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retire par incision de l'écôrce d'un arbre de la famille des Guttifères , nommé Garcinia Camhogia (Rich. , hol, méd. 2, p. 687.) Cet arbre croît a Ceylan et dans d'autres parties des Indes orientales. Le suc laiteux qu'il renferme est jaunâtre ; il s'écoule des incisions que l'on pratique au tronc et aux brandies : d'abord liquide , il finit par se solidifier. Il se présente alors sous l'aspect de masses plus ou moins volumineuses, cylindracées, pesantes, sèches, d'un jaune rougeâtre , friables, à cassure nette et brillante, sans odeur. Sa saveur est d'abord fade, mais elle devient bientôt acre. Sa poudre, et surtout sa dissolution dans l'eau, est d'une belle teinte jaune claire, aussi l'emploie-t-on très-fréquemment dans la peinture à l'aquarelle. L'alcoliol en dissout les quatre cinquièmes qui se composent de résine; l'autre cinquième est formé d'une substance gommeuse insoluble daTis ce menstrue. L'eau la dissout en totalité.
La gomme gutte exerce une action spéciale sur le canal alimentaire. C'est un purgatif violent que tous les autcTirs s'accordent à placer parmi les drastiques; aussi ne l'administre-t-on qu'à des doses très-faibles, telles que six, huit ou dix grains, dont on fait des pilules en l'incorporant dans une substance aromatique. Les médecins emploient assez rarement ce médicament, et on ne doit jamais le prescrire que chez les individus lymphatiques ou peu irintables, dans certaines hydropisies passives, dans la leucophlegraatie, et surtout pour détruire les vers intestinaux. C'est généralement sous la forme de pilules qu'on le prescrit. La dose, qui doit toujours être très-faible, doit néanmoins varier suivant l'âge, la force et l'idiosyncrasie des individus.
Cette matière entre dans quelques préparations officinales. Nous citerons ici particulièrement les Pilul.es hydragogues de
BontiuS. A. RICHARD.
GLTÏIFÈRES , guttifereœ, s. f. Famille de plantes dicotylédones polypétales , a étamines hypogynes, composée exclusivement de végétaux exotiques , qui croissent dans les contrées voisines des Tropiques. Ainsi que l'indique leur nom , ces végétaux contiennent tous un suc gommo-résineux , d'un jaune rougeâtre , qui jouit de propriétés acres et purgatives. La gomme gutte, qui est produite par le garcinia cambogia , est, ainsi que nous l'avons dit précédemment, un violent purgatif drastique. Ces propriétés existent également dans les autres guttifères douées
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(ie ce suc yonimo- résineux. Néanmoins, les fruits qui, dans ( ette famille, sont charnus et succulens, ont une saveur acidulé agréable, et sont employés comme rafraîchissemens dans les contrées brûlantes où croissent ces végétaux. Une pareille anomalie est facile à expliquer et ne détruit en rien l'uniformité de propriétés que nous avons signalée dans la famille des Guttifères. En effet, le suc gomrao-résineux qui donne à un grand nombre de guttifères une propriété purgative si intense, n'existe pas dans les fruits de cette famille. Aussi dans l'Inde et en Amérique mange-t-on fréquemment les fruits du manimea americana , connus sous le nom d'abricots des Antilles , ceux du garcinia mangostana ou pommes de Mangostan , et même ceux an garcinia camhogia qui fournit la gomme gutte. ( a. richard. )
GUTTURAL, adj. , gulturalis , de guttur, gosier; qui appartient au gosier ou au pharynx et à ses dépendances. (a. b. j
GYMNASTIQUE , s. f . , de yvy.yû^w, faire de l'exercice , R. •/ufMOi, nu. Partie de l'hygiène qui traite des effets des dlfférens exercices sur l'économie animale. Boerhaave et Halle l'ont désignée sous le nom latin de gesta ou à'acta. Par exercice on doit entendre l'action, le travail de nos divers organes, mais plus spécialement de ceux de la locomotion, parmi lesquels je comprends la partie de l'encéphale qui préside à cette fonction.
La gymnastique est un des plus puissans modificateurs du corps humain. Son immense influence avait été sentie par les anciens, qui en firent une étude et une application particulières. Cette branche (le l'hygiène fut portée chez eux à un très haut point de perfection et de gloire. Tout le monde connaît les jeux olympiques; et l'on sait que les honneurs de l'apothéose même étaient réservés aux athlètes victorieux. Les anciens législateurs, en faisant fleurir ces coutumes , avaient pour objet de développer les forces , d'entretenir la santé, et déformer des défenseurs à la patrie. Par la suite des temps, la gymnpi^tique dégénéra de sa noble destination; elle ne fut plus chez les Romains que l'objet d'une curiosité barbare; elle finit par tomber dans une désuétude ' complète. Les avantages sans nombre qu'elle procure auraient dû la préserver de cette disgrâce. Dans ces derniers temps , quelques bons esprits se sont efforcés de la remettre en vigueur, et tout ami de l'humanité doit faire des vœux pour leurs succès.
§ I. Des effets généraux de l'exercice. — Avant d'entrer dans aucun d.'tail sur les effets dé l'exercice, ils est quelque phéno-
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mènes généraux, qui accompagnent le mouvement et le repos, qu'il est nécessaire d'exposer. A la vérité, ces effets varient suivant que l'exercice est plus ou moins violent, plus ou moins prolongé, qu'il exige de fortes contractions musculaires, ou qu'il est communiqué par un agent extérieur, suivant les parties qui l'exécutent, etc. Mais à ces différences près, que nous exposerons plus tard, les modifications produites peuvent être décrites d'une manière générale. Ainsi , un des premiers résultats de l'exercice est d'appeler dans les organes, siège du mouvement, les fluides destinés à entretenir la vie , et cela par l'excitation qu'il fait naître. La contraction musculaire a lieu par la volonté; l'innervation est donc d'abord en travail dans le muscle qui se meut. Tout le monde sait en effet que , si une cause quelconque , telle que la section des nerfs ou toute autre, vient à intercepter la communication de l'agent nerveux, quel qu'il soit, avec le muscle, celui-ci cesse de se mouvoir. Tout le pionde sait aussi que , si une cause semblable vient à empêcher le cours du sang dans le membre, celui-ci s'engourdit, tombe dans la stupeur, et devient incapable d'agir. L'innervation, la circulation et les organes qui les exécutent , reçoivent donc la première influence de l'exercice. Ces organes de vie et de réparation augmentant directement d'activité dans l'organe en exercice, y développent uu surcroît de chaleur et de nutrition , lorsque l'exercice est souvent répété. En effet, un organe exercé devient plus volumineux, plus agile , plus fort ; il finit par exécuter avec une merveilleuse perfection les actes qui d'abord paraissaient d'une insurmontable difficulté. Mais , ainsi que les autres organes de l'économie animale, les muscles ne peuvent pas toujours être en exercice. Au bout d'un certain temps ils se fatiguent et ressentent le besoin de repos, ils éprouvent limpossibililé d'agir, un sentiment de faiblesse insurmontable. On a remarqué que l'intermittence d'action était nécessaire à tous nos organes , mais surtout au cerveau; or les actes locomoteurs, étant sous l'influence directe de ce viscère , doivent nécessairement rentrer dans la loi commune : tels sont les premiers effets du mouvement.
Mais les mouvemens ne bornent pas leur influence à ces premières modifications. Par les nombreuses corrélations qui unissent tous les systèmes de l'économie, et dont l'innervation et la circulation sont, sinon les causes , au moins les agens principaux, tous les organes, toutes les fonctions participent plus ou
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moins aux mutations que l'exercice fait naître. Toute perte exige une réparation; sans cette réparation, l'individu cesserait bientôt de vivre. Aussi rien n'est plus funeste à l'économie et rien n'abrège plus l'existence que les pertes qui font tomber les organes dans une telle faiblesse , que la réparation se fait avec une grande difficulté. Tel n'est pas l'exercice , à moins qu'il ne soit porté à un point excessif, comme cela pouvait avoir lieu pour les athlètes et les gladiateurs ; alors il entraînait une vieillesse prématurée. Mais l'exercice modéré favorise l'appétit, active la digestion,' et facilite la conversion des matières alimentaires en notre propre substance. D'après une loi de l'organisme qu'on ne saurait s'empêcher de reconnaître, tout organe ou toute portion d'organe qui s'exerce fortement exige le repos des autres organes ou trouble leur action. Lorsque la portion de l'encéphale qui préside à l'intelligence est en exercice, celle qui tient les affections sous sa dépendance cesse d'agir. Ces mêmes actions troublent ou suspendent le travail des autres viscères. De même , si l'encéphale est en exercice pour produire des actes locomoteurs, pendant que l'estomac est rempli d'alimens , celui-ci suspend son action, la digestion est manifestement troublée , ce que prouvent des expériences directes. Ce n'est pas que l'exercice, pendant la digestion, s'oppose au passage des aiimens de l'estomac dans les intestins, ce passage se fait au contraire avec plus de rapidité , et pour cela les aiimens ne subissent pas dans le ventricule une élaboration convenable. Il est cependant des fonctions que l'action du cerveau accélère inévitablement; je veux parler de la circulation. Mais cela se conçoit aisément : car, si le cerveau est en action, pour que cette action se soutienne , il faut qu'il soit convenablement excité; or le sang étant l'excitant naturel de tous les viscères, et par conséquent du cerveau , il est nécessaire qu'il afflue plus souvent et en plus grande abondance vers lui, et qu'il lui fournisse ainsi l'excitation convenable. Cette accélération de la circulation a lieu dans les travaux intellec!.uels et dans la plupart des passions ; elle arrive plus nécessairement encore dans la locomotion. Ainsi s'explique delà manière la plus satisfaisante la connexion intime qui unit ces deux grands systèmes de l'organisme. Si les pertes qu'entraîne l'exercice doivent être promptement réparées , ce sera une conséquence naturelle que l'absorption intestinale se fait avec activité; par la même raison,
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l'absorption interstitielle sera aussi très-active, d'où résultera une maigreur sensible , si la réparation n'est pas en rapport avec les pertes éprouvées. Si la digestion , si l'absorplion , si la circulation sont actives , les autres mouvemens organiques qui en sont la suite ne peuvent pas tarder à se metlre en harmonie : ainsi les mouvemens respiratoires doublent de fréquence et d'étendue; les poumons reçoivent une plus grande quantité d'air, et absorbent ainsi une plus grande proportion d'oxygène. La nutrition jouit en effet d'une énergie remarquable ; non qu'il faille en juger par l'embonpoint des individas qui prennent beaucoup d'exercice, car ces individus sont ordinairement maigres, mais bien par la rapidité des mouvemens de composition et de décomposition. Le système locomoteur acquiert néanmoins un volume plus ou molnsconsidérable. Lâcha] eut animate dont on ignore la source, mais qu'on a placée récemment etnSn sans quelque vraisemblance dans l'innervation, ce qui paraît être aussi le résultat d'autres opérations de l'organisme, la chaleur animale augmente beaucoup par l'exercice actif : la circulation capillaire , l'exhalation cutanée -partagent l'activité générale; et peut-être est-ce à l'augmentation de cette dernière que sont dues les pertes éprouvées pendant l'exercice. Quant aux sécrétions, la plupart, dérobées à nos moyens d'investigation, ne peuvent être appréciées avec une justesse bien rigoureuse dans les derniers changemens qu'elles subissent. Ce qui est incontestable, c'est que la sécrétion synoviale est augmentée. La plupart des autres sont vraisemblablement diminuées.
Mais jusqu'à quel point la locomotion agit-elle sur les sens, sur l'encéphale? D'après ce que nous avons dit, cette influence ne saurait êire difficile à apprécier. La locomotion exerçant pour ainsi dire d'une manière exclusive la portion du cerveau à laquelle elle est conliée, laissant par conséquent dans l'inaction les portions mentale et affective, la première devra acquérir un grand développement au détriment des deux autres. Cette observation, que nous croyons parfaitement juste et fondée sur des observations irrécusables, nous fournit des conséquences bien précieuses pour l'hygiène : c'estque le meilleur moyen de détruire les effets fâcheux que produisent souvent les excès intellectuels et mctraux , c'est de faire faire au malade un exercice convenable. Combien d'hystériques , de mélancoliques , .d'érotomanes, etc., n'ont- ils pas dû leur guérison à un genre dévie Irès-actif qu'on
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les obligeait de suivre, ou que la fortune les forçait d'adopter ? Les facultés intellectuelles et morales seront peu développées chez celui qui se livrera d'une manière exclusive à des exercices forcés. Les athlètes , comme nous savons , ne brillent pas par Téclat de ces qualités.
Parmi les exercices, ceux qui exigent les secours des sens augmentent leur énergie, leur finesse; comme les autres parties du système nerveux , ils resteraient dans un développement médiocre, si pendant les mouveniens, ils ne se trouvaient euxmêmes en activité. Les diverses puissances de l'hygiène agissent sur les organes locomoteurs, elles activent ou ralentissent leur action. Après une abondante réparation , lorsque la digestion est opérée , l'exercice est facile , les forces sont augmentées ; cet effet a lieu principalement lorsque l'alimentation est tonique et fortement réparatrice , que des viandes succulentes et des vins généreux font la base du régime. Les substances douées d'un principe amer, les aromates , les huiles essentielles, les liqueurs alcooliques, le café, pris modérément , multiplient les forces locomotrices. Aces causes excitantes et toniques viennent se joindre la respiration d'un air pur, sec et froid; l'hiver, le printemps, le matin, la lumière accompagnée de peu de chaleur, et l'électricité; les climats froids ou tempérés, les lieux élevés , les bains frais ou froids de rivière ou de mer; des évacuations peu abondantes, et la continence spécialement.
Une abstinence prolongée ou une alimentation rafraîchissante ou relâchante ; l'usage habituel des boissons aqueuses non-fermentées ; les climats débilitans des tropiques ; 1 ardeur de l»cté , du soleil en son midi ; l'habitation dans un lieu bas et humide; la respiration d'un air humide et chaud; l'absence de la lumière et de l'électricité; l'abus des bains chauds ou tièdes; des évacuations excessives, etc., telles sont les causes qui diminuent l'énergie des mouvemens. On doit y ajouter les travaux intellectuels, une foule d'affections morales, le sommeil trop prolongé et l'inaction. La contractilité musculaire est plus ou moins énergique dans l'enfance et dans la femme; mais c'est dans la jeunesse, l'ûge adulte et chez l'homme, que la locomotion s'exécute avec la plus grande plénitwe. Chez les vieillards la diminution de l'agent nerveux entraîne l'anéantissement de la locomotion qui en dérive.
Les exercices ont été divisés par flalien et par ceux qui l'ont
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suivi , en exercices actifs et en exercices passifs ; quelques auteurs ont fait, avec raison, une troisième classe d'exercices qu'ils ont nommés mixtes, c'est-à-dire, participant aux uns et aux autres. Nous suivrons ces divisions.
§ II. Effets particuliers des exercices. — article premier. — Exercices actifs.
A. De la Marche. — Les effets de la marche diffèrent, selon qu'elle est plus ou moins rapide, que les pas sont plus ou moins grands, que le sol sur lequel on l'exécute est ascendant, descendant ou horizontal , qu'il est mobile ou résistant ; selon qu'on se dirige en avant ou qu'on recule; enfin, selon qu'elle dure plus ou moins long-temps. Le premier effet de la marche est d'augmenter la contractilité musculaire, consécutivement la circulation, d'accélérer la respiration, d'imprimer à tous les viscères de légères secousses favorables à leur action. Elle exerce surtout les extrémités inférieures. Si l'on monte , les muscles antérieurs du tronc, et surtout des cuisses, se trouvent principalement en action; si l'on descend, ce sont les muscles des régions postérieures. Dans tous les cas, les extrémités supérieures restent dans l'inaction. La marche ne produit donc pas une nutrition parfaitement égale. Elle ne convient guère qu'aux convalesceub et aux personnes qui n'ont pas un besoin immédiat d'exercer les membres thoraciques. Pour remédiera l'inaction des bras pendant la progression simple, il faudrait leur faire exécuter quelques mouvemens réguliers, ou les surcharger de poids convenables.
B. Du Saut. — Le saut peut s'exécuter de plusieurs manières : en haut, en avant, en arrière, ou latéralement. Le saut a lieu par la flexion des membres inférieurs et leur extension violente et subite. Ce sont encore ici les extrémités inférieures dont l'action est la plus énergique. Les bras sont presque inactifs, du moins comparativement. Les anciens suppléaient , à leur défaut d'exercice, par des poids qu'ils nommaient haltères. Les membres supérieurs peuvent devenir actifs, si l'on prend un point d'appui soit sur l'objet qu'on veut franchir , soit sur le sol, au moyen d'une perche. Le s.iut produit des résultats bien plus puissans que ceux de la marche, et ces résultats sont en rapport avec les efforts employés dans cet exercice.
C. De la Course. — Dans la course , bien que ce soient encore les muscles des extrémités inférieures qui exécutent les plus
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grands efforts , cependant les bras et les avant-bras, maintenus dans une contraction permanente , participent à l'efficacité de cet exercice. De toutes les fonctions organiques, aucune n'est influencée à un plus haut point que la respiration. Pendant une course rapide, le thorax prend son plus grand développement, pour recevoir la' plus grande quantité d'air possible. Après une course violente, la respiration est anhéleuse, le cœur bat avec violence ; enfin, toutes les fonctions se trouvent singulièrement activée. L'exercice qu'on prend en patinant est aussi l'un des plus salutaires.
D. De la Danse. — Si l'on se livrait à la danse dans des circonstances convenables , nul doute qu'elle ne produisit de bons effets; il faudrait qu'on s'y livrât dans le jour, en plein air, avant le repas du soir. Nos bals qui ont lieu pendant la nuit, moment du repos, dans des appartemens fermés, où circule peu d'air, où se dégagent une multitude d'exhalaisons méphitiques, etc., sont loin d'être salutaires. Les modifications organiques qui résultent de la danse varient, selon qu'elle exige plus ou moins d'efforts , et qu'elle est plus ou moins fréquemment répétée. Les danseur^ de profession ont les muscles des jambes , des cuisses , et de la partie inférieure du tronc , fortement développés ; ceux des extrémités supéineures le sont beaucoup moins ; leur poitrine, leurs épaules paraissent étroites, resserrées.
E.De la Natation. — La natation est, sans comparaison, l'exercice le plus utile et le plus agréable auquel on puisse se livrer : tout est profit dans ce salutaire exercice. Il faut joindre aux modifications profondes qu'impriment à l'économie animale les ~ actes locomoteui's qu'exigent les divers modes de natation, les effets non moins remarquables du bain frais. ( Vojez bain. ) Tout exercice occasione des pertes abondantes , surtout par la perspiration cutanée ; ici cette perte n'a pas lieu , la température du fluide , la pression qu'il exerce par sa densité , s'opposent à cette perte. Aussi, son effet tonicfue se fait-il sentir promptement. L'homme. qui sort de nager est agile, fort, dispos, pourvu toutefois qu'il ne se soit pas fatigué par la durée ou la violence de ses mouvemens; et , dans ce cas- là même, après quelque temps de repos, il en éprouve tous les bons résultats. Dans la natation ordinaire, tous les muscles sont en mouvement ; mais ce sont surtout ceux de la région cervicale posté-
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rieure, ceux des lombes et du dos qui fatiguent le plus, car ils sont dans une contraction permanente ; ce sont donc ceux qui doivent se fortifier le plus. On conçoit que ce genre d'exercice doit principalement convenir à ces enfans grêles et débiles, chez lesquels la station est pénible et difficile par la faiblesse de ces muscles, et chez lesquels un rachitisme imminent fait craindre la déviation de la colonne vertébrale. Il est une manière de nager , dans laquelle les bras sortent tour à tour hors de l'eau. Les muscles pectoraux, le grand dorsal et le deltoïde sont spécialement en action ; la poitrine se développe , et les organes qu'elle renferme acquièrent plus de volun.e et plus de force. Les muscles du tronc et des extrémités inférieures exécutent d'ailleurs les mêmes mouvemens que dans la manière précédente. 11 faut un concours d'efforts bien autrement considérables pour nager ainsi , que pour le mode ordinaire. Aussi , ne peul-on long-temps soutenir un exercice aussi violent. 11 est certainement celui de tous qui doit renforcer le plus efficacement la constitution.
Les muscles de la partie antérieure sont surtout en contraction lorsqu'on nage sur le dos ; mais cet exercice est peu fatigant, et n'exige presque pas d'efforts. 11 est inutile d'énumérer toutes les manières de nager; comme on les pratique à peu près toutes successivement, le système locomoteur tout en entier se trouve exercé.
La natation , à laquelle on se livre ordinairement pendant les chaleurs de l'été , milite avantageusement contre l'influence débilitante de la saison. Elle empêche les pertes de la transpiration, et permet un exercice très -actif qu'on ne pourrait pas prendre sans elle. C'est donc une des ressources les plus précieuses que nous possédions pour résister à l'action destructive de la chaleur.
On ne doit pas se livrer à cet exercice dans toutes les saisons, dans tous les temps et dans tous les lieux. Après les orages, l'eau contenant une multitude de substances organiques en décomposition, contracte les qualités malfaisantes des marais. Aussi, des observateurs recoramandables ont-ils remarqué que le bain pris dans ces circonstances occasionait fréquemment des fièvres intermittentes. Bien que nous n'ajoutions aucune foi aux vertus délétères spécifiques de la canicule, nous croyons qu'il est. prudent de s'abstenir de la natation lorsque le soleil , dans
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toute sa force, darde ses rayons presque perpendiculairement sur riiorizon. Il peut en résulter des érysipèles , des inflammations du cerveau et des méninges, des congestions, etc. Les climats paraissent avoir une influence particulière sur l'effet du bain. On rapporte que plusieurs voyageurs , qui supportaient très-bien le bain froid dans leur pays natal, ont succombé à la suite de ces bains dans les pays éloignés. Le milieu du jour n'est pas un moment favorable pour l'exercice dont nous parlons ; il faudra s'y livrer le matin avant le premier repas ou le soir avant le dernier.
F. De la Chasse. — La chasse a été regardée par tous les peuples comme un des exercices les plus utiles , les plus propres à développer les sens et l'organisme entier. Le c|iasseur s'habituant à braver les feus d'un soleil ardent et les glaces d'un hiver rigoureux , continuellement exposé à la pluie, aux vents, enfin à toutes les intempéries des saisons, acquiert la faculté précieuse d'être insensible à leurs atteintes. Obligé de franchir les obstacles nombreux qui s'opposent à son passage , il devient agile, adroit; suspendu sur des rocs escarpés, il s'habitue à mesurer sans effroi le précipice ouvert sous ses pas; il suit à la course ua cerf agile , il fuit un sanglier furieux. Son œil accompagne au loin l'oiseau qui traverse les airs; son oreille perçoit le moindre bruit. Forcé d'imaginer mille embûches, il devient industrieux, rusé; mais cet exercice violent, occasionant des pertes considérables , fait naître le besoin de les réparer. L'appétit du chasseur est toujours vif, sa digestion toujours active et complète; l'absorption, la circulation, la respiration suivent nécessairement cette augmentation d'énergie. Il est Ordinairement peu chargé d'embonpoint; il perd trop pour cela, et répare trop peu. Son sommeil est ordinairement réparateur; à peine a-t-il la tête sur sa couche, qu'il dort profondément. S'il rêve , ce sont les images de la chasse qui se retracent dans son cerveau. L'homme qui se livre habituellement à cet exercice est presque réduit aux passions de l'homme isolé : il méconnaît l'ambition , l'envie, l'avarice. Les tourmens de l'amour ne déchii'ent point son cœur. L'habitude de vivre dans les bois donne au chasseur un caractère âpre , fier , inflexible aux raffinemens de la politesse ; et le peu de culture de son esprit le rend insensible aux plaisirs des beauxarts et des sciences, pour lescpiels il affecte un mépris souverain.
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Les organes locomoleurs surtout sont influencés de la manière la plus heureuse par l'exercice qui nous occupe. La chasse' à pied réunissant la course, le saut, la mai'che, jouit de tous leurs avantages ; elle a de plus celui d'exercer les exti'émités supérieures pour le maniement de l'arme dont on fait usage; cependant la chasse n'est pas sans inconvéniens. Tous les individus ne sont pas propres à réagir contre les intempéries de l'air, et un grand nombre contractent des maladies chroniques. Quelques manières de chasser exercent plus particulièrement une influence fâcheuse. C'est ainsi que le chasseur , étant obligé quelquefois de traverser des lieux marécageux , et même d'y séjourner, est ordinairement frappé de rhumatismes, d'inflammations catarrhales chroniques. Celui qui reste immobile, osant à peine respirer, pour attendre sa proie, reçoit toute l'action d'un air souvent humide, brumeux et froid, sans qu'il lui soit possible de se soustraire à ses effets.
G. De l'Escrime. — Cet exercice exige un tel concours d'efforts , qu'il n'est pas suprenant qu'il introduise dans l'oi'ganisme de profondes mutations. Les anciens le considéraient comme un des plus fatigans et des plus propres à dissiper un embonpoint excessif. La nutrition qu'il développe dans les organes locomoteurs n'est pas départie d'une manière uniforme , bien que les membres semblent être également en action. On a observé dans les extrémités droites un développement supérieur à celles du côté opposé, chez les individus qui font des armes de ce côté, et réciproquement. L'escrime serait donc très-avantageuse, si l'on avait à combattre une faiblesse relative dans une des deux moitiés du corps; mais il est bon de faire remarquer ici que cet exei'cice serait plus funeste qu'utile , si la faiblejsse dépendait d'une affection locale de la partie de l'encéphale qui préside aux mouvemens, surtout si cette affection n'est pas très-ancienne; car, dans ce cas, l'exercice devant être commandé par la partie malade, ce travail pourrait faire naître quelque changement fatal.
Une multitude de jeux jouissent des mêmes avantages que les exercices actifs dont nous venons de parler. Le mail, le palet, les boules, les quilles, la paume, le ballon, la balle, le volant, le billard , le jeu de corde , le cerceau , etc. , sont de ce nombre. Dans presque tous , les extrémités supérieures sont plus exercées que les inférieures, ce qui les rend très-propres à deve-
lopper le tlionix et les organes qu'il renferme. Quelques-uns ont l'avantage de pouvoir être pratiqués par les femmes, tels que le volant et le billard. Ce sont presque les seuls que nos mœui's trop délicates leur permettent. Ils donnent au corps de la rectitude et de la grâce, au jugement de la justesse, à la vue de la précision. On ne saurait trop en recommander l'usage. Le médecin judicieux déterminera les cas où chacun de ces exercices sera plus spécialement utile. La connaissance des mouvemens et des organes qui les exécutent , et conséquemment qui se développent plus particulièrement par telle ou telle espèce d'exercice, et celle des organes à développer, le conduiront nécessairement an choix de l'exercice le plus convenable, dans le cas où l'on réclamera ses conseils. Dans la très-grande majorité des circonstances, il ne s'agit pas de fortifier un organe en particulier , mais bien une constitution faible dans tous ses points. C'est alors un exercice qui mette en action toute l'économie que l'on doit conseiller. Il est presque inutile de dire que la durée et la force de l'exercice doivent être proportionnels aux forces de l'individu ; qu'il faut procéder graduellemeiit , avec pi'écaution; qu'il faut éviter une fatigue excessive.
Dans ces derniers temps, quelques philanthropes, frappés de l'utilité des exercices du corps, ont établi des gymnases où l'on fait exécuter aux jeunes gens un grand nombre d'exercices. Ils font d'abord faire à leurs jeunes disciples des marches dans différens sens , accompagnées de chant, et même de musique ; on leur fait exécuter des mouvemens partiels des membres. Ces exercices élémentaires consistent dans relèvement, l'abaissement, la pronation, la supination, et la rotation des membres thoraciques, rendus plus ou moins difficiles par la promptitude avec laquelle ils doivent être exécutés. Les membres abdominaux sont exercés à des mouvemens analogues et fort multipliés. Lorsque les jeunes élèves sont suffisamment habiles dans ces mouvemens préliminaires, on leur fait faire des exercices plus compliquées. La course en rond, en long, en avant, en arrière, les épaides et les bras libres d'abord de tout fardeau, chargés ensuite de poids plus ou moins considérables, est l'un des premiers auxquels ils se livrent. Viennent ensuite diverses^spèccs de lutte que n'accompagne aucun danger Le saut et ses diverses variétés succèdent a la lutte. Ils aj)prennent aussi à grimper par les bras derrière une échelle sans appuyer
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les pieds; ils s'élèvent à l'aide d'une corde à nœuds ou unie, en s'appuyant entre deux mâts qui n'offrent aucune aspérité; ils traversent d'un lieu dans un autre au moyen d'une corde horizontale. Le lecteur appréciera sans doute les effets qui doivent résulter de tous ces exercices.
§ III. Exercices passifs. — Ici ce n'est plus la contraction d'un ou de plusieurs muscles qui met en jeu les autres organes ; ce sont des secousses imprimées par une force étrangère, extérieure , qui déterminent les mouvemens de tous les viscères. Ces secousses mécaniques excitent beaucoup moins le cœur et le cerveau que l'action des organes locomoteurs, aussi sontelles beaucoup moins propres qu'elle à développer ces systèmes et opérer des révulsions salutaires; mais d'un autre côté, occasionant une moindre déperdition de substances, ces exercices favorisent à un liant degré les exhalations cellulaires et la nutrition générale. La digestion , que troublent les exercices actifs , se fait au contraire avec la plus grande facilité pendant les exercices' passifs; cependant il est des personnes qui ne peuvent aller en voiture après avoir mangé, sans être incommodées; et un plus grand nombre ne pourraient pas impunément être voiturées après le repas. L'absorption intestinale est manifestement activée dans ce genre d'exercice ; mais on a vainement prétendu que la circulation et la calorification étaient alors sensiblement diminuées. Si on compare ces fonctions à ce qu'elles sont pendant un exercice violent, nul doute qu'elles ne soient moindres; mais si on les compare à ce qu'elles sont pendant le repos, l'assertion de MM. Barbier, Currie, etc., est dénuée de fondement. 11 faut tenir compte de la saison où cet exercice est pris. Certainement, si c'est pendant l'hiver, le froid ne tardera pas à saisir l'individu presque immobile, et la circulation paraîtra ralentie; mais il n'en sera pas de même des antres saisons de l'année. (!es auteurs ont attribué le même effet à l'équitation ; mais elle produit des résultats bien différens, selon la vitesse et l'allure du cheval, et surtout selon l'habitude plus ou moins grande du cavalier. Il en est pour qui l'équitation est un exercice actif des plus violens. La respiration est peu influencée par les exercices passifs; mais si la circulation était véritablement ralentie , cette fonction partagerait cette diminution d'activité. Quelques exercices passifs semblent augmenter les sécrétions glandulaires; mais les exha-
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tations synoviale et cutanée sont loin d'avoir la même activité que durant les exercices actifs énergiques. De toutes les fonctions organiques, celle qui ressent le plus évidemment l'influence des exercices passifs, c'est l'exhalation graisseuse du tissu cellulaire, et généralement la nutrition de tous les viscères. Aussi , sans vouloir expliquer par quel mécanisme la nature opère cette mutation de l'organisme, observons-nous que les personnes qui sont habituellement en voiture sont pourvues d'un embonpoint remarquable. Si les fonctions assimilatrices, ou plutôt les organes c}ui les exécutent, acquièrent une haute prédominance parles exercices dont nous parlons, il en résulte nécessairement que les fonctions encéphaliques doivent être influencées d.ins un rapport invei'se. Aussi a-t-on observé de tout temps que les affections mentales disparaissaient souvent sous l'heureuse influence des voyages; mais n'oublions pas de tenir compte des diverses circonstances où se trouve le malade : changement d'air, d'habitudes, de régime, aspect d'une nature nouvelle, éloignement des causes qui ont déterminé l'affection, tout ne concourt-il pas puissamment à des cures souvent inespérées?
A. De la progression en voiture. — L'effet de cette espèce d'exercice sera d'autant plus prononcé que la voiture sera plus mal suspendue. Les ressorts élastiques, sur lesquels sont portées les caisses des carrosses, amortissent le choc, en décomposant le mouvement communiqué; l'ébranlement qui en résulte est donc beaucoup moindre que dans les voitures mal suspendues; ce n'est plus alors qu un doux balancement presque sans résultat sur l'organisme. Le sol sur lequel le mouvement a lieu est loin de produire les mêmes secousses ; la rapidité plus ou moins grande de la course fera aussi varier ses effets. L'exercice en voiture est tonique et peu excitant, ainsi que la plupart des exercices passifs dont il doit être regardé comme le prototype. Il conviendra donc aux personnes ffàbles qui ne pourront soutenir un exercice actif ; aux convalescens, aux femmes, aux vieillards, aux enfans, aux personnes chez lesquelles la con-" stitution est caractérisée par l'atonie des divers appareils ; mais il sera utile qu'elles se livrent aux exercices actifs dès que leurs forces pourront le leur permettre.
B. De la litière et de la chaise à porteur. — Je oois à [)èu près nuls les effets de la litière ou de la chaise à porteur.
C. Il n'en est pas de même de la navigation. Si Von réfléchit
aux causes nombreuses qui dans cet exercice peuvent modifier l'organisme, on se convaincra facilement qu'il pourra dans beaucoup de circonstances être d'une haute utilité. L'exercice qu'on prend en bateau sur une rivière peut être fort salutaire , et par les impressions morales qui peuvent en résulter, et par les circonstances diverses qui l'accompagnent ; mais les voyages sur mer sont bien autrement puissans. Les émotions de l'âme , excitées par la vue de l'immensité, par les abîmes, par les tempêtes et les orages; l'espoir de la guérison, impriment à l'organisme des modifications qui ne peuvent pas être légères. La respiration d'un air pur, continuellement rafraîchi par l'évaporation, la température diverse des régions qu'on parcourt, le changement de régime alimentaire, le roulis du vaisseau , occasionant le mal de mer, l'exercice qu'on peut prendre en partageant les manœuvres des matelots, ne font -ils pas de la navigation un des agens les plus énergiques de l'hygiène ? Sans cesse exposés aux rayons solaires , aux vicissitudes de l'air , les gens de mer sont basanés et insensibles aux intempéries atmosphériques. Leurs muscles, développés par des travaux pénibles et continuels, sont forts et robustes, leur poitrine est large et bombée; l'habitude des cris leur renforce la voix; la natation à laquelle ils se livrent augmente encore leur énergie musculaire. La plupart du temps, privés des plaisirs de l'amour, lorsqu'ils débarquent, ils s'y abandonnent avec une espèce de fureur; ils sont aventureux, avides de dangers; ils se plaisent dans les hasards et les fatigues. Les personnes qui par régime prendront des habitudes maritimes , pourront acquérir une constitution plus ou moins rapprochée de celle que nous venons de décrire. L'fîitelligence et la plupart des affections morales se trouvent alors dans un repos absolu.
Il est maintenant f;icile de conclure dans quelles circonstances les voyages maritimes i)ourront être utiles. Dans les maladies chroniques, surtout dans les maladies du système nerveux, des organes des mouveraens ou de l'intelligence, dans les affections morales, ces voyages pourront produire d'heureux résultats.
On peut ranger parmi les exercices passifs celui qu'on prend dans un lit suspendu, dans un lit mal équilibré, dans un berceau, etc. Ces secous«jes légères ne peuvent convenir qu'à des individus extrêmement affaiblis.
I IV. Exercices mixtes. — Ces exercices participent des deux
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précédens. Ils se composent de secousses imprimées par une force extérieure et d'efforts spontanés. Ils doivent par cette raison jouir des propriétés des uns et des autres, et, selon que l'un ou l'aufre domine, être plus ou moins tonique, plus ou moins excitant, favoriser plus ou moins la nutrition des puissances locomotrices, ou celle des organes de la vie individuelle. Ces exercices pourraient être combinés avec les précédens, de manière à servir de transition des uns aux autres. Tandis que l'individu sera très-faible encore, on devra se borner aux gestations; à mesure que les forces reviendront, lui faire prendre un exercice mixte , d'où il passerait à un exercice actif, d'abord peu violent, enfin à celui qui exige le plus grand développement d'efforts musculaires.
A. De V Equilatlon. — C'est le premier des exercices mixtes. En effet des secousses plus ou moins fortes sont imprimées par le mouvement de progression du cheval , et des efforts plus ou moins considérables sont faits par le cavalier, soit pour se maintenir sur cet animal ou le diriger dans sa marcbe. Le premier communique de légers ébranlemens ou de violentes secousses, suivant sa vitesse ou son allure , suivant son organisation et la nature du terrain sur lequel il marche. Les efforts du cavalier sont d'autant plus considérables qu'il est moins habitué à monter à cheval , ou qu'il monte un cheval plus fougueux ou plus rétif. L'utilité de cet exercice n'a pas été méconnue par les médecins de l'antiquité; mais les modernes l'ont beaucoup préconisé, et Sydenliam en a fait le plus pompeux éloge. Hippocrate pensait que l'équitation atrophiait les organes de la génération. Cette observation est, de nos jours, tout-à-fait dénuée de fondement. L'exercice du cheval sera utile dans une multitude àz circonstances; les cas où il conviendra, sa durée, l'allure qu'il faudra prendre , etc. , ne peuvent pas être exposés dans un article de cette nature.
B. La Balançoire. — Cet exercice communique aux viscères des secousses (jui excitent nécessairement leur action. La personne qui s'y livre, en voulant augmenter les mouvemens qu'on lui imprime, fait des efforts plus ou moins considérables; ce qui fait varier les effets organiques qui résultent de cet exercice. Comme tous les autres moyens gymnasti(]ues mixtes, celuici accroît l'énergie de tous les viscères de la vie assimilatrice, sans laisser Iiinguir les organes de la locomotion. 11 ne faut pa*
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])rendre l'exercice de l'escarpolette après le repas, il peut troubler la digestion et occasioner le vomissement : pour beaucoup de personnes il produi't des phénomènes analogues au mal de mer.
C. Du jeu de Bague. — -Cet amusement ne jouit pas d'une grande influence , il ne peut guère convenir qu'aux femmes et aux enfans. Le mouvement de rotation qu'on y reçoit peut déterminer des congestions cérébrales. lien résulte ordinairement des éblouissemens, des vertiges, des nausées , et même desvomissemens.
Nous ne saurions terminer cet article sans parler des effets <|ue produit le défaut d'exercice. Ces effets sont généraux ou locaux, primitifs ou consécutifs. Une partie reste-t-elle dans l'inaction, elle diminue de volume; les saillies musculaires s'affaissent; la peau qui la recouvre pâlit, la chaleur s'y éteint; elle devient inhabile à se mouvoir. L'inaction ralentit d'abord, dans la partie immobile, la circulation et l'innervation, par suite la nutrition. A^oilà l'effet local d'un repos prolongé. Si l'inaction est générale, l'action du cœur et du cerveau se ralentit manifestement ; la chaleur animale diminue , et les mouvemens organiques des autres viscères qui sont sous leur dépendance tombent, dans une funeste inertie; le système entier s'affaiblit d'autant plus profondément que la cause est plus absolue et plus durable.
Le repos passager des organes est nécessaire à une action nouvelle. 11 donne aux parties le temps de réparer leurs pertes. Les fonctions asslmilatrices se remplissent alors avec d autant plus de perfection qu'elles ne sont distraites par aucune action étrangère , et qu'aucune perte nouvelle ne détourne les sucs réparateurs de leur véritable destination.
Ln repos durable porte sur l'estomac son influence débilitante. La digestion est alors lente, tardive et pénible ; les substances alimentaires font sentir leur séjour dans le ventricule par le poids qu'elles occasionent à l'épigastre, par les éructations ((u'elles provoquent , et l'inappétence qu'elles procurent. Les matières alvines sont plus abondantes et plus liquides , et la défécation plus rare, à cau'=e du peu de contractilité du canal alimentaire. L'absorption intestinale est bien évidemment moins énergique que de coutume ; l'exhalation graisseuse est augmentée ; les contractions du cœur sont affaiblies , et par conséquent
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le cours du sang ralenti; les mouvemens respiratoires sont moins fréquens , et l'action chimique de la respiration s'opère imparfaitement. La même diminution d'activité se fait sentir dans les organes exhalans et sécréteurs ; la perspiration cutanée est surtout infiniment diminuée. C'est principalement sur les organes des mouvemens que l'inaction fait sentir sa funeste influence. Les muscles deviennent mous , pâles et lâches ; ils entrent péniblement en action, et se lassent par le moindre exercice; ils finissent par s'atrophier. Le repos est essentiellement débilitant ; aussi est -il infiniment utile dans le traitement des maladies aiguës, et concourt-il efficacement à leur résolution. Indépendamment des considérations auxquelles nous venons de nous livrer, il en est encore de très-importantes. En effet, les résultats des diverses espèces d'exercices varient selon les constitutions, les âges , les sexes, les idiosyncrasies , les habitudes, et<î. ; ces détails superflus en ce lieu se trouvent dans les traités spéciaux d'hygiène. ( rostan. )
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Habitation, s. f. , habitath, habltaculum -, Ueuoùl'on a fixé sa demeure. Appelés à habiter tous les endroits de la terre , les hommes éprouvent les avaiatages et les inconvéniens naturels attachés à chacun des séjours qu'ils ont choisis, ou que la nécessité les a forcés d'adopter. Leur constitution physique et morale reçoit les empreintes des climats dans lesquels ils vivent. Mais, outre l'action de ces grandes causes, ils ont encore à subir l'influence des habitations isolées ou réunies qu'ils se sont construites dans le but de se garantir des intempéries de l'atmosphère et pour satisfaire à des intérêts politiques créés par l'état de civilisation. S'ils sont parvenus par leur industrie à diminuer quelques effets funestes des climats et des localités, à accroître leur bien-être par leur rapprochement et par le concours de leurs forces, ils ont trouvé dans ces moyens mêmes, résultats inévitables de leur organisation, une source de maux qui, malgré les déclamations de certains philosophes en faveur de la vie sauvage, sont loin de balancer les avantages de l'état social. C'est ainsi que les hommes se sont accumulés dans des enceintes circonscrites, exposés aux émanations de tous genres qui naissent de leur réunion , des animaux qu'ils entretiennent pour leur nourriture ou leur service, des ateliers où se forment les divers produits des arts, se privant mutuellement de l'influence bienfaisante des vents nécessaires pour renouveler tme atmosphère corrompue, et de l'action non moins utile de la lumière solaire qui fait disparaître l'humidité , et constitue un des stimulus indispensables à l'entretien de la vie. Suivant que, par la disposition des villes et par l'étendue de leur population , ces conditions défavorcbles se trouvent portées à un degré considérable ou réunies en grand nombre, il en résulte pour les habitans des maladies graves de diverse nature, ou des prédispositions constitutionnelles plus ou moins fâcheuses , dont le médecin doit connaître les causes et jusqu'à un certain point le remède, La médecine ne donne pas les moyens d'échapper à
tous les inconvciiiens qui naissent des rassemblemens d'un grand nombre d'hommes, mais elle peut détruire quelques-uns et diminuer beaucoup de ces inconvéniens , en prescrivant certaines règles hygiéniques relatives à l'emplacement des villes, à la disposition des habitations particulières, à la situation des divers établisscmens d'où s'échappent des émanations délétères , enfin à la construction des maisons dont la salubrité particulière influe sur la isalubrité publique. Je ne pourrai f[u'indiquer ici les points sommaires d'un sujet qui se prête à tant de détails , et qui a été traité dans presque toutes ses particularités par Frank dans sa Police médicale', et par M. Marc, dans ses divers écrits sur l'hygiène publique. Les seules considérations générales que j'exposerai sei'ont en partie extraites de ce deux auteurs. D'ailleurs plusieurs articles de cet ouvrage rentrent dans celui-ci, dont ils offrent les développemens nécessaires. Je ne parlerai pas des habitations isolées ; leur salubrité dépend en grande partie des localités, et les règles de construction leur sont presque toutes communes avec celles que l'on doit suivre dans les villes. De plus l'administration ne peut influer qu'indirectement sur leur disposition.
La plupart des villes sont loin d'être construites d'après les règles de salubrité qu'il serait si avantageux d'observer. Élevées dans des temps où des considérations de cette nature étaient généralement négligées et où des motifs particuliers exigeaient souvent des dispositions qui leur étaient contraires , formées par des augmentations successives, elles offrent presque toutes des travaux d'assainissemens à exécuter ; ce qui ne peut être que l'œuvre du temps. Mais du moins les préceptes de l'hygiène doivent présider aux projets d'amélioration dans les villes anciennes, et à la construction de celles qu'il s'agirait de fonder ou de rebâtir.
L'emplacement des villes est rarement déterminé d'après des considérations de salubrité ; le choix en est presque toujours commandé par des intérêts commerciaux et politiques. Il est cependant utile de connaître les positions les plus convenables à ces groupes d'habitations. On peut regarder comme généralement très-salubres les villes construites sur des lieux élevés, c'est-à-dire dominant tous ceux d'alentour, plutôt que surpassant de beaucoup le niveau de la mer; l'air y est plus vif et plus sec; l'accès facile des vents y renouvelle l'atmosphère; les effluves marécageux n'y parviennent que difficile-
ment, et les émanations nuisibles qui s'y forment se dissipent avec promptitude. On observe le contraire dans les villes même très-élevées, mais qui sont dominées de tous côtés par des collines , de même que dans celles qui sont situées dans des vallées et des gorges. L'air y est stagnant, humide, et altéré par des miasmes de diverse natuie. Les rhaleurs de l'été y deviennent insupportables , à cause de la réverbération des rayons solaires. On peut remarquer quelquefois une différence bien tranchée de salubrité dans la même ville, lorsqu'elle a une partie haute et une partie basse. Dans celle-ci régnent les affections scrofuleuses , scorbutiques, les fièvres intermittentes, maladies qui sont étrangères à la partie haute. Il est difficile d'établir d'une manière générale le degré de salubrité des villes situées dans les plaines ; il dépend d'une foule de conditions qui peuvent s'y rencontrer, comme ne pas exister, telles que l'étendue plus ou moins considérable de la plaine, la qualité du terrain qui est sec ou humide, les vents dominans , la nature des pays qu'ils ont traversés. Le voisinage des marais est toujours insalubre, le danger s'accroît par la clialeur du climat, et surtout par la situation de la ville dont le vent dominant: passe, avant d'y arriver, sur les lieux marécageux. Le centre des forêts épaisses est communément défavorable; l'air y circule difficilement; le sol, qui n'est point réchauffé par les rayons du soleil , reste cons^ tamment humide. Leurs bords ne présentent pas les mêmes inconvéniens. Les rayons du soleil peuvent pénétrer sur les habitations *qui y sont placées; le voisinage de ces gra-ndes masses d'arbres les protège contre la violence des vents, et modère les chaleurs de l'été. Quelquefois l'abri de forêts épaisses et profondes est indispensable à la salubrité de certains pays qui, sans cette condition, seraient exposés aux émanations des marais, apportées par les vents qui les auraient traversés.
Quant aux villes situées sur les bords de la mer, elles ne trouvent, dans cette circonstance, aucune cause spéciale d'insalubrité, si elles ne sont pas exposées à d'autres causes particulières. L'air, dit-^n, y est moins froid pendant l'hiver, et moins chaud pendant l'été. Les fleuves qui traversent les villes y sont à la fois la source d'inconvéniens et d'avantages nombreux : si les eaux qu'ils fournissent en abondance contribuent à la propreté et à la salubrité , ils forment une atmosphère kumide , qui se charge facilement de toutes sortes d'exhalaisons ; et leurs
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bords , laissés à nu durant certaines saisons, deviennent quelquefois des foyers d'infection.
Plus les villes sont étendues , plus elles présentent de conditions contraires à la pureté de l'air si propice à la santé de leurs habitans. Indépendamment de cette première cause d'insalubrité ( le rassemblement d'un grand nombre d'individus dans un lieu resserré ) , il s'en trouve quelquefois d'autres , en quelque sorte, extérieures, accidentelles. Ainsi, des villes sout entourées de murailles élevées ou de fortifications qui s'opposent d'autant plus à la libre circulation de l'air, qu'il existe déjà des circonstances défavorables ; ou bien elles sont environnées de fossés remplis de vase ou d'eaux stagnantes , de jardins potagers qui forment autant de marais infects , à cause des arrosemens continuels qu'ils exigent, et du fumier dont on les couvre en abondance.
La manière dont sont disposées entre elles les habitations particulièi'es qui composent les cités, en d'autres termes, la disposition des rues , des places publiques influe beaucoup sur la salubrité; cette disposition doit être calculée de manière à faciliter la circulation de l'air et l'accès des rayons du soleil dans les parties les plus basses des maisons. Il faut donc que les rues aient une largeur proportionnée à la hauteur des édifices qui les bordent : trop étroites et formées de bàtimens très-élevés, elles conservent un air corrompu, où la chaleur et la lumière du soleil ne pénètren't qu'imparfaitement : trop larges , elles ne seraient pas parcourues par un courant d'air assez rapide, et leur atmosphère s'altérerait facilement dans les temps de calme et de chaleur. C'est sur de telles considérations qu'est basée la déclaration de Ï7S3, confirmée par la loi de 1792, qui fixe les mesures relatives à la largeur des rues et à la hauteur des maisons dan^ Paris ; mesures auxquelles on doit se conformer lors des démolitions et reconstructions. Toutefois lorsque la ville est dans un climat ardent et par conséquent exposée aux rayons brûlans du soleil, on diminue une partie des inconvéniens qui résultent de cette exposition, en construisant des rues étroites, tortueuses et formées de maisons très-élevées. Lorsque les villes sont très-étendues, il n'est pas possible que la direct ion de toutes les rues soit également favorable; toutefois il est avantageux que les principales s'étendent du nord au midi, si cette direction ne les expose pas à des vents insalubres particuliers à la contrée, et qu'elles pren-
lient naissance et se terminent à des endroits spacieux où l'air du dehors puisse avoir un libre accès. Les places publiques sont très-utiles en ce qu'elles contribuent à la circulation de l'air dans l'intérieur des villes , et de plus elles augmentent l'étendue relative de l'espace consacré à un nombre déterminé d'habitations ; la source d'inconvéniens qui résulte de leur réunion se trouve parcionséquent diminuée. On a beaucoup discuté sur la question de savoir si les arbres qui bordent certaines rues ou dont sont couvertes plusieurs places , sont utiles ou' nuisibles. On a également exagéré les avantages et les mauvais effets de ces plantations. On peut les regarder comme utiles , lorsqu'elles sont situées dans des rues larges et des grandes places, dont le sol n'est point humide, lorsqu'elles peuvent recevoir les rayons du soleil et que les arbres ne sont pas trop près des maisons , ou trop serrés les uns contre les autres. On doit appliquer aux jardins publics et particuliers ce que je viens de dire des places et des plantations d'arbres.
Les dispositions indiquées précédemment seraient insuffisantes pour entretenir la salubriié de l'air dans les villes , si l'on ne clierchait encore à détruire ou à diminuer les causes nombreuses qui tendent à en altérer la pureté. La propreté des rues exige qu'elles soient pavées avec soin, autrement leur surface est un marais presque permanent d'où s'exhalent des émanations délétères, comme on l'observe dans beaucoup de villages et de petites villes dont les conditions les plus heureuses sont détruites par cette seule circonstance. Le pavé doit être construit de ma- ■ nlère à offrir une pente favorable à l'écoulement des eaux. Il faut que toutes les matières susceptibles de se putréfier soient enlevées chaque jour. Des fontaines doivent fournir l'eau nécessaire pour arroser et laver fréquemment les rues. Des égouts vastes et nombreux recevront les eaux bourbeuses de chaque quartier. Ils seront lavés fréquemment afin de ne pas devenir eux-mêmes des foyers d'infection qu'ils sont destinés à prévenir. Ceux dont les eaux se perdent par infiltration seront supprimés. Les autres qui aboutissent aux fleuves devront être submergés à leur sortie même de la voûte qui les recouvre. Il importe que les rivières qui traversent les villes ou en baignent les murs , que les fossés qui les entourent soient curés à diverses époques, mais jamais pendant les saisons où règne la chaleur. Les cimetières et Itïs voiries doivent être situés à une certaine distance des habita-
lions , et de manière que le vent qui soufle le plus ordinairement n'en apporte pas les exhalaisons. Enfin on éloignera tous les ateliers ou manufactures qui peuvent fournir des émanations dangereuses. Je m'abs'.iens de donner plus de développement à ces derniers objets qui seront spécialement traités aux aiticles
HÔPITAL, INFECTION, INHUMATION, MANUFACTURE, ClC.
La salubrité des maisons influe puissamment sur la santé de leurs habitans, et n'est pas non plus , comme je l'ai dit , sans influence sur la salubrité générale; malheureusement l'administration publique ne peut avoir qu'une action très-indirecte sur la plupart de leurs dispositions. Le mode de construction et le choix des matériaux sont les premiers objets à considérer. Pour que la partie la plus basse des maisons soit saine, il faut qu'elle repose sur des voûtes de caves , au lieu d'être en contact immédiat avec le sol , comme on le remarque dans les habitations de campagne qui même souvent sont enfoncées dans un terrain toujours humide à cause des mares et des fumiers dont elles sont entourées. Les salles ou chambres , surtout celles qui servent de retraite pendant la nuit, doivent être d'autant plus spacieuses, qu'elles sont destinées à contenir habituellement plus d'individus. Les portes et les croisées seront proportionnées pour la grandeur à l'étendue des appartemens, et disposées de manière à favoriser la circulation de l'air et l'accès de la lumière. L'exposition des croisées à l'est et au midi est communément la plus convenable. Mais la nature du climat, l'insalubrité des vents dominans de la contrée peuvent faire donner la préférence à toute autre exposition. Quant aux moyens de chauffer les appartemens, c'est-à-dire les cheminées et les poêles, leur construction doit être telle qu'ils élèvent avec le moins de combustible possible la température de l'air intérieur , en même temps qu'ils en opèrent le renouvellement. Il en a été fait mention au mot calorique ; je ne répéterai point les détails donnés à ce sujet. J'ai déjà parlé delà hauteur des maisons relativement à la largeur des rues. 11 ne serait guère possible d'établir une différence dans le degré de salubrité dont jouissent les divers étages des maisons, qu'autant que les édifices voisins empêchent l'accès des rayons solaires dans les étages inférieurs. Cependant on peut avancer que généralement les appartemens les plus élevés sont moins exposés aux exhalaisons qui se développent sur le sol. Mais un des objets qui méritent le plus de fixer l'attention sous le rapport hygié-
nique, dans les habitations particulières , c'est sans conlredll le mode de construction des latrines; aussi est-il soumis à la surveillance de la police ; un article spécial sera consacré à ce sujet.
Voyez LATRINE.
L'humidité étant une des causes les plus puissantes de maladies , le choix des matériaux qui entrent dans la composition des habitations doit être pris en considération. Il est certaines espèces de pierres qui par leur nature ont la propriété plus ou moins marquée de conserver l'humidité et d'attirer celle de l'air. Lorsqu'on ne peut pas se dispenser d'employer de semblables matériaux , il faut du moins faire servir à la construction de la partie la plus basse de l'édifice, qui est le moins exposée aux rayons du soleil , les pierres qui ont cette propriété à un moindre degré. Aucune espèce de pierre n'est moins susceptible que la brique d'entretenir l'humidité. C'est particulièrement cette humidité qui rend nuisible l'habitation des maisons récemment construites. Il est difficile d'indiquer l'époque où cette cause d'insalubrité n'existe plus ; elle varie suivant la nature des matériaux employés, le degré d'épaisseur des murs, l'exposition du bâtiment, la saison et le climat. (raige delorme.)
HABITUDE, s. f. Coiisuetudo , inos , nsus ,"eéos, etc. On appelle ainsi la modification qu'impriment aux êtres vivans la répétition des mêmes actes , la continuité des mêmes impressions ; modification par suite de laquelle ces êtres sont devenus, d'un côté, plus enclins et plus propres aux actes qui ont été répétés ; de l'autre , ou plus ou moins sensibles aux impressions qui ont été reçues; enfin, ont acquis quelques dispositions différentes de celles qu'ils avaient primitivement.
Tout être vivant doit à son organisation primitive, à ce qu'on appelle sa nature, une certaine somme de besoins, de dispositions , de facultés. Mais cette organisation n'est pas nécessairement ni absolument immuable; elle est au contraire susceptible d'être modifiée jusqu'à un certain point et dans de certaines limites ; et par conséquent aussi les aptitudes originelles sont susceptibles de changer un peu. Deux causes principales peuvent être assignées à ces modifications, l'exercice même des organes, leur emploi, et l'Impression des corps extérieurs. D'un côté, il suffit que les organes agissent, pourvu que ce ne soit pas avec excès , pour qu'ils deviennent de plus en plus disposés à agir, pour que l'acte qui leur est propre leur devienne plus facile.
D'un autre côté , les êtres vivans ont des rapports nécessaires et inévitables avec les corps extérieurs ; et bien que dans ces apports ils s'en montrent les maîtres, ils se les subordonnent ; cependant les corps extérieurs les modifient jusqu'à un certain point , les obligent à se mouler, à se proportionner , à se coordonner à eux. A la vérité , si le degré dans lequel les organes sont exercés ne dépasse pas la mesure d'activité à laquelle les invite naturellement leur force intrinsèque , les organes ne manifesteront pas une aptitude et une habileté supérieures à celles qu'ils avaient accusées d'abord d'après leur organisation primitive. De même , si l'impression des corps extérieurs n'est que celle qui est la plus naturellement conforme à la nature des êtres vivans, ou si, quoique différente, elle n'a pas été assez prolongée pour que la modification qu'elle a produite soit devenue durable, en ce cas encore aucune aptitude nouvelle ne se présentera. Mais si au contraire l'exercice des organes est très-répété , les organes acquerront à l'accomplissement de l'acte qui leur est propre , une aptitude telle que cet acte , fùt-il de ceux qui ne sont produits primitivement que par une volonté expresse et avec effort, souvent alors se manifestera comme de lui-même, sans qu'on paraisse le vouloir , et sans être perçu. De même , si l'impression faite parles corps extérieurs est prolongée, la modification qu'en aura reçue l'économie sera à la fois assez profonde et assez durable , pour que cette impression , fût-elle de celles qui primitivement sont nuisibles, devienne alors nonseulement supportable , mais encore nécessaire et soit réclamée avec exigence. Alors, dans l'un et l'autre cas, éclatent des dispositions différentes dans leur nature , au moins dans leur degré, de celles qu'on avait primitivement; et ces dispositions nouvelles sont ce (ju'on appelle des habitudes.
De ces considérations premières sur ce qu'est réellement dans son essence l'habitude, ce mot désignant l'organisation modifiée comme celui de nature désigne l'organisation primitive, il nous est permis de déduire déjà quelques conséquences importantes. D'abord , puisque l'habitude est une modification de l'organisation, on conçoit qu'elle ne peut se dire que des êtres organisés, et qu'on ne peut l'appliquer aux minéraux. Ceux-ci en effet produisent toujours leurs phénomènes propres d'après les mêmes lois , et avec une absolue fixité. Au contraire , les corps organisés sont tous tributaires de l'habitude; et ils le sont
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d'autant plus qu'ils ont une organisation plus compliquée. Ils ont en effet alors des rapports plus multipliés , et une sensibilité plus délicate; et tandis que la première de ces conditions les expose à plus de causes de modifications , la seconde les y rend plus flexibles. Examinez sous ce rapport le monde organique: la plante, qui est au dernier degré de l'échelle vivante, est certainement passible de l'habitude, puisqu'elle peut s'acclimater dans des contrées autres que celles que la nature lui a assignées; mais certainement elle a sous ce rapport moins de latitude que l'animal. De même parmi les animaux , ce sont évidemment ceux qui sont le plus élevés dans réchel'e, qui offrent le plus de dispositions aux habitudes. Cette aptitude qu'ont plus ou moins tous les êtres vivans à être modifiés, influe-t-elle en quelque chose, comme on l'a dit, sur la diversité des races et des espèces sous lesquelles ils se présentent à la surface du globe, les modifications une fois acquises étant ensuite transmises successivement de générations en générations? 11 n'est pas de notre sujet de discuter cette question. En second lieu, les idées premières que nous venons d'émettre sur l'habitude font voir combien est juste l'expression de ceux qui l'ont appelée une seconde nature , puisqu'elle constitue en effet comme une nouvelle nature qui a été substituée à la première. Enfin, ces mêmes idées font sentir quelle importance le physiologiste doit attacher à la considération de l'habitude, puisqu'elle a sur la production des phénomènes de la vie la même puissance que l'organisation primitive , dont elle a en quelque sorte pris la place.
Mais, d'autre part, il ne faut pas que l'observatioii du grand pouvoir qu'exerce l'habitude en fasse exagérer la puissance. Des philosophes sont allés jusqu'à dire que l'habitude était tout, et lui ontrapporté tous les actes de l'économie humaine. Par exemple, des naturalistes, frappés des modifications continuelles et considérables qu'impriment aux êtres vivans les influences extérieures, ont dit que ces êtres étaient primitivement informes, qu'ils avaient été façonnés ce qu'ils sont actuellement par les influences extérieures, et qu'ainsi leur nature actuelle n'était qu'une première habitude. On connaît ce mot de Fontenelle , qui, entendant appeler l'habitude une seconde nature, demanda où est la première ? tant ce philosophe était pénétré de la grande puissance exercée sur nous dès nos plus jeunes ans par les agens généraux de notre univers, et par l'éducation qui , n'étant en
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grande partie qu'un mode d'exercice, rentre , comme nous le disons, dans l'habilude. De même, les Stlialiens ont professé que toutes nos fonctions involontaires n'étaient pas telles primitivement , et ne le sont devenues que par l'habitude. Enfin , Condillac, M. Dutrocliet, établissent que les divers instincts qui entraînent impérieusement les animaux ne sont aussi que des produits de cette puissance acquise , que les générations successives se sont transmises. Ces diverses propositions sont des exagérations condamnables. Sans doute notre économie est de très-bonne heure soumise aux deux influences que nous avons présentées comme aptes à la modifier : sans doute il est impossible de diriger ces influences avec assez d'équilibre pour qu'elles ne modifient pas en quelques points les impulsions primitives, et ne leur en substituent pas d'acquises; ainsi, toujours il est en nous quelques dispositions qui sont des produits de l'habitude. Mais il ne faut pas nier pour cela la réalité et l'influence d'une nature primitive. West-ce pas cette nature primitive qui seule se manifeste dans les premiers temps de l'existence des êtres vivans, lorsque l'exercice de la vie n'a pu amener encore dans les organes aucune modification? N'est-ce pas elle cjui inspire seule les actes , dans les individus qui ont été assez heureux ou assez habiles pour conserver leur organisation telle qu'elle était d'abord ? Souvent cette nature est assez prononcée pour commander elle-même les habitudes , et alors celles-ci ne font que la renforcer. Enfin , si l'on fait cesser les causes qui l'ont modifiée , toujours on la voit reparaîtx'e telle qu'elle s'était montrée d'abord. De même nos fonctions involontaires, les instincts, sont des produits d'une nature primordiale , et non des effets de l'habitude. Les instincts ne se manifestent-ils pas dès les premiers ihstans de l'existence des animaux ? N'ont-ils pas principalement pour attribut d'entraîner plus ou moins irrésistiblement l'être, dans quelques circonstances extérieures qu'il soit placé? S'ils avaient dû être acquis, comme doit l'être toute habitude quelconque, que d'animaux auraient péri presque en naissnt? Quant à nos fonctions involontaires , ce qui prouve qu'elles sont telles par les lois d'une nature primitive , c'est que notre volonté ne peut jamais rien sur elles , tandis qu'elle a influence sur toutes les actions qui , volontaires dans leur origine, ont été rendues irrésistibles par l'habitude; quand on le veut en effet , oit modifie ces dernières, ou les suspend, etc. Ainsi donc, si tout être vivant
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est passible d'habitudes, tout être vivant aussi a une nature primitive ; chacun est comme placé entre deux puissances , sa nature primitive qui tend toujours à reprendre ses droits, sa nature acquise ou d'habitude , qui tantôt n'a fait que renforcer la première , et tantôt lui est contraire : la plus grande impulsion est due à l'une ou à l'autre , selon que l'organisation primitive était plus ou moins prononcée , ou que les deux causes qui déterminent les habitudes ont agi avec plus ou moins d'énergie et pendant un temps plus ou moins long.
Ces deux causes sont, avons-nous dit, la répétition des mêmes actes , la continuité des mêmes impressions ; et ce qui iraporte d'abord dans l'étude des habitudes, c'est d'analyser le mode d'agir de ces deux causes. Elles sont en effet susceptibles de degrés divers , et dans ces divers degrés elles doivent jjroduire des modifications , des habitudes diverses aussi. L'acte qui est répété peut l'être peu ou beaucoup, trop ou trop peu. L'impression dont la continuité amène une habitude peut être faible ou forte, avoir toujours eu la même intensité, ou au contraire une intensité graduellement croissante ou décroissante. Il est impossible que les effets soient les mêmes en ces divers cas. C'est pour les avoir confondus, que les auteurs ont commis des erreurs dans leur estimation des résultats de l'habitude; et en les analysant d'abord, il nous deviendra facile d'expliquer ensuite les faits divers et souvent opposés qui sont rapportés à l'habitude.
Pour commencer par ce qui est de la répétition des actes , nous pouvons à son égard distinguer trois degrés : i'* ou bien la répétition est de beaucoup au-dessous de la portée de force et de durée d'activité dont sont intrinsèquement susceptibles les organes ; et alors, loin d'acquérir aucune aptitude nouvelle , on perd celle qu'on possédait primitivement : la nature primitive a été modifiée, mais en moins; par le défaut d'exercice, de culture, on a amoindri les dispositions originelles dont on était doué. C'est ainsi que les plus heureuses aptitudes de l'esprit sont anéanties par le manque d'éducation; 2° ou bien, au contraire, la répétition est aussi grande que le permet la portée de force et de durée d'activité dont sont intrinsèquement susceptibles nos organes, mais sans jamais la dépasser; et dans ce cas, l'acte qui est répété devient de plus en plus facile, est de jour en jour accompli avec plus de perfection, en même temps que l'organe qui en est l'agent devient de plus en plus susceptible de le pro-
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duire, au point que cette production peut devenir pour lui une nécessité, un besoin; 3° ou bien enfin la répétition dépasse la portée de force et de durée d'activité dont sont susceptibles^les organes, et ceux-ci alors perdent leur puissance; ils arrivent graduellement à ne pouvoir plus produire leur acte propre; ils sont comme des ressorts forcés, usés, qui ne peuvent plus agir. Voilà trois résultats bien divers dépendans de la mesure dans laquelle a eu lieu la répétition des actes , et dont la théorie des effets de l'exercice donne l'explication. Il est d'observation en effet qu'un exercice convenable de nos organes leur fait acquérir plus de prestesse, rend plus facile et souvent plus impérieux l'accomplissement de l'acte qui leur est propre; que le défaut d'exercice, au contraire, les laisse inhabiles et moins aptes à agir; et qu'enfin un exercice abusif, exagéré, les épuise et leur ôte leur pouvoir. Le vulgaire voyant dans l'habitude, moins la modification organique qui la constitue réellement, que la répétition des actes qui n'en est que la cause occasionelle , mais qui de suite a attiré son attention, n'a pu s'expliquer des résultats aussi contraires de l'habitude, consistant les uns dans une extension des facultés, les autres dans leur affaiblissement, leur anéantissement : on voit que cela dépend de la mesure dans laquelle a eu lieu la répétition , selon que cette mesure était en deçà ou au delà , ou précisément dans la limite fixée par l'organisation primitive. Toutefois de ces considérations il résulte que, bien que l'habitude soit avec raison dite une seconde nature, et une fois acquise exerce le même empire que la nature primitive, cependant elle est renfermée dans des limites qui dépendent de celle-ci. Elle ne peut être portée à l'extrême en ce qui regarde la répétition des actes; au delà d'un certain degré d'exercice, on pccd non-seulement le pouvoir qu'on avait acquis, mais encore la facxdté originelle. Du reste, ce dernier résultat ne devrait pas être rapporté à l'habitude ; il constitue une altération ; et on ne devrait appeler habitudes que les modifications qui sont compatibles avec l'état de santé, et avec la possibilité de l'accomplissement de toutes les facultés qui appartiennent à l'état normal.
En n'établissant que ces distinctions dans le degré de fréquence avec lequel peut se faire la répétition des actes; en ne distinguant dans cette première cause occasionelle des habitudes que trois degrés, l'inaction , l'exercice convenable et l'abus, nous n'avons eu égard qu'au principe qui doit guider dans l'ap.
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préciation des effets de cette répétition. Mais , comme on le conçoit , chacun de ces trois degrés est lui-même susceptible de nombreuses gradations, et les effets que nous leur avons assignés seront alors plus ou moins prononcés. Ainsi, en ce qui concerne l'exercice convenable , plus cet acte aura été répété, plus son exécution sera facile, parfaite, et plus le besoin de son accomplissement sera impérieux ; il y aura de nombreux degrés possibles dans l'habitude qu'on en aura contractée. Il importe de remarquer que le mode selon lequel l'acte devenu habituel aura été produit d'abord , détermine celui selon lequel il continue de l'être, de sorte que l'habitude porte non-seulement sur la production de l'acte en général , mais encore sur les détails de son accomplissement. De même, il y a aussi de nombreux degrés possibles dans l'affaiblissement qu'auront amené à leur suite l'inaction ou l'exercice abusif des organes.
La seconde cause occasionelle des habitudes, la continuité des impressions, produit aussi des effets fort divers, selon le caractère de ces impressions. i° Si l'impression est faible, le résultat sera différent, selon que cette impression sera insolite ou nécessaire à l'accomplissement de quelque fonction de l'état normal. Dans le premier cas elle n'est capable d'imprimer aux organes aucune modification, et aucune habitude n'est contractée à son égard. Dans le second cas les organes avec le temps arriveront à se contenter d'une impression aussi peu forte, et même ne pourront plus en supporter de plus intenses. C'est ainsi, par exemple, qu'on s'habitue à voir dans l'obscurité, en restant soumis long-temps aux impressions d'une lumière faible, et qu'on perd la faculté de voir an grand jour. C'est encore ainsi qu'on s'habitue à ne manger qu'une très-petite quantité d'alimens , et qu'il devient impossible d'en digérer une quantité un peu forte. Il est sous-entendu que ceci est encore renfermé dans de certaines limites posées par l'organisation primitive; il faut que l'impression , quelque faible qu'elle soit, suffise cependant à mettre en jeu la sensibilité ; au delà d'un certain degré , elle est sans influence et comme nulle. Remarquons que dans les deux exemples que ncis avons cités les phénomènes ne sont pas identiques. Dans celui de la vision , les efforts qu'a faits l'organe pour devenir sensible à une impression faible ont étendu sa sensibilité, il a recueilli les bienfaits de l'exercice, mais avec ce trait de plus, que la sensibilité a été exaltée au point qu'une
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impression qui dans l'état normal eût été convenable, lui est alors devenue importune. Dans l'exemple de la digestion, au contraire, les organes n'ont pas été assez employés; par défaut d'exercice, leur force est tombée au-dessous de ce qu'elle avait été primitivement , et ils sont devenus incapables d'actes qu'originellement ils auraient pu accomplir; au lieu d'un excès d'emploi , c'est un défaut d'exercice qu'il faut accuser. 2" Si, au contraire, l'impression est forte, mais telle cependant qu'elle n'altère pas le tissu des organes , ou ne provoque pas en eux une irritation morbide, le résultat sera différent , selon qu'elle aura été forte dès le principe, ou au contraire aura eu une intensité graduellement croissante ou d^jcroissante. L'impression a-t-ellc été forte dès le premier instant de son application ; la modification qu'elle a déterminée a pu être si profonde, que les organes seront devenus des plus susceptibles à la recevoir, et désormais en manifesteront les effets à un degré laeaucoup plus faible, à un degré qui eût été sans influence à l'état normal. C'est ainsi qu'une personne qui a pris une première fois une forte dose d'émétique, vomit ensuite par l'administration de la plus petite quantité de ce médicament, par une dose que prendrait impunément toute autre personne. Aucontraire, l'impression a- 1- elle eu une intensité graduellement croissante; dans ce cas , c'est graduellement que les organes revêtent la modification qu'elle est capable de leur imprimer, et les effets de cette impression , fût-elle primitivement de nature à être nuisible, deviennent de moins en moins sensibles. C'est ainsi que l'estomac arrive à recevoir impunément des poisons; que nos sens peuvent être conduits graduellement à supporter des impressions très-fortes. Ici on observe un. résultat inverse de celui que nous signalions à l'occasion d'une impression trop faible : les organes ne sont plus accessibles qu'à des impressions fortes , et des impressions faibles, qui dans le principe avaient été p^i'çues, ne le sont plus ; il semble que par la continuité de ces impressions graduellement croissantes, la sensibilité se soit émoussée et ait perdu de sa délicatesse. Delà le danger ou le tort dans la pratique de la vie, d'augmenter sans nécessité l'intensité des impressions , puisqu'une fois engagé dans cette voie, il faut augmenter sans cesse. Delà le précepte en tîiéxapeullque d'augmenter graduellement la dose des mcdicamens nécessaires , puisque leur influence s'affaiblit de jour e|i jour , ou de les varier , ou d'en suspendre de
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It'Mips en temps l'usage. Delà' la précaution de ne se soumettre que par degrés et avec lenteur à une influence délétère, quand les devoirs sociaux obligent à en contracter l'habitude. Nonseulement l'impression, quand elle est graduellement croissante, arrive à être supportée , mais souvent même elle est réclamée avec exigence, et devient un besoin; et c'est ainsi que l'habitude nous crée mille besoins factices , comme celui du tabac, du café, etc. Enfin l'impression a-t elle une impression graduellement décroissante ; la modification qu'elle avait imprimée d'abord s'efface insensiblement ; l'organisation primitive reparaît ; et tandis que par le mode précédent des habitudes s'étaient établies, par celui-ci elles se détruisent. 3° Enfin l'impression peut avoir un degré de force telle , qu'elle altère le tissu des organes, ou développe en eux une irritation morbides, et alors la modification qu'elle imprime est une maladie, et par conséquent hors de la catégorie de celles qu'on appelle habitudes. C"est encore une preuve des limites dans lesquelles l'organisation primitive circonscrit les habitudes. On a pu remarquer que les effets divers produits par le caractère des impressions reconnaissent souvent pour cause la mesure d'emploi , le degré d'exercice des organes , l'impression n'étant que la circonstance qui détermine le mode de celui - ci. Cependant il y a une influence exercée par les impressions elles-mêmes : généralement l'habitude d'un degré donné d'intensité ou de faiblesse dans les impressions fait que l'acte organique n'est plus possible que dans les mêmes conditions. On n'a pas besoin d'observer qu'il faut que les impressions soient continues ; si elles sont passagères, ou se succèdent avec variété, elles n'imprimeront à l'économie aucune modification durable, ou la modification déterminée par celles qui auront agi les premières sera effacée par celles qui lui succéderont.
Ces premiers principes exposés, il est facile de se rendre compte de tous les effets de l'habitude dans l'homme , car c'est principalement de l'habitude considéiée dans cet être que nous devons traiter dans cet article. D'abord, aucun être vivant n'est plus que lui passible d'habitudes. En premier lieu, il est le plus élevé des animaux , il a l'organisation la plus compliquée ; et nous avons déjà dit que la susceptibilité aux habitudes était en raison de ces deux conditions. En second lieu, comme tout être vivant, il est au moins accessible aux modifications que com-
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mandent les climats ; et ses habitudes, sous ce rapport, doivent èlre plus nombreuses et plus variées, puisque, seul à peu près entre tous les animaux, il peut les habiter tous. Enfin il est une circonstance qui lui est exclusive, et qui lui commande invinciblement des habitudes, c'est l'obligation où il est de faire la conquête de la terre qu'il habite, d'y travailler, et de s'y procurer avec efforts tout ce que réclament ses besoins. De cette nécessité sont résultées pour l'homme la vie sociale, l'invention des diverses professions ; et la pratique de celles-ci a entraîné irrésistiblement des habitudes.
Aussi l'influence de l'habitude se mêle-t-elle à presque tous les actes de notre vie. C'est à elle que nous devons la facilité que nous développons dans la production de certains actes qui sont journaliers, mais que nous n'avons exécutés primitivement qu'av'ec efforts , dans l'emploi de la parole , par exemple. Sur elle reposent nos progrès dans la pratique des diverses professions mécaniques et industrielles, dans la culture des arts. Base de l'éducation, elle a la plus grande part à l'extension qu'acquièrent plusieurs de nos facultés. Qu'on passe en revue tous les organes du corps humain, et par conséquent toutes ses fonctions, on n'en verra point qui n'aient subi ou ne soient susceptibles de subir des modifications qui constituent les habitudes. En vain Bichat a dit que l'habitude ne porte que sur les fonctions dites animales, et n'a aucune prise sur les fonctions dites organiques ; sa proposition est évidemment fausse. En effet , n'avons-nous pas dit d'abord que tous les êtres vivans, sans exception, les végétaux eux-mêmes, pouvaient contracter des habitudes ? et dans les végétaux tous les actes de la vie ne sont-ils pas de ceux que Bichat appelait oi'ganiques ? En second lieu, si les fonctions organiques sont involontaires, et si, à ce titre, leurs actes ne peuvent pas être répétés à volonté, et l'cvêtir par cette cause des habitudes, plusieurs de ces fonctions chez l'homme réclament l'intervention de corps extérieurs , la digestion , la respiration , par exemple ; et dès lors elles peuvent être modifiées d'une manière permanente , en raison de l'impression qu'elles reçoivent de ces corps extérieurs: n'avons -nous pas inscrit ces impressions au rang des causes occasionelles des habitudes ? En troisième lieu , la seconde cause occaslonelle des habitudes, rexercice,n'est pas même sans influence sur ces fonctions j c'est, en effet , la volonté qui règle
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]a préhension des corps extérieurs qu'elles réclament ; elles sont devenues par là des actes que nous pouvons répéter plus ou moins, par conséquent passibles d'habitudes; et aussi elles en contractent de relatives à la quantité, à la qualité des matières ingérées, à l'époque à laquelle se fait la préhension de ces substances. On dira peut-être que ces deux dernières considérations ne sont applicables qu'aux fonctions organiques supérieures, la respiration, la digestion; mais leurs rapports avec les fonctions organiques plus profondes sont si intimes, que bientôt celles-ci participent des modifications qu'ont reçues les premières, et manifestent aussi sensiblement les effets des habitudes. Enfin, pour qu'un mouvement vital quelconque devienne habituel, c'est-à-dire soit plus facilement produit et plus susceptible de l'être, il suffit qu'il soit répété, quelle que soit la cause qui entraîne cette répétition : c'est une loi générale de l'économie. Or il n'y a pas que les fonctions animales qui puissent éprouver cette répétition; sans doute elles peuvent la présenter plus que toutes autres, puisqu'elles sont volontaires, mais elle a lieu souvent aussi dans les actes organiques, même dans des mouvemens morbides; et dès lors ceux-ci doivent être également susceptibles d'habitudes. Il est donc certain que tous les organes du corps sont tributaires de l'habitude, mais les uns directement, les autres Âidireclement, et d'autant plus qu'ils sont plus dépendans dans leur jeu de la volonté, et qu'ils ont plus de rapports avec les corps extérieurs. Du reste, à ces raisonnemens joignons la preuve directe, en passant rapidement en revue, sous le rapport des habitudes, toutes les fonctions , tous les actes de la vie , tant en santé qu'en maladie.
D'adord, les sens externes doi'-'ent être mis au premier rang parmi les actes de notre économie passibles d'habitudes. D'une part, en effet , ils sont, dans leur jeu, dépendans de notre volonté, et par conséquent on peut, à son gré, déterminer ou non la répétition de leurs actes. D'autre part, ils sont dans un rapport immédiat avec les corps extérieurs, et par conséquent il» peuvent en recevoir des modifications. Sous le premier rapport, que de degrés dans le pouvoir des sens, selon la mesure dans laquelle on les a cultivés! Sont-ils trop peu exercés; ils n'ont pas toute leur puissance. En a-t-cn, au contraire, abusé; leur sensibilité est paralysée. Enfin, les a-l-on cultivés dans la mesure et avec la progression convenables; ils sont devenus plus
j)uissans. Celte extension que leur donne, dans certaines professions, certaines conditions de la vie, un exercice répété, n'est qu'un résultat de l'habitude ; c'est à elle que le cuisinier , le parfumeur, le peintre, le musicien, doivent d'apprécier avec tant de sûreté, le premier, toutes les nuances des saveurs; les seconds, toutes celles des odeurs, des couleurs, des sons, etc. Selon le degré d'exercice , le sens est resté au-dessous de sa puissance primitive, ou en a acquis une supérieure, ou a été tout-à-fait usé. Sous le second rapport, les sens se modifient d'après l'impression qu'ils reçoivent plus habituellement de leurs excitans propres; ils exigeront une impression tantôt plus forte, tantôt plus faible ; et souvent leur exercice ne sera possible ([ue lorsque cette impression aura le degré d'intensité ou de faiblesse accoutumé. C'est ainsi que l'on s'habitue à ne voir qu'à un trèsgrand jour ou dans l'obscurité.
Dans les facultés intellectuelles et affectives , l'empreinte de l'habitude e^t aussi manifeste. Par un exercice répété des premières, on leur fait acquérir une promptitude et une sûreté d'action qjii n'est aussi qu'un produit de l'habitude; et le même effet résulte de la culture des secondes. Certes personne n'est tenté de révoquer en doute les grandes différences qu'entraine, sous lés rapports des qualités de l'esprit zX. du cœur, l'éducation : or tout le pouvoir de celle-ci n'est que le pouvoir des habitudes ; en exerçant telles facultés de l'esprit et du cœur, on rend l'accomplissement de ces facultés plus facile, plus parfait, le besoin de leur activité plus impérieux. Vouloir spécifier tout ce qui, dans notre intellect et dans notre moral, est d'habitude, ce serait vouloir énumérer, d'une part, tout ce que le travail peut faire acquérir de puissance à notre esprit en général, et à chacune de nos facultés intellectuelles en particulier; et, d'autre part, tout ce que la pratique des bons et mauvais sentimens peut développer en nous de vertus et de vices : l'empire de l'habitude se décèle ici à tous les yeux.
Il en est de même dans la fonction de la locomotion et des langages. L'exercice de la vie, en nous obligeant de répéter sans cesse les contractions musculaires , desquelles dépendent notre station , notre proç^ression , a fini par rendre ces contractions si faciles, que nous ne nous apercevons pas de la volonté qui les ordonne et en règle la précision. Nous en dirons autant de celles auxquelles sont dus nos langages , la voix ,
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]ii parole , le chanl , elc. Quelle extension d'ailleurs la culture, et par conséquent l'habitude, donne à ces diverses facultés ? Qui pourrait ne pas voir son influence dans la facilité avec laquelle nous exécutons tant de mouvemens compliqués, comme ceux de la danse, de V écriture, de la lecture, etc. ? Ici l'habitude est portée au point que le mouvement, quoique originairement volontaire et le produit d'une combinaison difficile, s'accomplit comme de lui-même et sans qu'on y pense. Selon le mode d'exécution qui a été pratiqué d'abord, on prend l'habitude d'accomplir ces divers actes d'une certaine manière, qu'il est ensuite impossible de changer; et c'est ainsi que chacun a sa manière de parler, de marcher, d'écrire, etc. On prend, sous tous ces rapports, de bonnes ou de mauvaises habitudes. Du reste ceci n'est pas borné aux mouvemens seuls ; cela est aussi de nos autres facultés , de celles de l'esprit et du cœur , par exemple; et l'on est susceptible de tics intellectuels et moraux comme de tics physiques.
Enfin le sommeil , quoique consistant dans la suspension de tous les actes animaux, mais parce qu'il est un phénomène qui se répète sans cesse , est aussi soumis à l'empire des habitudes: les époques auxquelles il s'établit, celles auxquelles il finit, le tcKîps de sa durée, son degré de profondeur, sont autant de circonstances qu'elles arrivent à régler : souvent elles constituent des conditions nécessaires pour qu'il s'établisse et se continue certaines impressions extérieures. C'est ainsi que le meunier se réveille quand il cesse d'entendre le bruit de son moulin , etc. En général , dans l'énumération que nous faisons ici , nous nous contenions d'un exemple ; nous n'énonçons que des résultats ; si nous voulions citer tous les faits à l'appui , nous donnerions à cet article une étendue qui nous est interdite.
Voilà pour les fonctions animales : passons aux fonctions organiques, et d'abord à celles qui exigent la préhension de corps extérieurs, et qui, à cause de la dépendance dans laquelle cette préhension est de la volonté, sont des actes presque aussi volontaires que les fonctions que nous venons d'examiner, savoir, \n digestion et la respiration. Dans la digestion, l'habitude a prise sur les époques auxquelles se fait sentir la faim , sur la quantité d'alimens nécessaires pour faire cesser cette sensation : elle influe sur la qualité des alimens ; et son pouvoir , à cet
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égard, va souvent jusqu'à rendre supportables et mtime préférables de mauvais alimens : son empire, enfin, s'étend jusqu'à l'excrétion qui termine la fonction , jusqu'à la défécation; elle lui imprime de la périodicité, de la régularité. Les mêmes influences de l'habitude s'observent dans la respiration : ainsi que l'on s'habitue à peu ou beaucoup manger, de même on s'accoutume à respirer moins ou à respirer plus , ou à suspendre plus ou moins de temps sa respiration, comme le font les plongeurs, par exemple : ainsi qu'un aliment mauvais, mais habituel , est souvent mieux digéré qu'un autre plus digestible, mais inaccoutumé , de même on s'habitue à la respiration d'un air insalubre ; et l'on connaît l'histoire de ce prisonnier qui, rendu à la liberté après une longue captivité, ne put supporter la respiration de l'air pur , et eut besoin d'être replongé dans l'air infect de son cachot.
Si de la considération de la digestion et de la respiration nous pasrons à d'autres fonctions organiques , les calorificalions et sécrétions , par exemple , nous aurons aussi à signaler la possibilité d'habitudes. II est certain que selon la température extérieure à laquelle nous sommes soumis, l'action organique qui produit le calorique duquel dépend notre chaleur en dégage plus ou moins ; il est certain que cette action organique se proportionne jusqu'à un certain point au besoin auquel elle doit satisfaire : or la température extérieure varie selon les saisons , selon les climats , et par suite notre calorification revêt des modifications coïncidentes. Qui pourrait nier qu'on ne contracte dans de certaines limites l'habitude du chaud comme celle du froid? Quant ^vcyi sécrétions ^ évidemment les excrémenlitielles accusent l'influence qu'a exercée sur elles l'habitude , soit par leur périodicité , soit par leur quantité : on s'habitue à uriner peu ou beaucoup, souvent ou à des intervalles plus éloignés. Si on a sollicité quelques excrétions artificielles , souvent elles deviennent nécessaiies, et leur suppression alors ne serait pas plus facile et serait aussi dangereuse que celle de nos excrétions naturelles. Ceci s'étend aussi aux excrétions morbides, hémorrhagies , suppurations diverses , hydropisies , etc.
Toutes les autres fonctions organiques ne sont atteintes qu'indirectement par l'habitude. Cependant, peut-être faut -il encore citei les absorptions, comme lui étant immédiatement soumises : par l'habitude, on arrive à séjourner impunément mi
inilleu (rinfluenccs cont.Tgieuses; soit que Tabsorptlon repousse le principe contagieux, soit qu'elle continue de s'en emparer, niais qu'elle le neutralise; soit que les organes se soient accoutumés à son action, ainsi que l'estomac s'habitue aux poisons.
L'habitude eufin n'a pas moins d'empire sur la fonction de reproduction; et nous en citerons comme preuves, l'extension que reçoit le besoin de cette fonction, ou sa disparition, selon qu'on le satisfait plus ou moins souvent; l'aptitude qu'ont les fausses couches à se renouveler, etc.
Mais ce n'est pas seulement dans l'état de santé que les actes de la vie sont disposés à revêtir , par le fait seul de leur répétition, un caractère d'habitude, il en est de même des actes organiques morbides. Par cela seul qu'un mouvement fébrile , })hlegmasique, nerveux, hémorrhagique, etc., a eu lieu une y)reinière fois , il a tendance à se renouveler et à des époques, régulières, et avec les mêmes circonstances. C'est ainsi que beaucoup de fièvres .intermittentes, d'accès d'hysléri<», d'épilepsie, de somnambulisme, etc., sont entretenus par la seule influence de l'habitude; eà. c'est par suite de l'observation qui en a été faite, qu'on emploie dans ces divers cas ce qu'on appelle en thérapeutique la méthode perturbatrice.
Enfin ce que nous avons dit de la puissance des agens hygiéniques pour faire naître des habitudes, est vrai aussi des agens thérapeutiques; les organes sont modifiés aussi par les impressions continues de ces agens. Qui ne sait que l'économie se fait aux médicamens; qu'à la longue elle finit par n'être plus perturbée par eux , et que , pour continuer d'en obtenir des effets, il faut chaque jour en augmenter la dose. De même que par l'usage Mithridate s'était rendu invulnérable aux poisons , de nxême des malades sont arrivés à prendre impunément des quantités considérables de substances médicamenteuses très-actives, d'opium, par exemple. Du reste, les effets sont divers, selon que la substance a été employée de suite à haute dose, ou à des doses graduellement croissantes. C'est pour l'appréciation des diverses liabitudes que nous venons de passer en revue, habitudes qui ont souvent des effets divers et opposés, qu'il faut faire l'application des divers principes que nous avons posés sur le mode d'agir des deux causes qui les déterminent, savoir, la répétition des actes et la continuité des impressions; et c'est pour n'avoir pas fait cette application, et avoir con-
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fondu les divers cas, qu'on a mal jugé les effets de l'habitude, comme nous allons le faire voir.
Bichat a dit, et la plupart l'ont répété après lui : L'habitude émousse le sentiment et perfectionne le jugement. Cette proposition est fausse, parce qu'elle est absolue; il est impossible, d'après ce que nous avons dit, que l'habltiide ait un effet constant; cet effet varie selon la fréquence avec laquelle l'acte a été répété, selon le caractère de l'impression quia été continue; souvent il doit être opposé , c'est - à- dire tantôt donner de l'extension à la faculté , et tantôt l'annihiler. Ainsi, si une impression n'est pas primitivement trop forte , et qu'elle soit graduellement croissante, chaque jour ses effets deviendront moindres, et elle finira souvent par n'être plus sentie ; mais cela n'aura lieu qu'à la fin , et souvent dans l'origine elle semblera avoir été plus forte à chaque fois qu'elle aura été répétée ; les organes auront été exercés à mieux produire l'acte en vertu duquel elle est sentie; tout dépend du degré d'exercice. A un certain degré, celui qui est au-dessous de la portée d'activité des organes et qui n'est que l'exercice convenable, l'habitude ou la répétition des actes donne plus d'étendue aux sensations comme à toutes les autres facultés de la vie ; le palais d'un paysan se perfectionne par l'exercice; n'avons-nous pas vu qu'il en était de même de tous les sens? D'autre part, il est aussi peu vrai, d'une manière absolue, que l'habitude perfectionne le jugement : sans doute, au degré d'exercice convenable, les facultés de l'esprit acquièrent la même promptitude et la même siireté d'action que toutes nos autres facultés qui sont convenablement cultivées : mais à un degré d'exercice exagéré , qui surpjisse la portée des forces intrinsèques de nos oi'ganes, ces facultés se perdent comme toutes les autres. Que de personnes devenues idiotes , imbéciles, par l'abus des travaux d'esprit ! D'ailleurs, l'habitude, avons-nous dit, influe non-seulement sur le degréd'activité des facultés en général, mais encore sur les modes particuliers selon lesquels on les met en œuvre ; et l'on peut prendre, relativement aux facultés intellectuelles, des habitudes vicieuses par lesquelles les jugemens seront faussés, comme on en prend à l'égard des facidlés purement physiques. De là l'origine de ces jugemens erronés contre lesquels viennent échouer les meilleurs raisonnemens, parce qu'ils sont anciens et devenus habituels. Enfin, Bichat, partant de l'idée que l'habitude X. 3')
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«'■mousse tout sentiment, ramène toute sensation à l'indifférence, on avait conclu que la constance était impossible à notre nature, et que le changement, la variété, contre lesquels les moralistes déclament , nous étaicntordonnés par notre organisalion. Mais l'idée première n'étant pas vraie de tous les cas, la conséquence ne peut pas l'être non plus; c'est toujours le même vice de s'exprimer d'une manière trop absolue. Sans doute les impressions dans de certains cas devenant de moins en moins senties, il faut en varier les causes pour nous en procurer de plus vives ou de nouvelles ; et comme nous sentir vivre, avoir des sensations, est notre premier besoin, l'habitude semble ainsi nous faire une loi de la diversité. Mais ce n'est là embrasser qu'une partie de son influence ; il est un autre point de vue sous lequel elle nous impose irrésistiblement la constance. L'habiîude a deux principaux effets : d'un côté, les actes habituels sont plus facilement produits; de l'autre , ils ont plus de susceptibilité à se produire ; ils sont devenus un besoin. C'est à cause du premier de ces effets que souvent les actes ne sont plus sentis; leur production est devenue si facile, que, fussent-ils perçus d'abord, souvent on ne les sent plus s'accomplir; et comme d'autre part nous voulons des sensations, et ne croyons vivre que par elles, il est certain que l'habitude, qui successivement les rend nuls, nous pousse, sous ce rapport, au changement qui seul peut nous en procurer. Mais , par le second de ses effets , l'habitude nous pousse intérieurement à exécuter l'acle qui a été répété, à rechercher l'impression qui par sa continuité nous est devenue un besoin; elle nous fait trouver un plaisir à la répétition de l'un, à la présence de l'autre; et par elle la privation de l'un et de l'autre nous est souvent une souffrance : le besoin factice qu'elle a fait naitre jiarle comme nos besoins naturels, et il y a plaisir à le satisfaire comme souffrance à lui résister. C'est ainsi que l'habitude , contre ce que disait Bichat , souvent mène au plaisir et non à l'indifférence , et commande la constance et non le changement ; c'est ainsi qu'elle fonde un lien puissant , une seconde nature , allant jusqu'à faire trouver mauvaise une chose qui est bonne en soi , mais qui est opposée à celle qui est dans l'habitude. Quand nous lecevons une impression, deux effets en résultent, dit Buisson ; d'un côté, nous percevons une sensation qui est d'autant plus vive que l'impression est plus nouvelle ;
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d'un autre côté , l'organe qui reçoit l'impression se moule à la cause qui l'excite, et s'unit avec elle dans un rapport qui est d'autant plus complet que l'impression est plus ancienne : ces deux effets sont inverses; c'est quand l'impression est devenue inaperçue , que le rapport de l'organe avec sa cause est mieux établi ; et vice versa. Or deux sortes de plaisir sont attachés à chacun de ces deux effets; l'un, vif, diminue avec le temps , finit même par disparaître ; l'autre, plus modéré , augmente avec les années , et se fortifie par l'iiabitude : le premier, qui tient à la sensation, est le plaisir de l'enfance, de la jeunesse; le second, qui tient au rapport établi entre les organes et les causes d'impression, est celui de la dernière moitié de la vie : l'habitude est l'âme de ce dernier, et par elle la constance ne nous est pas moins imposée que le changement. L'assertion de Bichat était contraire à la morale; et, n'eùt-elle pas été contredite par les faits , cela seul devait la rendre suspecte , car jamais les principes physiologiques et moraux ne sont en opposition.
Telle est la théorie de l'habitude. Il nous resterait à dire s'il est avantageux de contracter ou non des habitudes , dans quelles circonstances de la vie on en est plus susceptible, etc. ; mais les réponses à ces questions ressortent des principes que nous avons posés. L'utilité ou le danger des habitudes ne peut pas être établi d'une manière générale ; il est bien d'en contracter de bonnes, il est mal d'en contracter de mauvaises, il est prudent de n'en pas contracter d'inutiles : prétendre s'en affranchir toutà-fait c'est aspirer à l'impossible. La succession des jours et des nuits , l'intermittence obligée que réclament toutes nos fonctions volontaires, nos occupations sociales qui nous commandent la répétition de certains actes à l'exclusion de tous les autres, etc., tout nous pousse irrésistiblement sous l'empire des habitudes. Cette irrésistibilité est du reste , sous beaucoup de. points de vue , un avantage : ainsi nous acquérons à la production de certains actes une habileté dont nous ne jouissions pas d'abord ; nos devoirs deviennent pour nous des besoins , et une impulsion intérieure nous pousse irrésistiblement à les accomplir; les habitudes nous font vivre avec régularité avec moins d'efforts ; elles nous font distribuer nos heures , nos jours , avec économie; pour leur résister, d'ailleurs, il faut combattre san^ cesse ; et quel homme en a le courage? la raison, la modération,
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la sagesse, deviennent elles-mêmes des habitudes. Tous les reproches faits aux habitudes ne sont vrais que des mauvaises ou des inutiles; mais les bonnes seront toujours pour la conduite du corps et celle de l'âme les plus puissans appuis. Comme on le conçoit , c'est dans le premier âge de la vie qu'on est le plus susceptible d'en acquérir ; alors toutes les impressions sont nouvelles, et l'organisation a toute sa flexibilité. Dans le dernier âge au contraire , le corps a reçu toutes les modiflcations dont il est susceptible, et les empreintes qu'il a revêtues sont désormais indélébiles. Combien la dépendance dans laquelle est le vieillard de ses habitudes, contraste avec l'innocuité des changeraens dans le jeune homme! Quant aux tempéramens , ceux qui sont mixtes , dans lesquels aucune impulsion intérieure n'est prononcée, sont les plus faciles à être modifiés par les influences extérieures, et par conséquent les plus passibles d'habitudes ; les institutions , les coutumes , façonnent à leur gré les individus ainsi organisés. Au contraire , ceux que caractérisent certaines inclinations fortes résistent aux influences des habitudes contraires, mais aussi sont très-disposés aux habitudes qui ont du rapport avec leurs penchans ; bien souvent en effet, c'est l'organisation primitive qui décide des habitudes. Enfin les climats influent aussi sur la susceptibilité aux habitudes : plus leurs traits sont uniformes et prononcés , plus les impressions qu'ils produisent sont fortes et constantes, plus ils impriment aux hommes des modifications profondes , et rendent difficile pour eux l'acclimatement en d'autres contrées : au contraire , un climat qui est variable ne modifie pas aussi profondément les hommes, et même leur donne l'habitude du changement: de l'uniformité ou de la variété dans les impressions extérieures amènent de Ja constance et de la mobilité dans les goûts.
(aoelon. )
HABITUDE EXTÉRIEURE, habitude nu corps ( séméiotique et symptomatologie ), hahitus curpotis. On comprend sous ce nom tout ce que présente l'extérieur du corps du malade aux sens du médecin.
L'habitude extérieure des malades fournit , soit dans son ensemble, soit dans chacune des parties qui la constituent, un grand nombre de phénomènes très-imporlans sous le double i apport du diagnostic et du pronostic; mais ces phénomènes sont peut-être à la fois ceux dont l'exposition est plus difficile,
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et dont l'évaluation séinéiotujue exige un tact plus fin et une plus longue fréquentation des malades. L'habitude extérieure comprend l'attitude , le volume du corps ; sa couleur, sa température , son humidité , les diverses éruptions dont les tégumens sont le siège; les modifications si variées et si expressives de la ])hysionomie, etc. : plusieurs de ces phénomènes ont été ou seront exposés aux mots attitude, chaleur, locomotion , transpiration. Nous nous bornerons à présenter ici ceux qui ne doivent pas l'être ailleurs.
i" Des symptômes et des signes fournis par V habitude extérieure en général.
A. Le volume du corps peut augmenter ou diminuer dans beaucoup de maladies.
Les fièvres inflammatoires déterminent une légère intumescence qui devient plus sensible dans le paroxysme ; une intumescence plus marquée a lieu dans le début des maladies exanthématiques. 3Iais quand l'augmentation de volume est considérable , elle est presque toujours le résultat de l'accumulation de graisse ou de sérosité dans le tissu cellulaire , et quelquefois aussi du passage de l'air entre ses lames.
L'accumulation de la graisse et l'augmentation de volume qu'elle produit dans le corps ont été rarement observées dans les maladies ; elles pourraient avoir Heu dans certaines affections qui obligent à garder le repos , sans assujettir à un régime. Cette accumulation seule, sans autre trouble dans les autres fonctions , doit être elle-même considérée comme une maladie quand elle est portée à un degré considérable.
L'augmentation dans le volume du corps est presque toujours, chez l'homme malade, le résultat d'une infiltration de sérosité dans le tissu cellulaire ou lamineux ; ce qui constitue Vanasarque et Vœdème. T'oyez ces mots.
L'augmentation de volume produite par une accumulation de gaz dans le tissu lamineux est au contraire fort rare. Voyez em-
PHVStME.
La diminution de volume du corps est un phénomène trèsfréquent : elle survient quel(|uefois tout à coup, dans les fièvres intermittentes, par exemple; le plus souvent elle a lieu avec lenteur, et constitue Yamaigrissement , symptôme qui peut existera des degrés très différens , depuis la simple maigreur jusqu'au marasme. Dans le cours des maladies aiguës , le corps
diniinue peu de volume; ce n'est ordinairement qu'a l't^poque de la convalescence que cette diminution est bien sensible ; elle devient très-considérable dans les maladies chroniques, et indique toujours alors un grand danger.
B. Dans l'âge de l'accroissement, on observe quelquefois, dans le cours des maladies aiguës et chroniques, un iccroissement en longueur incomparablement plus rapide qu' cehii quia lieu dans l'état de santé. Cette espèce d'élongation subite est généralement un signe fâcheux.
C. l,a. fermeté des chairs mérite une très-grande attention chez les malades. Huxham et plusieurs autres praticiens célèbres ont attaché à ce symptôme toute l'importance qu'il réclame. Elle est conservée ou même augmentée dans la plupart des maladies inflammatoires ; elle diminue sensiblement dans les maladies de langueur ; la flaccidité des chairs est remarquable dans les maladies vraiment adynamiques.
D. La couleur de la peau peut offrir de grandes variétés , à raison du climat , du sexe, de l'âge, des occupations habituelles, etc.; néanmoins il est un leinX. propje à la santé, qui n'échappe pas aux personnes même étrangères à l'art. Il est quelfpies affections légères qui n'influent pas sur la couleur de la peau; mais dans presque toutes les maladies graves cette membrane offre un changement remarquable dans la coloration qui lui est naturelle.
La peau est pâle , blême ou blafarde dans le frisson des fièvres intermittentes; la pâleur est souvent jointe à une demi-transparei^ce dans les scrofules , la chlorose et Thydropisie. — La peau est sale, et comme incrustée d'une matière terreuse dans les fièvres adynamiques, et" souvent aussi dans la phthisie pulmonaire. — Elle est livide avec des nuances variées pendant le frisson , chez les individu replets , dans le scorbut , dans les maladies du cœur et quelques inflammations chroniques du conduit intestinal. Dans la plupart de ces affections, la lividité est plus prononcée dans certaines parties que dans d'autres , aux lèvres, autour des yeux, aux doigts. — La peau est légèrement rosée dans les fièvres inflammatoires et avant le développement des éruptions générales ; elle est d'un rouge trèsprononcé dans la scarlatine. Elle offre une légère teinte yVz«nàtre dans les fièvres bilieuses; elle est d'un jaune terne et mat dans les fièvres intermittentes qui durent depuis un cer-
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tiiin temps; d'un jaune paille ou terreux dans le cancer; d'un jaune citron ou foncé dans l'iclère. — Dans quelques cas fort rares , elle présente une couleur hleue : on désigne sous le nom de cyanose cette coloration singulière. ( Voyez ce mot ). Nous avons vu la peau offrir une teinte verte très- marquée chez un malade qui paraissais avoir une affection du foie. — Elle prend accidentellement , chez quelques individus , une couleur noirâtre , comme cela a lieu dans l'ictère noir. Nous avons soigné pendant plusieurs mois , à l'hôpital de la Charité , un homme naturellement blanc, chez lequel la peau élait devenue presque aussi tioire que celle d'un nègx'e. Plusieurs faits semblables ont été observés et publiés par M. Rostan. Tous les sujets chez lesquels cette coloration a été observée ont succombé. 11 est aussi plusieurs maladies dans lesquelles la peau est nuancée de plusieurs couleurs, marbrée ou parsemée de. taches nombreuses, comme on le voit dans le scorbut, la syphilis, et dans quelques fièvres adynamiques.
E. Les éruptions que présente la peau sont extrêmement variées. Parmi elles , les unes sont considérées comme des phénomènes accidentels: tels sont les pétéchies , les suclamina, le millet, dans les fièvres graves ; les autres forment le principal symptôme de la maladie qui les produit : tels sont les pustules varioleuses, les plaques ortiées, l'exanthème de la rougeole, de l'érysipèle, des dartres, etc.
F. Les plicatures sont le résultat de l'impression que produit sur la peau le contact des vêtemens ou des draps du lit. Elles sont légères, rosées, disparaissent promptement dans l'état de santé. Dans certaines maladies, elles sont profondes, durables, livides, bleuâtres, et quelquefois excoriées. Les vibices ou coups de fouet peuvent être rapportées aux plicatures , bien que , dans quelques cas, elles aient été attribuées à d'autres causes.
G. On voit apparaître, dans le cours des maladies aiguës, sur divers points des tégumens, et surtout dans les régions les ])]us déclives, des taches livides, brunes ou noires , qui sont généralement du plus sinistre pi'ésage. Ces taches ont été confondues par quelques auteurs sous une dénomination commune avec les ecchymoses ( voyez ce mot ) ; mais elles sont le plus souvent le résultat de la stagnation et non de l'extravasalion du sang.
n. Il se forme encore sur diverses parties de la peau, et particulièrement dans les points sur lesquels le corps appuie, comme
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dans la région du sacrum et des troclianters , des excoriations et des escarres. Elles constituent des signes fâcheux dans les maladies aiguës, et bien plus fâcheux encore dans les maladies chroniques. 1° Des symptômes et des signes fournis par chacune des parties extérieures du corps.
A. La tête, examinée dans son ensemble, fournit quelques symptômes assez remarquables sous le rapport de son attitude et de son volume.
Elle est inclinée latéralement dans les convulsions ou la paralysie des muscles cervicaux d'un seul côté, dans le torticolis , dans la luxation des vertèbres , dans certains engorgemens des glandes cervicales; elle est fortement fléchie en arrière dans le croup et dans quelques autres maladies accompagnées de dyspnée; en avant, par l'effet d'une conformation vicieuse des vertèbres.
La partie de la tête qui correspond au crâne fournil plusieurs symptômes iroportans. Son volume est augmenté dans tous les points chez les enfans atteints d'hydrocéphale : l'écartement des sutures est alors un phénomène très-remarquable. Le crâne offre encore des tumeurs développées dans les oi qui le forment, dans les tégumens qui le recouvrent, ou même dans les parties qu'il renferme. Ses tégumens sont le siège spécial de quelques éruptions, telles que les croûtes laiteuses et la teigne.
B. Les symptômes fournis par la face sont extrêmement nombreux : les plus importans et les plus difficiles à exposer sont ceux que présente la physionomie. Chez l'homme bien portant , elle offre dans son ensemble, comme l'a dit le professeur Chaussier, un caractère de vigueur et d'alacrité , et son expression est toujours en harmonie avec les objets environnans. Chez l'homme malade, elle présente une multitude de nuances qu'il serait impossible de décrire. Elle est triste, abattue, inquiète, effrayée, indifférente ou attentive, quelquefois riante, ailleurs menaçante ou égarée , sans qu'aucune circonstance explique ces modifications des traits, qui rentrent tout-à-fait alors dans la classe des phénomènes morbides, et qui annoncent toujours du danger.
Parmi les altérations nombreuses que l'état de maladie peut apporter dans le faciès des individus, il en est quelques-unes qui ont été désignées par des dénominations particulières : telles sont la stupeur (faciès slupida ), la face vnltueuse, grippée.
liippocralique. Il est aussi d'observation que les maladies du cerveau, de la poitrine et du ventre impriment à la face des modifications spéciales, qui permettent quelquefois au médecin de déterminer, à l'inspection des traits, le siège de la maladie.
La stupeur est marquée par le défaut d'expression des traits en général, et des yeux en particulier : le malade paraît étranger à ce qui l'entoure, sans avoir l'air de réfléchir intérieurement à quelque chose : il semble être dans un état d'ivresse. Cette espèce de jihysionomie est propre au typhus.
La face vultueuse est caractérisée par la turgescence et la rubéfaction de cette partie, la saillie des yeux, l'injection des conjontives, la distension des paupières, des lèvres, l'expansion de tous les traits. On l'observe particulièrement dans l'hypertrophie du cœur et dans quelques congestions sanguines vers la tête.
La face grippée, qui appartient spécialement aux phlegmasies aiguës du péritoine, offre des caractères tout opposés : la figure est rapetissée, le teint pâle ou livide , les muscles sont contractés , les traits tirés en haut ou ramenés vers la ligne médiane. L'exposition à un froid rigoureux produit chez l'homme sain quelque chose d'analogue,
La face hippocratique a été ainsi appelée parce qu'Hippocrate a parfaitement bien tracé les traits qui la signalent. On l'observe quelques jours avant la mort chez les sujets qui succombent à des maladies chroniques ou à des affections aiguës qui se pro- }ongent au delà de quelques semaines. Le nez aigu, les yeux enfoncés, les tempes creuses, les oreilles froides et retirées, la peau du front dure, tendue et sèche, la couleur plombée du visage, les lèvres pendantes et relâchées, forment les principaux traits de la face hippocratifiue et annoncent une mort inévitable, quand des causes manifestes, telles que des veilles excessives, un dévoiement opiniâtre, une abstinence prolongée, n'y. ont pas accidentellement donné lieu.
Les maladies qui ont leur siège dans la tète sont loin , sans , doute, d'imprimer à la physionomie un caractère uniforme; il en est de même des maladies de la poitrine et du ventre. Toutefois il est plusieurs affections des organes contenus dans ces cavités, dans lesquelles l'aspect de la physionomie est caractéristique. L'apparence du sommeil, les convulsions. des muscles de la face, la paralysie latérale, l'expression de la fureur ou de la joie, inalquent une lésion primitive ou secondaire du cer-
veau ; la turgescence du visage et du cou , jointe au sifflement de l'air dans le larynx ou aux efforts convulsifs pour avaler ou pour cracher, dénotent clairement une angine. Les maladies du cœur produisent une altération spéciale de la face; et la plitliisie pulmonaire a aussi une expression moins caractéristique sans doute , mais encore assez bien dessinée. La face grippée appartient, comme il a été dit, à la péritonite, et la plupart des maladies organiques de l'abdomen impriment sur les traits du malade un cachet qui les décèle.
M. Jadelot a cru remarquer chez les enfans une correspondance constante entre les maladies de la tête, de la poitrine et du ventre, et certaines altérations de la physionomie, différentes de celles dont il vient d'être question. Voici ce qu'on lit à cet égard dans un ouvrage récemment publié sous les yeux mêmes de ce médecin. Trois traits principaux se remarquent sur la figuie des enfans : le pi-emier part du grand angle de l'œil et va se perdre un peu au-dessous de la saillie formée par l'os de la pommette , on peut le nommer oculo-zYgomatique. Le second commence à la partie supérieure de l'aile du nez, et embrasse, flans un demi-cercle plus ou moins complet, la ligne externe de la commissure des lèvres : c'est le trait nasal , sur lequel en vient tomber quelquefois un autre qui part du milieu de la joue, et qu'on a nommé génal; le dernier commence à l'angle des lèvres, et se perd sur le bas du visage; c'est le trait labial. Le premier est l'indicateur des affections du cerveau et des nerfs; le second et son accessoire signalent celles des viscères abdominaux; le troisième appartient aux maladies du cœur et des organes l'espiratoires. Nous nous abstenons de porter un jugement sur la valeur de ces signes, d'abord parce que nos observations sur ce point de séraéiotique ne sont pas assez nombreuses , et ensuite parce que ces observations ne sont pas conformes à celles de M. Jadelot.
La face fournit encore beaucoup d'autres symptômes relatifs aux changemens survenus dans ses mouveraens, son volume, sa couleur, et aux éruptions qui s'y manifestent.
La face offre des mou\'emens convulsifs ou une immobilité permanente dans quelques maladies nerveuses, des tremblemens passagers dans les fièvres adynamiques. Dans quelques cas de compression cérébrale , la paralysie est bornée aux muscles de cette région.
Le volume de la face augmente ou diminue rarement sans
que le rahne changement s'opère dans le reste du corps ; et il est à rerrarquer que dans les cas où l'augmentation et la diminution du volume portent sur toutes les parties, elles sont ordinairement sensibles à la face, à une époque où elles ne le sont pas encore dans les antres.
La c.okration de la face présente, dans l'état de maladie, quelques modifications qui ne s'étendent pas au reste de la surface cutsnée. La rougeur de la face , par exemple , est un symptôme très-fréquent; elle peut être générale ou être bornée à quelques - unes de ses parties. La face est d'un rouge vif dans les paroxysmes des maladies aiguës ; elle est d'uji rouge foncé et livide dans les accès d'hystérie ou d'épilepsie , et cette circonstance concourt à rendre fort difficile la distinction de ces deux maladie^ : toutefois la face des hystériques est beaucoup moihs hideuse que celle des épileptiques ; et ce signe , comme l'a fait observer M. Landré-Beauvais, est peut-être celui qui a le plus de valeur pour faire discerner ces deux affections. La face peut être aussi le siège d'une rougeur passagère , vulgairement connue sous le nom de feux au visage : on remarque particulièrement ce symptôme chez les femmes qui sont ou mal réglées ou parvenues à l'âge critique. La rougeur occupe les pommettes dans les redoublemens nocturnes de la plupart des maladies chroniques; quelquefois elle est bornée à u-ne seule joue, comme on le voit dans la péripneumonie en particulier; elle dépend alors presque toujours de la situation que le malade garde dans son lit : la joue qui repose sur l'oreiller est constamment plus rouge que celle du côté opposé. — La rougeur vive et circonscrite des pommettes, jointe à la pâleur àe% autres parties, est un symptôme fréquent d.ans les affections scrofuleuses. La couleur jaune ^ qui caractérise l'ictère, est ordinairement sensible à la face avant de l'être ailleurs; elle y est encore apparente lorsqu'elle a complètement cessé de l'être sur le reste du corps. Dans quelques maladies bilieuses , la teinte jaunâtre est bornée aux commissures des lèvres et aux ailes du nez.
Il est peu à'éruptions qui soient propres à la face : cependant le front est souvent , dans la jeunesse, le siège de boutons qui ne se passent que vers la vingt-cinquième année ; les lèvres offrent fréquemment une éruption croùteuse qui se renouvelle souvent chez les enfans, et qui, chez les adultes, se montre quelquefois au déclin des fièvres éphémères.
Les diverses parties de la face fournissent aussi un grand nombre de symptômes : nous allons les ëriumérer le plus succinctement possible.
Les jé'w.r, dans l'état de santé, sont médiocrement saillans et humectés, vifs, brillans; ils se meuvent avec facilité, et se dirigent l'un et l'autre vers le même objet ; le blanc ce l'œil est lisse, sans stries, sans teinte étrangère; la pupille se dilate et se rétrécit d'une manière prompte et égale dans les deux yeux; les ])aupières minces, très-mobiles, également écartées pendant la veille, recouvrent entièrement l'œil pendant le sommeil; les sourcils sont un ])eu relevés. Dans l'élat de maladie, le globe de l'œil, et les parties qui le protègent, présentent des cbangemens remarquables.
Ceux qu'on observe dans les mouveme.is du globe oculaire sont presque toujours lié» à une lésion primitive ou secondaire de l'encéphale. Les yeux &onl /ixes dans la catalepsie, dans l'extase des mélancoliques; ils sont agités de convidsions dans l'hydrocéphale des enfcins; le strabisme ou la divergence des axes optiques, quand il survient accidentellement, est également presque toujours l'effet d'une maladie du cerveau.
Le volume An globe de l'œil paraît augmenté (œil proéminent) dans certaines fièvres inflammatoires, et surtout dans le cas où un obstacle quelconque s'oppose au cours du sang veineux dans les vaisseaux du cou, dans les angines graves, par exemple, et dans l'asphyxie par strangulation; le volume de l'œil parait diminué, au contraire, lorsque le tissu cellulaire graisseux du fond de l'orbite devient moins abondant. L'ouverture inégale des paupières fait aussi quelquefois paraître un des yeux plus volumineux que l'autre. Mais, dans tous ces cas, leur volume réel reste à peu près le même. Il augmente véritablement dans l'inflammation interne de l'œil et dans l'hydroplithalmie ; il diminue dans l'atrophie qui succède à différentes maladies de cet organe, aux plaies et à certaines opérations.
La cornée fournit peu de signes importans dans les maladies dont elle n'est pas exclusivement le siège : elle devient quelquefois terne dans la dernière période des maladies aiguës ; ce signe indique toujours une mort prochaine.
Les mouvemens de la pupille peuvent être troublés de diverses manières. Quelquefois cette ouverture offre une dilatation f onsidérable , quoiqu'elle soit exposée à une vive lumière , ou
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bien elle ne se rétrécit que fort peu et avec beaucoup de lenteur, comme on le voit dans les affections comateuses; ailleurs elle est immobile , comme dans l'amaurose; quelquefois elle présente dans les deux yeux une largeur inégale, soit parce qu'ils ne sont pas doaés de la même force , soit à raison d'une comjiression exercé* sur un des côtés du cerveau; sa forme devient irrégulière dans les maladies de l'iris ; cette irrégularité a quelquefois lieu dais les maladies vermineuses, d'après l'observation de M. Jadelot.
Le cristallin ainsi que la capsule deviennent opaques dans la cataracte ; l'humeur aqueuse et l'humeur vitrée offrent aussi des altérations de couleur dans l'hypopyon et le glaucome.
Les parties comprises par Haller, sous la dénomination de tutamina oculi , présentent chez l'homme malade de nombreuses altéKitions.
Les paupières offrent quelquefois , làans la manie et l'idiotisme, des raouvemens rapides et répétés, un clignotement perpétuel; d'autres fois elles ne se meuvent qu'avec une lenteur extrême , cornme cela a lieu dans les fièvres graves. Elles sont pesantes dans la céphalalgie , suivant l'expression de quelques malades; elles sont constamment rapprochées dans les affections comateuses : dans certaines ophthalmies, leur rapprochement est accompagné d'une forte contraction des muscles ; elles sont , chez quelques malades, entr'ouvertes pendant le sommeil; chez d'autres, pendant la veille, elles sont inégalement écartées à droite et à gauche, comme on le voit dans l'hémicrànie, l'hémiplégie, et dans quelques affections aiguës du cerveau. Le volume des paupières augmente avec celui des parties voisines dans l'érysipèle et l'œdème; le gonflement y est, en général, plus considérable, à raison , sans doute, de la laxité du tissu cellulaire qui entre dans leur structure. La coloration des paupières est ordinairement analogue à celle de la face; leurs bords libres sont rougeâtres et tuméfiés dans l'ophthalmie chronique; ils sont renversés en dedans ou en dehors dans quelques maladies dont elles sont le siège. Leurs bords adhérens , et surtout celui de la paupière inférieure, sont souvent marqués par une ligne bleuâtre : on dit alors que les yeux sont cernés. Ce phénomène a lieu chez beaucoup de femmes pendant la menstruation ; dans les deux sexes, les veilles, les fatigues, les évacuations excessives peuvent le produire.
La cotjjoncth'e devient plus humide et ordinainment plus rouge dans les fièvres éruptives et dans le typhus. Son humidilé naturelle paraît quelquefois diminuée : on dit alors que les yeux sont secs ; elle se gonfle à des degrés divers dans l'inflammation. Dans quelques cas, le mucus qu'elle exhale forme des stries blanchâtres sur le globe de l'œil : les yeui sont alors pulvérulent.
La caroncule lacrymale fournit peu de symptômes importans; elle est d'un rouge vif dans les maladies inflammatoires, et devient pâle dans les maladies chroniques. Queloues auteurs ont considéré la pâleur de ce petit organe comme un symptôme qui accompagne constamment l'hydropisie; mais celte assertion est inexacte.
Les sourcils sont relevés dans le délire furieux des fébricitans et des maniaques , déprimés dans la mélancolie et la céphalalgie intense. Ils s'élèvent et s'abaissent alternativement pendant l'inspiration et l'expiration dans quelques maladies accompagnées d'nne gêne considérable de la respiration. Quelquefois ces mouvemens alternatifs ont lieu seulement dans un des sourcils , tandis que l'autre reste immobile.
Le front , dans l'état de santé , est ordinairement uni et serein ; il concourt à l'expression de la face , et devient ridé dans les maladies douloureuses et convulsives ; il offre quelquefois des boutons et des exostoses dans les affections syphilitiques invétérées.
Les tempes, pleines et unies dans l'état naturel, deviennent concaves vers la fin des maladies aiguës ou chroniques. On a observé que leurs artères superficielles offraient des battemens plus manifestes dans les maladies où l'impulbion du sang vers la tête est augmentée.
Les joues, fermes et arrondies chez l'homme sain, plus colorées aux pommelles qu'ailleurs, peuvent être, chez l'homme malade, frappées de paralysie ou agitées de mouvemens convuî- «ifs; elles sont flasques dans le premier cas, très-dures dans le second ; l'une d'elles ou toutes deux augmentent de volume dans les fluxions, dans l'odontalgie, dans quelques affections des sinus maxillaires. Elles sont quelquefois parsemées de plaques ou de pustules rouges et persistantes, désignées sous le nom de couperose. Foyez ce mot.
Le nez , qui concourt peu à l'expression de la face, ne fournit
qu'un très-petit nombre de symptômes. On a quelquefois observé qu'il était dévié à droite ou à gauche avant les convulsions, et rouge avant l'épistaxis ; il est gonflé et luisant au début d'un érysipèle qui ne s'étend pas encore au reste de la -face. Il s'effile par degrés vers la fin des maladies aiguës et des maladies chroniques: son extrémité devient livide et gangreneuse dans quelques fièvres adynamiques.
Les narines mirh^nt aussi quelque attention : leur dilatation est rapide et coiivulsive au moment de l'inspiration, dans les affections où la gêne de la respiration est considérable; mais quand la faiblesse est portée au plus haut degré, elles sont au contraire resserrées ; elles présentent aussi un amas de mucus noirâtre dans le cours des fièvres graves, une éruption croùleuse au déclin de quelques maladies légères, et des gerçures habituelles ou fréquentes chez les erifans scrofuleux. Les tumeurs développées dans les fosses nasales peuvent être aperçues par les narines; dans quelques cas, elles font saillie au travers de ces ouvertures.
Les lèvres , chez l'homme sain , sont libres et souples dans leurs mouvemens ; dans le repos, elles sont rapprochées , fermes, soutenues par l'action de leurs muscles; leurs bords sont lisses, arrondis, et d'une couleur rosée. Dans la maladie elles offrent des altérations fort importantes.
Elles sont pendantes dans les fièvres adynamiques, et dans l'agonie de diverses affections, très-éloignées l'une de l'autre dans la luxation de la mâchoire inférieure en avant, serrées et contractées dans les grandes douleurs, tremblantes dans quelques maladies nerveuses; elles sont tout à coup poussées en avant et bi'usquement écartées au moment de l'expiration, dans quelques apoplexies mortelles : on dit alors que le malade fume la pipe. Les lèvres sont entraînées à droite ou à gauche lorsqu'un des côtés de la face est affecté de paralysie ou de convulsion; dans ce dernier cas., on donne au symptôme dont il s'agit le nom de spasme cynique. Quand les deux commissures sont entraînées en sens contraire , c'est le riie sardoniqtie.
Le gonflement des lèvres, celui de la lèvre supérieure en prirticulier , est un des traits caractéristiques de la constitution scrofuleuse.
Leur couleur est rouge et vermeille dans les maladies inflammatoires; pâle dans la chlorose et l'hydropisie , bleuâlrc dans
le frisson des fièvres intermittentes et dans les lésions organiques du cœur.
Les lèvres sont sèclies, ordinairement lisses, quelquefois fendillées ou couvertes d'un enduit sec et noirâtre dans les affections accompagnées d'un mouvement fébrile très-intense.
Le menton participe aux cliangemens qui surviennent à la face ; i! en est peu qui lui soient particuliers : seulement il est éloigné de l'axe du corps, dans la luxation d'un des côtés de la mâchoire. Il est souvent déformé dans la fracture de cet os. Il est aussi, dans quelques cas, le siège d'une éruption dartreuse , qu'on a désignée sous le nom de menlagra.
Les régions parotidicnnes offrent , dans quelques affections, un gonflement remarquable qui peut avoir son siège dans ces glandes elles-mêmes ou dans le tissu cellulaire qui les recouvre. Ce symptôme, qu'i se montre dans le typhus et dans plusieurs autres maladies aiguës, soit dans leur commencement, soit vers leur terminaison , appelle toute l'attention du médecin. On le désigne communément sous le nom de parotides. On s'accorde assez généralement à regarder ce phénomène comme fâcheux lorsqu'il paraît dans les premiers jours de la maladie, et comme favorable lorsqu'il se montre vers le déclin.
Les oreilles sont pâles et froides dans le fi-isson des fièvres intermittentes ; elles sont rouges et bridantes dans le paroxysme de presque toutes les maladies fébriles , et surtout de celles qui sont accompagnées de congestion sanguine vers la tête. Le conduit auditif externe peut être le siège de divers écoulemens : il en sort du mucus, du pus, du sang, et, dans certains cas, des fragmens osseux. Dans quelques affections, l'air qui pénètre dans la cavité du tympan par la trompe d'Eustache peut sortir avec assez de force pour agiter une lumière placée dans la direction du conduit auditif, ou pour produire une espèce de gargouillement en dC mêlant au pus qu'il entraîne.
La chute des cheveux a lieu dans quelques maladies, et peut quelquefois éclairer le diagnostic. ( /^ojé-z alopécie, teigne. ) Lei:v aspect particulier fournit aussi quelques signes. Voyez
TEIGNE et PLIQUE.
C. Le cou augmente de volume dans quelques angines, dans le goitre; il diminue avec les autres parties dans l'amaigrissement générai , et sa longueur paraît alors plus considérable. La distension des veines superficielles du cou, des jugulaires extcr-
ties , le reflux ondulatoire du sang dans ces vaisseaux , depuis la clavicule, où il est très-apparent , jusqu'au voisinage de la mâchoire, oii il cesse de l'être, ont ordinairement lieu dans l'ané vrysme des cavités droites du cœur. Les pulsations des artères carotides sont très -manifestes dans l'anévrysme actif du ventricule gauche ; elles précèdent quelquefois le délire dans les maladies aiguës. Le gonflement des glandes lymphatiques est aussi un des symptômes les plus importans que présente la région cervicale. Les tumeurs formées par ces glandes sont molles, régulièrement arrondies ou ovalaires , mobiles, distinctes, douloureuses , dans l'inflammation aiguë ou chronique ; elles sont dures, le plus souvent bosselées , réunies en cliapelet , adhérentes, peu douloureuses dans les scrofules.
D. La poitrine , qui doit offrir chez l'homme sain une grandeur proportionnée à la stature et à la foi"ce du corps, est étroite et plate dans la phthisie pulmonaire, large et bombée dans les anévrysmes du cœur, contournée dans le racliifis ; ses tégumens deviennent très-minces dans les maladies chroniques : dans la phthisie, ils forment, entre les cotes qui les soutiennent, des enfoncemens profonds. Dans l'empyèrae , au contraire , on observe quelquefois une saillie plus prononcée dans les espaces intercostaux qu'aux endroits qui correspondent aux côtes. Cette disposition particulière n'est appréciable qu'autant que les tégumens ont peu d'épaisseur. Il est un certain nombre de cas pathologiques dans lesquels un des côtés de la poitrlne^st plus volumineux que l'autre : cette disposition peut dépendre de deux causes opposées, de l'agrandissement d'un des côtés, ou du rétrécissement de l'autre; en sorte que tantôt c'est dans le côté le plus large, et tantôt dans le côté le plus étroit que le mal a son siège. L'agrandissement est le résultat d'une accumulation de liquide, et quelquefois de gaz dans la poitrine; le rétrécissement est toujours consécutif à la résorption d'un ép.-inchement, et , par le même motif, à l'agrandissement du même côté : le poumon , qui a été comprimé pendant un certain temps, ne reprend plus son volume, et les parois de la poitrine, en se rapprochant de ce viscère , perdent nécessairement une partie de leur ampleur.
Les mamelles présentent aussi quelques symptômes dont il sera question ailleurs.
I,es épaules sont ordinairement élevées et saillantes chez les
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phtliisiques. La saillie d'une des vertèbres dorsales est le symptôme le plus important du mal de Pott. Dans l'iiydrorachis , l'œil distingue, sur la région vertébrale, une tumeur molle, fluctuante, quelquefois pellucide , et le toucher fait connaître l'absence d'une ou de plusieurs apophyses épineuses. L'excavation de la partie inférieure du sternum , qu'on observe chez quelques individus, n'est pas le résultat d'une maladie, mais quelquefois d'une conformation vicieuse, et le plus souvent de la pression exercée habituellement par les instrumens dont ils font usage : celte difformité est très-fréquente chez les cordonniers.
La poitrine présente quelquefois, mais très -rarement, dans le cas d'épanchement pleuiétique , une fluctuation sensible au toucher ou appréciable par l'ouïe : ce n'est que dans le cas où cette cavité contient à la fois de la sérosité et de l'air que peut-être produit le bruit propre à un liquide agité dans un vase.
L'exploration de la poitrine par la percussion et l'auscultation fournit encore d'autres phénomènes qui ne doivent pas être exposés ici. Voyez auscultation, percussion.
E. \lahdomen, dans l'état de santé, a un volume variable, selon les individus, et une résonnance médiocre; il est ferme sans dureté, et souple sans mollesse.
Le volume du ventre peut augmenter ou diminuer dans l'état de maladie: son augmentation peut être partielle ou générale. Dans ce dernier cas, elle est presque toujours due aux gaz accumulés dans le conduit digestif, ou à la .sérosité épanchée dans le péritoine. L'accumulation de gaz dans les intestins augmente !e Tolunie et le résonnement du ventre, produit le météorisme, le ballonnement ou la lympanite.(Aoj. ces mots.) L'accumulation de sérosité augmente le volume, et diminue la résonnance de l'abdomen. ( Voyez ASciTE. ) Dans quelques cas, cette augmentation de volume dépend à la fois de l'épanchement de sérosité dans le péritoine, et de l'accumulation de gaz dans le conduit digestif : on distingue alors la fluctuation à la partie la plus déclive, où le son est mat, tandis que, dans la région sus- ombilicale , la résonnance est plus claire que dans l'état de santé.
Le -ventre est fréquemment le siège d'un gonflement partiel. I.,es hypochondres sont tuméfiés dans les maladies du foie et de la rate. On observe tous les jouis le gonflement de la région
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ëpigastrique dans l'iiystérie ; la vessie, distendue par l'urine, forme à l'hypogastre une tumeur ovoïde qui s'élève quelquefois jusqu'au nombril. Les intestins, l'estomac, les ovaires, les glandes mésentériques, forment aussi, dans diverses régions du ventre, des tumeurs plus ou moins distinctes au toucher, et quelquefois à la vue. Il en est de même des kystes, qui se développent dans cette cavité, etc. Ces diverses tumeurs sont quelquefois très- apparentes ; d'autres fois elles ne se montrent que par une rénitence obscure et profonde. Les intersections des muscles droits en ont souvent imposé pour des tumeurs développées dans l'abdomen : il est important d'être en garde contre une semblable erreur. 11 y a moins d'inconvéniens pour le diagnostic à ne pas distinguer une tumeur qui existe qu'à en reconnaître une là où il n'y en a ]ias.
La diir.inutlon dans le volume du ventre peut également être générale ou partielle.
Le ventre diminue de volume dans beaucoup de maladies chroniques, par l'effet de l'amaigrissement générah 1! diminue promptement, mais d'une manière bien moins marquée dans quelques affections aiguës , dans les violentes coliques, dans celle qui est produite par les métaux, et dans le début de quelques péritonites. Dans les fièvres adynamiques , dans l'inflammation du péritoine, le ventre s'affaisse souvent peu de temps avant la mort : on observe même quelquefois un phénomène semblable dans l'hyilropisie de cette cavité. Le ventre diminue et augmente alternativement de volume dans quelques affections, et particulièrement dans le squirrhe des ,<;ros intestins. La diminution partielle du ventre est fort rare : elle est relative plutôt qu'absolue, et surcède ordinairement au gonflement. Telle est celle qu'on observe à l'épigastre dans quelques affections nerveuses; à l'hypogastre, après l'excrétion de l'urine long -temps retenue; dans les hypocondres, lorsqu'un engorgement du foie ou de la rate se termine favorablement. Toutefois une diminution réelle a lieu dans quehpjes cas assez rares. Telle est la dépression de l'épi^asire et du flanc gauclie, quia lieu lor-^que l'estomac ou la rate abandonnent ces régions, et se rapprochent de l'hypogastre: Morgagni en a cité plusieurs exemples.
La fermeté du ventre est généralement en rapport avec son volume ; l'un et l'autre augmentent et diminuent simultané-