‹ Dictionnaire de médecine usuelle (volume 2)Chapitre 127 sur 316 · BRI J · texte numérisé non relu

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ches secondaires frappées et plus ou moins carbonisées;

6° Enfin, un membre ou partie du corps détruit, les os attaqués et en partie carbonisés.

Cette division admise permet au médecin d’arriver plus promptement à juger la gravité du mal et à y apporter remède.

Le premier degré peut exister seul, et presque toujours concurremment avec tous les autres, ce qu’il est facile de comprendre. Il n’est jamais dangereux , à moins qu’il ne soit étendu sur une grande surface ; il se manifeste par une rougeur vive , qui blanchit sous la pression du doigt, par un gonflement analogue à celui de l’érysipèle. II y a des battements locaux ; la douleur est vive, cuisante, irritante, intolérable, dans une grande brûlure. Quelquefois elle est suivie de fièvre , délire et convulsions. L’insolation produit une brûlure analogue , suivie parfois de graves résultats : elle est connue vulgairement sous le nom de coup de soleil.

Après quelques heures ou quelques jours , si on a négligé les moyens curatifs, la douleur a cessé; l’épiderme de la partie brûlée est sec , ferme , brunâtre; il s’enlève par écailles, après s’être fendillé; le tact semble affaibli. L’épiderme, après un coup de soleil, s’enlève sous forme de pellicule farineuse et blanchâtre.

Au second degré , les phlyctènes sont développées, la rougeur est plus foncée , l’élévation plus prononcée, la douleur plus profonde, la sensibilité locale plus exaltée, et si la brûlure est étendue, tous les symptômes sont plus graves, et suivis d’autres fois d’accidents plus ou moins violents.

Lorsqu'aux deux premiers se joint le troisième degré , si le tissu papillaire est atteint dans une vaste étendue, les douleurs sont vives, profondes ; des accidents consécutifs se développent rapidement. Les inflammations , les suppurations consécutives, et enfin les douleurs trop fortes peuvent amener des syncopes , l’affaiblissement du pouls, des sueurs froides et la mort.

On conçoit aisément que la progression dans la gravité de la brûlure est en raison de son étendue et du degré auquel elle est arrivée, et que surtout elle détermine des accidents analogues à la profondeur et à l’étendue du mal, accidents qui sont aussi variés que la gravité de la brûlure, et.la sensibilité de l’individu. Dans tous les cas, dans les derniers degrés de labrûlure, on doit redouter les suites , autant par les inflammations qui se développent consécutivement dans les grandes cavités, que parce qu’elles sont suivies d’une abon dante et fétide suppuration , ou par la crainte d’une escarre gangréneuse qui laisse à nu de trèslarges surfaces des vaisseaux et des nerfs profonds, enfin , par la crainte de la résorption d’un pus fétide et en contact avec une plus grande masse d’air. Il faut donc asseoir son jugement selon l’étendue du mal, selon sa profondeur, et surtout il faut, selon la sensibilité et l’état physique du patient, appeler promptement à son secours les soins d’un homme éclairé.

Dans les brûlures étendues , il ne faut pas so

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tranquilliser sur l’absence de la douleur; car une nrûlure au dernier degré n’est pas celle qui fait le plus souffrir; l’application du moxa, du fer rouge , sont douloureuses d’abord , mais une fois le derme carbonisé , la sensibilité est peu exaltée, et dans les fortes brûlures , les parties les plus éloignées de la complète destruction sont les plus douloureuses.

Le diagnostic de la brûlure est donc toujours relatif à son étendue , à l’état présent du malade , influencé par ses habitudes et sa sensibilité. Une brûlure légère au premier degré n’est pas un mal ; mais si elle occupe une grande surface sur le tronc ou les membres , elle peut réagir sympathiquement sur les autres organes avec une vivacité extrême; les brûlures du second degré étendues sont encore plus à redouter; l’inflammation secondaire est plus douloureuse, et les phlyctènes s’agrandissent beaucoup du jour au lendemain et s’emplissent d’un liquide de couleur citrine; lorsqu’elles s’affaissent, l’épiderme s’enlève, et quelquefois on aperçoit , lorsqu’elles sont déchirées, sur la peau une couche grisâtre ou des bourgeons charnus ; la suppuration s’établit , et peut , si la plaie est étendue , affaiblir beaucoup le malade. C’est aussi, en général, un mauvais signe lorsque le liquide qui s’écoule des phlyctènes est noirâtre, gris, sanguinolent ou fétide.

Lorsque les phlyctènes sont très- nombreuses, on remarque autour de la brûlure des parties jaunes, noirâtres, insensibles; ce sontdes escarres, et, selon leur étendue et le degré de la brûlure , on les voit plus ou moins nombreuses. Le travail éliminatoire se fait dans l’espace de sept â onze jours, et pendant tout ce temps l’inflammation augmente , ce qui a propagé l’opinion populaire que les brûlures augmentaient pendant neuf jours.

Au dernier degré de la brûlure , si elle est considérable, les malades peuvent succomber promptement ; d’autres fois, ils ne meurent qu’au moment où les escarres tombent , ou à la chute , ou par suite des développements gangréneux, ou par les suppurations prolongées consécutives.

Quelquefois les malades succombent également lorsqu’ils semblent guéris. Le professeur Delpech, de Montpellier , dont la mort prématurée a été si tragique , en a cité un grand nombre d’exemples , et il croyait qu’on pouvait attribuer à la perturbation des fonctions de la peau la mort des malades , et c’est dans l’idée d’atténuer cette cause , qu’il semble avoir combattue avec succès , qu’il administrait les diaphorétiques.

Après une brûlure considérable, la fièvre se développe avec rapidité et violence , le pouls est dur, serré; les convulsions et le délire peuvent survenir en peu d’instants : d’autres fois , il y a une telle perturbation , que le pouls reste petit , concentré , avec somnolence , sueurs générales froides, suivies d’une mort prompte : d’autres fois, la sympathie des organes essentiels à la vie est si prononcée qu’ils sont affectés d’inflammations qui tuent promptement les malades; dans les pays chauds , on a vu le tétanos se développer à la suite de la brûlure des mains ou des pieds. Les personnes adonnées à la boisson , les individus

scrofuleux, les personnes sujettes aux inflammations, sont plus que d’autres exposées à des suites dangereuses.

Traitement. Le traitement de la brûlure dans le premier moment doit avoir pour but de prévenir l’inflammation ou de l’arrêter de suite , de calmer les douleurs et de combattre avec promptitude le développement de tout accident ultérieur.

On doit enlever avec ménagement les vêtements qui couvrent encore la partie brûlée , en ayant soin de les couper doucement , afin d’éviter d’enlever l’épiderme des phlyctènes. Il ne faut pas soulever brusquement les parties brûlées saillantes ou raccornies.

Les premiers remèdes à employer sont ou calmants ou répercussifs ; ils ont été proposés en grand nombre , si on ajoute foi à tous ceux qui ont été vantés ; mais, en général , leur action sédative ou répercussive est assez précaire, les pulpes et gelées de fruits acides, la pomme de terre , la carotte râpée, sont sédatifs et répercussifs; l’argile avec le vinaigre, l’eau alcoolisée, l’eau d’alun, l’encre elle- même, agissent plutôt comme répercussifs ; les nombreuses embrocations huileuses , conseillées en pareil cas , n’ont aucun effet , que de mettre la brûlure à l’abri du contact de l’air.

La brûlure détermine sur la partie frappée une inflammation qui croît sans cesse par l’affluence des fluides qui augmente la douleur locale par cet afflux , qu’il faut détourner en calmant la douleur, en l’arrêtant dans sa marche ou en la repoussant , s’il est possible.

De l’eau froide. Le remède le meilleur et le plus facile à trouver, c’est l’eau froide sortant du puits. Aucune brûlure , quelque grave qu’elle soit , quelque étendue qu’elle soit, ne se trouvera mal d’avoir été ainsi traitée. Depuis la brûlure du premier degré, jusqu’à celle du sixième , l’emploi du froid est avantageux. Si on peut immédiatement plonger la partie malade dans l’eau froide , et qu’on renouvelle l’eau à mesure qu’elle s’échauffe, on verra la douleur s’affaiblir par degré, et si on prolonge ce moyen pendant plusieurs heures, la plupart du temps l’inflammation consécutive est anéantie. Une jeune femme de notre famille avait eu le bras et la main brûlés par la chute d’une cafetière d’eau bouillante. Pendant notre absence, on avait posé sur le mal divers topiques ; les phlyctènes étaient nombreuses, la douleur excessive. A mon arrivée , je fais plonger le bras et la main dans l’eau froide. Au bout de quelques heures, elle s’endormit , son bras restant dans l’eau , et lorsqu’elle s’éveilla , toute douleur avait disparu , et cette grave brûlure fut guérie comme par enchantement.

Une jeune dame anglaise, en toilette de bal , s’approche du feu, la robe s’enflamme ; elle court, elle appelle du secours; mais le feu fait d’horribles progrès ; toutes les extrémités et le tronc furent horriblement brûlés. Aucun topique ne la soulageait; un demi-bain d’eau froide put seul calmer la douleur et faire cesser le délire.

Un enfant souffle le feu avec sa bouche , une étincelle lui saute dans l’œil; en peu d’instants, l’œil est gonflé. La mère est au désespoir, je lui

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conseille l’eau froide pour son enfant, et cette bonne mère a la constance de faire tenir l’œil plongé pendant sept heures dans un verre d’eau froide , sans cesse renouvelée ; l’enfant fut guéri promptement. Nous pourrions citer bien d’autres cas de guérisons semblables obtenues par l’emploi du même moyen avec une grande persévérance.

Dans les brûlures très-graves , l’emploi du froid calme la douleur , arrête les progrès de l’inflammation et en prévient toujours les suites si redoutables. On peut citer de nombreux et satisfaisants exemples de la bonté de ce moyen. M. Lacrelle, chirurgien-major au Yal-de-Grâce, a arrêté l’inflammation consécutive d’une grave brûlure, en appliquant de prime abord, sur la partie malade, des vessies remplies de glace; et, comme pour prouver l’efficacité du moyen, les parties qui n’avaient pas subi l’action du froid furent les seules enflammées et longues à se cicatriser.

L’eau froide doit être employée avec persévérance et souvent renouvelée. Si la partie ne peut être plongée dans l’eau, il faut la couvrir de compresses, sans cesse mouillées d’eau à la glace, jusqu’à complète disparition de douleur.

Nous conseillons donc, avant tout moyen, l’emploi de l’eau froide sous toute forme, avec persévérance, même dans les cas les plus graves. Si cependant la sensibilité ou une disposition spéciale rendait l’emploi de ce moyen inapplicable, ilfau tre courir alors aux autres remèdes; tels que la pomme de terre râpée , etc. ; recouvrir la partie malade du duvet de la massette d’ eau, typha, c’est le roseau ou latifolia, de coton, d’embrocations opiacées d’eau de Goulard.

Roseau. L’emploi du duvet de roseau , que nous avons le premier rappelé à l’attention des médecins , dans le Journal des Connaissances usuelles et pratiques dès 1830, est un remède ancien et vulgaire très- avantageux dans les brûlures, remède qui surtout prévient les longues suppurations. Le duvet de la massette d’eau doit être employé en petites couches sur toutes les parties malades. Avant de l’appliquer, on crève les phlyctènes à leur partie la plus déclive , et lorsqu’elles sont vidées , on les couvre de ce duvet, qui est abandonné jusqu’à ce qu’il tombe naturellement. On est étonné de voir des brûlures graves guérir sans suppuration par l’emploi de ce moyen. Si quelques parties sont ulcérées, il faut les couvrir du même duvet avant d’essayer d’autres moyens , et si la suppuration continue, on doit se servir, pour panser la plaie, d’une pommade composée à partie égale de cérat saturné et de fécule de pomme de terre bien mélangés dans un mortier de marbre. Cotte pommade, peu connue, arrête promptement la suppuration.

Le coton, conseillé déjà dans l’antiquité contre la brûlure , a été de nouveau préconisé dans ces derniers temps, par le docteur Anderson, qui l’a employé avec succès à l’hôpital de Glascow, en «sngleterre;le coton est posé sur le mal par petites cardes plates. Quelques chirurgiens, en France, «nt employé ce moyen, mais avec moins de succès que le médecin anglais , et nous pouvons dire , pour notre part, que jamais il n’a réussi entre nos

mains , avec quelque fréquence que nous l ayons essayé ; il augmentait toujours la douleur. Cependant M Anderson assure que l’emploi du coton empêche les cicatrices difformes et profondes qui sont si souvent la suite des brûlures.

Le fils de notre illustre Darcet, qui marche dignement sur les traces de son père , assistant à la fonte de la statue du roi Stanislas dans une fonderie de Paris, le métal s’élança au-dehors du moule en gerbe de feu, et brûla plusieurs personnes, entre autres le jeune savant, à la figure, aux bras et aux jambes. L’emploi immédiat du roseau produisit un effet merveilleux, et il fut guéri sans aucune marque , bien qu’il ait été gravement atteint.

La compression a été préconisée par M. Bretonneau , de Tours , pour modérer la douleur et empêcher l’inflammation. M. le professeur Velpeau a également cité un grand nombre d’observations en faveur de ce moyen, et il est de fait qu’en comprimant fortement avec des bandes en toiles roulées autour du mal, on a calmé momentanément la douleur.

Chlorure d'oxide de sodium. La dissolution de chlorure de sodium, queM. le professeur Lisfranc, dont la haute réputation est si justement méritée, emploie avec succès en compresses et lotions, prévient les longues suppurations, arrête la fétidité du pus altéré ou vicié par l’air; le même moyen semble aussi calmer la brûlure au premier degré. Elle doit être étendue d’eau à la dose de deux onces de liqueur de Labarraque par litre d’eau.

Nous n’avons pas parlé des sédatifs qui doivent s’employer à l’intérieur pour calmer le malade et de ceux qui sont appliqués extérieurement; ce sont des lotions légèrement opiacées; car, à notre avis, le meilleur moyen de calmer est de faire disparaître la douleur, et le remède souverain, c’est le froid.

Lorsque l’inflammation marche, il faut la traiter par des émollients locaux , par des saignées générales et locales, par la diète; mais toujours il faut éviter de prolonger la suppuration et panser avec la pommade suivante et des compresses de duvet de roseau si la douleur est vive.

Cérat de Goulard ou opiacé. . une once.

Fécule de pomme de terre. . demi-once.

Triturez bien dans un mortier de marbre, et faites une pommade homogène, qu’on étend sur des compresses fenêtrées de linge fin; on renouvellera deux fois par jour le pansement.

En suivant ce mode de traitement, on évite les cicatrices difformes; mais si une partie impoiv tante est gravement compromise , il faut la tenu pendant la cicatrisation dans la position la plus convenable, afin d’éviter les cicatrices non bridées, si fâcheuses par leurs suites.

Si les doigts sont dénudés, il faut leur donner pendant qu’ils se cicatrisent, dès les premiers moments , la position la plus convenable et la moins embarrassante, en ayant soin de les isoler par des bandelettes, afin d’empêcher leur adhérence.

On doit éviter de tirer les escarres trop vivement ; les parties tendineuses qui s’exfolient s’enlèvent avec soin à l’âide des ciseaux.

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