‹ Dictionnaire de médecine usuelle (volume 2)Chapitre 103 sur 316 · ATT · texte numérisé non relu

ATT

Pour diminuer certaines tumeurs, l’art, en mettant en usage la compression de la tumeur, ou la compression et même la ligature de 1 artère , a réellement recours à un moyen atrophiant.

Pour arrêter, au contraire, les effets du marasme produit par des pertes ou des écoulements, on a fait usage des moyens qui arrêtent ces flux extraordinaires. Le médecin praticien usera de l’action de l’art sur la cause et les effets de l’atrophie souvent avec puissance et succès; mais souvent aussi sans résultat heureux. Sanson Alphonse.

atropine. Y. au Supplément.

attaque ( path .), s. f. On l’emploie en termes de médecine pour indiquer l’invasion brusque de quelques maladies ou de certains symptômes; ainsi on dit une attaque d’hystérie , d’épilepsie , de goutte , d’apoplexie. (V. ces mots.) On a donné aussi le nom d 'attaque de nerfs à des phénomènes spasmodiques qui se manifestent souvent chez les personnes douées d’un tempérament irritable et d’une grande susceptibilité nerveuse. Les femmes , surtout celles qui sont entourées de toutes les jouissances du luxe et soumises à l’excitation des plaisirs, sont plus souvent affectées de cette maladie. (V. Spasmes.) J. B.

attelle (cMr.), s. f. On donne ce nom à des lames de bois longues et étroites qui servent à maintenir un membre fracturé dans sa position naturelle. Les attelles dont on se sert pour maintenir les fractures ne sont pas toutes en bois; on en emploie en fer-blanc et en carton, suivant les endroits où elles sont placées et les fonctions qu’elles doivent remplir. C’est au chirurgien à distinguer les cas dans lesquels il est convenable de modifier la forme et le nombre des attelles , ainsi que la matière avec laquelle elles doivent être faites. (Y. Fracture.) J. B.

attitude (physiol.), s.f. Ce mot désigne, en général, toutes les positions que peut prendre le corps de l'homme : parmi celles-ci, les unes sont habituelles , d’autres ne sont qu’accidentelles ; la fatigue qui les accompagne ne permettant pas de les garder long-temps.

Comme condition indispensable à toute espèce d’attitude , il faut qu’il y ait équilibre , c’est-àdire que la verticale qui passe par le centre de gravité du corps tombe perpendiculairement sur un des points de la base de sustentation ; ce dernier nom est celui que l’on donne au plan circonscrit qui sert à soutenir le corps; ainsi, par exemple, dans la station debout, la base de sustentation est l’espace occupé et embrassé par les deux pieds; dans la station debout sur un seul pied, cette base n’est plus que l’espace occupé par le pied qui sert d’appui. Toutes les fois que la verticale menée du centre de gravité tombe en dehors de cet espace , il y a tendance à la chute , quels que soient d’ailleurs les efforts que l’on fasse. 11 est aussi facile de concevoir que plus la base de sustentation sera large, plus l’équilibre sera ferme et stable. On peut distinguer les attitudes en actives ou passives, suivant qu’elles exigent ou non des ef-

forts et le concours des muscles pour leur main tien. Une attitude toul-à-fait passive est celle du coucher, ou du decubitus; le corps est alors dans un repos parfait : c’est aussi l’attitude que l’on choisit pour se livrer au sommeil; il n’est besoin, en effet, d’aucun effort pour garder l’équilibre; les membres prennent une demi-flexion qui met les muscles dans un état complet de relâchement. Cette dernière circonstance lient à ce que les puissances musculaires qui fléchissent l’emportent un peu en force sur celles qui servent à l’extension.

L’attitude debout ou la station exige au contraire de grands et continuels efforts, ce qui la rend très-fatigante ; comme on le sait , elle est particulière à l’homme et le caractérise; les ours , les singes, et d’autres animaux peuvent bien se tenir quelque temps sur deux pieds , mais ils quittent bientôt cette position fatigante pour eux, et étrangère à leur organisation ; chez l’homme , tout est disposé pour que cette attitude soit habituelle : ses pieds présentent une large surface; il est vrai que son centre de gravité est disposé de telle sorte, que le tronc tend à tomber en avant, en faisant fléchir les articulations des membres inférieurs ; mais la nature y a pourvu en disposant au mollet et aux fesses des muscles puissants qui s’opposent à toute flexion; aussi ces deux saillies ne sont-elles bien prononcées que dans l’espècehumaine.D’autres considérations tirées de la forme de la face, de la direction des yeux, etc., ne permettent pas de douter que la station bipède ne soit entrée primitivement dans le plan de l’organisation de l’homme. Des philosophes n’en ont pas moins soutenu sérieusement que celui-ci avait d’abord marché en s’appuyant sur les quatre membres , et que plus tard en se perfectionnant , et par suite de la civilisation , il était parvenu à ne se soutenir que sur deux pieds ; mais, comme le remarque Haller, on n’a jamais eu d’exemple de peuples sauvages ou non , qui aient gardé habituellement la station quadrupède.

L’attitude assis semble tenir le milieu entre la station et la position horizontale; les jambes et les cuisses ne se fatiguent pas, mais des efforts sont nécessaires pour maintenir le tronc et la tête dans la rectitude; lorsque l’on repose sur un siège à large dossier la fatigue diminue beaucoup: et celle qu’on éprouve tient surtout à la pression qu’exerce encore la partie supérieure du troaesur les parties inférieures.

L’attitude à genoux est très-gênante ; l'équilibre y est de plus très-instable ; la base de sustentation se termine au devant des genoux, et, pour peu que le corps se penche en avant , la verticale du centre de gravité sort de la base , et la chute est inévitable.

Considérées sous le rapport de leur influence sur la santé , les attitudes présentent encore de ! l’intérêt: dans la station, le sang, par son pro- | pre poids, tend à se porter dans les membres ! inférieurs et à y séjourner; de là, les varices,

^ les ulcères aux jambes , si communs chez les individus que leur profession oblige à se tenir long- 1 temps debout ; tels sont les imprimeurs , les ser-

AUD

AUD

ruricrs , etc. ; une des conditions indispensables pour la guérison est alors la position horizontale; les personnes affaiblies ou atteintes d’affections du cœur ont très-souvent les pieds enflés le soir ; le matin, au lever, l’enflure a disparu.

Relativement à l’éducation physique des jeunes enfants, il faut prendre certaines précautions concernant la station ; ainsi il faut se garder de les faire marcher trop tôt, surtout s’ils ont quelques dispositions aux scrofules et au rachitisme ; leur colonne verlébrale, trop faible, peut se dévier et former une gibbosité ; sous la même influence , on voit les os des jambes et des cuisses s’infléchir et se courber et constituer ce que l’on appelle les genoux cagneux.

L’attitude assis prédispose les gens de cabinet aux hémon hordes; on attribue la fréquence des hernies, observées autrefois dans les couvents, à la position à genoux que gardaient long-temps les moines. Dans l’attitude horizontale , le sang cesse d’avoir de la tendance à se porter aux extrémités inférieures , il ne remonte plus au cerveau contre son propre poids ; il en résulte que les vieillards qui restent trop longtemps au lit sont plus exposés aux attaques d’apoplexie ; cette même remarque explique pourquoi l’on doit coucher horizontalement ,et la tête très-basse, les personnes qui se trouvent mal pendant la saignée; car l’on facilite ainsi l’abord du sang au cerveau , dont les fonctions étaient troublées parsuitede la soustraction du liquide destiné aie stimuler et à y entretenir la vie. J.-P. Beaudjî.

auditif (anal.), adj., qui a rapport à l’audition. On distingue deux conduits auditifs , l’un externe et l’autre interne, des trous , des nerfs et des vaisseaux auditifs. (V. Audition.) J. B.

audition (physiol.), s. f. (de auditio, audire, entendre).C’est l'impression que le bruit et les sons produisent sur notre oreille.

De l’organe de t’ouïe. Obligé d’en donner une description fort courte, je me servirai d’expressions métaphoriques qui , j’en ai l’espérance , me rendront plus intelligible.

L’oreille se compose successivement, de dehors en dedans, de trois séries de pièces ou appartements distincts: 1» de l’oreille externe qui sert de pièce d’entrée à l’édifice; 2° de l’oreille moyenne qui en fait le second appartement ; 3° de l’oreille interne ou labyrinthe qui en forme le troisième appartement et le plus reculé.

L’oreille externe comprend le pavillon de l’oreille et son conduit. Le pavillon est l’oreille proprement dite delà langue vulgaire. C’est une sorte de cornet très-imparfait, légèrement concave en dehors quand il n’est pas aplati par nos coiffures , libre quasi par toute sa circonférence et tenant à la tête par un pédicule assez large. Sa surface tournée en dehors est irrégulière et offre plusieurs éminences et plusieurs enfoncements : L’hélix, repli qui borde l’oreille et est accompagné d’un sillon; Vanthélix, saillie demi- circulaire qui est entourée par l’hélix et qui circonscrit luimême la cavité profonde de la conque ; le tragus, petite éminence triangulaire qui, formant en avant

i la circonférence de la conque , semble s'avancer dans sa cavité; l’antitragus , éminence opposée qui, se portant vers la précédente, resserre l’ouverture de la conque; l’ouverture du conduit auriculaire qui occupe le fond de la conque et en dedans du tragus par lequel elle semble protégée ; enfin le lobule qui termine l’oreille en bas, et permet d’y suspendre des objets de parure. Le conduit auciiiif ou auriculaire pénètre à un pouce environ de profondeur en se courbant légèrement en arc,et finit à la membrane du lyrnpan qui en forme le fond.

Le pavillon est formé d’une peau mince , trèsadhérente , qui est garnie de poils au tragus et à l’antitragus ; d’un cartilage élastique de la même j forme à peu près que le pavillon , et qui est fixé à ! la tête de plusieurs manières ; par des adhérences I à l’occipito-frontal , seul capable de lui imprimer ! des mouvements sensibles, chez l'homme; et par ! cinq petits muscles répandus sur plusieurs points ; du cartilage qui paraissent plus propres à lui imprimer une certaine tension qu’à le mouvoir.

Le deuxième appartement, l’oreille moyenne, qui est au-delà de la longue galerie d’entrée qui forme le conduit auriculaire, se compose de plusieurs pièces; la caisse et les cellules mastoïdiennes et la trompe d’Eustache. La caisse est ainsi appelée parce qu elle est fermée par une membrane tendue comme la peau qui ferme la caisse d’un tambour. C’est un petit espace arrondi qui ressemble assez bien à la cavité d’une boîte de montre etqui est placé au fond du conduit auriculaire, comme la montre qu’on applique a plat sur l’oreille pour en écouter le mouvement. Supposez que le verre en soit tourné en dehors, et il représentera la membrane du tympanqui est tournée en dehors et ferme la caisse au fond du conduit auriculaire. La paroi externe de la caisse est formée, dans presque toute son étendue, par cette membrane; l’interne est tout entière osseuse, excepté auxendroiîs où elle est percée par les deux ouvertures appelées fenêtre ovale et fenêtre ronde. Ces deux ouvertures communiquent dans le troisième appartement, mais elles sont fermées aussi , la première par un petit os connu sous le nom d’étrier, la seconde par une membrane particulière. La circonférence delà caisse présente en avant un canal pour le muscle du marteau, un second pour la trompe d’Eustache , ainsi appelée parce que son orifice, ouvert dans la gorge, est évasé comme celui d une trompette. Elle offre en arrière une ouverture qui conduit aux celiules mastoïdiennes.

La caisse est tapissée par une membrane trèsmince qui se prolonge dans la gorge par la trompe d’Eustache, et dans les cellules u astoïdiennespar leur ouverture. Dans l’état sain elle est remplie par de l’air et elle renferme une chaîne d’osselets formant un levier coudé analogue au mouvement d’une sonnette. Le levier a une branche verticale appliquée contre la moitié supérieure du disque de la membrane du tympan, et une branche horizontale qui traverse la cavité de la caisse de dehors au dedans. Ces osselets sont fixés sous la caisse et les uns aux autres parla membrane muqueuse et de petits ligaments presque impercep-

AUD

blés. Le petit muscle du marteau porte en dedans l’extrémité inférieure de l’osselet de ce nom et le centre de la membrane du tympan à laquelle il adhère.

Le labyrinthe , troisième appartement plus reculé encore que l’oreille moyenne, se compose de trois pièces différentes situées l’une devant l’autre. L’antérieure est le limaçon, la postérieure l’ensemble des canaux demi-circulaires, l’intermédiaire est appelée vestibule, parce que les autres s’y ouvrent comme les portes de plusieurs pièces dans un vestibule.

Le limaçon ressemble très-bien à la coquille d’un limaçon dont la cavité intérieure serait partagée par une cloison ou laine spirale en deux rampes ou galeriesintérieures, égalementspirales, communiquant l’une avec l’autre au sommet et en dedans de la coquille , tandis qu’à la base au contraire l’une des rampes aboutit au vestibule et se nomme rampe vestibulaire , l’autre a la fenêtre ronde de la caisse du tympan fermée par une membrane et se nomme rampe tympanique.

Le vestibule est une petite cavité irrégulièrement arrondie où débouchent la rampe vestibulaire du limaçon, les canaux demi-circulaires et la fenêtre ovale. Ces canaux toujours au nombre de trois, dansles animaux où on les observe, s’ouvrant dans la partie postérieure du vestibule , s’en éloignent en arrière , puis reviennent s’y ouvrir encore après avoir décrit un demi-cercle.

Le labyrinthe renferme un périoste très-fin chez l’adulte , le labyrinthe membraneux , la périlymphe , les otoconies, et les extrémités du nerf auditif.

Le périoste tapisse tout le labyrinthe ; lapérilympheestun liquide aqueux au sein duquel flotte suspendu le labyrinthe membraneux. Celui-ci se compose de deux petites poches situées dans le vestibule et des tubes semi-circulaires avec une ampoule à l’une de leurs extrémités. Ce petit appareil membraneux est rempli d’une liqueur transparente, c’est l’endolymphe. Les deux poches vestibulaires renferment en outre deux petits amas de poudre blanche (otoconies de M. Breschet), qui sont d’un grand intérêt scientifique parce que ce sont les analogues de pierres beaucoup plus considérables que l’on trouve dans le labyrinthe membraneux des poissons. Les extrémités du nerf auditif pénétrent dans le labyrinthe pour s’épanouir dans le limaçon et sur les sacs vestibulaires où ils se terminent surtout dans les points correspondants aux otoconies.

Causes de l'audition. Du bruit et des sons. Le bruit et les sons naissent d’un choc plus ou moins vif et violent sur un corps solide, liquide ou gazeux.

Ils naissent encore d’un ébranlement causé par le frottement, par l’extension mécanique d’une corde tendue que l’on pince, par la flexion d’une verge élastique, qu’on abandonne à elle-même. Ils sont alors produits par ces ébranlements qui tirent momentanément les particules des corps de leur position habituelle, c’est-à-dire de leur repos ou de leur immobilité respective , à laquelle ces particules reviennent ensuite par une succession d’oscillations isochrônes de moins en moins étendues qui x. i.

AUD 17

les rapprochent et les éloignent alternativement les uns des autres. Le bruit en particulier est produit par des vibrations que l’oreille sent, mais que l’esprit ne peut comparer et apprécier, tandis que le son l’est par des vibrations que l’oreille sent et que l’esprit compare et apprécie. Le bruit et le son varient d’ailleurs dans leur intensité, leur timbre et leur ton. L’intensité dépend de l’amplitude, de l’étendue, de l’énergie des vibrations des corps sonores; il est d’autant plus faible que le corps qui propage le son à notre oreille est moins dense ; le timbre, des quantités particulières de ces corps que l’on ne peut préciser; et le ton, du nombre des vibrations dans un temps donné. Savart a démontré qu’un son de moins de 14 à 16 vibrations par seconde est insensible à l’oreille humaine, et le plus grave de tous ceux qu’elle peut saisir. Au contraire les sons les plus aigus qu’elle puisse distinguer vont jusqu’à 48 mille vibrations par seconde.

Les vibrations déterminées dans l’air par le choc de l’explosion d’une arme à feu , par exemple , se communiquent à l’air environnant et y causent des dilatations et des condensations ou des ondulations alternatives qui se passent d’abord dans les couches les plus voisines du foyer de l’explosion. De ces couches elles se propagent au loin en rayonnant dans toute la masse del’àir et s’éteignent par degrés en se divisant et en diminuant d’intensité. On pense que ces ondulations excentriques se propagent dans l’air à la circonférence de leur foyer d’origine, comme les ondes formées sur la surface de l’eau par la chute d’une pierre se propagent à la circonférence en formant des cercles de plus en plus étendus jusqu’à ce qu’elles finissent par s’éteindre et disparaître. Quelle que soit , au reste , la manière dont se propage cet ébranlement, c’est en venant frapper notre oreille qu’il y produit l’impression du son ou l’audition.

Ces vibrations sont si sensibles dans une corde tendue , dans une tige élastique , dans une grosse cloche, qui résonnent, qu’elles impriment à la main qui les touche un frémissement particulier , repoussent et font sautiller les corps légers qu’on applique à la surface de ces corps : lorsqu’on répand du sable sur un plan solide horizontal en vibration, ses grains sautillent, se déplacent et affectent des figures déterminées.

Il ne faut pas prendre pour les mouvements moléculaires dont nous parlons , les mouvements si visibles qui sont produits par les oscillations qui fléchissent alternativement et tout entières , en sens inverse , une verge élastique ou une corde tendue. Celles-ci sont des oscillations consistantes dont nous ne pouvons parler dans cet article. Aussi, rarement sont-elles assez rapides pour donner un son sensible à notre oreille.

Des membres de l’Académie des sciences prouvèrent en 1822, par des expériences, que le son se propage avec une vitesse de 340 mètres 89 cent, par seconde dans l’air, à 16° C., que cette vitesse décroît avec l’abaissement de la température; à 10°C. elle n’est plus que de 337 mètres; à zéro, de 333 mètres; elle est la même à température égale, quelle que soit la pression barométrique. En s’éloignant de

-YUD

sou origine, le sou s’affaiblit à l’air libre en raison directe du carré de la distance. Il résulte au contraire des expériences de M. Biot qu’il ne s’affaiblit pas sensiblement quand il se propage dans une colonne d’air renfermée dans une suite de tuyaux comme les aqueducs. Dans les liquides et les solides Je son se propage avec une vitesse plus grande que dans l’air et dans les gaz; dans l’eau la vitesse du son est de 1435 mètres par seconde; dans les métaux de 4 à 16 fois plus grande que dans l’air ; dans le bois de 10 à 16 fois.

Le son se propage par ondulation et en ligne droite ; venant à rencontrer, un plan quelconque, il se réfléchit en faisant un angle égal à celui d’incidence sans que sa vitesse et son intensité en soient altérées, et il en résulte un écho. Mais nous ne distinguons l’écho que si le son direct et le son réfléchi parviennent séparément et distinctement à notre oreille. Le son ne se réfléchit pas seulement à la surface des corps qu’il rencontre dans sa marche à travers l’atmosphère, il les met aussi en vibration comme ils l’y mettent lui-même, et cette communication des vibrations sonores aux corps qu’elles atteignent est beaucoup plus importante encore à connaître que les propriétés précédentes pour l’intelligence de l’audition.

Phénomène de l'audition. L’audition est, comme toutes les sensations, une impression perçue par l’en tendement dans l’organe qui la reçoit. Il n’est pas étonnant que nous distinguions parfaitement l’organe qui l’éprouve, quand l’oreille est frappée par l’explosion épouvantable d’une énorme pièce de canon tirée à nos côtés, car alors la membrane du tympau, si appropriée par son organisation à participer aux vibrations sonores qui la frappent, se déchire parfois, comme une feuille de papier, sous l’influence del’ébranlementvibratoirequ’elleéprouve,etlesang jaillit aussitôt des oreilles. Mais nous distinguons encore par la seule sensation de l’audition l’organe où elle se passe, lors même que nous pouvons à peine l’entendre. Aussi, le sauvage le plus barbare, lerustre le plus ignorant, tendent l’oreille du côté par où viennent les bruits légers qu’ils veulent saisir, par cela même qu’ils ont senti et sentent aussi bien que le physiologiste le plus distingué que l’oreille est l’organe où ils éprouvent la sensation de l’audition. Les bruits faibles et légers ne produisent que des sensations auditives indifférentes ; les bruits forts et violents en causent de pénibles. Les sons excessivement aigus, «comme ceux que produit un bouchon de verre poli lorsqu’on le tourne sur son axe dans l’ouverture d’un vase de même matière , les cris aigus et répétés d’une scie sciant une pierre dure, sont toujours désagréables et même insupportables pour les petites maîtresses et les femmes nerveuses. Les sons criards de certains instruments à anche, les cris analogues de certains oiseaux, sont encore désagréables. Les sons doux et flûtés, la bonne musique, donnent au contraire des sensations délicieuses. Des femmes voluptueuses, des hommes efféminés qui leur ressemblent, éprouvent, même sous l’influence de certains morceaux de musique, la volupté la plus vive. La musique est d’ailleurs le principe d’une multitude infinie de sensations excessivement variées, dont il est plus aisé au musicien de vous donner l’idée eu’il n’est

AUD

facile au physiologiste de la décrire, et qu’on apprend mieux à connaître à l’Opéra que dans un livre. L’impression des sons sur l’oreille ne dure pas plus long-temps que leur action. Elle est instantanée quand les sons ne durent eux-mêmes qu’un moment.

L’audition est un phénomène très-composé, j Aussi c’est en faisant abstraction des phénomènes qui précèdent la sensation auditive et en parlant de cette sensation seulement, que nous avons défini l’audition, la sensation produite sur l’oreille parle bruit et les sons. En effet, l’audition résulte toujours de l’action des vibrations sonores de l’air, d’un corps solide , ou d’un liquide sur la tête ou une partie de la tête comme le pavillon de l’oreille et son conduit; 2° de la propagation de ces vibrations, de proche en proche, jusqu’au labyrinthe membraneux qu’elles ébranlent et où elles produisent l’impression du bruit et du son. Mais il y en a plusieurs modes.

Des différents modes de lJaudition.— Audition aérienne. Le phénomène del’auditionaériennese compose ordinairement en réalité : 1» de l’action des vibrations sonores sur le pavillon de l’oreille et sur l’air contenu dans le conduit auriculaire ; 2» de la transmission de ces vibrations à la membrane du tympan et à la paroi externe de la caisse par l’air et les parois du conduit auriculaire ; 3° de leur transmission par la paroi externe de la caisse aux parois de sa circonférence, à l’air, et aux osselets qu’elle renferme ; 4° de leur transmission par l’intermédiaire de ces parties , à la paroi interne de J la caisse , à la trompe d’Eustache , aux cellules mastoïdiennes, à l’air qu’elles contiennent, et par les osselets à la membrane de la fenêtre ovale;

5» de leur transmission par la paroi interne de la caisse et la platine de l’osselet que l’on nomme étrier à la périlymphe; 6° de leur transmission par la périlymphe qui baigne le labyrinthe membraneux et les nerfs auditifs à cet organe membraneux et aux nerfs qui s’y épanouissent. Ajoutez enfin 7° que les vibrations sonores agissent aussi sur les os du crâne, peut-être même sur ceux de tout le corps, dans les bruits très-violents qui se propagent de proche en proche, par la continuité des parties jusqu’au labyrinthe et aux nerfs auditifs, où elles causent aussi la sensation du son.

1» Les ondulations sonores de l’air parvenues au pavillon de l’oreille frappent tous les points de sa surface et y excitent probablement un ébranlement vibratoire, comme elles en excitent dans les lames minces , rigides ou flexibles. On ne sait pas si les petits muscles du pavillon en augmentent alors la tension. Quoi qu’en ait dit Boerhave la plupart des rayons sonores qui arrivent à la surface du pavillon ne. convergent pas par réflexion dans le conduit auditif. Il suffit de jeter un coup d’œil sur la surface du pavillon pour voir quo cela n’est possible que pour une partie des rayons j qui tombent dans la conque. Aussi le pavillon sert-il si peu à entendre, que l’audition n’est pas sensiblement altérée par son ablation. Les ondulations aériennes qui frappent sur la surface du tragus ne peuvent point parvenir à l’orifice du duit auriculaire , parce que le tragus couvre

AUD

cette ouverture. Celles au contraire qui sont dirigées de dehors en dedans et d’arrière en avant peuvent passer derrière le tragus sans letoucher, et pénétrer directement dans le conduit.

2° Parvenus à son orifice, les rayons sonores se propagent jusqu’à la membrane du tympan; mais comme le conduit est courbé, et comme ils se propagent en ligne droite , ils ne peuvent y parvenir qu’en se réfléchissant le long de la courbure. Quelques personnes en ont conclu que celte courbure estdestinée à protéger la membrane du tympan contre l’action trop directe du bruit et des sons.

Les expériences de M. Savart portent à croire que les vibrations qui frappent le pavillon se propagent aussi, par l’intermédiaire de son cartilage, auxportions cartilagineuses et osseuses du conduit auriculaire , et par là à la membrane du tympan et à la portion osseuse de la paroi externe de la caisse. Aussi lui parait-il probable que le pavillon et le conduit auditif ont pour usage de présenter une large surface aux ondulations aériennes, d’entrer en vibration sous leur influence et de contribuer à augmenter les excursions des parties de la membrane du tympan avec laquelle le conduit auditif a un contact immédiat.

Quoi qu’il en soit, il paraît impossible de douter des vibrations de cette membrane, car M. Savart annonce les avoir déterminées sur le cadavre, en approchant un disque en vibration très-près de la membrane et parallèlement à sa surface mise à nu. Il dit aussi s’étre assuré , qu’en tendant le muscle interne du marteau comme on tend la membrane tympanique elle -même, il devient plus difficile d’y produire des vibrations, et il est conduit à penser que les usages de ce petit muscle sont de préserver l’organe de l’ouie contre l'es trop fortes impressions des sons. Comme d’ailleurs la membrane du tympan chez l’homme est très-peu étendue (4 lignes de diamètre environ chez l’enfant naissant comme chez l’adulte , d’après mes observations), il paraît impossible que les sons perceptibles se trouvent jamais à l’unisson avec ceux que la membrane pourrait rendre si on l’ébranlait directement. On a donc commis une grave erreur, lorsqu’on a prétendu que le muscle du marteau la tendait ou la relâchait, pour la mettre à l’unisson avec les sons qui frappent notre oreille. Comment concevoir d’ailleurs qu’elle puisse être à l’unisson avec chacun des sons que nous entendons à la fois? n’estil pas beaucoup plus probable que sa tension varie pour augmenter ou diminuer l’amplitude de ces excursions et par conséquent l’intensité de ses vibrations?

3° La paroi externe de la caisse , vibrant dans sa portion osseuse et dans sa membrane qu’elle enchâsse comme l’est un verre de montre par le couvercle , transmet ses ébranlements à l’air et aux osselets. Que l’air de la caisse partage ces trémoussements , c’est ce qui ne peut être mis en doute quand on songe à la vibratilité de l’air et à l’étendue de ses points de contact avec la paroi externe de la caisse et particulièrement avec la membrane du tympan ! Quant à la propagation des

AUD 179

vibrations aux osselets, ce phénomène ne me paraît pas moins certain. Si l’on fixe une verge de bois ou une lame mince à la surface d’une membrane tendue sur une petite caisse , de manière que la verge se prolonge du centre à la circonférence de la membrane et même au-delà, on pourra voir en approchant de cet appareil, comme l’a fait M. Savart , un corps en vibration , que la membrane produit avec du sable répandu sur sa surface des figures très-régulières ; que la verge vibre aussi, lors même qu’elle a des dimensions assez considérables.

Cette expérience prouve, par analogie, que les vibrations de la membrane du tympan se propagent aux osselets ; mais il suffit que les vibrations aient été démontrées dans cette membrane pour que l’on ne puisse en douter.

4° L’air de la caisse ébranlé doit communiquer les vibrations à la partie interne de la cavité , à la membrane de sa fenêtre ronde, à l’étrier et par cet osselet à la membrane de la fenêtre ovale , à la trompe d’Eustache, aux cellules mastoïdiennes, à celle du rocher et à l’air qu’elles renferment. M. Essert prétend que la trompe est destinée à permettre le déplacement de l’air ébranlé, et que son occlusion s’y opposant, devient la cause de la surdité. Mais l’air ne vibre-t-il pas dans la caisse d’une tonne parfaitement close lorsqu’on en frappe les parois ?

Les osselets de leur côté forment une sorte de tige osseuse, solide, qui transmet à la membrane de la fenêtre ovale , avec plus de force et de rapidité, les ébranlements qu’elle éprouve. Ils sont disposés et agissent malgré leurs articulations , comme une pièce de bois qui , traversant un appartement , unirait ses deux portes [opposées et permettrait aux coups frappés à l’une de retentir directement à l’autre dans un appartement plus profond ou plus reculé.

5» La paroi interne de la caisse et les membranes de ses fenêtres ronde et ovale , ébranlées , doivent à leur tour agiter la périlymphe qui remplit le labyrinthe, l’appartement le plus reculé de l’organe de l’ouie.

6° La périlymphe agitée doit à son tour entrer en vibration àla manière des liquides, et ébranler immédiatement les extrémités, du nerf auditif à nu dans le limaçon et média tement'Jes extrémités du même nerf dans le vestibule , par l’intermédiaire du labyrinthe membraneux où elles s’épanouissent , se terminent et reçoivent ainsi médiatement ou immédiatement l’impression du son.

7<> Les ondulations sonores n’agissent pas seulement sur le pavillon pour se propager paF l’air et les parois du conduit auriculaire à la paroi externe de la caisse ; puis par les parois de- sa circonférence, l’air et les osselets qu’elle renferme à la paroi interne, et puis par cette paroi au labyrinthe où s’épanouissent les extrémités du nerf auditif; ces ondulations agissent encore sur les parties molles et sur les os de la tête , qui communiquent à leur tour au temporal et à l’organe' de l’ouie, renfermé dans son intérieur, les ébranlements qu’ils reçoivent. Ces vibrations sepropa- I gent ainsi avec d’autant plus de succès par les os

AUD

de la tête , qu’ils sont plus minces et rendus plus caverneux par les cellules dont ils sont creusés , ou par les sinus qu’ils présentent chez certains animaux. Cette communication se fait aussi d’autant mieux par ces os , qu’ils sont plus rapprochés do l’oreille. Il est même probable que tous les os du corps participent à ces ébranlements vibratoires quand nous sommes frappés par un bruit très-fort et très-violent, comme celui de l’explosion d’une pièce d’artillerie placée près de nous.

La transmission des ondulations aériennes par le crâne est démontrée par un fait bien connu. Lorsqu’on se bouche les oreilles par l’introduction forcée d’un doigt dans le conduit auriculaire qu’il dilate et pousse vers le tympan , le son ne peut plus se propager par ce canal hermétiquement oblitéré, l’oreille externe se trouve momentanément incapable ou certainement moins capable de servir à l’audition que les parois du crâne, et cependant on entend encore un orateur parlant à voix haute. L’audition, par l’intermédiaire d’un corps solide , va d’ailleurs nous offrir des preuves irrécusables de la propriété conductrice du son que possèdent les parties osseuses de la tête.

Audition par les corps solides. Ce mode d’audition résulte : 1° de l’action d’un solide sonore appliqué sur les différents points delà tête; 2° delà transmission des vibrations par les os de la tête , de proche en proche jusqu’au labyrinthe, et aux divisions terminales du nerf auditif. Lorsqu’on approche très-près de l’oreille un corps qui résonne , une montre , par exemple , on entend très-bien le bruit de son mouvement , mais on l’entend bien mieux encore lorsqu’elle touche l’oreille et qu’on la presse contre la surface du pavillon. On pourrait croire que l’extrême différence d’intensité que l’on remarque alors est exclusivement due à la différence des distances de la montre au tympan , et au nerf auditif. Mais je me suis assuré par l’expérience , qu’une différence de distance d’une à quelques lignes , quand la montre ne touche pas l’oreille , ne peut être reconnue par un auditeur , qui, ayant les yeux fermés, ne voit pas si l’on rapproche ou si l’on éloigne la montre de son oreille. N’est-il pas évident , au contraire , que la différence est due au contact de la montre avec l’organe ; à ce que l’audition se fait alors , par le contact du corps vibrant avec l’oreille ? Les faits qui vont suivre le démontreront d’une manière plus manifeste encore. L’audition par l’intermédiaire des corps solides est plus ou moins distincte suivant les points d’application de ces corps. Si l’on s’introduit avec force un doigt dans les oreilles , qu’on les ferme hermétiquement , et qu’on se fasse appliquer la montre entre les dents, sur la tempe, contre la crête temporale de l’os du front, sur la portion écailleuse du temporal, sur le zygoma , ou plus loin encore de l’oreille , sur le front, sur le côté de l’occipital, derrière l’apophyse mastoïde ou sur le pariétal au-dessus du temporal , on entend distinctement le bruit du mouvement de la montre , et.de moins en moins distinctement, à mesure qu’onl’applique successivement dans chacun des points que je viens d’indiquer ,

AUD

et dans l’ordre que j’ai suivi dans leur désignation. Cet ordre est, en général, en raison de l'éloignement de l’oreille ; mais il suit encore une autre raison , car on a dû remarquer qu’on entend mieux le mouvement de la montre appliquée entre les dents, qui sont très- éloignées de l’oreille; qu’on l’entend mieux par la tempe, même en avant, point qui est encore assez loin de l’oreille , que par l’écaille du temporal, que sur l’apophyse mastoïde, qui en sont plus rapprochées , que par le côté de l’occipital, derrière l’apophyse mastoïde ou le zygoma , qui est immédiatement audessous de la tempe et continu au temporal et aux parois du conduit auditif. Je soupçonne qu’on entend mieux par les dents, parce que la montre les touche à nu et que la transmission s’opère directement par les os qui, comme tous i les corps solides , transmettent le son avec force etrapidité. Sipour s’en assurer on serre la montre entre les dents garnies des lèvres replié es , par un mouvement facile à exécuter, sur le bord libre des dents , on n’entend plus le bruit de la montre, mais si une lèvre se dégageant un peu, permet à la montre de toucher seulement une des dents , par exemple , le sommet pointu de l’une des canines , on l’entend aussitôt avec étonnement, 1 comme si l’on recouvrait l’usage de l’ouie.

Je soupçonne qu’on entend par la tempe mieux que par l’écaille du temporal, parce que la montre s’applique à la tempe par une large surface et à nu sur la peau ; mieux que par l’apophyse mastoïde et le zygoma, parce que la montre ne s’y applique encore que par une surface peu étendue; i mieuxque par la partie latérale de l’occipital, parce que les cheveux y absorbent le son et en transmettent mal les vibrations; comme font pour la chaleur etl’électricité les mauvais conducteurs des s phénomènes de ces propriétés. Enfin , je pense que nous entendons très-mal les mouvements de la montre par le sommet et le derrière de la tête, quand l’âge ne nous a pas dépouillés do notre 1 chevelure, parce que ces points sont plus éloignés de l’oreille , couverts de cheveux et d’une con- i vexité peu favorable à l’exacte application de la surface d’une montre toujours un peu convexe.

Pour m’assurer de la justesse de ces présomp- ■; tions , faire disparaître la plupart de ces causes ’ d’erreurs qui me cachaient la vérité que je cher- ; chais et que le raisonnement me faisait soupçon- ij ner; en un mot , pour déterminer plus exactement . l’influence respective des différents points du crâne dans l’audition , par le contact des corps solides avec le crâne, je me suis borné à appliquer su? ces différents points le bouton que présente la queue de la montre. En pressant sur ce bouton , je l’appliquais par une surface sensiblement égale , et comme j’écartais d’abord les cheveux , ils ne nuisaient pas sensiblement non plus à la propagation du son. Dans ces expériences * j’obtins des résultats bien différents des premiers, I et qui étaient à peu près exactement ceux dont le raisonnement m’avait donné la prévision. J’entendis assez distinctement et à peu près également les mouvements de la montre quand son bouton était appliqué le long des bords et de la surface

AUD

AUD

de l’apophyse mastoïde , quand il portait sur l’écaille du temporal, entre l’oreille et les cheveux. J’entendais moins bien quand il portait sur te zygoma et sur l’apophyse mastoïde, sur le temporal à la naissance ou dans l’intervalle des chevaux écartés, et à peine ou point du tout quand je l’appliquais sur la tempe ou sur le front Pour bien distinguer ces différences, il faut prolonger pendant un certain temps l’application du bouton , parce qu’il y a des moments ou l’on n’entend pas du tout, ou avec si peu de netteté que c’est à peu près comme si l’on n’entendait pas.

Il résulte de ces expériences, comme conséquences définitives et générales, que l’audition par l’intermédiaire des corps solides et sonores appliqués à la tête, est d’autant plus distincte, que ces corps sont plus immédiatement appliqués sur les os, que, surtout, ils en sont séparés par moins de cheveux, qu’ils sont appliqués plus près de l’oreille, sur une plus grande étendue, et probablement, que ces os sont plus minces ou plus caverneux.

Audition par V intermédiaire des liquides. Lorsque nous avons la tête plongée dans l’eau d’un fleuve, nous entendons les bruits qui s’y passent , et nous les entendons bien plus distinctement et de plus loin que dans l’air. Les liquides sont en un mot de meilleurs conducteurs des sons que l’air, mais moins bons que les corps solides. L’audition doit se faire alors par un mécanisme analogue à celui de l’audition, par l’intermédiaire de l’air , et des solides appliqués à l’oreille et sur la tête.

De l’audition des sons forts et aigus. Ces sons causent une sensation pénible et nous portent à nous boucher les oreilles. Probablement , ils déterminent dansle tympan des changements propres à les affaiblir, par exemple , la tension de la membrane du tympan par le muscle interne du marteau. C’est du moins ce que pense M. Savart , comme nous l’avons déjà dit , parce que la tension mécanique de cette membrane, opérée en tirant en dedans le muscle du marteau, diminue l’intensité de ses vibrations.

De l’audition des sons faibles. Nous ne savons s’il se passe quelque chose de particulier quand le bruit ou les sons qui frappent notre oreille sont faibles et légers; si les muscles du tragus et de l’antitragus écartent ses éminences, afin de favoriser la propagation des ondulations sonores dans le conduit auditif, et par suite l’audition ; si le muscle du marteau ne s’abstient pas d’agir, afin de laisser à la membrane du tympan toute sa vibratilité.Sinous sommes dans le doute sur ces faits, nous ne le sommes pas sur l’action de l’instinct ou de la volonté quand nous exécutons attentivement des bruits ou des sons légers ou fugitifs.

De l’audition attentive. Entendre avec attention , c’est écouter. L’audition dans ce cas se complique comme toutes les sensations analogues d’un acte d’attention et de volonté réfléchie ou irréfléchie et instinctive et de mouvements particuliers.Si,les sons étant faibles , nous cherchons à les entendre, nous inclinons la tête , nous tendons l’oreille du côté d’où nous viennent les bruits qui nous frap-

pent et que nous cherchons à connaître. Nous agrandissons même parfois , alors , le pavillon de l’oreille en le portant en avant avec la paume de la main. Nous entendons mieux alors , parce que les rayons convergent en plus grand nombre à l’orifice du conduit auriculaire, et surtout parce que l’intelligence attentive apprécie mieux les impressions reçues par l’oreille. En effet, l’attention ne rend point l’oreille plus sensible, ainsi qu’on l’enseigne , mais elle donne au jugement plus d’exactitude et de précision. Et si des sons peu intenses, mais néanmoins faciles à entendre, nous échappent quand nous sommes inattentifs, ce n’est point parce qu’ils sont trop faibles, mais parce que nous ne les écoutons pas. En voulezvous la preuve , rappelez-vous ce qui arrive , quand, attentifs à écouter un orateur à voix faible, vous entendez parler en même temps un orateur dont la voix forte est plus élevée. Si votre attention est tout entière captivée par le premier, la parole du second résonne à vos oreilles, comme un bourdonnement importun et confus auquel vous ne comprenez rien et dont vous ne sauriez rendre aucun compte. Mais si de temps en temps votre attention se reporte sur ses paroles , vous perdez , à chaque fois , le fil du discours du premier, et il peut arriver, par l’attention que vous leur prêtez alternativement, que vous finissiez par perdre entièrement l’enchaînement des idées des deux orateurs, surtout s’il s’agit de raisonnements serrés et concis dont on ne peut rien laisser échapper.

Cette influence de l’attention explique une difficulté qui a bien embarrassé les physiologistes : pourquoi entendant à la fois par des oreilles d’une délicatesse inégale, les deux impressions que l’intelligence en reçoit ne lui donnent qu’une idée , une seule perception. C’est qu’ alors l’esprit , voulant connaître la même sensation , le même bruit, les mêmes paroles, par l’une et l’autre oreille , il écoute irrésistiblement et exclusivement , si je peux parler ainsi, l’oreille la plus délicate, parce qu’elle lui transmet une sensation plus vive, plus claire et plus parfaite.

Del’ audition répétée des sons faibles, forts et aigus. Je ne connais aucun fait qui prouve que l’audition habituelle des sons bas ait rendu l’ouïe plus délicate et plus fine; mais il est certain que l’habitude d’entendre des sons forts, le bruit du moulin pour les meuniers , du canon pour les artilleurs , des sons aigus et criards pour les scieurs de pierre, etc., rend l’oreille moins susceptible et les sons moins fatigants et même très-faciles à supporter, tandis qu’au contraire , pour ceux qui n’y sont point accoutumés, ils sont pénibles et parfois insupportables.

De l’ouïe fausse. L’ouïe fausse n’est point un mode de l’audition, c’est un mode de l’intelligence qui manque de jugement pour apprécier les propriétés musicales des sons, la justesse ou l’exactitude de leur accord et de leur mesure. En un mot , c’est une intelligence plus ou moins sourde aux propriétés de la musique, bien que l’ouïe puisse être d’une grande finesse et même d’une délicatesse extraordinaire.

Usage de l’audition. Elle ne sert pas seulement â

Page 1