ORFILA
GOBELET ÉMÉTIQUE, s. m., poculum emelicum ; gobelet préparé avec l'antimoine métallique. On lui donnait autrefois l'épithète d'émétique , parce qu'il suffisait de le mettre pendant vingt-quatre heures en contact avec du vin, pour que celui-ci fit vomir; en effet, l'antimoine s'oxydait aux dépens de l'oxygène de l'air , et l'oxvde produit se dissolvait dans les acides que les vins contiennent. Aujourd'hui on ne fait plus usage d'un pareil instrument, parce que le médicament à la préparation duquel il servait contient des quantités variables d'oxyde d'antimoine, suivant que les vins sont plus ou moins acides, et surtout parce qu'il peut être remplacé par des composés dont les effets sont beaucoup plus certains. Voyez tartre émétique,
É3IÉTINE, IPÉCACUAÎVH4, CtC. ( ORFILA. )
GODROjNNÉ (canal). F. Petit a donné ce nom à l'espèce de canal que la membrane hyaloïque forme autour du cristallin, à caiise des bosselures qu'il présente lorsqu'il est rempli d'air. C'est par erreur que quelques personnes écrivent goudronné. Voyez OEIL. (a. b.)
GOITRE, s. m. La plupart "des maladies du corps thyroïde «(•£'cej"tÀv/t'7;o/«OTc de cet organe sont, communément, confondues sous le nom de goitre ; les mots employés comme synonymes de celui-ci ne rappellent non plus, dans leur élymologie, que ce phénomène pathologique très-général et par cela même trèspeu caractéristique : tels sont ceux de trachéocèle , de botium , àe gongrona , de thyrocàle , de bronchocèle , de gros cou, de grosse gorge , etc. En admettant comme générique un"de ces noms on sera forcé de créer des variétés disparates et nombreuses. Sauvages en donne quatre , mais il en faudrait un nombre bien supérieur pour réunir toutes les transformations organiques et
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les dégénérescences que peul subir le corps thyroïde. Il faudra un goitre sarcome, comme dit l'auteur que nous venons de citer, si cet organe n'a pas éprouvé de modifications dans son tissu; un goitre séreux , s'il contient des hydatides ; un goitre phlcgtnoneux, si un abcès se forme dans son intérieur. Enfin de cette manière ne devrait-on pas admettre encore un goitre squirrheux , un cancéreux , un autre avec inélanose , etc.
Les progrès de l'anatomie pathologique ne permettant plus de réunir, dans un même ordre, les maladies a^'cc tumeur, nous croyons devoir restreindre infiniment l'application du mot goitre. Et, en effet, les diverses transformations que le tissu du corps thyroïde peut éprouver, ainsi que les productions inorganiques susceptibles de se développer dans son intérieur, constituent des maladies que l'on doit séparer de la simple augmentation de volume de cet organe. Elles seront traitées aux articles généraux mélanose, squirrhe, etc. Le goitre sarcome, ou pour parler un langage plus approprié à l'état actuel de la science, l'hypertrophie du corps thyroïde, fera donc seule l'objet de cet article. « Dans cette variété du bronchocèle, les traits de l'organisation toute particulière qui caractérise , comme on sait , la thyroïde parmi toutes les parties de l'économie , y sont alors et plus apparens et plus prononcés. Les lobes thyroïdiens sont bosselés , séparés par des intervalles profonds ; la surface inégale de chacun d'eux y décèle les lobules de ce corps. La consistance du tissu propre de la thyroïde est augmentée ; la couleur de ce corps est aussi plus brune et plus foncée. L'humeur à la fois visqueuse et comme oléagineuse qu'on obtient par expression du tissu thyroïdien , et qui y paraît, dans l'état ordinaire, comme infiltrée vu la ténuité des granulations qui la contiennent, est ici très -abondante et se trouve de plus ostensiblement renfermée dans une multitude de vésicules membraneuses , arrondies, demi - transparentes, ensevelies dans la masse thyroïdienne. Ces vésicules ne paraissent que les granulations elles -méraçs de la thyroïde devenues plus apparentes par l'accroissement de toutes les parties de ce corps. (Ruilier.).)
Cette affection a ses symptômes et ses causes propres. Les secours de l'art qu'on peut lui opposer sont aussi spéciaux ; tandis que le bronchocèle squirrheux ou phîegmoneux offre les conditions cliologiqucs et demande les moyens thérapeutiques qui
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appartiennent aux abcès, aux affections squirrheuses en général, etc. Avertissons toutefois que nous ne prétendons pas dire, par ce qui précède, que l'hypertrophie de la glande thyroïde ne puisse se compliquer de ces maladies ou que celles - ci ne puissent lui succéder ; nous indiquerons , au contraire , ces transmutations parmi les terminaisons accidentelles du goitre.
Les symptômes de l'hypertrophie du corps thyroïde sont locaux de même que ceux de la plupart des maladies qui affectent cet organe, à moins que la tumeur, ayant acquis un volume considérable, ne porte obstacle à la respiration et à la circulation. Il est donc toujours facile de reconnaître un engorgement thyroïdien , mais il ne l'est pas autant de préciser sa nature. Un caractère propre à l'hypertrophie et qui la distingue non - seulement des maladies des organes voisins, mais aussi de celles qui ont le même siège, est le mode de développement qu'elle suit. L'expension du corps thyroïde a lieu également dans tous les sens ; ses progrès sont d'une grande lenteur ; il n'y a aucun sentiment de chaleur dans l'organe ; sa consistance est le plus souvent la même, il reste élastique; en effet une pression momentanée n'y laisse point de traces ; la peau conserve sa couleur naturelle; on a dit qu'elle devenait un peu plus pâle, mais c'est une modification qu'elle éprouve toutes les fois qu'elle est plus fortement tendue sur ime surface convexe. Le réseau vasculaire reçoit moins de sang et les troncs voisins sont gorgés de la portion de ce liquide qui devrait lui arriver : aussi voit- on souvent les vaisseaux soos-cutanés qui environnent le goitre plus ou moins dilatés. La tumeur déjà très-développée présente toujours la forme du corps thyroïde, celle de deux ovoïdes réunis par leur grosse extrémité. Elle suit tous les mouvemens du larynx, et ce caractère est très-important pour le diagnostic différentiel. Il ne permet pas de confondre, avec l'hypertrophie thyroïdienne, une glande lymphatique engorgée , une production morbide enkystée siégeant dans le voisinage du larynx , et encore moins une collection purulente ou sanguine. Si l'on fait exécuter au malade quelques mouvemens de la tête , toutes ces tumeurs se détacheront plus ou moins de la trachée-artère.
Marche et terminaisons. — Pans quelques cas on a vu le goitre se développer avec rapidité, mais, comme nous l'avons déjà dit, ses progrès pour l'ordinaire sont très -lents; des mois, des années ï,'ècoulcnt avant qu'il ait atteint un volume remarquable.
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Quelquefois il semble rester stalioniiaire pendant un certain laps de temps ; puis il reprend sa marche sous des influences qu'on n'a pas toujours pu apprécier. Quoi qu'il en soit, avec cette marche lente et encore souvent interrompue, la maladie atteint peu à peu un développement considérable; la tumeur dans quelques cas a trois ou quatre fois le volume du poing et embrasse toute la partie antérieure du cou; d'autres fois sa forme sphéroïde la détache du larynx , et elle tombe plus ou moins bas au-devant de la poitrine ; on l'a même vue s'appuyer sur les parois de l'abdomen. On conçoit que la respiration et la circulation éprouvent une grande gêne dans ces conditions. La voix change ; les sons deviennent âpres , prennent un timbre particulier qui se rapproche , dit P. Frank, du croassement. L'engorgement des veines jugulaires, déterminé par leur compression, se manifeste par la teinte rouge et quelquefois livide de la face; il survient des vertiges, des assoupissemens; enfin l'apoplexie ou la suffocation peuvent même être le résultat de nouveaux progrès de la tumeur. Mais arrivée à un certain point, indéterminable à l'avance, l'hypertrophie du corps thyroïde paraît tout -à-fait bornée, sauf quelques légères variations pendant les changemens hygrométriques ; elle augmente un peu durant les temps humides , pour reprendre son ancien état sous la constitution atmosphérique opposée. Si l'on suppose cette affection naissant chez un sujet de quinze à dix-huit ans, on peut présumer que son développement pourra se prolonger, à très-peu de chose près, jusqu'à la quarantième ou quarante-cinquième année, de même qu'il ne s'étendra guère au delà. Mais la maladie ayant acquis cette ancienneté ne laisse qxe fort peu d'espoir de guérison, et malheureusement ce sont les cas les plus communs. Dans les circonstances rares , où l'hypertrophie du corps thyroïde a suivi une marche rapide , et dans celles où les moyens de l'art sont parvenus à en arrêter les progrès , le décroissement de la maladie est en rapport de vitesse avec son accroissement. Ainsi le goitre dont on aura pu borner le développement, soit après une année ou deux, ne demandera guère plus de temps pour son entière résolution. On a quelques exemples de goitre du volume du poing et plus dont la durée totale n'a point excédé cinquante ou soixante jours. Mais il faut se garder de confondre avec le goitre proprement dit , un simple engorgement interstitiel ou bien quelquefois même une sorte d'œdème du corps thyroïde , affection légère et de peu
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de durée. C'est en commettant la méprise dont nous avertissons, qu'on a dit avoir vu des goitres se développer et disparaître dans l'espace de quelqxies jours. Plusieurs auteurs ont donné à cet état pathologique le nom de goitre emphysémateux.
L'hypertrophie du corps thyroïde , après avoir persisté un nombre d'années plus ou moins considérable,' peut , ainsi que nous l'avons annoncé plus haut, se transformer en une autie maladie : c'est ainsi qu'on a vu des goitres squirrheux , etc. Ces transformations peuvent donc devenir des terminaisons de l'hypertrophie simple. D'autres fois on a trouvé dans le corps thyroïde, conservant d'ailleurs son tissu propre, de petites productions osseuses, cartilagineuses, ou même pierreuses. M. Baumes décrit un goitre hjdatique , et en effet l'on a quelquefois rencontré des collections aqueuses dans le même organe. Enfin il peut se déveloj)per dans un point de la glande thyroïde hypertrophiée une inflammation pldegmoneuse, qui, en s'étendant, convertisse le goitre en un véritable foyer purulent : celte terminaison n'est pas la moins heureuse, et nous verrons plus bas que quelques médecins ont proposé de la provoquer comme une ressource thérapeutique contre la maladie qui nous occupe.
Complications. — On conçoit qu'une affection purement locale comme l'hvpertrophie du corps thyroïde puisse exister avec une autre maladie ; il serait peu utile de nommer ici toutes les complications possibles du goitre , mais il en est deux ou trois auxquelles nous devons consacrer quehfues lignes. Chez tous les individus goitreux, comme nous l'avons dit, la respiration éprouve quelques troubles , et dès lors un examen superficiel a pu faire confondre ce qui appartient à l'obstacle mécanique déterminé par le corps thyroïde hypertrophié, avec ce qui appartient en propre à une lésion des organes respiratoires.
Le goitre est commun chez les individus atteints de scrofules ; mais est-il vrai, comme quelques médecins l'ont prétendu, qu'il dépende toujours de cette maladie, qu'il n'en soit qu'un symptôme ? Cette question n'est pas encore complètement résolue ; cependant on voit, d'une part, le goitre survenir sponianémenl chez des individus parfaitement sains; et, d'autre part, la tuméfaction du corps thyroïde qui se montre sur les sujets scrofuleux offre des particularités remarquables : elle commence à se développer dans l'enfance ; sa marche est ordinairement rapide ; enfin il est fréquent de la voir se terminer à l'âge de la puberté. On
sait que ces caractères n'appartiennent pas au goitre évidemment exempt d'une complication scrofnleuse.
Dans les gorges du Valais , dans celles des Pyrénées , dans les montagnes des Asturies, le goitre est si fréquemment une complication du crétinisme, que quelques-uns l'ont aussi considéré comme un symptôme constant de cette dernière maladie. Il est vrai de dire qu'il est peu de crétins qui ne soient en même temps goitreux ; mais il ne faut pas pour cela regarder le crétinisme comme la cause du goitre, puisqu'on trouve beaucoup d'individus affectés de cette dernière maladie qui ne sont pas crétins. Dans les cas où ces deux vices organiques sont réunis, l'hypertrophie du corps thyroïde reçoit de cette union de nouveaux caractères dont le plus notable est une hérédité constante. Il est permis de penser qu'une disposition organique commune, transmise par la génération, peut disposer à la fois au crétinisme et au goitre. Le goitre des crétins est ordinairement très- volumineux; son apparition est aussi ancienne que le vice de l'économie auquel il est lié ; quelquefois il est congénial comme elle, et sa gucrison ne peut non plus en être isolée; enfin le caractère endémique paraît lui appartenir plus particulièrement. Remarquons ici en passant que l'hypertrophie simple du corps thyroïde est la seule qui se présente avec le caractère endémique. Le squirrhe , les abcès du même organe ne peuvent être que sporadiques.
Uhérédilé du goitre n'est pas néanmoins liée exclusivement au crétinisme. Dans quelques familles plusieurs individus sont atteints de goitre, quoique habitant un pays où il n'est point endémique, où même il est assez rare. M. Guyot, élève des hôpitaux, m'a communiqué, à ce sujet, un fait intéressant. Il m'a assuré que M. Godelle , médecin à l'hôpital de Soissons , conservait le corps d'un enfant qui n'a vécu que quelques heures, et qui est venu au monde avec un goitre , sa mère étant affectée de la même maladie.
Une des causes les plus communes de l'hypertrophie d'un organe est son excès d'action ; mais comment reconnaître ce travail organique excédant pour une partie dont les usages, bien que joints par quelques-uns à ceux de l'appareil vocal, sont encore ignorés, et comment retrouver, dans les causes si disparates que les auteurs donnent au goitre, une influence identique ])ropre à déterminer l'excès d'action du corps thyroïde. Examinons en
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])articulier quelques-unes de ces causes. On a mis de ce nombre diverses qualités de l'air atmosphérique: ainsi c'est à la chaleur humide de l'atmosphère qu'on attribue généralement la fréquence et même la multiplicité endémique de cette maladie dans les Vosges, le Valais , les gorges des Pyrénées, etc. On sait que dans les vallées profondes qui séparent les hautes montagnes, et particulièrement dans celles qui ne sont pas balayées par les vents, l'air reste constamment chargé d'humidité, autant à cause des émanations terrestres, que par l'absence decouransqui puissent le renouveler. D'autres pathologistes avancent qu'il est plus probable que le goitre est dû dans ces contrées à l'usage des eaux de source , et plutôt encore à l'usage des eaux qui proviennent de la fonle des neiges; il nous semble qu'on ne peut adopter ni l'une ni l'autre de ces causes à'endcinicité, car, d'une part, suivant la remarque de M. de Saussure, les habitans de la cime de ces montagnes ont la même boisson que ceux de la vallée, et cependant ils sont exempts de la maladie qui est endémique chez ces derniei's ; et pour ce qui est dit de l'humidité de l'air des vallées , il faut y opposer qu'on rencontre aussi des goitres dans les pays montueux , et même dans d'autres qui sont tout-à-fait plats; ainsi nous savons que cette maladie est assez commune dans le Soissonnais et dans la petite ville de Saint- Denis, près Paris.
Cette incertitude dans l'étiologie du goitre a donné lieu à des assertions encore plus vagues que les précédentes. Valentin croit que cette affection est plus commune chez les femmes , par la raison qu'elles laissent leur cou plus ordinairement à découvert que les hommes. Tel autre l'attribue à l'usage de mauvais alimens, aux efforts du vomissement, au renversement brusque de la tête en arrière, à des convulsions générales, etc. Nous laissons au lecteur le soin d'apprécier la valeur de ces causes, et nous nous bornerons à présenter les conditions étiologiques que les observateurs ont rencontrées le plus grand nombre de fois. Le goitre est plus commun chez la femme que chez l'homme ; plus commun chez les jeunes sujets que chez les vieillards; on le voit cependant quelquefois se développer dans la première enfance. Si cette affection se rema^-que dans la vieillesse, on peut s'assurer qu'elle a pris naissance dans les âges précédons. On a dit qu'elle était plus ordinairement liée aux constitutions faibles ou affaiblies , aux maladies du svstènie lympathique : mais les cas
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où le goitre se rencontre sur des individus d'une forte constitution, sont aussi très-nombreux. Disons cependant, en dernier lieu, que c'est en raison de la faiblesse du système glandulaire que les femmes et les enfans sont plus disposés au goitre , comme ils le sont d'ailleurs à tous les engoi'gemens indolens et chroniques. Cette maladie est due très-fréquemment aux efforts de la voix , au dire de quelques auteurs; ainsi on l'a vu survenir à la suite d'un emportement de colère, après un accouclieraent laborieux, qui a arraché des cris violens : dans ces cas la fatigue des organes vocaux est incontestable, et il est facile de la constater dans beaucoup d'autres. Par exemple, le gonflement du corps thyroïde est assez fréquent dans les pays montueux, où les habitans sont pi-esque toujours forcés d'élever la voix très -haut pour s'entretenir de deux points quelquefois peu éloignés , mais d'un niveau différent. Ces efforts devront être plus violens pour les enfans et les femmes qui ont le timbre vocal naturellement plus faible. Dans nos villes plusieurs femmes du peuple, qui vendent dans les marchés et les rues, présentent encore un développement souvent très -sensible de la masse thyroïdienne.
l^e pronostic de l'hypertrophie simple du corps thyroïde est, en général , peu fâcheux ; à peine pourrait - on citer quelques cas où cette maladie, abandonnée à la nature, ait pu causer la mort. Mais, si elle n'intéresse pas essentiellement la vie, c'est toujours une difformité très -incommode. Le goitre qui s'est développé promptement et dans une contrée où il n'est point endémique , est moins grave en ce qu'il laisse plus d'espoir de guérison; celui qui attaque les enfans et les femmes peu âgées est aussi moins rebelle : les chances heureuses du traitement sont dans tous les cas, en raison inverse de l'ancienneté de la maladie.
La thérapeutique du goitre présente un assemblage bizarre des médications empiri([ues les plus différentes entre elles. Bornons-nous à en indiquer quelques-unes. Pour les applications locales on a recommandé les emplâtres de vigo, de diabotanuni , les frictions mercurielles ; l'éponge sèche et pulvérisée, les cendres d'épongés, celles de fougère; l'hydroclilorate de soude, le phosphate de chaux , privés de leur eau de cristallisation. Les absorbans , pour nous servir du mot sous lequel on a désigné im- ])roprement ces dernières substances, ont été conseillés dans le but d'enlever les parties les plus liquides de la tumeur , on a voulu faire ime sorte d'opération de chimie; mais on conçoit
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que, si celte médication n pu être quelquefois utile , c'est simplement en produisant une irritation à la peau, ou en déterminant une activité plus grande de l'absorption interstitielle dans le corps thyroïde : ainsi agissent encore dans ce cas , l'ammoniaque, le camphre, les liuiles volatiles, etc.
Les secours thérapeutiques indirects portés dans le torrent des fluides circulatoires par l'assimilation, ont eu des effets encore plus douteux que les moyens précédens. Les cendres d'éponge , que nous avons dit être employées en applications locales, ont aussi été administrées à l'intérieur. Elles sont la base de plusieurs électuaires, tablettes, pastilles, potions, etc. , contre le goitre ; et même quelques noms célèbres ont été attachés à ces compositions. On connaît le remède de Planque, celui de Russel, les pastilles de M. le professeur Dubois, les tablettes de M. Fodéré, etc. La plupart de ces médications étaient tombées dans l'oubli lorsque , dans ces derniers temps, M. Coindet de Genève a rappelé l'attention sur elles. Ce médecin. pensa que le principe actif de l'éponge marine était l'iode que contient cette substance végéto-animale. Le docteur Deccaro à Vienne , le professeur Bréra à Padoue , firent de nombreuses expériences avec l'iode sur des sujets affectés de goitre, de scrofules, ou de ces deux maladies à la fois. L'hydriodate de potasse ( 48 grains pour 3 j d'eau ) en dissolution dans l'eau distillée, fut la forme sous laquelle M. Coindet employa d'abord ce médicament; quelquefois il ajoutait à cette solution un peu d'iode pour la rendre plus active. La teinture d'iode ainsi que la préparation précédente se donni'nt à l'intérieur à doses trèo-fractionnées. On prépare aussi une pommade avec l'hydriodate de potasse simple ou bien avec l'hydriodate de potasse iodui'é. Au dire des médecins cités plus haut, les avantages de ce corps indécomposé seraient incontestables : toutefois il s'en faut qu'il ait soutenu cette grande réputation en France, où il a été employé contre les scrofules. Nous ne connaissons de ses avantages que ceux obtenus , dans ces derniers tem})s,par M.Breschet. Quant au goitre, son peu de fréquence dans nos villes n'a pas, à ce que nous sachions, permis que les propriétés de l'iode, à son égard, fussent constatées par, des essais assez nombreux. Suivant quelques compatriotes de M. Coindet, le peu d'efficacité de ce médicament ne serait pas. le seul motif qui dût le faire abandonner. Ils citent des cas où son usage prolongé a déterminé une inflammation ulcéreuse de
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l'estomac, et même des perforations de cet organe. Ce ne serait pas la seule substance médicamenteuse qui, séparée des composés naturels où la médecine avait reconnu ses avantages, pourrait devenir d'un emploi dangereux. La plupart des autres médicamens internes, conseillés dans le traitement du goitre, et qui ont eu aussi leur temps de vogue, se rapportent aux purgatifs; il serait inutile de les rappeler ici pour les réfuter aussitôt , tous étant aujourd'hui justement abandonnés.
Parmi les moyens chirurgicaux employés contre le goitre , la compression serait peut-être un des plus avantageux si son application était facile. Mais comment l'exécuter sans augmenter un des accidens les plus graves de cette maladie, la gène de la respiration.
Celse, et après lui Heister, ont conseillé les caustiques minéraux et mèmele feu pour détruire legoître.Cesmoyensontdù être abandonnés : si la destruction qu'on opère à leur aide est superficielle, elle est sans succès; elle est des plus dangereuses si elle attaque toute l'étendue du mal. Le séton a eu des succès assez nombreux : il détermine dans la tumeur un ttavail suppuratoire qui diminue toujours considérablement son volume, et qui procure même quelquefois une guérison complète. 11 importe que l'incision pénètre jusqu'à la substance du corps thyroïde ; mais il faut aussi prendre garde qu'elle n'atteigne les vaisseaux qui s'y rendent, et qui, dans l'hypertrophie, ont toujours éprouvé une dilatation plus ou moins considérable.
L'urgence la plus impérieuse, une suffocation imminente, peut seule autoriser à recourirà l'ablation totale du thyroïde hypertrophié. Celte opération pratiquée par quelques chirurgiens, a eu pour l'ordinaire des suites funestes, soit par l'hémorrhagie du moment, soit par une hémorrhagie consécutive. Dcsault a extirpé, dit-on, quelques goitres avec succès ; mais trop d'exemples malheureux ont dû faire renoncer les praticiens les plus habiles" à l'imiter.
Un traitement palliatif, comme on a pu le juger par ce qui précède, est quelquefois le seul qu'on puisse employer contre le goitre, et l'observation des principes de l'hygiène le constitue presque entièrement. Éviter l'air humide de la nuit , et celui qu'apportent les localités; éviter encore les efforts de la voix; soutenir légèrement la tumeur, la porter en avant si elle est globuleuse, sont les premiers conseils à donner. Un régime nour-
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rissant et même un peu excitant est un auxiliaire indispensable ; il faut y joindre aussi l'excitation locale et générale de la peau par des frictions sèches , et l'usage des bains d'eaux minérales sulfureuses ou ferrugineuses. Il est d'expérience que la seule émigration des contrées à goitres suffit pour guérir ceux qui en sont atteints depuis peu de temps. Enfin un moyen vraiment efficace de le prévenir est, suivant la remarque de M. Fodéré, de faire allaiter par upe nourrice étrangère les enfans qui naissent dans ces contrées, et encore de les faire élever dans un lieu où il n'y ait aucune trace du mal. (g. ferrus.)
GOLFE, s. m., sinus. L'usage a consacré ce terme impropre pour designer une dilatation qu'offre la veine jugulaire interne dans la base du crâne ; on la nomme le i;olfc de la veine Jugulaire, (a. b.)
GOMME, s. f. ( tumeurs gommeuses), gumrnata , aposteviata gummosa. Ces tumeui'S sont produites par le virus syphilitique ; elles siègent aux environs des os, et contiennent une matière gluante comparable à du mucilage de gomme adragant. Plusieurs auteurs leur ont donné le nom àiexosloses molles.
Ce sont de vrais abcès , dont le pus ne s'est formé que par un travail inflammatoire long et peu intense, et qui se développent ordinairement dans le tissu cellulaire qui unit le périoste aux os les plus rapprochés de la peau, tels que ceux du crâne, les clavicules, les côtes, les tibias, les cubitus et les radius. Toutefois on observe aussi de ces sortes de dépôts indo'.ens à différentes régions du corps assez éloignées des os ; mais c'est presque toujours au voisinage de quelques parties aponévrotiques ou ligamenteuses.
Ainsi qu'on le remarque pour les exostoses, l'apparition de ces tumeurs est le phis souvent annoncée par des douleurs sourdes dans l'endroit qu'elles affectent. Cependant, dans quelques cas rares, elles ne sont précédées par aucune augmentation de sensibilité locale. Quoi qu'il en soit de cette circonstance , il se manifeste d'abord des engorgemens durs, adhérens, vrais tophus , qui parviennent avec lenteur à la grosseur d'une petite noix, quelquefois même jusqu'à celle d'un œuf, et qui restent en général très-long-temps dans un état d'indolence remarquable, sans pour cela discontinuer de se ramollir au point d'offrir un fluctuation uniforme de toute leur surface, comme
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l'espèce de loupe connue sous le nom de méltcerîs. Lorsqu'un traitement méthodique n'en arrête pas les progrès, ils finissent par s'enflammer; et, soit qu'on en fasse l'ouverture ou qu'on laisse ce soin à la nature , le liquide qui s'en échappe est visqueux, filant, assez épais, transparent pour l'ordinaire, et de couleur blanche, jaunâtre, et quelquefois rougeâtre.
Les tumeurs gonimeuses ne sont jamais occasionées par une infection récente. Coïncidant habituellement avec des exostoses, des pustules cutanées de diverses espèces, des ulcères gutturaux ou autres, et surtout avec des douleurs nocturnes, l'affaiblissement et l'émaciation générale, il n'est guère possible de méconnaître en elles les symptômes d'une syphilis ancienne, et le plus souvent fort invétérée. On ne les confondra jamais avec les engorgeraens vénériens des glandes lymphatiques, c'est-àdire avec les bubons, qu'ils soient primitifs ou consécutifs ; ces dernières tumeurs ayant toujours leur siège aux aines, aux aisselles ou au cou, et ne présentant jamais, à leur début, la même adhérence aux parties solides du voisinage qu'on observe dans les tumeurs gommeuses.
Le traitement général de ces sortes d'affections doit toujours être celui des maladies vénériennes consécutives; mais l'état de faibles ie et d'épuisement assez fréquent chez les sujets qui les présentent, exige souvent qu'on associe au mercure et aux sudorifiques très - rapprochés , bases obligées de la médication dans toute syphilis dégénérée, un régime tonique, les amers, le quinquina , l'écorce de mézéréon , l'oxyde de fer , le sulfure d'antimoine natif, et surtout l'opium , dont la nécessité sera d'autant mieux sentie qu'il y aura des douleurs osseuses plus intenses. Il est, du reste, bien utile, dans ce cas, surtout si l'infection a déjà éludé l'action de plusieurs traitemens méthodiques, de suspendre tous les quinze jours, pendant à peu près une semaine, l'administration des remèdes, et même de varier la nature des préparations mercurielles qui en forment la partie la plus active.
La seule influence de ce traitement suffit souvent pour opérer la résolution de la matière contenue dans les tumeurs gommeuses. J'en ai vu qui paraissaient prêtes à s'ouvrir spontanément, disparaître ainsi d'une manière prompte et vraiment surprenante. Mais le plus communément il convient de faire !in traitement local , qui consiste à pratiquer matin et soir, sur
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chaque abcès gommeux, une onction avec la pommade napfilitaine, et de le couvrir ensuite avec un emplâtre mercuriel, relui de gomme ammoniaque, ou de savon de Starkey. Quelquefois de simples frictions ammoniacales ou des vésicatoires volans, réitérés, sont parvenus à les résoudre.
Lorsque , sur la fin du traitement général , aidé par ces différens topiques, on reconnaît que l'état de ces tumeurs ne s'est pas amélioré ( il arrive même souvent alors qu'elles font des progrès malgré les remèdes, et qu'elles menacent de s'ouvrir d'elles-mêmes ) , on doit donner issue au liquide qu'elles renferment, par le moyen du bistouri. C'est une pratique que Scultet, imité en cela par Astruc et beaucoup d'autres médecins modernes, avait recoxnmandée comme devant toujours être employée dès le début du traitement antisypliilitique; mais on ne peut se dissimuler qu'elle ne soit peu rationnelle , puisque, dans nombre de cas , il suffit du traitement ci-dessus prescrit pour obtenir la guérison , et par conséquent pour rendre l'opération inutile. Il peut être avantageux , lorsque les gommes sont extrêmement indolentes, d'en faire l'ouverture pas l'application de la potasse caustique, très-propre par son action à réveUler la vitalité des parties environnantes. Quoi qu'il en soit , quand la matière d'un de ces abcès a été évacuée par un procédé quelconque, il faut panser la plaie avec des ongTiens excitans, afin de déterger les parois du foyer, et d'en obtenir la cicatrisation. Dans le cas où une portion d'os se trouve dénudée, cariée ou tuméfiée, on doit se conduire comme il a été dit à l'article carie. Voyez aussi nécrose. ( l. v. lagneau. )
GOMME, s. f. , gurnini. La gomme est un des principes immédiats des végétaux. Elle se rencontre dans toutes leurs parties, dans les feuilles, les tiges, les racines, les fruits, les semences , etc. Elle s'en écoule spontanément sous la forme de gouttellettes plus ou moins volumineuses, qui se réunissent en masses , et se durcissent à l'air. Dans son état de jwireté , la gomme est solide, incolore, sans odeur, d'une saveur fade , incristallisable , inaltérable à l'air , soluble dans l'eau froide , plus soluble dans l'eau chaude , et formant une sorte de gelée qui porte le nom de mucilage. Cependant quelques espèces de gomme ne sont pas entièrement solubles dans ce véhicule : ainsi , la gomme adragant se compose de 57 parties se dissolvant facilement dans Tcau, et de /)3 parties d'une substance qui se