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Aussi le gourmet et le dégustateur qui apprécient si promptement et si bien les saveurs, se décèlent -ils à l'observateur par quelques particularités dans la préhension , et une sorte de pbysionomie que l'on ne remarque pas chez 1 homme qui boit et mange avec indifférence.
§. IV. Fariétés du goût. — La délicatesse et l'étendue de la gustation sont loin d'être les mêmes dans toutes les circonstances. C'est ainsi que le goût, nul à la naissance , a besoin d'éducation ; il se forme avec lenteur , et, malgré le développement marqué de son premier agent , il demeui'e très-imparfait dans le premier âge de la vie. Les petits enfans n'aiment guère que les substances douces et sucrées; mais ils goûtent si mal, qu'il est très-facile, comme on sait, de les tromper sur les saveurs, et qu'il suffit, le plus souvent, de changer la couleur des choses qui leur déplaisent pour les leur faire prendre sans répugnance. L'imperfection du goût , quoiqu'en diminuant par l'âge , ne cesse pas durant la première jeunesse. Ce n'est pas l'époque de ce sens. Le jeune homme mange avec plaisir, parce qu'il a faim, mais il montre une grande indifférence dans tout ce qui lient à la recherche des mets et des boissons. Le goût reçoit tout son développement dans l'âge mûr, et cette sensation, loin de se détériorer chez le vieillard, y acquiert une nouvelle perfection. C'est par elle, en effet, qu'il semble surtout alors continuer à vivre, l'habitude apportée dans l'exercice du goût donne encore, comme on sait, au chimiste , au distillateur , au cuisinier, etc. , une rare précision dans les jugemens qu'ils portent des saveurs d'une foule de corps simples ou composés ; et mille nuances sapides qui échappent au commun des hommes, se décèlent clairement au véritable tact devenu leur partage. Mais l'habitude, en perfectionnant le jugement que nous portons des saveurs, émousse-t-elle le sentiment comme le prétend Bichat ? Nous ne le pensons pas, et s'il est vrai que l'on se dégoûte parfois des alimens devenus trop usuels et q*'on les change avec plaisir, l'on y revient bientôt après sans les troii^er moins bons. Il en est même un très -grand nombre que nous ne parvenons à aimer que par la force de l'habitude. Qui n'a remarqué, à ce sujet, les goûts tout-à-fait particuliers à certains peuples , à certaines provinces , à certaines familles ? Et qui ne connaît la rare constance de la plupart de ces goûts invétérés que l'on nomme d'enfance, et qui font qu'une foule de choses qui ne paraissent communément rien moins qu'agréables , con-
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tinuent cependant de fuire nos délices jusquà notre dernier âge. L'abus seul des liqueurs fortes , des alimens et des assaisonemens très-irritans, blase le goût et le rend comme insensible aux saveurs ordinaires : c'est ce que l'on voit , en particulier, chez les peuples ichtliyopbages du Nord, qui, vivant de poissons pouris et usant d'alcohol rectifié , trouvent nos alimens et nos vins insipides. L'excès de développement de la bouche, chez les Nègres, y coïncide avec la finesse et l'étendue de la sensation du goût. Le privilège de ce sens s'étend encore aux peuples les moins avancés dans la civilisation : obligés déjuger le plus souvent par eux-mêmes des alimens, qu'ils ne trouvent pas tout préparés, et contraints ainsi de les goûter pour éviter le péril, ils s'élèvent en quelque sorte, suivant Grimaud, à cette sûreté de tact qui distingue si éminemment dans la même circonstance les animaux qui vivent dans l'état sauvage.
§ V. Examinons maintenant les utilités du goîit el les principales connexions de cette sensation avec les autres fonctions de l'économie. La sensualité, de tous les temps el de tous les âges, et contre laquelle la raison humaine n'est pas toujours suffisamment prémunie, est un des premiers avantages attachés à l'exercice delà gustation. Elle est un des attraits puissans et toujours écoutés par lesquels la nature prévoyante commande la conservation individuelle. Le goût, seulement rapproché du tact par l'analogie d'organisation et le mode d'exercice, est uni de fin ou de but avec l'odorat comme juges communs des qualités utiles des alimens et des boissons. Ces sens explorateurs servent essentiellement à la digestion. Buisson leur a donné avec raison la dénomination de sens nutritifs. Ils forment vraiment parnà les sens externes une classe à part. Le goût , sans liaison avec l'intelligence , prédomine chez les hommes les plus grossiers comme chez les animaux les plus bruts. Son développement et sa finesse s'y montrent en raison de leur gloutonnerie et de la degradation de la pensée. L'anatomie compai-ée n'offre dans les mammifères que peu d'exceptions à cette règle. Mais parmi cellesci, nous citei'ons les cétacés et les pachydermes en particulier, si remarquables par leur abrutissement et qui n'ont cependant qu'un goût nul ou plus ou moins défectueux. Le goût ne conser\e pas même de mémoire ; rien , ce nous semble du moins, ne ra]poUe les saveurs : l'impression nouvelle et actuelle des corps sapides constate seulement notre aptitude à nous rappeler qu'ils
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nous étaient déjà connus. Mille faits font ressortir les relations intimes du goût avec l'estomac et l'action digestive. Il est rare que ce sens admette ce que l'estomac repousse , et que ce qui le flatte ne nous soit pas profitable. Ses répugnances doivent êti^e respectées. L'on digère bien mal , en effet, ce que l'on prend avec dégoût, et le plus souvent le vomissement ne tarde pas à l'expulser. 'Lefasddium c/éi pour les aliuiens ordinaires et les dépravations du goût suivent en quelque sorte comme leur ombre la plupart des lésions directes ou sympathiques de la digestion. C'est ce que prouvent les sensations amère, fade, salée, nauséeuse, nidoreuse, qui accompagnent les maladies gastrique et intestinale; et la recherche, contre l'ordre ordinaire, de substances réputées mauvaises, d'une alimentation insuffisante ou absurde, que l'on remarque dans la grossesse, l'aménorrhée, la chlorose et l'hystérie. Le retour du goût à l'état naturel signale le plus souvent le rétablissement de la santé. L'on rencontre assez fréquemment toutefois, soit dans les névroses de l'estomac, soit dans l'irritation chronique de ce viscère , soit même dans ses maladies organiques les plus profondes , le sens du goût dans l'état d'intégrité le plus parfait. ( kullier. )
GOUTTE , s. f. Vers le douzième siècle, dit -on, lorsque les théories de l'humorisme étaient le plus répandues, l'arthritis fut attribuée, comme un grand nombre d'autres affections, au dépôt d'une goutte de quelque humeur acre dans le tissu de nos organes ; ce mot qui désignait la cause a bientôt été employé pour indiquer l'effet ; il est devenu synonyme de mal articulaire, de podagre. Mais l'arthrite goutteuse n'est -elle pas en quelques points différente de l'arthrite idiopathique , de celle produite par un coup, une chute, etc.? n'est-elle pas encore différente de celle qui survient chez un sujet scrofuleux ou vénérien? Sous le rapport de leur étiologie, de leur marche, et sous celui plus essentiel de leur traitement , les différences qui existent entre ces maladies sont telles, que nous avons cru devoir conserver le nom de goutte, quelque impropre qu'il soit.
Toutes les hypothèses ont été épuisées pour expliquer les nombreux phénomènes de cette singulière affection. Galien et le plus grand nombre des médecins des siècles reculés ont considéré la goutte comme une fluxion irrégulière, tantôt de la pituite, tantôt des fluides bilieux. Plus tard on a émis que le liquide qui formait cette goutte , susceptible de se porter d'un lieu a
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un autre, pounait bien être d'une nature spécifique, qu'il pouvait être acre et caustique. Enfin, enchérissant en quelque sorte sur cette dernière opinion , on a aussi attribué la goutte à un fluide gazeux , à une espèce de miasme, charié avec les humeurs dans tous les tissus organiques. Imbus de cette théorie, les médecins du Japon parviennent , disent-ils , par une piqûre profonde à donner issue à ce vent étranger.
Si nous nous rapprochons des temps modernes , nous trouvons encore, à peu de chose près, les mêmes doctrines humorales. Ainsi Cullen , Sydenham , semblent penser que la cause essentielle de la goutte est formée dans les voies digestives, mais ne peut se fixer que sur certains organes. Quelques différer|ces trouvées dans la composition intime de la sueur ou de l'urine ont aussi , dans ces derniers temps , fait admettre une goutte acide et une goutte alkaline, également déterminées par un vice de nutrition. Enfin Scudamore ( Trad. , i vol. in-S° ) suppose à la fois que la maladie arthritique est dépendante d'une surabondance du sang dans le systèmC'ide la veine - porte, el d'une lésion consécutive des fonctions du foie et des sécrétions dépendantes de l'appareil digestif. Cel auteur décide conséquemment que « l'estomac est vraiment le milieu dans lequel la goutte est créée. »
Barthez admet d'abord une disposition innée des solides et des liquides , et encore une infirmité relatii'e des organes. Ces conditions déterminent l'état goutteux spécifique des soUaes , « état produit par la force de situation fixe entre les parties du tissu des fibres. » Nous ne savons si cette phrase a jamais été comprise, mais nous croyons au moins qu'elle ne l'est guère de nos jours. Le même auteur reconnaît encore un état goutteux spécifique des humeurs, qu'on ne peut révoquer en doute, dit-il. Voici toute sa théorie de la goutte. « L'élat goutteux du sang est un vice de sa mixtion qui intercepte plus ou moins la formation naturelle des humeurs excrémentielles, de telle sorte que la décomposition spontanée que subissent ces humeurs y fait prédominer la séparation de la substance terreuse. » Cette prédominance donne aux humeurs une affinité spéciale pour les os, etc ; mais il faut encore l'infirmité relative de ceux-ci. Cela est -il plus clair que la force de la situation fixe? Un auteur anglais , Th. Sulton , cité par Scudamore, a écrit que la cause excitanle et principale de la goutte réside dans le canal alimentaire, et il donne comme un des principaux soutiept.
à cette opinion , l'efùcacité des purgatifs dans cette maladie.
Quelques auteui's, voulant donner à la goutte un siège organique plus positif, sans cesser toutefois de la considérer comme une maladie généi'ale , en ont fait une altération du système lymphatique. Les travaux de Musgrave , ceux plus récens de Sœmmering, et enfin de M. Allard, fournissent un grand nombre de données intéressantes dans ce sens, M. Guilbert qui admet cette théorie, observe que c'est, sans contredit, celle au moyen de laquelle on explique le plus facilement les nombreux et singuliers phénomènes des affections goutteuses, leur action sur toute l'économie. C'est en la considérant comme lymphatique, dit cet auteur, que Boerhaave, Cullen, etc., ont avancé que la goutte était une maladie de tous les systèmes. Malheureusement l'analomie pathologique n'a pu rien découvrir sur le système lymphatique des individus qui ont succombé à la goutte, et tout ce qui soutient celte opinion se réduit encore à des considérations physiologiques plus ou moins probables. Sans vouloir la réfuter autrement, nous ferons néanmoins remarquer que le siège des douleurs arthritiques les plus violentes est toujours éloigné des branches les plus considérables du système lymphatique; et que si ces douleurs se propagent, ce n'est jamais dans la direction des vaisseaux de cet ordre; enfin, que les maladies lymphatiques les mieux caractérisées, les plus généralement avouées ne revêtent, en aucun temps, une nuance de sensibilité analogue à celle que présentent les affections goutteuses.
Les phénomènes incontestablement inflammatoires que la j^OTitte présente dans quelques cas, et tout ce qui a été dit sur la liaison de la goutte avec un trouble des fonctions digestives ; devait conduire les sectateurs de M. Broussais à leurs idées favorites. Pour eux, non - seulement la goutte est toujours une phlegmasie, mais elle a dans tous les cas un siège fixe, un siège prilaitif, qui est l'estomac; c'est encore une gastrite ou bien une ^nslro - arthrite Entendent-ils par ce mot composé une inflammation concomitante de l'estomac et des articulations ? mais l'estomac paraît débarrassé lorsque les articulations sont entreprises. Est-ce une inflammation alternative du ventricule et des surfaces articulaires? mais alors une inflammation est une chose bien peu organique, et sur les traces de laquelle on doit fort peu compter puisqu'elle paraît et change de siège avec une telle rapidité. Pourquoi vouloir que le trouble qu'éprouve l'eslomac au
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début d'un accès de goutte ou pendant sa durée soit une gastrite ? La blessure la plus légère , la congestion cérébrale la moins intense, ou simplement une peine morale, diminuent, troublent, quelquefois même suspendent les fonctions de l'estomac; sera-ce toujours des gastrites?
Causes de la goutte en général. — Ici plus que dans nul autre point de pathologie les données étiologiques sont incertaines et obscures. Cependant on peut séparer en deux groupes les conditions que l'expérience a montrées les plus communes chez les individus goutteux. Les premières sont relatives à l'âge , au sexe et à la constitution innée ; les autres dispositions à la goutte naissent du genre de vie , du régime , et enfin des diverses influences physiques et morales auxquelles l'homme peut être soumis.
1** L'âge dans lequel les premières attaques de la goutte sont plus communes est l'âge viril. Scudamore , sur un relevé de cent individus, en compte : onze, chez lesquels la maladie se déclare entre vingt et vingt -cinq ans; vingt - trois, entre vingt - cinq et trente ans; dix -neuf, entre trente et trente -cinq ans; vingtdeux, entre trente-cinq et quarante ans ; onze, entre quarantecinq et cinquante ans; le reste du nombre total est divisé en trois ou quatre fractions très - petites , comme on peut le juger. L'aute;ir que nous citons dit n'avoir vu qu'un seul exemple de premier accès avant vingt ans, et aucun après soixante-cinq ans. Mais il est important de noter que nous ne parlons ici que du début de la maladie; sa persévérance et le peu de mortalité qu'elle entraîne , joints à quelques débuts tardifs , la rendent néanmoins fort commune chez les vieillards.
Sexe. — Les hommes sont incomparablement plus sujets à la goutte que les femmes , bien qu'il soit difficile de donner une raison plausible de ce fait. Une des plus probables cependant,' est la très-grande fréquence, chez ceux-là, des excès de table, et surtout de l'abus des boissons alcoholiques. Le plus grand nombre des médecins ont pensé, avec Hippocrate, que l'écoulement menstruel préservait les femmes de la goutte. Il est plus vrai de dire qu'en général la présence de cette maladie semble rendre précoce la cessation des menstrues. Nous disons en général , parce que nous avons sous les veux, aujourd'hui même, une exception manifi^ste à celte assertion et à l'aphorisme, « mulier podagrd non lahornt , etc. « : ce sont quatre malades goût-
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teuses chez lesquelles la menslruation est très - régulière , quoique leur maladie dure déjà depuis plusieurs années. CuUen , et depuis Scudainore , ont eu plusieurs exemples dans lesquels la goutte a succédé à la ménorrhagie.
Hérédité de la goutte. — Une grande masse de faits semble la rendre incontestable, mais ce caractère présente des anomalies fort curieuses. Ainsi il est des familles où l'on trouve un seul goutteux sur dix personnes tout-à-fait exemptes de la goutte; et d'autres fois, au contraire, cette maladie frappe le plus grand nombre. M. Guilbert , pour soutenir l'hérédité de la goutte , rapporte cette observation très -remarquable : « Un homme, père d'une nombreuse famille, avait eu huit enfans avant d'être affecté de la goutte, et en particulier d'une scialique qu'il garda le reste de sa vie. Pendant cette maladie, il devint père d'un neuvième enfant. C'est le seul de la famille qui soit goutteux. Scudamore avance qu'en général on a trop expressément défini la goutte une maladie héréditaire, et son assertion paraît fondée, si on la juge d'après un tableau annexé à son ouvrage, et dont voici le résumé. Chez trente-deux individus, hérédité de père ; de mère chez neuf; de père et de mère chez trois; six avaient eu seulement le grand-père goutteux ; un , la grand'mère seulement; quatre, un oncle ou une tante : enfin, cinquante-huit malades n'avaient connu aucune trace de goutte chez leurs proches parens. Pour expliquer la transmission lîéréditaire de la goutte, ceux qui n'ont pas reconnu avec Barthez un état goutteux spécifique des humeurs^ ont en revanche admis, comme cet auteur, une constitution goutteuse propre, un tempérament, qu'on reconnaît, dit- on, aux traits suivans : squelette bien développé, tête volumineuse , dimensions considérables des extrémités des os longs ; peau blanche et peu couverte de poils ; respiration et circulation fiéquentes. Enfin on remarque que les individus qui présentent cette constitution goutteuse ont les passions vives, et en résumé un esprit actif avec un corps paresseux. Mais combien sont vagues les attributs de ce tempérament édifié sur les principes d'une théorie qui tombe en ruines ! La vérité est que nous avons vu la goutte affecter des hommes de constitutions fort différentes; les uns étaient sanguins, comme l'on dit; d'autres nerveux ; ceux-là lymphatiques, etc. ; mais le plus grand nombre présentaient la constitution de l'âge mûr, celle où prédomine l'appareil digestif.
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2° J. PrédispoaUions acquises. — L'habitation sous un ciel souvent chargé d'eau, et en même temps d'une température froide, peut être mise au nombre des circonstances qui favorisent le développement de la goutte. C'est à une semblable constitution atmosphérique qu'on attribue généralement la fréquence de cette maladie en Angleterre. On rencontre peu de goutteux dans les campagnes de France; et, s'il en est quelquesuns, c'est particulièrement dans les contrées les moins chaudes, les plus arrosées d'eau, et où les variations de température sont fréquentes et brusques. Une demeure qui offre quelquesunes de ces conditions insalubres, soit par sa construction, soit par son exposition peu favorable, est quelquefois la seule cause qu'on puisse reconnaître à une affection goutteuse.
B. Les vêtemens ne peuvent influer que d'une manière trèssecondaire sur le développement de la maladie qui nous occupe. On a vu souvent néanmoins une première attaque de goutte se faire sentir après l'emploi de vêtemens trop légers pour la saison, ou chargés d'humidité. Mais encore ici c'est surtout le changement subit qu'ils apportent à la température du corps qui peut devenir nuisible.
C. Le genre d'alimentation est, au dire de tous les médecins, la source la plus féconde des affections goutteuses. Plusieurs signalent l'usage de toute nourriture animale ; mais la ■ chair du poisson de mer, les salaisons, les ragoûts épicés, ont plus généralement encore été présentés comme capables de produire une disposition très - imminente à la goutte. Nulle cause de la maladie qui nous occupe n'est encore moins douteuse que l'abus ou même le simple usage des liqueurs alcoholiques. Le vin, qui contient plus d'alcohol que les autres boissons habituelles , est aussi celle qui prédispose le plus éminemment à la goutte. Certains vins possèdent plus spécialement cette propriété nuisible ; tels sont ceux des côtes du Rhône, ceux de Roussillon, de Portugal, etc. Linnée présume (pe quelques peuples de la Suède , de même que les Lapons , ne sont étrangers à la goutte que parce qu'ils le sont aussi au fruit de la vigne. Cette remarque de Van Swieten, que les Hollandais connaissent peu les affections goutteuses, tant qu'ils ne changent pas la bierre , leur boisson favorite , contre le vin , a été de nouveau constatée par Scudamore. Quelques auteurs ont cru reconnaître que la culture des vignes avec la
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chaux imprimait au fruit des qualités morbifères. Ainsi Musgrave dit que la goutte était fort rare dans le Dévonshire avant que la chaux fût employée à cultiver les champs , et que cette maladie s'est répandue avec ce nouveau genre de culture.
D. La plupart des goutteux ont des selles rares ; mais ceci nous paraît plutôt un effet qu'une cause de leur maladie : nous y reviendrons ailleurs. Le défaut de transpiration a été donné par quelques médecins comme la cause la plus puissante de la goutte. L'auteur d'un mémoire écrit pour soutenir cette opinion y a consigné plusieurs remarques intéressantes. « C'est , dit-il , parce que l'exercice du corps facilite l'action de la peau, que les gens du peuple, les manouvriers, sont moins exposés à la goutte que les autres hommes. Tout ce qui augmente la transpiration est efficace pour guérir cette maladie : elle est peu intense et peu rebelle dans les climats chauds. Les purgatifs long- temps continués sont nuisibles dans la goutte, parce qu'ils diminuent la transpiration, etc. (de Saulx.) » Sans adopter tous les points de cette théorie que nous ne pouvons présenter ici , il faut convenir que les fonctions de la peau , troublées ou suspendues, ont une très -grande influence dans le développement de la goutte. Un bain froid, un simple pédiluve peuvent ainsi , en arrêtant brusquement l'exhalation cutanée , déterminer le retour d'une attaque. Une sécrétion muqueuse supprimée, un exutoire guéri, ou l'absence d'une hémorrhagie habituelle, sont fréquemment regardés comme la cause d'une affection goutteuse. Mais combien de fois aussi ces effets ne sont -ils que des accidens de la nouvelle maladie !
E. Le plus grand nombre des pathologistes ont pi'ésenté le défaut d'exercice corporel comme une des causes les plus actives de la goutte. Ce qu'il faut surtout indiquer, c'est que l'effet de cette cause est singulièrement accru si elle a été précédée par un genre de vie contraire. Si l'individu se livrait précédemment à des travaux journaliers pénibles, et exigeant une abondante réparation alimentaire, devenu oisif, 11 doit abandonner aussi les repas copieux, et proportionner, de cette manière, la nourriture aux dépenses de l'organisme. Au rapport de quelques historiens et médecins, l'arthritis, rare sous l'austère république romaine , se répandit avec les mœurs molles et corrompues des derniers siècles de l'empire. Le fait
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est probable; mais la goutte, alors comme à présent, attaquait sans doute moins ceux qui avaient été élevés dans la pourpre impériale que les plébéiens et les généraux actifs, qui, parvenus aux honneurs et aux richesses, remplaçaient, par la vie des cours , la sobriété des camps et les pénibles travaux de la guerre.
F. Cruellement mutilé par la goutte, Sydenham a donné une consolation à ses compagnons d'infortune , en écrivant que cette maladie tue plus de gens d'esprit que de stupides. Le mot est vrai dans le fond, puisque les hommes dont les facultés intellectuelles sont plus élevées, sont ceux qui se livrent ordinairement aux travaux de cabinet, et que ce genre de fatigue est une source abondante de maladies. « Cette cause, dit Scudamore, comprend non- seulement le défaut d'exercice, l'irrégularité dans les heures de sommeil et de repos, mais aussi ses conséquences , comme la faiblesse de l'estomac et la paresse du ventre; par ses effets sur le système nerveux, et antérieurement sur l'action du cerveau , elle donne lieu à cette débilité d'irritation qui augmente la susceplibilté de la constitution à la maladie, et conséquemment à la goutte, si telle est la prédisposition de l'individu.»
Une affection morale triste est souvent aussi la cause d'un premier accès de goutte chez les femmes, et chez les hommes dont la constitution se rapproche de celle des femmes. Ces impressions du système nerveux sont surfout à craindre pendant le travail de l'appareil digestif. C'est alors aiissi que la contention d'esprit, ou des excès vénériens deviennent plus capables de déterminer le développement de la goutte.
Variétés de la goutte. — Les nosologistes, prodigues en divisions, ont pu facilement adopter un grand nombre de variétés pour la goutte, car cette maladie est certainement une de celles qui se modifient le plus suivant les diverses constitutions individuelles. Sauvages en a admis quinze ; on en trouve aussi une longue série dans le travail de M. Guilbert. Cependant la plupart des médecins, en comparant les cas les plus tranchés, ont réduit à deux ou trois toutes ces divisions; je suivrai leur exemple.
ï° Goutte aiguë y goutte inflammatoire, régulière ou fixe des auteurs. Cette variété est particulière aux individus d'une forte constitution, aux hommes qui touchent à l'âge viril ou
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à la jeunesse. Comme la généralité des maladies qui se montrent dans ces conditions, elle présente évidemment des phénomènes inflammatoires ; elle suit ses périodes avec régularité , et ne se déplace, en général, ni spontanément, ni par l'emploi des moyens dérivatifs ; sa terminaison la plus ordinaire est la résolution , qui , quelquefois , s'accompagne de phénomènes critiques. Analysons ces généralités. L'invasion de la goutte aiguë ou régulière a lieu communément à l'approche de l'équinoxe du printemps , vers le mois de février ou de mars. Après quelques jours sombres, pendant lesquels la plupart des hommes éprouvent du malaise ou même de la souffrance , un ciel plus pur se montre, et, sous cette dernière influence, toutes les fonctions reprennent leur type, et souvent même deviennent plus actives. C'est ordinairement dans ces conditions ( où les fluides animaux semblent devenir plus abondans, ou du moins acquérir des propriétés plus excitantes) que l'on voit une fluxion articulaire se fixer pour la première fois. Un homme se met au lit dans un état de santé parfaite, et se croyant disposé à jouir du meilleur repos; mais, vers le milieu de la nuit, il est pris d'une douleur plus ou moins vive qui d'abord simule celle d'une crampe, et revêt ensuite, en s'exaspérant, des formes différentes jiresque dans chaque individu. Suivant l'expression de quelques-uns, c'est une sorte de tenaillement; suivant d'autres, c'est une sensation analogue à celle que produirait l'action d'une vrille, d'un clou enfoncé dans nos tissus; ceux-là se plaignent d'une torsion, d'un déchirement, d'une morsure dans la partie la plus profonde de l'articulation. Enfin cette douleur est si vive, que le seul poids des vêtemens, delà couverture , exerce sur la partie qui en est le siège une compression insupportable. Le début de l'accès est quelquefois accompagné d'un frisson général ; d'autres fois ce sentiment est borné au membre affecté; dans une période plus avancée, il y a une chaleur vive de toute l'habitude du corps, mais surtout de la face ; le pouls et la respiration sont accélérés. Après six ou huit heures de durée, la douleur commence à décroître, mais peu à peu et d'une manière fort lente, de sorte qu'elle persiste jusqu'au troisième ou quatrième jour, en recevant chaque soir une légère exacerbation. Une attaque de goutte régulière aiguë peut ainsi se composer de plusieurs accès ou paroxysmes, dont le premier est le plus intense, et le dernier le plus faible.
Le siège qu'affecte le plus fréquemment la première attaque de la goutte aiguë est l'articulation du gros orteil avec l'os du métatarse correspondant, ou bien la longueur de cet os, sur l'un ou l'ajitre pied indifféremment. Scudamore ayant fait un tableau des différentes articulations frappées par le premier accès , sur cent sept cas en a relaté soixante-dix où la goutte affectait le siège que nous venons d'indiquer; les trente -sept autres sont dispersés sur un nombre presque égal de points différens. Après le premier accès d'une affection goutteuse, la partie qui en est le siège ne présente que peu de cliangemens remarquables. La température en est plus élevée sans que la peau offre une coloration plus intense. Dans quelques cas, les pulsations artérielles y sont aussi plus développées. Mais, si les douleurs se sont déjà renouvelées plusieurs fois, si les attaques ont été de longue durée, tous les tissus qui composent le membre éprouvent une sorte de développement morbide. Le système vasculaire veineux superficiel a surtout pris une ampliation remarquable; les veines sous-cutanées se dessinent en cordons plus ou moins saillans, et laissent séjourner le sang que contient en grande abondance le réseau dermoïde. La peau est plus colorée; néanmoins ces changemens s'effacent à mesure que l'on s'éloigne de l'accès, et finissent même par disparaître entièrement, à moins que la maladie soit ancienne de plusieurs années : alors d'autres désordres locaux se joignent à ceux-ci; mais alors aussi la goutte est dite chronique.
Si l'on compare à ce qui vient d'être dit la description que donnent les nosologistes du rhumatisme articulaire aigu, on y remarque plusieurs points de contact; et souvent aussi l'arthrite goutteuse et l'arthrite rhumatismale ont été considérées comme une même maladie. Voici , d'api es les médecins qui les séparent, les données sur lesquelles on cherche à établir le diagnostic différentiel de ces deux affections. La goutte est plus commune chez les hommes; le rhumatisme paraît atteindre également les deux sexes. Celui -xi se développe chez les jeunes gens et les adultes ; la première , chez les adultes et les vieillards. L'hérédité n'a jamais été soupçonnée dans le rhumatisme; quoique non constante, elle est assez générale dans la goutte. L'attaque de celle-ci suit souvent un écart de régime , rarement on peut la rapporter à une influence extérieure. L'arthrite rhumatismale est toujours attribuée à l'impression du froid ou de l'humidité.
Son invasion est sans prodromes , celle de la goulle en présente. Le rliumalisme frappe plus ordinairement , suivant eux , les grandes articulations, et la goutte les petites. 11 y a moins de gonflement dans le premier; ladouleur y est plus souvent tensive,pongitive. Les douleurs goutteuses varient infiniment; quelquefois elles sont lancinantes, vibrantes. Ici, disent-ils, elles décroissent inégalement, et s'exaspèrent, dansquelquescas, la veille de leur disparition. Dans l'autre maladie, c'est un décroissement graduel; il s'accompagne nombre de fois de phénomènes appelés critiques; c'est une véritable résolution. Dans la goutte, c'est une sorte de délitescence ; le travail morbide est incomplet : sa durée est cependant plus déterminée si on ne le trouble pas par une médication intempestive ; elle est au moins de vingt à trente jours; celle d'un rhumatisme peut ne pas excéder une semaine. Sous le rapport thérapeutique, dans celui-ci les évacuations sanguines soulagent rarement, mais du moins sont toujours sans danger. Dans la goutte, elles enlèvent quelquefois tout-à-falt la douleur, mais quelquefois aussi elles entraînent des accidens consécutifs. Les retours de l'arthrite rhumatismale sont rares et non périodiques; ceux de la goutte sont presqtie régulièrement annuels. Dans ce parallèle on a choisi deux exemples extrêmes, et on a rapporté toutes les oppositions ; mais souvent au lit du malade, on trouve à la fois deux symptômes attribués à la goutte, et deux au rhumatisme , ou bien dix à l'un, et cinq à l'autre. Comment décider alors? Nous avouons n'avoir pu , dans un grand nombre de cas, vaincre cette difficulté. Voyez rhumatisme.
a° La goutte chronique succède à la goutte aiguë après un temps dont l'étendue varie suivant les constitutions individuelles , mais qui ne peut guère être moindre qu'une ou deux années. Elle peut se diviser en deux sous-variétés : i*' la goutte chronique fixe ; a" la goutte chronique mobile.
A. La goutte chronique fixe ne. présente que des symptômes inflammatoires fort peu développés, quelquefois même la rougeur et la chaleur de l'articulation malade ne sont pas sensiblement augmentées. Les douleurs sont aussi plus légères que dans la goutte aiguë. Le gonflement, s'il en existe, est une sorte d'œdème ou d'infiltration qui ne se dissipe que longtemps après les attaques. Le retour de celles-ci est fréquent, ou , pour dire plus juste, une attaque se confond avec celle qui
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l'a précédée et celle qui la suit : la goutte est alors continue , mais avec des exacerbations irrégulières , qui reviennent après trente eu quarante jours, deux ou quatre mois. Les symptômes généraux de ces accès sont très - peu marqués. Il n'y a point de fièvre. Les plus communs sont des spasmes fugaces des masses charnues, ou des crampes plus ou- moins prolongées. Quelques malades éprouvent, dans les organes splancli niques, une sensation qui les jette dans un accablement profond. Le trouble des fonctions digeslives, constant dans la goutte chronique vague, est presque aussi fréquent dans celle qui nous occupe. « Un appétit vorace et des nausées, dit Scudamore, se manifestent fréquemment d'une manière alternative.» Enfin, dans quelques cas, les fonctions générales sont tout- à-fait saines, et cependant l'affection locale laisse des traces remarquables. C'est ici que nous devons placer l'anatomie pathologique de la goutte; car dans la première variété que nous avons admise les altérations organiques, d'une part, paraissent moins profondes; et, d'autre part, elles sont rarement soumises à l'examen anatomique.
Les membranes séreusos synoviales offrent, chez le plus grand nombre d'individus morts avec la goutte chronique fixe, des lésions fort évidentes. Presque toujours elles sont injectées de sang, épaissies et privées de leur transparence naturelle; elles sont alors rougeâtres, et se confondent avec les cartilages articulaires qu'elles revêtent. Ces membranes séreuses articulaires présentent souvent une sécheresse très-manifeste; dans d'autres cas, si elles sont humectées, c'est par un fluide aqueux, sans cohésion et bien différent de l'humeur onctueuse qui les lubrifie dans l'état de santé. Les altérations du liquide synovial ont fait penser à quelques auteurs qu'il pouvait être le siège du principe goutteux. La synovie a été analysée, et, de même que les urines , elle a tantôt offert un excès des bases alcalines, tantôt un excès des élémens acides, et plus souvent les proportions communes des uns et des autres. Ciiez une femme goutteuse, morte à la Salpétrière, nous avons trouvé, M. Rostan et moi , plusieurs caillots et du sang liquide dans l'articulation fémoro - tibiale : ce fait est rare.
C'est très-probablement à un excès de sécrétion, ou plutôt encore au défaut d'absorption de la synovie , que sont dues les concrétions tophacées que l'on rencontre sur les cadavres de ceux X. ai
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qui ont long-temps souffert de la goutte. Ces concrétions sont articulaires ou non articulaires. Les ])remières se forment dans la cavité même de la membrane synoviale, ou entre celte membrane et les cartilages qu'elle recouvre, ou enfin encore plus en dehors de Tarticulation, entre les parties fibreuses voisines. Leur volume varie infiniment depuis celui d'un grain de millet jusqu'à celui d'une forte noix. Leur surface est ordinairement rugueuse, si ce n'est aux points qui touchent d'autres concrétions. II est, en effet, commun de voir un grand nombre de ces corps très-r.ipprochés les uns des autres, et formant des lignes ou des sortes de chapelets en différentes directions. Ces tumeurs sont ordinairement apparentes sous la peau et même superficielles, à ce point qu'elles usent ce tissu membraneux, donnent lieu à des ouvertures fistuleuses , et sont entraînées à la longue par une suppuration éliminatoire. Les concrétions goutteuses non articulaires peuvent-elles être admises, et comment les dislinguerat-on de tout autre amas crayeux ou calcaires? On sait que ces amas sont assez communs chez les sujets atteints de la maladie scrofuleuse, et qu'on en voit aussi chez les individus parfaitement sains, mais avancés en âge. Trop souvent il a suffi qu'une concrétion tophacée fût trouvée sur un malade goutteux pour qu'elle soit dite arthritique; et ainsi on a dit avoir observé des traces de goutte sur les poumons , les parois du cœur, etc. L'analyse chimique ne peut faciliter cette distinction; dans les unes et les autres de ces concrétions, on rencontre toujours en grande proportion le phospliate ou le carbonate de chaux. La présence de l'acide urique serait, suivant quelques médecins, l'indice de leur nature goutteuse, parce que l'on trouve communément ce principe uni à la soude ou à la chaux dans les toplius articulaires des individus affectés de la goutte. Mais d'un autre côté, on a soumis à l'analyse différentes humeurs animales provenant d'individus chez lesquels on ne pouvait en aucune manière soupçonner une affection goutteuse, et quioffVirenl cependant aussi des quantités plus ou moins considérables d'acide urique. Enfin de nos jours on a même trouvé ce conipusé dans les fluides d'un grand nombre d'animaux exempts de toute lésion arthritique.
Les cartilages et les fibro- cartilages des articulations gouttease$ participent, dans le plus grand nombre des cas, aux altérations de la membrane séreuse qui les recouvre : ainsi on les trouve tantôt également nuancés en rose, tantôt piquetés de
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points d'un rouge vif; d'nutres fois plus épais et ramollis , et sur quelques sujets , confondus avec les os auxquels ils adhèrent. L'ankylose est quelquefois le résultat de ces premières lésions. Sur le cadavre d'une femme atleinie d'une goutte chronique, nous avons vu dernièrement les cartihiges de l'ai ticulation métacarpo - phalangienne du gros orteil gauche comme ulcérés ; l'extrémité de l'os du métacarpe offrait une excavation rugueuse dont les bords étaient formés par la couche cartilagineuse; la surface articulaire de la phalange présentait une altératicm analogue, mais moins étendue. On trouve dans les auteurs quelques exemples semblables à celui-ci.
L'alléralion des os dans la goutte chronique est incontestable.; mais il s'en faut bien que cette altération j)résenle toujours les mêmes caractères : plusieurs fois nous les avons vus ramollis; rpielques auteurs assurent, au conliaire, que souvent ils ])rcmirnt, dans cette maladie, une densité plus considérable, (le qui nous est prouvé, c'est qu'après une affection goutteuse cjui a ])er3i',té, on trouve la substance spongieuse des os gorgée de sang. Nous ne savons si celte fluxion sanguine peut èue considérée coiuiiie la même lésion quecelle appelée injlittnitiation , jnais il y a du moins pour points de contact ceux-ci : angnicnt.ition de volume, afflux de sang et douleur. Il nous sutlil ici de signaler cttte modification organique.
Les parties essentiellement fibreuses, les plus extérieures dans la plupart des articulations, sont sans doute les moins gravement atteintes par la maladie arthritique, car ce sont celles qui, après la ^nort, en conservent les moindres traces. Cette assertion combat l'opinion de quelques médecins qui ont donné le tissu fibreux pour siège spécial de la goutte articulaire; opinion d'ailleurs ébranlée par bien d'autres considérations : le ]ieu de vitalité de ce tissu, la lenteur et le peu d'irradiation de ses maladies, le mode de douleur qu'elles occasionent, etc.
Les lames fibreuses qu'on remarque autour de quelques articulations sont, parmi les organes analogues, les moins fréquemment altérées, lilles présentent quehpiefois un peu d'épaississement,ou bien leurs fi()res sont légèrement écartées par de petites masses de tissu cellulaire infiltrées de sérosité. On voit plus communément les nodosités projires aux goutteux se former dans l'épaisseur des ten Ions, ou à la surlace de ces cordes fibreuses. Ces engorgemens ont plus ou moins de consistance;
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elle :iiigmenle avec leur ancienneté. Ils sont indolens hors des attaques, mais deviennent d'une scnsiljllilé excessive même quel- (jues jours avant. Les nodosités adossées aux tendons ne présentent pas toujours la même .organisation que celles développées dans leur continuité. Celles-ci paraissent être un gonflement du tissu fibreux; celles-là ne sont souvent que des concrétions to[)liacées recouvertes de lames celluleuses. Quelquefois elles renferment au centre une petite quantité d'un liquide séreux. Il y a une triple théorie sur la formation des nodosités ejc/m -articulaires et e.rîm-tendineuses. i" Quelques médecins pensent qu'elles sont dues au dépôt d'un liquide lymphatique dans les mailles du tissu celhdaire ; iP d'autres, qu'elles sont le résultat d'un kyste séreux accidentellement développé ; 3" enfin, et cette opinion est la plus générale, qu'elles sont dues à un suintement de la synovie par la surface externe des capsules sé- X'euses articulaires, ou des capsules qui entourent quelques tendons très -mobiles. C'est un phénomène pathologique trop peu remarqué que l'exhalation des membranes séreuses par leur surface adhérente. L'arachnoïde en fournit des exemples fréquens. On trouve souvent des collections séreuses entre cette membrane et la dure-mère.
Les muscles voisins des articulations goutteuses sont en général restés sains; dans (luelques cas cependant, si le membre a perdu le mouvement , ils sont atrophiés. D'autres fois ils présentent une rigidité, une contracture, rebelles à tous les secours de la médecine.
/>. La goutte chronique mobile a encore reçu les épithètes de vague, à'irrcgulière, de nerveuse, etc. Elle succède à la goutte aiguë qui n'a pas été très-inflammatoire, à celle qui s'est montrée chez des sujets irritables et d'une constitution faible. Ses attaques sont ordinairement très-iapprochées,et leur invasion a lieu indifféremment le jour ou la nuit. Les prodromes qui l'annoncentsont bien plus marqués que ceux qui appartiennent à la goutte chronique fixe. C'est ici un malaise général, une foule de phénomènes nerveux insolites, soit dans les fonctions des organes sensnriaux, soit dans les fonctionsdigestivcs. Quelques malades ont des vertiges , des étourdissemens , des nuages devant les yeux , un tintement d'oreilles insupportable. Chez le plus grand nombre, l'appétit est nul depuis deux ou trois jours; le ventre est ballonné et douloureux. Il y a des éructations fréquentes , des borbo-
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rygmes, el une émlbsio/i fréquente de gaz par l'anus. Ces gaz sont ordinairement inodores; ils se joignent à une constipation opiniâtre; quelquefois celle-ci alterne avec une diarrhée trèsabondante. Durant ces prodromes, les urines sont copieuses, mais très-claires. L'exhalation cutanée paraît tout -à -fait supprimée. Les membres deviennent le siège de crampes très-vives; il y a des douleurs contusives dans les muscles, et quelquefois soubresauts des tendons. Les facultés intellectuelles et affectives ne sont pas les moins altérées dans les souffrances générales qui précèdent une attaque de goutte irrégulière. Quelques individus sont dans un profond abattement, dans une mélancolie cruelle; d'autres ont des mouvemens de colère que la moindre cause éveille. La fluxion arthritique est ici longue à s'établir : c'est surtout dans celte variété de la maladie qu'elle semble arriver goutte à gouite; entièrement fixée elle ne forme encore qu'un point isolé. La douleur, quoique très-vive dans la plupart des cas, est sans irradiation; le gonflement est circonscrit; la rougeur, s'il en existe, offre une nuance particulière de violet; elle n'est point d'ailleurs fondue comme dans l'érysipèle, le phlegmon, etc. Les paroxysmes sont ici moins tranchés que dans la goutte aiguë ou l'égulière ; si les souffrances sont quelquefois un peu moins vives, en revanche elles n'ont point d'interruption; elles pourront ainsi persister quinze et vingt jours, et disparaître tout d'un coup. Il est rare qu'elles décroissent graduellement, et une disparition brusque n'est souvent qu'un changement de siège. Dans ces cas, en effet, la goutte semble affecter une extrême mobilité; elle passe subitement d'une aiticulation à une autre, de ma'nière à en frapper cinq, six et plus dans la même attaque; quelquefois même elle semble quitter le siège qui lui est propre (les articulations), pour se porter sur d'autres appareils organiques : c'est ce que l'on a appelé^owi'/e remontée, goutte rétrocédée, et ce n'est, dans la plupart des cas, que la disparition de la goutte occasionée par le développement d'une maladie nouvelle plus intense. Quelquefois aussi la goutte vague ou irrégulière est précédée de différentes affections légères ou peu localisées; elle leur succède immédiatement; dans certains cas même, elle apparaît avant qu'elles aient entièrement disparu, et semble hâter cette disparition. Celte liaison, cette coexistence a fait admettre une identité de nature entre ces maladies , et l'on a novamé goutteuses celles qui précèdent la goutte, de nituie
que celles qui lui succèdent. Mais à quels caractères peut -on reconnaître cette prétendue goutte ah -articulaire, cette goutte larvée, masquée, anomale, etc. Bar liiez et quelques auteurs donnent les suivans, qui constituent ce qu'ils ont appelé la cachexie goutteuse : « i° les maladies goutteuses auxquelles les parens du malade sont siijils, et la multiplication endémique de ces m;ila(li( s d;ins le piiys cpi'il iiabite ; i" les formes goutteuses du corps ; 3" Ict.it Ijabitut-l de fatigue et de burcliarge des organes digotifs, surtout cliez les personnes Uvrées à l'inlerapérante et aux passions jiéniblcs; 4" des douleurs fixes plus ou moins fortes, rpii occupent des parties internes ou éloignées des articulaliiins ; douleui-s dont les accès sont fré(|uens et se rtnouvelleut ou augmentent par l'influence des saisons ou par d'autres causes qui ailectent spécialement la trans))iralion,et (jue combattent avec un snobés singulier les remèdes antigoattcux puissans et connus spécifiques. Des signes qui fortifient singulièrement ceux-ci sont des affections de goutte et de rhumatisme dans les parties externes, succédant à la maladie goutteuse soupçonnée, et une excrétion habituelle d'une grande quantité de sédiment crayeux par les urines.» (Barthez, vol. II, j). i53.) II est difficile de lire quelque chose de plus vague et déplus insignifiant que cette théorie d'uue cachexie goulleuiC. Qu'est-ce que cette surcharge des organes digestifs? qu'est-ce que ces prétendues formes goutteuses? et qui pourrait admettre aujourd'liui les remèdes anligoutteux spéciJiquesPhesïnWeurs, que nous avons cités, sentant toute l'insuffisance i!es données précédentes pour établir le diagnostic des affections arthritiques iarvées,"finissent par déclarer que leur nature est surtout découverte quand elles s'accompagnent ûxi sont suivies de douleurs goutteuses articulaires; elles sont goutteuses toutes les fois que la goutte les a précédées ou leur succède. Voilà qui prend plus de certitude; mais alors il n'y aura plus de douleurs articulaires primitives, et tout individu goutteux ne pourra plus avoir que des maladies gouilc'ises.
Il resterait à chercher si les liaisons qui existent entre la goutte mobile et les maladies prétendues goutteuses ne sont jias indé|)endantes d'une nature spé( ifique. Toutes les maladies ainsi désignées sont ordinairement des plus légères, et presque sans traces organiques; c'est un caractère qui les rapproche de la goutte irrégulière dont on les fait dépendre; comme cette der-
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nière aussi, elles attaquent seulement les individus faibles et doués d'une grande susceptibilité nerveuse. Mais ne voit-on pas déjà que ces points d'analogie dans les affections des différens systèmes tiennent à une disposition générale de toute l'économie. Ce n'est pas parce que tel sujet est affecté de cette variété de la goutte qu'il est exposé à une foule d'affections passagères ; mais bien parce que sa disposition individuelle peu énergique , son peu de vitalité , si je j)uis dire , ne permettant jamais un développement complet et intense des phénomènes morbides, rendent la disparition de ceux-ci facile et fréquente. Au contraire, voyez si la goutte et une autre maladie peuvent, chez un individu vigoureusement constitue, alterner ensemble, ou se déplacer l'une par l'autre. L'histoire de toutes les affections viscérales goutteuses des auteurs ne nous offrent, en effet, que des phénomènes morbides peu caractérisés, et que, pour cela , on a cru d'une nature particulière; ce ne sont jamais, a-ton dit , des symptômes franchement inflammatoires ; voyez Sloll, Barlhez , etc.
Sous la dénomination de goutte chronique, on désigne ordinairement celle qui a Miccédé à la goutte aiguë; c'est la même maladie modifiée par sa propre durée ou par des secours thérapeutiques peu efficaces. Adoptant cette acception du mot, nous avons décrit la goutte chronique à la suite de la goutte aiguë; mais souvent aussi on applique celte épitlièle à la goutte qui, par l'influence de quelques conditions individuelles, se montre d'abord avec des symptômes peu intenses et dont cependant la durée se prolonge beaucoup. C'est la goutte des vieillards, et des individus affaiblis par un mauvais régime ou des maladies antérieures; elle se montre, au début, avec tous les caractères de la goutte chronique proprement dite ; de même que cette variété, elle est tantôt fixe, tantôt mobile; enfin,' l'origine exceptée, c'est la m4me affection : nous ferons remarquer seulement (pie, dans celle qui ne succède pan à la goutte aiguë, la sous variété mobile est la plus commune, tandis qu au contraire celte sous - variété est la plus rare dans la goutle ciironique propre.
Evanic'n des princijjdles fonctions de la vie chez les goutteux. — Quoiqti'en général les organes des sens ne présentent rien de particulier chez les sujets affectés de la goutte, nous avons cependant vu plusieurs malades se plaindre , durant les trois
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ou quatre jours qui précèdent une attaque, les uns (l'une dureté de l'ouïe , d'autres d'un bourdonnement fort incommode. Mais voici un fait plus remarquable : un goutteux, tout à coup privé de la vue, n'apercevait devant ses yeux que des flocons neigeux; M. Bourdois prescrivit un pcdiluve sinapisé, qui bientôt donna lieu à une douleur arthritique, et mit fin à cette anomalie singulière.
La plupart des individus atteints de la goutte vague ont été précédemment ou sont encore en même temps tourmentés de divers accès de mélancolie très-pénibles. Dans plusieurs cas, on les volt alterner avec les douleurs goutteuses; d'autres malades prévoient , par quelques dispositions particulières du moral, le retour de leurs attaques. Pour les uns, c'est un sentiment insolite de bien-être et de satisfaction; pour ceux-là, une tristesse profonde sans nul motif. « J'ai eu long -temps des liaisons intimes, dit Van Swieten, avec une pei'sonne très -instruite et d'un caractère très -doux et très -pacifique, qui savait par expérience lorsqu'elle devait avoir un accès de goutte, parce que, quelques jours auparavant, son humeur s'aigrissait par la moindre bagatelle. » Un malade m'a dit que quelques-uns de ses accès les plus fâcheux avaient immédiatement succédé à de violens emportemens ;.et, dans quelques autres exemples, on cite des chagrins d'esprit comme les causes des attaques. Dans l'accès même , la disposition à l'irritation est presque proverbiale chez tous les auteurs. ( Scudamore.)
La dypsnée est une des incommodités qui parait le plus souvent compliquer les affections goutteuses. Nous avons vu un malade éprouver régulièrement dix ou quinze heures avant chaque attaque dégoutte articulaire, une oppression très -pénible , avec des baltemens de cœur larges et tumultueux. Le coucher sur le dos et même quelquefois encore sur les côtés lui était impossible, et tous les moyens de soulagement restaient infructueux jusqu'au développement de la douleur arthritique. Mais combien de fois aussi, chez les goutteux avancés en âge, n'a-t-on pas attribué à la goutte remontée, rétrocédée , etc., ce qui n'était que l'effet d'une maladie du cœur ou des gros vaisseaux, souvent fort ancienne !
CuUen , Sydenham , Brown et tous les pathologistes modernes ont fait remorquer la fréquente coexistence de la goutte et d'une affection des voies alimentaires, et plus par-
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ticulièreraent de l'estoinac. Ce malaise des organes digestifs se manifeste par une douleur fixée derrière l'appendice xiphoïde ; douleur qui est surtout remarquable lorsque l'estomac est tout-à fait vide, et dans la condition opposée , c'està-dire après une réplélion trop considérable. Durant le travail de la digestion , quelques malades se plaignent d'aigreur, de rapports acides ; mais le symptôme le plus fréquent est une sorte àç^ flatulence , de gonflement gazeux de l'estomac et quelquefois de tout le conduit intestinal. Cet état n'est pas continu, m.ais la cause de ses retours est encore indéterminée. Un malade, dont 3I3I. Bourdois et Lucas m'ont communiqué l'histoire, a été tourmenté plusieurs années de sa vie par les divers accidens gastriques dont nous venons de parler. Maintenant ils alternent avec une douleur arthritique ; mais ce qu'il y a surtout de remarquable, c''est que celle-ci apparaît tout à coup quand le vent d'est vient à souffler.
Suivant Scudamore, le vomissement bilieux, la diarrhée bilieuse, sont quelquefois les précurseurs prochains d'un paroxysme. Une personne, ayant travaillé au jardin pendant une matinée chaude de l'automne, fut saisie dans la soirée d'un cholera-morbus, et le jour suivant la goutte se manifesta à un de ses pieds. La constipation est un pliénomène morbide très- commun chez les goutteux, et qui peut-être n'est pas étranger à la production des autres symptômes gastriques dont nous venons de pailer. Quelquefois, durant les prodromes de l'attaque, il survient une évacuation alvine plus ou moins abondante, de peu de consistance et d'une coideur g^/vVe blanchâtre. Elle a ceci de particulier que souvent elle semble faire avorter l'accès goutteux, ou au moins lui faire perdre beaucoup de son intensité. Cette observation est due à Alph. le Pioy : nous avons eu occasion de la constater.
Quelques goutteux prévoient le retour de leurs accès par l'état aride, la sécheresse de tout le* système dermoïde , et, dans quelques cas , de la seule portion qui revêt le siège accoutumé de la douleur. Ce défaut d'action de la peau semble entraîner, dans plusieurs circonstances, une modification organique de son tissu. Nous avons vu une jeune dame, chez laquelle la surface du membre affecté était d'une nuance plus foncée, plus sombre que celle des autres parties du corps, et dont le toucher produisait une impression âpre et désagréable. Dan»
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quelques cas, ces aspérités sont ti-ès-s:\illantes ; elles paraissent dues autant à l'altération-de la peau qu'à une sécrétion morbide de nature terreuse, crétacée.
L'analyse chimique de la sueur des goutteux n'a fourni que des données ])eu intéressantes. Souvent ce fluide est ici le même que chez un sujet en pleine santé. Dans un peut nombre de cas, il a paru contenir un principe dominant, tantôt acide, tantôt alcalin; mais ces légères différences de composition se rencontrent fréquemuient aussi, cnmme on le sait, chez des individus exempts de !a goutte et même de touie autre maladie.
Suivauf Berlliolet, l'uiine des goutteux contien Irait toujours «ne q'iantité moindre d'acide pliospliori(iue que celle du commun des hommes; mais celte (piantilé augmenterait à rap])roche et pendant la durée des paroxysmes. Plusieurs médecins chimistes qui se sont livrés aux mêmes recherclies, ont eu des données à peu pi es semblables. Cependant Scudamore, auquel on doit les travaux les plus récens a cet égard fait remarquer, avec raison, que cette diminution de proportion de l'acide pliospiiorique dans les urines n'est point un caractère particulier à la goutte; en second lien, que sa ])rédominance momentanée se remarque dai.s un grand nombre de raala iies comme dans celle-ci. Un enfant qui se trouvait dans le nombre des individus sur lesquels Scudamore a fiil ses recherches, rendit au moment où on le regaiilait comme jouissant de la meilleure santé, une urine contenant une quantité considérable d'acide phosphorique, et dans la soirée du même jour il fut attaqué d'une inflammation violente et d'une tuméfaction de la moitié de la figure.
Le pronostic de la goutte varie suivant les variétés de cette maladie, ou j)!utôt suivant les dispositions constitutionnelles de l'individu qu'elle affecte. La goutte des sujets faibles et doués d'une grande siisce[)liblilé nerveuse est .isscz peu grave, q>ioique la source de douleurs fréqu^Milcs et l lè^-inlenses. C;hez les imlivi lus d'une forte constitution , l'iuthrite n'est fâcheuse cpi'autant qu'elle réparait plusieurs fois sur la même articulation, car elle i)eiit alors, en passant à l'état chronicpie, donner lieu à des altérations organiques plus ou moins profondes. Elle est aussi d'autant plus à craindre que le malade suit un genre de vie moins régulier, ou se soumet à une thérapeutique peu rationnelle. La gravité de la gouite chronique est de même en raison directe de son ancienneté. La perte du mouvement d'une articula.-
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tion est un symptôme qui doit faire pronostiquer l'incurabilité.
Traitement. — Il n'est point de maladie qui ait , autant que la goutte, donné lieu aux essais de remjnrisme. Les remèdes prétendus spi-cifiques, pour cette maladie que l'on ne tjuéritpas, sont innombrables; les remèdes rationnels sont au contraiie en petit nombre. Pour mettre quelque ordre dans l'exposé des uns €t des autres, nous diviserons la tliéraptulique de la goutte, i** en traitement ite la varii té aiguë, qui se compose de médications indiquées par les syinplôines successif des altarjnes; a" eri traitement de la malidie passée à l'état ciironique; 3^' en traitement général de la goutte, qui réunira quelques moyens emplri(iues, elles secours, plus efficaces, tirés de riiygiène.
A. Traitement de la goutte aigiie. — Quelqiies goutteux, comme nous l'avons dit ])récédeniment , |)révoient à certains malaises anomaux l'accès qui doit les frap]>cr peu d'heures après. Il faut profiter de celle prescience |)our diniinutr la violence dix mouvement morbide; d;ins ce but , en même temps qu'on prescrit un rejios absolu, on diminue la quantité des aliniens, et on supprime l'usage des boissons fermentces. Un malade que nous avons sous les yeux a , dit-il , conjuré ainsi plus de la moitié de ses douleurs. Les bains tièdes prolongés sont J)re!^crils dans la même indication. Les médecins ang'ais et phisieurs médecins allemands emploient au début de l'attaque de goutte les narcotiques a doses plus ou moins fortes. Je ne pense pas que lenr emploi se soit beaucoup étendu en France. Les purgatifs ou au moins les n)inoratifs appartiennent .tussi davantage à la médecine étrr.ngère, mais ils ont trouvé cliez nous un assez grand nombre de i)artisans. Je connais quehjues médecins (pii ne négligent jamais de les employer quand ils peuvent présumer une prochaine attaque de goutte. Ils disent, avec Sloll, «pi'en débarrassant l'intestin des matières bilieuses, on le préserve de tout ^..rnnspoit métastalique. Nous ne réfuterons pas une tliéorie aussi surannée , mais nous devons dire que cette méthode a souvent amené directement les effets qu'on voulait qu'elle prévînt, c'est à-dire des j)hlegmasies abdominales. Dans l'intention de bâter le développement de \\ fluxion goutteuse, on a employé un grand nombre de médicamens, ayant tous à peu ])rès la inème propriété, celle de déterminer une irritation j)lus ou ujoins vive des tissus dermoïdes : tels sont les cataplasmes de farine de moutarde , de verveine cuite dans le vinaigre, ceux de persil et de quelques autres plantes
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aromatiques. Un mvoyea efficace et très -simple est l'application de morceaux d'étoffe de laine, imbibés d'eau chaude pure ou légèrement aiguisée avec l'alcohol. Nommons encore ici l'insolation et l'exposition du membre à un feu vif.
La douleur art'nritique décidément fixée exige l'emploi de médications souvent opposées aux précédentes. Dans cette période du mal, le premier but à se proposer est celui de calmer les souffrances. Les applications émollientes, quelquefois légèrement narcoùques, satisferont d'abord à «etteimlication.Dans plysieuri cas, les antispasmodiques pris intérieurement s'y joignent avec un grand avantage. Les plus fréquemment employés sont le musc, la myrrhe, le benjoin, et quelques gommes résineuses fétides; le castoreura , l'assa-fœtida , etc. Mais dans une attaque de goutte inflammatoire très -intense, le calmant le plus efficace est une évacuation sanguine. L'expérience a depuis long- temps appris que les saignées locales étaient ici infiniment préférables à l'ouverture de ia veine. Les sangsues ou les ventouses scarifiées seront appliquées autour du lieu douloureux , en assez grand nombre pour obtenir une perte de sang copieuse, mais pas assez pour j)roduire une révulsion trop vive.
Vers la fin de l'attaque de goutte inflammatoire, les indications à remplir deviennent bien moins intéressantes; il faut cependant insister encore sur la sévérité du régime, et continuer les applications chaudes et relâchantes.
Quelques praticiens emploient, au début d'un accès de goutte, une métliode particulière qui a pour but d'arrêter brusquement le travail maladif; cette méthode est dite perturbatrice. L'application du froid , au moyen de l'eau congelée , et celle de la chaleur, à l'aide d'un liquide bouillant ou d'un fer rouge , sont peut - être les premiers moyens perturbateurs qui aient été mis en usage. L'action de la chaleur, quoique moins employée que celle du froid, est cependant plus avantageuse, et n'a jamais de suites aussi graves. C'est aussi en produisant une sorte de perturbation, qu'un exercice violent, une longue course à pied, au début d'une attaque de goutte , ont pu en empêcher le développement; mais on conçoit que, si le but n'est pas atteint, cette pratique doit alors rendre les symptômec plus violens.
Tout le monde connaît la méthode perturbatrice de Cadet-de- Veaux, qui consiste à boire abondamment de l'eau très chaude. Il voulait qu'on en prît sans désemparer quarante -huit verres
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de six onces chaque. Ses avantages et ses inconvéniens nous sont peu connus : il est trop peu de goutteux dont le goût s'accorde avec cette prescription. Les boissons prises à la glace doivent encore être mentionnt'es ici ; mais elles ont un effet bien peu certain. Il faut que leur usage soit long-tcnips prolongé. Une copieuse saignée du bras a été conseillée aussi comme perturbatrice d'une attaque de goutte aiguë. Ce moyen peut être moins dangereux que les précédens , mais néanmoins il a été rejeté jîar la plupart des praticiens éclairés.
B. Le mode de traitement qui vient d'être exposé pour les attaques de goutte inflammaîoire demande d'importantes modifications quand cette attaque a déjà été précédée d'un grand nombre d'autres, quand la maladie a passé à l'état chronique. Les évacuations sanguines sont rarement utiles dans la goutte chronique fixe et dans la goutte vague ou nerveuse; Souvent ici il faut, au contraire, aider la nature à localiser la maladie, ou à lui donner un développement plus complet. C'est pour obtenir ce but que l'on applique sur l'articulation déjà malade des cataplasmes composés de substances excitantes; telles sont ceux de savon cuit et d'eau-de-vie, de savon et de camphre ( remède do Quarin ) ; celui de Pradier, etc. — Dans le cas de goutte chronique avec débilité générale, les médecins des siècles précédens ne craignaient pas d'administrer le vin pur, et, dans quelques cas, chaud et aromatisé, ou même des potions alcoholiques très- énergiques. Les praticiens de nos jours prescrivent encore, dans cette maladie, quelques légers sudorifiques , les infusions chaudes d'arnica montana , de bourrache , de squlne, de salsepareille, et recommandent surtout, même hors des attaques, un régime fortidant. Nous devons parler ici de quelques moyens locaux employés pour détruire les traces de la goutte chronique, de la goutte qui a duré plusieurs années : ces moyens sont d'un intérêt très - secondaire , puisqu'ils ne peuvent combattre que des lésions organiques fort peu graves, et qui disparaîtraient souvent d'elles-mêmes si l'on triomphait de la maladie qui leur a donné naissance.
Les tumeurs albuinino - gélatineuses peuvent être vidées par une ponction faite avec le trois- quart ouini bistouri étroit; on détermine la sortie du liquide par une pression méthodique, qui, étant continuée, a encore l'avantage de faciliter l'oblitération de la cavité cellulaire qui le contenait.
Les concrétions tophacées très-souvent s'échappent à la longue spnnfaucment par une -érosion de la peau et des autres tissus qui les recouvrent; mais il arrive fréq-icmment aussi qu'il reste, au fond de l'ulcère qui s'esl formé, une portion de \i\ matière calcaire qui empêclie sa cicatrisation. On peut diercher à l'ébranler doucement avec des ])inces ; mais, contenue dans les mailles du tissu cellulaire, on ne jieut l'enlever que pa^ petits rr;i!^mrris. Une api^lication joiirnalicre de cataplasmes éniolilcns, et d'autres fois détersifs, |)répare d'ailleurs très-avant^igeusement les j)arties malades à celle opération.
Les cuntractuK's des tendons sont, daus la pluralité des cas, rebelles aux moyens de !'ait. Les einbrocations luiileuses, et même un bain partiel d'iiuile, ont été très- anciennement recommandés. IVous croyons que les bains d'eau simple trèsprolongés doivent avoir les mêmes effets : on y joindra l'application continuée de cataplasmes émolirens et narcotiques, ou encore l'usage de douches de même nature, et d'autres fois avec des eaux thermales. Enfin, la pratique qui, sagement enii)loyée, a le plus de succès, est celle qui consiste à faire éteiidre peu à peu le membre contrafté, soit en lui impiimant de légers moi-.vemens, soit en le plaçant dans un appareil convenable.
Les nodosités ou engorgeniens noueux des ligamens ou des tendons sont assez peu graves et méritent à peine de fixer l'attention ihi médecin, (lepenil.tnt on a c:n[jloyé quelquefois, pour les dissiper, des fiietions avec des linimens comjjosés, ou seulement avec l'Iiuile de térébenthine puie, avec l'alcohol, etc. La compression serait sans doute le moyen le plus efficace; mais elle est souvent rendue imj)osslble, soit parle siège de la nodosité, soit j)ar la douleur qui résulte de son usage.
L'e//^nrgenienl , Vernpntement des articnlalions qui appartient à la goutte réclame l'emploi des mêmes moyens (|ue ceux mii en usage pour un engorgement d'une autre nature. Si les symptômes inflammatoires dominent , il faut prescrire les émolliens, et cpiehjuefois la saignée locale ; si la tumeur est froide, comme l'on dit, le-; catajjlasmes toniques et légèrement animés par l'addition du vin, de l'alcohol, de l'ammoniacpie, etc. , conviendront. Knfin . dans quelques cas, il sera besoin de recourir aux vésicaloires. Ils seront applicpiés dans le voisinage de l'articulation malade plutôt que sur l'engorgement même ;
et encore devra-t-on attendre, pour leur emploi, que toutes traces d'inflammation soient entièrement effacées.
Traitement générai de la goutte. — 11 se compose de moyens thérapeutiques et de préceptes hygiéni(|ues. Les premiers peuvent être distingués en deux ordres, suivant qu'ils agissent, 1° sur les parties affectées ; i° sur des points éloignés ou même sur tout l'organisme.
Remî'iles locaux. — Les exutoircs, tels que les cautères, les vésicatoires et le selon, ne doivent êlre appliqués (juc dans l'intervalle des accès de la goutte. Il faut qu'ils soient rapprochés de l'articulation affectée, sans cependant que le gonflement, la turgescence inflammatoire puisse s'étendre juscpi'à eux pendant le tra\ail morbide de l'attaque. Le nioxa , qui agit plus énergiquement , promet aus?i plus d'efficacité : il doit être appliqué aux mêmes lieux. Les médecins chinois, qui emploient si fréquemment le feu, en font un usage journalier contre la goutte, et il jjaraît que cette affection lui résiste jieu. Il s'en faut que son application soit aussi licuie\ise dans nos contrées; peut- être faut- il attribuer celte différence à celle de la maladie même.
Quelques praticiens de nos jours essaient la cure radicale de la goutte par l'emjjloi réitéré des sangsues appliquées au voisinage de l'articulation. Paulmier, l'auteur ou du moins un des plus zélés partisans de cette métliode, l'employait dans la goutte alonique con)me dans la goutte inflammatoire. Elle ne présente, il est vrai, cjue peu d'inconvénicns, et obtient qtielquefois des succès incontestables; mais il faut qu'elle soit continuée avec persévérance, même après une absence d'attaque très-longue.
Le procédé d'un médecin allemand ( Bauer ) se rapproche de ce dernier; il conseillait les ventouses scaiifiées sur le siège même de la douleur, et voulait qu'elles fussent réappliquées très-fréquemment, à l'intervalle d'un mois ou deux et durant tout le reste de la vie; eucore ne promettait-d la guérison que lorsque la goutte était ancienne de moins de quatre ans. On conçoit bien qu'un pareil traitement, sévèrement suivi, et aidé du régime, puisse trionq)her d'une maladie rebelle.
Les cataplasmes irritans et résolutifs ont joui, en divers temps, d'une grande renommée contre la goutte. Lucien nous apprend, dans un badinage sur cette maladie ( Trapodagra) ,