‹ Dictionnaire de médecine; ou, Répertoire général des sciences médicales considérées sous les rapports théorique et pratiqueChapitre 32 sur 62 · X. 2iJ · texte numérisé non relu

X. 2iJ

3o6 GOU

palais, les lèvres, la partie interne des joues et la gorge y prennent également quelque part. L'ellébore , la belladone et l'absinthe, par exemple, affectent respectivement, suivant Grew, Luchtmans et Le Cat, les lèvres, le palais, la luette et le pharynx. On sait encore|que les saveurs de plusieurs substances médicamenteuses, introduites dans l'économie parla voie de l'absorption intestinale, comme le camphre, le musc, l'assafœtida, portent moins leur influence sur la langue que sur la gorge et l'ensemble de la bouche , qu'elles imprègnent de leur saveur propre avec plus ou moins de ténacité. Les exemples connus de mutilation de la langue avec persévérance du goût, et même d'absence congéniale de cette partie (de Jussieu, Académie des sciences, 1718 ), confirment encore l'admission d'agens accessoires de cette sensation. D'autres parties enfin s'en montrent les auxiliaires. Ce sont toutes celles qui humectent la langue et la bouche , comme les follicules ou cryptes muqueux variés de ces parties , les papilles fongiformes de la base de la langue, les tonsilles, et surtout les glandes salivaires. On sait, en effet, que les corps solides ne portent aucune impression sapide dans l'état de sécheresse de la langue et de la bouche, et que \e goût se perd ou s'altère dans les changemens qu'éprouvent les agens de ces diverses sécrétions , qui deviennent dès lors de vraies conditions de la sensation qui nous occupe. Il en est encore ainsi à l'égard des organes de trituration pour ceux des corps sapides qui nécessitent leur action, et des parties de la bouche propres à retenir dans cette cavité les boissons durant le temps nécessaire à leur impression sur le goût.

On voit qu'en marchant avec les faits, on s'éloigne des idées de ceux qui ont voulu placer la sensibilité gustative non-seulement dans la langue , mais encore dans les papilles %-illeuses ou coniques de cet organe, et qui d'après cette idée ont été conduits à regarder tantôt le grand hypoglosse (Hevermann, Boerhaave), tantôt le nerf lingual (Haller, Meckel, etc.), comme les nerfs exclusifs du goût, les uns et les autres se fondant, entre autres raisons, sur ce que ces nerfs se continuent avec les papilles de cet ordre. Mais cette assertion est tout -à -fait contestable, et nos recherches les plus multipliées et les plus minutieuses ne no?is ont jamais permis de suivre jusques-là, ni le lingual ni aucun filet des autres nerfs de la langue. Aussi pensons-nous qu'ainsi qu'on le remarque à l'égard du toucher, qui n'a pas de nerf

spéci.il, c'est dans la réunion des nerfs qui arrivent au tégument de la langue et de la bouche , qu'il convient de placer le sens du goût, et non pas dans un seul de ces nerfs en particulier. Cette opinion, déjà depuis long-tempsmisecn avant par Dumas (P//jj/ologié) ^ et que plusieurs pliysiologisfes de nos jours professent, est aussi celle de M. de Blainville , qui établit dans ses Principes d'Anatomie comparée, qu'il existe la plus grande analogie , sous le l'apport qui nous occupe, entre les tégumens du goût et ceux du toucher, qui ne reçoivent en effet, en commun, <[u'une portion superficielle et comme exubérante de divers nerfs servant à la fois aux mouvemens et à ces deux sensations.

§ III. Le mécanisme du goûi est simple ; il consiste dans la seule application plus ou moins immédiate des substances sapidcs à la surface de la langue et des diverses parties de la cavité buccale. Or on voit , à cet effet, la langue s'appliquer en quelque sorte à l'aide de ses mouvemens aux alimens préalablement triturés par la mastication , et plus ou moins liquéfiés par les fluides contenus dans la bouche et par la salive qui y afflue en quantité plus ou moins grande. A l'égard des boissons , elles coulent en nappe et avec une certaine lenteur dans la bouche qui les relient assez pour favoriser l'espèce d'inibibition qui s'ensuit de la part de la langue et de toutes les parties qui servent au goût. Cette sensation exige alors le mode de préhension des liquides qui constitue la succion , ou bien l'infusion graduelle et par gorgées successives. On sait en effet que les boissons qui passent trop rapidement, que nous avalonsavec précipitation, ne produisent pas ou presque pas d'impression sur le goût ; et que c'est de la sorte que nous évitons à volonté de goûter les liqueurs dont la saveur nous déplaît. [Médecine, Apozèmes, etc.) L'on a dit, mais sans preuves suffisantes, que l'organe du goût et notamment les papilles delà langue se gonflaient et entraient dans une sorte d'érection sous l'influence des corps sapides, et que cet état particulier de l'organe, qui augmentait l'étendue de ses points de contact , entrait pour beaucoup dans la sensation. Mais il nous semble ^u'il est permis de douter que Haller et M. Bluraenbach aient jamais constaté la réalité de cette érection, attendu que rien ne la décèle en effet à l'observation la plus scrupuleuse. L'attention concentrée sur le goût modifie son mode d'exercice , et l'homme qui savoure alors les alimens, ou qui déguste les boissons, prolonge leur point de contact avec sa bouche et le renouvelle à son gré.

Page 1