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Avant les travaux de la chimie moderne, l’on avait proposé de nombreuses théories, plus ou moins dénuées de fondement , pour expliquer la cause et les sources de la chaleur animale ; Black et Lavoisier ont les premiers résolu le problème d’une manière satisfaisante, et quoique l’on ait fait quelques objections portant sur les détails des explications données par ces auteurs, le fond n’en est pas moins vrai et rigoureux. Voici en peu de mots leur théorie : Dans l’acte de la respiration, l’oxygène de l’air aspiré est en partie absorbé ; en même temps, de l’acide carbonique et de la vapeur d’eau sont exhalés. Laquantité dégagée de ces deux dernières substances correspond, et au-delà, à laquantité d’oxygène qui a disparu; et il n’est pas douteux qu’elles ne soient le résultat de la combinaison de l’oxygène avec le carbone et l'hydrogène du sang; il se fait donc une véritable combustion qui doit être nécessairement accompagnée do développement de calorique; ce dernier est par conséquent la source principale , sinon unique de la chaleur animale; il paraîtrait seulement que la combinaison n’aurait pas lieu instantanément dans le poumon (autrement cet organe serait brûlé); mais elle se ferait peu à peu pendant le cours de la circulation du sang dans les divers vaisseaux (V. Respiration). L’opinion de ceux qui placent la source du calorique dans une influence particulière du système nerveux n’est pas appuyée de preuves suffisantes, et ne saurait renverser d’ailleurs des faits bien constatés. J. P. Beaudë.
chambre ( anat .) On a donné ce nom aux cavités de l’œil remplies par les liquides qu’il contient ; la chambre antérieure contient l’humeur aqueuse, et la chambre postérieure l’humeur vitrée. (V. OEil .) J. B.
champignons (bot.), s. m .(fungi Cryptogamie) L’organisation des champignons ne diffère pas seulement de celle des autres végétaux par l’absence d’organes sexuels apparents et par leur mode de développement ; ces sortes de plantes offrent encore dans le groupe nombreux qu’elles forment dans la classe des cryptogames des différences très-grandes: c’est ainsi que, bien qu’elles soient en général formées d’une racine et d’une tige ou stipe, ces organes ne jouent cependant pas le rôle que leur constitution apparente semblerait indiquer. Les racines, par exemple , ne paraissent pas destinées à servir de support à la plante ; elles puisent en outre les principes nutritifs bien plus dans l’air que dans le sol. La tige , dont l’organisation est de nature cellulaire , contrairement à celle des végétaux phanérogames ou à organes sexuels apparents , joue un rôle si peu important qu’elle manque dans certaines espèces ; le chapeau enfin, qui vient remplacer les branches et les feuilles, prend quelquefois un développement si considérable, et des formes si bizarres , qu’il semble à lui seul former toute la plante. Ces diverses parties, et notamment les deux dernières, paraissent remplirles mêmes fonctions et jouir des mêmes propriétés; leur texture est spongieuse et formée d’un tissu cellulaire assez lâche, dans certaines espèces, et tubéreux ou
ligneux dans d’autres; leur surface se nuance aussi des mêmes couleurs , circonstance qui établit un indice presque certain d’analogie de composition et de propriétés. Aussi fait-on indifféremment et simultanément usage , soit dans l’économie domestique, soit dans les arts, de la tige ou stipe et du chapeau ou pavillon. Ce qui prouve d’une manière incontestable que toutes les parties des champignons ont des fonctions communes , c’est que ces végétaux ne croissent pas seulement à la surface du sol , mais bien aussi , à la manière des substances minérales, dans l’intérieur de la terre ; la truffe , par exemple. Souvent ils croissent sur d’autres végétaux, quelquefois à la surface de certains animaux, et enfin, comme l’a démontré tout récemment M. Audouin, en cherchant la cause de la muscardine , dans l’intestin même du ver à soie.
Indépendamment de la racine , de la tige et du chapeau , on remarque encore dans les champignons d’autres organes, qui sont pour ainsi dire accessoires; ils sont au nombre de cinq, savoir: le volva ou bourse , le tégument ou voile , la membrane séminifére, les capsules et les sporules. Le volva est une membrane qui enveloppe le champignon avant son entier accroissement et qui se déchire pour laisser passer le chapeau et la tige, il n’est pas indispensable au développement, car un assez grand nombre d’espèces en sont dépourvues. Il laisse des traces au sommet et à la base du style. Celles qui occupent cette dernière partie, surtout lorsqu’elles enveloppent complètement la base , forment un indice presque infaillible de mauvaise qualité. Le tégument est formé d’une membrane très-mince, qui, partant du sommet du pédicule ou stipe et quelquefois de sa base , enveloppe le chapeau en tout ou en partie ; cette membrane, très-altérable d’ailleurs , ne se remarque que sur certaines espèces , et notamment sur les agarics et les bolets. La membrane séminifère est formée d’une réunion presque innombrable de petites capsules, elle recouvre souvent tout le champignon , mais quelquefois cependant ou le chapeau ou le stipe seulement. Sa contexture varie suivant les espèces; elle est tantôt mince, lamelleuse et couverte d’aspérités; tantôt elle est épaisse , peu résistante , de couleur foncée et trèsaltérable ; elle se transforme, en effet, assez promptement en une matière visqueuse d’une odeur fétide. Les capsules sont de petits sacs allongés, membraneux, d’une telle ténuité qu’on ne peut les distinguer qu’à l’aide du microscope; elles renferment les séminules ou sporules. On ignore comment s’en opère l’ouverture ; on croi cependant qu’elle s’effectue plutôt par suite de la décomposition de la membrane qui en forme la substance , que par l’acte végétatif. Les sporules sont de petites graines ou semences qui échappent à l’examen et qu’on a plutôt soupçonnées jusqu’ici qu’aperçues.
Le mode de propagation de ces végétaux n'est pas non plus bien constaté, cependant on croit généralement que les sporules, lorsqu’elles sont placées dans des circonstances favorables, laissent, par une sorte de germination, échapper des filaments très-
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déliés qui, s’anastomosant entre eux, forment ce qu’on connaît vulgairement sous le nom de blanc de champignon.
Les champignons sont bien certainement, de tous les végétaux, ceux sur lesquels l’influence du climat së fait le mieux remarquer; Il n’est pas rare, en effet, d’en voir qui, réputés dangereux dans certains pays, sont innocents dans d’autres ; il est bon de remarquer aussi que certains animaux s’en nourrissent sans éprouver de trouble dans leurs fonctions : cette sorte d’anomalie est vraisemblablement due à cette circonstance que, dans les climats septentrionaux, les principes végétaux perdent en énergie ce que les animaux gagnent en force par l’influence d’une basse température; le contraire se faisant remarquer, et d’une manière non moins sensible, dans les contrées méridionales, on peut en conclure, suivant nous, que dans le premier cas l’inertie des principes est favorisée par la force de constituton des individus , tandis que dans l’autre, l’action délétère est d’autant plus puissante que leur constitution est plus faible et plus débile; aussi voyons-nous les habitants des villes plus sensibles à leur action que ceux de la campagne, les enfants et les vieillards plus que les adultes.
L’action délétère des champignons est due à un principe spécial qui paraît varier suivant les espèces; dans les amanites , qui de tous ces végétaux sont les plus dangereux, ce principe, qui n’a pas encore été complètement isolé, est Yamanitine. Il est narcotique âcre, et son action est tellement vénéneuse que 1 5 à 20 grammes de ces champignons ont suffi pour déterminer un empoisonnement. Ce principe est soluble dans l’eau, et plus soluble encore lorsque l’eau a été additionnée d’une petite quantité d’acides, tels que le vinaigre, le jus de citron, etc., ou bien d’alcalis, tels que la soude, la potasse, et même des sels de ces bases, comme le sel de cuisine.
Dans les autres espèces de champignons vénéneux, le principe toxique est une substance résineuse âcre qui ne produit pas sur le cerveau l’effet narcotique de Yamanitine , mais qui a une action très-vive sur la membrane intestinale et qui peut déterminer des désordres aussi graves. L’une et l’autre substance donne une sensation persistante de chaleur âcre dans la bouche et l’arrière-gorge, analogue à celle que produit le suc des euphorbes. La persistance de cette sensation de chaleur dans l’arrière-gorge est un des signes de l’empoisonnement par les champignons, et précède toujours le vomissement.
La facilité avec laquelle le principe vénéneux est soluble dans l’eau acidulée et alcalinisée a donné l’idée d’employer la macération et l’ébullition dans ces menstrues, afin de priver les champignons vénéneux de leur principe toxique ; ce moyen, qui avait été indiqué autrefois, a été de nouveau proposé il y a peu d’années par un botaniste distingué, M. Gérard, qui a fait des expériences sur lui-même et sur les divers membres de sa famille, mangeant et faisant manger les champignons les plus vénéneux, après qu’ils avaient été soumis à une certaine préparation fort simple. Cette préparation consiste à couper les champignons en morceaux de moyenne grosseur, à les laver et les faire macérer pendant deux heures, puis les faire bouillir pendant trente minutes; on les lave après l’ébullition, et ensuite
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on les assaisonne de la manière que l’on désire. Les champignons les plus vénéneux peuvent être alors mangés sans danger.
Les proportions à employer dans cette préparation sont les suivantes : pour 500 grammes de champignons, prenez un litre d’eau acidulée avec deux cuillerées de vinaigre ; le vinaigre peut être remplacé par une forte cuillerée à bouche de sel-gris de cuisine.
M. Gérard répéta ces expériences devant une commission de membres du conseil de salubrité, composée de MM. Flandin, Beaude et Cadet de Gassicourt. Les champignons étaient Yamanite fausse oronge, l’espèce la plus vénéneuse de nos contrées; M. Gérard et son fils mangèrent près de 700 grammes de ces champignons ainsi préparés, les membres de la commission y goûtèrent, et personne ne fut indisposé. Ce moyen, que son auteur proposait pour accroître les ressources alimentaires des classes nécessiteuses, peut être employé comme moyen de détruire l’action toxique de champignons suspects. Nous devons dire cependant que les champignons ainsi préparés ne sont que d’une trèsmédiocre qualité.
Sans vouloir indiquer ici les caractères des espèces vénéneuses, que nos lecteurs pourraient difficilement distinguer et ce qui pourrait induire en erreur, nous donnerons seulement les noms des espèces les plus communes et les plus pernicieuses qui se trouvent dans nos contrées ; ce sont : 1° l’amanite fausse oronge, 2° l’amanite bulbeuse, 3° l’amanite vénéneuse, 4° l’amanite citrine, 5° l’amanite émétique, 6° le bolet pernicieux.
Les champignons vénéneux manifestent raremeutleur action aussitôt après avoir été ingérés. Cette circonstance prouve d’une manière incontestable qu’elle s’exerce plutôt sur le canal intestinal que sur les premières voies ; celles-ci ne sont cependant pas toujours exemptes de trouble, mais rarement ils persistent. Les premiers symptômes qui caractérisent le désordre dans les fonctions sont : une sorte de pesanteur à l’estomac, des nausées, le vomissement, une sorte de suffocation suivie d’un sentiment de défaillance , souvent une sorte de constriction à la gorge accompagnée d’un pressant besoin de boire. Ces premiers symptômes peuvent disparaître par de prompts secours ; dans le cas contraire ils sont suivis d’une vive oppression, de gonflement et de ténesme , de douleurs d’entrailles et de déjections alvines offrant des traces de sang ; enfin , lorsque les secours n’ont pas été assez prompts Ou que l’action délétère est trop puissante, ces accidents sont suivis de vertiges et de délire, le pouls faiblit et disparaît presque entièrement, les extrémités se refroidissent et le malade succombe, soit dans de violentes angoisses et dans des convulsions, soit plongé dans une profonde et souvent éternelle léthargie. Ces symplômes varient toutefois suivant la nature des champignons ingérés, la quantité introduite dans les voies digestives , et surtout l’âge et la constitution de l’individu.
L’usage des champignons étant très-répandu, et les accidents qui résultent de leur emploi pouvant conséquemment s’offrir et s offrant en effet plutôt dans les campagnes que dans les villes, et partant là où les secours médicaux sont moins faciles et moins prompts, nous croyons ne pou-
voir mieux faire que d’indiquer le mode curatif suivant, proposé par le conseil de salubrité de Paris.
« Le premier objet dans tous les cas, diseut les auteurs de cette instruction, doit être de procurer la sortie des champignons vénéneux, ainsi on doit employer un vomitif, tel que le tarlrate de potasse autimonié (émétique) ; mais pour reudre ce remède efficace, il faut le donner à une dose suffisante, l’associer à quelque sel propre à exciter l'action de l’estomac. On fera en conséquence dissoudre dans un demi-kilogramme (une livre ou une chopine) d’eau chaude , deux à trois décigrammes (quatre ou cinq grains) d’émétique, avec douze ou seize grammes (deux ou trois gros) de sulfate de soude (sel de Giaubeij; et on fera boire celte solution par vernies tièdes , plus ou moins rapprochées, en augmentant les doses jusqu’à ce qu’elles aient décidé des évacuations.
» Dans les premiers instants , le vomissement suffit quelquefois pour entraîner tous les champi gnons et faire cesser les accidents; mais si les secours convenables ont été différés, si les accidents ne sont survenus que plusieurs heures après le repas, ou doit présumer qu’une partie des champignons vénéneux a passé dans 1 intestin, et alors il est nécessaire d'avoir recours aux purgatifs , aux lavements , avec la casse, le séné et quelque sel neutre ; pour déterminer des évacuations promptes et abondantes, on emploiera dans ce cas avecsuccès, comme purgatif, une mixtion faiteavec l’huile de ricin, le sirop de fleurs do pêcher, que l’on aromatisera avec quelques gouttes d’éther alcoolisé (gouttes d'Hoffman), et que l’on fera prendre par cuillerées plus ou moins rapprochées.
» Après ces évacuations, qui sont d’une indispensable nécessité il faut, pour remédier aux douleurs, à l’irritation produite par le poison, avoir recours à l’usage des mucilagineux et des adoucissants que l’on associe aux fortifiants. Ainsi on prescrira aux malades l’eau de riz gommée, une légère infusion de fleurs de sureau , coupée avec le lait, et à laquelle oa ajoutera de l’eau de fleurs d’oranger, de l’eau de menthe simple et un sirop adoucissant. On emploiera aussi avec avantage les émulsions, les potions huileuses, aromatiques, avec une certaine quantité d’éther sulfurique; dans quelques cas , on sera obligé d’avoir recours aux toniques, aux potions camphrées, et lorsqu’il y aura tension douloureuse du ventre, il faudra employer les fomentations émollientes, quelquefois même les bains et les saignées; mais l’usage do cos moyens ne peut être déterminé que par le médecin, qui les modifiera suivant les circonstances particulières; car l’efficacité du traitement consiste essentiellement non pas dans des spécifiques ou antidotes, avec lesquels on abuse si souvent le public, mais dans l’application faite à propos de remèdes simples et généralement bien connus. »
On n’a malheureusement aucun indice certain pour reconnaître les champignons vénéneux de ceux qui sont innocents; cependant ceux qui réunissent les conditions suivantes peuvent être considérés comme présentant les préventions les plus favorables. Aspect général : surface sèche, oi>
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ganisotion simple, couleur franche rouge vineux , violet ou couleur de chair; absence de volva et du collier ; propension plus grande à sécher qu’à mollir; consistance : ferme, chair ni fibreuse ni trop aqueuse; odeur : suave et franche, rappelant celles de la rose demi-sèche ou de la farine récente; saveur : analogue à celles de la noisette ou de l’amande amère, ni fade, ni âcre, ni acerbe, et surtout ni astringente , ni styptique. Le champignon de couche réunissant toutes ces conditions lorsqu’il est récent, et pouvant conséquemment servir de type pour reconnaître ceux qui sont de bonne qualité , nous allons faire connaître ses caractères. Champignon de couche ou agaric comestible, Agaricus esculentns. L.
D’abord globuleux, il s’allonge bientôt et les parties qui le composent, par suite du déchirement du voile ou volva, ne tardent pas à se développer complètement. Le chapeau, d’abord convexe, s’affaisse au centre et offre une sorte de dépression d’autant plus prononcée, que le champignon est plus près d’atteindre son complet développement. Sa surface externe est lisse et glabre , de couleur blanc fauve ou grisâtre ; les feuillets qui divisent la face interne sont trèsuombreux d’abord de couleur rose pâle, ensuite bruns, puis enfin noirs: cette dernière couleur est déjà un indice d’alléralion; le slype ou pédicule est long de un à deux pouces, et orné d’une sorte d’anneau à sa partie supérieure; il est plein, charnu, continu avec le chapeau qui semble n’en être qu’une expansion; l’un et l’autre sont recouverts d’une pellicule mince, qui se détache assez facilement et qu'on est dans l’usage de rejeter. Le jus du champignon comestible est limpide, d’une saveur douce et légèrement aromatique.
Les principales variétés de champignon comestible, sont : le champignon de cave hypophillum cryptaceum ; le champignon de couche marron, hypophillum letigerum; la boule de neige ou champignon de bruyère, hypophillum globosum. Ce dernier est, comme son nom l’indique suffisamment, d’une blancheur éclatante; ses lamelles sont rosées, son volva assez persistant laisse souvent des traces, soit après le stipe, soit après le chapeau. Cette variété atteint généralement un volume assez considérable. Tous ces champignons sont alimentaires; on doit bien se garder de les confondre avec 1 espèce connue sous les noms de champignon bulbeux, d’oronge, ciguë blanche, et d’amanite vénéneuse.
Bien qu’il y ait d’autres champignons presque aussi innocents que l’espèce que nous venons de décrire, eile est cependant la seule qui soit admise sur les marchés de Paris, encore y esl-elle soumise à des conditions assez rigoureuses. Celte prévoyance de l’administration ne saurait être blâmée, car, malgré toutes les précautions, il arrive encore des accidents; mais ils sont alors dus à la négligence ou à l’intempérance des consommateurs.
L’incertitude qui règne sur le pouvoir nutritif des champignons, doit augmenter encore l’espèce de prévention défavorable qui pèse sur ces végétaux. Si l’on en croit quelques auteurs , ils ne fourniraient point ou presque point de chyle , et les-
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feraient l’estomac sans l’exciter; on doit en conséquence en faire usage plutôt comme assaisonnement à cause de leur arôme , que comme aliment proprement dit. Il est une précaution qu’on ne saurait négliger sans imprudence, elle consiste à les faire macérer ou blanchir dans de l’eau acidulée avec le vinaigre.
La facilité avec laquelle les champignons s’altèrentfprincipalementsous l’influence des orages) devrait engager à imiter les anciens qui , nonseulement ne s’en fiaient à personne pour en effectuer la récolte, mais souvent encore les préparaient eux-mêmes. Ils avaient en outre la judicieuse attention de ne les apprêter qu’avec des instruments et dans des vases formés d’un alliage d’or et d’argent (electrum).
COUVERCHEL,
Membre de l’Académie royale de Médecine et de la Société de Pharmacie.
chancbe ( path .), s. m. On confond assez généralement sous le nom de chancre toutes les espèces d’ulcérations qui se manifestent aux parties génitales, bien qu’il y ait entre elles des différences très-grandes, moins peut-être dans leurs caractères primitifs que dans la manière dont elles peuvent influencer l’économie, dans les suites qu’elles peuvent avoir, et aussi dans le mode de traitement qu’elles réclament.
Le véritable chancre est celui qui consiste dans une ulcération déterminée par le contact d’une surface saine avecune partie actuellementaffcctée d’un symptôme syphilitique primitif, ou seulement par le contact du produit de sécrétion de cette partie malade. Il peut se développer sur toutes les membranes muqueuses et même sur la peau.On donne aussi le nom de chancre à toutes les ulcérations qui succèdent souvent à des affections de la peau , dues à la syphilis constitutionnelle, et à plus forte raison aux ulcérations des membranes muqueuses qui indiquent souvent aussi cette maladie générale. Les chancres primitifs sont bien plus fréquents sur la membrane muqueuse des parties génitales que sur toutes les autres membranes, tandis que ces dernières sont plus souvent le siège des chancres consécutifs.
On voit souvent à la face externe du prépuce ou à la face interne, vers la couronne du gland, un groupe de petites ulcérations presque superficielles, recouvertes d’une exsudation blanchâtre , qui s’accompagnent quelquefois de chaleur et d’un prurit incommode. Si l’on remonte à l’origine de ces excoriations, on voit qu’elles ont été précédées par de petits boutons qui ont duré trois ou quatres jours, et qu’elles sont la suite de leur rupture. On reconnaît à ces caractères l’herpès du prépuce ( olophlyctis du professeur Alibert), maladie assez commune qu’occasionnent les irritations locales, et qui parfois aussi dépend d’un état général particulier, cas dans lequel elle est souvent périodique.
Le siège de cette petite maladie peut faire croire à une infection syphilitique, et même beaucoup de médecins nomment ces ulcérations chancres volants; mais si l’on a égard à leur peu de profon- T. I.
deur, à leur agglomération et à la marche qu’elles suivent, on évitera toute erreur.
On peut rapprocher de cette première espèce d’ulcération, par la simplicité de sa nature, celle produite par une cause mécanique. On la voit à la suite du coït, lorsqu’il y a disproportion entre les organes, ou bien lorsqu’un corps étranger quelconque a pénétré dans la vulve en même temps que le pénis. Ici et dans le cas précédent, il faut S8 garder des applications stimulantes, et l’on obtient facilement la guérison par l’usage des simples émollients et des soins de propreté. Il faut quelquefois mettre le malade pendant quelques jours à un régime rafraîchissant, et lui conseiller des applications locales résolutives, le cérat saturné, les bains locaux dans de l’eau fraîche blanchie avec l’extrait de saturne.
Mais il est une autre espèce d’ulcération qui est évidemment syphilitique, et qui a des caractères tellement tranchés, qu’il serait difficile de la confondre avec les précédentes. Je veux parler du chancre huntérien ; c’est une ulcération profonde, arrondie, infundibuliforme, à fond grisâtre, à bords taillés à pic, reposant souvent sur une base endurcie, tantôt unique, tantôt multiple, et quelquefois alors se réunissant pour donner lieu à une ulcération large et irrégulière. Mais l’ulcère syphilitique ne présente pas ces caractères à toutes les périodes ; ainsi, quelquefois, au lieu d’être enfoncé, il est en relief, arrondi, déprimé vers le centre , souvent recouvert d’une pellicule blanchâtre ; aussi a-t-on considéré l’ulcération qui se présente avec ces derniers caractères comme différente de l’autre , mais ce ne sont réellement que deux degrés de la même lésion.
La manière dont se développent les ulcérations syphilitiques a été expliquée différemment; ainsi on a prétendu que l’ulcère était toujours précédé de la formation d'une vésicule , et cette opinion a porté quelques praticiens à penser que la cautérisation de cette vésicule, dès son début, pourrait prévenir une infection générale; les résultats n’ont pas répondu à ce que l’on attendait, et l’on s’est convaincu que les chancres pouvaient se développer sans formation d’une vésicule. En effet, dans un certain nombre de cas , c’est par un follicule enflammé que le chancre commence ; si l’orifice de ce follicule est obturé, il peut en résulter une petite pustule qui s’ulcère promptement ; si au contraire l’orifice est béant, l’ulcération est primitive. Mais les ulcères syphilitiques ne suivent pas toujours la même marche : ainsi il est certain qu’une excoriation mécanique, que l’ulcération de l’herpès, peuvent en prendre tous les caractères après un coït impur; l’absorption du principe morbifique se faisant plus facilement par la surface ulcérée , en empêche la cicatrisation et lui imprime son cachet spécial.
C’est parce que toutes les ulcérations syphiliti ques ne commencent pas de même et ne suivent pas toujours la même marche, qu’il est difficile au début de dire quelle en est la nature. Telle ulcération a pu être considérée comme vénérienne qui a été guérie en quelques jours sous l’influence de soins hygiéniques; telle autre que les malades
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assuraient n’avoir pas été contractée avec une femme suspecte , a été accompagnée ou suivie de symptômes de vérole.
II existe entre les ulcères vénériens une différence très-importante, surtout sous le rapport pratique : les uns en effet sont indolents, peu enflammés, donnent â peine lieu à de la douleur; les autres au contraire très - inflammatoires , font quelquefois souffrir beaucoup les malades, mais cet état d’indolence ou d’acuité ne peut rien faire préjuger quant aux progrès de la maladie. On voit des ulcérations toul-à-fait indolentes augmenter tous les jours en longueur et en profondeur , sans pour ainsi dire que les malades s’en aperçoivent, rongeant la membrane muqueuse ou la peau, et attaquant ensuite les organes situés au-dessous. Le plus souvent cependant ce caractère rongeur appartient aux chancres inflammatoires.
Les ulcérations, qui d’abord étaient toutes bénignes , peuvent devenir inflammatoires par suite d’écarts de régime, ou par des applications locales intempestives, de même les ulcérations aiguës passent à l’état chronique , si on les attaque énergiquementparlesantiphlogistiquesjquelquesunes ne fournissent qu’une très-légère suppuration, sur d’autres elle est très-abondante, et alors, dans le cas de phymosis , par exemple , lorsqu’on ne peut pas découvrir le gland, elle peut faire croire à l’existence d’une uréllirite. (Y. Blennorrhagie.)
Les ulcères se guérissent quelquefois d’un côté tout en faisant des progrès d’un autre; c’est à cette espèce que l’on a donné le nom de chancres serpigineux, malins, phagédéniques; mais ce caractère rongeant se rencontre bien plus souvent sur les ulcères consécutifs que sur ceux qui sont primitifs ; au surplus , l’état de malignité d’un chancre dépend bien plus souvent de circonstances étrangères que de la nature de la cause qui le produit : ainsi la mauvaise constitution du sujet , les excès en tout genre , une mauvaise nourriture, des applications locales irritantes. Le diagnostic des ulcérations syphilitiques est en général assez facile, surtout lorsque les malades n’ont encore rien fait. Mais comme il arrive que souvent le traitement change complètement l’aspect de la maladie, ou qu’il donne naissance lui-même à des ulcérations à peu près semblables , il convient d’être très-réservé et d’examiner scrupuleusement les circonstances antécédentes ou concomitantes. Il n’est pas rare de voir des ulcérations presque superficielles et ne durant que quelques jours, s’accompagner ou être suivies d’accidents vénériens très -graves, alors quelles avaient été prises pour celles de l’herpès; mais presque toujours dans ces cas ces petites ulcérations déternûnaient un bubon , tandis que dans celles de l’herpès cette complication est des plus rares.
Quand les ulcérations vénériennes suivent leur marche ordinaire, elles arrivent à parfaite guérison en trois semaines ou un mois , mais souvent elles se compliquent d’accidents graves; ainsi elles peuvent être le siège d’une vive inflammation, qui détermine la gangrène soit de la partie qu’elles
occupent, soit des environs. Cet accident est assez fréquent au pénis lorsqu’il y a phymosis com plet ou seulement difficulté à découvrir le gland. Dans ce cas, on voit survenir sur le prépuce les taches noires de la gangrène, ou bien celle-ci est bornée au gland, où elle occasionne une perte de substance plus ou moins considérable , et l’on s’aperçoit de sa présence et à la cessation quelquefois subite des douleurs, et à des hémorrhagies réitérées qui se font par l’ouverture prépuciale.
Les chancres peuvent être aussi le siège d’une autre espèce de gangrène, qui est bien due quelquefois à une violente inflammation locale , mais qui envahit, dans quelques circonstances, des ulcérations presque indolentes. Tantôt alors elle se borne à détruire la surface ulcérée, tantôt elle se renouvelle plusieurs fois et peut détruire une certaine épaisseur de tissus. Cette complication de gangrène est souvent grave et par les hémorrhagies et par les pertes de substance qu’elle occasionne; aussi doit-on s’efforcer de la prévenir en combattant énergiquement l’inflammation préalable , et dès que les escarres noires se font voir, il ne faut pas hésiter â les fendre , afin d’arrêter leur marche , ou bien à inciser le prépuce, si c’est lui qui est la cause de l’étranglement.
Ce que nous venons de dire des chancres de la verge trouve son application pour ceux des autres membranes muqueuses, à quelques légères différences près que nous signalerons.
Les ulcérations de la vulve, qui sont toujours suspectes , parce qu’elles entraînent l’idée de la vérole , peuvent survenir sans contagion comme à la verge : une cause assez fréquente de ces affections , c’est l’acrimonie des flueurs blanches à certaines époques , les frottements réitérés , l’introduction forcée d’un corps dur. Les véritables chancres syphilitiques présentent ici les mêmes caractères que chez l’homme ; on peut les rencontrer sur tous les points de la vulve , mais leur siège le plus fréquent est à la fourchette. Les chancres de l’intérieur du vagin sont très-rares. Le col de la matrice est souvent le siège d’ulcérations très-variées et dont le diagnostic est loin d’être toujours facile. Le véritable chancre syphilitique y est commun ; nous avons déjà dit que certains écoulements chez les femmes ne reconnaissaient pas d’autre cause que sa présence. Depuis que l’on fait généralement usage du spéculum dans l’examen des parties génitales , chez les femmes atteintes d’écoulement, ces ulcérations sont mieux connues. Tantôt elles sont granulées , plus ou moins saillantes, présentant l’aspect d’un vésicatoire en suppuration, tantôt creuses, remarquables par leur teinte d’un rouge fauve , par leurs bords taillés à pic, par la sécrétion d’un pus verdâtre abondant. On les rencontre aussi avec l’aspect du chancre huntérien ou du tubercule muqueux.
Les ulcérations syphilitiques de l’anus dans les deux sexes ne sont pas très-rares, elles sont produites directement ou elles sont sympathiques d’une semblable affection du périnée ou des parties environnantes. On peut les confondre avec des hémorroïdes ulcérées, des fissures simples
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ou spasmodiques, des déchirures occasionnées par des matières fécales endurcies. Les plus dangereuses sont celles de l’intérieur du rectum, car elles peuvent exister longtemps avant qu’on s’aperçoive de leur présence ; elles peuvent donner lieu à des fistules recto-vésicales ou vaginales.
Les chancres des seins sont fréquents chez les nourrices qui allaitent des enfants syphilitiques ; on les trouve sur le mamelon ou sur l’aréole; quelquefois ils creusent tellement, que la succion devient impossible à suppor ter et qu’il faut sevrer l’enfant; quand ils ne sont que superficiels, l’allaitement peut continuer.
Les chancres des yeux peuvent être produits par un baiser, par le transport du pus sécrété ailleurs à l’aide du doigt ; leur diagnostic est difficile , leurs caractères étant beaucoup moins tranchés là que sur les autres membranes muqueuses, ils sont heureusement assez rares. Ceux de la bouche sont plus communs et souvent produits par contagion directe ; on les voit aux lèvres, aux joues, à la langue ; ils peuvent aussi gagner la gorge , le larynx, mais alors ils sont l’indice d’une vérole constitutionnelle. Aux lèvres et à la langue le diagnostic est facile parce qu’ils sont bien caractérisés ; aux gencives il est plus obscur; quelquefois même il est impossible de dire s’ils sont le résultat de la vérole ou du traitement mercuriel. Que de fois aussi ne prend-on pas pour un symptôme de syphilis, de simples aphtes sur lesquelles un traitement excitant a la plus fâcheuse influence. Une ulcération produite par une dent cariée ou cassée a pu dans quelques cas aussi tromper des yeux exercés. V. Bouche, ( maladie de la).
Les chancres de la peau sont très rares; on en a rencontré quelquefois à l’ombilic et sur les cuisses, leurs caractères sont parfaitement tranché.
Le traitement des ulcérations syphilitiques doit être très-simple dans le plus grand nombre des cas, et cependant, il est peu de maladies traitées, en général, d’une manière moins rationnelle. Cela tient à ce que l’on ne voit dans l’ulcération qu’un indice de l’infection générale, et l’on s’occupe peu de la lésion locale. Nous avons déjà dit que l’on employait quelquefois un moyen perturbateur , c’est-à-dire la cautérisation dès le début. On se propose, en agissant ainsi, d’arrêter le développement de la maladie et les conséquences qu’elle peut avoir, mais cela réussit rarement et peut occasionner des accidents tels qu’une violente inflammation et quelquefois l’apparition des bubons ; aussi ce ne sera qu’avec la plus grande prudence qu’on usera de cette médication.
La première indication dans le traitement local des chancres , c’est de calmer l’irritation dont ils sont le siège, ainsi l’on conseille : l’application sur l’ulcération de charpie trempée dans une forte décoction de racines de guimauve et de têtes de pavots, ou recouverte de cérat opiacé; les bains locaux ou les injections avec un liquide émollient et au besoin narcotique; les bains généraux souvent répétés. A l’intérieur, une tisane rafraîchissante ; un régime sévère et peu nourrissant. Si les chancres ou les parties environnantes sont très-enflammés, on doit employer les antiphlo-
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gistiques d’une manière plus énergique; on appliquera des sangsues sur l’ulcération ou dans les environs. Lorsque c’est la verge qui est affectée, on se trouve quelquefois très-bien d’une saignée locale dans les aines. Pour calmer la douleur on emploie , outre les applications locales narcotiques et émollientes, les narcotiques à l’intérieur.
Si, malgré ces moyens, l’inflammation continue, il faut être sur ses gardes contre la gangrène, et aussitôt qu’elle paraît, débrider la partie malade, afin de borner le plus possible la mortification ; mais lorsqu’elle arrive, on doit toujours continuer les émollients et surtout les narcotiques. Des applications stimulantes, les antiseptiques, seraient très-dangereux; ils ne conviennent que dans la seconde espèce de gangrène, celle qui est produite par une cause interne.
Ce n’est pas seulement pour les chancres trèsinflammatoires que les saignées locales sont avantageuses, mais bien aussi pour les ulcérations anciennes et stationnaires d’un mauvais aspect, à bords renversés et rougeâtres, et saignant facilement; dans ce cas, quelques sangsues appliquées sur la surface ulcérée elle-même peuvent la faire marcher vers la cicatrisation.
Lorsque l’irritation cesse , il faut stimuler l’ulcère par des applications légèrement excitantes ; on remplace alors le cérat simple ou opiacé parla pommade de calomel, l’onguent mercuriel, d’abord affaibli , puis tout-à-fait pur. On cautérise légèrement la petite plaie avec le nitrate d’argent. Quand ces moyens ne suffisent pas, on a quelquefois recours à des applications plus actives de sulfate de cuivre, d’oxide rouge de mercure, etc., mais ces topiques ne doivent être employés qu’avec une extrême réserve, car il peut en résulter des accidents fâcheux.
Dans les ulcérations anciennes sur lesquelles les applications excitantes ne produisent pa^ d’amélioration, la cautérisation avec le nitrate acide de mercure est souvent avantageuse. Lorsque la cicatrisation marche bien , ou se contente d’appliquer de la charpie sèche sur la petite plaie. Quelquefois alors, et même aussi dès le début, on remplace avantageusement les substances grasses par des liquides toniques et excitants : ainsi le vin aromatique, la décoction de quinquina.
Quand un chancre est cicatrisé, il reste trèssouvent à la place qu’il occupait une petite tumeur dure, plus ou moins mobile, et qui ne s’efface qu’après un certain temps. Quelquefois on n’y fait point attention et la guérison a lieu insensiblement, d’autres fois il convient de la frictionner avec une pommade fondante ; il est même arrivé qu’on en a fait l’extraction, mais c’est une mauvaise pratique , puisque avec du temps elle finit par disparaître.
Nous avons considéré jusqu’à présent le chancre comme une maladie simple, et le traitement indiqué ne s’adresse qu’à la surface ulcérée sans infection générale. Ce serait sans doute maintenant le lieu de traiter de l’opportunité d’un traitement interne mercuriel, mais pour éviter les répétitions, nous préférons renvoyer à l’article Syphilis.
Qu’il nous suffise de rappeler ici que toute?