DR LA THÉRAPEUTIQUE AU XIX^ SIÈCLE. XXXIX
connue à une maladie éloignée de nature différente, ou ayant pour siège un organe important. Ainsi fait-on à volonté, ou selon l'indication curative, parla médication stimulante, une révulsion et une substitution thérapeutiques. Ce sont deux opérations importantes à connaître dans leur mécanisme et dans la manière de les utiliser,
6" Médication narcotique, sédative, stupéfiante ou calmante.
La médication- calmante, narcotique, sédative ou stupéfiante a pour but de produire le calme, le bieu' être, le repos, là où existent l'agitation, la douleur, le spasme et la convulsion. Elle comprend tout ce qui se rattache à Yhyposthénie musculaire, au narcotisme, à Vanesîhésie et à Vhypnotisme.
Les moyens qu'elle utilise dans ce but sont très-nombreux et tirés du règne minéral, végétal ou animal Je les indiquerai tout à l'heure. Leur mode d'action est inconnu ; ce sont pour la plupart des agents qui ont, sur les tissus ou sur les organes, une action particulière, spéciale et spécifique, déterminée par l'expérience. Les uns s'adressent à la douleur, qu'ils apaisent, ou à l'intelligence, qu'ils anéantissent; d'autres agissent sur le mouvement, qu'ils modèrent ou qu'ils suspendent; il en est enfin qui détruisent à la fois le mouvement et la sensibilité, qui exercent leur empire sur certains organes dont ils troublent les fonctions avant de les abattre; ce sont autant de particularités curieuses et importantes à connaître.
Il y a des calmants narcotiqnes, dont l'effet est le narcotisme ; des calmants vireux qui produisent l'apathie délirante, et des calmants anestliésiques, dont l'action récemment découverte porte à la fois sur la sensibilité et sur le mouvement.
La médication calmante narcotique produit l'assoupissement, le bien-être, le sommeil avec ou sans cauchemar, la stupeur, l'ivresse, la courbature, la contraction des pupilles, la sueur, la sécheresse de la bouche, les nausées, les vomissements, la constipation. Quelquefois, au lieu de calmer et d'endormir, elle excite à un très-haut degré et elle empêche tout somraeiL C'est un fait qu'on observe encore assez souvent. L'opium et ses préparations, le laudanum de Sydenham, le laudanum de Rousseau, la morphine, la narcéine, la codéine, le cyanogène et ses composés, le lactucarium, etc., sont les principaux agents qu'elle met en usage et qu'elle fait pénétrer dans l'économie par la peau, garnie ou dépourvue de son épidémie, par les voies digestives ou par le tissu cellulaire, au moyen des injections hypodermiques.
La médication calmante vireuse détermine l'abattement, la stupeur, l'étonnement intellectuel, quelquefois du délire et des hallucinations, la dilatation des pupilles et la cécité, la sécheresse de la bouche, la sueur, les vomissements, la diarrhée, la somnolence et le coma. Elle emploie, à l'intérieur des voies digestives, dans le tissu cellulaire et sur la peau, la plupart des solanées vireuses : la belladone, la jnsquiame, la ciguë, le datura stramonium, l'aconit, l'atropine, etc.
La médication calmante anesthésique, constituée par le chloroforme, l'éther sulfurique, l'éther chlorhydrique chloré, l'amylène, l'iodal, le chloral, le bromal, etc., a un tout autre effet que les médications précédentes. Ses agents, dits anestliésiques, pénètrent dans l'organisme par la respiration ou par l'estomac. Sous la forme de liquides volatils, les uns produisent leur effet par pénétration dans les voies aériennes et par leur absorption à la surface de la muqueuse pulmonaire. Les autres s'administrent par l'estomac et produisent le sommeil avec insensibilité. Ils suspendent momentanément l'action des sens et du mouvement volontaire, de sorte que la chirurgie a pu s'emparer d'eux pour faire ses opérations sans douleur, à la grande satisfaction de l'humanité. — Quelquefois on les applique directement sur la peau, c'est Vanesthésie locale, et l'on réussit à calmer des douleurs pour lesquelles il est inutile de recourir à l'anesthésie générale. — Ailleurs on se borne aux pratiques de l'hypnotisme, qui consistent à faire regarder fixement de près et de bas en haut un objet brillant, jusqu'à ce qu'il y ait perte de connaissance et production d'insensibilité. C'est un moyen peu usité.
Comme on le voit, les effets des médicaments calmants ne sont pas toujours les mêmes : à côté de ceux qui produisent ordinairement l'hyposthénie musculaire, le repos et le sommeil, il y en a qui déterminent l'agitation et le délire ou qui réduisent l'homme à un état d'insensibilité tel, qu'on peut le tailler en morceaux sans qu'il s'en aperçoive.
Les maladies, l'habitude et l'idiosyncrasie modifient beaucoup l'action des stupéfiants, et la rendent très-différente d'elle-même. A dose égale, certaines personnes bien portantes n'éprouvent rien de la belladone, tandis que d'autres ont un violent délire. Dans les maladies aiguës, l'opium peut être donné à des doses énormes sans produire de narcotisme, et une personne qui fait habituellement usage de cette substance arrive facilement à prendre, sans danger pour elle, des doses dont la simple fraction produirait ailleurs un empoisonnement.
INTRODUCTION
La médication narcotique est une des plus utiles; sans elle la médecine perdrait une bonne partie de sa puissance, car, dans les cas oîi le médecin ne peut guérir une maladie incurable et douloureuse, ou lorsqu'il attend la yuérison de maladies aiguës accompagnées de vives douleurs, le pouvoir qu'il a d'enlever au malade le sentiment de la souffrance est le plus utile des services qu'il puisse lui rendre, celui qui satisfait le mieux à ses besoins actuels. Or, c'est là l'effet de la médication stupéfiante. Elle endort celui qu'on ne peut guérir ou qu'on va opérer ; elle fait prendre patience à celui que les efforts de la nature vont prochainement sauver. Dans les cancers, dans les maladies des os, dans le tétanos, dans le delirium tremens, dans le rhumatisme aigu, dans les névralgies et dans toutes les affections douloureuses, son emploi est commandé et varié d'après les indications à remplir. Elle peut encore être employée avec infiniment d'avantage dans les sécrétions abondantes qui tiennent à une maladie accompagnée d'érélhisme des organes sécréteurs. C'est ce qui a lieu dans la diarrhée, dans la dysenterie, dans la polyurie, etc., etc.
7° Médication évacuaiile, ou vomitive et purgative.
La médication évacuante est née de l'indication de débarrasser l'estomac ou les intestins des matières nuisibles qui s'y trouvent quelquefois. Vantée avec exagération par les partisans de l'humorisme, et dédaignée par les solidistes, elle rend de grands services aux malades. Son but est l'expulsion des matières muqueuses, organiques, bilieuses, salines ou toxiques renfermées dans les voies digestives.
Sous l'influence des impressions qu'elle fait naître, les sécrétions et les contractions gastro-intestinales sont fort augmentées, et, suivant la spécificité d'action du remède, la sécrétion des matières est muqueuse, stercorale, bilieuse jaune, verte ou noire, et l'expulsion a lieu par la bouche ou par l'anus, en vomissement ou en diarrhée, entraînant avec elle tout ce qui se trouve dans l'intestin, calculs biliaires, pierres stercorales, entozoaires, etc.
Cette médication est une des plus importantes et elle constitue, avec les antiphlogistiques, les stupéfiants et les spécifiques, la base de toute bonne thérapeutique. En effet, les voies digestives sont toujours primitivement ou secondairement, comme cause ou comme effet, quelque chose de très-important dans la production des maladies. C'est par elles que pénètrent dans l'organisme une foule d'agents dont l'impression directe est si fâcheuse, dont l'action sur le cerveau, sur le foie, sur les reins, est si redoutable, et c'est aussi sur elles que retombent sympathiquement les impressions morbifiques de la peau, de l'encéphale et des organes voisins.
L'indigestion, l'embarras gastrique, le catarrhe chronique intestinal, les matières stercorales épaissies, les corps étrangers de l'intestin, l'acidité des sécrétions, leur diminution, etc., sont autant de causes nombreuses de malaises et de maladies dangereuses qu'une évacuation faite à propos emporte souvent pour toujours.
Cette médication produit donc, non-seulement un effet mécanique, qui est l'expulsion de ce qui se trouve dans les voies digestives, mais encore une action dynamique, réflexe, due à l'hypersécrétion intestinale et biliaire, qui dépouille le sang des matières muqueuses, bilieuses ou putrides prêtes à s'y introduire, et qui débarrasse l'économie dé substances nuisibles lorsqu'elles se produisent en excès. Si la médication évacuante appartient par un côté à la médication stimulante, elle appartient par l'autre aux antiphlogistiques, puisqu'elle dépouille quelquefois le sang d'une grande quantité de sérum. Elle relève de l'une et de l'autre sans pouvoir être confondue avec elles. Son caractère spécial l'en distingue physiologiquement, et sous ce rapport elle mérite bien l'honneur d'une désignation spéciale.
La médication évacuante provoque, selon la nécessité et au gi'é de celui qui l'emploie, des évacuations gastriques, c'est-à-dire des vomissements, ou de la diarrhée, ce qui constitue la pwgation. — De là, deux médications secondaires d'un égal intérêt, la médication vomitive et la médication yOur^a^ïVe.
A. Médication vomitive. — Nul organe, plus que l'estomac, ne montre des affinités plus intimes ou une sympathie plus importante avec le principe de la vie. Les impressions morales, l'incitation, le vertige, les lésions du cerveau, du poumon, de l'utérus, du péritoine, etc., ont une telle action réflexe sur ce viscère, que sous leur influence des vomissements se produisent avec une grande facilité. A-t-on besoin de faire vomir, rien n'est plus facile : le chalouillement de la luette détermine aussitôt des contractions réflexes vomitives, ou bien l'on fait prendre une substance spéciale, comme l'ipécacuanha et le tartre stibié, qui ont, entre autres propriétés, celles de produire l'impression qui soUicite des efibrls de vomissement. L'action des vomitifs est assurément l'une des plus curieuses, quant à la spécialité d'action du remède, et au sensitisme qu'elle met en jeu. En effet, le vomissement ne vient pas seulement