‹ Dictionnaire de médecine usuelle (volume 2)Chapitre 140 sur 316 · GA S · texte numérisé non relu

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îa suite d’accidents , de plaies ou d’arrachement complet des testicules que l’on voit de ces exemples. On cite le cas d’un individu qui eut la verge et les deux testicules emportées par un boulet de canon et qui guérit. La jalousie, la vengeance, la mélancolie, le fanatisme, ou quelquefois un amour dédaigné, ont souvent armé des mains coupables ou porté des malheureux à se mutiler eux-mêmes. Qui ne connaît la vengeance du chanoine Fulbert contre Abeilard , l’exaltation mystique qui porta Origène à cette mutilation , croyant ainsi acquérir un plus grand degré de pureté et de perfection. Cet exemple eut même des imitateurs et forma une secte de chrétiens hérétiques connus sous le nom de Valériens,qui non-seulement pratiquaient sur eux cette opération , mais qui croyaient devoir encore, par esprit de fanatisme traiter ainsi de gré ou de force tous ceux qui tombaient entre leurs mains.

En Italie la castration était pratiquée dans un but d’art et de luxe sur de jeunes enfants destinés aux chapelles et aux théâtres; car cette opération laissait à leur voix la douceur et la suavité des voix de femmes, avec une étendue et un développement plus parfait. Le pape Clément xiv défendit cette mutilation qui devait être très-commune , puisque l’on dit qu’il existait certains opérateurs dont c’était l’unique profession, et qui l’annonçaient par une enseigne placée sur leur boutique. En Orient, la castration est pratiquée pour faire les eunuques destinés à garder les femmes enfermées dans les sérails; mais tous ces eunuques ne sont pas complètement privés des attributs de leur sexe; les uns n’ont subi que l’ablation d’un seul testicule et sont peu propres aux fonctions auxquelles ils sont destinés, puisque la conservation d’un seul de ces organes leur laisse tous les caractères de la virilité; les autres sont privés des deux testicules, et complètement privés de la faculté de se reproduire. Enfin, il en est (ce sont les eunuques noirs), chez lesquels on a enlevé tous les organes génitaux extérieurs, et qui sont même obligés d’uriner avec une canule. Cet usage de la castration paraît avoir été connu dès la plus haute antiquité, et c’est à l’Orient que l’on en doit l’invention. Diodore de Sicile dit qu’en Égypte on punissait par cette mutilation le.% individus coupables de viol. La polygamie, aussi ancienne en Asie que la civilisation, est la cause qui a donné naissance à cette classe d’hommes destinés à assurer la tranquillité et la sûreté des plaisirs du maître ; car l’on trouve des eunuques à la cour des anciens monarques perses et assyriens. L’Égypte les avait sans doute empruntés à l’Asie. Rome , luxueuse et amollie sous les empereurs, eut aussi ses eunuques, dont Juvénal dit que les dames romaines savaient si habilement profiter. Enfin, il n’est pas jusqu’à Brantôme qui dit avoir vu en Italie ce vieil usage encore conservé par les femmes de son temps.

La castration ne fut pas seulement pratiquée dans les divers buts que nous venons d’indiquer; il n’y a pas un demi-siècle que des opérateurs ignorants, malgré les édits royaux qui le leur défendaient, parcouraient les campagnes, et proposaient cette opération pour guérir la hernie, et ils

allaient même jusqu’à la pratiquer sur les deux organes pour prévenir disaient-ils cette maladie.il est inutile de dire que cette mutilation, quineremédiait à rien , ne faisait qu’ajouter une infirmité de plus à celle déjà existante. Un rapport sur ce sujet fait au nom de l’ancienne société de médecine par Yicq-d’Azyr, réveilla l’attention de l’administration qui, aidée du clergé, put faire cesser ces manœuvres qui menaçaient de devenir une calamité; car l’évêque de Saint-Papoul , ayant fait le relevé des enfants qui avaient subi cette opération, dit qu’ils s’élevaient à plus de cinq cents dans sou diocèse.

En chirurgie , la castration n’est employée que pour enlever un testicule devenu cancéreux et qui par sa présence menace la vie du malade. (V. Sarcocèle.) Dans les plaies où le testicule a été lésé et mis à nu, le devoir du chirurgien est de faire ses efforts pour conserver l’organe, et l’on a vu souvent les testicules presque arrachés, divisés et pendant hors des bourses , être conservé de ma nière à permettre de se livrer encore d’une manière efficace à la fonction de la génération.

Sous le rapport de la médecine légale , on ne doit pas prononcer qu’il y a castration toutes les fois qu’on ne trouve pas cet organe dans les bourses ; ainsi, il arrive souvent que , chez certains individus , un ou même les deux testicules , restent inclus dans l’abdomen, tels qu’ils sont placés chez le fœtus pendant une partie du temps de la grossesse ; car ce n’est qu’au sixième mois que ces organes descendent dans les bourses; cette époque est souvent retardée, et l’on a vu quelquefois les testicules apparaître vers l’anneau inguinal , pour descendre dans les bourses à une époque assez avancée de la vie; d’autres fois, ils sont restés constamment dans l’abdomen. 11 faut donc constater s’il n’y a pas de cicatrices aux bourses qui présentent les traces d’une opération, ou bien , s’il ne reste pas dans le scrotum les rudiments des testicules ; car ou a vu pratiquer la castration, chez les jeunes enfants, en écrasant les testicules entre les doigts. Guy de Chauliac dans sa chirurgie indique lui-mém e ce procéd é pour les adultes, et il prescrit d’écraser l’organe entre deux pierres. La castration, comme nous l’avons dit, ne s’entend pas seulement, en justice et comme crime, de l’ablation de tous les organes, il suffit qu’il y ait eu mutilation de l’une des parties servant à la génération , pour que la loi prononce la peine des travaux forcés à temps; et la mort, si la victime a succombé dans les quarante jours qui ont suivi le crime.

Lorsque la castration a eu lieu dans l’enfance, il est des modifications importantes que subit toute l’économie et dont nous devons parler ici : le premier effet a pour résultat d’empêcher le développement de ce qui reste des organes génitaux ; ainsi , le pénis reste petit et est peu propre à l’érection; les poils n’apparaissent pas au pubis, aux aisselles, à la poitrine; la barbe manque complètement ; le larynx reste petit, ce qui donne aux castrats le tjmbre de soprano qu’acquiert leur voix ; le cervelet qui , d’après la doctrine de Gai! , préside à la fonction de la génération, ne se déve-

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loppe point et reste petit : celte remarque a été faite comparativement sur les bœufs, les moutons et tous les animaux domestiques que l'on soumet à la castration. En grandissant , l’individu revêt un bizarre assemblage des formes de la femme, qui viennent modifier ses formes masculines primitives : ainsi , le tissu cellulaire devient plus abondant et plus fourni de graisse, les membres s’arrondissent , les muscles et les os font peu de saillies , les mamelles se développent plus que chez le mâle , moins que chez la femme , le visage est arrondi, sans poils, la peau est douce et lisse; le squelette participe même à ces modifications : les os restent plus petits , moins rugueux et moins contournés par l’action musculaire , le bassin s’évase comme chez la femme , les clavicules sont petites ; enfin , l’on dit que la protubérance qui correspond à l’amour maternel prend un développement plus marqué, et l’on explique ainsi l’amour que les eunuques portent aux enfants. Cette observation, qui se remarque chez ces neutres accidentels de l’espèce humaine, est constante dans les espèces où les neutres font partie de l’ordre naturel; ainsi , dans les abeilles, on sait que ce sont les neutres qui ont soin de la progéniture. Tous les phénomènes que nous venons d’indiquer s’observent d’autant plus que les individus ont été soumis à la castration plus jeunes; lorsque cette opération n’a lieu qu’à une époque plus avancée de la vie, il y a bien toujours privation de la faculté de la reproduction , mais le sujet peut encore être apte aux actes qui l’accompagnent.

l a castration qui a souvent lieu chez les femelles d’animaux n’a jamais été mise en usage chez la femme; elle consiste dans l’extirpation des ovaires qui sont situés dans l’abdomen: cette opération aurait pour résultat de les rendre infécondes; quelquefois les ovaires ont été enlevés accidentellement, lorsqu’ils se trouvaient compris dans une hernie. On cite cependant l’exemple d’un châtreur de porcs , qui enleva les ovaires à sa fille qui était extrêmement adonnée aux plaisirs de 1’amour, il voulait par cette opération calmer, disait-il, sa fureur de libertinage. Les femmes chez lesquelles les ovaires ont élé ainsi enlevés perdent, dit-on, une partie des attributs de leur sexe; il se passe chez elles des phénomènes analogues, mais opposés dans leurs effets, à ceux qui ont lieu chez l’homme eunuque; leurs formes féminines disparaissent, leurs seins se flétrissent, leur visage se couvre de barbe, leur peau brunit, leur voix devient plus rauque ; enfin , comme l’homme prend une partie des caractères du sexe féminin , elles prennent une partie des caractères du sexe mâle; on dit même qu’elles contractent du goût pour les personnes de leur sexe. Ces phénomènes curieux, qui se passent chez l’homme et la femme par une cause semblable, méritent d’exciter les méditations des physiologistes, et montrent quel rôle important joue la présence des organes de la génération , comme réaction générale sur l’organisation, dans le développement des deux sexes à l’époque de la puberté.

J. P. Beaüde.

catalepsie ( méd. ), s. f. Maladie nerveuse, singulière et rare , dont le siège évident est dans le cerveau et la moelle épinière quoiqu’on ignore d’ailleurs quelle est la modification organique à laquelle l’état cataleptique répond. De même que l’épilepsie, la catalepsie est intermittente, mais ses accès, qui peuvent durer depuis quelques mi nutes jusqu’à plusieurs heures et au-delà d’une journée, ont ordinairement lieu à des intervalles plus irréguliers et plus court#. Leur invasion est tantôt annoncée par des signes précurseurs, tantôt soudaine ; dans tous les cas on reconnaît l’existence de l’attaque cataleptique aux symptômes suivants : Qu’il soit seul ou en compagnie, couché ou assis et même quelquefois debout, le sujet qui vient d’être pris conserve son attitude, mais il a perdu l’usage de ses mouvements et de sa sensibilité; son intelligence étant également nulle ou incomplète, on le dirait pétrifié, transformé en une statue de cire. S’il examinait quelque objet, son regard comme son corps est resté fixe et immobile, et sa tête, ses membres offrent cette particularité remarquable et caractéristique qu’ils conservent la position qu’ils avaient ou qù’on leur donne. En même temps se manifestent, s’ils n’ont précédé, les symptômes d’une congestion cérébrale: ordinairement le teint s’anime, les artères des tempes et du cou battent avec force, la respiration et la circulation sont irrégulières, mais conservées. Peu à peu l’accès se dissipe, la sensibilité renaît, les mouvements se raniment, l’entendement revient, et il ne reste de ce singulier état spasmodique et comateux qu’un malaise plus ou moins pénible, sans souvenir de ce qui vient de se passer.

La catalepsie se distingue de l’épilepsie et de l’byslérie par plusieurs signes et notamment par l’absence de convulsions, de la syncope, par lapersévérance de la circulation; de l’apôplexie, avec laquelle on ne pourrait dans tous les cas la confondre qu’une première fois, par la faculté qu’a le corps de conserver l’attitude qu’il avait avant l’attaque et les membres la situation dans laquelle on les place; de l’asphyxie par les antécédents et ces derniers symptômes. L’extase est peut-être l’étal qui res semble le plus à la catalepsie, à cause de l’expression fixe du visage , de l’immobilité du corps , et de la suspension momentanée des sens externes ; mais les circonstances qui ont précédé, les transports, l’enthousiasme, le ravissement des facultés sensitives et mentales qui absorbent le sujet extatique, n’ont rien de commun avec la catalepsie, dans laquelle l’existence morale est suspendue. Des accès de catalepsie prolongés en ont imposé pour l’état de mort, et l’on a enterré vivants de malheureux cataleptiques. En l’absence de la circulation, de la respiration et de la chaleur normale, il faudrait considérer bien attentivement l’aspect des yeux et de la physionomie, s’assurer si les membres ne conservent pas des positions insolites. Dans tous les cas la prudence commande de différer l’inhumation des sujets qui paraissent avoir succombé à une attaque de catalepsie.

Nous avons dit que cette maladie avait une marche intermittente. Les accès peuventse repro-

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duire tous les jours et plusieurs fois dans la même journée ; quelquefois ils sont séparés par l’intervalle d’une semaine et au-delà. Leur durée ordinaire n’excède pas quelques minutes, mais on en voit se prolonger des heures et des journées. Il n’est pas rare de les voir précédés de gêne dans les mouvements, de roideurs musculaires, de somnolence, d’embarras d’esprit, de changement d’humeur, de malaise physique et moral, avec un air de fixité, de stupeur remarquable; les mêmes symptômes s’observent immédiatement après l’accès. Assez souvent dans les intervalles, l’état des cataleptiques semble naturel. Cependant à la longue ( et la marche de cette maladie est plutôt chronique qu’aiguë ) le cerveau témoigne des atteintes plus ou moins pernicieuses qu'il éprouve dans chaque accès. Les facultés intellectuelles déclinent, le caractère change, l’aliénation mentale peut survenir. Le corps devient paresseux comme l’esprit; le sommeil, les digestions, la nutrition se troublent. L’accès lui-même n’est pas toujours sans danger imminent puisqu’on en a vu de mortels. Du reste la catalepsie n’est pas constamment un mal isolé, unique; parfois elle se complique avec l’hystérie, le somnambulisme, la mélancolie; elle précède, suit ou accompagne ces diverses affections et participe conséquemment à leur pronostic.

La constitution nerveuse et mélancolique, l’enfance et le sexe féminin, prédisposent à la catalepsie. Les causes déterminantes spéciales sont principalement morales, la contention d’esprit, la méditation, la contemplation, l’extase, les chagrins, la consternation, les émotions de surprise, de frayeur, d’excessive joie, etc. Les causes occasionnelles physiques qu’on lui a assignées, comme des évacuations habituelles supprimées, des éruptions chroniques rentrées, les vers intestinaux, etc. peuvent sans doute déterminer accidentellement la catalepsie, mais n’ont point de relation physiologique ou directe avec elle. Quant à la lésion ou modification organique que l’analyse des phénomènes morbides nous fait présumer dans le cerveau , l’ouverture des cataleptiques a infirmé toutes les hypothèses et ne leur a substitué que des notions négatives peu propres à satisfaire les esprits curieux. Les anciens médecins faisaient dépendre la catalepsie de congestions humorales variées dans la tête. Hoffmann l’attribuait à une congélation passagère du fluide nerveux. Cullen l’a considérée comme une sorte d’apoplexie, Frank comme une convulsion tonique, etc. Les plus circonspects cherchent et attendent. Les cataleptiques figurent dans cette classe des convulsionnaires sur lesquels les préjugés elles superstitions populaires se sort exercés de tout temps: c’étaient aussi des possédés. A diverses époques, le magnétisme a voulu également faire son profit de ces sujets extraordinaires et rares.

L’accès cataleptique est un état aigu qui se termine de lui-même et n’a pas ordinairement de durée. Il est donc inutile d’accabler ces malades de soins superflus. Après les avoir couchés, des serré leurs vêtements, dégagé leur cou, suffisamment couvert leur corps et leurs pieds, élevé leur

tête, donné accès à un air pur et tempéré, à une lumière douce et même un peu vive , on reste paisiblement auprès d’eux sans agitation , sans alarme, car il en est qui voient et entendent ce qui se passe à leurs côtés. Si l’accès se prolonge, l’incertitude de son issue et l’ignorance des soins actifs qu’il réclame doivent faire recourir au médecin; luiseulpeutprescrire et pratiquer une saignée, ordonner une potion antispasmodique et d’autres moyens énergiques commandés par la nature variée des symptômes et l’intensité du mal. En attendant son arrivée, on réchauffe les parties qui se refroidissent, on pratique des frictions sur les extrémités inférieures, on peut mettre des cataplasmes chauds simples ou sinapisés aux pieds, administrer un lavement émollient ou laxatif, faire flairer légèrement l’éther, l’ammoniaque, les alcools et les vinaigres aromatiques. Ces petits moyens ( moins l’olfaction ) , conviennent aussi après l’accès lorsqu’il existe de l’embarras et de la douleur dans la tête. Quant à l’hygiène à observer dans l’intervalle des attaques, elle consiste surtout à éviter les causes morales que nous avons signalées; de plus les abus vénériens, les excès alcooliques, les aliments indigestes ou pris en trop grande quantité ; à exercer le corps avec persévérance, et l’esprit sans fatigue, avec calme, agrément et variété ; à tenir le ventre libre, ne point dormir dans le jour sur les repas, etc. Nous ne dirons rien de la saignée, des sangsues aux tempes, des bains froids, et des topiques à la même température sur la tête, des antispasmodiques variés, des purgatifs, de l’électricité et d’autres moyens actifs, salutaires dans l’occurrence, mais qui sont loin de l’être dans tous les cas de catalepsie, et dont le médecin doit seul décider la convenance et l’opportunité. A. Lagasquik.

Docteur en médecine , membre de la commission d'Égypte.

cataplasmes ( pharm .) , s. m., médicaments d’une consistance molle ou pâteuse, destinés à être appliqués extérieurement; ils sont ordinairement formés de matières végétales, telles que différentes poudres, farines ou pulpes amenées en consistance de bouillie épaisse, soit par simple mélange à froid , soit par coction dans un liquide aqueux et plus rarement dans le vin ou le vinaigre : quoiqu’on y ajoute quelquefois des corps gras comme accessoires utiles , ils diffèrent essentiellement des emplâtres et des onguents , soit par la consistance qui les éloigne des premiers, soit parce que ces deux espèces de médicaments ont constamment pour base , à une seule exception près, des graisses, des huiles ou des matières résineuses.

Les cataplasmes, presque toujours destinés à être appliqués immédiatement ou médiatementsurdes

parties enflammées, sont ordinairement émollients

et relâchants ; mais il en est aussi de toniques et d’irritants , de ce nombre sont les cataplasmes de farine de moutarde appelés sinapismes et dont il sera traité séparément sous ce nom. Nous allons parler des différentes autres espèces de cataplasmes et indiquer les règles générales de leur préparation.

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Cataplasmes de pulpes végétales. Les pulpes peuvent être crues ou cuites: dans le premier cas on se contente de râper les fruits ou racines charnues qui servent à les faire. C’est ainsi qu’on prépare les cataplasmes de farine de pomme de terre, remède populaire contre la brûlure. La coclion des plantes, en partie de plantes destinées à préparer des pulpes cuites, se fait à courte eau ou à la vapeur; on les force ensuite à passer au travers d’un tamis de crin ou d’un diaphragme en fer-blanc percé de trous, et si elles sont trop molles on les ramène par l’évaporation en consistance de cataplasmes. C’est ainsi qu’on prépare les cataplasmes de plantes émollientes fraîches, de pommes, d’oignons ordinaires , de bulbes de lis, etc.

Cataplasmes de mie de pain. On prend de la mie de pain rassis qu’on émiette à la main et qu’on délaie avec deux ou trois fois son poids d’eau ou de lait; on fait cuire sur le feu en agitant continuellement jusqu’à ce que le cataplasme ait acquis la consistance convenable. Lorsqu’on emploie le lait, il arrive presque toujours que l’acide contenu dans le pain le fait cailler : ces cataplasmes sont d’ailleurs fort sujets à s’aigrir; M. Soubeiran a proposé de prévenir cet inconvénient en dissolvant dans le lait quelques grains de bicarbonate de potasse ou de soude. Ces cataplasmes sont légèrement excitants et résolutifs.

Cataplasmes de farines et poudres végétales. De tous les cataplasmes émollients, les meilleurs et les plus fréquemment employés sont ceux préparés avec la farine ou poudre de graine de lin : elle doit être délayée à froid dans quatre à cinq fois son poids d’eau et chauffée en l’agitant avec une spatule; le mucilage abondant que contient la graine de lin ne tarde pas à se développer et à donner au mélange de la viscosité et de la consistance , il retient l’eau fortement, et ne sèche et ne s’aigrit que difficilement, ce qui le rend précieux pour l’usage auquel on le destine. On se sert souvent de décoction de guimauve au lieu d’eau simple pour faire ccs cataplasmes, mais cette addition est tout-àfait inutile, la graine de lin fournissant elle-même assez de mucilage ; on peut les rendre calmants en délayant la farine dans une forte décoction de têtes de pavots ou de plantes narcotiques telle que la morelle ou la jusquiame.

On peut également faire des cataplasmes avec la poudre de ces végétaux dans un liquide approprié : c’est ordinairement une décoction des plantes elles-mêmes ou d’autres de propriétés analogues.

On prépare aussi des cataplasmes avec la fécule de pomme de terre, les diverses farines des céréales et en particulier la farine de riz , les poudres des fenugrec, d’orobe, etc., qui forment les farines dites résolutives. Le mode à employer pour les faire est fort simple et toujours semblable à celui que nous avons déjà décrit pour les cataplasmes de farine de graine de lin.

Si on avait à faire un cataplasme avec des poudres aromatiques, il faudrait éviter l’emploi d’une chaleur trop élevée qui dissiperait leurs parties les plus actives; il faudrait les humecter avec l’eau

ou tout autre liquide prescrit et les tenir pendant quelque temps à la chaleur du bain-marie, ou bien les délayer dans un cataplasme très - clair de farine de graine de lin ou d'amidon qui leur donnerait de suite la consistance convenable.

Outre les différentes substances qui forment le corps des cataplasmes, on y ajoute souvent des médicaments plus actifs auxquels ils servent alors d’excipient; ceux qui sont le plus fréquemment employés de cette manière sont le laudanum liquide, l’extrait de Saturne, le baume tranquille, le safran, le camphre, le quinquina, différents extraits, des onguents, etc. Ces médicaments, s’ils sont solides, doivent être préalablement réduits en poudre fine , dissous ou ramollis dans un liquide approprié; en général, ces substances actives ne sont point incorporées dans le cataplasme, mais seulement répandues à leur surface. Cette méthode est préférée parce qu’elle exige une moindre quantité du médicament ajouté; cependant il est certain que lorsqu’on les mêle au cataplasme en proportion suffisante, ils produisent des effets plus réguliers et plus surs. Les médicaments volatils, tels que le camphre, ne s’ajoutent au cataplasme que lorsqu’il est presque refroidi

On enduit quelquefois la surface du cataplasme d’un corps gras dans la seule intention d’empêcher l’humidité d’exercer sur l’épiderme une action trop relâchante, et de le rendre moins sensible à l’action de l’air lorsqu’on vient à enlever le cataplasme. Ce procédé a l’inconvénient de ne pas permettre à la peau d’être aussi facilement pénétrée par le liquide que contient le cataplasme, et il tend par conséquent à diminuer l’action de ce dernier.

Pour faire l’application d’un cataplasme, il faut prendre un morceau de toile un peu plus grand que l’étendue qu’il doit occuper; on le verse , on l’étend et on replie autour les bords du linge, de manièieà l’encadrer et à l’empêcher de couler; on répand alors dessus , s’il y a lieu , les poudres ou liquides qui doivent y être ajoutés, et on le pose sur la partie malade disposée de manière à présenter sa surface le plus horizontalement possible. On a souvent l’habitude d’enfermer les cataplasmes entre deux linges, mais on en diminue alors l’efficacité. Cependant, il y a quelquefois nécessité de le faire lorsqu’on doit les appliquer sur certains organes comme les yeux ou les oreilles, ou sur des plaies dans lesquelles on ne peut pas les laisser pénétrer; il faut alors n’interposer qu’un tissu extrêmement fin, comme une gaze ou une mousseline.

La détermination de la température à laquelle on pose les cataplasmes est une chose fort impor- I tante et en général trop négligée, elle doit être I réglée chaque fois par le médecin selon l’effet qu’il 1 a l’intention de produire. En général on les pose froids dans certains cas de brûlure. Appliqués directement sur les parties irritées ou enflammées,

I ils doivent être tièdes et à peine à la température 1 de l’organe malade. On les pose très-chauds lorsqu’on veut au contraire déterminer une irritation de la peau , en gonfler les vaisseaux capillaires et produire ainsi le dégorgement des tissus subja-

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cents, tels sont les cataplasmes posés sur l’abdomen pour calmer des coliques causées par l’état inflammatoire des intestins , etc.

VÉE

T’harmacien , Membre de la Société de Pharmacie.

cataracte ( path .), s. f. ( Xarapaxsa hijpochyma , cataracta ; suffusio, gutta nigra). Privés de connaissances anatomiques précises, les anciens attribuaient la cataracte à un épanchement de liquide devenu opaque, qui s’opposait ainsi à l’entrée des rayons lumineux dans l’œil. C’est aux anatomistes et aux chirurgiens français que l’on doit la connaissance du véritable siège de la cataracte, qui est toujours placé dans le cristallin ou ses annexes ; car les exsudations plastiques et les épanchements anormaux ne constituent que de fausses cataractes.

L’opacité du cristallin arrive à toutes lesépoques de la vie , le vieillard centenaire , l’homme dans la force de l’âge y sont sujets et l’enfant au sortir du sein de sa mère en est malheureusement trop souvent frappé ; mais il est raisonnable d’avouer que les vieillards y sont plus disposés.

Si Ton a des données certaines sur le siège de la maladie et sur l’époque où elle est le plus fréquente, il s’en faut bien que Ton puisse reconnaître la cause prochaine qui Ta produite. Le plus souvent elle paraît consister dans une inflammation aiguë , lente ou chronique des enveloppes du cristallin ; d’autres fois il faut l’attribuer à un vice de nutrition , ainsi qu’on l’observe dans les autres tissus des vieillards. Dans d’autres circonstances elle est due à l’exubérance du système lymphatiques chez les enfants, ou à l’ébranlement et à la dilacération de l’appareil nourricier de la lentille. Son existence se lie ainsi très-fréquemment à celle des affections rhumatismales , goutteuses, syphilitiques et scrofuleuses.

La cataracte reconnaît aussi pour cause l'hérédité , circonstance que Ton observe également chez les animaux. L’exposition de l’œil à une vive lumière, àun feu violent, à la vapeur des acides, devient une cause d’opacité du cristallin à laquelle il faut ajouter la répercussion des fièvres éruptives, l’inflqmmation du cerveau et les accidents traumatiques.

Les premiers symptômes qui annoncent l’apparition de la cataracte sont un léger trouble de la vue qui parait comme enveloppée d’un réseau nébuleux ; ce n’est que plus tard que Ton commence à reconnaître une altération dans la couleur du cristallin ou de ses annexes.

A mesure que le mal fait des progrès les facultés visuelles diminuent, surtout au grand soleil, au point qu’il n’est pas rare de voir des malades complètement aveugles pendant qu’ils sont exposés à une vive lumière , voir à se conduire parfaitement lorsqu’ils sont dans un endroit un peu sombre. Les malades n’arrivent en général à la cécité complète que par gradation. Ce n’est qu’à la suite de maladies violentes, de blessures ou de causes chimiques qu’elle se développe promptement, j

Il n’est pas difficile de diagnostiquer une cataracte, quand la maladie est déjà avancée; mais lorsque le trouble est léger, il est aisé de la con-

fondre, soit avec une amaurose commençante, soit avec l’amblyopie amaurotique. Mais après un sérieux examen et surtout en aidant son œil de puissances microscopiques, il est facile de s’apercevoir que le cristallin n’a pas sa transparen ce accoutumée; comme nous l’avons dit, le malade voit mieux à la tombée de la nuit , ou lorsque Ton a dilaté sa pupille avec de l’extrait de belladone, ce qui n’arrive point lorsque Ton rencontre une amaurose. Enfin l’opacité est située immédiatement derrière la pupille, tandis que s’il s’agit d’une affection amaurotique, c’est ordinairement dans les profondeurs de l’œil que Ton observe le commencement d’opacité. Chez les amaurotiques , la diminution de la vision a toujours commencé par être accompagnée d’étincelles, de commotions nerveuses de l’œil et bien souvent d’un strabisme particulier qui existe simultanément avec une dilatation de la pupille ou avec une coarctation trèsévidente : malheureusement ces deux maladies peuvent exister ensemble.

Si nous suivions les oculistes allemands dans le spiritualisme absurde qui a présidé à leur classification de la cataracte, nous pourrions certainement en admettre cinquante formes ou variétés, tandis qu’il n’y en a évidemmentqu’un petit nombre. Ainsi nous n’admettons que les formes suivantes : La cataracte capsulaire antérieure ou postérieure; celle de l’humeur, de Morgagni. La cataracte lenticulaire, dure, molle, caséeuse ou laiteuse; partielle, centrale, complète, simple ou mixte, c’est-à-dire accompagnée de diaphanéité ou d’opacité des capsules. Les cataractes branlantes, pyramidales, trabéculaires, siliqueuses arborisées, dentritiques, ne sont que des variétés accidentelles analogues à celle du plumage dans les oiseaux de la même famille. Celles que Ton nomme purulente , grumeuse, cyslique, ne sont que de fausses cataractes.

Ce que j’ai dit de leur classification s’applique en même temps à leur coloration ; ainsi il y en a de grises, de blanches, de bleuâtres, diversement colorées en jaune ou en brun , elles sont d'une teinte égale, pointillée, damasquinées ou striées. Enfin, il y en a de noires, ce qui est fort rare, mais que Ton ne peut révoquer en doute après les observations de Wenzel, Scarpa, Riobé et les faits recueillis par mon savant ami Alphonse Robert. Ce qui a été dit pour la couleur se rattache à leur consistance, ainsi il y en a de dures, de molles, de pierreuses, de caséeuses, de laiteuses et de gélatineuses.

La cataracte congéniale est presque toujours laiteuse ou gélatineuse. Dans la première enfance, les capsules sont saines et contiennent un liquide blanc qui s’épanche aussitôt que la capsule est rare D’après mes observations et celles de Saunders, le liquide des cataractes congéniales s'absorbe et les deux feuillets s'unissent; alors le malade peut voir pour se conduire, pour distinguer les couleurs, mais non pour lire et écrire. Comme nous le verrons plus tard, Saunders a basé sur ce phénomène son procédé opératoire pour les enfants cataractés de naissance.

La cataracte peut exister simultanément avec

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le glaucome, l’amaurose, la déformatiou de l'iris, les taches de la cornée, et les maladies de l’humeur aqueuse. C’est au praticien à faire le diagnostic différentiel , en prenant en considération les divers symptômes donnés à l’article consacré à chacune de ces maladies. (V. Amaurose, Glaucome , Iritis, etc.)

Cet examen est important parce que c’est sur lui que se fonde le prognostic. La cataracte est toujours une maladie grave , puisque lorsqu’elle est devenue complète, elle nécessite une opération qui, quoique pratiquée par un homme trèshabile , a eu souvent des chances d’insuccès. Car, il faut malheureusement le reconnaître, les médicaments internes et externes ne produisent aucun effet curatif, et l’on doit se défier des prétendues cures que l’on dit avoir été obtenus par ces moyens.

Les chances de l’opération seront d’autant plus favorables, que la cataracte sera exempte de complication, que le malade jouira d’une constitution de bonne nature, nullement entachée de spécificité quelconque.

Il y a un grand nombre de procédés pour opérer la cataracte, mais tous ont pour but de déplacer, d’extraire, ou de broyer le cristallin, et ses annexes devenus opaques, et par ce moyen de rendre le champ de la pupille librè et perméable aux rayons lumineux. Il n’entre point dans le but de cet ouvrage d’examiner les divisions dont les procédés que nous venons d’indiquer sont susceptibles. Nous nous bornerons à indiquer les trois principaux, qui sont : l’abaissement, l’extraction et la kératonyxis. L’abaissement est la méthode la plus ancienne, l’extraclion date de moins loin, et la kératonyxis est toute récente.

Avant de pratiquer une opération de cataracte il faut préparer le malade par un régime sévère, des bains généraux et des boissons délayantes, quelques jours auparavant il importe d’obtenir une dilatation artificielle de la pupille par l’instillation d’une solution d’extrait de belladone, afin de reconnaître si l’iris n’a contracté aucune adhérence avec la cataracte ou ses annexes, ce qui doit faire modifier le procédé opératoire. Quand on a assis son diagnostic, on laisse reposer son malade, et la veille de l’opération , on réitère l’instillation belladonée , afin d’agrandir l’espace pupillaire et rendre l’opération plus facile quelque soit le procédé employé. J’ai dit quelque soit le procédé mis en pratique ; car dans mon ouvrage sur les causes qui font échouer l’opération de la cataracte , je me suis fortement élevé contre la plus grande hérésie chirurgicale du siècle, qui consiste à appliquer une méthode unique aux formes si variées de la cataracte.

Il reste maintenant à examiner si quand un seul œil est malade, il faut y pratiquer une opération : cette question a été diversement résolue , par la négative et par l’affirmative : je crois qu’il y a erreur de chaque côté, et qu’il faut spécifier les cas où il faut pratiquer l’opération et ceux où elle doit être rejetée. Voilà les règles que mon expérience et celles de l’illustre Scarpa mon maître me permettent d’établir. Si la cataracte est fixée sur un

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seul œil, chez un nouveau-né, un enfant en bas âge, il faut l’opérer : 1° parce que chez Ips enfants les succès sont si certains que sur soixante opérations de cataracte congéniale, Saunders a réussi cinquante huit fois; 2° parce que la cataracte de naissance entraîne dans l’œil frappé un mouvement rotatoire qui se transmet à l’œil sain. Pour un adulte les chances sont encore très-fevorables, et j’ai vu que lorsque dans l’âge avancé la cataracte venait envahir l’autre œil , l’opération échouait presque toujours dans ses résultats sur l’œil depuis long-temps cataracté ; chez un vieillard , si un œil est complètement sain, il faut ne pas opérer : mais si l’œil opposé commence à se prendre, il faut opérer l’œil entièrement pris , parce que Bowen et moi nous avons observé que l’opération de l’œil plus malade enrayait tout-à-fait la marche de l’œil légèrement entrepris.

Il y a longtemps qu’on se demande si l’on doit opérer les deux yeux à la fois. Cette question est loin d’être résolue ; cependant les plus grands chirurgiens se prononcent pour l’opération pratiquée successivement et à de longs intervalles. En effet, Scarpa, Dubois, Dupuytren, Panizza, Monteggia, Rossi, Géri, Riberi, Gensoul, Samuel, Cooper, Maunoir, Saunders, Travers , Assalini et Lusardi , soutiennent qu’il est plus convenable d’opérer un seul œil à la fois, et Marc-Antoine Petit, qui a obtenu des succès vraiment remarquables, disait : « J’ai peu souvent opéré les deux yeux dans la » même saison , et je crois utile de mettre un in- » tervalle un peu long entre le traitement de l’un » et celui de l’autre. » La vérité de ce principe est pour moi incontestable; et en comparant les faits que j’ai observés à la clinique ophthalmique de Pavie, dans la pratique de M. Maunoir, dans celle de Lusardi et dans la mienne, à ceux que j’ai puisés dans les écrits et la pratique de Wenzel, Demours, Forlenza, Delpech, Ware, Dalmas et Volpi, je demeure convaincu que l’avantage est immense du côté des chirurgiens qui n’opèrent qu’un seui œil à la fois.

Quant au choix du procédé , l’abaissement est indiqué : 1° Chez les individus faibles, atteints d’affections rhumatismales, goutteuses, herpétiques,

: scrofuleuses, syphilitiques ou autres. Il en sera de même pour les sujets nerveux pusillanimes, hystériques, affectés de gibbosité de la colonne vertéj braie , ou de maladies des gros vaisseaux , ce qui rend le décubitus sur le dos impossible ; 2° Lorsque les yeux sont trop saillants , hvdroj phthalmiques ou lorsqu’ils sont profondément enfoncés dans l’orbite; 3° Lorsque les cataractes sont molles, caséeuses, les sujets jeunes, ou atteints de conjonctivite chronique, d’étroitesse des paupières , ou d’excessive mobilité des organes.

Pour pratiquer l’abaissement : Le malade est assis sur une chaise un peu élevée et placée dans un jour convenable; sa tête est fixée contre la poitrine d’un aide , qui d’une main soutient le menton et de l’autre relève la paupière supérieure avec le doigt indicateur ou avec un crochet de Pellier ou de Caffe : l’inférieure est abaissée par l’opérateur avec la main opposée à celle qui opère. Celle-ci, armée d’une aiguille de Scarpa, la plonge

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dans la sclérotique à une ligne environ de son union à la cornée diaphane , un peu plus bas que son diamètre transversal , lieu d’élection jugé convenable par Scarpa et la plupart de ses élèves. Nous n’entrerons pas dans des détails plus étendus qui sont tout-à-fait du ressort de l'homme de l’art, et qui ne sauraient entrer dans cet ouvrage.

L’œil opéré est immédiatement recouvert de plumaceaux imbibés d’eau froide que l’on renouvelle de temps en temps, et on place le malade dans un lit à tête un peu élevée et dans une chambre rendue aussi obscure que possible.

On pratiquera avec fruit l’opération par extraction chez les hommes forts , vigoureux , dociles, lorsque l’on soupçonne la présence d’un cristallin noir, pierreux, ou contenant une parcelle métallique. Il en sera de même lorsque l’on craindra que la cataracte grumeuse ne dégénère dans l’œil , ou lorsqu’elle est siliqueuse , ce qui rend son abaissement trop laborieux; on recourra également à l’extraction lorsque le lieu d’élection pour l’introduction de l’aiguille est le siège de pannus ou d’autres tumeurs.

Pour pratiquer l’extraction de la cataracte , on se sert de couteaux de diverses espèces , ceux de Wenzel et de Beer sont les préférés. Le malade est placé sur une chaise comme pour l’abaissement : il est des opérateurs qui préfèrent opérer les malades sur un lit, et je suis de ce nombre.

Les paupières étant relevées par un aide qui se gardera de presser sur l’œil, l’opérateur saisit le couteau comme une plume à écrire, et prenant avec le doigt annulaire un point d’appui sur la tempe, il enfonce perpendiculairement l’instrument dans la cornée à une ligne de son insertion à la sclérotique, jusqu’à ce que la pointe soit arrivée dans la chambre antérieure. Le reste de l’incision et de l’opération se pratiquent suivant des procédés qui ne saurait trouver leur place ici. Aussitôt l’opération terminée , l’on prend les mêmes précautions que pour l’abaissement.

La kératonyxis n’est autre chose qu’un abaissement ou un broiement antéro-postérieur : elle se pratique comme eux , seulement il ne faut point, comme le font quelques opérateurs allemands, percer la cornée au centre, quelque line que soit l’aiguille employée.

Ce procédé, d’après les expériences de Dupuytren,n’a aucun avantage sur l’abaissement proprement dit ; on le réserve pour opérer la cataracte congéniale dans les premières années de la vie.

Je ne terminerai point sans dire qu’il faut opérer les enfants en bas âge , non-seulement dans l’intérêt de leur vue, mais dans celui de leur éducation. A l’eNemple de Saunders, je préféré l’àge de dix-huit mois à deux ans , et sur douze opérations j’ai obtenu onze succès complets.

Les accidents consécutifs à l’opération, sont: l’ophthalmie interne et externe, l’iritis, les névralgies, les ophthalmorrhagies ; leur traitement sera indiqué à ces mots. Les malades ne doivent être exposés que peu à peu à la lumière, à mesure que l’œil opéré s’y accoutume. Pour plus amples renseignements, voir mes recherches pratiques sur les causes qui font échouer l’opération de la cata-

racte. A l’article Lunettes nous parierons de celles nécessaires au cataracté.

Carron du Villards,

Chirurgien , fondateur du dispensaire ophthalmique de Paris.

catarrhal ( méd .), adj., qui appartient au catarrhe ; on dit une affection catarrhale , une fièvre catarrhale, une épidémie catarrhale, pour désigner que ces diverses maladies sont caractérisées par des inflammations des membranes muqueuses.

catarrhe ( méd. ) , s. m. ( catarrhus , du grec kata, en bas, etrhéô, je coule). On désigne par cette dénomination générique tous les écoulements de fluides fournis par les membranes muqueuses. On peut admettre autant d’espèces de catharre qu’il y a de membranes muqueuses distinctes; mais, en général, on donne plus particulièrement ce nom à deux maladies, l’une des organes de la respiration , l’autre de la vessie : ce sont les seuls dont nous croyons devoir nous occuper ici.

Catarrhe pulmonaire. Cette maladie , appelée encore fausse péripneumonie, pneumonie catarrhale, bronchite, consiste dans l’inflammation plus ou moins profonde de la membAme muqueuse qui revêt les ramifications bronchiques ; elle peut être aiguë ou chronique.

Catarrhe pulmonaire aigu. Les causes de celte affection sont variables; ainsi, elle peut être déterminée par l’inspiration d’un air très-froid ou trèschaud , et par celle de vapeurs irritantes ; par des contusions , des plaies , des cris , des exercices forcés de la voix , et spécialement par l’impression de l’air humide et froid , sur le cou , la tête ou les pieds. Quelquefois les symptômes sont très-légers; par exemple : un peu de toux et l’expectoration de crachats peu abondants , sans aucun dérangement dans les autres fonctions; c’est l’affection légère à laquelle on donne vulgairement , dans le monde , le nom de rhume. D’autres fois le mal offre une intensité très-grande, et alors, on observe de l’oppression ; la toux revient par quintes et s’accompagne de douleur et de chaleur plus ou moins vive derrière le sternum ; il y a céphalalgie trèsforte , sensibilité ou même douleur à l’épigastre , souvent nausées et vomissements; expectoration d’un mucus, d’abord clair, écumeux, en petite quantité, et ne se détachant qu’avec difficulté, puis épais , visqueux , jaunâtre ou vert, abondant et rendu facilement. La poitrine percutée fait entendre un son clair; à l’auscultation, on entend un râle sibilant, sonore ou grave , tant que le catarrhe est sec, puis devenant muqueux et s’accompagnant fréquemment d’une sorte de frémissement appréciable, même à la main. Enfin, un appareil fébrile plus ou moins prononcé se joint à tous les symptômes que nous venons d’énumérer. Le catarrhe pulmonaire aigu persiste ordinairement pendant une ou même plusieurs semaines; néanmoins, il est rare qu’il se termine d’une manière funeste : il passe assez souvent à l’état chronique. Les malades doivent être placés dans une chambre dont la température soit douce et égale; on leur prescrit le repos, le silence, la diète, le

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lit , les boissons adoucissantes et les potions gommeuses : on tire du sang et on recourt aux applications vésicantes, si l’inflammation est intense. Des quintes répétées , avec expectoration peu abondante, indiquent l’opportunité des préparations narcotiques , nommément de la belladone ou de la jusquiame, soit en poudre, soit en extrait. Vers le déclin do la maladie , si le catarrhe montre quelque tendance à la chronicité , on substitue aux boissons usitées jusque là des tisanes légèrement aromatiques , comme celles de lierre terrestre, d’hysope , etc. , et on en seconde l’effet par l’emploi de légers révulsifs sur le tube digestif, spécialement de la manne, de la pulpe de casse, etc.

Catarrhe pulmonaire chronique. Cette maladie, qui est le plus ordinairement consécutive à la précédente , se rencontre surtout chez les vieillards. Elle est caractérisée par une toux fréquente et grasse, par une expectoration , tantôt forte, tantôt laborieuse , abondante , surtout le matin , de crachats incolores et transparent , ou opaques et de couleur blanche ou verdâtres; enfin, chez quelques sujets , par un état fébrile avec amaigrissement progressif. Presque toujours subordonné aux variations atmosphériques , ce catarrhe diminue ou disparaît même pendant l’été , pour recommencer avec plus ou moins de force au retour de la mauvaise saison ; on le voit quelquefois céder d’une manière définitive sous l’influence d’une autre maladie; du reste , il n’offre guère de gravité que dans le cas où il détermine du dépérissement. Son traitement consiste dans l’éloignement de toutes les causes qui peuvent augmenter les accidents, puis dans l’usage des boissons légèrement amères et aromatiques , comme les infusés de véronique, de sauge , d’hysope, de lierre terrestre, d’aunée , de quinquina , le décodé de lichen d’Islande, etc. On joint à ces moyens les eaux minérales sulfureuses (Barèges, Bonnes, Enghien, etc.), l’inspiration de vapeurs stimulantes ( chlore , benjoin , goudron , etc. ) , les frictions sèches , l’usage de vêtements de laine, les révulsifs sur la peau et sur les organes de la digestion. Parfois il est indispensable de faire changer de climat.

Catarrhe vésical. Cette maladie , que l’on nomme encore cystite, peut exister à l’état aigu ou chronique.

Catarrhe vésical aigu. Il peut être occasionné par des coups, une chute, des plaies, la présence d’un ou plusieurs calculs, des boissons alcooliques chaudes , l’usage des diurétiques âcres , l’emploi à l’extérieur, et surtout à l’intérieur, des préparations de cantharides, une nourriture composée exclusivement de substances très-azotées , la répercussion d’un exanthème , la suppression brusque de la transpiration. Il est caractérisé par une douleur et une chaleur vives et continues à la région hypogastrique , un sentiment de pesanteur et de tension au périnée , des érections fréquentes et douloureuses, l’émission très- difficile et souvent après des efforts réitérés d’une urine claire d’abord, puis foncée et laissant déposer beaucoup de mucosités. En outre, il y a de la fiè-

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vre, et parfois des sueurs urineuses. La durée de cette maladie est ordinairement de vingt à quarante jours. Son traitement consiste dans l’usage des antiphlogistiques employés avec plus ou moins d’énergie, suivant l’intensité du mal. Vers le déclin, on cherche à prévenir le passage à l’état chronique, à l’aide des moyens indiqués pour la cystirrhée. (Voyez ci-dessous.)

Catarrhe vésical chronique ou cystirrhée. Celte affection, que l’on observe surtout dans les saisons froides et humides, se montre de préférence chez les vieillards, les personnes sédentaires ou qui ont l’habitude de retenir longtemps leur urine , les sujets dartreux, rhumatisants ou calculeux; elle peut encore être due à la rétrocession d’une autre maladie, ou être la suite du catarrhe vésical aigu. Elle est indiquée par la pesanteur et la gêne que le malade éprouve à la région périnéale, par la fréquence du besoin d’uriner, besoin qu’on ne peut satisfaire ou qu’on ne satisfait du moins qu’avec peine. L’urine excrétée est blanchâtre ou rougeâtre , trouble , presque toujours ammoniacale ; elle laisse déposer en se refroidissaut un mucus glaireux et collant, qui se rassemble au fond du vase et forme souvent le tiers et même la moitié du liquide rendu. Lorsque la maladie dure depuis long-temps, les sujets sont ordinairement amaigris et offrent une teinte jaunâtre de la peau. Le catarrhe vésical chronique a une durée illimitée; il se termine presque toujours d’une manière funeste, à moins qu’il ne date de très-loin.

Le traitement consiste d’abord dans l’éloignement des causes connues ou présumées de la maladie, par exemple l’extraction des corps étrangers dans la vessie , le rappel d’anciennes hémorrhagies, de vieux écoulements, d’affections rhumatismales ou dartreuses, etc. On prescrit les boissons diaphorétiques et les bains chauds, la flanelle sur la peau, l’établissement d’un cautère, des injections astringentes dans la vessie , l’administration à l’intérieur de la térébenthine ou de son huile essentielle à petites doses. A tout cela , il est indispensable de joindre, avec la plus grande persévérance, certaines précautions hygiéniques; telles sont un régime diététique, adoucissant, une continence absolue , le soin de se garantir les pieds de l’impression du froid humide , l’emploi journalier des frictions, l’habitation dans un pays méridional bien sec, enfin l’abstinence de tout exercice violent, comme l’équitation, la marche forcée, les voyages dans une voiture mal suspendue, etc. Chez les vieillards, on peut cependant montrer un peu moins de sévérité sous le rapport du régime alimentaire, et leur permettre par exemple un usage très-modéré du vin. P.-L. Cottereau,

Professeur agrégé à la faculié de médecine de Paris.

cathartique (mat. méd.) , s. m C’est un nom générique que l’on donne quelquefois aux purgatifs; souvent on désigne sous le nom de cathartiques des purgatifs plus actifs que les laxatifs et les minoratifs, mais cependant moins forts que les drastiques. J B.

cathérétioue. V. au Supplément.

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cathéter ( chir .), s. m. C’est un instrument destiné à être introduit dans la vessie, en suivant le trajet du canal de l’urètre; autrefois on désignait sous ce nom toutes les sondes ; mais , dans ces derniers temps , le nom de cathéter a été spécialement réservé à un instrument en acier, cannelé sur sa convexité et qui est introduit dans la vessie, lorsque l’ou pratique l’opération de la taille , ou lorsque l’on veut reconnaître la présence d’un calcul (V. Cathétérisme). Les autres instruments que l’on introduit dans le canal sont des sondes et des bougies. ( Y. ces mots. ) J. B„

cathétérisme ( chir .), s. m. (cathétérismus , du grec kathiénaï, introduire). Ondésigne par ce mot une opération de chirurgie qui consiste à faire pénétrer une sonde dans la vessie en suivant les voies naturelles. En pratiquant le cathétérisme, on a pour but ordinairement , ou de donner issue à l’urine retenue par une cause quelconque , ou bien de reconnaître la présence, dans la vessie, de calculs urinaires, de tumeurs, etc. Dans le premier cas le cathétérisme est appelé évacuateur, on le nomme explorateur dans le second.

La conformation des organes urinaires dans les deux sexes amène des différences dans la forme des sondes et dans la manière de les introduire. La sonde de femme , beaucoup moins longue, est presque droite; cette forme, seule usitée jusqu’à ces dernières années, convient à merveille pour vider la vessie: mais pour explorer cet organe il vaut mieux faire usage d’une sonde courbée à la manière de la sonde exploratrice de l’homme. La position de l’utérus donnant plus d’élévation au centre de la paroi postérieure de la vessie, rejette la pierre dans l’une des parties latérales où la sonde courbe l’atteint mieux que ne peut le faire la sonde de femme presque droite.

Le cathétérisme se fait avecdessondesmétalîiques , des sondes de gomme , des bougies decire, de corde de boyau, etc. La manière de faire pénétrer ces divers instruments varie suivant leur nature et leur forme. Les sondes métalliques sont tantôt droites , tantôt courbes. Le cathétérisme rectiligne, tiré dernièrement de l’oubli par un habile chirurgien français, a exercé une heureuse influence sur la découverte de la lithotripsie; c’est d’après cette connaissance que j’ai fait exécuter le premier appareil au moyen duquel le broiement de la pierre est devenu possible; cependant, comme depuis quelques années cette opération , ainsi que nous aurons occasion de le dire , se pratique avec des instruments courbes , les sondes droites ont beaucoup perdu de leur importance et ne trouvent que peu d’applications.

Pour conduire sûrement une sonde métallique il faut une main exercée et prudente, il faut ne jamais employer la force pour vaincre les résistances que l’on rencontre; les règles d’après lesquelles doivent être introduites ces sondes, bien que simples, ne peuvent être enseignées qu’aux yeux , mais ne peuvent se décrire. Les personnes étrangères à l’art de guérir ne devront donc s'aventurer à pratiquer cette opération sur elles mêmes ou sur d’autres qu’après s’y être exercé

en présence et sous la direction d’un médecin. Il en est de même des sondes en gomme, rendues inflexibles par un mandrin de fer.

Il est une espèce de sonde que l’on peut mettre sans danger entre les mains des malades, et dont l’usage commence à se répandre; elles sont courbes dans leur tissu et conservent celte courbure sans mandrins. Le malade n’a pas besoin d’abaisser l’extrémité ni de faire aucune manœuvre, il n’a d’autre soin à prendre que de pousser doucement la sonde en la tenant parallèlement à l’abdomen et tirant fortement la verge en haut; le bec suit la partie supérieure de l’urêtre sur laquelle il n’existe aucun relief ni obstacle naturel; j’ai indiqué ce mode de cathétérisme à plus de cent malades qui avaient des rétentions d’urine, causées par des affections de la prostate, et je n’en ai pas trouvé quatre auxquels il ait fallu plus d’une leçon pour apprendre à se sonder.

Lorsque l’urètre n’est rétréci sur aucun point de sa longueur, des sondes de deux ou trois lignes pénètrent plus facilement que d’autres sondes beaucoup plus petites, qui peuvent être arrêtées par les replis de la muqueuse ; mais s’il arrive que le diamètre du canal soit considérablement diminué par un rétrécissement, alors les sondes ne pénètrent plus et l’on ne peut franchir la coarctation qu’avec des bougies extrêmement fines, faites en gomme, en cire ou en corde à boyau. Quelquefois même le passage est impossible : si la rétention d’urine est complète, alors il devient nécessaire de pratiquer le cathétérisme forcé, opération grave et délicate qu’un chirurgien doit seul entreprendre, et que les malades éviteront par l’un des traitements que nous indiquerons plus tard en parlant de la rétention d’urine.

La rétention complète d’urine, la diminution croissante du jet de ce liquide, ne sont pas les seules raisons qui doivent déterminer à recourir au cathétérisme; nous avons dit en commençant cet article que cette opération a pour objet nonseulement de vider la vessie, mais encore d’explorer sa cavité pour y reconnaître la présence de pierres ; or, il importe d’acquérir cette notion de bonne heure ; car lorsque les calculs sont petits et qu’ils n’ont pas encore enflammé la vessie, l’opération du broiement est facile, point doulou reuse et sans danger; plus tard au contraire, quand la pierre est devenue grosse et la vessie malade , la lithotripsie est grave et douloureuse. Lors donc que Ton ressent de la douleur au bout du gland en urinant, lorsque la marche, l’équitation sont pénibles et font uriner le sang; lorsque le jet de l’urine s’interrompt brusquement pour reprendre un instant après , lorsque ces symptômes persistent pendant un mois ou deux il est probable que la vessie contient une pierre dont il importe de constater la présence avec la sonde. Si le chirurgien n’a rien rencontré et que ces symptômes persistent, il faut de nouveau se soumettre au cathétérisme, car il n’est pas très-rare qu’une pierre d’un petit volume échappe à une première exploration, surtout si elle est faite avec une sonde à grande courbure. Leroy d’Etiolles,

Docteur er. médecine.

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catholicum oucatholicon (pharm.), S.m., (lu grec katholicos catholique, universel. C’est un électuaire purgatif, dont la rhubarbe et le séné font la base; on l’administre à la dose d’une demi-once à deux onces ; il était autrefois trèsemployé sous le nom de catholicum double; il n’est presque plus usité aujourd’hui. J. B.

cauchemar, y, au Supplément.

causes (path. gén.), s. f. On a quelquefois défini la philosophie, la science des causes, et il est certain que la sagesse sans les lumières ne saurait constituer la philosophie dans la plus belle acception du mot. Quoi qu’il en soit, la recherche des lois, des principes qui produisent ou coordonnent les phénomènes physiques ou moraux, représente le côté philosophique des diverses branches des connaissances humaines, et la médecine a sa philosophie. L’étude des causes des maladies , les seules dont nous ayons à nous occuper, est de la plus haute importance pour le médecin, et elle intéresse tout le monde. Elle apprend à prévenir les maladies, ou à les traiter plus sûrement dès l’instant qu’elles sont produites. Rousseau a sans doute émis un paradoxe lorsqu’il a dit que , parvenu à la maturité de l’âge , chaque homme devrait avoir acquis une expérience suffisante pour veiller seul à la conservation et au rétablissement de sa santé ; mais il est certain que chacun pourrait retirer de l’observation personnelle, a cet égard, un bénéfice considérable. On pense bien que nous ne pouvons entrer ici d?ns l’énumération des influences extérieures qui troublent la santé, ni des modifications organiques qui préparent et entretiennent les maladies. Tour cela il faudrait, d’une part, passer en revue tous les sujets de l’hygiène , et de l’autre , les conditions d’âge, de sexe, de tempérament , d’anatomie pathologique ; tous autant d’objets qui sont traités séparément dans ce dictionnaire. Nous nous bornerons donc aux divisions principales ou à la classification des causes morbides. Il en est qui préparent les maladies; elles sont pour la plupart dans l’organisation elle-même : on les nomme prédisposantes; d’autres, presque toutes extérieures, font éclater la prédisposition et produisent la maladie , et l’on appelle celles-là déterminantes ou occasionnelles. Prenons un exemple : cet homme a le cœur volumineux, le sang abondant, le cou court, cette complexion est la cause prédisposante à l’apoplexie; que , maintenant, dans un accès de colère, il soit foudroyé, l’émotion sera la cause occasionnelle. Sans la prédisposition, les influences maladives sont impuissantes , mais les signes qui la révèlent sont souvent cachés. Ce ne serait pas une mince difficulté que d’annoncer à priori quelle serait la part de chacun de quatre imprudents qui, couchés en sueur sur de la terre humide, devraient se relever l’un avec un rhumatisme , l’autre avec un catarrhe pulmonaire, le troisième avec une diarrhée, le quatrième en santé parfaite. L’examen préalable de l’organisation de chacun aiderait sans doute à la solution du problème, mais avant l’épreuve le résultat resterait souvent incertain.

Il est un troisième ordre de causes qui regarde en quelque sorte exclusivement le médecin, parce

qu’il est nécessaire de posséder en anatomie et en physiologie des notions étendues et exactes, ce sont les causes prochaines, l’essence des maladies, leur nature intime, l’altération spéciale des solides ou des fluides. Il ne s’agit plus de savoir quelle est l’influence prédisposante ou occasionnelle qui a troublé la santé, mais de préciser les nouveaux rapports qui sont survenus dans l’économie du corps malade. Voilà la base fondamentale des systèmes de médecine qui se sont succédé et la pierre d’achoppement de toutes les sectes médicales, passées, présentes et futures. Nous ne pensons pas qu’il soit utile ou à propos de relater ici, même sommairement, tout ce que la médecine a subi d’hypothèses, de disputes, de révolutions, louchant la question si difficile et si importante des causes prochaines des maladies. On sait du reste que les deux camps principaux avaient pour banière l’humorisme ou le solidisme.

Tels sont les trois ordres de causes (prédisposantes , déterminantes , prochaines , ) qu’il faut avoir nettement dans l’esprit, parce que, dans l’étude des maladies, cette triple distinction se représente sans cesse. Après cela nous faisons grâce au lecteur de toutes les subtilités et superfluités dont la scolastique a embrouillé et surchargé la science. Nous ne définirons pas les causes formelles, matérielles , dispositives, efficientes, continentes, positives, négatives, primitives, incidentes, conjointes, excitantes, débilitantes, externes et internes, physiques, chimiques, spécifiques, etc., toutes autant de qualifications intelligibles parle mot qui les exprime, oun’exprimant que des frivolités.

Nous avons dit en commençant que l’étiologie , ou l’observation , des causes , de l’origine , de la nature des maladies , servait de fondement à la philosophie médicale. Eu effet, quel sujet plus vaste etplusinléressantque de considérer l’homme dans ses rapports avec les agents physiques , chimiques et moraux qui favorisent ou menacent son existence , et d’étudier ensuite comment ses organes ou ses fluides sont modifiés par leur action! Mais ces belles considérations sont exposées séparément dans divers articles, d’hygiène, de physiologie et de pathologie. A. Lagasquie.

Eocteur en Médecine . membre de 1a Commission d'Égypte.

caustique ( thérap .), s. m. et adj.,(du grec causticos, de caio je brûle.) On donne ce nom à des substances qui agissent en vertu d’une action chimique pour détruire les tissus vivants; ces caustiques sont très-nombreux et de diverses natures. La causticité est la propriété qu’a un corps d’être caustique; on dit, d’une manière générale, les caustiques, pour désigner tous les corps qui jouissent de cette propriété. C’est souvent au moyen de caustiques que l’on détruit , dans le début, certaines tumeurs cancéreuses. L’action d’appliquer les caustiques se nomme cautérisation. (V. ce mot.)

causus ( méd .), s. m. , mot latin sous lequel on désigne une fièvre ardente et très -violente. (Voyez

Fièvre.)

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cautèbe ( chir .), s. m. (du grec cautérione de caiô, je brûle). Ce mot à deux significations :

1° Il sert à désigner certains agents qu’on emploie pour brûler et désorganiser une portion plus ou moins grande de la peau ou d’un autre tissu; parmi ceux-ci, on distingue : le cautère actuel, instrument en fer, de forme et de dimension diverses, destiné à être appliqué sur une partie du corps, après avoir été préalablement chauffé au rouge, et les cautères potentiels ou substances cautiyues, qui agissent chimiquement pour détruire nos tissus, tels sont V hydrate de potasse ou pierre à cautère, le caustique devienne, le beurre d'antimoin , le chlorure de zinc , etc. (V. Cautérisation.)

2° Dans sa seconde signification, le mot cautère désigne un petit ulcère cutané ( fonticulus ), produit artificiellement, et entretenu pendant un temps plus ou moins long dans un but de guérison , au moyen d’un corps étranger inerte ou actif. Les cautères sont établis dans des lieux dits d 'indication ou d’élection, suivant qu’on les place tout près du siège même du mal, ou bien que, voulant les entretenir longtemps , on choisit pour les établir certains points du corps, où leur présence gêne le moins possible , tout en fournissant une abondante suppuration. Ces lieux d 'élection sont au bras; en dehors et vers le milieu, à la dépression qui existe au-dessus de l’insertion du muscle deltoïde (V. Bras). A la cuisse ; dans l’enfoncement que l’on sent en dedans et immédiatement au-dessus du genou, un peu en devant du tendon du muscle grand adducteur. A la jambe au point correspondant immédiatement au-dessous et en dedans du genou à l’expansion aponévrotique connue sous le nom de patte d'oie. Les lieux d’indication varient d’après le siège du mal : c’est ainsi , par exemple , que dans certaines affections de la colonne vertébrale , on pose les cautères au dos ou aux reins et de chaque côté des apophyses épineuses des vertèbres ; cependant on doit en général éviter de les placer sur un os peu couvert de parties charnues ou sur le trajet d'un nerf, d’un vaisseau et d’un tendon.

Le procédé le plus suivi, celui qui paraît préféférable pour ouvrir un cautère , est le suivant : on applique , sur le point déterminé , un petit emplâtre de diachylum gommé , au centre duquel on pratique un petit trou arrondi d’un peu plus d’une ligne de diamètre ; on place dans cette ouverture un petit fragment de potasse caustique, ou pierre à cautère , des pharmaciens , du volume environ d’un grain de blé , et on recouvre le tout d’un second emplâtre de diachylum non troué et plus large que le premier; par-dessus on place une compresse qu’on assujettit au moyen d’une bande ; le malade éprouve d’abord une sensation de chaleur, puis de douleur en général supportable, et, le lendemain, ou même bien auparavant, la cautérisation est achevée ; en levant l’appareil on trouve une sorte de croûte ou escarre noire et arrondie , dont il faut attendre ia chute , afin de pouvoir placer dans la petite plaie restante un pois d’iris ou d’orange destiné à entretenir la suppuration. Le plus souvent, pour hâter la chute de l’escarre , on l’incise en croix dans toute son

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épaisseur et on place le pois au centre ; ceüe inj cision n’est pas douloureuse; dans quelques circonstances les médecins font mettre deux à trois pois dans la plaie.

On peut encore ouvrir un cautère en plaçant un vésicatoire de la largeur d’une pièce de cinq francs, et, quand la suppuration est établie, en plaçant, au centre de la surface ulcérée, un pois que l’on fixe en serrant un peu , au moyen d’un morceau de diachylum, d’une compresse et d’une bande; ce procédé, qui est douloureux, n’est guère employé. D’autres fois on fait une incision à la peau avec un bistouri, et on place dans l’ouverture une petite boulette de charpie que l’on remplace par un pois , au bout de deux à trois jours. Ce procédé est effrayant pour le malade et d’ailleurs la plaie a une singulière tendance à se fermer; enfin, on a proposé de remplacer la pierre à cautère par d’autres caustiques. Le fer rouge n’est plus employé; mais, depuis quelque temps , on se sert d’un caustique dit de Vienne, formé d’un mélange de six parties de chaux vive, sur cinq parties de potasse caustique; cette substance , qui est réduite en une poudre sèche trèsfine , est conservée dans un flacon bouché à l’émeri. Pour l’employer, on en met sur une soucoupe une certaine quantité , qu’on humecte d’un peu d’esprit - de - vin , ou d’eau de Cologne, de manière à en former une pâte ; on applique ensuite celle-ci au moyen d’une spatule, ou du manche d’une cuillère à café , exactement sur la petite surface qu’on veut cautériser et avec les précautions que nous avons indiquées pour la potasse caustique ; au bout de cinq à six minutes, toute l’épaisseur de la peau est détruite et convertie en escarre ; la pâte caustique est alors enlevée, et on lave la place avec un peu d’eau vinaigrée; la douleur est, dit-on, très-peu vive. Ce procédé est expéditif et sans inconvénients.

Les pansements consécutifs des cautères, pansements qui doivent se faire au moins une fois par jour et souvent deux fois en été , quand la suppuration est abondante, consistent à enlever le pois de la veille , qui s’est gonflé , et à le remplacer par un autre, en ayant soin auparavant de nettoyer exactement , avec de l’eau tiède , les bords de la plaie ; c’est le meilleur moyen de prévenir la mauvaise odeur ; on place ensuite par-dessus un petit emplâtre de diachylum , ou une feuille de poirée ou mieux de lierre; enfin, une compresse, une bande, ou bien, suivant la place du cautère, un bracelet qu’on trouve chez tous les bandagistes, complètent tout l’appareil de pansemenî.

Les pois employés sont des pois ronds , naturels , ou bien ils sont faits avec de la racine d’iris ; on se sert aussi de très-petites oranges non encore développées, que l’on fait sécher, et quel on prépare convenablement. Ces différents corps , surtout les pois naturels, se gonflent par l'humidité, et favorisent ainsi la suppuration. Très-souvent ils sont percés à leur centre d’un trou, comme les grains d’un chapelet; on peut y passer une anse de fil qu’on y laisse et sur laquelle il suffit de tirer pour enlever le pois, lorsqu’on panse le cautère. On emploie souvent des petites boules

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coupées en deux, et, par conséquent, hémisphériques, pour le pansement des cautères du dos, afin de rendre le coucher sur le dos moins douloureux. Enfin , depuis quelque temps , on fabrique à Paris des pois artificiels , dans la composition desquels on fait entrer des substances irritantes ou calmantes suivant les indications. Cette invention n’est pas sans quelque avantage; les personnes, en effet, qui portent des cautères depuis longtemps éprouvent quelquefois divers accidents dont nous devons diro un mot.

Les parties voisines de la plaie peuvent rougir, se couvrir d’une éruption de très-petits boutons, et devenir surtout le siège d’une vive démangeaison; il faut alors supprimer les emplâtres de diachylum , si l’on s’en sert pour le pansement , et avoir recours à des lotions d’eau blanche , à des onctions de cérat saturné , et , plus tard , à des cataplasmes émollients, si l’éruption persiste. On a vu quelquefois un cautère devenir le point de départ d’un érysipèle ; il faut alors supprimer le pois et se hâter de consulter un médecin. La plaie peut être trop ou trop peu enflammée. Dans le premier cas elle est très-rouge; elle devient le siège de vives douleurs, et fournit un peu de sang en même temps qu’un pus clair, mal lié et trèsâcre ; il faut alors substituer au pois qui se gonfle des boules en cire , ou bien des pois artificiels calmants et non dilatables; si l’inflammation était trop intense, on supprimerait momentanément les pois , et la plaie serait couverte d’un cataplasme émollient. Lorsque l’inflammation n’est pas assez vive , la suppuration est presque nulle et la plaie est blafarde; cela s’observe principalement sur les personnes maigres , chez lesquelles le tissu cellulaire qui est, pour ainsi dire, la source de la suppuration , a disparu dans les parties voisines du cautère ; on a recours alors à des pois artificiels irritants , et aux pois d’orange , ou bien l’on enduit les pois ordinaires de pommade épispastique , de pommade de garou , ou d’onguent de la mère. Ces moyens sont parfois insuffisants, et l’on est obligé de fermer le cautère pour en ouvrir un autre ailleurs. Très-souvent les cautères se couvrent d’excroissances fongueuses; les chairs dépassent le niveau de la plaie ; il faut , dans ce cas , les réprimer en les touchant avec un petit fragment de pierre infernale, ou en les saupoudrant d’alun calciné. Une chose remarquable c’est qu’avec le temps les cautères changent de place ; ils ont de la tendance à descendre ; cet effet est dù à la pesanteur du pois, dont l’action continue se fait apercevoir à la longue , quoiqu’à priori on eût pu la croire nulle; l’effet n’a lieu du reste qu’après plusieurs années; l’on est quelquefois obligé de fermer le cautère ainsi déplacé pour en ouvrir un autre ailleurs. Rien de plus simple que de fermer un cautère, il suffit de supprimer le pois et de panser la plaie avec du cérat simple , en ayant soin de toucher de temps en temps , avec de la pierre infernale, les bourgeons vasculaires qui dépassent le niveau de la peau.

La place que doit occuper le cautère doit varier suivant la nature de la maladie ; lorsqu’il doit

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