‹ Dictionnaire de médecine; ou, Répertoire général des sciences médicales considérées sous les rapports théorique et pratiqueChapitre 18 sur 62 · GE · texte numérisé non relu

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dividu nouveau : il ne s'agissait plus alors que de décrire les phénomènes; et, à défaut de robservation qui n'avait rien appris sur eux, on imagina. Ainsi, Leeuwenhoek dit que les animakules projetés dans l'utérus y attiraient les œufs et les y convertissaient en véritables embryons. Andry les fit ramper par la trompe, arriver à une vésicule de l'ovaire , où l'un d'eux s'eni'ermait, soit de lui-même, soit par l'action d'une soupape qui l'obligeait d'y rester, nuis revenait avec elle dans l'utérus, comnienrant ses développeraens au moyen de la substance nutritive que renferme cette vésicule. Maupertuis établit que les animalcules faisaient prendre aux molécules de la semence leur place propre, voulant concilier ainsi ce système avec celui des séminlstes. Mais ces explications étaient trop évidemment hypothétiques pour réussir; Spallanzani ne vit dans les animalcules spermatiques que des animaux infasoires ordinaires. Buffon les regarda comme ses molécules organiques; et un médecin de Montpellier, Plantade, dans une brochure qu'il publia sous le faux nom de Dalempatlus , acheva de jeter tout discrédit sur ce système, en représentant les animalcules se métamorphosant et laissant voir déjà sous leur enveloppe les formes humaines.

Cependant, MM. Dumas et Prévost, que nous avons si souvent cités dans le cours de cet article , viennent de ramener l'attention des savans sur les animalcules spermatiques : nonseulement ils en affirment l'existence, mais encore ils les considèrent comme étant les agens directs de la fécondation , et ce ])ar quoi le sperme sert à cette action. D'abord , à l'aide du microscope, il les ont reconnus dans tous les animaux dont ils ont examiné le sperme, et le nombre en est fort grand. Soit qu'ils examinassent le sperme après qu'il avait été excrété par un animal vivant, soit qu'ils ne fissent l'examen qu'après la mort, et ayant pris ce fluide dans le canal déférent, ou* dans le parenchyme du testicule, ces animalcules étaient également facilement apercevables; et ce qui prouve bien, selon 3IM. Dumas et Prévost, que ce sont eux qui forment le caractère spécifique du sperme, c'est ciu'on n'en trouve que dans celte humeur, et que rien d'analogue n'existe dans aucune autre humeur du corps, ni même dans les autres sucs versés dans l'appareil i^énital , savoir les sucs de la prostate , des glandes de Cowper , etc. Ces animalcules étaient dans une même espèce animale semblables entre eux pour la forme, la grandeur, le mode de

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locomotion; mais ils avaient dans chaque espèce des formes et lies dimensions différentes. Ils n'éprouvaient aucuns cliangemens dans la série des organes génitaux ; et aussi parfaits dans le testicule qu'au moment où avec le sperme ils sont jetés au dehors, c'est à tort que Leeuwenhoek avait dit en avoir reconnu qui lui paraissaient avoir des âges différens. Ils étaient doués de mouvemens spontanés qui ne s'arrêtaient que graduellement, après deux ou trois heures, dans le sperme obtenu pendant la vie par éjaculation, après quinze à vingt minutes dans celui pris après la mort dans les vaisseaux, et après dix-huit à vingt heures dans celui laissé après la mort dans ses propres vaisseaux. Pour les croire utiles à la génération, il suffisait sans doute d'observer qu'ils n'existent que dans le sperme : mais ce qui doit confirmer dans ce soupçon, c'est qu'ils n'y existent qu'aux temps où la fonction est possible. Ainsi, dans l'espèce humaine, le sperme n'en offre aucuns dans la première enfance et dans le dernier âge ; et dans les oiseaux , excepté le coq et le pigeon, i!s ne se montrent dans cette humeur qu'aux époques fixées par la nature pour l'accouplement de ces animaux. Ces mêmes faits doivent aussi éloigner de l'idée qu'ils ne sont que des animaux infnsoires , d'autant plus que ceux-ci manquent généralement dans les humeurs des êtres vivans. Une autre preuve d'ailleurs, c'est qu'ils sont liés généralement à l'état physiologique de l'être qui les fournit : leurs mouvemens sont rapides ou languissans, selon que l'animal qui a fourni le sperme dans lequel on les observe est jeune ou vieux, en état de santé ou de maladie. Enfin , d'après ces fails et plusieurs autres que nous allons rapporter, MM. Dumas et Prévost professent que ce sont les animalcules qui effectuent la fécondation. Dans leurs recherches sur l'œuf des mammifères , ils ont vu les animalcules remplir les cornes de la matrice , et y rester vivans et mouvans jusqn'àla descente des ovules dans ces organes; ce n'était qu'alors que ces aninialcides graduellement se détruisaient et disparaissaient. Certainement ces animalcules sont ce qu'il y a de plus notable dans la partie la plus épaisse du sperme, et il a été prouvé plus haut que le sperme ne féconde que par celle-là , et non par un aura-seminalis, par aucune partie volatile. Le sperme après vingt heures perd sa faculté fécondante, et dans ce même intervalle de temps, on voit les animalcules qui y existent cesser graduelic^mcnt leurs mouvemens et périr. De même que la liqueur re-

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cueillie du sperme distillé ne féconde plus , comme on l'a vu , tandis que ce qui en reste dans la cornue a conservé la propriété fécondante; de même, la semence évaporée à siccité, puis délayée dans de l'eau, n'a plus fécondé. Enfin, dans deux expériences, MM. Dumas et Prévost ont cherché à ne détruire dans le sperme que les animalcules , et cela a suffi pour enlever à cette humeur sa faculté fécondante : dans l'une ils ont tué, par l'explosion suffisamment répétée d'une bouteille de Leyde, tous les animalcules qui étaient dans une liqueur spermatisée, et la liqueur a cessé alors d'êti-e fécondante. Dans l'autre, ils ont versé, à plusieurs reprises sur tin filtre quintuple, de la liqueur spermatisée , afin de retenir sur les filtres ces animalcules ; et après une heure, ayant obtenu ainsi de la liqueur qui ne paraissait plus contenir d'animalcules, ils ont vu qu'en effet ils ne pouvaient plus avec elle effectuer de fécondation , tandis qu'ils le pouvaient avec la portion qui était restée sur les filtres. Déjà Spallanzani avait fait cette dernière expérience, et en avait obtenu le même résultat : seulement ce savant ajoute qu'il effectua des fécondations avec l'eau dans laquelle il lava les papiers qui avaient servi de filtre. De ces faits , MM. Dumas et Prévost concluent que ce sont les animalcules spermatiques qui effectuent la fécondation; et, s'appuyant d'autre part sur ce qu'ils ont vu des premiers linéamens du fœtus, ils conjecturent que l'animalcule spermatique forme le système nerveux du nouvel être , et que l'ovule ne fournit que la gangue celluleuse dans laquelle se forment les organes. Pour prévenir l'objection tirée des très-petites quantités de sperme avec lesquelles Spallanzani et eux-mêmes ont fait des fécondations artificielles, ils ont, par une expérience positive, constaté la petitesse extrême des animalcules spermatiques ; ils ont délayé les vésicules séminales d'un mâle de grenouille en dix grammes d'eau , et mettar.t ensuite une goutte de la liqueur sur un micromètre divisé en fractions de millimètre, ils se sont assurés qu'un cube d'un cinquième de millimètre de côté, en contenait de cinq à six; et qu'ainsi il en existait de trois à quatre cent dans un seul millimètre cubique. Les expériences de Spallanzani ne peuvent donc plus être une objection.

Nous sommes loin sans doute de mettre ces travaux sur le même rang que les hypothèses dont nous les avons fait précéder : au moins ils constatent des faits , et un système de

recherches faites dans une excellente direction. Mais ils ne nous paraissent prouver encore que deux choses : l'existence des animalcules dans le sperme, et la part^ active qu'ils ont dans la fécondation. Ils nous laissent ignorer de même comment se fait celle-ci, ce qui était le problème cherché; car on ne peut regarder que comme conjecture cette assertion de MM. Dumas et Prévost , que l'animalcule forme le système nerveux du fœtus. Cependant applaudissons aux efforts de ces ingénieux expérimentateurs, espérons qu'ils pénétreront encore plus avant dans les secrets du phénomène dont ils tentent la découverte; plus que personne nous apprécions leurs nombreux services en physiologie, et en les remerciant ici des communications que nous devons à leur complaisance, nous sommes heureux de consigner cette expression publique de notre estime pour eux.

Revenons aux nombreuses hypothèses sur la génération. Il est évident qu'aucune ne peut satisfaire un esprit sévère. D'un côté , relativement à i'épigénèse , on conçoit la formation de toutes pièces d'un corps composé de molécules toutes semblables, ayant partout même figure, même nature; d'im cristal, par exemple : mais dans un être vivant, les molécules primitives ne sont pas semblables ; chacune doit avoir dans l'ensemble de l'être une place déterminée; l'être ne peut exister que consécutivement à leur coordonnation, et non par parties séparées ; comment accorder de pareilles nécessités , soit avec un simple mélange de semences, soit avec un envoi fait par chaque partie du corps de molécules spéciales et aptes à les former? D'un autre côté aussi, que d'objections contre l'évolution! si la première femme ou le premier homme contenait tout le genre humain, chaque œuf de l'une ou chaque homoncule de l'autre contiendrait à la fois deux espèces d "œufs ou d'animalcules spermatiques , les uns mâles, les autres femelles; les uns ne devant se développer qu'une fois, les autres au contraire devant renfermer dans leur intérieur une suite indéfinie de générations; or y a-t-il, dit Buffon , auteur de cette objection, la moindre vraisemblance dans une pareille supposition ? Dans ce système de l'évolution, le rudiment du nouvel être quel qu'il soit, œuf ou animalcule, est dit contenir en raccourci, non -seulement toutes les parties de l'individu arrivé à son développement complet, mais encoi'e loiis les individus qui doivent en provenir dans la suite des temps ; et d'abord , cette dernière idée , comme l'observe M. Lamarck , ne

peut s'appliquer à ce genre d'êtres vivaus qu'on appelle êtres composés; et quant à la première, elle est contredite par les faits. Quan J on suit les phases diverses par lesquelles passent les organes dans la suite des âges, on se convainc que ces organes se forment de toutes pièces, en vertu de lois, inconnues sans doute, mais qui les renferment en certains types déterminés. Enfin , ce système de la préexistence des germes, dit avec raison M Geoffroy-Saint -llilaire, ne fait que reculer la difficulté, ou même déclarer à l'aide d'une proposition contradictoire en elle-même, qu'elle n'existe pas. En effet , le problème à résoudre est le mode de formation d'un nouvel être vivant ; et supposer cet être préexistant, c'est déjà déclarer le problème nul; c'est supposer la chose faite de toute éternité, pour échapper à l'embarras de dire comment elle se fait ; au moins c'est ne faire que reculer la difficulté, car dans cette hypothèse d'un germe préexistant, il reste à dire ce qu'est l'influence qui l'arrache soudain à sa torpeur et l'appelle à la vie. En outre, que veulent dire rigoureusement ces mots, préexistence du germe ? D'un côté, préexistence exprime l'idée d'une existence qui est avant d'être , et il y a là contradiction. De l'autre, qu'est-ce qu'un germe ? On ne l'a pas défini avec rigueur; on dira que la vue d'une giainc, d'un reuf en do«ne l'idée; on appellera de ce nom la réunion d'une quantité quelconque d'élémens, qui, avec d'autres puisés au dehors , formeront par un travail intestin un corps organisé : mais ce qui prouve qu'à ce mot on n'a attaché qu'une idée vague , c'est qu'on a successivement réduit ce qui est proprement le germe à une partie de plus en plus petite de la graine , de l'œuf, à une partie tellement petite qu'elle n'a plus été vue, et n'a pu être conçue presque que comme une création abstraite de l'esprit . Ces objections au système de l'évolution ont paru tellement fortes , que, malgré tout l'éclat dont a joui ce système dans le dernier siècle, de nos jours on revient à celui de l'épigénèse, non tel que les Anciens l'avaient présenté, mais se bornant à exprimer, par ce mot, que l'individu nouveau à son origine est formé de toutes pièces, et avouant qu'on ignore le mécanisme de cette formation. En effet, nous avons vu, d'une part, que plusieurs naturalistes croient, avec assez de vraisemblance, a l'existence de générations spontanées aux derniers degrés de l'échelle végétale et animale. Il paraît, de l'au'^re, que le fœtus liumain présente dans la série de ses développeuiens L"s priiici-

pales formes d'organisation qu'offre la généralité du règne vivant. N'est-ce pas là un argument propre à appuyer Vidée qu'à sa première origine, il se fait par une génération spontanée, et conséquemraent de toutes pièces? Ne peut -on pas trouver un autre argument dans le mode de développement des organes, qui évidemment n'est pas une évolution, mais consiste en une véritable formation par l'aggrégation successive des molécules matérielles qui les comjioscnt? Mais, se bornant à cette généralité, on avoue son ignorance sur le reste. Quelques uns seulement se sont permis des conjectures : ainsi M. Lamarck, qui croit que la cause de la vie est matérielle, puisée dans l'élément ambiant , et qu'il se forme des êtres vivans toutes les fois que celte cause de vie rencontre une matière gélatineuse demi-fluide, pense que c'est de cette manière que se fait à sa première origine l'embryon Immain ; et de même que les premiers êtres vivans s^étaient par la suite des temps compliqués graduellement de manière à former les êtres vivans actuels, de même l'embryon humain , de ce premier degré d'organisation si simple, s'élève successivement à celui oui constitue son espèce. Ainsi M. Rolando exprime, ainsi que MM. Dumas et Prévost , que l'individu nouveau résulte de la réunion du système cellulo- vasculaire fourni par la mère, et du système nerveux fourni par le mâle , considérant l'ovule comme une substance amorphe fournissant les.rudimens des systèmes vasculaire et cellulaire qui sont les premiers fondemens de l'économie, et l'animalcule spermatique comme celui du système nerveux. Mais c'est assez nous arrêter à toutes ces hypothèses; achevons l'exposition de ce qu'on sait de positif sur l'acte de la conception.

La conception est un acte qui s'accomplit sourdement, sans qu'on l'aperçoive, et indépendamment de toute volonté. Quelques femmes prétendent avoir reconnu à un frisson , à une. douleur à l'ombilic, à un trouble quelconque dans l'abdomen, qu'elles devenaient mères; mais indépendamment que ces signes prétendus sont des plus vagues , le plus souvent la conception se fait sans qu'on sente rien. 11 est certain aussi que la volonté ne peut rien sur elle; faire, par exemjjle, qu'elle ait lieu, ou influer sur ses produits. Telle femme qui désire des enfans ne peut en avoir, et telle autre devient enceinte à chaque rapprochement. La même ignorance où l'on est sur les phénomènes qui se passent, lors de la fécondation, s'étend aux circonstances qui

font qu'elle a lieu ou n'a pas lieu. Sans doute il y a stérilité quand les matières fournies par l'un et l'autre sexe , à cause de quelques obstacles physiques, ne peuvent se mêler, se confondre; mais souvent aussi elle existe sans qu'on puisse accuser une pareille cause. Cela tient-il alors à quelque vice du sperme, ou de la vésicule ovarienne? Cela est probable; mais on ne peut dire en quoi consiste ce vice. On dit aussi qu'il faut un rapport entre ces deux matières, mais sans spécifier en quoi consiste ce rapport. Il paraît que la fécondation est d'autant plus probable , que les deux individus éprouvent dans le rapprochement le même spasme. Elle arrive aussi plus facilement quand l'approche a lieu après les règles, soit parce qu'alors l'utérus reste un peu ouvert, soit parce que tout l'appareil a conservé un reste d'excitation. Dans les animaux chez lesquels la génération ne s'accomplit qu'à une seule époque de l'année , la fécondation suit bien plus constamment l'approche que dans l'espèce humaine.

Non -seulement c'est irrésistiblement que la conception a lieu ou n'a pas lieu , mais la volonté ne peut rien sur ses produits ; sur le sexe de l'enfant , par exemple , sur ses qualités physiques et morales futures. A la vérité quelques philosophes et médecins anciens, Anaxagore, Aristote et Hippocrate, avaient cru que le testicule et l'ovaire droits fournissaient les rudimens des garçons , et que ces parties du côté gauche fournissaient ceux des tilles; Pline dit même l'avoir expérimenté sur un bélier ; et sur cette idée le docteur JVIillot a, de nos jours, voulu fonder l'Art de procréer les sexes à volonté. Mais d'abord , en supposant vrai le fait sur lequel repose ce système , il faudrait pouvoir influencer ou faire agir de préférence ou tel ovaire, ou tel testicule et on ne voit pas comment on pourrait y parvenir. Ensuite il est faux que de l'ovaii'c et du testicule droits proviennent les garçons , et de l'ovaire et du testicule gauches les filles : des hommes privés de l'un des testicules ont engendré à la fois filles et garçons; il en a été de même des femmes qui avaient un des ovaires détruit par une maladie. Dans des expériences on a extirpé l'un des ovaires à des lapines, et ces animaux, couverts ensuite , ont mis bas des petits de l'un et l'autre sexes. Enfin, ayant ouvert une lapine pleine , on a trouvé dans la même corne de la matrice des fœtus mâles et des fœtus femelles , bien que tous certainement provinssent d'un même ovaire , de l'ovaire correspondant. Cette particularité de la conception est , comme toute au-

tre , et heureusement , soustraite à l'influence de notre volonté. Il en est de même du nombre des produits de la conception. Bien que l'espèce humaine soit le plus souvent unipare, cependant on observe quelquefois des grossesses doubles, même triples, quadruples. Or de même que les animaux multipares ne peuvent rien sur le nombre des petits qu'ils engendrent , et que les lois fixes que chacun offre à cet égard présentent de fréquentes variations, de même la femme ne peut pas, à son gré , ne faire qu'un enfant ou engendrer des jumeaux. La cause qui décide ce fait est aussi ignorée que celle de laquelle dépend le sexe. Les partisans de l'évolution la rapportaient à la mère, admettant que plusieurs vésicules ovariennes avaient été fécondées en même temps : les fauteurs du système des animalcules la rapportaient au père. On a des faits en faveur de l'une et de l'autre opinion : certaines femmes, mariées successivement à plusieurs hommes , ont toujours eu des grossesses doubles, tandis que leurs maris, avec d'autres femmes , avaient déterminé des grossesses simples : certains hommes ont présenté le phénomène inverse. A ce dernier propos, on ne peut pas citer de fait plus étonnant que celui de ce paysan qui futprésenté à l'impératrice deRussie, en 1755 : Il avait eu deux femmes; la première avait eu cinquante-sept enfans , en vingt -une couches; et la seconde, trente -trois , en treize : toutes les couches avaient été quadruples , ou triples , ou doubles.

Enfin ou ne peut rien non plus sur les qualités physiques et morales futures de l'enfant ; c'est irrésistiblement qu'il a tel tempérament, telle constitution , qu'il est bien fait ou difforme, etc. Cependant ici nous avons plus de pouvoir; et si nous ne pouvons exercer une influence instantanée, au moins nous pouvons déterminer , à la longue , quelques modifications. D'abord il est possible que l'état moral des deux individus , au moment de l'union , que le degré d'activité avec lequel ils accomplissent les fonctions, ait une influence sur son résultat, et par conséquent sur les qualités de l'individu nouveau. Sans admettre avec Aristote, que la plus grande fréquence des difformités de l'espèce humaine tienne à la négligence avec laquelle cette espèce accomplit la génération , il n'est pas déraisonnable de croire que l'individu nouveau sera plus ou moins vivace selon que sa création originelle aura été effectuée avec plus ou moins d'énergie ou de faiblesse. En second lieu, en abandonnant comme

non suffisamment démontrée cette première influence, il en est une autre ircontestable, dépendante des qualités des pères et des mères : ces pères et ces mères, en effet , transmettent souvent à leurs enfans, et leur constitution , et leurs qualités morales , et leurs maladies, et jusqu'à leurs formes extérieures, puisqu'on voit souvent entre evx les plus fortes ressemblances. Or, n'est-il pas possible d'influer par-là sur les qualités des enfans, en réglant les conditions de rapprochement, en présidant au choix des individus qui s'associent?

Aussi, si nous avons tout-à-fait relégué parmi les chimères l'art de procréer les sexes à volonté, nous jugerons moins sévèrement celui de la Megalanthropof;énésie , c'est à -dire défaire des enfans beaux et des enfans d'esprit. Ayant une fois admis Li possibilité d'une influence exercée par l'état moral des époux , au moment du coït, et surtout celle d'une transmission héréditaire des parens aux enfans , on conçoit qu'on peut régir un pçu tout ce qui a trait à ces deux choses. Peut-on douter que l'abus des plaisirs de l'amour n'imprime aux fœtus engendrés une faiblesse originelle; et qu'au contraire un exercice convenable de la génération ne fasse engendrer des enfans robustes ? Pour perpétuer nos animaux domestiques, et en améliorer sans cesse les espèces, nous faisons un choix des mâles et des femelles que nous accouplons; nous les prenons dans l'âge de la force, et nous en croisons diversement les races, selon le genre de qualités que nous voulons imprimer aux produits : qui oserait dire que tout ceci, théoriquement du moins, ne soit de même applicable à l'homme? Loin de nous, sans doute, la pensée de méconnaître ce que la haute dignité de notre espèce réclame de liberté pour les individus unis en état social : mais la législation n'enfreint- elle pas les lois de la physiologie , et par conséquent de la nature, quand elle permet, par exemple, les mariages entre des personnes d'un âge extrêmement disproportionné, ou entre des personnes saines et des personnes affectées de maladies héréditaires ? Avouons que , loin de chercher à améliorer , on ne travaille pas même à prévenir les détériorations. ( Adelon. )

GENET, genista, ;,. m.; genre de plantes de la famille des Légumineuses et de la diadelphie décandrie, dont presque toutes les espèces sont légèrement purgatives, mais inusitées maintenant. C'est une espèce de ce genre , le gcnista canariensis L. , qui, suivant quelques auteurs , fournit le bois de Rhodes , au-

trefois employé comme parfum , mais qui aujourd'hui n'est plus usité que pour les ouvrages de tour. (a. p..)

GENÉVRIER , s. m. Juniperus cornmunis , L. Arbre de- la fa- 'Inille des Conifères, qui s'élève à une douzaine de pieds, et dont la tige, ordinairement tortueuse, se divise en un très-grand nombre de ramifications irrcgulières et touffues. Le genévrier croît dans leslieux arides et sur les rochers; ses feuilles sont raides, linéaires , aiguës , d'une couleur glauque ; ses fleurs sont dioïques. Les mâles forment de petits cliatons ovoïdes; les fleurs femelles sont disposées en chatons globuleux , qui se composent d'un petit nombre de fleurs placées à la base d'écaillés épaisses et charnues. Les chatons deviennent des espèces de petites baies par la soudure des écailles entre elles. Ce caractère distingue tous les genévriers des autres arbres de la famille des Conifères. Ce sont ces fruits surtout , que l'on emploie en médecine sous le nom de boies de genièvre. Us sont globuleux , de la grosseur d'un pois , noirs et ■ recouverts d'une poussière glauque. Leur saveur est sucrée et très-aromatique. Ils contiennent intérieurement deux ou trois petits noyaux osseux. L'analyse chimique a démontré dans les baies de genièvre un principe extractif , de la résine et une huile essentielle volatile. Cette huile s'obtient facilement par le moyen de la distillation. Elle est très-fluide et d'une odeur ambrée. On prépare avec ces fruits une infusion aqueuse, une teinture, un vin et un extrait ou rob de genièvre. Ce dernier doit être fait avec les baies fraîches et récentes et par leur macération dans l'eau. Il est alors moins résineux, plus sucré et pius agréable

Les baies du genévrier et toutes leurs préparations sont des médicamens stimulans. Elles exercent sur les organes de la digestion une impression vive, qui ne tarde pas à se communiquer aux autres organes de l'économie animale et à activer leurs différentes fonctions. Ces phénomènes généraux se manifestent toutes les fois que la dose du médicament a été un peu considérable; dans le cas conti-aire l'estomac seul paraît participer à l'action stimulante. Le rob de genièvre qui, bien préparé, contient peu des principes résineux , est surtout prescrit pour relever les forces digestives de l'estomac, toutes les fois que cet organe a besoin d'être stimulé.

L'infusion , le vin et la teinture des baies de genévrier donnent lieu à im phénomène secondaire .constant. Ces préparations stimulent l'appareil sécréteur de l'urine et occasionent une sécré- X. i5

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tion plus abondante de ce liquide. Aussi a-t-on eu souvent occasion d'en remarquer les heureux effets dans certaines liydropisies qui ne sont pas associées à rinflamniation de quelqu'un des viscères abdominaux. Mais on doit s'abstenir de ce médicament cliez les individus dont la vessie et les reins sont affectés d'inflammation chronique. En effet, on a vu quelquefois des hématuries survenir à la suite de l'usage trop long- temps prolongé de cette substance, ou lorsqu'on l'avait prise à trop haute dose.

En Hollande et en général dans tous les pays où l'atmosphère est souvent chargée d'humidité, l'usai^e de l'infusion théiformedes baies de genévrier est un moyen diététique fort avantageux. Il remédie efficacement au relâchement général auquel sont sujets les individus qui vivent plongés dans une telle atmosphère. Enfin , par le moyen delà fermentation et de la distillation, on retire de ces fruits un alcohol connu sous les noms de getiièvre ou genévrette, qui a unesaA'Cur très-forte, et qui, dans certaines régions du nord de l'Europe, remj)lace entièrement dans les usages de la vie l'alcohol que l'on prépare avec le vin ou les graines céréales.

L'infusion des baies de genévrier se prépare avec environ une once de ces fruits qu'on laisse infuser pendant une heure à vaisseau clos dans deux livres d'eau bouillante. L'extrait ou rob s'administre à la dose d'un à deux gros comme stomachique ; elle peut facilement être augmentée, surtout quand le médicament a été bien préparé , c'est-à-dire par la simple macération des fruits récens et écrasés dans l'eau, que l'on fait ensuite réduire à un feu doux, pour l'amener à la consistance d'un extrait mou. Quant à la teinture, sa dose est d'une à deux cuillerées à café dans une tasse d'infusion théiforme. C'est avec celte teinture que l'on prépare le vin de genièvre. On doit pour cette préparation préférer le vin blanc , parce que par lui-même il jouit déjà d'une action diurétique très-marquée.

Le bois de genévrier qui, comme celui de tous les autres arbres conifères, est très -résineux, était aussi jadis em[)!oyé en médecine. Après l'avoir réduit en poudre on en préparait de» infusions que l'on regardait comme sudorifiques et diurétiques; mais aujourd'hui ce bois est tout-à-fait inusité.

Pendant long- temps on a cru que la substance résineuse connue sous le nom de sandaraqne était produite par le genévrier; mais on sait aujourd'hui, d'après le témoignage de M. Desfontaines , que cette résine découle du thuya arliculatn ^ arbre

de la même famille, qui cioîl dans le nord de l'Afrique. Voyez

SANDARAOUE.

L'huile essentielle de cade s'obtient par la distillation du bois d'une autre espèce de genévrier ( Juniperus oxycedrus ). Voyez

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