‹ Dictionnaire de médecine; ou, Répertoire général des sciences médicales considérées sous les rapports théorique et pratiqueChapitre 38 sur 62 · GR · texte numérisé non relu

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et que ceux de pliosphate ou d'oxalate de chaux ne peuvent davantage en être rapprochés.

L'usage pour boisson des eaux séléniteuses, comme le sont plusieurs de celles qui proviennent de sources profondes, ou celles qui ont filtré à travers les fondations de vieux édifices , à travers des montagnes calcaires, semblerait, avec plus de motifs , pouvoir déterminer la gravelle, sans acide urique. Mais l'expérience est loin de s'accorder avec ces conjectures; on connaît un grand nombre de pays dont les habitans n'ont pour boisson que des eaux chargées de carbonate ou de sulfate de chaux , et chez lesquels la gravelle est une maladie fort rare , si ce n'est même tout-à-fait inconnue. Avant les progrès de 1» chimieon avait aussi comparé les sédimens cristallisés de l'urine, pour la nature et le mode de formation , au dépôt de tartrate de potasse que laissent certains vins sur les parois des tonneaux qui les contiennent. On trouvait tout naturel dès lors ([ue les grands buveurs de vin fussent exposés à la graVelle, comme les individus qui font abus d'alimens très-assaisonnés.

La connaissance plus exacte des élémens de l'urine a complètement renversé ces hypothèses vulgaires , et a fait naître des théories auxquelles on ne peut , il nous semble, adresser qu'un reproche, celui d'être trop exclusives. L'acide urique , comme nous l'avons déjà dit, forme le plus fréquemment les graviers urinaires ; or cet acide ne se rencontrant qu'en très- petites proportions et même très-rarement dans l'urine des animaux herbivores, bientôt l'usage trop abondant des substances alimentaires azotéeo a été regardé comme la cause la plus certaine de la gravelle; toutes les nourritures animales et même aussi quelques végétaux ont été envelop])és dans une même proscription. M. Magendie, dans quelques-unes de ses expériences les plus intçressantes, a fourni à la science des données relatives à ce point. Mais il en est de la gravelle comme delà plupart des autres maladies, elle est rarement due à une cause unique, c'est toujours une combinaison multiple d'agens dont l'action est réciproquement modifiée. Ainsi sur un nombre donné d'individus qui mangent habituellement beaucoup de viande , qui usent abondamment de vin et dont l'exercice est loin d'être en rapport avec ce régime, on n'en trouve certainement pas le quart qui soient affectés de la gravelle, tandis qu'à entendre quelques chimistes ils devraient l'être tous. Il y a doue là quelque cause que les théories chirai-

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<jues ne peuvent expUqaei. Pourrail-oa mieux dire pourquoi avec le même régime et les mêmes actions un jour les urines d'un individu sont devenues ammoniacales , tandis que la veille elles étaient très - acides ? tout ce que l'on dit en général des causes de lu gravelle ne doit donc être rigoureusement considéré que comme de simples prédispositions.

L'hérédité de la gravelle, qui paraît constatée , doit augmenter le vague qui règne encore dans l'étiologie de cette maladie. L'hérédité, sans contredit, porte sur le rein, et c'est à l'organisation modifiée de celui-ci que sont certainement dues, dans ces cas, les propriétés de l'urine; or n'est -il pas présumable que les autres causes agissent aussi d'abord sur l'organe sécréteur; et que, si le liquide excrété contient des élémens nouveaux , ils ne sont pas seulement produits par des affinités chimiques.

Le traitement de la gravelle peut être curatif ou prophylactique ; dans le premier cas on s'applique à empêcher la formation des graviers ; dans le second on facilite leur issue et on combat les accidens que leur présence dans les voies urinaires a déterminés.

En augmentant la portion aqueuse de l'urine, de manière à ce que les molécules des élémens salins ou acides soient moins rapprochées , on s'oppose àleur agglomération qui constitue la gravelle. L'usage d'une boisson abondante et presque entièrement aqueuse est donc un des premiers moyens à conseiller pour la guérison de cette maladie. C'est ainsi , en rendant plus grande la proportion de l'eau que contiennent les urines, que sont utiles la plupart des tisanes apéritives les plus anciennement préconisées , celles de chiendent , de queues de cerises , etc. Plus elles sont légères et plus il y en a de consommé, plus le succès est certain. Les bains tlcdes prolongés agissent de la même manièi'e. Cette méthode simple esl également applicable 'à la gravelle d'acide urique , à celle de phosphate de chaux ou de magnésie , et enfin à celle d'oxalate de chaux ; mais en même temps que par son secours on diminue relativement les proportions des élémens de l'urine qui sont cristallisablcs, il faut aussi s'appliquer à les rendre moindres en effet. Long-temps avant la connaissance de l'acide urique et des sels qui se rencontrent dans l'urine, on avait bien reconnu que la nourriture animale trop substantielle rendait ce fluide excrémentitiel plus coloré et plus irritant, et par conséquent on avait déjà reconnu aussi les avantages de la diète végétale dans le traitement de la gravelle. Les expériences de M. Magendie

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sur les substances nutritives plus ou moins azotées laissent voir celles qui doivent être permises ou défendues dans le régime des graveleux ; mais c'est surtout relativement à la gravelle par l'acide urique que le médecin que nous citons a insisté sur ce point : « sa proportion, dit -il, varie avec celle des alimens azotés dont les animaux font usage ; s ils se nourrissent exclusivement de matières animales , l'urine est abondamment chargée d'acide urique, et même peut en être entièrement formée comme cela résulte des expériences de MM. Vauquelln et Wollaston, sur les oiseaux. Si, au contraire, les animaux se nourrissent de végétaux, comme il arrive aux herbivores, l'urine ne présente aucune trace d'acide urique. » Nous avons vu guérir ou du moins soulager un grand nombre de graveleux par la seule abstinence des viandes et du vin, et probablement que chez tous on n'avait point également reconnu l'acide urique , ce qui nous fait affirmer que cette méthode de traitement convient dans tous les cas. Nous devons ajouter que chez quelques individus l'usage des végétaux acides ou préparés avec des acides développe des sels cristallisables dans l'urine. Je connais une dame , dit M. Magendie , qui rend environ deux gros de gravier rouge avec son urine le lendemain du jour où il lui est arrivé de manger de la salade. M. Béclard a recueilli l'histoire d'un individu qui expulse un ou deux petits calculs par l'urètre chaque fois qu'il fait usage de fruits crus. Dans ces cas la gravelle est-elle d'acide urique ; la couleur indiquée dans le premier le fait présumer ; mais il est probable que dans le plus grand nombre des circonstances analogues , les graviers sont d'une autre nature. M. Laugier, m'a-t-on dit^ rapporte dans ses leçons de chimie , qu'un homme malade de la gravelle s'était adressé à lui pour obtenir quelque moyen qui empêchât la cristallisation de son urine. Après plusieurs renseignemens sur sa maladie , cet homme dit qu'il aimait et mangeait souvent de la soupe à Voseille. L'acide oxalique si abondant dans celte plante éveilla l'idée qu'il pourrait bien être un des élémens des graviers rendus; conséquemment M. Laugier donna le conseil de renoncer entièrement à l'aliment indiqué. Après quelques mois la guérison était parfaite. M. Magendie, questionnant sur son régime un malade qui rendait des graviers , apprit qu'ils n'avaient paru dans les urines que depuis l'usage récent de bouillon à l'oseille. 11 fi t suspendre cette boisson , et les graviers, qui étaien t ,

comme on le prévoit , formés d'oxalate de chaux, disparurent.

Si, sous le rapport du régime, il importe beaucoup pour le médecin de connaître la composition des graviers, cette connaissance doit être encore d'un intérêt plus grand quand il s'agit de combattre la gravelle par des moyens thérapeutiques empruntés à la chimie. Si l'urine est avec excès d'acide urique, on pourra peut-être, en administrant des solutions alcalines légères, fournir une base qui le sature. L'empirisme avait obtenu, dans un grand nombre de cas de gravelle, des avantages du carbonate de chaux , avant que la science put en expliquer le mode d'action. Ainsi, la poudre de coquilles d'huîtres, de limaçons, celle de l'enveloppe calcaire des œufs, jouissent, depuis un grand nombre d'années, d'une réputation méritée dans le traitement de la gravelle. On sait que le fameux remède anglais de la demoiselle Stéphens a pour base quelques-unes de ces substances.

Les carbonates de chaux, de potasse, de soude, de magnésie, sont les sels que l'on choisit pour obtenir la satu^-ation de l'acide urique , à cause du peu d'affinité de l'acide carbonique pour ses bases. Les carbonates de soude et de potasse se donnent à la dose de 20 à 3o grains dans les vingt -quatre heures , en solution dans une ou deux pintes d'eau ; ils sont plus actifs que les carbonates de chaux et de magnésie; mais aussi ils sont d'un emploi plus dangereux ; ils peuvent déterminer l'inflammation de la membrane muqueuse gastro - intestinale. Ceux-là ne sont pas solubles, et c'est la cause de leur inefficacité et de leur innocuité. On les fait prendre, en poudre, enveloppés dans du pain azyme ou suspendus dans un liquide mucilagineux. On prévoit que les bases alcalines administrées libres de tout acide auraient une propriété neutralisante plus marquée qu'à l'état de combinaison ; mais l'action si vive de la potasse et de la soude ( même dissoutes dans une grande quantité d'eau), sur les substances animales, doit rendre le médecin très-circonspect dans leur emploi. Ces bases alcalines devront être assez étendues d'eau pour ne produire qu'une très-légère astriction sur la langue. 11 faudra aussi, dans ce traitement, laisser des jours de repos. La dose, dans les vingt-quatre heures , n'excédera pas une livre de la solution. L'eau de chaux pure ou coupée avec moitié d'eau ordinaire s'emploie avec plus de sécurité ; il faut en dire autant de la magnésie , qu'on administre le plus souvent en poudre; mais

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