DE LA THÉRAPEUTIQUE AU XIX« SIÈCLE. XLI
de l'estomac qui l'exécute, il vient du cerveau qui l'ordonne, et, à ce titre, je ferai remarquer que l'action d'un vomitif n'est pas exclusivement locale, et qu'il faut absolument tenir compte de l'impression produite par lui sur les centres nerveux. Le vomissement n'est pas une simple évacuation mécanique de l'estomac, c'est un acte plus complexe, dans lequel il y a, au-dessus de ce qu'on voit, des effets d'une haute importance, qui méritent d'être appréciés et qui constituent la médication vomitive, j Des malaises, du frisson, de l'anxiété épigaslrique et des nausées indiquent le commencement de l'action; la sécrétion gastrique s'effectue, puis arrivent les contractions du diaphragme et du ventre, qui expulsent les matières renfermées dans l'estomac. A ce vomissement succède toujours un petit mouvement de sueur, un abaissement de température très-prononcé et un sentiment de bien-être réel.
La médication vomitive est indiquée dans un but mécanique contre les empoisonnements et les indigestions, pour chasser de l'estomac les matières toxiques et nuisibles qui s'y trouvent.
Dans les embarras gastriques, au début des fièvres typhoïdes, elle ari'ête très-souvent une maladie fort grave. On doit l'employer dans les fièvres intermittentes, dans les angines tonsillaires, dans la coqueluche, dans Je croup, dans les maladies aiguës ou chroniques des bronches, et dans toute maladie où il existe ce qu'on appelle Vétat saburral.
Lès moyens que la médication vomitive met en usage, sont : la titillation de la luette ; l'émétique ou tartrate de potasse et d'antimoine, qui est le plus puissant des vomitifs; le kermès; l'ipécacuanha ; le sulfate de cuivre ; le sulfate de zinc ; l'ellébore noir et blanc, etc.
La plupart de ces moyens s'administrent à l'intérieur, dans l'estomac ; mais la preuve que le vomissement est dù moins à leur action irritante sur la muqueuse gastrique qu'à leur impression sur les centres nerveux, c'est que plusieurs d'entre eux, mis sur la peau dépouillée d'épiderme ou injectés dans les veines, produisent le vomissement. C'est une expérience qu'il est facile de faire avec le tartre stibié.
Contre -indications. — La médication vomitive ne convient pas dans les maladies du cerveau, dans les maladies organiques de l'intestin, et lorsqu'il existe une hernie que les efforts de vomissement pourraient étrangler, un anévrysme qu'ils pourraient rompre, ou une grossesse qui pourrait se détruire.
B. Médication purgative. — Les évacuants, dont la propriété est de provoquer l'expulsion des matières intestinales, sont des purgatifs. — La médication qui les emploie est des plus utiles, et son action réflexe se traduit par des effets mécaniques secondaires de la plus haute importance. Elle stimule plus ou moins énergiquement l'irritabilité de la muqueuse, augmente la rapidité des contractions péristaltiqnes et active la sécrétion des glandes de Peyer et deBrunner, de manière à enlever une quantité plus ou moins considérable de sérum à la masse du sang. A ce titre elle agit comme révulsive et comme antiphlogistique. Si l'on joint à cela l'immense avantage qu'elle a d'entraîner des fragments alimentaires nuisibles, des calculs biliaires, des matières muqueuses épaisses, des concrétions stercorales ou des entozoaires qui troublent les fonctions de l'intestin, on verra que l'évacuation purgative rend d'incontestables services.
La médication purgative provoque un peu de malaise, de la faiblesse, du refroidissement, la petitesse et l'irrégularité du pouls, quelquefois des vomissements, des coliques, des borborygmes, en enfin une diarrhée dont l'abondance et les caractères physiques sont en rapport avec la nature du purgatif, sa dose et la nature de la maladie.
Les purgatifs sont rangés, d'après leurs effets, en trois classes : 1° ceux qui purgent doucement, de manière h. évacuer les matières stercorales : ce sont les laxatifs; T ceux qui purgent plus fortement et font en outre rendre des matières bilieuses : on les désigne sous le nom de minoratifs ou cathartiques ; et 3" enfin les drastiques, ceux dont l'action est très-énergique et rend très-malade, qui agissent surtout sur le gros intestin et font rendre à la fois de la bile, du mucus, des glaires, et tout ce qui se trouve dans l'intestin grêle.
Les purgatifs ordinaires sont la manne, le miel, les huiles d'olive, d'amande douce, de ricin, la casse, le tamarin, eic.
Parmi les cathartiques se trouvent les purgatifs salins, le tartre stibié en lavage (5 centigrammes pour 1 litre d'eau), le sulfate de soude, la crème de tartre, le sulfate de magnésie, les eaux minérales purgatives de Sedlitz, de PuUna, de Gransac, etc., la magnésie calcinée, le calomel, la rhubarbe, le séné, etc., etc.
Les drastiques comprennent le nerprun, l'aloès, qui agit surtout sur le gros intestin, et qui forme la base de toutes les pilules purgatives dont la formule est tenue secrète, le jalap, la gomme-gutte, la scammonée, la coloquinte, le colchique, l'huile de croton tiglium, l'huile d'épurge, etc.
INTRODUCTION
Tous ces agents de la médication évacuante s'administrent généralement par la bouche; mais dans quelques circonstances, lorsqu'une purgation doit beaucoup fatiguer les malades, on peut essayer de la remplacer par des lavements purgatifs, avec le sel gris, le séné, etc. Ce moyen ne remplace l'autre que pour évacuer l'intestin, car il est évident qu'il ne saurait avoir sur l'économie l'action d'une énergique purgation.
La médication purgative est très-usitée ; trop peut-être, car on l'emploie sans discernement et souvent sans aucune nécessité. C'est un tort. Elle ne doit être conseillée que d'après une indication précise, dans la constipation, dans les embarras gastriques et intestinaux, dans les obstacles au cours des matières situés dans l'intérieur des intestins ; dans les cas d'entozoaires, dans la fièvre typhoïde, dans les hydropisies à titre de moyen révulsif, dans les maladies de la peau, etc., etc.
8° Médication astringente.
La médication astringente a pour but de resserrer et de raffermir les tissus relâchés ou affaiblis de certains organes.
La médication astringente se rapproche un peu de la médication tonique par ses effets secondaires et indirects, mais les impressions qu'elle fait naître sont suivies d'une réaction différente. Ici, l'action est momentanée, passagère, appréciable et caractérisée par le resserrement du calibre des vaisseaux, la diminution des sécrétions et la dureté plus grande de la fibre vivante. On ne peut rien déterminer de semblable dans l'action des toniques.
Beaucoup d'astringents agissent d'une manière chimique par les acides et le tannin qu'ils renferment, mais il faut que cette action soit bien faible pour ne pas empêcher la réaction vitale de se produire, et pour ne pas déterminer la crispation et la destruction des tissus.
Certains flux de la peau ou de la muqueuse digestive, les écoulements muqueux, quelques hémorrhagies, tiennent à la faiblesse de la constitution et à la mollesse ou laxité des tissus. C'est alors que les astringents administrés à l'extérieur ou à l'intérieur, concurremment avec les toniques, sont infiniment utiles au soulagement et à la guérison des malades.
Les astringents les plus en usage sont : l'eau froide et la glace, les fruits acides et ceux qui contiennent du tannin, tels que citrons, groseilles, coings, sorbes, nèfles, etc.; les acides minéraux étendus, l'eau deRabel, la limonade hydrochlorique, citrique, etc.; le perchlorure de fer, l'alun, le sulfate de fer, le sulfate de cuivre et le sulfate de zinc; l'acétate de plomb, le borax, l'eau de chaux, le tannin, le cachou, la monésia, la ratanhia, le sang-dragon, l'écorce de chêne, l'écorce de grenade, les roses rouges, la bistorte, la tormentille, la consoude, la noix de galle, l'eau distillée de pin gemme, etc., etc.
De la médication astringente relève la médication licmostotiqne, destinée à combattre les hémorrhagies actives et passives par d'autres moyens que ceux qui dépendent de la chirurgie. Elle emploie les résines pulvérisées, la poudre d'alun, le nitrate d'argent, les acides concentrés, mais surtout le perchlorure de fer à l'extérieur ou à l'intérieur.
9° Médication antispasmodique.
A côté de la médication hypnotique et sédative troublant les fonctions du système nerveux de manière à apaiser la douleur, à paralyser les muscles ou à détruire la raison, il y a une médication destinée à guérir l'état nerveux ou spasme qui accompagne un grand nombre de maladies, c'est la médication antispasmodique.
En employant cette médication, le médecin a pour but de produire, au moyen des remèdes, une impression intérieure susceptible de contrebalancer l'éréthisme, l'agitation, le spasme et les différents désordres nerveux ou idiopathiques.
Les moyens qu'elle emploie ne produisent point le sommeil et calment rarement la douleur, car ils n'ont pas de vertu narcotique ni d'effet bien constant chez tous les individus. Leur impression sur le système nerveux est cependant incontestable, car ils en apaisent souvent les désordres. Rapide et passagère, cette action est variable, d'autant plus énergique que les personnes sont plus irritables et plus faibles à la fois. On a besoin de chercher pour savoir quel est l'antispasmodique dont il faut se servir, et à quelle dose il convient de l'administrer. Ainsi l'éther et la valériane, qui impressionnent très-agréablement une personne, produisent ailleurs une vive excitation et des vomissements. Il en est de môme des autres antispasmodiques, et c'est à ce point, que leur vertu sédative a été souvent contestée, non sans une apparence de raison.