BESOIN
feuilles est bien inférieur à l'extrait aqueux ; h celui qu'on prépare par l'évaporalion du suc de la plante récente; à l'extrait alcoolique, et surtout aux alcaloïdes , qui presque tous insoluliles ou peu solubles à l'état de pureté , se dissolvent, etsont, à cause de cela, plus efiicaces sous forme desels. Remarquons d'ailleurs que quand un médicament jouit , comme la belladone, de propriétés incontestables , on en obtient des effets sous quelque forme qu'on l'emploie , mais il faut se servir autant que possible d'une préparation uniforme, et qui , sous un petit volume, jouisse de propriétés énergiques , pour savoir a quoi s'en tenir sur les résultats qu'on en peut attendre. C'est une manière de procéder infiniment vicieuse, je le dis sans réserve, et bien que des médecins recommandables la conseillent et la suivent , que de faire subir aux médicamens des préparations destinées à \e%affaiblir. Tel est l'oxymel de belladone d'Hufeland, dans lequel le vinaigre est censé diminuer la force de cette substance et la rendre plus avantageuse pour les enfans. Outre que rien n'est moins démontré que l'influence du vinaigre pour aifaiblir la belladone, le seul moyen raisonnable et certain pour proportionner l'action d'un médicament à l'âge et aux force des sujets , est d'en diviser convenablement les doses.
La belladone a été presq >e toujours employée isolément, et cela se conçoit : elle n'a pas besoin d'auxiliaire pour produire des effets remarquables. On l'a donnée le plus ordinairement en poudre, à la dose d'un demi-grain, répété pins ou moins souvent d'après les phénomènes observés. C'est la poudre des feuilles desséchées qui a servi dans le plus grand nombre des expériences, surtout en Allemagne , et l'on n'a pas remarqué que la dessication leur fit rien perdre de leurs vertus. L'infusion et la décoction ne sont pas usitées; quant aux extraits qu'on emploie fréquemment, ils demandent beaucoup de choix; il est tel extrait du commerce dont on pourrait prendre douze grains et plus en une seule dose, sans éprouver d'accident , tandis qu'on n'administrerait pas impunément de prime abord le quart de cette dose de l'extrait alcoolique dont nous allons parler.
L'extrait préparé par l'évaporation du suc exprimé de la plante récente est assez actif, moins cependant encore que celui que nous avons essayé, et que nous avons obtenu par le procédé indiqué par M. Planche pour l'extrait de jusquiarae. Prenez feuilles sèches de belladone une partie, alcool 22° quatre i parties ; faites macérer pendant quatre jours , filtrez etdistillez aux trois quarts,
I puis faites évaporer à l'étuve. L'extrait qu'on obtient ainsi estla préparation la plus énergique après 1 atropine; il faut l'employeravec précaution ; un huitièmp de grain appliqué dans l'angle de l'œil , produit rapidement des effets sensibles. La teinture éthérée de belladone, dont quelques médecins font un grand usage,
\ ne parait point mériter de préférence ; au reste , il n'y a point d'utilité à multiplier les préparations d'un médicament, lorsqu'on n'arrive pas à lui donner plus d'activité. (F. Ratieu.)
\ BENJOIN, benzoinum. Le benjoin est un baume naturel apporté des îles de i - la Sonde, et surtout delà partie méridionale de Sumatra, où il est produit par \ un arbre nommé stjrax benzoin. Ce végétal , congénère de ceux qui fournissent \ le baume styrax etleliquidambar, appartient à la décandrie monogynie et à la t famille des ébénacées. Le baume en découle par des incisions , sous la forme « d'un suc blanc qui se solidifie et se colore par le contact de l'air. Cette production I' ne paraît pas avoir été connue des anciens.
Le benjoin est en masses considérables , sèches et friables ; il offre, sur un
II fond rougeàtre , comme écailleux , une quantité plus ou moins grande de larmes t! blanches qui ont l'apparence d'amandes cassées. De là vient le nom de benjoin
* omygdaloide , qu'il porte ordinairement. Celui qui ne contient pas de ces |ii larmes est nommé benjoin commun ; il est moins estimé. On trouve également ïil dans le commerce, mais seulement depuis peu d'années, du benjoin entièreil ment formé de larmes assez volumineuses , blanches et opaques , qui paraissent
avoir été retirées des plus belles masses amygdaloïdes. er Enfin il vient de Santa-Fé , de Colombie , une sorte de benjoin produite par Il une es'pèce d\iliboit/ier qui croissent dans ces contrées. Ce benjoin est en masses it d'un rouge terne , uniformes , non larmeuses , d'une odeur et d'une saveur il faibles, qui tiennent autant du styrax que du benjoin. Ce baume est très-infém rieur eu qualité à celui de Sumatra.
M. Le benjoin a une odeur suave, et une saveur douce , balsamique, qui finit éi Cependant par irriter la gorge; il se fond au feu et dégage une fumée fortement «I aromatique qui, condensée sur un corps froid, forme des cristaux d'acide benzoïque. 11 est soluble dans l'alcool et dans l'éther ; l'eau le précipite de ces !fl' deux dissolutions.
iil Le benjoin, employé à l'intérieur, favorise l'action digestive , active la circu- II lation , rend les sécrétions plus abondantes, et paraît surtout exercer une Il excitation sur l'organe pulmonaire. Il est peu usité cependant de cette manière, la et son plus grand usage est à l'extérieur , comme cosmétique , ou comme )!• ingrédient principal des fumigations aromatiques. Il entre donc dans un grand [( I nombre d'espèces, de poudres ou de trochisques odoriférans; sa teinture d; alcoolique, versée goutte à goutte dans l'eau, forme un liquide blanc et opaque, )i riommé lait virginal , liant les femmes font un grand usage pour leur toilette.
Le baume du Commandeur est une autre teinture dont le benjoin fait partie, et I qui est fort usitée à l'extérieur comme vulnéraire et résolutive. Le sirop de I ^ benjoin , dont il est fait mention dans diverses pharmacopées , est beaucoup 1 i i moins employé. ( Guibourt. )
1 BENOITE , geum urbanum ; herbe de Saint-Benoît. Icosandrie polygynie ,
• LiKN.; rosacées , Juss.
j C'est la racine de cette plante qui , seule , a été employée en médecine. Elle le n'est pas rare , et croît spontanément dans les lieux incultes , où l'on allait la 9 recueillir autrefois avec plus d'empressement qu'aujourd'hui, qu'elle est presque
tombée en désuétude; cependant elle ne mérite pas cette défaveur plus qu'une foule d'autres substances qui figurent encore dans nos recueils de matière médicale. Elle offre une saveur amère et astringente , une odeur aromatique analogue à celle du girofle; elle donne à l'analyse de l'huile volatile , de la résine, de l'acide gallique, et surtout du tannin en grande proportion ; ce qui doit faire supposer des propriétés médicinales assez actives. De plus elle présente au médecin philanthrophe l'avantage d'être indigène et peu coûteuse.
Ses effets immédiats sont assez marqués ; elle agit à la façon des substances amères et aromatiques , sans présenter rien de spécial dans l'impression qu'elle produit sur l'économie animale. Elle peut être employée comme tonique dans les cas qui réclament une médication de ce genre. Des fièvres intermittentes légères peuvent bien aussi cédera son usage méthodique; mais on n'est pas autorisé à penser que son efficacité soit égale à celle du quinquina dans celles qui ont quelque gravité , et qu'elle soit la succédanée la plus estimable de l'écorce du Pérou.
Son mode d'administration n'offre rien qui sorte des règles générales. On peut la donner en substance ou en décoction à des doses proportionnées aux effets qu'on en attend , et qui peuvent être porlées très-haut sans le moindre inconvénient. C'est avec raison qu'à cause de son odeur fugace , on recommande de la faire sécher à une douce chaleur. (F. Ratier. )
BENZOÏQUE (acide). L'acide benzoïque se trouve dans les baumes végétaux, naturellement combiné à de la résine et à de l'huile volatile , ou dans les urines de quelques animaux herbivores, à l'état de benzoates de soude et de potasse. Il existe aussi dans quelques substances végétales aromatiques , telles que la vanille et la cannelle; mais c'est du benjoin qu'on l'extrait le plus ordinairement , par 1 intermède de l'eau , de la chaleur ou des alcjlis.
Pour extraire l'acide benzoï([ue du benjoin, à l'aide de la chaleur , on met dans un pot de terre vernissé un mélange de cinq parties de benjoin pulvérisé , d'une partie de sable pur et d'une partie de charbon ; on recouvre le vase d'un chapiteau conique , et l'on chauffe très-modérément pendant une heure. Lorsque ensuite l'appareil est refroidi , on retire l'acide sublimé , on pulvérise le résidu , et on le chauffe une seconde fois , et de même une troisième , afin d'en retirer tout l'acide. Le produit de cette opération , nommé communément fleurs de benjoin, est sous forme de longues aiguilles ou de lames flexibles, souvent colorées par de l'huile volatile , et dans tous les cas il se colore toujours avec le temps. C'est à cette huile qu'il doit l'odeur forte, non désagréable, qui le caractérise , et une exaltation de propriétés excitantes qui doivent le faire préférer , pour l'usage médical , à l'acide obtenu par les autres procédés.
L'eau pure ne retire des baumes qu'une partie de l'acide benzoïque qu'ils contiennent; mais la chaux , conseillée par Scheèle, paraît l'extraire en totalité. A cet effet , on fait bouillir dans l'eau , et à plusieurs reprises , un mélange de quatre parties de benjoin pulvérisé et d'une partie de chaux hydratée; les liqueurs réunies sont concentrées par l'évaporation , filtrées et mélangées de la quantité d'acide hydrochlorique nécessaire pour leur communiquer une faible acidité. L'acide benzoïque, séparé de la chaux, se précipite. Après vingtquatre heures de repos , on le jette sur un filtre , on le lave avec un peu d'eau froide , et on le fait sécher; il est sous forme de paillettes légères , d'un blanc faiblement jaunâtre, qui contiennent une certaine quantité de résine; on le purifie par solution dans l'eau ou par sublimation.
L'acide benzoïque pur est blanc , peu odorant , cristallisé en prismes alongés ; la saveur en est piquante et très-àcre à la gorge ; il est assez soluble dans l'eau bouillante , et s'en sépare en grande partie par le refroidissement; il est trèssoluble dans l'alcool et dans l'essence de térébenthine. L'acide nitrique le dissout sans l'altérer, piopriété qu'il partage avec l'acide succinique. Suivant M. Berzélius , l'acide benzoïque est formé de
Hydrogène. . . 12 atomes. . . 5,27 Carbone. . . . 15 l'c?. ... 74,86 Oxigène. ... Z id. ... 19,87
(GciBOURT.)
BESOIN, s. m., inopia. On donne ordinairement ce nom à la privation des objets qui servent à réparer les pertes faites par l'économie ; tels sont les besoins de manger, de boire, etc. Mais en saine physiologie , l'acception du mot besoin doit être étendue à toute sensation interne ou externe qui , née de l'état de souffrance des organes , avertit les animaux de la nécessité , soit d'exécuter les actes , soit de se procurer les choses indispensables à l'entretien de la vie, ou que l'usage et une longue habitude leur ont rendu agréables. Celte définition comprend non-seulement les besoins normaux , ou qui dérivent de la structure même de l'organisme, mais ceux qu'on nomme improprement factices ou artificiels , et qui ne reposent que sur des circonstances accidentelles , étrangères au sujet lui-même.
Le but général des besoins est la conservation des individus et des espèces. Afin que l'animal vive et se reproduise, il doit nécessairement établir entre lui et les corps qui l'environnent des relations convenables ; et , pour cela , il faut qu'une voix intérieure l'instruise de l'instant où ces relations deviennent utiles , et l'excite même impérieusement à l'exécution des actes qu'elles comportent. Dans l'ordre normal, les sensations de besoin sont les sentinelles chargées de donner à l'organisme ces avertissemenç , dont il ne néglige jamais sans inconvénient les salutaires indications.
Les besoins peuvent être divisés en ceux qui dépendent de la privation des modificateurs dont l'action est réclamée par l'état des organes , ou des objets