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esl de beaucoup augmentée. Dans les glandes mammaires principalement , ces engorgements squirrheux peuvent rester stationnaires jusqu'à l’époque de la cessation des règles; les sympathies qui unissent la matrice aux mamelles donnent alors lieu à de notables changements. Le squirrhe est une matière d’un blanc tantôt parfait , tantôt un peu bleuâtre ou grisâtre, légèrement transparente, d’une consistance telle qu’elle crie ordinairement sous le scalpel qui l’incise, elle a la résistance de la couenne de lard, avec laquelle le squirrhe a été justement comparé. Dans sa période de ramollissement, le squirrhe acquiert graduellement la consistance et l’aspect d’une gelée, d’un sirop, dont la transparence est troublée par un peu de sang; il offre alors des variétés qui sont des espèces particulières et qui ont reçu des noms différents ; d’encéphaloïde , de cérébriforme , de fongus, etc.
Lorsque la formation de la matière cancéreuse ou cérébriforme esl accompagnée ou suivie d’une ulcération , les chirurgiens donnent à la maladie le nom d’ulcère cancéreux.
Les dispositions individuelles qui donnent naissance au cancer sont inconnues; on peut seulement apprécier l’influence de certaines conditions. Les femmes sont plus souvent victimes des affections cancéreuses, elles sont exclusivement exposées au cancer de la matrice. D’un autre côté les hommes sont affectés de cancer à la verge et aux testicules.
Le cancer est très-rare avant la vingtième année , le plus grand nombre a lieu entre trente-six et cinquante , surtout chez les femmes à l’époque de la cessation des menstrues.
L’influence d’une profession quelconque sur la production du cancer est loin d’être démontrée ; les filles publiques sont peut-être moins fréquemment atteintes de cancer que les femmes qui ont vécu dans l’abslinence complète de rapports de sexe; c’est au moins ce que donnent quelques relevés faits à l’hospice de la Vieillesse ( femmes ). Une vie sédentaire, menée dans un climat humide, dans une habitation malsaine , une alimentation de mauvaise qualité ou insuffisante à réparer les pertes, des travaux excessifs, sont toutes des causes qui détériorent l’économie. Cette maladie est aussi rare chez les habitants des campagnes qu’elle est commune dans les grandes cités. Les émotions tristes, les chagrins prolongés, sont regardés par les malades comme le point de départ de cette affection.
Le tempérament lymphatique est plus exposé au cancer queles autres espèces de tempérament; pendant la marche de la maladie sa prédominance s’accroît encore.
Pendant long-temps l’on crut à la contagion du cancer. Ces craintes étaient mal fondées; beaucoup de médecins ont impunément tenté l’inoculation sur eux-mêmes, moi-même je me suis blessé plusieurs fois en disséquant des cancers, ou en pratiquant l’extirpation de ces tumeurs sur le vivant; je n’ai jamais éprouvé d’accident consécutif. Des femmes atteintes de cancer de l’utérus ont pu continuer de se livrer à l’acte vénérien , sans suite
fâcheuse pour les hommes avec lesquels elles cohabitaient.
De nombreuses observations tendraient à prouver que l’hérédité n’a aucune influence comme cause prédisposante au cancer, et que cette cruelle maladie serait toujours acquise par l’individu Pour moi, je ne partage pas cette opinion, et je me croL autorisé, d’après mes observations particulières, conformes à celles de beaucoup de praticiens, à admettre l’hérédité comme cause prédisposante du cancer. Les plus sceptiques seront au moins forcés de reconnaître que l’on hérite de telle ou telle organisation , de telle ou telle prédominance de système qui favorisera plus tard et dans un âge donné , le développement du cancer.
Aux exemples qui paraissent venir à l’appui de l’hérédité des affections cancéreuses, on peut en ajouter un célèbre recueilli sur la personne de Napoléon, qui mourut, ainsi que son père, d’un cancer de l’estomac. Mais peut-être dira- t-on que l’illustre captif de Sainte-Hélène ne serait pas moins mort d’un cancer de l’estomac, quand bien même son père ne lui aurait pas légué ce trop funeste héritage.
Les caractères anatomiques du cancer, ses symptômes, sa marche, etc., varient suivant les tissus qu’il affecte, suivant les organes sur lesquels il porte ses ravages, ce qui doit trouver sa place lors de la description du cancer dans chaque organe en particulier.
Sans vouloir expliquer la nature du cancer, on ne peut s’empêcher d’admettre que l’inflammation chronique intervient dans la plupart, et qu’une nutrition irrégulière dans ua organe donne lieu à des productions anormales, morbides, qui, quoique variables dans leurs caractères anatomiques, tendent vers une terminaison commune, en produisant dans toute l’économie un trouble général en rapport avec l’affection locale.
La cachexie cancéreuse, c’est-à-dire la détérioration de toute la constitution par l’action du cancer,est un point important, et a souvent dicté le parti à prendre dans le traitement des cancers, i Cependant cette cachexie n’est pas toujours en I rapport avec la gravité de la maladie locale: il arrive souvent de voir des femmes dont le col de la matrice , une partie du vagin, sont détruits et réduits en pulrilage par de vastes cancers, sans que l’état général trahisse de semblables désordres; d’autres fois les espérances du chirurgien son t lout-à fait trompées, lorsqu’il croyait à une guérison certaine, après l’extirpation d’une tumeur cancéreuse peu volumineuse. Aussi quelques pra ticiens sont-ils ailés jusqu’à dire que le cancer confirmé était inguérissable. En induisant celte exagération , il reste démontré que les chances de succès, après l’opération d’un cancer, sont en raison directe du peu de désordres arrivés dans l’économie par suite de l’existence d’abord locale du cancer ; je sais bien que l’opinion de plusieurs auteurs, entre autres du baron Boyer, est que le cancer doit toujours être une maladie nécessairei ment mortelle; elle résulterait suivant eux d’un I vice cancéreux général qui ne se montrerait local que secondairement.
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L’opération ne préviendrait donc jamais de cruelles récidives qui séviraient avec d’autant plus de violence , et devraient par conséquent faire proscrire toute amputation d’organe cancéreux. Mais les faits multipliés de guérison après l’ablation de tumeurs cancéreuses ne permettent pas d’admettre ces opinions dans toute leur rigueur, l’absence de succès est bien plutôt due à ce que le mal n’avait pas été enlevé par l’instrument jusque dans ses racines, ou à ce que l’on avait opéré beaucoup trop tard. Le professeur Boyer lui-même contredisait ses idées; très-fréquemment il opérait les cancers.
Il est naturel de penser que le traitement du cancer a dû subir toutes les influences des idées que l’on s’était formées aux différentes époques sur la nature même du cancer. Les théories impriment toujours leur cachet à la thérapeutique. Lorsque l’on crut que le cancer pouvait toujours être ramené à une phlegmasie , on prodigua les antiphlogistiques. Pendant que dominait au contraire l’opinion d’un virus cancéreux, l’on chercha un spécifique susceptible de neutraliser le virus; de là une foule de moyens empiriques.
Dans l’état actuel de la science, un sage praticien distingue lés affections cancéreuses qui sont encore du ressort de la médecine , de celles qui déjà font partie du domaine de la médecine opératoire ; dans le premier cas , l’on a pour but de résoudre l’engorgement squirrheux, de calmer les douleurs qui en naissent et enfin de combattre la cachexie cancéreuse, et l’on fait usage des différentes substances fondantes résolutives , le savon médicinal, le mercure, la ciguë, certaines eaux minérales, etc. Les antiphlogistiques sont d’abord mis en usage; les douleurs sont calmées parles narcotiques variés. Pour prévenir ou combattre l’infection du sang par l’absorption du poison cancéreux , sans doute, il faut atteindre la cause locale; mais il faut aussi s’aider du régime alimentaiire qui doit être choisi parmi les substances féculentes, albumineuses, et qui doit être plutôt végétal qu’animal, proscrire toute nourriture stimulante, surtout lorsque le cancer a pour siège l’estomac.
L’impuissance de la médecine dans des cas de cancer a fait invoquer les moyens chirurgicaux , pour détruire la maladie par l’application de caustiques ou par l’instrument tranchant. Une troisième méthode, importée récemment d’Angleterre en France , consiste dans la compression , qui n’est possible que dans un certain nombre de cancers et qui doit être exercée différemment suivant la position des parties cancéreuses , et toujours avant un commencement de dégénérescence.
L’application des caustiques doit être faite avec une très-grande prudence ; il faut redouter l’absorption des substances employées qui ont quelquefois déterminé la mort en quelques heures ; il faut craindre la douleur causée par le caustique* et qui dans certainscas devient atroce. Peut-être aussi doit-on complètement rejeter ce mode de traitement du cancer.
L’amputation de la région sur laquelle siège le cancer est sans contredit le moyenle plus efficace que nous possédions. Quelques audacieux prati-
ciens de nos jours surtout ont osé exécuter l’extirpàtion d’organes regardés comme inaccessibles au fer du chirurgien , c’est ainsi qu’ils ont pratiqué l’ablation de toute une mâchoire , l’extirpation de la totalité'de la matrice , l’incision du rectum à la hauteur de plusieurs pouces. L’art applaudit à de semblables tentatives qui l’honorent et l’enrichissent quelquefois, tandis qu’il repousse avec honte toute opération dans laquelle le chirurgien ne pourrait atteindre au-delà des limites du mal, parce qu’il n’aurait pas prévu tous les obstacles.
J’ai déjà dit que tous nos tissus, tous nos organes pouvaient devenir le siège de cette affreuse maladie. Les bornes de cet ouvrage m’empêchent d’en poursuivre la description dans ses différents sièges, de faire voir les troubles qu’elle produit dans chaque fonction en particulier. Cependant je ne puis me dispenser d’aborder les détails des deux espèces de cancer qui ont toujours excité le plus vif intérêt, soit parce qu’ils sont plus communs, soit parce qu’ils affectent cette précieuse moitié de l’espèce humaine, seule digne d’un véritable culte. Je veux parler du cancer des mamelles et du cancer de la matrice.
Cancer des glandes mammaires. Les hommes en sont rarement atteints , c’est le contraire pour les femmes. Chez elles, ces glandes remplissent un rôle important : elles sont souvent excitées , elles sont plus exposées aux contusions , aux violences extérieures. Cette maladie est plus fréquente vers l’âge de trente à quarante ans. Son début est obscur, insidieux.Un coup, même léger, un engorgement laiteux, une pression trop continuée, donnent lieu à une tumeur peu volumineuse, indolente, arrondie , non adhérente. Après une durée indéterminée, cette tumeur s’accroît, elle devient inégale , bosselée. La peau prend un aspect luisant et tendu; les veines qui rampent au-dessous delà peau se dessinent par des lignes bleuâtres, saillantes. Des douleurs sourdes se font d’abord sentir, puis elles deviennent lancinantes, enlèvent le repos, troublent la santé ; la malade surmonte sa répugnance, réclame des conseils et souvent en trop grand nombre; chaque consultation nécessite de nouvelles pressions, augmente les inquiétudes. .Heureux encore si parmi ces conseils il ne s’en trouve aucun capable défaire dégénérer un engorgement glandulaire simple , facile à résoudre par un traitement approprié, en une affection au-dessus des ressources de l’art. Avec les douleurs lancinantes commencent les soupçons sur la nature de l’affection; il n’est pas rare de voir des femmes qui depuis nombre d’années portaient au sein des indurations roulantes , circonscrites , indolentes , tout à coup vers l’âge critique éprouver ces douleurs lancinantes, voir ces engorgements, jusquelà restés stationnaires, augmenter rapidement et revêtir bientôt tous les caractères du cancer confirmé.
Cette tumeur a tantôt son siège dans le tissu qui entoure la glande elle-même , tantôt dans cette glande, d’autres fois enfin, mais plus rarement, dans lapeaudu sein même, qui présente des tubercules isolés, arrondis, qui se développent, se rencontrent ■ et donnent à la peau une couleur livide. Cette
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dernière forme de la maladie est la plus tenace, la plus dangereuse ; les deux premières formes ne tardent pas à se confondre par les progrès du mal.
L’époque du ramollissement de la tumeur du sein, de sa désorganisation, varie suivant sa composition et suivant les sujets. Mais on est convenu de n’appeler du nom de cancer proprement dit, que la tumeur du sein qui déjà est ulcérée à sa surface et qui laisse écouler un liquide roux noirâtre, d’une fétidité repoussante et qui irrite, ulcère toutes les parties qu’il touche. La maladie n’est déjà plus locale, la peau de tout le corps prend une teinte jaune pâle; elle s'infiltre et le corps offre l’aspect de la cire. La malade éprouve de fréquents accès de fièvre, avec des alternatives de dévoiement et de constipation. Des douleurs se font sentir derrière le sternum, elles sont accompagnées de toux sèche.
A mesure que la constitution se détériore , le cancer marche avec plus de fureur; il envahit tous les tissus voisins, les glandes de l’aisselle, le bras et l’avant-bras correspondant s’engorgent et restent incapables de mouvement. Les bords de l’ulcère se renversent, des anfractuosités profondes se remplissent d’une suppuration fétide, grisâtre; la plaie est d’un aspect horrible. L’ulcère qui corrode , détruit les vaisseaux, cause des hémorrhagies répétées et souvent mortelles. D’autres fois ces malheureuses victimes, ne pouvant plus supporter la nourriture , succombent enfin à une suppuration abondante , à des sueurs excessives , à un complet épuisement.
Dans le traitement du cancer des mamelles, la théorie et l’expérience s’accordent pour ne pas porter un jugement précipité sur l’incurabilité des tumeurs du sein, lors même qu’elles sont déjà inégales, bosselées, douloureuses; mais il faut insister avec la plus grande persévérance sur tous les moyens reconnus efficaces dans l’engorgement inflammatoire de ces organes ; malheureusement il est rare que les malades se soumettent avec patience et résignation aux soins convenables; il est rare encore que le médecin exige assez de suite dans l’emploi des moyens rationnels, tels que le repos , la diète , une nourriture appropriée , des applications émollientes, narcotiques, des bains, etc.; des saignées locales répétées aussi souvent que la force du sujet peut le permettre. On doit insister sur le traitement dérivatif intestinal , qui ne peut amener à sa suite aucun inconvénient. Enfin arrive le traitement chirurgical dont la description ne saurait faire partie de cet ouvrage.
Cancer de la matrice. Cette affection est à la fois commune et grave; les fonctions de cet organe, les rapports sympathiques qui l’unissent à presque tout le reste de l’économie, rendent compte de la fréquence de ces lésions, tandis que sa situation profonde et le voisinage des parties quil’entourent expliquent leur gravité.
Cette maladie est très-rare dans les deux périodes extrêmes de la vie. Son époque d’élection est de trente à cinquante ans. Cependant je l’ai déjà rencontrée avant l’âge de vingt-six ans. Le tempérament lymphatique et nerveux , si commun chez les femmes en est une cause prédisposante. Le
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genre de vie a une influence très-marquée sur la production de cette maladie. Les femmes des grandes villes y sont bien plus exposées que celles j des campagnes. Des médecins du plus grand mérite, Dionis, Van-Swieten, le baron Richerand, pensent que le célibat est une condition favorable au cancer de matrice; ils citent des exemples de cette maladie observés dans des maisons religieuses; mais rien ne vient mettre hors de doute la chaste té dans ces cas particuliers. J’ai déjà dit que les plaisirs vénériens ne pouvaient être une cause de ces sortes de maladies, et si les excès de coït ont quelque valeur dans leur production , il faut l’attribuer aux manœuvres mises en usage, même par les femmes de la haute société.
Les causes plus directes du cancer de l’utérus consistent dans une sensibilité anormale de cet organe, dans son inflammation aiguë ou chronique, dans une menstruation irrégulière sous les différents rapports de son abondance , de sa durée, de sa périodicité, dans des contusions portées immédiatement sur le col de la matrice, parle choc d'un organe mâle disproportionné, les jouissances vénériennes trop précoces , des accouchements laborieux, la présence d’un pessaire, des pertes blanches abondantes et trop prolongées, enfin par-dessus tout et bien plus particulièrement, les tentatives criminelles d’avortement. La majeure partie des femmes affectées de cancer avaient été réglées de très-bonne heure.
Les femmes menacées du cancer de la matrice, se plaignent d’une irrégularité remarquable dans leurs menstrues : elles sont beaucoup plus abondantes; à peine laissent-elles quelques jours de libre. Pendantl’intervallelamalade est tourmentée par un écoulement fétide, de peu de consistance; souvent opaque, albumineux , ordinairement roussâtre ; une pesanteur incommode se fait sentir an bas-ventre, dans les aines et surtout au niveau des reins. La santé générale parait conservée, mais après quatre ou cinq mois de cet état, la femme éprouve une ardeur incommode au niveau du col de la matrice, d’autres fois un fourmillement le long des reins; les rapports de sexe sont douloureux, dans quelques cas suivis de gouttes de sang. Des douleurs lancinantes se propagent dans les aines, les fesses, les cuisses; elles augmentent pendant l’émission des urines, des matières fécales et pendant la pression sur le basventre.
La deuxième période du cancer de la matrice est celle de la suppuration et de tous les désordres qu’elle entraîne après elle. L’embonpoint a disparu ; l’attitude exprime la faiblesse; la peau est jaune sale; elle a perdu son élasticité et semble se détacher des chairs qui sont molles, blafardes. Une légère bouffissure de la face, sa pâleur, la couleur terne des cheveux et la tristesse du regard, composent une expression de physionomie trop pénible pour qu’on puisse jamais l’oublier.La nourriture est sans goût pour la malade ; elle est prise alternativement de vomissement , de dévoiement et de constipation; la peau est sèche pendant le jour, elle se couvre d’un sueur visqueuse pendant la nuit, ce qui ajoute encore aux angoisses de l’in-
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somme qu’entraîne la violence des douleurs. Le ! pouls est misérable , les forces sont anéanties, et la malade ne peut plus quitter le lit. Le pus qui découle du vagin est mêlé de sang noir et de dé- j bris, il baigne les parties environnantes, les ex- | corie , il exhale une odeur repoussante. L’ulcère dévore les parois du vagin, de la vessie, du rectum, et ne forme plus de toutes ces parties qu’un vaste cloaque d’où s’échappent au milieu d’horribles douleurs , les urines , les matières fécales et le putrilage. Enfin la mort vient mettre un terme à tant de ravages, lorsqu’une hémorrhagie foudroyante ne l’a pas subitement produite.
La durée du cancer de la matrice varie à l’infini: tantôt il reste squirrheux, indolent pendant plu- j sieurs années, tandis que d’autres fois son ulcéra- J tion produira les résultats les plus graves dans l’espace de quelques mois.
Le cancer de la matrice ne commence pas tou- ■ jours par son col qui peut rester en apparence à l’état sain, lorsque le corps de la matrice est en- ! fièrement squirrheux. Il est très-difficile d’abord de reconnaître cette maladie: le corps de la ma- j trice peut acquérir un volume considérable pendant cette variété du cancer. Les exemples sont assez nombreux de femmes chez lesquelles le mal n’a pu être reconnu que lorsqu’il était déjà très- j avancé et au-dessus des ressources de l’art.
Jusqu’à présent le traitement appliqué dès le j début est celui dont on a pu retirer le plus d’avantages. Toutes les fois qu’une femme, surtout de moyen âge , éprouve une irrégularité de menstruation, des irritations aiguës et passagères de la matrice, le toucher doit être pratiqué; rien ne saurait dispenser de cette exploration immédiate: faire autrement c’est traiter en aveugle des lésions dont il importe de connaître parfaitement les dispositions, c’est compromettre sa réputation, l’honneur de l’art et avant tout la santé et même la vie de la femme qui réclame un salutaire conseil.
Dans les cas de simple congestion de l’organe utérin, on emploiera tous les moyens susceptibles de diminuer cette congestion. D’abord la saignée du bras si la force de la malade le permet , des saignées locales par des sangsues appliquées aux aines , aux lombes, et plus particulièrement sur le col même de la matrice au moyen du spéculum. On adjoindra les bains de siège , mieux encore les bains entiers, les injections chargées de principes médicamenteux; les injections ne doivent jamais être poussées avec force , elles produiraient une contusion sur une partie qu’elles doivent seulement baigner. Les décoctions de plantes narcotiques sont préférables , les capsules de pavots, la jusquiame, la morelle, la belladone, la ciguë, etc. ; Les ressources tirées de l’hygiène sont, dans le traitement de cette maladie, d’une indispensable nécessité : on se soumettra à un régime doux , léger, les viandes blanches , les végétaux frais, les fruits mûrs de la saison , les boissons aqueuses ; du lait sera bu quotidiennement si les voies digestives le permettent; il faut un exercice modéré, et l’exposition continuelle à un air pur et sec de température douce et uniforme ; on bannira toute idée triste, toute agitation intellectuelle.
Tous ces moyens secondent l’emploi des médicaments et leur donnent seuls une efficacité constante.
L’endurcissement et l’ulcération du col de la matrice ne s’opposent pas à l’application des sangsues sur le col lui-même. Les cataplasmes émollients poussés dans le vagin et laissés en contact pendant plusieurs heures sont des plus efficaces. Il est bien entendu que l’on devra éloigner les rapprochements conjugaux.
Lorsque ces moyens n’ont pas donné tout le résultat désiré , la femme devra se résigner à supporter la cautérisation des surfaces malades , ce qui est exempt de tout effroi : la cautérisation ne cause presque pas de douleurs; un petit nombre d’applications du caustique, à dix ou douze jours d’intervalle, suffit souvent pour amener une guérison complète. A chaque cautérisation on injectera à grande eau pour laver les parties et emporter les débris de la substance cautérisante; puis on retire lespéculun et la malade est plongée dans un bain entier tiède.
La cautérisation ne saurait réussir lorsqu’elle n’atteint qu’une portion de l’étendue du mal, lorsque l’ulcère repose sur une base dure, large, fort épaisse. Dans ces cas, où la cautérisation est plus nuisible qu’utile , on est forcé de recourir à l’instrument tranchant, et l’on pratique alors la résecsion du col cancéreux au-delà des liens qui le retiennent; ce qui réclame des procédés opératoires en dehors du plan de ce dictionnaire. Les inventeurs n’ont pas manqué à cette partie de la chirurgie. Depuis une vingtaine d’années quelquesuns d’eux ont déjà pratiqué nombre de fois l’ablation totale de la matrice, en France, en Allemagne, en Angleterre. Une seule malade parait avoir survécu, les autres ont toujours succombé peu d’heures après l’opération. Dans un des grands hôpitaux de Paris, j’ai été témoin d’une opération de ce genre , mon esprit en conserve un horrible souvenir. Cette opération doit donc être rejetée de la pratique d’un art dont le but est toujours de soulager et de conserver. P. Caffe ,
Docteur eu médecine, Chef de clinique à l’Hôtel-Dieu de Paris.
canicule, s. f. (hyg.J, Depuis qu’on a substitué notre calendrier aux signes du zodiaque, qui indiquèrent longtemps la succession des mois et la révolution de l’année, l’almanach est avare de dénominations dérivées de circonstances astronomiques. Le mot canicule a cependant survécu à la réforme , et le peuple l’emploie tous les jours sans se douter qu’il tire son origine de la constellation du grand chien qui paraît à l’horizon au lever du soleil, du 24 juillet au 23 août. Les jours compris dans cet intervalle, et qu’on nomme, à cause de cela, caniculaires, sont ordinairement les plus chauds de l’année , et c’est ce phénomène de chaleur qu’exprimait le nom de thermidor donné au mois correspondant à la canicule, dans l’almanaoh républicain. Avons-nous besoin de dire que toutes les pratiques conseillées ou défendues, tous les biens et les maux signalés dans l’époque de la canicule , ne sont choses rationnelles et respectables
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qu’autant qu’elles se lient à des états atmosphériques ordihaires dans le mois d’août, et que la constellation du grand chien reste sans doute fort innocente de ce qui se passe alors ici-bas ? (V. Air, climat ). A. L.
canitie (paffc.)s.m.(dec£mwsblanc).On emploie ce mot pour désigner la coloration blanche des cheveux.
Les auteurs ont admis plusieurs espèces de canities : la canitie congéniale est celle qui se manifeste à la naissance , et il en a été traité au mot Albinos ; la canitie sénile qui est celle qu’amènent les progrès de l’âge, et la canitie accidentelle est celle que l’on voit se manifester subitement à la suite d’une maladie ou d’un grand chagrin.
Quoiqu’il n’existe, à proprement parler, aucun âge positif pour déterminer l’époque à laquelle les cheveux commencent à blanchir, on a cependant remarqué que c’était vers trente-cinq à quarante ans que ce phénomène se manifestait , bien qu’il fût avancé ou reculé de beaucoup dans quelques cas exceptionnels qui sont cependant assez fréquents; car on voit des jeunes gens avoir les cheveux très-gris, tandis que des vieillards les conservent sans altération jusqu’à un âge très-avancé. La couleur des cheveux influe d’une manière assez marquée sur l époque où commence à se développer la canitie : ainsi les cheveux noirs blanchissent beaucoup plus promptement que les blonds, et c’est surtout les personnes qui ont les cheveux de cette couleur , que l’on voit arriver à une âge assez avancé sans qu’ils aient acquis ce caractère de la vieillesse.
Les maladies, les chagrins profonds, les fortes contentions d’esprit, les travaux de cabinet et les excès dans les plaisirs de l’amour , avancent souvent de beaucoup l’époque où devrait naturellement arriver cette décoloration des cheveux. Certaines maladies de la peau, la teigne, les dartres , déterminent aussi le changement de couleur des cheveux ou des poils des parties qui ont été affectées; ce phénomène est causé par l’altération profonde des bulbes servant à la nutrition des cheveux et des poils. Des accidents graves, une émotion violente causée par la peur, un chagrin profond et rapide, ont quelquefois dans un court espace de temps, une nuit, quelques heures même, déterminé le blanchiment des cheveux, ou d’une partie de la barbe; ces faits, qui ont été révoqués en doute par quelques auteurs, à cause de la difficulté que présente leur explication , n’en sont pas moins réels et doivent prendre place dans la science. Dans ces diverses circonstances, c’est souvent une petite portion des cheveux ou des poils qui blanchissent, et nous avons vu de ces cas où une mèche seulement présentait cette altération, tandis que le reste conservait sa couleur naturelle.
Bien qu’il soit constant que la barbe blanchit plus tard que les cheveux , il est cependant à remarquer que chez les personnes qui se la coupent très-souvent, elle blanchit beaucoup plus tôt; M.Lagnau, qui a consigné cette remarque dans son article du Dictionnaire de Médecine, dit qu’il a vu des personnes qui, ayant l’habitude de porter des
favoris et des moustaches , conservaient ia barbe très-noire dans ces parties , tandis qu elle était très-grise dans les portions du visage où elles se la coupaient tous les jours ; ce médecin attribue cette altération à l’épuisement du bulbe produit par la végétation plus active qu’acquiertla barbe ainsi rasée quotidiennement. Ce n’est pas seulement pendant la vie que l’on a vu les cheveux changer ainsi de couleur, on les a vu blanchir immédiatement après la mort, eteefait, observépar des personnes dignes de foi, n’est pas plus difficile à admettre que la végétation de la barbe que l’on voit si souvent se manifester sur les cadavres.
Les charlatans et quelquefois les médecins ont conseillé divers remèdes pour empêcher les cheveux de blanchir; mais parmi ces moyens nous n’en connaissons aucun qui soit doué de quelque efficacité; caria cause de la canitie réside dans le bulbe et est déterminée par la suppression de la sécrétion d’une huile animale colorée qui, introduite dans les cheveux , leur donne les diverses nuances que l’on observe : or, dans l’état de la science, nous ne connaissons aucun moyen de ranimer cette sécrétion. Dans l’impossibilité d’arrêter la cause de la maladie , on a cherché à en dissimuler les effets: de là sont nés tous les cosmétiques employés à teindre et colorer les cheveux; ainsi les peignes de plomb, que l’on passe souvent dans les cheveux afin de les foncer en couleur, la pommade mélainocome qui, étant un mélange de graisse et de noir de fumée, présente tous les inconvénients de sa facile adhérence au linge, aux coiffures et aux objets qui sont en contact avec les cheveux. Le moyen le plus employé pour teindre les cheveux est un mélange de chaux une partie, et d’oxide de plomb deux parties : on en fait une pâte que l’on applique sur la tête après avoir dégraissé les cheveux avec un jaune d’œuf; on enveloppe cette partie avec du papier brouillard et après quelques heures , une nuit par exemple , on enlève cette préparation par un lavage convenable. La solution de nitrate d’argent a aussi été employée pour teindre les cheveux ; mais on doit se garder de faire usage de cette préparation qui n’est pas sans danger. Les cheveux teints par le procédé que nous avons indiqué, l’oxide de plomb, sont noirs, avec un reflet roux, rudes au toucher; cette opération, qui doit être renouveléesouvent, n’est pas sans altérer les cheveux d’une manière notable, et même elle peut nuire à la santé par l’absorption du plomb qui entre dans sa composition; il vaut mieux conserver, lorsqu’on en a le courage, sa chevelure grise; on prévient ainsi les maux de tète et les inconvénients qui sont souvent le résultat des moyens que nous avons indiqués. J. P. Beaude.
canne [mat. méd.), s. f. On désigne généralement sous ce nom la canne de Provence qui est le roseau à quenouilles [Arundo donax). On coupe par tranches les liges charnues de ces jeunes roseaux et on les fait sécher : c’est dans cet état qu’on les livre au commerce. Les rondelles de ces jeunes cannes sont jaunes et légères. Ce médicament, qùi jouit d’une réputation populaire, est souvent employé après l’accouchement comme anti-laiteux : il jouit do propriétés légèrement sudorifiques qu’il doit à
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la présence d’une résine que M. Chevallier en a extraiteetquiaune odeur analogue à celle de la vanille. Quoique très-populaire, ce médicament a peu d’action et ne mérite pas la réputation dont il jouit. J. B.
canneiés (Corps). V. au Supplément .
cannelle et non pas canelle [Mat. méd.) s. f.
( cinnamomum seu camélia officinarum). Faisons tout d’abord remarquer que l’étymologie grammaticale de ce nom exige qu’il soit écrit avec deux N. Cette expression , en effet, vient de l’italien cannella, petit tuyau , petite flûte. Tous ses congénères, tels que canne (roseau, bâton pour s’appuyer), cannetteou cannelle (robinet), cannelade, cannelas, canneler , cannelure, à l’exception peut-être de canule qui en français ne prend qu’un n, s’orthographient toujours avec deux. Mais il est dans l’histoire de ce parfum une difficulté plus ardue et qui exerce depuis longtemps la patience et la sagacité d’un assez grand nombre d’érudits et d’antiquaires d’un certain genre; nous voulons parler de la question de savoir si les anciens ont précisément connu notre cannelle , et si le cinnamome, dont il est si souvent traité dans leurs écrits, est la véritable cannelle de nos jours. Ce qui paraît de moins douteux à cet égard, c’est que le Kin-namon des Hébreux , mentionné en beaucoup d’endroits des livres saints et notamment dans l’Exode, ch. XXV, v. 6, dans les Psaumes, ps. XLIV, v. 8, dans le Cantique des cantiques, ch. IV. v. 14, et ailleurs , n’avait que des rapports éloignés avec le Kinnamomon des Grecs et le cinnamomum des Latins. Ce point admis et supposé résolu , on s’est ensuite demandé si la substance végétale aromatique à laquelle les Grecs et les Romains donnaient le nom de cannelle, était bien l’écorce de l’arbre ( Laurier- cannelier) qui nous fournit celle que nous connaissons actuellement. On conçoit que ce n’est pas dans un ouvrage de la nature de celui-ci , qu’il convient d’exposer et de discuter les opinions pour et contre des savants qui se sont occupés de ce sujet, nous nous bornerons à dire que, d’après nos propres recherches, il ne nous semble pas probable que la cannelle des anciens et la nôtre fussent indentiquement la même, attendu que Théophraste (Lib. IX, c. 5.),Dioscoride [Lib. I , c. 12), Galien (Liv. I, des Antidotes ) , Pline [Lib. XII, c. 19), Avicenne ( Lib. II, c. 128), Olaus-Celsius (IL p. 358), etc, en distinguaient plusieurs espèces , et jusqu’à cinq ou six ; d’où nous sommes en droit d’inférer que c’était un titre collectif et non une dénomination particulière et spécifique. Pour nous autres modernes , la cannelle est la seconde écorce ou plutôt l’écorce dépouillée d’épiderme du Laurus-cinnamomum. L. Ennéandrie Monogynie. Famille naturelle des Laurinées J.
La Chine , l’Archipel Indien , les deux grandes presqu’îles de l’Inde et les îles qui les avoisinent, en un mot l’Inde tout entière parait être la partie native des canneliers ; mais c’est dans l’antique Taprobanc, aujourd’hui île de Ceylan, que les Hollandais , après s’en être rendus maîtres, s’efforcèrent de concentrer la culture de l’espèce dont nous nous occupons en ce moment. Ils y limitè-
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rent même le terrain destiné à ces plantations qu’ils resserrèrent dans un espace d’environ quatorze lieues , situé sur le bord de la mer entre Négambo et Gallières, et auquel les habitants de l’île ont donné le nom de champ de cannelle. Non contents d’avoir enlevé aux Portugais cette île célèbre et si fertile en toutes sortes d’aromates, les Hollandais , voulant s’approprier exclusivement le commerce de cette précieuse écorce , renouvelèrent leurs hostilités contre les Portugais qu’ils chassèrent pareillement du royaume de Cochin sur la côte de Malabar, dans le but avoué de leur ravir l’exploitation de la cannelle sauvage ou grise, dite portugaise, qui croît abondamment dans cette contrée. La première chose qu’ils firent après cette conquête fut d’arracher partout les pieds de cet arbre, de même qu’ils avaient fait à Ceylan pour tous les canneliers qui poussent en dehors du champ qui leur est uniquement consacré; car ils avaient appris, par une assez longue expérience , quelle était la quantité de cannelle réclamée par les besoins du commerce, et étaient d’ailleurs persuadés qu’ils n’en vendraient pas davantage lors même qu’ils la donneraient à meilleur marché. On estime que ce qu’ils en apportaient en Europe pouvait bien s’élever jusqu’à six cent mille livres par an , et qu’ils en débitaient à peu près autant dans les Indes. Mais ce lucratif négoce , dont ils furent en possession durant un siècle et demi , leur échappa en 1796 , époque à laquelle l’île de Ceylan tomba au pouvoir des Anglais, dont la cupidité mercantile, comme chacun sait, nJest pas moins jalouse et sordide que celle de leurs avares prédécesseurs dans cette riche colonie. Toutefois ce trafic perd chaque année de plus en plus de son caractère exclusif; et il est heureux pour les autres nations, qu’elles soient enfin parvenues à transporter dans quelques-unes des régions chaudes des autres parties du globe, des fruits de ce joli et intéressant végétal ; à l’aide desquels elles se sont procuré des individus qui y ont parfaitement réussi. Personne n’ignore en effet que nos planteurs du Nouveau-Monde versent aujourd’hui dans la circulation une certaine quantité de cannelle , qui ne le cède près que en rien à celle de Ceylan , et que leurs succès toujours croissants leur en promettent pour l’avenir de très-abondantes récoltes. Il existe actuellement des canneliers en plein rapport à Cayenne, à la Guadeloupe, à la Jamaïque, et dans plusieurs autres localités de l’Amérique équatoriale. On assure aussi que le pacha actuel d’Egypte en a commencé la culture aux environs du Caire , et que ces plants, importés de nos colonies des Antilles, vprospèrent parfaitement.
Notre intention présente ne peut pas être , on le sent bien , de tracer ici la description botanique du cannellier, non plus que d’entrer dans les détails de la manière dont on le dépouille de son écorce; nous nous en tiendrons seulement, pour le premier point, à rappeler que cet arbre élégant, dont la racine est grosse, fibreuse, dure , partagée en plusieurs branches, le feuillage à nervures et toujours vert , la fleur jaunâtre , etc. , atteint communément jusqu’à dix-huit à vingt pieds d’élé-
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vation , et quinze à dix-huit pouces d’épaisseur. Nous ajouterons en outre que son écorce ex térieure ou épidermoïqueest, ainsique celle des branches et rameaux qui sont en grand nombre, verte d’abord , puis grisâtre , et enfin rougeâtre , et que c’est l’écorce fauve immédiatement placée audessous de cet épiderme , qui constitue ce que nous appelons usuellement cannelle. Et qu’il nous suffise d’indiquer, pour ce qui regarde la méthode, suivie dans l’exploitation de cette écorce odorante, qu’on l’enlève avec une sorte de serpette des branches âgées de trois à cinq ans, au printemps et en automne , dans le temps qu’une sève abondante qui circule entre le bois et l’écorce permet d’en détacher celle-ci avec plus de facilité. Cette première opération étantfaite, on sépare, del’écorce qu’on veut conserver, la petite écorce raboteuse épidermoïque dont nous avons déjà parlé. L’autre est coupée en morceaux assez longs , et exposée au soleil où elle se dessèche en se roulant d’ellemême en petits tuyaux; ce qui. comme nous l’avons dit en commençant cet article , lui a fait donner le nom qu’elle porte. Quant aux branches mises à nu , il est matériellement faux qu’elles puissent se revêtir d’une nouvelle écorce, ainsi que l’ont avancé certains auteurs qui n’ont pas craint de se mettre en opposition avec tous les faits connus de physiologie végétale, et d’affirmer qu’elle en pouvait être détachée de nouveau après trois à cinq autres années. Nous regrettons vivement d’avoir à relever une semblable erreur dans des écrivains recommandables à tous autres égards et particulièrement dans le savant F. P. Chaumeton, qui l’a aussi reproduite dans la Flore médicale, ouvrage où brillent d’ailleurs une si vaste érudition , un si beau talent de rédaction , et en général un si judicieux discernement.
Il y a dans le commerce trois sortes principales de cannelle :
1° Cannelle de Ceylan : On en distingue trois qualités, selon qu’elle provient des rameaux (C. fine), des grosses branches (C. moyenne) ou du tronc (C. grossière) . — La première ou fine, que les cultivateurs de Ceylan nomment rasse coronde, est extrêmement mince et légère, unie, un peu flexible quoique fragile , sous forme de tuyaux cylindriques très-allongés et emboîtés les uns dans les autres au nombre de dix à douze. Elle est de couleur fauve claire ; son odeur est on ne peut plus suave, et sa saveur, d’abord douceâtre et comme sucrée, finit par devenir chaude et piquante, sans néanmoins cesser d’être agréable. Celte qualité est la plus estimée de toutes. — La moyenne qualité est un peu plus épaisse , moins bien roulée, plus foncée en couleur, d’une odeur et d’une saveur qui plaisent beaucoup moins. C’est celle que l’on désigne à Ceylan sous le nom de cahatte coronde. — Tous ces défauts sont encore plus marqués dans la cannelle grossière ou de troisième qualité , qui est, dit- on , le sewel coronde de Ceylan on cannelle matte de nos droguistes.
2° Cannelle de Cayenne: C’est , après celle de Ceylan, l’espèce la plus recherchée, et avec raison , car elle en diffère infiniment peu, peut-être même pas du tout, du moins quant à sa bonté. Elle ne
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s’en distingue réellement que parce qu’elle est, en général, un peu plus épaisse, de couleur plus pâle, tirant sur le blond et en tubes plus volumineux. Du reste , elle en a l’odeur et la saveur, et jouit des mêmes propriétés.
3° Cannelle de Chine : Elle est en fragments courts et épais , de couleur rouge-brun , d’une odeur qui rappelle celle de la punaise, et d’une saveur piquante assez intense, chaude et même âcre, avec un arrière-goût persistant. Elle est en tous points tout-à-fait inférieure aux précédentes pour les usages médicinaux et culinaires; mais, lorsqu’il s’agit de faire servir les écorces de cannelle à l’extraction de l'huile volatile ou essentielle qu’elles renferment, c’est presque toujours à cette sorte qn’on donne la préférence , parce qu’elle en fournit davantage, bien que moins suave et plus colorée.
On sophistique souvent la canelle avec des écorces qui lui ressemblent plus ou moins, mais qui en allèrent singulièrement les qualités; d’autres la mélangent avec des écorces de véritable cannelle, mais après en avoir retiré par la distillation l'huile odorante et parfumée qui fait toute sa force. La première de ces fraudes se reconnaît aisément à la vue, et la seconde au goût. Mais comme il ne serait pas possible , dans l’achat de la cannelle , de goûter tous les bâtons les uns après les autres, le meilleur moyen pour n’être pas trompé , est de la prendre chez d'honnêtes négociants, qui méprisent les gains illicites. C’est l’un des ingrédients delà thériaque, du diascordium, de l’électuaire hiera-picra, de l’orviétan, del’opiatde Salomon, du milhridate , du philo nium romanum, du diaphénix, de la confection Alkermès, du baume anti-apoplectique, de l’élixir stomachique, du laudanum liquide, de l’eau générale, de beaucoup de poudres dentifrices et d’une multitude d’autres compositions officinales.
La cannelle est un des plus agréables et des plus utiles stimulants que possède la médecine ; mais combien n’en a-t-on pas abusé, et combien n’en abuse -t-on pas encore tous les jours? Que fait-on , en effet, dans nos campagnes et même au sein de nos villes, lorsqu’au début d’une pleurésie ou d'une pleuro-pneumonie (sueur rentrée, comme dit le peuple), on se hâte de faire boire de grands verres de vin chaud dans lequel on a fait infuser force cannelle et qu’on a bien sucrés? Réponse : On multiplie les chances funestes de la maladie. Car s’il est vrai que , dans cette occurrence , on obtienne quelquefois la disparution presque subite des premiers phénomènes de l’affection morbide , à la suite d’une sueur abondante et soutenue , à combien de dangers bien plus certains n’expose-t-on pas le sujet soumis à ce traitement incendiaire ? On a joué sa vie à quitte on double; attendu que pour une chance très-éventuelle de prompte guérison , bien plus souvent la maladie fait de rapides progrès dont il n’est pas toujours possible ensuite de se rendre maître. Est-ce là, nous le demandons à tout homme qui n’est pas complètement dépourvu d’intelligence, est-ce là, disons-nous, une conduite que la saine raison puisse autoriser, encore moins approuver? El
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pourtant, malgré les conseils de tout ce qu’il y a de médecins éclairés dans le monde , on voit tous les jours cette déplorable coutume renouvelée et mise en pratique au grand préjudice des infortutunés qui y ont recours I II est encore un autre ordre de maladies, les exanthèmes aigus cutanés, tels que la variole (petite-vérole), la rougeole, la scarlatine, etc., dans lesquels les commères et une foule de soi-disant guérisseurs qui ignorent jusqu’aux premiers éléments de la science de l’homme, et qui ne possèdent pas même ceux du plus grossier sens commun, appliquent encore aujourd’hui cette périlleuse médication. L’aggravation de tous les symptômes et la mort en sont bien fréquemment la triste conséquence ; avouons néanmoins (tant la vérité nous est chère ) , que même dans ces cas , la puissance de résistance vitale, la vigueur du tempérament et la nature bénigne de la maladie triomphent quelquefois de cette fatale méthode de traitement, que l’ignorence populaire se plaît tant à propager.
Mais voyons ce que peut la cannelle dans les mains d’un habile praticien , et quelles sont les services qu’il pourra retirer de la propriété stimulante dont cette écorce jouit à un haut degré. Avec son secours, et suivant les circonstances qu’il est seul en état d’apprécier, il lui fera manifester des vertus cordiales, dans les débilités générales, les syncopes, les défaillances, etc..; des effets stomachiques , dans les langueurs et les faiblesses d’estomac; une action astringente contre les dévoiements atoniques , la leucorrhée constitutionnelle et les autres flux par relâchement des membranes muqueuses. Il saura également mettre en jeu la puissance diaphorétique de cette substance , quand il aura à combattre quelques suppressions perspiratoires de la peau, dont il pourra provoquer le retour sans craindre d’accroître d’autres accidents plus importants, par exemple une irritation intérieure , la phlogose ou l’inflammation décidée d’un viscère, d’une membrane, d’un tissu ou de quelque autre partie en proie à une phlegmasie menaçante. Il la prescrira comme emménagogue, quand il se sera assuré que la rétention des menstrues est évidemment due à un défaut de tonicité de l’utérus. Il en usera pareillement pour exciter les contractions de cet organe durant l’accouchement, si la lenteur du travail est causée par l’inertie de ce muscle creux. En l’associant au quinquina , il avivera les propriétés fébrifuges de cette précieuse écorce que l’estomac supportera alors avec plus de facilité. Enfin , il obtiendra de l’excellent agent pharmacologique dont il est ici question, et de ses diverses préparations, tout ce qu’il est possible d’en obtenir, et en fera constamment tourner les effets à l’avantage du malade qui, se défiant justement de l’impéritie des médicastres d’antichambre, s’en sera remis à ses lumières et à son expérience.
Indépendamment de son emploi thérapeutique, la cannelle est aussi très-usitée à titre de condiment : elle sert à aromatiser le chocolat (Voy. ce mot), les crèmes , les fruits cuits ou confits, les liqueurs de table , et toutes sortes de mets. En Europe, ce n’est jamai3 que de la deuxième écorce
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du cannellier ou cannelle dont nous puissions faire usage , puisqu’on ne nous apporte qu’elle seule Mais aux Indes, toutes les parties de cet arbre si utile, sa racine, son tronc, ses branches, ses feuilles, ses fleurs et ses fruits, sont mis à profit. C’est ainsi qu’on en extrait une essence on ne peut plus odoriférante, du camphre qui est excessivement blanc et réservé pour les princes du pays , une espèce de suif ou de cire , dont le roi de Candy (dans le Mogolistan) fait fabriquer des bougies et des flambeaux parfumés pour son usage et celui de sa cour. On en retire encore divers autres produits, dans lesquels les naturels ont la plus grande confiance et qu’ils considèrent comme éminemment propres à leur redonner des forces et à les soulager de leurs infirmités.
F. E. Plisson.
cantharide [mat.méd.),s. Ucantharis vesicatoria, meloevesicatoriw), insecte coléoptère, section des hétéromères , famille des trachéiides. Noms tirés de sa structure qui présente quatre ailes dont les deux supérieures nommées élytres, opaques et plus solides, s’appliquent exactement sur le corps de l’animal et recouvrent entièrement les ailes inférieures qui , plus larges, transparentes , et flexibles , viennent se replier et s’abriter sous l’espèce d’étui qu’elles leur offrent. Les formes organiques qui déterminent encore la place qu’occupent les cantharides dans la classification adoptée sont : six pattes avec cinq articles aux tarses antérieurs et quatre aux deux derniers; une tête en cœur, pourvue de mendibules et de mâchoires, séparée du corselet par une espèce de col; des antennes noires, flexibles, filiformes , beaucoup moins longues que le corps de l'animal; le corselet est fort court, l’abdomen au contraire est allongé, presque cylindrique et donne à l’ensemble de l'animal une forme svelte et étroite. Les cantharides sont d’une belle couleur verte à reflets dorés brillants ; leur odeur est forte et très-désagréable. Prises intérieurement, elles sont un affreux poison; appliquées sur la peau, elles l’irritent et y déterminent une accumulation de sérosité qui soulève l’épiderme et forme vésicatoire. La plupart des espèces de cette famille jouissent des mêmes propriétés; mais celle-ci est presque seule employée pour l’usage médical, tant à raison de l’énergie de son action , que de l’abondance et de la facilité de sa récolte.; en effet, vers le milieu de l’été dans nos climats , des essaims de cantharides, dont la présence se trahit parl’odeur qui leur est propre , viennent s’abattre sur les frênes, les lilas, les troënes; on profite du moment où elles sont engourdies par le sommeil et la fraîcheur de la nuit , on secoue les arbres sur lesquels elles reposent, et on les fait tomber sur des toiles qu’on dispose à terre à cet effet; on les fait mourir ensuite en les exposant enfermées dans des nouets à la vapeur du vinaigre bouillant, puis on les sèche à l'étuve. Cette récolte demande quelques précautions à cause de l’excive âcreté de ces animaux, et on ne doit la faire que les mains couvertes de gants et la figure d’un masque.
Les cantharides se conservent difficilement intactes ; elles sont bientôt rongées par les larves