fait croire qu'il n'y a pas eu d'absorption du médicament dans les cas rapportés trop succinctement par le docteur Chevalier , dont les observations , bien qu'il les présente en nombre trèsconsidérable en apparence, se réduisent effectivement à peu de chose. Non niiinerandcs sed pa-pendendce. Morcagki.

BELLA.DONE

BELLADONE

Les rétrécisseraens spasoiodiques du canal de l'urètre sont assez communs ; mais ils ont cela de particulier que souvent ils se dissipent spontanément pour revenir ensuite , de sorte que tel malade dont le canal ne peut admettre une bougie des plus fines , recevra , une heure ou deux plus tard, une soude du plus gros calibre; et cette singulière alternative peut se répéter plusieurs fois. Une pareille marche dans une maladie la rend peu propre à devenir l'objet d'expériences concluantes sur l'action d'un médicament quelconque. Quoiqu'il soit difficile de prouver que la belladone est utile en pareil cas, et que je pense, d'après beaucoup de chirurgiens, et d'après mon expérience particulière, que la (Ululation permanente du canal par les bougies a plus de part dans les guérisons que telle ou telle substance dont sera formé ou enduit le corps dilatant, il est bon d'expérimenter les bougies enduites d'extrait de belladone. Je rappellerai seulement ici que l'opium a des effets plus sûrs, et, dans les cas de véritable nécessité, il est plus sage de recourir à ce médicament éprouve' , que de courir la chance d'une expérimentation nouvelle. Nous ne saurions partager l'opinion du docteur Blackest, qui conseille ces bougies dans l'inflammation du canal. Nous avons vu que l'introduction de corps étrangers dans l'urètre enflammé n'était rien moins que salutaire , quelles qu'en fussent d'ailleurs les propriétés. Mais , assurément , une sonde creuse vaudrait mieu.x qu'un bougie , parce qu'elle aurait au moins l'avantage de soustraire la membrane irritée au contact de l'urine. {Voyez Blennorrhagie. )

Les mêmes réflexions se représentent à l'occasion du spasme du sphincter de l'anus, dans lequel la belladone a été recommandée. Nous concevons bien que l'application de ce médicament ait pu y être avantageuse, mais les observations rapportées ne prouvent pas qu'il soit absolument préférable à tout autre, et qu'on ne puisse obtenir un égal succès de mèches de charpie dont on augmenterait graduellement le volume, et qu'on enduirait de cérat opiacé. Ce n'est pas tout de dire qu'un médicament réussit dans telle ou telle maladie, il faut tâcher d'établir qu'il réussit plus sûrement qu'un autre, et le signaler comme tel aux praticiens qui, n'ayant ni le loisir ni l'occasion de faire des expériences comparatives , ont besoin de savoir de suite quel est l'agent le plus digne de leur confiance.

Les applications externes et topiques de la belladone sont peut-être celles dont on peutattendre le plus de succès; telle est du moins l'opinion de la plupart des praticiens ; cependant l'usage interne de ce médicament est assez répandu , et il est vanté dans des cas si divers , qu'on éprouve le besoin d'examiner les faits et de réduire à leur juste valeur les éloges exagérés qu'on en a faits. Ici d'ailleurs il ne s'agit plus d'effets immédiats; c'est comme altérant que le remède agit, et l'on sait qu'en pareil cas , le temps , le régime et l'espoir peuvent et doivent entrer en ligne , si l'on ne veut s'exposer à de singuliers mécomptes. En règle générale , dans les cas où l'on n'observe pas d'effets physiologiques , les effets curatifs doivent être sévèrement discutés. Ainsi , par exemple, que dans un rhumatisme chronique, une névrose, le tétanos luimême, un narcotisme plus ou moins considérable, provoqué et entretenu par l'administration de la belladone, amène au bout d'un certain temps la disparition des accidens , c'est ce qui se comprend parfaitement bien. Mais ce n'est pas de cette manière qu'on procède d'ordinaire, et l'on administre, au contraire , le médicament à doses fractionnées et très-lentement croissantes, dont l'habitude émousse l'impression journalière, et qui par conséquent ne produisent aucun effet appréciable. Aussi n'est-ce jamais que par un usage très-prolongé que la guérison s'obtient, et dans la plupart des cas n'observe-t-on que d'insignifiantes améliorations. Que peut-on attendre, par exemple , de la combinaison de la belladone avec le chlorate de potasse ? Est-il possible de se faire une idée de l'intention qui a guide l'auteur de ce mélange ?

L'hydrophobie , le cancer, n'ont pas trouvé dans la belladone un remède plus efficace que les mille autres qui ont été tour à tour préconisés avec un aveugle enthousiasme , ou rejetés avec un juste mépris. L'épilepsie, l'hystérie, l'hypochondie, la manie , ont également résisté à ce médicament, si ce n'est dans les cas peu graves, et qui guérissent avec toute espèce de traitement. Comment peut-on croire , pour peu qu'on ait vu des épilepsies , qu'il est possible de les guérir en leur donnant l'extrait de belladone , sans dépasser la dose de quatre grains par jour , surtout lorsqu'on se rappelle de quelle manière on préparait cet extrait en 1790 , époque de laquelle datent ces observations?

On ose à peine redire que cette substance a été conseillée dans le traitement de l'hémiplégie , de l'hydropisie , de la goutte et de l'ictère , et même de fièvre quarte, du vomissement de sang, de la dysentrie , etc. Quand il serait vrai que dans ces diverses maladies elle ait été quelquefois utile, il resterait à prouver qu'elle a agi d'une manière particulière, et non pas seulement en produisant une médication narcotique , dont un heureux à propos a fait tout le succès.

Il est cependant une maladie contre laquelle elle paraît jouir d'une efficacité assez bien éprouvée, c'est la coqueluche. Mais peut-être parlerait-on plus exactement en disant que la belladone agit généralement sur les organes respiratoires , et qu'elle calme la toux, même dans les cas où elle dépend évidemment d'une lésion matérielle de ces organes. C'est ce qui semble résulter d'une série d'expériences inédites auxquelles j'ai coopéré , et dans lesquelles on a vu la toux généralement diminuée chez des sujets atteints de pneumonie, de bronchite et de phthisie pulmonaire. Mais on doit dire aussi que l'opium produit la même amélioration, et il faudrait des expériences comparatives pour savoir précisément lequel des deux agens mérite la préférence. D'ailleurs la belladone dans ces cas a constamment produit les effets immédiats qui lui sont propres, et quand la réaction inflammatoire était énergique , l'anxiété, la soif, la sécheresse à la bouche , et la chaleur brûlante de la gorge et de la peau contrai-

gnaient d'y renoncer. Cette observation facile à vérifier doit inspirer de lai défiance sur les relations dans lesquelles la belladone est représentée comme) agissant sur une partie, sans produire d'effets spéciaux, bien qu'elle soitadmi-; nistree à forte dose. Dans la coqueluche , quand il n'existe pas de symptômesj inflammatoires , ou quand ils ont été combattus par les moyens appropriés, la, belladone , administrée à plusieurs reprises dans la journée, et par doses plusi ou moins considérables, suivant lage des malades, est d'une utile application,; et les praticiens s'accordent à le reconnaître.

Le mode d'administration n'a d'ailleurs riea de spécial ; il suffit que le raédi" cament puisse être absorbé et porté dans les voies de la circulation; aussi lei procédé conseillé par quelques praticiens de faire fumer dans une pipe leS: feuilles de la belladone ne présente-t-il rien de particulier. C'est se condamned volontairement pour l'appréciation des propriétés de la belladone , que de lâ^ faire tremper préalablement dans une solution d'opium. L'introduction dei vapeurs médic. menteuses , dans les voies aériennes , est un moyen souvenï avantageux, lorsqu'il n'existe point d'état d'excitation très-marquée. Mais est^ il prouvé par l'expérience que le principe actif de la belladone , de l'opiun^ lui-même , se volatilise seulement par la combustion , sans subir de décomposi»* tion. Cela vaudrait la peine d'être examiné par l'analyse de la fumée. Seraient^ ce seulement les gaz produits dans cette opération qui agiraient dans cetté circonstance , et alors ne pourrait-on pas attendre des effets semblables de l:^ fumée de substances végétales diverses ? i Un praticien d'Orléans, le docteur llanque, emploie dans un grand nombrét de maladies , et surtout dans la colique des peintres , la teinture éthérée dj belladone. Mais il l'associe à un si grand nombre de moyens divers qu'il est presque impossible d'apprécier son influence. D'ailleurs les observations qu'il produit à l'appui manquent de détails suffisans pour qu'on puisse rien établi^ de précis relativement à cette application particulière. i Il a été fait dans ces derniers temps, en Allemagne , une application toute particulière des propriétés de la belladone, application dont l'origine et l'his-' toire méritent quelques détails. Hanemann , l'auteur de la doctrine homœopathique {voyez Homoeopathie ) , ayant observé quelque analogie entre les phénomènes de la scarlatine et ceux que détermine l'empoisonnement par la belladone (sécheresse de la bouche et du pharynx, prurit à la peau , etc.), pensa que son usage pourrait , dans les épidémies de scarlatine , préserver de cette maladie. Il entreprit, d'après celte idée, des expériences qui furent répétées en divers pays et par des praticiens différens , et qui donnèrent des résultats curieux. Dans plusieurs épidémies , les enfans qui avaient usé de la belladone furent préservés au milieu de leurs jeunes compagnons atteints de la scarlatine; et ceux d'entre eux qui furent pris de cette maladie ne l'eurent qu'à un faible degré : un grand nombre de médecins des plus honorables attestent ce fait, quelques-uns seulement le contestent. Quant aux explications , auxquelles il n'est pas interdit d'en venir quand on est à peu près d'accord sur l'existence des faits, les uns croient que la perturbation produite parla belladone est la cause de sa vertu préservative , et disent avoir observé parfois, chez les enfans auxquels ils l'administraient, des coliques, de la diarrhée, des sueurs ou des urines abondantes; les autres , à la tête desquels se place le professeur Hufeland, pensent que c'est en diminuant la susceptibilité nerveuse que la belladone rend inaccessible à la contagion.

Quelle que soit l'opinion qu'on puisse se former sur la manière dont la belladone produit ce résultat , le point capital n'est-il pas qu'il soit constaté diront sans doute quelques personnes. Assurément, mais l'explication rationnelle du fait conduit à une pratique plus sûre et plus salutaire , que celle qui résulte d'une aveugle et incomplète imitation. Si donc, comme cela paraii probable , on parvient à éviter la scarlatine en tenant habituellement, pendant la durée de l'épidémie, les enfans sous l'influence d'un médicament narcotique, au moyen duquel les fonctions sont ralenties , on doit avoir soin d'en augmentei graduellement les doses , afin que l'habitude n'en émousse pas l'efficacité. Il serait d'ailleurs curieux d'expérimenter si l'opium , par exemple , administré d'après les mêmes principes , n'aurait pas les mêmes effets ; ou bien si , d'après la théorie que nous avons exposée plus haut , on n'atteindrait pas le mêm( but par l'usage habituel des purgatifs, des diurétiques ou des sudorifiques C'est ainsi qu'à une pratique erapiritique dont le hasard a indiqué l'efficacité, on substituerait une médication raisonnée dont on saurait apprécier la portée diriger méthodiquement l'application, et assurer les résultats.

Si je suis entré dans de grands détails sur la belladone, c'est qu'elle est véri tablemcnt un médicament actif. N'eût elle que la propriété d'agir efficacemeni sur l'œil , elle serait précieuse encore, et le médecin devrait s'estimer heureuj si l'on possédait pour chaque organe un levier aussi puissant. C'est ce qui m'; engagé à en discuter les diverses applications , sans me laisser prévenir par dci autorités plus ou moins importantes , et à examiner les diverses opinions froidement, et à l'aide de l'expérience et du raisonnement. C'est éclairer et servii la médecine pratique que de soumettre les faits à l'analyse comparative, el d'amener les médecins à voir dans les médicamens, non point des puissance! occultes et surnaturelles , mais des agens physiques, dont les propriétés hier connues peuvent produire des médications. ( Voyez Médications. )

La belladone envisagée d'après ces principes peut rendre de véritables services et son mode d'administration devra être aussi simple que possible. Si, comme le disent des chimistes français, l'atropine est diflicile à préparer, il faut , er attendant qu'on soit arrivé à se la procurer généralement, employer de préférence l'extrait alcoolique qui est vraiment le plus énergique. On sait qu'er bonne thérapeutique , on doit préférer la préparation qui est la plus identique dans sa force. C'est pour cela que l'usage de la poudre , de la racine ou dei

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