HÉ M
chirurgiens à faire des ouvertures dans la persuasion où ils étaient de la présence d'un liquide. Quelquefois la compression fait sentir au malade une sensation semblable à celle qui résulte d'un déchirement de fii)res musculaires. La peau , distendue outre mesure par le développement successif de la tumeur, rougit ou devient livide et bleuâtre, s'amincit, s'ouvre et livre passage d'abord à une plus ou moins grande quantité de sang noirâtre, ou de sérosité sanguine, et ensuite à une sorte de champignon ou fongus noirâtre, qui devient la source d'hémorrhagies répétées et plus ou moins abondantes. Ce champignon dépasse de plus en plus le niveau de l'ouverture qu'il a traversée, et présente une tumeur d'un aspect hideux et repoussant; les bords de l'ouverture deviennent rouges, gonflés, une sanie fétide s'en écoule, ainsi que du fongus ; les douleurs deviennent de plus en plus aiguës , et sont quelquefois atroces. Les glandes lymphatiques voisines s'engorgent , et sont quelquefois envahies par la maladie. La fièvre hectique, une diarrhée colliquative surviennent, et le malade succombe épuisé par sa continuité , la violence des douleurs , par l'abondance et la fréquence des hémorrhagies.
Si on a l'occasion d'examiner la tumeur ,on]a trouve composée d'une substance molle, blanchâtre, grisâtre , rouge, brunâtre, et assez semblable à la pulpe médullaire du cerveau. Elle est environnée le plus souvent d'un kyste commun; dans son intérieur sont agglomérés un grand nombre de kystes dont la disposition est quelquefois semblable à celles des grains de raisins sur leur grappe ; ces kystes fibro-celluleux contiennent un liquide sanguinolent, un sang noir demi-coagulé, ou une matière noire comme l'enduit de la choroïde; leurs parc»is sont parcourues par des vaisseaux sanguins qui ont pu être injectés. On voit souvent ces tumeurs enfoncées entre les muscles qui sont amincis , de la couleur du foie, grisâtres ou brunâtres. On a suivi même leurs prolongemens dans le tissu osseux qu'elles avaient perforé. L'artère principale a toujours été trouvée saine. Else et Bradley ont cité deux cas dans lesquels ils ont ohseivé une dilatation et une perforation à une veine volumineuse au niveau de la tumeur. Ils sont même portés à penser d'après ces faits que le plus souvent le fungus hématode doit dépendre de cette altération, et constituer alors un véritable anévrysme veineux.
On voit que cette maladie est tout-à-fait différente de celle
570 HÉM
qui a été décrite par J. L. Petit et parle professeur Boyer, sous les noms de fongus sanguin, de tumeur variqueuse, et par d'autres chirurgiens sous ceux d'anévrysme par anastomose, d'anévrysme des petites artères, de télangiectasie, d'anévrysme de Pot t.
Cette affection est très-grave. Abandon née à elle-même , elle occasione constamment la mort des malades. Attaquée par les caustiques , elle s'exaspère et fait des progrès rapides. Si on se trompe sur son caractère , et qu'on se borne à faire une ponctioti ou une incision dans la tumeur, il n'en sort que du sang noirâtre ou de la sérosité sanguinolente , et la plaie ne farde pas à donner issue à un champignon hideux et fétide. L'exiirpation de ce cancer fongueux, faite de très-bonne heure, offre seule quelques chances de succès. Il ne faudrait pas hésiter à appliquer 'lardiment le fer rouge sur la plaie , si l'on pouvait soupçonner que quelques portions du mal aient échappé à l'instrument tranchant. Mais malgré toutes les précautions que l'on peut prendre, il arrive souvent que la maladie se reproduit dans le même lieu , ou dans les glandes lymphatiques du voisinage.