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Racine de raifort sauvage. ... 2 onces.
Bourgeons de sapin secs. ... i once.
Bière nouvellement brassée. . . 4 livres.
On contuse les feuilles de cochléaria , on coupe en rouelles les racines ; on divise les bourgeons de sapin ; on met toutes ces substances en contact avec la bière, on laisse macérer en vase clos pendant quatre jours, on filtre et on conserve dans des bouteilles bien bouchées.
Formule donnée par Parmentier:
Bourgeons de sapin , et à leur défaut, feuilles du
même arbre 1 once.
Racine de raifort sauvage. ... 4 gros.
Bière 4 livres.
Parmentier a supprimé les feuilles de cochléaria à cause de l’eau qu’elles contiennent , et qui affaiblit le médicament; on pouvait cependant obvier à cet inconvénient en ajoutant à la première formule 4 gros d’alcool à 36 degrés par litre de bière; la bière anti scorbutique se donne à la dose de 8 onces en deux doses, l’une le matin, l’autre le soir.
Bière de quinquina.
Écorce de quinquina gris concassé 1 once.
Bière double 2 livres.
On met le quinquina en contact avec la bière , on laisse macérer pendant quatre jours, on passe avec expression, puis on filtre. La bière ainsi préparée se donne comme tonique à la dose de 4 à 8 onces en deux fois.
La bière de quinquina a été employée avec succès à l’extérieur, pour le pansement des ulcères atoniques. Action de la bière. V. le Supplément.
A. Chevallieb.
bile ( Physiol. ), s. f. On donne ce nom à un liquide sécrété par le foie et qui est répandu en partie dans les intestinspour favoriser la digestion, et en partie dans une poche située derrière le foie et qui lui est jointe, que l’on nomme la vésicule biliaire. V. Foie et Biliaire.
La bile existe chez tous les animaux vertébrés et y remplit sans doute les mêmes fonctions : c’est un liquide d’une couleur jaune verdâtre, d’une odeur peu prononcée, d’une saveur amère, et qui est faiblement alcaline; jointe en toute proportion avec l’eau et l’alcool, la bile s’y mêle très-bien et elle est précipitée de ces liquides par l’acétate de plomb. L’analyse de la bile a fait reconnaître qu’elle était composée d’eau, d’albumine, d’une résine jaune qui lui est propre, de soude, d’hydrochlorate de soude, de phosphate de chaux et de soude, plus une susbstance particulière à laquelle M. Thénard a donné le nom de picromel ; cependant cette dernière substance, qui ! existe constamment dans la bile de bœuf, n’est pas toujours rencontrée, dit M. Chevreul, dans la bile de l’homme. L’on a divisé la bile , suivant qu’elle existe dans la vésicule biliaire ou dans l’intestin duodénum, en bile cystique ou bile de la vésicule, et en bile hépatique ou bile qui vient directement du foie; M. Chevreul a trouvé dans la bile cystique une substance qui ne se rencontre pas dans la bile hépatique, c’est la cholesterine, matière décrite par Fourcroy sous le nom d’adipoeire, dont il a été parlé à ce mot et qui forme
ordinairement la base des petites concrétions pierreuses que l’on trouve dans la vésicule, auxquelles on a donné le nom de calculs biliaires; ces sortes de pierres se rencontrent surtout chez les vieillards, et elles sont souvent fort nombreuses.
La bile a pour fonction de servir à la digestion (v. ce mol); versée dans le duodénum parle canal cholédoque, elle se mêle aux aliments déjà digérés par l’estomac, et aide à leur conversion en chyle, qui es* l’état dans lequel ils doivent être absorbés pour se mêler au sang ; l’excès de ce liquide ou son absence contribue à vicier la digestion.
La bile est un desjiquides les plus irritants de l’économie; épanchée dans le péritoine à la suite de plaies du foie ou de la vésicule biliaire , elle donne lieu à des péritonites qui sont presque constamment mortelles. Dans certaines maladies on a vu la bile changer d’état, devenir ou noire, très-épaisse, ou d’une fluidité et d’une décoloration très-marquées. On l’a vue dans certaines fièvres de mauvais caractères contracter même des propriétés délétères. Mascagni cite le fait d’un jeune garçon qui , étant mort dans un aacès de fièvre intermittente pernicieuse, avait la bile d’une couleur violette et tellement altérée, qu’il suffit d’en inoculer quelques parcelles pour tuer des oiseaux; d’autres oiseaux qui mangèrent du pain qui avait été trempé dans cette bile moururent sur-lechamp. Pendant la peste de Marseille, on injecta de la bile de pestiférés dans les veines de plusieurs chiens; quelques-uns moururent, d’autres contractèrent la maladie pestilentielle par ce moyen, quoiqu’il eût été impossible de la leur communiquer d’une autre manière.
On a regardé la bile comme la cause de beaucoup de maladies ; cette opinion était surtout fort en crédit du temps des médecins humoristes : ainsi on admettait une foule d’affections bilieuses, des fièvres ( v. ce mot ) , des pleurésies , des péripneumonies, etc., que l’on regardait comme pro duites par la bile. Dans le monde et encore aujourd’hui on fait jouer un très-grand rôle à la bile dans presque toutes les maladies: sans doute que dans beaucoup de circonstances la bile ne doit pas être sans avoir une action très-active comme cause de maladies, mais il est aujourd’hui bien difficile de déterminer quels sont les cas dans lesquels ces faits doivent être pris en considération, et surtout quelle nature de désordre ils peuvent produire dans l’économie animale. (Voy. Embarras gastrique et intestinal.) J. P. Beaude.
biliaire ( anat .), adj. On a donné le nom d’appareil biliaire ou de voie biliaire aux organes qui servent à la sécrétion de la bile. Les voies biliaires se composent du foie qui sécrète la bile, du canal hépatique qui conduit la bile du foie dans le canal cholédoque, du canal cystique, qui va de la vésicule biliaire au canal cholédoque, et de ce dernier canal, qui conduit la bile du foie et de la vésicule dans l’intestin duodénum. La bile se rend du foie dans la vésicule en passant du canal hépatique dans le canal cystique. Les inflammations et
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surtout les blessures des voies biliaires sont trèsdangereuses. (V. Digestion .) «L B.
bilieux [Physiol. et Pathol. ),adj., qui abonde en bile. On se sert de cette désignation pour indiquer un état ou une manière d’être des organes, que l’on croit le résultat d’une trop grande abondance de bile; ainsi l'on dit des personnes qui ont le teint jaune, et qui sont irritables, qu’elles ont le tempérament bilieux. (V. Tempérament.) Les indispositions auxquelles on est sujet l’été, et qui sont le premier degré d’un embarras gastrique , ont été désignées sous le nom d’état bilieux ; des inflammations dans des conditions données ont reçu le nom de phlegmasies bilieuses, quoique le plus souvent la bile soit étrangère à leur production.
biscuit (hyg. et thérap.), s. m. Ou donne ordinairement ce nom à des pâtisseries faites avec des blancs d’œufs battus, du sucre, et de la farine, que l’on aromatise avec de la vanille ou de la fleur d’oranger. Ces biscuits sont spongieux et d’une digestion difficile; c’est avec réserve que l’on doit les donner aux enfants, surtout après le repas. Cet aliment convient aussi très-peu aux convalescents; les échaudés sont, parmi les pâtisseries , celles qui se digèrent avec le plus de facilité. On prépare comme médicaments des biscuits purgatifs avec le jalap , et des biscuits vermifuges avec le semen- contra. Ces sortes de pâtisseries sont surtout destinés aux enfants qui refusent de prendre les médicaments sous d’autres formes.
Le biscuit de mer, qui est l’aliment que l’on emploie à bord des vaisseaux pour remplacer le pain, est fait avec de la farine de froment complètement dépouillée de son , plus la quantité d’eau nécessaire pour en faire une pâte ferme ; l’eau doit être employée à la température de 55 degrés cent. On laisse peu lever celte pâte et ensuite on la coupe par morceaux, que l’on pique pour favoriser la cuisson et empêcher le biscuit de lever au four; après la cuisson, le biscuit est mis pendant un mois ou six semaines dans une étuve sous le four où on le laisse sécher. Le biscuit est plus nourrissant qu’un égal volume de pain, ce qui s’explique par le peu d’humidité qu’il contient; mais il est d’une digestion plus difficile et détermine souvent la constipation. Il est aussi sujet à s’altérer par la moisissure ou par les insectes qui le piquent et le dévorent en grande partie. L’étymologie de ce mot vient de bis coctus, deux fois cuit , parce que les Romains préparaient le biscuit en mettant sécher au four des tranches de pain coupées assez minces. C’est de cette manière que l’on prépare encore aujourd’hui les biscotes qui sont un aliment très-bon pour les enfants et les convalescents. J. B.
bismuth ( chim . et thérap.), s. m. Ce métal, connu aussi sous le nom d'étain de glace, est blanc avec des reflets rougeâtres d’autant plus prononcés que le métal est plus pur ; sa densité est de 9, 83 à 9, 88 ; il se fond à 247° centigrades, se volatilise avec peine , et cristallise en cubes avec une rare facilité lorsqu’il ne contient pas d’arse-
nie ; ce dernier corps, uni à un peu de soufre et d’argent, se rencontre en effet dans le bismuth du commerce, et on doit l’en séparer avec soin au moyen du nitre, afin d’obtenir un métal pur qui puisse servir aux usages de la médecine. Le bismuth se ternit au contact de l’air humide; il est difficilement attaqué par les acides sulfurique ef chlorhydrique; l’acide nitrique le dissout au contraire avec facilité en formant un nitrate soluble. Chauffé au rouge blanc , ce métal brûle avec une légère flamme bleue, et dépose, sous forme d'une poudre jaune, fusible, de l’oxide de bismuth qu’on peut obtenir aussi en décomposant le nitrate par voie humide.
Les sels solubles de bismuth ont pour caractère commun d’être décomposés par l'addition d’une certaine quantité d’eau en sous-sels insolubles et en sels acides solubles. C’est ce qui a lieu par exemple pour le nitrate de bismuth.
Le sous-nitrate obtenu ainsi est la seule préparation du bismuth employée en médecine ; il est connu sous le nom de magistère de bismuth. Ce sel bien pur est d’un beau blanc ; quoique insoluble , il ne laisse pas d’avoir des propriétés irrilantes, car M. Orfila a empoisonné des chiens avec une dose de deux gros et demi. Le lait serait un bon remède à administrer dans un cas d’empoisonnement de ce genre.
En médecine le sous-nitrate de bismuth est employé avec succès surtout pour combattre certaines affections nerveuses de l’estomac, connues sous le nom de cardialgie, de crampes de l’estomac, de pyrosis, etc. Sous l’influence de ce médicament, on a souvent vu les douleurs se calmer comme par enchantement; on l’administre en poudre ou sous forme de pilules à la dose de à 12 grains pour les jeunes enfants, et de 18 à 24 et progressivement jusqu’à 48 grains pour les grandes personnes. Le sous-nitrate de bismuth porte encore le nom de blanc de fard, et sert aux femmes qui veulent se farder. On a peut-être exagéré les inconvénients de ce cosmétique; le moyen de le rendre moins irritant serait de le priver d’une petite quantité de nitrate d’argent qu’il contient souvent, et qui peut lui donner la propriété de noircir à l’air; il noircit aussi par l’action de l'hydrogène sulfuré.
Le bismuth est employé dans les arts à faire l’alliage fusible de Darcet qui est formé d’une partie d’étain, une partie de plomb et deux parties de bismuth; cet alliage fond à 95° centigrades, et sert à quelques dentistes pour plomber les dents; ils l’allient dans ce but avec un peu de mercure. Uni avec quatre parties de ce dernier métal, le bismuth constitue l’amalgame destiné £ étamer l’intérieur des globes de verre.
Le bismuth du commerce nous vient des mines de la Saxe, de la Bohême et de la Transylvanie, où il se trouve à l’état natif ; on le trouve plus rarement dans la nature à l’état de sulfate ou d’oxide. J. P- Beaude.
bistobte [Bot. Mat. méd.), s. f. (Bistorta). La double courbure de la racine de cette plante , bit torta, en rend l’étymologie évidente. C’est le Po-
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lygonum bistorta des botanistes, Octandrie trigynie L. Famille des polygonées.
Ce végétal croit dans les pâturages des montagnes , dans les prairies élevées d’une grande partie de l'Europe , spécialement de la France , de l’Angleterre , de la Suisse , de l’Allemagne , de la Russie. 11 fleurit en juin et juillet. Sa racine, qui se présente sous la forme d’une espèce de corne d’abondance, est de la grosseur du doigt et longue de quelques pouces , très-sensiblement comprimée, brune en dehors, rougeâtre en dedans, contournée et comme coudée deux fois et quelquefois trois sur elle-même , marquée d’intersections annulaires rapprochées, d’où s’échappent des fibrilles déliées et nombreuses. Sa saveur est fortement acerbe , son odeur presque nulle. Les droguistes distinguent deux variétés de cette racine, suivant qu’elle est plus ou moins tordue : celle-ci est la grande bistorte, l’autre n’a pas reçu de dénomination particulière. Comme la seule partie dont on fasse usage en médecine est la racine , nous nous dispenserons de pousser plus loin le description de cette plante.
Il y a peu de végétaux indigènes qui recèlent le pouvoir astringent à un degré plus éminent : c’est, en effet, un des meilleurs médicaments de ce genre que nous possédions et qui rend de trèsgrands services dans une foule de circonstances, dans le détail desquelles il est inutile que nous entrions ici, préférant, pour éviter d’oiseuses redites, renvoyer le lecteur à notre article Astringents, où nous les avons suffisamment examinées.
La racine de bistorte peut aussi s’employer comme substance tinctoriale. Les tanneurs, qui s’en servent pour la préparation des cuirs, assurent qu’elle équivaut au double de son poids de tan. Par des lotions répétées, on parvient à lui enlever presque toute son acerbité et à utiliser la fécule qu’elle contient , ainsi que J. P. Faite rapporte que cela se pratique dans le Nord, en la mélangeant en proportion assez considérable avec de la farine de froment. Le pain , qui en résulte, toujours d’après ce savant infortuné, est agréable au goût et de bonne qualité. Tous les bestiaux, à l’exception du cheval, broutent cette plante avec plaisir. Ses feuilles, jeunes et tendres, peuvent être mangées à la manière des épinards. Les graines données aux volailles les engraissent promptement.
F.-E. Plisson.
bistouri ( Chir ), s. m. Ainsi nommé de la ville de Pistori, où l’on fabriquait d’excellents instruments de ce genre. Les bistouris sont de petits couteaux qui peuvent se replier sur le manche et qui sont fort usités dans les opérations chirurgicales, où ils servent à faire toutes les petites incisions ; lorsqu’il faut agir sur de plus larges surfaces, comme dans les amputations de membres, on fait usage de loDgs couteaux immobiles sur leur manche. Les lames des bistouris doivent être trempées à un degré convenable, et de manière à offrir à la fois beaucoup de résistance et beaucoup d’élasticité ; leur longueur est en général de trois pouces, ieur largeur varie. On donne différentes for-
mes à leur bord tranchant suivant les indicatious, ainsi ce bord peut être droit, convexe et concave. Lorsqu’il est nécessaire de couper sans piquer, la pointe de l’instrument est émoussée à dessein, et ce bistouri porte le nom de boutonné. Louis XIV ayant été opéré de la fistule à l’anus par un bistouri particulier, celui-ci a retenu le nom de royal ; sa lame est courbe, étroite et terminée par un stylet boutonné. Les bistouris se placent dans plusieurs positions différentes. On peut souvent reconnaître l’adresse d’un chirurgien à la manière dont il tient cet instrument. Le précepte le pl us important, précepte commun du reste a l’usage de tous les instruments tranchants, est de s’en servir en agissant plutôt en sciant qu’en pressant. bitume. V. Asphalte etNaphte. J. B.
blanc DE baleine. V. Adépoine.
blé. V. Froment et Farine.
blennorh agie f path.), s. f. (d u grec blenna, mucus et de rheô, je coule). Suivant l’opinion que l’on s’est formée de la nature des écoulements qui ont lieu par le canal de l’urètre ou par la vulve , on a donné à la maladie différents noms , ainsi le mot de gonorrhée leur a été appliqué quand on croyait qu’ils étaient produits par la semence ; celui de blennorrhagie, qui lui a été substitué au commencement de ce siècle, ne vaut guère mieux puisque ce n’est pas toujours du mucus qui produit l’écoulement. Sans doute il serait plus rationnel et plus philosophique , dans cette maladie comme dans beaucoup d’autres , d’avoir égard plus à l’altération organique première qu’à ses effets , or cette altération c’est une inflammation d on l l’écoulement n’est que le produit, aussi les noms d’uréthrite,de vaginité, paraissent- ils plus convenables; mais nous devons peut-être nous conformer à 1 habitude et appeler blennorrhagie tout écoulement qui s’accompagne le plus ordinairement de douleur et des signes de l’inflammation.
Blennorrhagie chez l’homme. Ses causes sont nombreuses, ce sont: les contusions sur un point quelconque du trajet du canal de l’urèthre et principalement au périnée; son froissement souvent répété par la masturbation, ou le coït quoique avec une femme très-saine; l’introduction dans le canal de corps étrangers , bougies ou sondes; l’injection de substances irritantes âcres ou caustiques. Le coït avec une femme ayant des flueurs blanches, surtout avant le flux menstruel, pendant son cours ou dès qu’il vient do cesser. Le coït avec une femme atteinte d’écoulement vaginal anormal, dépendant d'une inflammation ou d'une ulcération. En outre , la blennorrhagie peut être sympathique du travail de la dentition chez les enfants, de la présence de vers dans les intestins , des hémorrhoïdes, des calculs dans la vessie. Elle peut être le produit d’une affection dartreuse, rarement du rhumatisme et plus rarement encore d’une syphilis constitutionnelle.
C’est quelquefois immédiatement après le contact des organes , mais le plus ordinairement gu bout de trois , six , et même huit jours que commencent à se manifester les premiers signes de l’inflammation uréthrale.
Le malade éprouve, soit à l’extrémité seulement
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du canal, soit dans toute son étendue, une chaleur qui d’abord n’a rien de pénible, qui parfois amène des désirs vénériens et des érections. Cette période est courte; du chatouillement puis delà cuisson à l’extrémité de la verge lui succèdent, sure out pendant l'émission de l’urine. Bientôt l’ouverture de l’urèthre se tuméfie , les deux lèvres peuvent à peine s’écarter, elles sont le siège d’une vive rougeur, quelquefois même elles paraissent excoriées et le canal laisse suinter une humeur séreuse qui tache le linge en blanc ou en jaune. La douleur n’est plus bornée au gland, elle s’étend à tout le canal dont l’extrémité est dure et très-sensible à la pression. L’urine en passant sur la membrane muqueuse enflammée y détermine une sensation des plus pénibles. C’est cette sensation de chaleur si vive qui a fait donner à la maladie le nom expressif de cliaudepisse.
La tuméfaction de la membrane muqueuse du canal, l’inflammation quisouvents’étend au col de la vessie, forment un obstacle au cours de l’urine; aussi le malade est-il obligé à des efforts pour l’expulser.
Les douleurs ne se bornent pas toujours à la verge, elles s’étendent quelquefois, maissans gonflement , aux aines , aux cordons spermatiques et aux testicules ; souvent aussi les ganglions inguinaux ou le tissu cellulaire qui les environne s’enflamment et se tuméfient légèrement pendant quelquesjours.
C’est principalement au moment où l’urine commence à couler que les douleurs se font sentir, puis à la fin, lorsque le malade fait effort pour rendre les dernières gouttes -.l’éjaculation est encore plus sensible.
Les érections sont horriblement douloureuses , leur fréquence la nuit , surtout lorsque la chaleur du lit est extrême , force souvent les malades à se lever. Dans tous les cas où l’inflammation est le plus intense, l’urèthre, ne pouvant pas s’étendre comme les corps caverneux , se courbe pendant l’érection du pénis ; c’est cette plus grande violence de l’inflammation que l’on a nommée chaudepisse cordée. Cet état est alors si douloureux que l’on a vu des malades appliquer la verge sur une table et frapper dessus avec force pour, disent-ils, casser la corde. Ils occasionnent ainsi la rupture du canal ou son éraillement, ce qui donne lieu à une hémorrhagie qui souvent les soulage momentanément , mais dont les suites peuvent être gra ves. A mesure que l’inflammation marche, l’écoulement augmente ; de séreux et blanchâtre qu’il était il devient jaune ou verdâtre et prend plus de consistance; ce n’est plus alors du mucus c’est du véritable pus. Quelquefois il est teint par des stries de sang : dans quelques cas même il sort du sang en assez grande abondance. Cette hémorrhagie , loin d être fâcheuse , calme au contraire les douleurs et abrège même la durée de la maladie.
Dans le plus grand nombre de cas , la blennorrhagie quoique portée à ce degré ne présente que des phénomènes locaux. Dans quelques circonstances cependant elle s’accompagne de symptômes généraux surtout chez les gens pléthoriques et nerveux, r. i.
La période croissante de la blennorrhagie est ordinairement d’une huitaine de jours, puis elle reste stationnaire à peu près le même temps , et ensuite diminue d’intensité. Les envies d’uriner sont moins fréquentes, le passage de l’urine moins pénible, les érections plus rares et moins douloureuses.
L’écoulement reste tout aussi abondant pendant quinze jours ou trois semaines , il est jaune ou verdâtre , puis ensuite il diminue , il reprend le caractère du mucus, il est plus tenace et file entre les doigts. Après un mois ou cinq semaines , quand il n’est pas survenu de complications , les douleurs disparaissent en urinant et dans les érections; il ne reste qu’un peu de chaleur et de chatouillement. Alorsl’écoulement dans un petit nombre de cas s’arrête, ou bien, ce qui est le plus ordinaire, il continue pendant des mois et des années si on ne le traite pas convenablement.
Mais il s’en faut beaucoup que la blennorrhagie suive toujours la marche que nous venons d’indiquer; peu de maladies au contraire présentent autant de variétés , ce qui peut tenir à l’âge du sujet, à sa constitution, comme aussi à la cause déterminante et à la plus ou moins grande étendue de l’inflammation.
L’écoulement quelquefois se fait voir sans qu’il y ait la moiudre douleur dans le canal , mais ce n’est pas le cas le plus ordinaire. L’époque de son apparition est très-variable. Les symptômes de l’uréthrite peuvent exister pendant longtemps sans qu’il se manifeste aucun suintement par le canal; c’est à cette variété qu’on a donné le nom bien impropre de blennorrhagie sèche. C’est donc une erreur de fixer le début de la maladie à l’apparition de l’écoulement , l’étendue plus ou moins grande de la surface enflammée doit nécessairement faire varier les symptômes de l’uréthrite. Ainsi la douleur peut n’être pas très-vive quoique l’écoulement soit très-abondant, celui-ci peut à peine tacher le linge quoique le malade accuse une peine très-grande pendant les érections ou l’émission des urines.
La durée de la blennorrhagie n’est pas moins variable : quelquefois en quinze jours elle a parcouru toutes ses périodes et cessé complètement ; d’autres fois, malgré les soins les mieux dirigés , il faut plusieurs mois pour la guérir.
Le diagnostic de l’uréthrite est facile, rarement peut-on confondre l’écoulement blennorrhagique avec celui qui serait occasionné par une maladie des reins, des uretères ou de la vessie : il faut quelquefois une grande attention pour la distinguer de certaines affections graves de la prostate. Mais s’il est facile de dire qu’un écoulement est le produit de l’inflammation de la muqueuse uréthi’ale, il s’en faut beaucoup que l’on puisse aussi sûrement dire quelle est la nature de cet écoulement.
Lorsque la blennorrhagie reconnaît une autre cause que le rapprochement des sexes, les circonstances antécédentes éclairent le diagnostic ; mais quand elle est le résultat du coït et qu’elle existe seule , il est impossible d’affirmer qu’elle est ou qu’elle n’est pas syphilitique. On a donné comme signes différentiels l’intensité plus grande
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de l’inflammation, sa durée pluslongue, la couleur du pus , l’apparition des bubons, de l’orchite, de l’ophthalmie, des douleurs articulaires, l’incubation plus longue de la maladie. Maison sait aujourd’hui que tous ces phénomènes ne peuvent jamais faire distinguer la blennorrhagie qui restera maladie simple d’avec celle qui sera accompagnée ou suivie de symptômes de vérole ; car c’est un fait hors de doute qu’il puisse y avoir des symptômes syphilitiques consécutifs à une blennorrhagie. Sans entrer ici dans une discussion sur la pluralité des virus , discussion que ne comporte pas la nature de cet ouvrage, qu’il nous suffise de dire que, d’après l’observation et surtout d’après des expériences renouvelées avec succès dans ces derniers temps, on est porté à admettre que quand la blennorrhagie a produit une maladie générale consécutive, ou que pendant sa durée elle a donné lieu par contagion à un chancre, c’est que, outre l’inflammation catarrhale, l’urèthre était aussi le siège d’un véritable chancre ; mais ces cas sont on ne peut plus rares.
Le traitement de la blennorrhagie doit être celui de toutes les inflammations , c’est-à-dire antiphlogistique, il doit nécessairement varier suivant le plus ou moins d’intensité de la maladie et suivant qu’elle est aiguë ou chronique. Dans le premier cas, a-t-on affaire à un individu jeune , vigoureux , il faut dès le début faire appliquer des sangsues au périnée ou dans les aines. On conseille aussi de les appliquer sur la verge elle-même, en suivant le trajet du canal de l’urèthre, ou bien à son orifice , mais quoique dans quelque cas cela réussisse très-bien , dans d’autres il en résulte de l’œdème à toute la verge. Il ne faut pas craindre de répéter ces saignées locales plusieurs fois , on peut même, quand il y a des symptômes généraux, recourir avec avantage à la saignée du bras.
On prescrit en même temps les boissons émollientes,telles que les décoctions d’orge , de graine delin,dechiendent, de pépins de coings, le petitlait, les sirops d’orgeat , de groseille, de capiilaire, ou tout autre liquide rafraîchissant qu’on peut laisser au choix du malade. Ce n’est point pour le faire uriner souvent que l’on conseille ces tisanes, mais bien pour rendre l’urine plus aqueuse, moins âcre et par conséquent moins douloureuse au passage. Les bains entiers prolongés, les bains locaux dans une décoction émolliente rendue un peu narcotique par les têtes de pavois ou même le laudanum. Quelques médecins veulent que l’on entoure la verge de cataplasmes émollients et anodins. Le bien-être que les malades en retirent n’est pas toujours certain et souventla chaleur qu’ils entretiennent dans tout l’organe y fait affluer le sang davantage.
Quand l’uréthrite est fort intense , on a recours avec avantage à des pilules de camphre et d’opium qui souvent ont pour résultat de diminuer les érections.
Le régime doit toujours être sévère , se composer de mets de facile digestion, les viandes blanches, les légumes herbacés. Le malade, dans les premiers temps du moins, ne devra faire qu’un exercice très-modéré, il évitera les longues mar-
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ches, les efforts et il devra porter habituellement un suspensoir.
On continue ces divers moyens pendant trois semaines ou un mois, jusqu’à ce que le malade n’accuse plus de douleurs , alors on dit communément qu’il faut couper la chaudepisse. On tarit l’écoulement qui résulte de l’inflammation chronique du canal en agissant contre elle de diverses manières: d’une manière médiate, le plus ordinairement au moyen de médicaments pris à l’intérieur, ou bien en agissant directement sur la muqueuse uréthrale elle-même.
De tous les médicaments préconisés contre la blennorrhagie , il n’en est aucun qui jouisse d’une plus grande réputation que le baume de copahu; il est certain que c’est celui qui réussit en général le mieux. On l’administre de différentes manières , tantôt seul dans un liquide quelconque, tantôt uni à la gomme, à la magnésie ; on peut en porter la dose depuis quelques gouttes jusqu’à plusieurs gros par jour.
Quelques praticiens ne craignent pas de donner le copahu ou toute autre substance qui doit amener le même résultat à toutes les périodes de l’uréthrite, même pendant sa plus grande activité ou bien pendant qu’elle s’accompagne d’accidents inflammatoires , l’orchite par exemple. 11 est rare qu’ alors ce médicament réussisse : ce n’est guère que quand on l’administre au début même de la blennorrhagie, quand le malade s’aperçoit de l’écoulement et alors qu’il n’y a qu’une très-légère douleur. Mais lorsque celle-ci est devenue intense, il n’est plus capable d’empêcher la maladie de marcher.
Le copahu est rarement bien supporté par les malades, il est d’une digestion difficile, il occasionne des rapports, des nausées et détermine parfois une diarrhée trop abondante ; on est obligé d’en cesser l’usage ou bien de l’administrer en lavements à la dose d’une à deux onces; mais de cette manière-là il réussit bien moins souvent. Les capsules gélatineuses dans lesquelles on l’enferme maintenant en cachant le goût nauséabond aux malades , il est peut-être un peu mieux supporté.
Le poivre cubèbe est employé dans le même but que le copahu , mais son action est différente. Ce médicament est astringent : on en donne un demi-gros , un gros ou deux par jour et même quelquefois plus. On peut le délayer dans l’eau ou en former une espèce de pâte. Mais la meilleure manière d’administrer le cubèbe, c’est de le mêler au copahu. On fait aussi avec ces deux substances, i auxquelles on ajoute d’autres astringents, le cachou , le sang-dragon , le ratanhia , un opiat que l’on peut aromatiser pour le rendre moins désagréable et qu’on fait prendre aux malades dans du pain à chanter à des doses variées , ou en pilules.
Il arrive souvent qu’après quelques jours de l’usage de ces médicaments , l’écoulement uréthral I cesse. Il n’en faut pas moins les continuer plusieurs jours encore, sans quoi on s’exposerait à le voir reparaître.
Beaucoup d’autres médicaments sont préconisés contre la blennorrhagie , ce sont presque toujours des purgatifs, des astringents ou des fondants,
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tels que les pilules de Béloste, la conserve de roses, l’iode, etc.
Quand la blennorrhagie dure depuis plusieurs mois , qu’elle ne consiste plus qu’en un suintement habituel sans doiüeur aucune , et que les médicaments indiqués n’ont pas réussi, on peut agir sur le canal de l’urèthre même au moyen des injections astringentes répétées plusieurs fois par jour. Elles se font avec une décoction de roses rouges, avec la teinture de cachou, avec le vin, les dissolutions salines de sous-acétate de plomb, de sulfate de zinc, de nitrate d’argent. On a reproché aux injections de déterminer quelquefois l’inflammation de la vessie. G et inconvénient, bien rare d’ailleurs , peut être évité en ayant soin de faire exercer une compression sur le périnée pendant qu’on fait l’injection. On a prétendu qu’elles pouvaient déterminer les rétrécissements du canal de l’urèthre : cette crainte n’est pas fondée ; car on voit trop souvent les rétrécissements survenir chez des individus qui n’ont jamais fait d’injections, pour ne pas se convaincre qu’ils sont toujours le résultat de l’inflammation plutôt que des remèdes qu’on lui a opposés.
On a conseillé et tous les jours on emploie avec succès l’introduction dans le canal de bougies en cire ; elles agissent de la même manière que les injections; mais, comme cesdernières, elles peuvent augmenter momentanément l’écoulement, ce dont il faut prévenir les malades. Elles ont aussi l’inconvénient de donner quelquefois lieu à l’inflammation du testicule.
Enfin, une dernière médication localeplus énergique , mais qui donne souvent de très-bons résultats , c’est une cautérisation légère , assez étendue du canal de l’urèthre; il suffit quelquefois de promener superficiellement le nitrate d’argent dans plusieurs points de sa surface, une ou plusieurs fois pour tarir des écoulements qui duraient depuis fort longtemps.
On a aussi conseillé d’appliquer des vésicatoires au périnée, sur les bourses , à la partie interne des cuisses , mais il est rare de trouver des malades qui consentent à se soumettre à ce moyen.
Quelquefois des écoulements qui ont résisté à des médications très-énergiques guérissent trèsbien sous l’influence des toniques à l’intérieur, des bains froids, des bains de mer et des bains sulfureux ou alcalins.
Les complications qui peuvent survenir dans le cours de la blennorrhagie, telles que la cystite, l’inflammation de la prostate ou des testicules , l’ophthalmie, seront décrites à chacun de ces mots.
La blennorrhagie , avons-nous dit , au commencement de cet article, peut être symptomatique d’une affection vermineuse ou rhumatismale ; il est bien entendu que dans ce cas c’est à combattre la maladie première que doivent tendre les efforts du médecin, de même que quand la blennorrhagie complique une maladie de l’estomac ou des intestins. Souvent ce n’est que quand la santé s’améliore que la blennorrhagie se guérit.
Quand la maladie est chronique dès le début, ou bien si elle revient à l’état aigu, même après le coït ouïe moindre excès, il faut chercher s’il n’y
a pas dans le canal quelque point ulcéré ou s’il n’est pas le siège de rétrécissements : dans ces cas, il faudrait guérir radicalement ces affections pour éviter le retour de ces blennorrhagies successives qu’on a pu nommer chaudepisses à répétition.
Blennorrhagie chez la femme. Elle est caractérisée par un écoulement abondant de matière muqueuse et purulente sécrétée par la membrane muqueuse enflammée de la vulve, du vagin ou du canal de l’urèthre. Les mêmes causes que chez l’homme, mais de plus ici l’état de grossesse, la première menstruation, l’abus de lavements trop chauds ou irritants , mais comme chez l’homme surtout aussi le coït , donnent lieu à la blennorrhagie. Ses symptômes sont : une cuisson pénible aux parties génitales , une tuméfaction extrême de toutes ces parties qui empêche la malade de marcher ou de s’asseoir , une douleur vive pendant l’émission des urines, une rougeur qui souvent ne se borne pas à la vulve, mais qui s’étend à la partie interne des cuisses souvent mouillées par la matière de l’écoulement.
Quand on examine les parties, on ne peut quelquefois pas écarter les lèvres tant elles sont enflammées; il n’est même pas très-rare de voir les grandes lèvres être le siège d’un abcès.
Quand les parties extérieures de la génération ne sont pas aussi tuméfiées et qu’on peut examiner l’intérieur du vagin avec ou même sans le spéculum , on voit quelquefois le pus être fourni nonseulement par la vulve ou le vagin, mais aussi par le canal de l’urèthre , et je fais cette remarque parce que quelques médecins pensent encore que l’urèthre est toujours étranger à la blennorrhagie, chez la femme. Il peut y avoir vaginite simple, et on possède quelques exemples d’inflammation du canal de l’urèthre sans que le vagin soit malade. Si l’on peut introduire le spéculum, on voit que le col de la matrice participe à l’inflammation dans quelques cas seulement. Souvent aussi une femme qui présente une blennorrhagie très-abondante n’éprouve pas de douleurs en urinant et n’accuse qn’un peu de pesanteur dans le fond du vagin : le spéculum fait voir, dans ce cas, une inflammation plus ou moins vive de la partie supérieure du vagin ou du col delà matrice, le reste des parties génitales paraissant sain.
Quelquefois une blennorrhagie très-intense s’accompagne de symptômes généraux ; mais dans la plupart des cas, il n’y a que des accidents locaux. On voit ici comme chez les hommes des engorgements passagers des ganglions des aines ; mais il est bien rare qu’il en résulte de véritables bubons. Les accidents qui peuvent compliquer les blennorrhagies chez les femmes sont, outre l’ophthalmie, ce qui est chez elle une complication peu fréquente, l’inflammation de la matrice, des ovaires ou du bas-ventre, de larges excoriations et parfois même des es carrhes gangréneuses des grandes ou des petites lèvres, de la vulve, par suite de la violence de l’inflammation.
Quant au diagnostic , il est en général facile puisqu’on peut voir la rougeur de la membrane muqueuse. Il a surtout été rendu facile depuis qu’cn s’est servi généralement du spéculum pour exa-
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miner les parties génitales dans les affections vénériennes. On reconnaît très-bien, au moyen de cet instrument, les diverses ulcérations du col de la matrice , ulcérations qui produisent souvent des écoulements très-abondants, confondus pendant longtemps sous le nom général de blennorrhagie et dont l’histoire devra être faite à l’article Chancre.
Le traitement de la blennorrhagie qui nous occupe repose sur les mêmes bases que celui employé chez l’homme. Boissons rafraîchissantes, saignées locales ou générales , bains longtemps prolongés, injections émollientes et anodines dans le vagin, régime doux tant que dure l’inflammation : quelquefois sous l’influence de ces seuls moyens la maladie arrive à la guérison; mais le plus ordinairement, quand l’irritation cesse, il reste un écoulement abondant contre lequel les émoîlientséchouent. Quand la blennorrhagie existe dès le principe sans douleur, cette maladie est alors très-difficile à diagnostiquer, parce qu’on peut croire avoir affaire à des flueurs blanches abondantes; et souvent, en effet, ce n’est que leur exagération, pour ainsi dire, sous l’influence d’une cause irritante, les remèdes émollients ne conviennent plus. Le plus ordinairement on est forcé de recourir aux injections toniques et astringentes comme chez l’homme. Mais ici elles ont une action bien plus efficace et c’est même le seul moyen sur lequel on peut compter. On peut également ici faire usage de la cautérisation superficielle dans une certaine étendue du vagin. Les moyens généraux indiqués pour l’autre sexe peuvent aussi être mis en usage avec succès.
Quant aucopahu et au cubèbe, ils ont ici une bien faible action, ils réussissent rarement, mais dans quelques cas cependant on en a obtenu de de bons résultats.
Il arrive quelquefois que, soit par négligence, soit même lorsque le traitement a été bien fait, l’écoulement ne se guérit jamais complètement, et que des femmes qui n’avaient point eu de flueurs, blanches jusqu’à une première blennorrhagie en ont été atteintes par suite de cette maladie.
Nous n’avons dû dans cet article envisager la blennorrhagie que comme affection aiguë, renvoyant à l’article syphilis ce qui a rapport au traitement spécifique.
Auguste Cullerier,
Médecin des hôpitaux de Paris.
blennohrhagique ( path .) , adj. Se dit des phénomènes qui appartiennent à la blennorrhagie. (V. ce mot.)
blennorrhée (path.) , s. f. On désigne sous ce nom un écoulement muqueux qui succède ordinairement à la blennorrhagie, mais qui souvent se manifeste primitivement. Dans cette maladie , le i mucus est moins consistant et moins coloré que | dans la blennorrhagie. Rarement il y a de la douleur dans les organes malades; l’émission de l’u- j rine, qui quelquefois est gênée , n’est presque ja- i mais douloureuse. Cette affection , qui n’est qu’un degré moins avancé de la blennorrhagie ou [
une dégénération de cette maladie , est souvent fort difficile et fort longue à guérir. (V. Blennorrhagie.) ' J. B.
blépharite (path.) , s. f. C’est le nom que l’on donne à l’inflammation des paupières. (Y. Paupières.)
blessures ( Chir. ) s. f. ( V. Plaies. )
blessures (Méd. Lég. ) C’est une des questions les plus graves eu médecine légale que d’éclairer les juges sur un cas de blessures. Non que le médecin soit embarrassé pour déterminer la nature d’une lésion et ses conséquences probables; mais le caractère de notre législation sur cette matière crée souvent des embarras au médecin légiste , qu’il lui est difficile d’éviter, et les éléments de la question sont si composés que pour que le jugement soit équitable, le médecin doit entrer dans une foule de considérations, dont les conséquences sont quelquefois le doute. Ainsi la disproportion énorme qui existe entre la pénalité applicable à une blessure qui a occasionné une incapacité de travail de plus de 20 jours ( de 5 â 10 ans de réclusion ), et celle qui n’a pas entraîné cette incapacité de (6 jours à 2 ans d’empriment ), doivent rendre le médecin excessivement circonspect dans l’appréciation des circonstances qui ont accompagné la blessure ; il doit rechercher si des imprudences du malade, une mauvaise méthode dans le traitement, ou bien des maladies antérieures qui sont venus se compliquer avec l’affection nouvelle, ne sont pas la cause de la prolongation de la maladie. Il en est de même pour les blessures qui auraient pu déterminer la mort de l’individu frappé, sans qu’elles soient cependant de nature à amener un résultat aussi fâ cheux.
C’est surtout dans la constatation des blessures et dans l’appréciation de leurs résultats probables que le médecin a besoin de s’entourer de toutes les connaissances de l’art et de tous les enseignements de l’expérience. Nous n’avons pas la prétention dans un simple article, destiné aux personnes étrangères à la médecine, de tracer même quelques-unes des règles qui doivent guider l£ médecin dans cette partie si délicate de l’exercice de sa profession : c’est dans les ouvrages de médecine légale, où les règles importantes sont développées avec détail , qu’il puisera les préceptes qui doivent le guider, préceptes même qu’il ne peut mettre en usage avec fruit, s’il n’a pas fait de bonnes études en anatomie et en pathologie.
Mais, à part ces vastes considérations, qui à elles seules peuvent faire la matière d’un volume, il est quelques renseignements que le médecin peut donner aux magistrats chargés de constater un délit de la nature de ceux que nous venons d’indiquer, et nous allons tâcher d’en signaler ici quelques-uns des plus importants.
Le premier devoir d’un magistrat, lorsqu’il a constaté l’existence d’une blessure , est de faire immédiatement appeler le médecin, non-seule-
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ment dans le but louable et naturel de donner des secours au blessé, mais encore dans l’intérêt même de la justice; car une blessure peut souvent perdre quelques-uns de ses caractères primitifs par l’inflammation qui en est la suite et surtout par les moyens de pansement que des personnes inexpérimentées auraient pu mettre en usage. Le médecin pourra ainsi avec plus de facilité constater immédiatement les rapports qui existent entre la blessure etles causes que l’on dira l’avoir produite, car le devoir du magistrat aura été de s’informer de la nature de l’arme avec laquelle on aura dit que le blessé a été frappé, de la saisir, afin que le médecin puisse établir les rapports qui existent entre la plaie et l’instrument vulnérant.
Il sera également important de s’enquérir d;i temps que l’on dit s’être écoulé depuis que la blessure a été faite, de la manière dont le coup aura été porté, de la position dans laquelle se tenait le blessé à l’instant où il a été frappé : toutes ces circonstances sont indispensables pour éclairer le médecin; elles servent à lui faire apprécier et la nature de la blessure, et le rapport qui peut exister entre l’inspection de celle-ci et la plainte du blessé. Il faudra également s’informer quelle a été la conduite du blessé après avoir été frappé, s’il a pu exécuter telle ou telle fonction, comme marcher, courir, continuer la rixe. Ces faits servent beaucoup à faire apprécier le caractère d’une lésion, et éclairent le médecin sur la véritable importance des blessures que le plaignant voudrait exagérer ou même simuler.
Ces cas de blessures simulées sont beaucoup plus fréquents que l’on pourrait le supposer , et il est souvent facile détromper les personnes peu habiles à reconnaître ces fraudes. Quelquefoisc’est une personne qui se plaint de sévices et qui présente de larges taches noires et violacées, qu’elle dit être produites par des contusions, et qui lorsqu’on les examine avec soin ne sont que le résultat de l’application d’un corps coloré sur la peau; d’autres fois un individu vient se plaindre d’une tentative d’assassinat ; il montre des blessures; mais lorsque le médecin est appelé, il constate bientôt qu’elles ne peuvent avoir été faites avec les armes, ni dans les circonstances que le plaignant indique, et souvent même il est à remarquer qu’elles n’intéressent tout au plus que la peau. On sent de quelle importance sont tous ces faits; car si le magistrat s’en laissait imposer dans ces divers cas, il s’exposerait à laisser planer des soupçons sur des personnes injustement calomniées.
Nous rapporterons ici un cas curieux pour lequel nous avons été appelé, et qui montre combien les personnes même les plus éclairées peuvent s’en laisser imposer. Un sieur B. . . . médecin, qui plus tard, comparut devant la Cour d’assises du Jura accusé de plusieurs empoisonnements sur des personnes de sa famille, était dans l’été de 1832 à Paris pour étudier, disait- il , le choléra. Un matin, il est rencontré renversé et sanglant au pied d’un arbre du bois de Boulogne; il fut conduit chez le maire d’une commune voisine, M. D...., connu par sa haute position commerciale et par ses
fonctions politiques. Le nommé B. se dit victime d’une tentative d’assassinat , et conte ainsi son événement; Je suis sorti ce matin de l’Hôtel-Dieu profondément affecté par le spectacle des cholériques que j’y avais observés ; je me suis dirigé vers le bois de Boulogne, afin de dissiper cet état par la promenade et la distraction dans le bois. J’ai été accosté par deux individus, qui après m’avoir mal parlé du gouvernement, m’ont proposé d’entrer dans une conspiration, qui avait pour but d’attenter à la vie du roi : j’ai refusé ; alors ils ont voulu exiger de moi le serment que je ne révélerais pas leur complot; loin de m’engager, je leur ai déclaré que, comme bon citoyen, je me ferais un devoir de dénoncer leurs coupables desseins ; alors ils se sont jetés sur moi. Dans la lutte, le portefeuille de l’un d’eux est tombé par terre; je m’ensuis emparé et j’ai été au même instant frappé d’un coup de poignard qui m’apercé la poitrine. A l’appui de son récit , il montrait deux blessures à sa poitrine, sa chemise et son pantalon pleins de sang, un petit pistolet de poche chargé, qui avait été trouvé près de lui et un mauvais portefeuille rouge qu’il disait être celui qu’avaient laissé tomber les conspirateurs ; ce portefeuille contenait une lettre qui avait rapport à la prétendue conspiration , et deux paquets d’une poudre blanche qu’il disait présumer être du poison.
Le maire M. D., encore sous l’impression des événements politiques dont le mois de juin venait d’être le théâtre, et rassuré par la qualité de la personne qui portait cette plainte, crut ce récit; il prodigua au sieur B. . . . toute espèce de marques d’intérêts, et il poussa l’attention jusqu’à faire mettre les chevaux à sa voiture pour faire reconduire le malade à son hôtel. Il rendit immédiatement compte de ce fait au préfet de police. Le lendemain, le sieur B... fut mandé à la préfecture de police; mais là on avait été peu crédule; des soupçons s’étaient élevés sur la véracité du narrateur, et desmédecinsfurentmandéspour examiner l’état de sa blessure. Je suis désigné avec mon confrère M.B. de L. ; nous examinons les plaies, et nous voyons deux petites ouvertures qui existaient à la peau sur le côté droit delà poitrine : le sieur B.... nous dit qu’elles avaient été faites d’un seul coup et avec un poignard mince et étroit; nous reconnûmes bientôt que ces deux ouvertures, qui étaient séparées par un intervalle de dix-huit lignes, avaient été faites séparément; que la peau n’avait été que légèrement incisée, que ces deux ouvertures n’avaient jamais communiqué entre elles , et que le sang qui tachait la chemise du sieur B... était trop abondant pour avoir été seulement fourni par ces deux petites incisions , enfin que relativement au fait de la blessure , le récit était complètement controuvé. Le sieur B. s’appuya de sa qualité de médecin pour combattre nos conclusions; il voulut une contreexpertise et désigna M. Dupuytren: ce célèbre chirurgien vint; il ne voulut point connaître notre opinion, il examina les plaies, se fit lire notre rapport et il signa immédiatement en déclarant qu’il partageait complètement notre avis ; il nous cita même un cas semblable, arrivé sous le consulat, dans le parc de Saint-Cloud. Le sieur B... fut immé-