‹ Dictionnaire de médecine; ou, Répertoire général des sciences médicales considérées sous les rapports théorique et pratiqueChapitre 16 sur 62 · ÉN · texte numérisé non relu

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sûr de tout voir, de ne rien laisser échapper? Plusieurs fois même MM. Dumas et Prévost disent avoir vu du sperme, sinon sur l'ovaire, au moins dans la trompe; et cela devrait-il être, si c'est à l'utérus que se fait la fécondation ? Le second fait n'est qu'une analogie, qu'on peut contester à l'égard des animaux supérieurs. D'après cette analogie, la fécondation ne se ferait pas même dans l'utérus , mais en dehors de tous les organes. Quant à l'impossibilité de féconder des œufs pris à l'ovaire , MM. Dumas et Prévost conviennent n'avoir jamais pu détacher ces œufs sans les blesser un peu, et d'ailleurs Spallanzani a réussi à effectuer cette fécondation. L'argument tiré des grossesses extra-utérines conserve donc toute sa force , et l'on peut conclure que , dans les animaux supérieurs , c'est à l'ovaire que se fait la fécondation.

D'autre part, il est sûr que le sperme parvient au moins dans l'utérus. Dans le coït, en effet, l'extrémité du pénis correspond, au fond du vagin, à l'ouverture de l'utérus; et que servirait le rapport entre ces deux organes, si ce n'était pour que le fluide projeté par l'un pénétrât dans la cavité de l'autre ? Il est même probable que l'orifice utérin , alors à moitié ouvert et dans un état de spasme, aspire le sperme. De pins, ayant ouvert des femelles d'animaux et des femmes peu d'instans après le coït, le sperme a été trouvé dans la cavité de l'utérus. En vain Fabrice d'Aquapendente, Harvey, disent ne l'y avoir pas vu ; d'atitres expérimentateurs ont été plus heureux rRuisch, qui l'a reconnu dans l'utérus d'une femme surprise en adultère par son mari, et tuée par lui; Haller, qui l'a retrouvé sur des brebis ; MM. Dumas et Prévost , comme nous venons de le dire.

Enfin , puisque la conception a lieu à l'ovaire , et que le sperme n'est par l'acte de l'éjaculation projeté que jusque dans l'utérus, il faut bien que par les trompes il soit conduit de cet utérus à l'ovaire, ou que de l'utérus il agisse sur cet ovaire à l'aide d'un aura seminatis. Or la supposition de l'aura setninalis n'est pas fondée. Dans les animaux dont la fécondation se fait à l'extérieur, on voit qu'il y a contact réel de sperme." Spallanzani et MM. Dumas et Prévost, dans leurs expériences, ont prouvé qu'un contact matériel était nécessaire. Le premier a pris deux verres de montre susceptibles de s'adapter l'un à l'autre ; dans l'inférieur, il a mis dix à douze grains de semence, et dans

l'autre, une vingtaine d'œufs; après quelques heures, la bemence s'était évaportîe au point que les œufs en étaient humectés, et cependant ils ne furent pas fécondés; ils le furent, au contraire, dès qu'on les eut touchés avec te qui restait de la semence. L'expérience de MM. Dumas et Prévost est encore plus concluante : ils préparent cinquante grammes d'une liqueur fécondante avec le suc exprimé de douze testicules et d'autant de vésicules séminales; avec dix grammes de cette liqueur ils fécondent plus de deux cents œufs; les quarante grammes restanssont mis dans une petite cornue à laquelle on adapte une allonge ; on met dans celle-ci quarante œufs , dix occupent la partie la plus creuse, les autres sont placés près du bec de la cornue ; l'appareil est mis alors sous le récipient de la machine pneumatique, et on enlève assez d'air pour diminuer de moitié la pression atmosphérique; on dirige ensuite sur la panse de la cornue les rayons solaires; la température à l'intérieur s'élève à 26°; après quatre heures, on arrête l'expérience, et voici ce qu'on trouve : les œufs qui sont au fond de l'allonge sont baignés dans un liquide clair qui est le produit de la distillation ; ils se sont gonflés comme dans de l'eau pure, mais ils ne se développent pas ; pour cela, il faut les plonger dans la liqueur qui est restée dans la cornue ; les œufs qui étaient placés tout près du bec de la cornue n'ont éprouvé aucun changement. Ainsi la partie retirée de la semence par la distillation n'est pas apte à féconder, tandis que la partie qui reste a conservé cette aptitude. Certes, rien n'est plus opposé à la supposition d'un aura seminalis. II faut donc que le sperme aille de l'utérus à l'ovaire par la trompe. Or voici ce qu'on croit : dans le spasme voluptueux qui existe lors de la copulation, la trompe s'érige, applique son pavillon à l'ovaire , et apporte à cet organe une portion du sperme. Haller dit qu'en injectant sur le cadavre les vaisseaux de la trompe , il a vu cet organe se comporter comme nous venons de le dire; il a reconnu plusieurs fois le sperme jusque dans les trompes, et une fois il l'a trouvé sur l'ovaire lui-même. D'ailleurs qu'on réfléchisse combien il faut peu de sperme pour la fécondation, à juger par les expériences de Spallanzani! Opposerait - on l'étroitesse des trompes ? Mais, dans les végétaux, ne faut-il pas que le pollen traverse les vaisseaux du style? et ce passage est-il moins étroit? On verra d'ailleurs la trompe se dilater assez pour permettre plus tard le passage de l'ovule. Sans anticiper sur ce

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que nous avons à dire des animalcules speiinatiques , il n'est piis probable que, si c'est un animalcuk qui fait la fécondation, ce soit par une action de sa part qu'il gagne l'ovaire ; et je crois que c'est une action directe de la trompe qui conduit à l'ovaire la portion du sperme, quelle qu'elle soit, qui effectue la fécondation.

Il resterait à caractériser l'action qu'exerce le sperme; mais ceci rentre dans la question de savoir comment de la fusion des matières fournies par l'un et l'autre sexe, résulte l'individu nouveau; et il faut auparavant rechercher te que fournit la femme. C'est des ovaires que provient cette matière, quelle qu'elle soit. Les ovaires sont en effet dans le sexe femelle les anaiognes des testicules dans le sexe mâle; leur ablation rend aussi les animaux stériles. Si petits avant la puberté, que leur poid égale à peine dix grains , ils prennent tout à coup à cette époque un tel accroissement, que leur poids s'élève à deux gros; à leur surface apparaissent alors de petites vésicules qu'on n'y voyait pas auparavant; ils se flétrissent au contraire, à l'âge critique, et disparaissent presque. Nous avons vu qu'ils étaient le siège de g la conception. Enfin, il se fait chez eux les plus grands changemens, immédiatement après un coït fécondant, comme on s'en assure, en les observant dans des femelles d'animaux que dans des expériences on tue plus ou moins de temps après l'accouplement.

Les premiers travaux de ce genre sont dus à Fabrice d'Aquapendente : le premier il tua des poules après qu'elles avaient été cochées; et, examinant leurs ovaires, il vit que parmi les petits grains jaunes, ronds, disposés en grappes de raisin, qui les constituent, il y en avait un qui offrait une petite tache, dans lequel se développaient des vaisseaux, qui grossissait; qui enfin se détachait, et traversant l'oviductus et le cloaque, était pondu sous forme d'œuf. Harvey ensuite faisant les mêmes recherches sur des biches, des femelles de daims, exprima positivement que c'est l'ovaire qui fournil ce par quoi la femelle sert à la génération, et que ce que fournit cet organe est un œuf : il n'y avait de différences entre les animaux, sous ce rapport, qu'en ce que chez les uns, les ovipai'es, l'œuf n'éclot qu'en dehors, après avoir été pondu, candis que chez les autres, les vivipares, il éclot dans un réservoir de dépôt, une matrice. De Graaf , expérimentant sur des lapines, fit des observations

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