‹ Dictionnaire de médecine usuelle (volume 2)Chapitre 146 sur 316 · L. Martinet · texte numérisé non relu

L. Martinet

Professeur agrégé , ancien chef de clinique à l’Hôtel-Dieu de Paris.

céphalotomie ( accouch .) , s. f. C’est une opération qui consiste à ouvrir le crâne du fœtus afin d’en extraire le cerveau lorsqu’il est encore dans l’utérus, et que le volume de la tête paraît un obstacle insurmontable à l’accouchement; cette opération, sur laquelle les accoucheurs doivent être extrêmement réservés , ne se pratique ordinairement que sur des fœtus morts, ou lorsque la mère est dans un extrême danger. Le médecin, dans ce dernier cas, fera toujours bien de s’aider de l’avis et des lumières de quelques-uns de ses confrères. M. Beaudelocque neveu a récemment inventé un instrument qu’il a nommé céphalotribe, qui donne un résultat analogue à cette opération et dont l’application est assez simple. J. B.

céphalüersatoi®je (path.). V. au Suppl.

céphalée (méd.), s. f. (du grec céphalé, tête). C’est une douleur de tête extrêmement violente et intolérable : quelquefois elle n’a lieu que d’un seul côté de la tête ou dans une partie spéciale; elle est aussi intermittente, et alors on la traite par le sulfate de quinine. Cette douleur est souvent purement nerveuse ; d’autres fois elle peut être déterminée par une maladie du cerveau ou de l’une de ses enveloppes. Les exostoses à la partie intime du crâne déterminent des accidents semblables ; cette douleur peut aussi être produite par une affection syphilitique sans qu’il y ait une lésion organique des os. (V. Céphalalgie.) J. B.

céphalique (, anal.), adj. Se dit des organes qui ont rapport à la tête : on a donné le nom d’artères céphaliques aux artères carotides. Une des veines du bras a reçu le nom de veine céphalique parce que les anciens croyaient qu’elle était en communication plus directe avec la tête; ils pratiquaient la saignée à cette veine dans les céphalalgies. (Voyez Bras.) J- B.

céphalïte ( méd .), s. f. C’est le nom donné à l’inflammation du cerveau. (Y. Cérébrale ( fièvre .

CÉPHALOTR1BE ( accouch .). V. au Suppl.

cérat ( pharm .), s. m. (du grec héros : cire). On donne ce nom à un médicament externe demiliquide, composé de cire, d’huile et d’eau, qui diffère des pommades par l’absence de graisse, et des onguents par l’absence des résines. Il existe diverses espèces de cérat : on appelle cérat simple , cérat de Galien celui qui se prépare avec quatre parties de cire blanche, seize d’huile d’amandes douces et douze d’eau pure ou d’eau distillée de roses. Pour

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préparer ce cérat on fait tondre la cire et l’huile à un feu doux , et l’on incorpore l’eau goutte à goutte en agitant toujours ; si l’on ajoutait l’eau en plus grande quantité, elle se séparerait du liquide sous forme de gouteletles; l’été il est important d’augmenter la proportion de la cire, afin de ne point rendre le cérat trop liquide. On prépare aussi le cérat avec la cire jaune : celui-ci est plus aromatique , et est employé de préférence dans certains cas.

Les cérats composés sont formés de cérat simple, auquel on ajoute des substances actives : ainsi pour le cérat de Saturne ou cérat de Goalard, c’est le sous-acétate de plomb que l’on ajoute au cérat simple, dans la proportion d’un gros pour une livre, suivant le Codex; cette quantité est cependant trop minime, et quelques pharmaciens l’ont augmentée jusqu’à deux onces. La dose acceptée aujourd’hui est d’une à deux onces par livre, ou d’un demi-gros à un gros, pour une once de cérat simple.

Le cérat soufré se prépare de la même manière, en substituant le soufre sublimé et lavé à l’acétate de plomb. Le cérat ammoniacal ou de Réchoux, qui est excessivement irritant, se prépare par l’addition d’un gros de carbonate d’ammoniaque à une once de cérat. Pour le cérat de quinquina , on ajoute un gros d’extrait alcoolique de quinquina à une once de cérat. Le cérat opiacé se compose de cérat simple, une once, et d’extrait aqueux d’opium, quatre grains.

La pommade pour les lèvres, qui est aussi un cérat, se prépare avec : cire blanche, deux onces; huile d’amandes douces, quatre onces; écorce de racines d’orcanelte concassées, deux gros; et l’on fait fondre à un feu doux. On prépare aussi un cérat au beurre de cacao, avec : beurre de cacao et huile d’amandes douces, de chaque , partie égale. Plusieurs autres médicaments, connus sous le nom de pommades, ne sont que des cérats, d’après la définition que nous en avons donnée plus haut.

Le cérat simple s’emp’oie pour les pansements des plaies et des vésicatoires : il est adoucissant et relâchant; le cérat jaune est moins adoucissant que le blanc, en raison de la matière résineuse que contient la cire jaune. Les cérats composés s’emploient dans différents cas que nous ne saurions indiquer ici , et qui seront signalés dans les divers articles où il sera parlé des maladies dans lesquels ils sont mis en usage.

J. P. Beaude.

cératotome ( chir .), s. m. Nom donné à un in strument qui sert à inciser la cornée transparente de l’œil.

cérébrale (fièvre) ( méd .), s. f. Nom sous lequel on désigne l’inflammation aiguë du cerveau ou do ses membranes , accompagnée de fièvre. La connaissance exacte des deux maladies que le mot fièvre cérébrale représente, c’est-à-dire l’encéphalite et la méningite, est une des plus belles acquisitions de la médecine actuelle, une de celles qui honorent le plus notre époque. C’est de 1820

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que datent les immenses progrès que fjt cette partie de la pathologie, et c’est aux recherches de MM. Rostan, Lallemand , Martinet et Parent Duchâtelet que la science en est redevable. Nonseulement l’inflammation du cerveau, avant les travaux de ces médecins , était confondue avec celle de ses membranes, ou avec d’autres maladies appartenant à différents organes, mais encore l’encéphalite et la méningite, journellement méconnues, en prenant le nom de fièvre nerveuse, de fièvre ataxique, de fièvre adynamique, avaient à subir toutes les conséquences d’une pareille dénomination, c’est-à-dire des traitements qui étaient loin d’être toujours d’accord avec le but que se propose l’art de guérir. Le mot de fièvre cérébrale, du moins , a sur ces derniers l’avantage de faire connaître l’organe malade, bien qu’il ait encore le défaut de ne p#as préciser suffisamment et la nature de la maladie et les parties du cerveau qui sont affectées : c’est pourquoi, dans cet article, afin de suppléer à l’insuffisance du mot fièvre cérébrale, nous décrirons séparément l’encéphalite et la méningite , maladies qu’il est bien essentiel de distinguer l’une de l’autre.

Encéphalite. A tous les âges de la vie, pendant l’enfance comme pendant la vieillesse , l’on peut voir se développer l’encéphalite ; mais c’est particulièrement de cinquante à quatre-vingts ans, de vingt à quarante, et pendant les sept premières années de notre existence , que cette maladie se montre le plus commune. Toutes les causes qui déterminent l’afflux du sang vers le cerveau la produisent de préférence : c’est ainsi que la constitution dite apoplectique [Y. Apoplexie), l’hypertrophie du ventricule gauche du cœur, la difficulté habituelle de respirer, l’asphyxie, les travaux immodérés de l’esprit , les veilles prolongées, l’abus des boissons alcooliques, l’usage de certaines substances narcotiques, telles que l’opium , la noix vomique , etc., favorisent son apparition. Mais quelque active que soit la puissance de ces causes, aucune ne dispose autant le cerveau à s’enflammer que l’exposition prolongée Je la tête au soleil , l’état de congestion habituel ou accidentel de la pie-mère, la méningite, la présence dans la substance du cerveau d’un caillot sanguin ou de tout autre corps étranger, tels que tubercule, squirrhe, hydatide, fausse membrane , fongus , etc. , la carie des os du crâne , surtout du rocher, l’inflammation du conduit auditif interne, celle d'une partie plus ou moins éloignée du système nerveux , l’érysipèle de la face , la coïncidence de l’inflammation de la membrane muqueuse du tube digestif, enfin, pardessus tout, les violences extérieures exercées sur la tête.

Tous les symptômes de l’inflammation du cerveau se rapportent à des modifications accidentelles survenant dans les fonctions cérébrales, c’est-à-dire dans les facultés intellectuelles, la sensibilité et la motilité. Mais, comme toutes les maladies de l’encéphale, apoplexie, méningite, hydrocéphale, etc., no peuvent s’exprimer que par des phénomènes appartenant également aux troubles de l’intelligence, de la sensibilité et de

la motilité, il en résulte que le diagnostic de l’encéphalite est très-difficile , et ne peut être déduit que d’une analyse rigoureuse des symptômes existants. Aussi, pour bien saisir les phénomènes propres à celte inflammation , faut-il l’étudier à trois époques de son existence , époques distinctes, caractérisées chacune par un ordre de symptômes particuliers.

Dans la première période , le cerveau souffle , mais les phénomènes par lesquels il exprime sa souffrance n’ont encore rien de bien précis, de bien caractéristique : généraux beaucoup plus que locaux, ces phénomènes n’indiquent point quel est le siège rigoureux du mal, quelle est la partie affectée ; si c’est la substance cérébrale, ou les deux méninges (pie-mère, arachnoïde) ; si le trouble a son point de départ dans l’encéphale, ou s’il n’est que sympathique, c’est-à-dire sous la dépendance de la maladie d’un autre organe.

Dans la deuxième période , un point donné du cerveau devient le siège d’un travail morbide qui, ne consistant encore qu’en une simple irritation , se traduit à l’extérieur par des phénomènes également d’irritation, appréciables dans les organes de la sensibilité et de la locomotion.

Enfin, dans la troisième période, la maladie ayant amené la désorganisation d’une partie de la substance cérébrale, aux signes d’irritation dont nous venons de parler, viennent se joindre des phénomènes de collapsus , indice que la portion de substance affectée a perdu la faculté de remplir ses fonctions. Entrons actuellement dans quelques développements sur ces trois modes de souffrance du cerveau.

Dans la première période de l’encéphalite , le malade éprouve des obscurcissements de la vue , des illusions d’optique , des éblouissements, une exaltation de la sensibilité de l’œil ; l’une des pupilles ou toutes les deux sont resserrées; tantôt il existe des bourdonnements d’oreilles, une irritabilité anormale de l’ouïe ; tantôt des vertiges , une augmentation d’énergie , d’activité des facultés intellectuelles, ou, tout au contraire, une diminution notable de ces mêmes facultés ; chez les uns on observe de la stupeur, de l’apathie, une tendance au repos , au sommeil ; chez d’autres un changement dans le caractère, une gaieté, une irascibilité, une morosité inaccoutumée ; bientôt un commencement de trouble survient dans une région du système locomoteur, la langue se meut avec plus ou moins de difficulté , les mâchoires se serrent, ou bien un engourdissement, des fourmillements se font sentir dans un membre ou dans tout un côté du corps. Chez quelques personnes des vomissements ont lieu, mais ils ont cela de particulier, qu’ils ne coïncident pas avec les signes d’une inflammation de l’estomac. Enfin, parmi les symptômes propres à la première période de l’encéphalite, se trouve la céphalalgie, le plus constant de ces symptômes, celui qui peut jeter le plus de jour sur son existence : cette douleur de tête occupe un point fixe et ne cesse pas, alors même que les symptômes énoncés plus haut n’auraient existé que passagèrement. D’ordinaire ces différents phénomènes ne se trouvent pas

réunis. A ce premier degré de l’encéphalite , surtout lorsque sa marche est lente, il n’y a point de fièvre ; on ne s’aperçoit guère de changement survenu dans l’état du malade, l’œil du médecin peut seul en découvrir. Cependant il ne tarde guère à se développer d’autres accidents tout à fait caractéristiques , tout à fait distincts de l’inflammation de la substance cérébrale, et qui apparaissent au bout de quelques heures , de quelques jours, et, dans certains cas, beaucoup plus tard. Ces nouveaux symptômes appartiennent ou à un état d’irritation, ou à un état de collapsus; ils occupent de préférence la face et les membres, tandis que d’une autre part l’intelligence et les sens offrent un trouble proportionné : selon que l’un de ces deux états , stimulation ou collapsus, ( excitation ou abattement ) existe , la céphalite est à sa deuxième ou à sa troisième période.

La marche de la maladie est -elle lente, les membres supérieurs ou inférieurs et particulièrement les premiers sont pris d’une faiblesse musculaire qui va croissant; des fourmillements, des engourdissements, des tremblements, des soubresauts des tendons ont lieu , ou des douleurs passagères plus ou moins aiguës se font sentir dans les muscles, plus rarement dans les gros troncs nerveux : ces symptômes s’observent plus particulièrement d’un seul côté du corps, du côté opposé à celui qui est le siège de la céphalalgie ; enfin , ces divers phénomènes acquièrent un haut degré d’intensité, et le malade offre l’état suivant, lequel peut aussi exister de prime abord, alors même que l’encéphalite a une marche tout à fait aiguë : des contractions musculaires se développent d’un côté du corps, soit tout à coup, soit d’une manière graduée ; elles portent ou sur les membres et la face , ou seulement sur l’une de ces parties; et, comme ces contractions affectent de préférence les muscles fléchisseurs, il en résulte que les membres sont plutôt demi-fléchis et roides, que dans un état d’extension. Les mouvements cessent dans les parties ainsi contractées, et s’ils reparaissent ils constituent alors des convulsions, c’est-à-dire des mouvements involontaires, lesquels peuvent revenir sous forme d’accès. A la suite de chacun de ces accès spasmodiques , qui s’accompagnent presque toujours d’une perle de connaissance , les muscles convulsés restent contractés ou tombent dans un état de flaccidité plus ou moins marqué , selon le degré où se trouve l’altération du cerveau; et, si le malade recouvre l’intelligence, cette faculté ainsi que la sensibilité générale restent plus ou moins affaiblies; mais la céphalalgie, dans ces cas, se fait de nouveau sentir. Ces attaques de convulsions avec abolition des sens se rapprochent beaucoup des attaques épileptiques , et souvent ont été confondues avec elles. Les anciens ouvrages sont pleins de méprises de ce genre; j’en rapporte plusieurs dans le travail que je prépare sur l’épilepsie. J’ai dû mentionner ce fait pour éviter les conséquences graves auxquelles une semblable erreur pourrait donner lieu. Je renvoie , du reste, à l’article Épilepsie , où je m’étendrai davantage sur les moyens de distinguer ces deux espèces de convulsions.

Toutes les régions du système locomoteur dans l’encéphalite ne sont pas simultanément atteintes, et stimulées au même degré : ainsi, telle partie du corps n’en est qu’à la période du spasme , que telle autre en est à celle du coîlapsus; c’est que , dans le premier cas, la portion de cerveau affectée n’est encore le siège que d’une turgescence sanguine, tandis que dans le second la désorganisation est achevée. La paralysie avec contraction musculaire , qui caractérise la seconde période de l’inflammation du cerveau , s’accompagne presque constamment d’une diminution des facultés intellectuelles, ou même d’une perte totale de l’intelligence , que cet état ait eu lieu tout à coup et en même temps que la paralysie, ou qu’il soit survenu graduellement comme cette dernière. Lorsqu’au contraire la lésion du cerveau est circonscrite à un très-petit espace, que l’inflammation a son siège dans une région d’un intérêt secondaire pour l’exercice des facultés mentales , la raison peut subsister, et les phénomènes cérébraux se bornent à des symptômes de paralysie locale; dans ce cas, l’intelligence n’est qu’affaiblie, la parole est lente, la prononciation est difficile , la mémoire incertaine ; mais d’ordinaire l’appareil locomoteur est paralysé dans une plus grande étendue : si l’on examine la face on observe que les paupières sont fermées spasmodiquement , que le globe de l’œil est entraîné d’un côté ou de l’autre par la contraction de celui de ses muscles propres qui est paralysé, ou bien qu’il est le siège d’une rotation continuelle; que la pupille du même côté, également contractée, est rétrécie , et présente souvent à sa circonférence des oscillations continuelles, qui ne sont autres que de véritables spasmes de son bord libre, complètement indépendantes de l’influence de la lumière ; la commissure des lèvres est tirée du côté où la paralysie existe , tant que le malade reste immobile et ne cherche point à parler ; la base de la langue est dirigée du côté correspondant à la paralysie , tandis que sa pointe se porte du côté opposé ; enfin la tête est entraînée du côté paralysé. Quant aux membres supérieurs ou inférieurs , ils sont d’un seul côté ordinairement, et du côté opposé à celui où a existé la céphalalgie, dans un état de rigidité paralytique, tendus ou fléchis, immobiles ou agités de mouvements spasmodiques; tant que dure celle seconde période, le malade accuse de la céphalalgie, si la connaissance n’est pas complètement perdue : le pouls est en général fréquent; dans quelques cas il est lent; il y a de la constipation, et quelquefois des vomissements ; ce n’est que plus tard que la respiration s’embarrasse.

Cependant l’intelligence diminue de plus en plus et finit par s’anéantir complètement; avec cette absence de toute perception, ia céphalalgie cesse naturellement. Les muscles, qui précédemment étaient contractés, deviennent flasques; à la paralysie avec rigidité succède la paralysie avec résolution , c’est-à-dire un état dans lequel les muscles ont perdu leur faculté contractile, les membres retombent comme une masse inerte, lorsqu’on les abandonne à leur propre poids après

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les avoir soulevés. La sensibilité s’éteint dans toutes les parties affectées, le pouls prend de la fréquence , un assoupissement plus ou moins prolongé a lieu , et le malade succombe. Mais lorsque l’encéphalite n’occupe qu’un point du cerveau peu étendu, ou que la partie altérée n’influe que médiocrement sur l’entretien de la vie , les symptômes de cette troisième période se bornent à une paralysie avec résolution des muscles , et à ia perte de la sensibilité de ce côté, l’intelligence se conservant intacte. On voit , d’après ce que nous venons de dire , que le caractère distinctif de la troisième période de l’encéphalite se tire des changements qui s’opèrent entre l’état de rigidité ou de convulsion des muscles et leur état de flaccidité , c’est-à-dire d’un état dans lequel l’influence du cerveau ne se fait plus sentir. Nous avons vu naguère quel était l’aspect de la face lors de la deuxième période; disons actuellement un mot de ce qui se passe durant la troisième, bien entendu toujours du côté où existe la paralysie : la paupière supérieure est pendante, elle retombe si on la soulève , tandis que précédemment les deux paupières étaient contractées; la pupille est dilatée, et ne se resserre plus sous l’influence de la lumière ; la commissure des lèvres, au lieu d’être tirée, est pendante, immobile; si le malade parle ou crie , la bouche se dévie alors du côté sain , par l’action des muscles de ce même côté restés libres ; l'aile du nez est aplatie , adossée à la cloison ; la joue , n’opposant plus aucune résistance à l’air qui sort de la bouche pendant l’expiration , se trouve poussée en dehors , et donne lieu au phénomène désigné sous le nom de fumer la pipe; enfin la tête est entraînée du côté non paralysé , par les muscles de ce côté , ce qui est l’opposé de ce qui existait naguère. Quant aux membres, ils sont dans un état de flaccidité complète du côté où s’observait auparavant la rigidité paralytique. Ces différents phénomènes sont d’autant plus marqués que l’altération du cerveau est elle-même plus avancée , et que l’état comateux est moindre ; car , dans le cas où la perte des facultés intellectuelles est complète, et où il existe un assoupissement profond, on a beaucoup de peine à constater le degré exact de la paralysie. Enfin, nous devons ajouter que souvent, pendant le cours de la troisième période , une partie du corps, qui jusque-là n’avait offert aucun symptôme , devient le siège de spasmes ou de contractures : c’est un signe qu’une nouvelle inflammation du cerveau vient de se propager à d’autres régions, mais qu’elle n’y existe encore qu’au second degré.

Si actuellement nous jetons un coup d’œil sur les altérations que présente le cerveau enflammé, afin de connaître la cause matérielle des graves désordres que nous venons d’étudier, nous voyons que la substance cérébrale, après s’être laissée pénétrer outre mesure par le sang, éprouve une diminution de cohésion telle qu’elle se réduit à un état de bouillie rougeâtre ou blanchâtre, résultat d’une infiltration sanguine, séreuse et purulente , qui s’est faite dans ses molécules: c’est dans cette altération, si rapide à

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s effectuer, vu l’état de mollesse naturelle du cerveau, qu’est le danger extrême de lencéphalite; aussi est-ce à prévenir une si fâcheuse conséquence que doivent tendre les efforts de l’art , et ce but ne pourra être atteint que quand la maladie aura été reconnue dès son principe, dès l’apparition de ses premiers symptômes : c’est pour y parvenir que nous sommes entrés dans les développements que l’on vient de lire, et pour que les gens da monde, en garde contre les dangers d’une aussi redoutable maladie , puissent en appeler avec le plus de promptitude possible au médecin. Nous ne parlerons du traitement qu’après avoir décrit la méningite : les moyens à employer pour combattre ces deux maladies offrant très-peu de différence.

Méningite. —Les signes auxquels on peut reconnaître cette maladie , qui consiste dans l’inflammation de deux membranes qui recouvrent le cerveau, l’arachnoïde et la pie-mère, sont les suivants : tantôt, après l’existence de phénomènes appartenant à la congestion cérébrale , tels que vertiges , pesanteurs de tête , erreurs de vision , bourdonnements , tintements d’oreilles , défaillances brusques; tantôt sans que nul de ces phénomènes ait existé , le malade se plaint d’une douleur de tête continue et qui en peu de temps acquiert une grande intensité; bien que la nature de cette douleur soit très- variable , on observe cependant qu’elle est, en général, aiguë, lancinante, gravative ou pulsative, tandis que plus rarement elle est sourde et obtuse. Son siège ordinaire est le sommet de la tête, le front, les tempes, moins souvent l’occiput; dans quelques cas, elle est bornée à un seul côté, dans d’autres , elle occupe le crâne tout entier. Chez certaines personnes la céphalalgie est mobile, passe d’un point à un autre; chez d’autres elle est fixe; le moindre mouvement l’exaspère, surtout lorsque le malade se baisse ; le bruit , une vive lumière, le travail intellectuel l’augmentent. Ce symptôme prendra une plus grande valeur s'il a existé antérieurement , ou s’il existe encore de petits vomissements, surtout après que le malade a bu , et sans qu’il soit possible de constater une lésion directe de l’estomac ou de quelques-uns des organes avec lesquels il a coutume d’être sympathiquement lié, comniel’utérus, les reins , etc.

La céphalalgie pourra également faire craindre l’existence d’une méningite, si elle est survenue à la suite d’une contusion , de l’exposition au soleil , d’une cautérisation du cuir chevelu ; si la disparition d’un érysipèle de la tête coexiste avec cette inflammation , ou enfin si elle s’accompagne de quelque carie du crâne , se développe chez des sujets qui font un abus des boissons alcooliques, ou survient après la suppression de quelque écoulement sanguin, purulent , habituel : les probabilités d’une phlegmasie des méninges deviendront plus grandes s’il existe en même temps de la fièvre, et surtout si la prononciation s’embarrasse , si la parole est brusque et saccadée , si les yeux sont vifs, mobiles, hagards, brillants ou fixes, mornes; si la conjonctive s’injecte, si l’irritabilité

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des sens est très -prononcée, tandis que la sensibilité générale, au contraire, a notablement diminué; enfin, si à ces symptômes se joint un état d’agitation et un trouble des facultés intellectuelles, on peut être certain qu’il existe une méningite ; ce dernier phénomène , le délire , est le signe qui ale plus de valeur; dans certaines circonstances il devient même tout à fait caractéristique; en général, lorsqu’il est continu, la douleur de tête cesse d’être perçue ; mais s’il se dissipe pendant un certain temps, celle-ci ne tarde pas à reparaître. Le désordre de l’intelligence est d’ordinaire en raison de la réaction fébrile et de la force du malade; seulement il se présente sous des formes très-variées : ainsi, il est furieux ou calme ; général , c’est-à-dire portant sur l’ensemble des idées , ou partiel , se concentrant sur quelques-unes; complet, offrant une incohérence extrême de la même idée, ou incomplet, permettant encore d’entrevoir quelques liaisons entre elles. Souvent le caractère change totalement : le malade est tour à tour irascible, furieux , taciturne ; il vocifère , parle continuellement seul, rêvasse, est incapable de répondre juste à quelque question qu’on lui adresse , ou n’est susceptible de recouvrer momentanément sa raison que quand on l’interroge brusquement, et que l’on cherche un sujet qui puisse exciter son attention. On apprécie le degré du désordre mental , en se reportant sur ce qu’est l’intelligence dans l’état de santé. L’appareil musculaire, à cette époque de la méningite, n’offre encore qu’un trouble médiocre , mais qui mérite un examen sévère ; il n’existe point de convulsion , comme trop d’auteurs l’ont assuré , mais seulement des mouvements désordonnés, soumis encore à la volonté ; celui qui délire est agité de mouvements irréguliers en apparence , mais qui de fait ont un but : ils tendent à le faire sortir du lit ou à accomplir tout autre acte; seulement ces mouvements , par leur incohérence, leur rapidité, peuvent induire en erreur un observateur peu attentif : le symptôme caractéristique de la méningite est donc le délire succédant à la céphalalgie , et entraînant à sa suite cette agitation musculaire qui fait le pendant du désordre de l’intelligence; mais ce symptôme n’indique qu’une des espèces d’inflammation des méninges; il caractérise seulement celle qui a son siège aux surfaces supérieures et latérales du cerveau; car lorsque la méningite existe à la base de cet organe , le délire ne s’observe pas. Ce que nous venons de dire jusqu’ici ne s’applique qu’à la première et à la seconde période de la méningite; dans celle-ci le cerveau stimulé agissait encore dans le cercle de ses attributs, seulement les fonctions étaient exagérées : le malade délirait au lieu de raisonner juste , le jeu intellectuel était encore évident; et ce que nous disons de la pensée , il faut le dire du mouvement et de la sensibilité générale ; mais , par le fait de cette surexcitation , le cerveau tombe dans un état d’inertie , et les trois grandes facultés auxquelles il préside, l’intelligence , la mobilité et la sensibilité , se trouvent réduites é

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