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BESOIN

BJESOIN.

au contact desquels ils sont habitués , et en ceux qui se développent par la continuité même des actions stimulantes , ou par la nécessité d'expulser soit les résidus des sécrétions, soit des corps développes dans certaines parties. Ceux-ci, tels que le besoin du repos , de l'expulsion des matières stercorales , de l'exonération du fœtus , résultent de la fatigue des tissus ou de la stimulation et de la gène qu'occasionent les substances dont l'organisme cherche à se débarrasser; les autres, au contraire, comme les besoins de manger, de respirer, de fumer, etc. , sont causés par l'absence prolongée d'impulsions et d'ébranlemens organiques, nécessaires à l'exercice régulier des fonctions, ou qui déterminent un plaisir plus ou moins vif.

A raison même de leur destination , les sensations de besoin se manifestent dans tous les appareils organiques chargés des grandes fonctions ; et c'est d'après ces appareils qu'il convient le mieux de les classer.

1° A la fonction de la digestion se rattachent : A , le besoin des alimens solides , désigné , selon ses degrés , sous le nom d'appétit et de Jàim , et dont la destination est de solliciter l'ingestion des substances propres à réparer les pertes que les organes éprouvent incessamment : il a son siège dans l'estomac ; B', le besoin des alimens liquides ou des boissons , qui constitue la soif^ et a pour objet l'introduction dans l'organisme des substances propres à entretenir la liquidité de nos humeurs: il réside dans l'arrière-bouche et le pharynx ; C, enfin, deux besoins dont la manifestation nous avertit de l'état de réplétion des réservoirs dans lesquels s'accumulent les matières stercorales et l'urine, et qui nous font sentir la nécessité de les vider : ils se font sentir dans le rectum et à la vessie, surtout vers son col.

2" A la fonction de la respiration se rallie le besoin d'introduire dans la poitrine l'air indispensable pour convertir le sang veineux en sang artériel , et le besoin opposé, qui nous porte à expulser le résidu de cet air, afin de faire place à de nouvelles portions de ce fluide et d'entretenir par ce mécanisme le jeu de la machine animale. L'une et l'autre de ces sensations semblent avoir spécialement leur siège dans la membrane muqueuse des bi onches, de la trachée-artère et surtout des lèvres de la glotte.

3° Les fonctions de la génération, dont l'objet est la conservation de l'espèce, comportent deux genres de besoins ; l'un relatif à l'union des sexes, et qui est plus prononcé dans le mâle que dans la femelle; l'auti'e, exclusivement réparti à celle-ci , et qui provoque l'exonération du produit de la conception. Les sensations intérieures qui portent à allaiter, à soigner, à conserver l'enfant, constituent ensuite d'autres besoins accessoires à la génération , et dont la vivacité n'est pas moins grande que pour les premiers.

4° A la peau siège le besoin si impérieux et si important du calorique.

5" Aux fonctions de relation se rallient une foule de besoins assez ordinairement subordonnés à la satisfaction des précédons, et qui, cependant, lorsqu'on ne leur obéit pas , entraînent un état de gêne , de malaise et d'agitation quelquefois insupportable. Tels sont , pour les organes de sensations externes, le besoin de les faire agir, de les appliquer à l'examen des corps extérieurs , et d'obtenir par leur intermédiaire des impressions dont l'encéphale contracte facilement l'habitude. Tels sont encore les besoins encéphaliques . soit qu'ils se rapportent aux scnlimens moraux, comme ceux de l'attachement , de l'approbation , de la domination , etc. ; soit qu'ils aient pour base l'exercice de quelque faculté intellectuelle prédominante , comme les besoins de se livrer au calcul, de cultiver la musique, la peinture, d'explorer les diverses parties de la nature, de remonter aux causes des phénomènes dont les sens sont frappés , etc. Ce dernier ordre de besoins est moins impérieux que le premier, bien que souvent, après un long repos des organes qui en sont le siège, les sensations par lesquelles ces besoins intellectuels se caractérisent, deviennent fort pressantes , et que leur satisfaction soit accompagnée d'un grand plaisir.

6° Ces considérations s'appliquent aux besoins du mouvement et du repos, dont les sensations se manifestent dans l'appareil locomoteur. Comme ceux des sensations externes , ces besoins ont les plus intimes relations avec l'appareil nerveux encéphalique , auquel les muscles sont si couipléteraent subordonnés. Onpeut juger de l'intensité du besoin qui nous porte au mouvement par l'ennui et le malaise que fait éprouver aux enfans , et même aux hommes habitués aux exercices du corps , un repos forcé , prolongé pendant un certain temps. L'obstacle opposé à la satisfaction porte quelquefois , chez les jeunes s^ijets, une atteinte irrémédiable à la santé.

7» Enfin , un dernier besoin succède à tous les autres et résLdte de l'exercice continué des organes : c'est le besoin du sommeil , un des plus réguliers dans ses retours et un des plifs violens dans les sollicitations dont il est la source.

Il ne doit être ici question des besoins accidentels, et comme on le dit factices , tels que ceux de fumer , de priser , de respirer des parfums , de mettre certains corps eu contact avec la peau, que pour faire observer que, nés de l'habitude ou de l'usage, ils peuvent acquérir une intensité presque aussi grande , et déterminer, lorsqu'ils ne sont pas satisfaits, des sensations presque aussi pénibles que les besoins les plus immédiatement attachés à la conservation des individus. Il est, par exemple, des personnes qui supporteraient plutôt , jusqu'à un certain point , le sentiment de la faim , ou le malaise causé par le froid et la fatigue , que de se priver du plaisir que procure l'action de fumer ou celle de priser.

Mais, en général , les besoins sont d'autant plus iuipérieux, et commandent avec une autorité d'autant plus grande l'exécution des actes qui les concernent , qu'ils se rapportent h des fonctions plus importantes à la vie. Ainsi, le premier de tous, sous ce rapport, est le besoin de respirer; ceux des boissons, des alimens solides , des diverses exonérations viennent ensuite ; et ce n'est en général qu'en l'absence de ces besoins, ou lorsque leur satisfaction laisse l orga^

nisalion en repos, que se manifestent avec énergie les besoins relatifs à l'exercice des sens , ou à l'action des organes encéphaliques ou locomoteurs.

Les circonstances au milieu desquelles nous vivons , en déterminant des sensations diverses, agréables ou pénibles, entraînent à leur suite des besoins qui varient dès lors , selon les individus et les peuples des différentes contrées. Ainsi, dans les climats septentrionaux, le besoin, dont il a déjà été question, de se vêtir chaudement , de se préserver par de solides habitations de l'inclémence de l'atmosphère , de recourir même au calorique artificiel, afin d'entretenir autour du corps une température convenable, contraste avec le besoin des réfrigérans , avec les vêtemens légers , avec le goût des boissons froides , que l'on rencontre dans les contrées méridionales et entre les tropiques.

Les besoins sont constamment d'autant plus prononcés et d'autant plus prompts à reparaître, que les organes dont ils sollicitent l'exercice sont plus prorapts et plus actifs. Cette règle ne souffre pas d'exception ; elle est la conséquence de cet autre axiome, également incontestable , que les facultés sont proportionnées , dans leur énergie , à la structure plus ou moins robuste , et au développement plus ou moins considérable des parties vivantes qui en sont le siège. On peut donc juger, d'après la vivacité, la persistance et le fréquent retour des besoins, de la prédominance relative de tels ou tels appareils organiques; de même que, par l'inspection des organes, il est assez aisé de mesurer le degré de puissance des besoins dont ils sont l'origine. L'une et l'autre de ces voies d'investigation conduisent à l'acquisition de notions précieuses pour la connaissance des idiosyncrasies , pour l'explication d'un grand nombre de phénomènes morbides individuels, etmêmepourla détermination de quelque» indications thérapeutiques.

Tous les besoins débutent, dans leur manifestation, par une sensatiou agréable ; l'organe qui en est la source se prépare à l'action , et promet le plaisir pour récompense des efforts qu'il sollicite. Si le besoin n'est pas satisfait, cet état devient graduellement désagréable, puis pénible , puis insupportable. L'encéphale, excité par le malaise local, combat quelquefois, et maîtrise, pendant un certain temps , les impulsions que le besoin , devenu de plus en plus impérieux, fait naître; mais il cède enfin , et toutes les barrières sont renversées par la nécessité d'apaiser le malaise de l'organisme. On conçoit que la durée, ainsi que l'efficacité de cette résistance morale à la satisfaction de certains besoins , auxquels les lieux et les circonstances ne permettent pas d'obéir , varieront selon la culture intellectuelle des sujets , selon l'empire qu'ils auront su prendre sur eux-mêmes, etc. Relativement à l'organe d'où part le besoin, s'il n'est pas satisfait , son tissu en éprouve souvent des lésions graves, et ses fonctions des dèrangemeiis considérables. Ainsi la non-satisfaction des besoins de la faim et de la soif provoque dans l'estomac et au pharynx le développement d'inflammations intenses, avec ramollissement ou même gangrène des tissus; le satyriasis et la nymphomanie résultent assez souvent du besoin génital porté à l'excès, et contrarié ou empêché dans son développement; divers genres de folie ont été quelquefois provoqués par des obstacles apportés à l'épanchement des sentimens moraux, ou à l'exercice de certaines facultés intellectuelles très-prononcées. Si l'organe d'où provient le besoin est rempli par des substances dont il sollicite l'expulsion , toutes les forces de l'organisme s'ajoutent graduellement à la sienne afin de l'aider à exécuter ses fonctions ; mais, lorsque d'invincibles obstacles s'élèvent contre l'accomplissemeut de ce résultat, l'organe s'enflamme; une partie de la matière retenue dans son réservoir est absorbée, l'encéphale s'irrite, la fièvre s'allume, et la mort survient au milieu d'une agitation extrême, et après des souffrances plus ou moins aiguës. C'est ainsi que succombent les sujets chez lesquels les matières stercorales , l'urine , ou le produit de la conception , ne peuvent être expulsés, à raison d'oblitération du canal intestinal, de l'urètre ou d'autres circonstances analogues.

Les besoins ne sauraient se manifester convenablement, c'est-à-dire , être sentis et solliciter à un juste degré les déterminations du cerveau , si , d'une part, les organes d'où ils doivent naître ne sont doués d'une structure et d'une excitation normales , et , de l'autre, si l'encéphale n'est exempt de lésions susceptibles d'entraver l'exercice de ses fonctions. Dans l'état régulier de santé, ces deux points de naissance et de perception des sentimens de besoin sont en équilibre et se balancent réciproquement , de telle sorte que l'exercice, la fatigue ou l'épuisement de l'organe , stimule, irrite ou afl'aiblit la partie du centre nerveux qui lui correspond. Lorsque l'organe manque tout à coup, après un long emploi , des choses dont il réclamait l'usage, le cerveau , habitué à la stimulation et au plaisir que son exercice procurait , cherche à renouveler encore ces sensations, et devientle siège de besoins qui , n'ayant plus d'instrumens dans l'organisme, sont impossibles à satisfaire. Tel est le besoin du coit; qu'on observe chez quelques vieillards dont les organes génitaux sont flétris, ceux qui persistent après les castrations pratiquées sur des sujets adultes, etc.; et par réciprocité, les affections du cerveau, comme les congestions sanguines, comme les commotions , empêchent les besoins les plus impérieux d'être perçus avec leur vivacité normale : la respiration est lente , la faim et la soif sont presque abolies, les contractions intestinales ralenties ou suspendues; tandis que , dans les excitations encéphaliques intenses , qui donnent lieu au délire ou à la fobe , certains besoins sont exagérés ; les individus sont poussés à l'abus des alimens, à la destruction des choses ou des personnes, ils ne ressentent plus l'impression du froid, etc. Toutes les fois que les besoins sont diminués, pervertis ou exagérés d'une manière très-notable , il faut en rechercher la cause dans l'état de maladie , soit des organes , soit des nerfs conducteurs des impressions, soit du centre nerveux chargé de les recevoir et de les apprécier; et, dans tous les cas, tout retour à leur rhythme normal est une mesure assez exacte di»

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